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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

lundi 15 mai 2017

Dans la presse

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Le coût du risque

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L'édito  de Didier Micoine - Le Parisien

Edouard Philippe a sans doute bien pesé le pour et le contre, et calculé les risques de sa décision. Accepter le poste de Premier ministre que lui a offert Emmanuel Macron est en tout cas un sacré pari pour le maire LR du Havre. Certes, il avait appelé le nouveau chef de l’Etat à oser la transgression, et il est donc cohérent en plongeant lui-même dans le bain. Mais à un mois des élections législatives dont le résultat est imprévisible, cela ressemble à un saut dans le vide. Si la droite l’emporte le 18 juin, les dirigeants des Républicains ne voudront certainement pas laisser les clés de Matignon à celui qu’ils considèrent désormais comme un traitre. François Baroin, qui aura mené la bataille, réclamera la place. Et vu la façon dont Macron a imposé sa candidature à l’Elysée (contraignant au final Hollande à renoncer à se représenter), on peut penser que le nouveau président n’hésitera pas beaucoup à sacrifier son tout récent Premier ministre. Pour qu’Edouard Philippe aille au-delà du mois d’essai à Matignon, il faudra vraiment que La République en Marche casse la baraque aux législatives.      

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la une de Libération de ce matin

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Boucherie - comme autrefois... à Chartres

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Photo : Noémie

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Investiture de Macron : les premiers noms du cabinet présidentiel

Par Solenn de Royer, Cédric Pietralunga, Bastien Bonnefous

La première partie du cabinet du nouveau président a été annoncée dimanche, en marge de la cérémonie d’investiture.

« Macron ? Ce sera une gauche techno, gestionnaire, fille de l’improbable accouplement de Michel Rocard avec Dominique Strauss-Kahn. » La sentence, qui émane d’un haut fonctionnaire (étiqueté à droite) résume assez bien l’esprit avec lequel Emmanuel Macron entend constituer le cabinet qui va l’entourer à la présidence de la République. Depuis son irruption en politique, lorsqu’il est devenu secrétaire général-adjoint de l’Elysée en 2012, l’énarque promotion Senghor (celle du hollandais Gaspard Gantzer et du sarkozyste Sébastien Proto) aime s’entourer de technos plutôt jeunes, surdiplômés comme lui et souvent passés par la strauss-kahnie. Plusieurs de ceux qui l’ont épaulé chez En marche ! devraient ainsi le suivre à l’Elysée, à l’image d’Ismaël Emelien, son conseiller spécial, ou de Sibeth N’Diaye, son attachée de presse.

Pragmatique, le nouveau chef de l’Etat devrait néanmoins s’entourer de personnalités plus aguerries ou plus politiques. Parmi les cinq membres de son cabinet officiellement nommés dimanche 14 mai, on trouve ainsi deux sexagénaires rompus aux arcanes de l’administration et de la diplomatie. Selon son entourage, le chef de l’Etat n’hésitera pas non plus à faire appel à des hommes qui n’ont pas participé à sa conquête de l’Elysée. « Regardez Patrice Strzoda, il n’était pas dans sa campagne et il devient son directeur de cabinet, pointe Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence et compagnon de route de M. Macron. Emmanuel nous échappe, c’est normal. Les proches vont devoir le laisser partir, faire de la place pour les autres. »

Secrétaire général de l’Elysée : Alexis Kohler, 44 ans

Les proches d’Emmanuel Macron l’affirment : Alexis Kohler est le seul que le chef de l’Etat « traite d’égal à égal ». « Il a trouvé aussi intelligent que lui », justifie l’un. « Il le rassure et lui fait confiance », explique un autre. A 44 ans, ce diplômé de Sciences Po, de l’Essec et de l’ENA remplace Jean-Pierre Jouyet au poste stratégique de secrétaire général de l’Elysée, bras droit du président, et occupera l’un des bureaux les plus proches du sien. Décrit comme « toujours positif », « loyal », il aurait réussi l’exploit de « ne se fâcher avec personne », selon un fin connaisseur des rouages de l’Etat.

