Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 2 janvier 2018

Street Art à l’Élysée : quand la Marianne d’Obey s’invite aux vœux présidentiels

street art elysées

Ce dimanche 31 décembre, le président Emmanuel Macron a choisi d’associer l’image de la Marianne conçue par le Street Artiste américain Shepard Fairey, alias Obey, aux premiers vœux de son quinquennat.

Obey, Liberté, Égalité, Fraternité, 2015 © Obey Giant.

De l’art de s’approprier une tradition ou le solennel version Street Art. Des esprits les plus conservateurs aux exaltés de l’art urbain, en passant par les partisans désenchantés et les noceurs en puissance, tous ceux qui, par inadvertance ou par devoir, ont assisté ce dimanche aux premiers vœux du Nouvel An d’Emmanuel Macron se sont posé la même question : « Mais quel est donc ce tableau ? ». Difficile, en effet, de ne pas remarquer, tout au long du discours présidentiel, l’obsédante Marianne du Street Artiste Obey qui, toute auréolée de la devise républicaine, s’affichait fièrement à l’arrière-plan, sur le mur du salon d’angle du Palais de l’Élysée.

En réalité, il s’agit d’une reproduction de l’image (en libre téléchargement) élaborée par l’artiste Shepard Fairey, plus connu sous le nom de Obey, en témoignage de son empathie avec le peuple français au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. Sobrement intitulé Liberté, Égalité, Fraternité, le projet avait notamment été décliné sous forme d’une fresque monumentale sur le mur d’un immeuble situé au 186 rue Nationale dans le XIIIe arrondissement à Paris. Né en 1970 à Charleston, en Caroline du Sud, Shepard Fairey se forme à la Rhode Island School of Design avant de créer ses premières campagnes de stickers parodiques, destinées à dénoncer la propagande américaine. Considéré comme l’un des artistes Street Art les plus provocateurs et les plus influents du moment, il s’est notamment rendu célèbre en 2008 en réalisant HOPE, l’affiche de campagne de Barack Obama. La même année, il dévoilait à Paris son œuvre Earth Crisis, un globe géant de 8 mètres de diamètre placé au cœur de la Tour Eiffel en l’honneur de la COP21.

Obey a créé Liberté, Égalité, Fraternité en fusionnant son célèbre projet Make Art Not War avec le drapeau français qui avait envahi les réseaux sociaux après les attentats de 2015. L’image, dont le style et le graphisme empruntent aussi bien au poster publicitaire qu’au prospectus politique et à l’affiche Art Nouveau, associe ainsi la figure stylisée de Marianne, icône de la Nation, aux deux grands symboles républicains (hérités de la période révolutionnaire) que sont le drapeau tricolore et la devise de la République française. D’autres motifs viennent enrichir la portée universelle de cette représentation, en particulier le symbole « Peace & Love » qui, dans la partie basse de la cocarde, abrite la signature de l’artiste, ou encore les deux pinceaux qui, en lieu et place des très martiales épées croisées de l’héraldique militaire, viennent encadrer le médaillon. Différents éléments végétaux stylisés (hibiscus placés dans la coiffure de Marianne, palmettes, marguerites, etc.) animent également cette composition très hiératique comme autant de symboles de vie, d’abondance et de renouveau. Dès lors, on comprend mieux la présence, ce 31 décembre aux côtés du président Macron, de cette œuvre qui, d’une part, manifeste immédiatement le non-conservatisme du chef de l’État, et, d’autre part, réaffirme le nécessaire renouvellement du pacte républicain pour faire face, notamment, à la menace terroriste.

street art elysées 1

Posté par jourstranquilles à 19:08 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire