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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 3 mars 2018

Déesses Femen - exposition - save the date

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Extrait d'un shooting - nu voilé

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«120 BPM» SAUVE LES CÉSARS

Par Didier Péron et Julien Gester - Libératio

Le film de Robin Campillo a obtenu six récompenses vendredi soir: montage, espoir, musique, scénario original, second rôle et meilleur film. «Au revoir là-haut» d'Albert Dupontel, cinq, dont celle du meilleur réalisateur. L'outsider «Petit Paysan» s'en tire avec les honneurs et trois césars. L'essentiel de cette longue soirée.

On nous avait promis le grand déballage, le lessivage intégral, l’opération mani pulite du cinéma français. On pouvait se raconter que la cérémonie des césars 2018 - qui s’est tenue vendredi soir salle Pleyel devant un public de professionnels rodé à rire poliment devant tout et n’importe quoi - serait placée, pour le meilleur et les pires blagounettes, sous le signe de l’ère post-Weinstein, dont le milieu du cinéma français n’a pris pour l’heure que sa part d’écume. Or, malgré les effets d’annonce et le sentiment que quelque chose de l’époque se joue là, avec le cinéma pour témoin de premières loges et principal catalyseur, il semble que tout le monde ou presque dans la salle était prêt à se contenter d’un cours express de consentement mutuel administré par le poussif Manu Payet et d’une standing ovation très pénétrée mais pliée en quarante-cinq secondes, dont on a eu quelques difficultés à cerner l’impact exact sur l’évolution des moeurs. Ce passage néanmoins obligé, annoncé par le maître de cérémonie comme le «moment balance ton porc» (on a entendu quelques frémissements dans l’assistance), minuté et encadré, aura neutralisé tout phénomène de féminisme intempestif, locace et mal placé, comme naguère on invitait les intermittents à monter faire entendre leur voix sur scène pour les dissuader d’envahir la salle - l’an prochain, on peut donc compter sur une séquence similaire dévolue à la cause des cheminots. Seule Blanche Gardin, qui remettait le césar du meilleur espoir féminin, aura apporté une touche un peu grinçante à cet édifice d’ensevelissement sous des nappes de consensuel contrôlé, arborant à la fois le ruban blanc de l’opération #MaintenantOnAgit initiée par la Fondation des femmes et un badge à l’effigie du comique américain Louis C.K., à la carrière torpillée il y a quelques mois suite aux accusations de masturbation spontanée devant plusieurs femmes qui ne lui avaient rien demandé.

Toi Jean, toi Jeanne...

Abondamment irrigué en traits de génie par les auteurs géniaux élevés au bon grain par Vincent Bolloré, Manu Payet a aussi pris l'initiative de siffler l’heure du «moment gênant» comme archétype structurant des césars depuis leur création - mais ça ne va pas en s’arrangeant. Un grand moment de mise en abyme ratée, puisque cette année, c’est l’intégralité de la cérémonie qui constituait une vaste cathédrale de gêne hérissée de tous les poncifs de circonstance («Vous faîtes le plus beau métier du monde», etc.), ponctuellement traversée par les séquences émotions consacrées aux grands disparus de l’année (toi Jean, toi Jeanne, toi Danielle, toi Johnny, toi Gigi...) et quelques trop rares éclairs de lucidité sur le sens de ce cirque, que l’on doit pour l’essentiel à l’équipe du film 120 battements par minute, de Robin Campillo. Le grand vainqueur de la soirée, sur tous les tableaux, à défaut d’avoir coché toutes les catégories pour lesquelles il était nommé.

En sacrant cette vibrante fresque des années sida à la fois meilleur film, meilleur scénario original, meilleur montage, meilleure musique (Arnaud Rebotini), meilleur espoir masculin (Nahuel Pérez Biscayart) et meilleur acteur dans un second rôle (Antoine Reinartz), les votants n’auront pas seulement prolongé la belle carrière du film-phénomène initiée par l’inflammation cannoise (et le grand prix glané sur la Croisette), mais aussi offert une tribune à Campillo et ses comparses, que ceux-ci ne se seront pas privés d’investir de toute la gravité, la dignité et la prise sur le monde réel qui semblait faire défaut par ailleurs. Les larmes du colosse Arnaud Rebotini invoquant «la voix de ceux qui sont morts, ceux qui ont perdu des proches [alors qu']Act Up existe toujours et [que ]le sida n’est pas qu’un film», la reprise réitérée du slogan «Silence = mort», l’évocation des travailleurs du sexe, des toxicomanes et surtout de la cause des migrants (Campillo a fait entendre combien la prochaine loi Colomb constituait une aggravation de la situation déjà terrible de ces derniers en France)... Les montées sur scène successives de l’équipe du film (834000 entrées à ce jour) auront tenu la seule note juste de la cérémonie, avec l’envolée de Jeanne Balibar, enfin couronnée en meilleure actrice après quatre nominations infructueuses, pour son hommage fusionnel à la chanteuse Barbara dans le film de Mathieu Amalric.