Avant d’arriver au poste le plus puissant de l’administration, M. Kohler est passé par la direction du Trésor, le Fonds monétaire international et l’Agence des participations de l’Etat. En 2012, il est recruté par Pierre Moscovici pour prendre la tête de son cabinet à Bercy. Emmanuel Macron, qui l’a repéré lorsqu’il était lui-même secrétaire général-adjoint de l’Elysée, lui demande de le rejoindre quand il est bombardé ministre de l’économie, à l’été 2014. Les deux hommes deviennent vite amis et concoctent ensemble la loi Macron.

Lorsque le Touquettois démissionne du gouvernement, Alexis Kohler décide de partir dans le privé. Il s’expatrie à Genève, où il prend la direction financière du croisiériste italien MSC. S’il n’a pas de fonction officielle chez En marche !, il œuvre néanmoins dans l’ombre, met la main au programme et fait office de recruteur pour M. Macron. Sa promotion à l’Elysée vient récompenser une loyauté sans faille et une discrétion qui fait le malheur de la presse.

Directeur de cabinet : Patrick Strzoda, 64 ans

« C’est le meilleur des préfets ! » Ce cri du cœur émane d’un des plus fins connaisseurs de la fonction publique. A 64 ans, Patrice Strzoda est nommé directeur de cabinet du président de la République. Comme ses prédécesseurs, ce pur produit de la préfectorale dirigera le palais et suivra les questions régaliennes. Ancien préfet de la région Bretagne et de la zone de défense et de sécurité Ouest, ce sportif amateur de golf fit respecter l’ordre d’une main de fer au moment des manifestations contre la loi El Khomri, au risque d’une escalade dans les violences. En décembre 2016, il devient l’éphémère directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve à Matignon, avant d’être nommé préfet de la région Ile-de-France entre les deux tours de la présidentielle. Un poste auquel il a dû renoncer avant même de l’occuper.

Avant d’arriver à Matignon, puis à l’Elysée, cet énarque (promotion Léonard de Vinci) s’était peu engagé politiquement, ne devant sa carrière ni à la droite, ni à la gauche. « Il est extrêmement apprécié dans le corps, observe l’un de ses collègues préfet. Personne n’en dira du mal car il n’a aucun ennemi. Manuel Valls l’adore, Bernard Cazeneuve l’adore. Et apparemment, Emmanuel Macron l’avait repéré aussi. » En 1992, Patrice Strzoda a dirigé le comité d’organisation des JO d’Albertville. Avant la Bretagne, il fut préfet de Corse (2011-2013), l’un des postes les plus délicats de la préfectorale, préfet des Hauts-de-Seine (2009-2011), préfet des Hautes-Alpes (2002-2004) ou encore des Deux-Sèvres (2005).

Conseiller diplomatique : Philippe Etienne, 61 ans

Il se préparait à partir comme ambassadeur à Moscou après presque trois ans à Berlin. Finalement, Philippe Etienne, 61 ans, restera à Paris aux côtés du nouveau président comme conseiller diplomatique. Un poste stratégique, le plus puissant et le plus exécutif en matière de politique étrangère, où, comme le résume un diplomate, « on donne des instructions à tout le monde sauf au président ». Ce choix d’Emmanuel Macron rappelle combien l’Europe, et notamment la relation avec Berlin, sera prioritaire dans sa politique.

Ex-élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de mathématiques, licencié en sciences économique, cet ancien énarque de la promotion Voltaire (la même que François Hollande), est aussi un polyglotte diplômé en serbo-croate, qui manie aussi bien l’anglais que l’allemand, l’espagnol, le russe et le roumain. De Belgrade au début des années 1980 à Bonn comme premier secrétaire puis Moscou (chef des services culturels et scientifiques) il part ensuite à Bruxelles, auprès de l’Union Européenne, comme premier conseiller, puis à Bucarest comme ambassadeur entre 2002 et 2005, et joue un rôle clé dans le processus d’adhésion de ce pays. Il revient à l’UE comme ambassadeur entre 2009 et 2014 après avoir dirigé pendant deux ans, entre 2007 et 2009, le cabinet de Bernard Kouchner.

