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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 29 juillet 2017

Cinéma : EGON SCHIELE - sortie en salles le 16 août - save the date

egon 16 aout

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Exposition "Undressed" de Mario Testino à la Fondation Helmut Newton à Berlin

mario testino undressed

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Quand des ex-gloires de la politique déchantent du macronisme

Par Cédric Pietralunga

Des personnalités qui avaient apporté leur soutien au candidat d’En marche ! se heurtent aux projets, méthodes parlementaires et pratiques du « nouveau monde ».

Il fut un temps où ils étaient reçus au QG de campagne d’Emmanuel Macron, où ils pouvaient s’afficher avec le candidat en déplacement, où une place leur était réservée au premier rang des meetings. Mais depuis l’élection présidentielle, c’est le désenchantement parmi ces soutiens du chef de l’Etat, souvent des ex-gloires de la politique qui pensaient trouver une seconde jeunesse dans le macronisme et se heurtent aux pratiques du « nouveau monde ».

L’ancienne ministre Corinne Lepage, dont le ralliement avait été mis en scène en janvier, est ainsi partie en guerre contre La République en marche (LRM), une formation dont elle assimile le fonctionnement à du « centralisme démocratique ».

L’ex-députée européenne a apporté son soutien à l’action en justice intentée par des adhérents du mouvement du chef de l’Etat pour reporter la modification de ses statuts. « J’ai la parole libre, ce n’est pas parce que je soutiens l’action du président de la République que je vais me taire quand quelque chose ne va pas », justifie Mme Lepage.

Absence d’une « parole libre » au sein de LRM

Déçu lui aussi, le sénateur (Mouvement des progressistes) du Val-d’Oise Robert Hue, qui avait rallié M. Macron en mars, dénonce de son côté la baisse des aides personnalisées au logement (APL) décidée par le gouvernement, une mesure « particulièrement indécente [qui] touchera des familles et des jeunes dont on connaît bien les difficultés ». Un coup de rabot également fustigé sur Twitter par Matthieu Orphelin, député (LRM) du Maine-et-Loire et ancien porte-parole de l’écologiste Nicolas Hulot.

D’autres ne cachent plus leur énervement devant les méthodes des parlementaires macronistes, qui mépriseraient les anciens élus. Le député (LRM) du Calvados Alain Tourret, un des rares invités à suivre M. Macron en campagne à La Réunion, a dénoncé l’absence de « parole libre » au sein du mouvement.

Jean-Louis Bourlanges, député (MoDem) des Hauts-de-Seine et autre soutien, a carrément quitté l’Hémicycle en plein débat sur le projet de loi de moralisation de la vie publique, mardi 25 juillet, excédé qu’on refuse de le laisser s’exprimer.

Sincères ou surjoués, ces coups de blues sont en tout cas surveillés de près par l’opposition, qui ne désespère pas de récupérer ces parlementaires macronistes déçus. « Certains n’en peuvent déjà plus et nous font des appels du pied pour revenir au bercail », assure ainsi un membre de la nouvelle direction du Parti socialiste.

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Miles Aldridge

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Migrants : le plan en trois temps d’Emmanuel Macron

Par Maryline Baumard

Dans un discours sur l’intégration, le président a promis des hébergements d’urgence, mais aussi des missions pour éviter les traversées en Méditerranée.

Et de deux ! Il y avait le plan du premier ministre Edouard Philippe sur les migrants, annoncé le 12 juillet. Quinze jours plus, c’est celui du chef de l’Etat qui est dévoilé. Dans la matinée du jeudi 27 juillet, Emmanuel Macron s’est rendu en préfecture d’Orléans après avoir passé une heure et demie chez une famille de réfugiés syriens, hébergés en périphérie de la ville. Sa façon de clôturer une séquence de trois jours consacrée aux migrations et à l’asile.

Là, devant un parterre de trente-sept nouveaux Français, juste naturalisés, le président a fixé quelques caps pour le pays, à court, moyen et long termes. L’ambition : tenter d’endiguer cette dissuasion migratoire peu respectueuse des droits de l’homme, vers laquelle la France glisse un peu plus chaque jour.

