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... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mercredi 8 novembre 2017

Abou Dhabi, en grande pompe et à pas de Louvre

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 Par Hala Kodmani, envoyée spéciale à Abou Dhabi - Le Monde

L’inauguration du musée émirati, ce mercredi, marque l’aboutissement d’un projet de plus de dix ans. En achetant la «marque» française et des centaines d’œuvres d’art, la jeune nation espère briller sur le plan international.

Abou Dhabi, en grande pompe et à pas de Louvre

Rouleaux de tapis rouge et cartons d’orchidées blanches étaient livrés mardi aux différentes entrées du Louvre Abou Dhabi. Derniers préparatifs pour l’inauguration du musée, ce mercredi soir, par Emmanuel et Brigitte Macron, au côté du prince héritier des Emirats arabes unis. Les ultimes éléments de décor pour la réception ne sont pas les seuls qui manquent à la finition du chantier. Des dizaines d’ouvriers asiatiques s’activent sous le soleil pour déballer et arroser les plants de petits palmiers à l’extérieur ou dissimuler certaines parties encore inachevées à l’intérieur. Le projet lancé il y a plus de dix ans continue d’accuser quelques retards, mais on est bien arrivé à ce «moment monumental», comme le qualifie Mohamed Khalifa al-Mubarak. Le président du département de la culture et du tourisme d’Abou Dhabi présente le nouveau lieu devant la presse comme «un cadeau des Emirats arabes unis au monde entier». Comme lui, les autres responsables émiratis ou français, constructeurs, diplomates ou administrateurs qui se congratulent de cet aboutissement se refusent à parler de «musée», sauf pour souligner son «ambition universelle» ou son «message de civilisation». Avec son Louvre, le plus riche des émirats pétroliers du Golfe prétend offrir la culture et les arts bien plus qu’à sa région. «Voir l’humanité sous un nouveau jour», clament les banderoles qui mènent à l’île de Saadiyat. Ce qui n’était que plages de sable désertiques il y a quelques années doit devenir un village dédié à la création mondiale. L’ouvrage français est le premier à y voir le jour, tandis que les chantiers d’autres grands musées mondiaux sont toujours ensablés (lire ci-contre).

Ombre et lumière

Bien plus qu’un musée, comme le répètent en effet ses promoteurs, le Louvre Abou Dhabi est surtout la dernière œuvre magistrale de Jean Nouvel. Particulièrement prisé dans la région depuis qu’il a construit l’Institut du monde arabe à Paris, il y a trente ans, «l’architecte contextuel» (comme il se présente) doit expliquer le symbolisme de son inspiration, qu’on ne devine pas nécessairement à première vue.

Debout au milieu de gros cubes blancs, le colosse chauve parle dans un flot ininterrompu de chacune des dimensions techniques, esthétiques, culturelles et philosophiques de son travail. «Parce qu’un bâtiment doit avoir des racines», il a conçu le Louvre Abou Dhabi comme une médina, avec ses blocs blancs séparés par «des rues étroites», qui ne le sont d’ailleurs pas tant que ça. Très loin de Tunis ou de Fès, villes peu connues sur les bords du Golfe et différentes des vieilles cités du Moyen-Orient, l’architecte dit avoir «simulé une ville qui existe depuis un certain temps». Ses explications les plus inspirées concernent la pièce maîtresse de cette construction : la coupole métallique de 180 mètres de diamètre qui coiffe l’ensemble. La structure cachée sous le dôme est faite de plusieurs couches de «matière tissée perforée» en forme de moucharabiehs, qui «permet le passage de la lumière de façon aléatoire et changeant de couleur tout au long de la journée, selon le soleil, le grand projecteur». Le jeu d’ombre et de lumière est censé rappeler les souks. «Cela me ramène à mon enfance dans l’oasis d’Al-Aïn, quand les rayons du soleil passaient à travers les palmiers», dit plutôt le fils du pays Mohamed Khalifa al-Mubarak.

Dans cette architecture colossale, trouver l’entrée de l’espace d’exposition n’est pas évident, y compris pour une nouvelle employée américaine du musée perdue dans la «médina». Les galeries intérieures où se trouvent les 600 œuvres louées par le Louvre et douze autres musées français ou acquises parmi les nouvelles collections par Abou Dhabi, ne comptent pas pour plus d’un cinquième de l’espace total du bâtiment. Mais pour conforter le «récit universel» voulu par ses concepteurs, les «origines de la civilisation» ont été reprises dans une œuvre originale, spécialement pour le Louvre des Emirats. Sur les deux faces d’un mur blanc érigé sur l’eau au milieu du musée, l’artiste américaine Jenny Holzer a transformé en reliefs de pierre des trésors littéraires anciens. Un texte poétique qui raconte un mythe de la création, imaginé par les Mésopotamiens il y a près de quatre mille  ans. D’un côté en sumérien et de l’autre en akkadien, il date de la naissance de l’écriture en Mésopotamie. Mise au jour sur le site de l’ancienne ville d’Assur en Irak, la tablette reproduite est aujourd’hui conservée au musée de Berlin.

«Effet waouh»

«Ils cherchent à capturer toute l’histoire dans un seul bâtiment à Abou Dhabi», explique Theodore Karasik, consultant en géostratégie au Gulf State Analytics, un centre d’étude basé à Washington. L’expert, qui a travaillé plusieurs années dans la région, évoque «une volonté de l’émirat de devenir le centre culturel de tout le monde arabe, voire au-delà». Point de passage entre l’Europe et l’Asie, les Emirats arabes unis ont entamé il y a quelque temps la diversification de leur économie de l’après-pétrole et veulent s’ouvrir de plus en plus au tourisme des deux côtés. La présence de millions de travailleurs asiatiques à Abou Dhabi et dans les autres pays du Golfe peut contribuer à cette ambition. Un livreur sri-lankais qui portait des cartons de bouteilles d’eau en se frayant un passage parmi les premiers visiteurs du Louvre confirmait qu’il était «impatient de pouvoir venir en visiteur sur les lieux, avec ses amis, à la première occasion». Pour Karasik, «une gigantesque transformation est à l’œuvre dans les Emirats, une jeune nation qui s’est développée à une allure vertigineuse». En complément de leurs ambitions politiques, diplomatiques et militaires de plus en plus affirmées, «investir dans les musées est à la fois rentable et satisfaisant pour leur image», affirme le chercheur, en rappelant combien ces Emirats sont à la recherche de «l’effet waouh».

Epater le monde par des réalisations pharaoniques a été la spécialité de Dubaï avec ses plus hautes tours du monde et ses îles en forme de palmiers gagnées sur la mer. Face au petit frère postmoderne, fêtard jusqu’à la débauche, Abou Dhabi, l’aîné, qui abrite les plus grandes ressources pétrolières et gazières, cherche à briller par des ambitions civilisatrices plus grandes. L’affirmation de son rôle d’acheteur et de promoteur de culture se traduit par une véritable boulimie d’acquisition des œuvres d’art. A la recherche des créations de tous les pays, de toutes époques et origines, le pays veut aussi compenser un passé qu’il n’a pas. «Ils veulent capturer l’essence des autres sociétés parce qu’ils viennent du désert et sont en quête d’histoire», confirme Theodore Karasik. «Une nation qui n’a pas de passé ne peut avoir ni présent ni avenir», clame d’ailleurs un slogan en arabe et en anglais à l’accueil de l’aéroport d’Abou Dhabi.

Jet privé

Loin de reconnaître la pauvreté de son héritage, le pays, né en 1971 après le départ des troupes britanniques, est aussi obsédé par la «valorisation du patrimoine». Les anciens pêcheurs ont investi substantiellement dans des chantiers navals pour construire des boutres en bois qui ne font pas illusion sur leur nouveauté. L’entretien des traditions du patrimoine animalier amène à un traitement de luxe pour les chevaux, faucons et gazelles du désert qui ont leurs hôpitaux ultramodernes et voyagent en jet privé. La reconstitution d’un village d’oasis, avec ses huttes en terre rouge, ses pots de café bédouins, ses filets de pêche et ses peaux de chèvres, présentés dans le «Heritage Club», prête à sourire.

A défaut de pouvoir contribuer à la culture mondiale par ses seules ressources locales, Abou Dhabi a les moyens de s’offrir un «musée universel». La ville vient de «trouver sa place à côté de Paris, Saint-Pétersbourg, Londres ou New York», flatte le président du Louvre français, Jean-Luc Martinez, devant les premiers visiteurs. «Abou Dhabi a besoin du monde et le monde a besoin d’Abou Dhabi», renchérit, reconnaissant, Jean-François Charnier, le directeur de l’agence France-Muséums qui réunit les partenaires de l’opération. Les institutions françaises sont en effet les premières bénéficiaires de cette mégalomanie culturelle.

Hala Kodmani envoyée spéciale à Abou Dhabi

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TRUMP = 1 an... Donald Trump ou la diplomatie du chaos

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Par Marc Semo, Gilles Paris, Washington, correspondant - Le Monde

Isolationniste, nationaliste, réaliste malgré lui et impulsif, le président des Etats-Unis secoue l’ordre mondial depuis son élection il y a un an.

« America first ! » : c’était son credo pendant la campagne présidentielle et, depuis sa victoire, le 8 novembre 2016, Donald Trump n’a cessé de le marteler. Aujourd’hui, neuf mois après son installation à la Maison Blanche, le 20 janvier, les Etats-Unis n’ont jamais été aussi isolés sur la scène interna­tionale, en butte à une défiance croissante de la quasi-totalité de leurs alliés, inquiets de les voir abandonner ce rôle de « leader du monde libre » qui était le leur depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le candidat Trump n’avait cessé de pourfendre les Nations unies (ONU) et le système multilatéral en vigueur depuis 1945. Il avait dénoncé les alliances, à commencer par le traité de l’Atlantique Nord (OTAN), aussi « obsolète » que coûteux, subordonnant sa survie à l’engagement de ses membres européens à payer davantage. Il avait éructé contre l’accord sur le nucléaire iranien ainsi que contre divers traités commerciaux, responsables à ses yeux de la perte d’emplois aux Etats-Unis.

Le président Trump a dû corriger un peu le tir, au moins dans la forme. Il a rassuré les Européens, notamment ceux de l’Est, sur l’engagement de Washington dans l’OTAN face à la menace russe. Il a aussi rassuré Tokyo et Séoul sur la réalité de la protection américaine face à la Corée du Nord. Mais pour l’essentiel, il est resté le même : impulsif, narcissique et provocateur, au grand dam de ceux qui espéraient qu’il se « présidentialiserait » peu à peu. Ses conférences de presse, lors des visites de responsables étrangers à Washington, trahissent un manque d’intérêt pour les dossiers qui tranche avec la méticulosité de son prédécesseur démocrate, Barack Obama.

Ses tweets assassins et ses déclarations enflammées se succèdent. En neuf mois, les Etats-Unis se sont retirés d’un projet de libre-échange avec des pays riverains du Pacifique (Partenariat transpacifique, TPP), de l’accord de Paris sur le climat (COP21), de l’Unesco. Et le 13 octobre, le président américain a dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien, sans s’en retirer – une décision qu’il laisse au Congrès.

Après des semaines de confusion sur la composition de son équipe, le président américain s’est finalement entouré de personnalités respectées sur les questions stratégiques et internationales. Pour la plupart, il s’agit de généraux tels qu’Herbert McMaster, son conseiller à la sécurité nationale, James Mattis, secrétaire à la défense, et John Kelly, passé de la sécurité intérieure à la fonction de chef de cabinet de la Maison Blanche. L’ancien patron d’Exxon­Mobil, Rex Tillerson, dirige pour sa part le département d’Etat. Ces hommes sont avant tout des « réalistes », décidés à affirmer la puissance américaine quand c’est nécessaire. Mais le président ne les écoute guère.

« Le seul point sur lequel Donald Trump a tenu parole jusqu’ici est celui de son imprévisibilité », ironise l’ancien ministre français des affaires étrangères Hubert Védrine.

Une enquête menée en juin par le think tank américain Pew ­Research Institute, dans trente-sept pays, a montré que le nouveau locataire de la Maison Blanche suscite la défiance de 74 % des personnes interrogées, avant tout en raison de son arrogance et de son intolérance. Il obtient les plus bas taux de confiance en Europe, notamment en Allemagne (10 %) ou en France (14 %). Il n’y a qu’en Israël et en Russie qu’une partie consistante de l’opinion (respectivement 49 % et 53 %) juge favorablement le 45e président américain.

Le « jacksonien »

La première initiative de Donald Trump en ­politique internationale après son installation à la Maison Blanche fut d’annoncer le retrait américain du TPP, qui avait été signé avec onze pays de la région Asie-Pacifique et représentait quelque 40 % de l’économie mondiale. Une aubaine pour la Chine qui, n’étant pas partie à l’accord, se retrouve aujourd’hui en position de force. Un cas d’école.

« Donald Trump se revendique comme pragmatique, mais il agit de façon idéologique, même si son idéologie n’est pas structurée », relève Laurence Nardon, spécialiste des Etats-Unis à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et coordinatrice, avec Thomas Gomart, de l’ouvrage collectif paru début novembre Trump un an après. Un monde à l’état de nature ? (Etudes de l’IFRI). « Ces retraits des traités, à commencer par celui du TPP, sont contraires aux intérêts mêmes des Etats-Unis. Mais Trump a décidé de rester dans la veine ­populiste qui lui a fait gagner l’élection. »

Nombre d’experts de la politique américaine, dont Walter Russell Mead du Hudson Institute, n’hésitent pas à parler de « moment jacksonien », en référence au président ­Andrew Jackson, démocrate atypique qui occupa la Maison Blanche entre 1829 et 1837 et fut le véritable fondateur du populisme outre-atlantique, ainsi que le héraut d’un repli américain.

Pas question en effet pour M. Trump de défendre un « exceptionnalisme » de la poli­tique étrangère américaine, considéré comme de la vanité et qui obligerait à faire preuve d’une quelconque exemplarité.

La liste des traités que le nouveau locataire de la Maison Blanche a quittés, ou menace de quitter, est longue. « La politique étrangère de Trump a trouvé son thème : la doctrine du retrait », note Richard Haass, président du think tank Council on Foreign Relations.

Le 1er juin, Trump se retire de l’accord sur le climat, parce qu’il est « injuste » et permettrait aux autres pays de prendre l’avantage, selon lui, sur l’industrie américaine… Le retrait ne sera pourtant effectif qu’en 2020. Quand il menace de remettre en cause l’Accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada (Alena), c’est parce que cet accord a contribué à délocaliser des millions d’emplois industriels.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Banque mondiale sont dans son viseur pour les mêmes raisons. Ce choix peut être autant idéologique que financier, tout com­me pour l’Unesco, dont Washington s’est retiré en octobre, évoquant les « préjugés anti-israéliens » de l’organisation onusienne. Ce retrait, qui ne sera effectif qu’en décembre 2018, est surtout symbolique : depuis 2011 et l’admission de la Palestine, les Etats-Unis y ont déjà arrêté toute contribution financière.

En revanche, quand il s’agit d’accords sur des questions stratégiques ou sécuritaires, Donald Trump se montre plus prudent. En témoigne son attitude envers l’accord de juillet 2015 entre les 5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne) et l’Iran, gelant et mettant sous contrôle international le programme nucléaire de Téhéran. Après l’avoir « certifié » à deux reprises, il a finalement refusé de le faire une troisième fois, renvoyant la décision au Congrès. Mais tout en continuant de vitupérer contre « ce pire accord jamais signé », il s’est bien gardé de lui donner le coup de grâce.

Le nationaliste

Lors de son véhément discours à l’Assemblée générale de l’ONU, le 19 septembre, Donald Trump a pourfendu le « régime voyou » de l’Iran et menacé de « destruction totale » la Corée du Nord si elle utilise l’arme nucléaire, tout en exposant sa vision du monde.

A vingt et une reprise, il a employé le mot « souverain » ou « souveraineté », pilier avec « la sécurité » et « la prospérité » d’un ordre mondial « fondé sur le grand réveil des nations ». « En tant que président des Etats-Unis, je mettrai toujours l’Amérique en premier, tout comme vous, en tant que leaders de vos pays, mettez toujours et devez toujours mettre vos pays en premier », a-t-il lancé. « Trump n’est pas un isolationniste, souligne Laurence Nardon. Son nationalisme est celui d’une Amérique qui souhaite se retirer des affaires du monde, mais qui n’hésite pas à intervenir quand ses intérêts sont en jeu. »

Cette thématique recoupe largement celle exposée par son conseiller économique Gary Cohn et le secrétaire à la défense, James Mattis, dans une tribune au Wall Street Journal publiée le 31 mai, à l’issue du premier périple de M. Trump au Moyen-Orient et en Europe. Les deux hommes y présentent le monde « tel une arène où les nations, comme les acteurs non étatiques, sont en compétition pour gagner l’avantage ». Un monde « hobbesien ».

Dans cette logique, le président des Etats-Unis n’a que mépris pour l’Union européenne (UE), dont il ne comprend pas la logique. Il abhorre tout ce qu’elle implique en matière de délégation volontaire de souveraineté. D’où son enthousiasme pour le Brexit. Jamais les relations n’ont été aussi mauvaises avec les Européens, et en particulier avec l’Allemagne. « Nous devons prendre notre destin en main ; le temps où nous pouvions nous reposer sur d’autres est en partie révolu », réagissait en juin la chancelière allemande, Angela Merkel.

Les liens anciens entre Washington et ses alliés transatlantiques ne sont certes pas encore rompus, mais Donald Trump n’a plus vraiment d’amis en Europe, même si Emmanuel Macron a fait le pari d’un « achat à la baisse », surjouant la proximité personnelle, notamment lors de la visite de son homologue pour le 14-Juillet à Paris. Selon Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, « les deux seuls vrais soutiens de Trump dans l’arène internationale, partageant ses objectifs tactiques et stratégiques au Moyen-Orient, sont Israël et l’Arabie saoudite ».

Donald Trump est convaincu que la puissance militaire et économique des Etats-Unis est suffisante pour leur permettre de faire ce qu’ils veulent, d’où son dédain pour les alliances. Au contraire de son prédécesseur républicain, George W. Bush, qui cherchait malgré tout à créer une coalition la plus large possible.

L’impulsif

De son propre aveu, les images des enfants morts asphyxiés de Khan Cheikhoun, petite localité rebelle du nord de la Syrie, bombardée le 4 avril au gaz sarin par l’aviation de Bachar Al-Assad (83 morts), l’ont bouleversé. « Cette attaque a eu un grand impact sur moi, c’était horrible », a expliqué Donald Trump en annonçant avoir ordonné, le lendemain, une frappe ciblée sur la base syrienne d’où avaient décollé les avions.

L’émotion du président américain était probablement réelle, tout autant que sa volonté de se démarquer de son prédécesseur Barack Obama qui avait renoncé, en août 2013, à faire respecter sa « ligne rouge » et à punir Damas pour avoir utilisé l’arme chimique contre sa propre population.

Jusqu’à ce jour, la question syrienne n’intéressait guère Donald Trump au-delà de la lutte contre les djihadistes. « Je n’aime pas Assad, mais Assad tue l’Etat islamique », expliquait-il auparavant. En le bombardant, il a voulu montrer sa force. Et c’est en recevant le Chinois Xi Jinping dans sa résidence de Floride et en dégustant à ses côtés « le plus beau des gâteaux au chocolat », qu’il donna l’ultime feu vert. « Je lui ai dit que nous venions de lancer 59 missiles… Il a demandé au traducteur de répéter », a raconté Trump, assurant que son invité l’avait approuvé. Alors que tout devait opposer Trump à son homologue chinois, l’envergure de cet autocrate, populiste à sa manière, a au contraire rapproché les deux hommes, au-delà de contentieux économiques clairement identifiés.