S’il lui manque une longue expérience directe du Moyen-Orient et des Etats-Unis, son équipe encore en voie de constitution d’une dizaine de personnes devrait y suppléer. Dans un quinquennat où les enjeux européens seront centraux, la nomination de Philippe Etienne est une garantie pour le Quai d’Orsay de garder la haute main sur ces dossiers, alors même que l’on parle d’un super-ministère des affaires européennes dépendant directement de Matignon.

Conseiller spécial : Ismaël Emelien, 30 ans

« C’est le meilleur stratège politique de Paris », assure Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, un think tank libéral qui a nourri le programme d’Emmanuel Macron lors de la campagne. Pourtant, le nouveau conseiller spécial du chef de l’Etat n’a pas connu que des succès. C’est notamment lui qui avait piloté, à l’époque pour le compte de l’agence Havas, la campagne du très autoritaire président vénézuélien Nicolas Maduro en 2013, à l’issue de laquelle l’héritier de Chavez l’avait emporté de justesse, avec seulement 50,6 % des voix.

Etudiant à Sciences Po, « Isma » n’a que 19 ans lorsqu’il se fait vamper par Dominique Strauss-Kahn, qui enseigne alors à l’école de la rue Saint-Guillaume. Embarqué dans la campagne de la primaire de 2006 – que DSK perdra –, il rejoint ensuite Gilles Finchelstein à la fondation Jean-Jaurès, qui lui apprend le métier de politologue. C’est là qu’il rencontre pour la première fois Emmanuel Macron, qui vient d’intégrer la banque Rothschild. Le courant passe immédiatement, les deux hommes ne se quitteront plus.

Durant la campagne, Ismaël Emelien est celui qui a disséqué l’opinion, mis au point la stratégie, décidé des meetings. Il est devenu le sparring partner préféré de M. Macron, qui lui fait une confiance absolue, ce qui est rare chez lui. A l’Elysée, le jeune homme, qui détonne dans l’entourage avec ses grosses lunettes, sa barbe de trois jours et sa doudoune sans manches, devrait continuer à conseiller dans l’ombre le chef de l’Etat, loin des médias qu’il évite de côtoyer.

Communication : Sylvain Fort, 45 ans

Normalien et agrégé de lettres classiques, Sylvain Fort va s’occuper de la communication du nouveau président, comme cela a été le cas durant la campagne. Passé par BNP Paribas – il fut notamment la plume de son PDG Michel Pébereau – et DGM Conseils, l’agence de communication de Vincent Bolloré et de Bernard Arnault (LVMH), il avait monté sa propre agence, Steele & Holt, avant de finalement proposer ses services à Emmanuel Macron à l’été 2016, lorsque celui-ci a quitté le ministère de l’économie pour se lancer dans la course à l’Elysée.

« Sylvain, c’est quelqu’un d’extrêmement brillant, mais aussi de très impatient, assure l’un de ses anciens patrons. Il avait du mal à rester plus de six mois dans la même entreprise, il veut que ça bouge. » Féru de musique classique, auteur de livres sur Puccini, le successeur de Gaspard Gantzer va désormais devoir gérer les mots et les images du chef de l’Etat, qui aime penser sa communication dans les moindres détails.

Au Château, il sera épaulé par deux conseillères presse, qui ont, elles aussi, fait la campagne du candidat Macron. Sibeth N’Diaye, remarquée dans le documentaire de Yann L’Hénoret « Les coulisses d’une victoire », traitera des affaires nationales. Elle a rencontré Emmanuel Macron au ministère de l’économie, où elle s’occupait déjà des relations presse de son prédécesseur, Arnaud Montebourg. Les déplacements à l’étranger seront, eux, gérés par Barbara Frugier, passée par Bercy et par Matignon durant le quinquennat.

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Saint Malo - BRETAGNE

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Steven Cohen - MAC VAL

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Extrait d'un shooting - il y a du monde au balcon...

