mardi 1 mai 2007
La martingale de Bayrou
D'ordinaire, les candidats éliminés à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle ne sont pas présents au second. Or, au moins jusqu'au duel Sarkozy-Royal du 2 mai à la télévision, la vedette de la campagne du second tour est un homme qui n'y est pas convié. Pour réussir une telle performance, François Bayrou fait preuve d'une audace politique réservée aux grands joueurs, ceux qui n'hésitent pas à tenter une martingale. Dans le vocabulaire des jeux, notamment à la roulette, la martingale consiste à miser le double de sa perte du coup précédent.
Le coup précédent a consisté à prétendre être qualifié pour le second tour en partant d'une base de 6 % du corps électoral. Il a réussi à atteindre le triple, ce qui est remarquable. Le coup n'en est pas moins perdu. Un politicien ordinaire aurait sagement rangé ses munitions en attendant que l'avenir lui réserve meilleur sort. C'est le schéma traditionnel de la Ve République qui voit, à l'approche d'élections législatives, le centre droit passer des accords de désistement avec la droite.
Or Bayrou n'a pas pris cette voie. Certes, il a critiqué le projet économique de la candidate de la gauche, mais il a dénoncé en termes beaucoup plus durs le comportement de Nicolas Sarkozy, évoquant des pressions et même des « menaces », soupçonnant le candidat d'être le Berlusconi français et renforçant le procès en bonapartisme qui a conduit de nombreux électeurs modérés à lui préférer Bayrou au premier tour. On imagine que le mot « menaces » recouvre les conseils amicaux dont les élus de l'UDF sont l'objet de la part de l'appareil de l'UMP, à moins de deux mois des élections législatives. Il est clair que cet appareil va tout faire pour éliminer les partisans de Bayrou de la prochaine Assemblée en présentant contre eux des candidats sarkozystes. Mais cette manoeuvre est à hauts risques. Car en créant un nouveau parti démocrate, Bayrou laisse entendre qu'il pourrait présenter dans toutes les circonscriptions des candidats susceptibles de se maintenir au second tour des législatives et de provoquer ainsi des triangulaires fatales à l'UMP.
La martingale de Bayrou consiste à accepter l'hypothèse de perdre son groupe parlementaire à l'Assemblée pour menacer Sarkozy de ne pas avoir de majorité parlementaire et d'être contraint en juin à une cohabitation avec la gauche ! Mais pourquoi donc ferait-il cela ? Pour deux raisons au moins : d'une part, comme son maître Jean Lecanuet, il a toujours détesté l'Etat RPR devenu l'Etat UMP. L'esprit de clan à la tête de l'Etat lui fait horreur. Il est comme ça, le paysan du Béarn ! D'autre part, il espère secrètement que le temps est venu de faire bouger le PS en vue de constituer avec tous les sociaux-démocrates la grande force de centre gauche dont il rêve. C'est cela aussi la martingale.
Chronique de Favilla
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