De son deuxième discours d’Orléans – après celui sur Jeanne d’Arc à l’occasion du 8-Mai –, se dégage une vision présidentielle à triple détente. D’abord, M. Macron a fixé un objectif de court terme totalement oublié dans le plan gouvernemental : l’accueil d’urgence. « Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois », a-t-il scandé, rappelant que « la première bataille est de loger tout le monde dignement ».

« Vraie politique de reconduite aux frontières »

Alors que le chef du gouvernement avait déclaré le 12 juillet n’avoir aucune solution pour les migrants des rues, ceux qui errent à Paris, Calais ou dans la Roya, le locataire de l’Elysée, lui a fixé un cap et une date butoir pour régler cette situation. Création de centre de premier accueil ou mobilisation d’immeubles inutilisés sur le territoire, la question est à l’étude, et n’est pas la seule au programme puisque en parallèle à cette prise en charge humanitaire, M. Macron souhaite la mise en place d’un traitement administratif rapide afin de savoir si l’exilé a le droit de rester ou doit être bouté hors des frontières.

Dans sa vision du sujet, figure en effet un volet « renvoi » qu’il a qualifié de « vraie politique de reconduite aux frontières ». Sujet difficile sur lequel ses prédécesseurs se sont cassé les dents, y compris Nicolas Sarkozy, qui en avait pourtant rêvé très fort. Le distinguo entre migrants économiques et réfugiés – de plus en plus difficile à faire aujourd’hui – reste fondateur de son approche. « C’est cette grammaire qu’il nous faut expliquer à nos concitoyens et qu’il nous faut traduire en actes », expliquait-il encore jeudi, avant d’illustrer son propos par le double refus d’« une France qui se replie derrière ses frontières », autant que du mirage d’un pays qui pourrait accueillir toute la misère du monde.

Or, pour « renvoyer dignement » comme le chef de l’Etat l’appelle de ses vœux, il faut étudier rapidement les demandes d’asile. La réduction par deux de temps entre l’enregistrement et la décision par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), avec engagement de la faire tenir en six mois est le cœur opérationnel du plan gouvernemental présenté le 12 juillet.

Des missions mises en place en Afrique

Pour atteindre ce but, M. Macron a adjoint un volet international à son plan. Dorénavant, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) devra aller chercher des réfugiés dans les hotspots italiens, pour améliorer notre coopération avec Rome et « sur le sol africain, dans les pays sûrs, où nous pourrons organiser ces missions, pour traiter des demandeurs d’asile, et leur éviter de prendre des risques inconsidérés ». Tchad et Niger pourraient être les deux premières destinations, tant que la Libye reste en situation trop instable pour accueillir des structures.

Ces missions, construites en lien avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), visent à éviter à un public de migrants économiques des traversées de la Méditerranée qui ne déboucheront pas pour eux sur un titre de séjour pour asile. Rien ne dit que la dissuasion fonctionnera puisque les dossiers continueront bien évidemment toujours à être étudiés en France, mais M. Macron veut tenter le pari. Comme il veut avancer vers un droit d’asile européen et, dans un premier temps au moins, à « un rapprochement des modalités d’asile avec l’Allemagne » et vers des accords pour que les pays africains retiennent leurs candidats à l’exil.

Renforcer l’apprentissage de la langue

A plus long terme aussi, le chef de l’Etat fait le pari de l’intégration. Conscient que la France n’a pas fait le nécessaire avec les générations précédentes de nouveaux Français, il a répété sa volonté de multiplier par deux les heures d’apprentissage de la langue offertes aux réfugiés et d’augmenter les logements qui leurs sont dédiés. Deux mesures nécessaires mais sous-dimensionnées. Surtout l’enseignement, lorsqu’il est destiné à des populations peu scolarisées dans leur pays d’origine.

Restera à observer si l’épicentre de ce sujet se trouve à l’Elysée ou Place Beauvau. Le président a répété, jeudi, lors de sa venue dans l’appartement de la famille syrienne que « nos défis collectifs sont immenses » et que « le travail sera long ». En attendant l’échéance de sa première promesse, il restera à voir si la pression policière s’allège à Calais, si l’Etat finit par y installer les points d’eau que le tribunal administratif l’a enjoint d’installer.

Comme le résume avec brio l’historien Patrick Weil, « avant d’être hébergés, nous verrons déjà cet été si les migrants ont accès à la nourriture délivrée par les ONG sans que la police s’en mêle ». Faut-il lire comme un premier signe de changement de cap, l’annonce par le ministre de l’intérieur Gérard Collomb que « des départs en CAO [centre d’accueil et d’orientation] depuis Calais allaient s’organiser » à nouveau et que les équipes de maraudes allaient être étoffées, pour repérer et offrir une prise en charge aux mineurs qui errent dans la Lande. C’était là aussi une demande du tribunal administratif de Lille à laquelle l’Etat aurait déjà dû répondre depuis début juillet.

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Extrait d'un shooting - clap de fin

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Bellissima !

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L'étrange découpage des fuseaux horaires expliqué en 5 minutes

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Clotilde Leguil : « Nous vivons à l’ère d’une hypertrophie du moi »

Par Clotilde Leguil, Psychanalyste et philosophe

Basculement du monde 4|6. Alors que le narcissisme de masse s’étend avec les relations numérisées, la psychanalyse représente  un « Autre », en chair et en os, nécessaire en ce qu’il est capable d’entendre sans juger, observe la psychanalyste Clotilde Leguil.

Que devient la psychanalyse à l’époque de la mondialisation ? La question se pose de façon cruciale aujourd’hui, car les nouvelles technologies captent le psychisme de chacun et absorbent la libido de tous. Elles modifient le rapport des êtres à eux-mêmes en médiatisant les relations entre les individus. Elles changent le statut de la parole et du langage, celui de l’intimité et du secret, celui de l’image et du récit de soi. Les multiples applications régissant doré­navant les rapports sociaux, amoureux et amicaux s’introduisent par là même au cœur de l’existence de chacun. Elles réorientent le rapport à soi et à l’Autre en ­accélérant toujours davantage les processus de transmission d’informations et d’exhibition de l’intime.

C’est le rapport du sujet à sa propre temporalité existentielle qui s’en voit transformé. Les confessions, les aveux, les dévoilements foisonnent sur la Toile. La rapidité, la fulgurance, l’accé­lération, le « toujours plus et toujours plus vite » disent l’esprit de l’époque de ce ­nouveau moi mondialisé.

Car ce qui se mondialise, ce ne sont pas seulement les échanges économiques, les rapports sociaux et les relations politiques, mais l’intimité de chacun. Comme si le « noyau de notre être » – « das Kern unseres Wesen », disait Freud –, qui nous échappe à nous-même, était livré à un Autre sans visage, sans désir, sans incarnation, mais pas sans voracité : l’Autre de la Toile, des réseaux sociaux, des « like »et des « don’t like ».

Nous vivons donc à l’époque d’une hypertrophie du moi, corrélative d’une mondialisation de l’exigence pulsionnelle de chacun. Le narcissisme de masse est le trait distinctif du moment actuel. La ­promotion de soi ne connaît pas de limite. Le rapport à la sexualité que Freud a transformé en son temps en libérant la parole n’est plus frappé d’interdit et de répression. Chacun veut jouir plus et compte bien souvent sur les nouvelles technologies pour répondre efficacement au manque. Parfois même à l’angoisse et à la déréliction.

moi

Se conformer à l’air du temps ?

A quelle condition la psychanalyse peut-elle continuer de produire un effet de dépaysement et de transformation subjective dans un monde où tout se dit, tout se sait, tout se montre ? La fonction de l’écoute et de l’interprétation a-t-elle encore sa place dans cet univers rhizomique où tout peut dorénavant être dévoilé, divulgué, publié, répercuté au niveau de la planète entière en un simple clic sans que l’on sache jamais à qui on s’adresse ?