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Claudia Cardinale : « Je n’ai eu, dans ma vie, qu’un seul homme »

Par Annick Cojean

Icône du cinéma international, l’actrice italienne montera de nouveau les marches du Festival de Cannes, qui s’ouvre mercredi 17 mai.

Claudia Cardinale, actrice fétiche de Visconti et de Fellini, et partenaire des plus grands acteurs du XXe siècle, de Burt Lancaster à Alain Delon, Henri Fonda, Jean-Paul Belmondo ou Marcello Mastroianni, a été choisie pour illustrer l’affiche officielle du 70e anniversaire du Festival et y incarner « la joie, la liberté et l’audace ». Pour Le Monde, elle revient sur son parcours.

Je ne serais pas arrivée là si…

… si la naissance de mon petit garçon, à la suite d’un viol, ne m’avait poussée à m’engager dans le cinéma pour gagner ma vie et être indépendante. C’est pour lui que je l’ai fait. Pour Patrick, ce bébé que j’ai voulu garder malgré les circonstances et l’énorme scandale que pouvait susciter alors une naissance hors mariage. J’étais très jeune, farouche, pudique, presque sauvage. Et sans la moindre envie de m’exhiber sur des plateaux de cinéma. Mais voilà : un hasard m’avait fait gagner à 17 ans, en 1955, l’élection de La Plus Belle Italienne de Tunis, alors que je ne m’étais pas présentée. La récompense était un voyage à la Mostra de Venise, où je suis allée avec maman et où mon bikini, sur la plage du Lido, a attiré l’attention des réalisateurs, que j’ai tout de suite éconduits. Un journal a même fait mon portrait en titrant « La fille qui ne veut pas faire de cinéma ». Mais les sollicitations se sont multipliées. Mon père s’est mis à recevoir des tas de télégrammes et a fini par dire : “pourquoi pas ?” Entre-temps, le drame qui était survenu et l’arrivée prochaine d’un bébé – que je gardais secrète – m’ont convaincue de foncer.

Vous avez donc quitté votre Tunisie natale pour aller à Rome ?

Oui. Un grand producteur italien, Franco Cristaldi, m’a tout de suite prise sous son aile. J’ai tourné enceinte, personne ne s’en rendait compte, car la taille des vêtements, alors, était située juste sous la poitrine. On a organisé discrètement mon accouchement à Londres. Et c’est ainsi que le bébé a été nommé Patrick. Parce qu’on l’a baptisé à la St Patrick’s Catholic Church. Le même producteur a eu l’idée de raconter que le bébé était mon petit frère. Et j’ai été contrainte à assumer ce mensonge pour éviter le scandale et protéger ma carrière.

L’avez-vous regretté ?

Oh oui ! J’ai eu la chance d’avoir une famille unie, qui s’est montrée solidaire. Mais le mensonge était un poids, et quand Patrick a eu 6 ou 7 ans, j’ai appelé un journaliste et avoué que c’était mon fils. C’était une époque étrange, vous savez, où les acteurs étaient totalement dépendants d’un producteur avec qui ils étaient sous contrat, donc pieds et poings liés. J’ai très vite enchaîné les succès, fait quatre films par an, mais je suis restée salariée comme une simple employée et n’étais pas libre de mes sorties, de mon maquillage et de ma vie personnelle. J’ai d’ailleurs appris bien plus tard que le père de mon fils m’avait envoyé de nombreuses lettres, que le producteur a déchirées sans jamais m’en faire part. Il voulait reconnaître l’enfant. Quand je l’ai su et que j’ai interrogé Patrick pour savoir s’il voulait faire sa connaissance, il a refusé catégoriquement. Tout cela a été très tourmentant. Et mon fils en a souffert. Mais il aborde aujourd’hui la soixantaine. Et nous avons heureusement gardé tous les deux, lui qui vit désormais à Rome, après New York, et moi qui vis à Paris, un excellent rapport. La famille est essentielle.

La vôtre était donc italienne, mais installée en Tunisie depuis plusieurs générations…

Oui. Mes ancêtres avaient quitté la Sicile pour la Tunisie, alors protectorat français. Et mes parents, comme moi-même, avons donc été élevés dans la langue française. J’ai eu beaucoup de chance, car ils formaient un couple éternel. Amoureux et fusionnel. Et quand papa est mort à 95 ans, maman m’a dit : « On a fait l’amour juste avant qu’il meure. » C’est incroyable, non ? Mon père était ingénieur technique à la compagnie des trains à Tunis, mais il jouait aussi du violon et donnait des concerts. Maman, elle, s’occupait de ses quatre enfants : Blanche, Bruno, Adrien et moi, Claude.

C’est ma sœur Blanche, blonde aux yeux bleus, qui rêvait de faire du cinéma. Moi, la brune aux yeux noirs qu’on appelait « la Berbère », je me voyais plutôt institutrice dans le désert ou exploratrice pour découvrir le monde. J’étais ce qu’on appelait un garçon manqué, toujours prête à me bagarrer pour démontrer que les filles étaient au moins aussi fortes que les garçons. Une vraie casse-cou qui sautait toujours dans le train en marche pour se rendre à l’école à Carthage. Les conducteurs ont d’ailleurs fini par le dire à mon père, car c’était très dangereux. Mais rien ne me faisait peur.

Vous avez pourtant déguerpi quand le réalisateur René Vautier a voulu, un jour, vous aborder à la sortie du lycée !

Oui. Je suis partie en courant. Alors il est allé voir la directrice : on a repéré une jeune fille… « Oh là là, a-t-elle dit. Claude, c’est une sauvage ! Il vaut mieux que j’appelle son papa. » Et c’est ainsi que j’ai tourné un petit film qui s’appelait Les Anneaux d’or, où je jouais le rôle d’une Arabe. Et puis un autre, Goha, de Jacques Baratier, avec un débutant qui s’appelait Omar Sharif, où j’étais également une Arabe voilée. Mais cela, c’était avant le grand départ en Italie.

Parliez-vous italien lorsque vous avez débarqué à Rome ?

Pas un mot ! Ma langue maternelle est le français et je ne comprenais rien, effrayée, en arrivant sur le tournage du Pigeon, de Monicelli, de voir tout le monde gesticuler en gueulant très fort. J’avais l’impression que tout le monde se disputait. Mais non, m’a-t-on expliqué : les Italiens parlent aussi avec leurs mains. A l’école d’acteurs de Cinecitta, quand il a fallu monter sur scène et me présenter, j’en ai été incapable. Tout le monde m’observait en disant : celle-là doit être arabe. Furieuse, je suis partie en claquant la porte. Eh bien ils m’ont gardée, élue « pour le tempérament » ! Et peu à peu j’ai appris l’italien. Mais j’ai été doublée dans tous mes premiers films. Pour Le Guépard, je parle français avec Alain Delon et anglais avec Burt Lancaster.

C’est Fellini, pour Huit et demi, qui a exigé que je joue en italien, quitte à avoir l’accent français. Cette époque, d’ailleurs, était folle. Car j’ai tourné les deux films en même temps. Visconti, précis, méticuleux comme au théâtre, me parlait en français et me voulait brune aux cheveux longs. Fellini, bordélique et dépourvu de scénario, me parlait en italien et me voulait plutôt blonde aux cheveux courts. Ce sont les deux films les plus importants de ma vie.

Ressentiez-vous un lien particulier avec Luchino Visconti ?

Oui. C’est l’homme le plus élégant et le plus cultivé que j’aie jamais rencontré. Dès mon premier film avec lui, Rocco et ses frères, j’ai su qu’il voulait me protéger, car dans une scène de bagarre, il a pris un mégaphone et a crié : « Ne me tuez pas la Cardinale ! » Sur le tournage du Guépard, il venait me murmurer à l’oreille, en français : « Je veux voir la langue quand tu embrasses Delon. » Et, dans Sandra, qu’il a dirigé de sa chaise roulante, il a voulu que je joue avec la vraie robe de mariée de sa maman. Il m’invitait souvent à dîner, dans sa maison de la via Salaria et, sous ma serviette, il cachait toujours un petit cadeau, un bijou, une allusion à un film.