Celle-ci eut comme quelques autres des primés de la soirée à se débattre avec un jingle symphonique importé sauvagement de la cérémonie des oscars pour faire taire les impétrants trop bavards à coups de violons sirupeux - dispositif qui se fait cruellement absent tandis que s'étirent les insipides introductions des remettants. Autre innovation pour le moins discutable de cette édition, le «césar du public», remis au film ayant réalisé le plus d’entrées en France au cours de l’année écoulée (en l’occurrence le confondant Raid dingue de Dany Boon), soit le seul prix décerné qui ne repose sur aucune forme de suffrage. Comme si pareil film et son réalisateur-acteur-producteur-exilé fiscal avaient besoin qu’on lui administre pareils gratifications dorées en plus de tout le reste au titre que ses oeuvres bénéficient d’opérations de distribution et de marketing parmi les plus problématiquement enviables en termes de concentration des moyens et d’écrasement de tout ce qui l’entoure.

Au revoir «le Sens de la fête»

Nahuel Pérez Biscayart, l’acteur starisé par 120 BPM fait le lien avec l’autre principal champion de la soirée: Au revoir là-haut d’Albert Dupontel (absent car «il est mal à l'aise avec le principe de compétition»), pataquès à la Tardi/Jeunet/Gilliam en marmelade pour Ehpad et halte-garderies, où tout est morceau de bravoure et rien ne consiste jamais. C’est pourtant ce film-là, certes de loin le plus ambitieux de son auteur très obstiné, qui aura décroché le prix de la meilleure réalisation à la barbe de Campillo, outre son césar de la meilleure adaptation, et ses différentes distinctions dans des catégories relevant toutes plus ou moins de la direction artistique (meilleurs photo, costumes et décors), symptôme de là où se joue, sur un mode outré, l’écriture de Dupontel.

Le challenger Petit Paysan, premier long métrage d’Hubert Charuel (et succès surprise à plus de 500 000 entrées) s’en tire avec les honneurs : meilleur acteur pour le phasme blême Swann Arlaud, meilleure actrice dans un second rôle pour Sara Giraudeau et trophée du meilleur premier film (au détriment de concurrents tels que Grave ou Jeune femme, caméra d’or du dernier festival de Cannes).

Les deux grands perdants du soir sont le Sens de la fête du duo Nakache-Toledano (dix nominations, un amas de stars invraisemblable et une cote de sympathie certaine, mais pas un prix) et une certaine idée du bien-être le vendredi soir, saccagée en règle dès le numéro d’entame musicale des festivités.

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Exposition - jusqu'au 3 mars 2018 (dernier jour aujourd'hui)

ATAE YÛKI

与 勇輝

SCÈNES DE LA VIE JAPONAISE EN SCULPTURES DE TISSU

Avec ses sculptures de tissu, l’artiste japonais ATAE Yûki, né en 1937, nous ouvre les portes d’un univers unique.

À l’occasion de son 80e anniversaire, ses œuvres seront exposées pour la deuxième fois à Paris : l’occasion d’opérer un retour sur une carrière riche de 50 années d’activité artistique à travers ses œuvres les plus représentatives, ainsi que de découvrir ses récentes créations.

Au Japon, les expositions des œuvres de ATAE Yûki, organisées dans toutes les grandes villes du pays, attirent de très nombreux visiteurs. À l’étranger, outre Paris, New York et São Paulo ont accueilli ses œuvres qui réveillent une nostalgie enfouie au plus profond de chacun d’entre nous, accessible par-delà les frontières et les différences culturelles.

Pour cette exposition, ATAE Yûki a réuni plus de 100 sculptures de tissus réparties en cinq sections : Un monde nostalgique, Hommage au cinéaste Yasujirô Ozu, Mémorial de l’ère Showa (1926-1989), etc.

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www.atae-yuki-paris.fr

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César - La rétrospective jusqu'au 26/03 au Centre Pompidou ( vu jeudi 1 mars)

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Reportage photographique : J. Snap

César - La Rétrospective - Centre Pompidou

Un vibrant hommage pour le 20e anniversaire de la disparition du grand sculpteur français César Baldaccini, dit César. On connait ses « Fers soudés », « Compressions », « Empreintes » et « Expansions ». Cette grande rétrospective montre que, derrière la modernité de la machine, la main du sculpteur est toujours visible.

Après des débuts à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Marseille, sa ville natale, César (1921-1998) s’installe à Paris. Il mène une vie très modeste et à défaut de pouvoir travailler le marbre, récupère des matériaux dans les décharges de ferrailles pour réaliser ses premières sculptures. Il innove, en empruntant à l’industrie la technique de la soudure à l’arc. Il s’inspire de la forme même du matériau et récupère toutes sortes d’objets pour leur donner une nouvelle existence. Le « Poisson », « La Vénus de Villetaneuse » et « La Ginette » comptent parmi ses œuvres les plus célèbres. César intègre le mouvement des Nouveaux Réalistes en 1961 aux côtés de Jean Tinguely, Yves Klein ou encore Arman, Raymond Hains et Martial Raysse. Ces artistes très divers sont soudés autour d’une idée commune, définie par Pierre Restany comme « le recyclage poétique du réel urbain, industriel ou publicitaire ». César conçoit des sculptures violentes qui portent un regard critique sur la société industrialisée de surconsommation. Ses « Compressions » réalisées à l’aide d’une presse hydraulique présentent toutes sortes d’objets de tôle et de métal compressé. Depuis 1975, les fameuses statuettes devenu icônes récompensent les acteurs du cinéma français chaque année lors de la Nuit des César. Grâce à l’agrandissement pantographique, les « Empreintes humaines » lui permettent de cartographier le corps humain à grande échelle. Les « Expansions » coulées et figées sont comme autant de sculptures hors du temps. Toute sa vie, l’artiste n’aura de cesse de créer et diversifier son art au moyen de matériaux mis à sa disposition. Ces nombreuses expériences sont comme des chantiers sur lesquels il aimait aller et revenir, guidé par une réflexion sur la sculpture moderne. « Je suis devenu moi-même le jour où j’ai osé faire certaines choses que je croyais interdites. Pour créer, il faut avoir une grande fraicheur, une grande naïveté. Ce qu’on appelle le feu sacré. Dans l’atelier, vous vous oubliez, et le matériau vous transforme. Soudain, une chose vous entraîne à une autre et ainsi de suite. En réalité, quand on est un artiste, on s’amuse. » César

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Visite libre jusqu'au 26 mars 2018 Tous les jours sauf le mardi, de 11 h à 21 h, le jeudi jusqu’à 23 h

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Reportage photographique : J. Snap

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Trump, des tweets et des dessins

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L’auteur de bande-dessinée François Boucq s’est amusé à illustrer les messages envoyés sur Twitter par le président américain, avant et après son élection.

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Critique : « Lady Bird », un irrésistible désir d’ailleurs

Par Jacques Mandelbaum

Greta Gerwig aborde avec justesse et délicatesse l’adolescence tumultueuse d’une jeune fille américaine.

Grande fille empruntée au charme nébuleux, Greta Celeste Gerwig, 34 ans, fut longtemps connue des cinéphiles comme la star d’un cinéma du « marmonnement » (mumblecore en anglais, mouvement caractérisant des productions fauchées, souvent tournées en appartement), prisé par une minorité d’esthètes new-yorkais, notamment sous la direction de son compagnon et réalisateur Noah Baumbach. Il était en même temps prévisible que cette jeune femme sensible, intelligente et ambitieuse, qu’on retrouvait parfois collaboratrice à l’écriture des films, passerait un jour derrière la caméra. Prédiction à moitié réalisée dès 2008 avec Nights and Weekends, co­signé avec Joe Swanberg, et totalement aujourd’hui, avec Lady Bird, très joli petit film qui s’arroge rien moins que cinq nominations aux Oscars.

Le genre, plus goudronné qu’une autoroute, est celui du récit de formation, à soubassement autobiographique. Autant dire que parvenir à y faire entendre une note singulière relève de l’exploit. Ici atteint, avec grâce, justesse et élégance, ce qui suffit au plaisir du spectateur quand bien même on n’en serait pas au niveau chef-d’œuvral du genre (Les Quatre Cents Coups, de François Truffaut, Deep End, de Jerzy Skolimowski). Le cadre est Sacramento, capitale de l’Etat de Californie, nonobstant placée par la cinéaste, native de la ville, sous l’invocation assassine d’une citation de la romancière Joan Didion, autre native :

« Quiconque parle d’hédonisme californien n’a jamais passé Noël à Sacramento. »

S’éclipser, se carapater

Là, pousse comme le chiendent la fantasque adolescente Christine McPherson, alias « Lady Bird », à laquelle la jeune actrice améri­cano-irlandaise Saoirse Ronan, cheveux rouges et regard ciel, ­confère la juste mesure de ­déprime et de piment. Parents aimants qui se sacrifient pour elle, dernière année d’un collège religieux, ennui provincial, rêve d’émancipation new-yorkaise, attente du grand amour. Topo classique, autour duquel sont disposés quelques personnages-clés. Mère infirmière, sa plus chère ennemie, femme de prin­cipes, dure au mal mais cœur ouvert. Père informaticien fondant comme une crème, nappé de la mélancolie du chômage forcé. Frère punk tendance vegane, fourré chez les parents avec sa petite amie qui lui rend des points.

Dans le cercle non familial, ­entre Julie, la très vieille amie ­tendanciellement obèse (interprétée avec gourmandise par ­Beanie Feldstein, qui n’est autre que la sœur de l’acteur, producteur et scénariste Jonah Hill) ; puis Danny (Lucas Hedges), premier fiancé franchement rouquin issu d’une famille patricienne ; puis Kyle (Timothée Chalamet), second fiancé ombrageux, aux origines plus tortueuses, « guitar hero » rimbaldien d’un groupe de rock français. La répétition d’une comédie musicale à l’école, un trajet en voiture avec sa mère, un déflorage express, une présen­tation à la famille de son fiancé, sont le type de situations archi-triviales qui organisent le récit, de la linéarité routinière de laquelle l’héroïne (mais aussi bien la réali­satrice, dans sa manière de ­conduire ledit récit) va tenter à toute force de s’échapper, par exemple en sautant de la voiture en marche durant une séance de remontage de bretelles.

Tout cela et tous ceux-là dansent avec Christine la danse incertaine, fébrile, rayonnante et étrange de l’adolescence, au rythme d’une mise en scène dont le premier et le dernier mot restent la délicatesse. Greta Gerwig ne s’appesantit jamais, elle va vite, distancie, décale, effleure, varie les degrés sur le baromètre de l’humeur, traite les bonheurs et les malheurs sur un pied d’égalité, et trouve dans cette vivacité même la formule de mise en tension de sa jeune héroïne. Partir, se tirer, s’éclipser, se carapater, mettre les bouts, s’enfuir, détaler, plier bagage, mettre les voiles : comment mieux dire le violent, l’ir­répressible désir d’ailleurs qui taraude Lady Bird ? C’est à ce diapason que le film module la jeune femme, tendue tout entière vers le rendez-vous que la vie lui fixe avec elle-même, qui serait déjà une autre.

Film américain de Greta Gerwig. Avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lucas Hedges (1 h 34).

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Posté par jourstranquilles à 09:51 - Film, Théâtre, Spectacle, TV, Clip, Court métrage - Commentaires [0] - Permalien [#]

César du meilleur film...

 

"Si je dois dédier ce prix c'est à Act Up et à tous ceux qui mènent des combats et ne reçoivent pas de prix" Nahuel Pérez Biscayart #Cesar2018 #120battementsparminute #FilmInter



1,861 Likes, 24 Comments - France Inter (@franceinter) on Instagram: ""Si je dois dédier ce prix c'est à Act Up et à tous ceux qui mènent des combats et ne reçoivent pas..."

 

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Chronique : Prêtons attention à l’ennui

Par Emmanuelle Loyer, Historienne

Résonances. Les prothèses numériques vont-elles nous priver de moments de vague-à-l’âme ? Retour sur cette catégorie de la vie affective scrutée par les historiens des sensibilités.