On peut en effet se demander quelle place l’invention de Freud et de Lacan peut venir occuper dans ce paysage contemporain. Pour se présenter comme attrayante, la psychanalyse doit-elle se conformer à l’air du temps ? Le psychanalyste doit-il se présenter sous un jour nouveau en consentant à la virtualisation de sa présence ? S’il revient à chaque époque de réinventer la psychanalyse à partir des symptômes qui eux-mêmes se transforment, il revient à la nôtre de démontrer ce que devient la psychanalyse à l’ère du moi mondialisé.

Il serait en effet dangereux pour la psychanalyse de se couper de son temps en s’en désintéressant. Mais n’est-il pas aussi dangereux pour elle de répondre aux injonctions du temps en oubliant la valeur de la parole dans l’expérience analytique, son statut hors du sens commun, sa coloration singulière si étrangère à l’effet de la conversation courante et au bla-bla-bla dont le flux ne cesse pas sur les réseaux sociaux ?

Ne faut-il pas se méfier de ces déviations qui conduisent à faire croire que l’on peut rencontrer un psychanalyste comme on surfe sur l’écran de son iPhone et que l’on peut se défaire de ses angoisses en trouvant sur la Toile des experts qui répondent aux questions de tous ?

« Le sujet qui parle »

L’objet de la psychanalyse, depuis sa découverte par Freud au début du XXe siècle, est bien « le sujet qui parle ». Le territoire de l’expérience analytique, c’est le « je » en tant qu’il peut conduire à explorer son être depuis l’inconscient. C’est en pratiquant une talking cure que celui qui s’engage dans une analyse peut avoir accès à un rapport inédit à ses inhibitions, ses symptômes, ses angoisses.

Pour faire une analyse, il faut désirer savoir quelque chose de soi-même à partir de la parole adressée à un Autre, auquel il est fait confiance pour interpréter ce qui se dit. Ce n’est donc pas n’importe quelle parole du sujet qui a une valeur analytique, ce n’est pas non plus n’importe quel Autre qui est en position de recevoir la parole qui est demande de ­déchiffrement d’une souffrance qui fait énigme pour le sujet.

« A FORCE DE VOULOIR EXISTER IMAGINAIREMENT POUR UN AUTRE QUI NE CHERCHE QU’À JOUIR EN CONSOMMANT DES IMAGES, LE SUJET PASSE À CÔTÉ DE SA VIE »

Pour que la psychanalyse reste au XXIe siècle une expérience inédite parmi les expériences subjectives, il faut donc revenir à ce qui en fait le fondement. Le point de départ de Freud était la distinction radicale entre la conscience et l’inconscient. Le point de départ de Lacan est celui d’une distinction tout aussi fondamentale entre le « moi » et le « je ».

La thèse lacanienne des années 1950 contre l’Egopsychology des postfreudiens est que le « moi » n’est pas le « je ». Confondre le narcissisme du moi avec la parole du sujet sur son désir inconscient conduira à la mort de la psychanalyse. Car l’accès à l’inconscient suppose de traverser le narcissisme, c’est-à-dire la parole vide et la croyance dans une identité fabriquée à partir d’images de soi.

Signatures de l’inconscient

Cette distinction lacanienne entre le rapport narcissique à soi-même et le rapport étrangement inquiétant à son inconscient est plus que jamais éclairante pour saisir la place à part que la psychanalyse peut continuer d’occuper au XXIe siècle. Car l’inflation narcissique, qui est le symptôme de l’époque, ne donnera jamais accès au désir et au secret de l’être. La scénarisation de sa vie sur la Toile ne jugulera jamais l’angoisse. Les commentaires et jugements que chacun peut émettre sur les choix de vie des autres contribuent bien souvent à accroître l’angoisse de celles et ceux qui cherchent une réponse dans l’Autre à leur questionnement existentiel.