Washington avait au préalable averti Moscou de son bombardement ainsi que, par ricochet, Damas. C’était un avertissement. Depuis, le régime syrien n’a plus utilisé de gaz sarin. Ce ne fut pas pour autant un tournant dans la guerre, et la politique de l’administration américaine en Syrie, au-delà de la lutte contre le terrorisme, reste illisible.

La constance n’est pas le fort de Donald Trump. Il revendique d’agir « à l’instinct », ce qui explique ses obsessions sur certains dossiers, à commencer par le danger représenté par l’Iran au Proche-Orient. Ses liens forts avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou comme avec la monarchie saoudienne le confortent dans cette lecture des déséquilibres régionaux.

Le réaliste par défaut

Après avoir promis pendant sa campagne la rupture avec ses prédécesseurs, à commencer sur le nucléaire iranien, Donald Trump a été contraint plus d’une fois de se raviser. Il s’est ainsi résigné en octobre à une rupture en trompe-l’œil sur l’accord avec Téhéran en confiant le dossier au Congrès. Quant au rapprochement historique avec Cuba, commencé par son prédécesseur, il n’a été que freiné.

Après avoir esquissé une remise en cause du principe d’une « Chine unique », matérialisée par une conversation téléphonique avec la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, avant d’accéder à la Maison Blanche, il a fait machine arrière pour apaiser Pékin. Il a aussi changé d’avis sur l’Afghanistan, où il a accepté, en août, d’envoyer des renforts à la demande des militaires. « Mon instinct était de partir, a-t-il reconnu. Mais j’ai appris dans le bureau Ovale que tout est plus compliqué et mes conseillers m’ont convaincu qu’il fallait rester. »

Au long de sa campagne et après sa prise de fonctions, Donald Trump a plaidé pour un nouveau « reset » (remise à zéro) avec la Russie, contestant ouvertement l’analyse du renseignement qui avait conclu à des interférences russes dans la présidentielle américaine. Les soupçons, étayés par des enquêtes, notamment parlementaires, l’ont cependant empêché d’avancer dans cette direction. L’unique entretien bilatéral avec son homologue russe, en marge du sommet du G20, en juillet à Hambourg, n’a pas abouti à une percée. Les expulsions réciproques de diplomates au cours de l’été ont, au contraire, témoigné de la défiance qui perdure entre les deux pays.

A plusieurs reprises, notamment devant l’Assemblée générale de l’ONU, le président américain a assuré être mû par un « réalisme fondé sur des principes ». Ce que conteste Stephen Walt, professeur en relations internationales à la Kennedy School of Government de Harvard et théoricien du réalisme en politique étrangère.

« Les réalistes s’efforcent toujours d’améliorer la position de pouvoir relatif d’une nation, explique M. Walt. Contrairement à la vision de Trump, cet objectif est souvent favorisé par la coopération avec d’autres pays, rarement en se montrant belliqueux et en cherchant la bagarre. Ironiquement, Trump donne à ses adversaires, et surtout à l’Iran, l’occasion d’apparaître comme beaucoup plus raisonnables et rationnels. Pour cette raison, tous les réalistes que je connais pensent que Trump est un désastre. »

Le narcissique

Donald Trump aime qu’on l’aime. Les psychologues glosent sur cette personnalité souvent présentée comme infantile et narcissique – la dimension personnelle joue un rôle-clé dans les relations avec ses homologues étrangers.

Emmanuel Macron l’a bien compris. Donald Trump ne cesse de parler de son « ami » français, atypique comme lui. Il lui a même fait parvenir des coupures de presse évoquant leurs bonnes relations, surlignées en jaune et annotées de grandes exclamations : « It’s true !!!!!!!! » ( « C’est vrai ! ») « Mon objectif est de le réancrer dans cette amitié franco-américaine, qui contribue à défendre nos valeurs de démocratie et de liberté », explique Emmanuel Macron, qui n’a pas, pour autant, réussi à le faire changer d’avis, ni sur l’accord sur le climat, ni sur le nucléaire iranien.