A l’heure des campus numériques et des pratiques pédagogiques « innovantes » à tout-va, une plaisante enquête sociologique, diffusée auprès des enseignants d’une grande institution académique parisienne, est venue calmer les ardeurs technophiles de nos contemporains. Elle étudie les effets de l’usage de l’ordinateur dans la qualité de la prise de notes pendant les cours.

Il apparaît que les étudiants, atteints d’un « biais optimiste », croient pouvoir écouter, synthétiser et s’approprier le discours du professeur en même temps qu’ils poursuivent leurs petites affaires sur ­les réseaux sociaux. En réalité, leur travail en est négativement affecté. Celui des autres (les archaïques écrivant à la plume) aussi, également happés par les sortilèges de l’écran…

Acédie, spleen, embêtement

Anticipant ce résultat, certains téméraires ont interdit les prothèses informatiques en cours, rejoignant, sans le savoir, un mouvement plus général : « No ­Device ». La forêt d’écrans évanouie, comme par miracle, reviennent les visages et les paysages variés d’une attention nouvelle, soutenue ou intermittente, perplexe ou goguenarde et parfois même la face longue de l’ennui, celui que Charles Baudelaire, dans son « Adresse au lecteur », appelait le « monstre délicat ». Surgit alors l’impression de renouer avec une figure répertoriée de notre imaginaire républicain – le bâillement scolaire – mais aussi un état d’âme oublié.

Car la distraction vibrionnante que permet l’infinie navigation numérique apparaît comme le contraire de l’ennui – elle n’a pas son détachement désolé avec le monde –, à moins qu’elle n’en soit une nouvelle métamorphose ?

L’ennui est en effet un objet labile et pourtant profond, une catégorie de la vie affective qui, comme le montrent les historiens des sensibilités (avec notamment L’Ennui. Histoire d’un état d’âme : XIXe-XXe siècles, sous la direction de Sylvain Venayre, avec Pascale ­Goetschel, Christophe Granger, Nadine Richard, ­Publications de la Sorbonne, 2012), semble accompagner l’historicité des expériences humaines : l’acédie médiévale, le spleen romantique, l’« embêtement » fin XIXe ; l’ennui à l’école, l’ennui provincial, l’ennui conjugal, l’ennui à l’usine, l’ennui au bureau, l’ennui dans les banlieues ; l’ennui massif de la dépression, l’ennui léger, nuageux de l’enfant en mal d’escapades, l’ennui métaphysique de l’être humain sachant qu’il n’est que poussières, l’ennui historique diagnostiqué par Stendhal dans la France de la monarchie de Juillet ­ – la disparition des passions, la gravité dans la vie intime – ou la « France [qui] s’ennuie » de Viansson-Ponté en mars 1968. De ce point de vue au moins, le mois de mai viendra mettre un peu d’animation !

« Mal du siècle »

Il y a le mauvais ennui, et aussi le bon ennui, valorisé dans notre tradition littéraire submergée par l’ennui, vague après vague : le « mal du siècle » est aussi le lieu où on croit puiser la matière du chef-d’œuvre, opposant aux déliés d’une morne existence les pleins d’une dense et puissante stylisation. C’est l’ennui de Baudelaire, incarné dans ses chats puissants et doux, ces « grands sphinx allongés au fond des solitudes/Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ».

L’ennui est esthétique ; il peut être aussi politique : une défection à l’injonction moderne de l’initiative, de l’énergie, du nouveau. Les historiens ont raison d’y saisir un affect d’autrefois, dans ses multiples déclinaisons, mais aussi un efficace truchement pour juger de la pluralité de nos rapports au monde, hier et aujourd’hui, et au temps qui passe, puisque l’ennui rend l’individu social à son temps singulier – comme cet étudiant rendu à ses chimères, loin, très loin des discours du professeur…

L’ennui semble chassé de notre présent puisqu’il est l’envers de l’intensité d’attention sollicitée par la vie d’aujourd’hui. Mais peut-être est-ce une ruse de l’Histoire et que, du désœuvrement, on est passé à la surabondance. Ne raffinons donc pas trop nos arts de nous désennuyer – et le numérique en est un tout-puissant. Peut-être faut-il tout simplement savoir s’ennuyer ? Vous dormez ?

Emmanuelle Loyer est professeure d’histoire contemporaine ­à Sciences Po Paris.

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Je pose pour...

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Posté par jourstranquilles à 09:04 - MES SHOOTINGS - Commentaires [0] - Permalien [#]