Pour pouvoir dire quelque chose de cette part d’étrangeté qui repose en chacun de nous et qui nous angoisse, il faut pouvoir s’adresser à un Autre incarné, qui n’est pas tout le monde et n’importe qui. Un psychanalyste est un Autre en chair et en os, qui prêtera son corps pour entendre ce qui ne s’entend pas, parce qu’il aura lui-même fait l’expérience de l’analyse et de ses effets subjectifs. Un Autre qui est présent pour répondre à ce qui se dit par-delà ce que le sujet veut dire. Un Autre qui s’intéresse aux rêves, aux actes manqués, aux lapsus, comme à des signatures de l’inconscient sur la chair du sujet.

Le psychanalyste, à l’envers de l’Autre de la Toile, n’est pas un Autre qui juge, qui émet des opinions, qui donne des conseils, qui « like » ou qui « don’t like ». C’est un Autre qui ne porte aucun jugement sur ce qui est dit, et autorise celui qui parle à dire ce qu’il ne comprend pas.

C’est dire que « lâcher les amarres de la parole » en analyse, ce n’est pas tout dire et à n’importe qui. Mais essayer de dire l’indicible à un Autre qui est en mesure de répondre. Le psychanalyste du XXIe siècle se distingue en ceci du destinataire anonyme de la mondialisation qu’il n’est pas un Autre qui veut jouir de ce qu’il voit et de ce qu’il entend. A l’ère du moi mondialisé, on peut considérer que cet Autre capable d’entendre sans juger ni jouir est nécessaire, car l’accélération de l’exigence de jouissance participe à la montée en puissance de l’angoisse.

« Ensemble dans une langue particulière »

Cet Autre-là s’intéresse à ce qu’il y a de plus singulier dans la parole de celui qui s’adresse à lui. Lacan le disait élégamment dans le texte fondateur de son enseignement, Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. Que veut-on dire quand on considère que l’on parle « le même langage » qu’un autre ? On signifie par là, non pas qu’on parle avec lui la langue de tous, mais que l’on se rencontre ensemble dans une langue particulière. La psychanalyse fait ainsi exception dans le paysage de la communication mondialisée en continuant de faire exister cette langue particulière qui est celle de l’inconscient de chacun.

Cette langue se parle à la première personne et se réalise dans un « nous » qui n’est pas celui de tous, mais celui qu’une séance fait exister le temps d’une énonciation inédite. Elle se parle en faisant passer les signifiants de sa destinée par la gorge, car elle se parle aussi avec sa voix, c’est-à-dire avec son corps. La tâche de la psychanalyse est de faire résonner cette langue particulière comme ce qui permet de s’arracher à la prison du narcissisme. Car le danger du narcissisme de masse est qu’il détourne finalement chacun du souci de sa propre existence. A force de vouloir exister imaginairement pour un autre qui ne cherche qu’à jouir en consommant des images, le sujet passe à côté de sa vie. Car il ne sait plus lui-même ce qu’il cherchait à retrouver en continuant de se perdre dans le monde de l’Autre.

A l’ère du moi mondialisé, la psychanalyse a changé. C’est vrai. Mais non pas au sens où elle deviendrait la servante du narcissisme de masse. Elle a changé au sens où elle a affaire à ce narcissisme hypertrophié comme à un mur qui sépare le sujet de son désir et l’abandonne bien souvent à sa pulsion.

En 1968, Lacan appelait cette accélération de l’exigence pulsionnelle le « plus-de-jouir ». Terme qui évoquait cette exigence nouvelle de « jouir plus ». On peut dire qu’avec le moi mondialisé et l’exhibition des jouissances, nous en sommes là. La psychanalyse lacanienne en ce sens a les moyens de s’inscrire dans son époque. En conduisant le sujet à apercevoir le point où il se perd dans une exigence de jouissance qui l’aveugle et en continuant de sauver la parole dans ce qu’elle a de plus extraordinaire, soit dans sa valeur de dévoilement d’une vérité et d’un désir qui peuvent redonner un sens à l’existence.

Clotilde Leguil Psychanalyste et philosophe, Clotilde Leguil est également membre de l’Ecole de la cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, professeure au département de psychanalyse de l’université Paris VIII - Saint-Denis. Elle a notamment publié L’Etre et le genre. Homme/femme après Lacan (PUF, 2015).

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