La dynastie saoudienne a également mis à profit ce narcissisme en réservant au président américain un accueil royal, auquel il a ­visiblement été sensible, lors de son premier déplacement à l’étranger, en mai. Le soutien apporté par la suite à Riyad par M. Trump dans sa querelle avec le Qatar a montré que l’investissement avait payé, y compris aux ­dépens de la médiation du secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson.

Donald Trump veut toujours être au centre de l’attention. Dans cette logique, son compte Twitter est devenu un outil politique et diplomatique de premier plan. Tant pis si ses messages contredisent à l’occasion les déclarations des responsables de son administration. Ces textes de 140 caractères sont la seule véritable addiction de ce septuagénaire qui ne boit ni ne fume. Avec des pointes aux petites heures de l’aube, selon le magazine The Atlantic, souvent en réaction au programme matinal de la chaîne Fox News. « Ils sont bien ciselés, j’ai toujours été bon élève. Je suis quelqu’un qui réussit bien ce genre de choses », a-t-il expliqué sur la même chaîne, se félicitant de pouvoir ainsi contourner les grands médias qu’il juge hostiles, souvent à juste titre.

Ces messages créent cependant un effet de brouillage sur les positions de Washington. Comme au moment de la grande escalade verbale, au cours de l’été, entre le président américain et son homologue nord-coréen, Kim Jong-un. Ces diatribes sont souvent improvisées, truffées de fautes d’orthographe ou de syntaxe, contribuant à créer « une politique de chaos », selon le mot de l’ancien secrétaire d’Etat démocrate John Kerry.

Le provocateur

Pendant la campagne des primaires républicaines, Donald Trump avait frappé les esprits en dénigrant systématiquement ses adversaires, affublés de diminutifs désobligeants. Il n’a pas rompu avec cette habitude en accédant à la Maison Blanche. Le numéro un nord-coréen, Kim Jong-un, désigné désormais par l’expression « Rocket man » en référence à ses essais balistiques, a pu le constater.

Le penchant de Donald Trump pour les rodomontades a été vérifié plus d’une fois depuis qu’il occupe le bureau Ovale, notamment vis-à-vis de la Corée du Nord à laquelle le président promettait en août « le feu et la fureur » en cas de provocations. Cette propension s’appuie sur un goût pour la puissance militaire que soulignent ses ambitions maintes fois répétées de modernisation d’un outil militaire qui reste, de loin, le premier au monde, en ­dépit des vicissitudes budgétaires.

La déstabilisation qu’affectionne le président et que traduit le recours intempestif à Twitter a été conceptualisée par Rex Tillerson comme une « action forçant les événements ». Ce faisant, le président des Etats-Unis affaiblit le mantra reaganien de la realpolitik qu’il revendique pourtant comme boussole : celui de « la paix par la puissance » qui figure, depuis 1980, dans les programmes présidentiels républicains. Les gesticulations et les menaces constantes érodent en effet l’effet dissuasif du recours à la force.

Le businessman

« C’est un chef d’entreprise qui raisonne avant tout en fonction du rapport coût/bénéfice. Mais ce passé de patron fait aussi qu’il n’arrive pas à admettre l’existence de contre-pouvoirs et qu’il n’est pas seul maître à bord », explique un haut diplomate français, stupéfait à la fois par la cordialité mais aussi par l’obsession comptable du président américain, lors de son premier contact avec son homologue français.

Une vie d’entrepreneur libre de toute forme de contrôle, son empire immobilier n’étant pas coté en Bourse, ne constituait manifestement pas la meilleure préparation pour la fonction suprême. L’extrême personnalisation du pouvoir et l’entretien de pôles d’influence parfois antagonistes ont été bénéfiques à la Trump Organization. Il en va autrement à la Maison Blanche et notamment en politique internationale, dans laquelle son gendre, Jared Kushner, et sa fille, Ivanka Trump, jouent un rôle non négligeable.