Quand Marlene Dietrich lui a écrit un jour une carte postale « I love you Luchino », il m’a dit : « Allez, on va la voir pour son dernier concert à Londres. » Et on y est allé avec Rudolf Noureev. Elle a pleuré en le voyant. Et ensuite, quand j’ai appris qu’elle vivait à Paris dans une solitude quasi totale, abandonnée et oubliée de tous, je me suis débrouillée pour la retrouver et je ne l’ai pas lâchée jusqu’à sa mort.

Le cinéma ne produit-il pas de gens heureux ?

C’est un métier cannibale et ingrat. A Hollywood, où j’ai refusé de rester, encore plus qu’en Italie. Surtout pour les actrices. Et surtout quand elles passent 60 ans. Je me souviendrai toujours de Rita Hayworth, dont j’incarnais la fille dans Le Plus Grand Cirque du monde avec le grand John Wayne. Un jour, elle a débarqué dans la petite roulotte qui me servait de loge. Elle m’a regardée et elle m’a dit : « Moi aussi tu sais j’ai été belle. » Et elle a éclaté en sanglots.

Avez-vous ressenti vous-même la pression de l’âge et de l’exigence éternelle de beauté ?

Il est stupide de penser qu’on puisse arrêter le temps. Quand je vois toutes ces actrices qui se font refaire et finissent par se ressembler toutes quand elles ne sont pas défigurées à vie ! Quelle horreur ! Je ne supporte pas l’idée de chirurgie esthétique. Un médecin, un jour, m’a approchée pour me faire une proposition. Mais ça va pas ? Jamais ! D’ailleurs maman me disait toujours : « On ne voit pas tes rides, Claudia, parce que tu es toujours en train de rire ! » J’ai 79 ans, et parfois les gens ne le croient pas.

Revoir de vieux films est-il parfois douloureux ?

Il y a quelques années, à Cannes, il y a eu une projection du Guépard en version restaurée. Alain Delon était à côté de moi et, à la fin, en larmes, il m’a chuchoté : « Tu as vu ? Ils sont tous morts. » C’était vrai. J’ai connu un âge d’or du cinéma qui a inspiré les Martin Scorsese et les Woody Allen (ils me l’ont dit), mais dont les protagonistes ont tous disparu. Tant de grands et beaux acteurs…

Qui vous ont courtisée !

Oui. Mais je n’ai eu dans ma vie qu’un seul homme : le réalisateur napolitain Pasquale Squitieri, le papa de ma fille, avec qui j’ai fait dix films. Et c’est moi qui l’ai choisi. C’était un très beau mec, un tombeur, qui enchaînait les conquêtes d’actrices italiennes, françaises, américaines, si vous saviez ! Eh bien, je l’ai voulu à tout prix. J’ai su un jour qu’il était à New York, j’ai pris l’avion et, à l’aéroport JFK, j’ai appelé le seul numéro que j’avais, celui d’un de ses amis artistes. J’ai dit : « Je cherche Pasquale. » Il me répond : « Incroyable : il est à côté de moi. » Et il me le passe : « Claudia, pourquoi m’appelles-tu de Rome ? – Voyons ! Je suis à JFK. Viens me prendre ! » Et il est venu. Et nous avons passé vingt-sept ans ensemble.

Au début, Franco Cristaldi a été furieux et a tenté de nous bloquer, professionnellement, car il était puissant et contrôlait toute l’industrie cinématographique italienne. Et à la fin, quand j’ai quitté Rome pour Paris, à cause des paparazzis qui étaient toujours devant ma porte et me harcelaient avec ma petite fille, Pasquale et moi sommes restés merveilleusement complices. On s’appelait sans cesse. Et ses coups de fil me manquent terriblement depuis sa mort, en février dernier. J’ai ses photos partout dans mon appartement.

Quels souvenirs des autres grands acteurs croisés ou partenaires ?

David Niven, mon partenaire dans La Panthère rose, m’a fait le plus joli compliment : « Claudia, avec les spaghettis, tu es la plus belle invention des Italiens ! » J’avais une scène d’amour très chaude avec Henri Fonda dans Il était une fois dans l’Ouest, de Sergio Leone, mais sa femme, plantée comme un vautour à côté de la caméra, me regardait avec tant de haine que j’en étais paralysée. J’ai adoré Belmondo, avec qui j’ai tourné quatre films, comme avec Delon, et avec qui j’ai tant ri. Et j’aimais tendrement Rock Hudson, mon grand ami homo, avec qui je me baladais bras dessus bras dessous pour faire croire à une romance, car être pédé dans le cinéma équivalait à un poison et pouvait stopper votre carrière. J’étais aussi à ses côtés quand il est mort à Paris, du sida.

Et Marcello Mastroianni ?

Ah Marcello ! J’ai débuté avec lui et nous avons fait plusieurs films ensemble. Je me souviens que, dans Le Bel Antonio, de Bolognini, en 1960, il jouait le rôle d’un homme tellement amoureux de moi qu’il en était impuissant. Eh bien figurez-vous qu’il ne pouvait plus sortir de l’hôtel, à Catane, car les hommes étaient prêts à en venir aux mains avec lui sous le prétexte qu’un Sicilien impuissant, ça n’existe pas !

A-t-il été, dans la vraie vie, amoureux de vous ?

Oui, je crois. Il l’a même dit une fois dans une émission de télévision où j’étais invitée. A mon arrivée, il s’est précipité sur moi et m’a lancé : « J’étais tellement amoureux de toi. » Je lui ai dit : « Arrête, Marcello ! On est en direct ! » Je pensais à Catherine Deneuve, avec qui il était alors marié. Mais lui : « Je m’en fous ! J’étais amoureux fou ! » C’était gentil mais pas malin. Deneuve a été furieuse et m’a longtemps boudée.

Et Marlon Brando ?

C’était mon idole quand j’étais petite à Tunis, au même titre que Brigitte Bardot. Il l’a su et il est venu un jour frapper à ma porte, à Hollywood, pour me faire un numéro de charme et coucher avec moi. Mais il a vite compris. « OK. Tu es Bélier comme moi, hein ? » Et il est parti. J’ai presque éprouvé comme un petit regret. Même Pasquale, plus tard, a été sidéré : « Comment as-tu fait pour éconduire Brando ? » Mais je n’ai jamais voulu mélanger métier et vie privée. Pas de flirt. Pas d’histoire. L’Italienne a un fort tempérament.

Vous êtes l’une des très rares actrices de cette époque à continuer de tourner !

Je sais, c’est incroyable. Et toujours avec la même trouille. Elle ne m’a pas quittée malgré les 150 films ou presque au compteur, et toutes ces médailles et statuettes que vous voyez posées sur mes commodes. J’ai eu beaucoup de chance. Ce métier m’a offert une foule de vies. Et la possibilité de mettre ma notoriété au service de nombreuses causes : les droits des femmes, car je suis féministe. Les droits des homos, et ils le savent puisqu’ils me saluent toujours en passant sous mes fenêtres pendant la Gay Pride. Le combat contre le sida et la peine de mort avec Amnesty International. Les enfants du Cambodge…

Le cinéma brûle des tas de jeunes gens, balayés après un ou deux films. Quels conseils donnez-vous aux jeunes comédiennes ?

Etre forte à l’intérieur. Se défaire vite des rôles pour ne pas s’égarer dans les personnages. Et camper sur ce qu’elles sont réellement sans mélanger vie professionnelle et vie privée. Ne pas tout accepter pour un rôle qui peut vous abîmer ou vous donner l’impression de vous vendre. Moi, par exemple, j’ai toujours refusé la nudité, j’aurais eu l’impression de vendre mon corps. Refuser les caprices odieux que font certains metteurs en scène. Et résister au chantage au travail. Oui, il faut se battre !

Propos recueillis par Annick Cojean

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Diego Tolomelli

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