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... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 10 septembre 2017

Macron sans ampleur romanesque

besson

Par Raphaëlle Leyris

A la lecture d’« Un personnage de roman », on n’entend ni « souffle » ni « bouillonnements », qui n’ont jamais, du reste, tellement compté dans la panoplie littéraire de Philippe Besson.

Au rang des rituels des élections présidentielles, il faut désormais compter « le-livre-d’écrivain-dans-les-pas-du-candidat-vainqueur ». Après L’Aube, le soir ou la nuit, de Yasmina Reza (Flammarion, 2007), sur Nicolas Sarkozy, et Rien ne se passe comme prévu, de Laurent Binet (Grasset, 2012), sur François Hollande, voici Un personnage de roman, de Philippe Besson, résultat d’un « compagnonnage » entamé avec Emmanuel Macron il y a un an, après que le second a quitté le gouvernement, le 30 août 2016.

Les images de cette journée provoquent une « illumination » chez Philippe Besson, qui a rencontré Emmanuel et Brigitte Macron deux ans plus tôt à un dîner et s’est lié d’amitié avec eux : l’ex-ministre de l’économie « sera président un jour ». « C’est cette impression d’irrésistible qui décide le livre », écrit-il. Cette impression, doublée de la certitude qu’il y a là une « aventure » à raconter. « Je vais écrire une espérance. Et dans l’espérance, on entend le souffle, l’exaltation, les bouillonnements, on redoute les désillusions. »

Julien Sorel ou Rastignac

Hélas, non, à la lecture d’Un personnage de roman, on n’entend rien de tout cela. Ni « souffle » ni « bouillonnements » – qui n’ont jamais, du reste, tellement compté dans la panoplie littéraire de Philippe Besson. Mois après mois, l’écrivain accompagne son héros, auquel il porte une affection et une admiration non dissimulées, dans certains déplacements.

Il le regarde à la télévision, discute avec lui en privé, le critique (gentiment) parfois. Il répète, et cela dès le titre, que cet homme, rebaptisé d’un « durassien » « Emmanuel M. », est un « personnage de roman ». Mais jamais il n’en apporte la preuve autrement qu’en se demandant s’il ressemble plutôt au Julien Sorel de Stendhal, au Rastignac de Balzac ou à un héros de Fitzgerald.

Mais son livre souffre justement d’un manque d’ampleur romanesque. C’est le récit plus ou moins personnel d’une campagne, qui retrace « à plat » les extraordinaires rebondissements d’une élection ayant déjoué (presque) tous les pronostics. « Décidément, cette élection devient chaque jour plus romanesque », note Besson à plusieurs reprises, sans en faire grand-chose.

Sans surprise

En parallèle, sa proximité avec le candidat n’apporte guère de révélations sur cet homme présenté sans surprise comme un intellectuel cultivé, entouré d’une poignée de personnes et décidant seul de presque tout. La plupart de leurs conversations tournent autour de la conception « verticale » qu’Emmanuel Macron se fait de la fonction à laquelle il aspire. Et tout se passe comme si Philippe Besson, impressionné, laissait son récit se faire écraser par cette « verticalité » revendiquée.

Les passages les plus libres du texte sont ceux qui portent sur Brigitte Macron : c’est sans doute elle, le « personnage de roman » auquel Philippe Besson aurait aimé ou dû consacrer son livre.

« Un Personnage de roman », de Philippe Besson. Julliard, 250 pages, 18 euros.

Posté par jourstranquilles à 19:33 - Texte - Poésie - Littérature - Commentaires [0] - Permalien [#]

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