Le président, comme pris de court par sa victoire, n’a cessé d’accumuler les retards dans la constitution de son équipe, en particulier pour les nominations des responsables chargés de répercuter les décisions américaines et de déchiffrer les intrigues de Washington auprès des alliés des Etats-Unis. La décision de réduire drastiquement les moyens du soft power incarné par le département d’Etat au profit des militaires a aussi déséquilibré l’outil diplomatique américain. L’isolement de Rex Tillerson a compliqué la situation.

L’OPA hostile opérée par M. Trump sur le camp républicain a aussi renforcé sa dépendance par rapport à un cercle familial omniprésent. Le choix de confier à son gendre, Jared Kushner, la délicate mission d’une ambitieuse paix israélo-palestinienne en témoigne, une nouvelle fois, aux dépens du secrétaire d’Etat.

Des jugements sévères ont d’ores et déjà été portés sur l’ébauche de la doctrine Trump. « Refuser l’obligation de leadership [américain] sur la scène internationale, au nom d’un nationalisme bancal et fallacieux concocté par des gens préférant trouver des boucs émissaires plutôt que des solutions, est antipatriotique », a lancé, le 17 octobre, le sénateur républicain John McCain. Ce dernier, ancien prisonnier de guerre au Vietnam considéré comme un « faucon » en politique étrangère, est une figure reconnue au Congrès pour son expertise dans les questions internationales et militaires.

« Nous perdons confiance dans l’économie de marché et le commerce international, en oubliant que les conflits, l’instabilité et la ­pauvreté sont les conséquences du protectionnisme », renchérissait, deux jours plus tard, le prédécesseur conservateur de M. Trump, George W. Bush. Deux avis de décès d’une politique étrangère républicaine classique, déjà passée par pertes et profits.

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Twitter deux fois plus...

Twitter généralise les messages en 280 caractères

Le réseau social espère que la limite élargie permettra à plus d’utilisateurs de tweeter, ce qui aiderait sa croissance.

Mini-révolution chez Twitter. Plus de dix ans après la création du site de micro-blogging, ses utilisateurs vont pouvoir poster des messages deux fois plus longs, soit en 280 caractères. « Nous voulons que ce soit plus facile et plus rapide pour tout le monde de s’exprimer », a expliqué le groupe américain, mardi 7 novembre. Son patron et fondateur, Jack Dorsey, a, lui, sobrement tweeté : « 140 + 140 ! »

Un test avait été lancé en septembre auprès de certains usagers de la plateforme. « Nous lançons ce changement dans toutes les langues », où la limite des 140 caractères posait problème, a écrit sur son blog le réseau social. Cette extension ne concerne ainsi que les messages en caractères latins.

Contraint de se renouveler

Le groupe de San Francisco affirme que 9 % des messages écrits en anglais et 7 % de ceux qui sont rédigés en français atteignent la limite de 140 caractères, ce qui amène les utilisateurs à passer plus de temps à éditer leurs posts ou à ne pas les envoyer du tout. Twitter espère que cet évolution permettra aux gens de plus gazouiller, aidant ainsi sa croissance.

Contraint de se renouveler en raison de ses difficultés financières – le groupe californien a encore perdu une vingtaine de millions de dollars au troisième trimestre alors que le nombre d’utilisateurs actifs stagne autour de 330 millions –, Twitter marchait toutefois sur des œufs sur la question de l’allongement des tweets. Début 2016, l’hypothèse de l’abandon du dogme des 140 caractères avait en effet provoqué une levée de boucliers, certains utilisateurs craignant que le service y perde son âme.

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Keith Haring

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Miles Aldridge

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Notre Dame de Paris

Projection monumentale sur la façade de Notre-Dame de Paris. «Dame de Cœur», c'est du 8 au 11 novembre 2017 et c'est totalement gratuit.

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notre dame

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mardi 7 novembre 2017

Paris is always a good idea...

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Trois langues...

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Femen

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Kate Moss

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