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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 27 avril 2017

Deuxième tour de l'Election Présidentielle

Mes chers compatriotes, dans 11 jours, je vous propose de choisir la France. #ChoisirLaFrance #Marine2017

Une publication partagée par Marine Le Pen (@marine_lepen) le 26 Avril 2017 à 4h08 PDT

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Faire un choix...

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Débat avant le second tour de l'Election Présidentielle

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mercredi 26 avril 2017

Libération

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mardi 25 avril 2017

Au lendemain du premier tour, Macron peaufine sa stratégie, Le Pen part à l’assaut

Par Olivier Faye, Cédric Pietralunga

La candidate d’extrême droite a choisi de se mettre en congé de la présidence du FN, un geste symbolique. Chez le prétendant d’En marche !, on hésite entre contourner ou attaquer de front Mme Le Pen.

L’une a un retard conséquent à combler, l’autre une avance confortable à gérer. Pour Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ce sont deux campagnes très différentes qui se sont engagées dans cet entre-deux tours de l’élection présidentielle. La candidate du Front national (FN) est arrivée avec près de trois points de retard sur son adversaire d’En marche !, dimanche 23 avril, en enregistrant 21,3 % des suffrages, contre 24 % pour M. Macron.

Les soutiens en faveur de l’ancien ministre de l’économie ont afflué, lundi, de la part du parti Les Républicains, du Parti socialiste ou encore du président de la République François Hollande. Et les premiers sondages du second tour, qui sont révélés depuis dimanche soir, promettent entre 62 % et 64 % des voix à l’ancien banquier, dimanche 7 mai.

Dans ce contexte, Mme Le Pen a choisi de saturer au plus vite l’espace médiatique et d’attaquer sans relâche son adversaire, quand M. Macron s’est pour sa part permis de prendre un peu de recul et de laisser la députée européenne boxer seule sur son ring.

Pour tenter de convaincre de sa capacité à ouvrir ses rangs et à rassembler, la candidate du parti d’extrême droite a sorti une carte de son jeu, lundi : elle a annoncé au journal de 20 heures de France 2 se mettre « en congé » de la présidence du FN. « Ce soir, je ne suis plus la présidente du FN, je suis la candidate à la présidentielle », a-t-elle expliqué, dans une posture qu’elle voulait solennelle.

 Le Pen et la difficulté à sortir d’une posture jugée clivante

Cette décision était suggérée depuis des mois par certains soutiens de la députée européenne, mais restait cantonnée au stade du projet. Elle s’apparente aujourd’hui à une révolution de pure forme. Selon les statuts du parti, c’est au premier vice-président Jean-François Jalkh – un homme à la fidélité éprouvée, aussi bien par Mme Le Pen que par son père Jean-Marie Le Pen auparavant – d’assurer l’intérim. Et les instances du FN, toutes placées sous la coupe de son président, ne devraient pas se réunir pendant les deux semaines à venir jusqu’au second tour.

Le « congé » pris par la présidente du FN doit masquer la difficulté qu’éprouve le parti à adopter une stratégie pour trouver des alliés et sortir d’une posture jugée clivante. L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Christine Boutin, a certes déclaré au Figaro qu’elle voterait pour la prétendante frontiste. Mais cet appui reste isolé.

Dans l’entourage de l’eurodéputée, on assure que sa mise en retrait de la présidence doit permettre une plus grande marge de manœuvre pour amender certains aspects du projet et rallier de nouveaux soutiens. Mme Le Pen n’a pas exprimé, pour l’heure, sa volonté de modifier tel ou tel point de son programme, et reste fidèle à une formule célèbre au sein du FN : « Il vaut mieux être battu sur ses idées qu’élu sur celles des autres. » « Les idées que je porte sont majoritaires », a-t-elle ainsi assuré, lundi. Pas forcément le signe que la voie des compromis est grande ouverte.

Créneaux de l’immigration et du terrorisme

Dans cette campagne d’entre-deux tours, elle arpente les mêmes créneaux qu’avant le 23 avril : celui de l’immigration et du terrorisme. Lundi, elle a passé quinze minutes sur le marché de la petite ville de Rouvroy, dans le Pas-de-Calais, en présence de quelques journalistes triés sur le volet – les autres étaient faussement orientés vers la ville de Béthune, à 40 km de là.

Une stratégie délibérée pour essayer d’obtenir de belles images d’une candidate qui se trouverait en communion avec le « peuple » qu’elle entend représenter. « Ça change de la Rotonde », a-t-elle raillé en référence au dîner organisé par M. Macron dans la brasserie parisienne dimanche soir, pour fêter sa première place au premier tour.

Les militants du parti lepéniste ont distribué à cette occasion un tract barré d’une promesse au ton martial : « Eradiquer le terrorisme islamiste. » Et Mme Le Pen en a profité pour s’attaquer à M. Macron, qu’elle trouve « faiblard » sur le sujet. « Rien dans le projet de M. Macron ni dans son comportement ne dénote la moindre preuve d’amour pour la France », a-t-elle ajouté sur le plateau de France 2, accusant son adversaire de défendre la « mondialisation sauvage » et « l’immigration massive ».

Macron veut « continuer à rassembler »

De son côté, le candidat d’En marche ! a décidé de la jouer sobre, pour commencer. Lors de son allocution, dimanche soir, à la porte de Versailles, après l’annonce des résultats, il n’a pas cité une seule fois Mme Le Pen, devenue pourtant celle qui peut l’empêcher d’accéder à l’Elysée. Ce n’est qu’entre les lignes qu’il l’a évoquée. « Je souhaite dans quinze jours devenir votre président, le président de tout le peuple de France, le président des patriotes face à la menace des nationalistes », a-t-il lancé au millier de sympathisants présents, reprenant une formule utilisée à de nombreuses reprises durant sa campagne.

« Le défi à partir de ce soir n’est pas d’aller voter contre qui que ce soit », a ajouté M. Macron, encore plus explicite, avant de conclure qu’« il n’y a qu’une France, la nôtre, la France des patriotes ». « Depuis le début, nous faisons une campagne pour. Nous n’allons pas commencer à faire une campagne contre, plaide Richard Ferrand, député (PS) du Finistère et secrétaire général d’En marche !. Ce qu’il faut, c’est continuer à rassembler et à renouveler. » Même si Mme Le Pen prend à partie quotidiennement M. Macron ? « L’extrême droite est toujours dans l’injure et encore plus quand elle perd son sang-froid », balaie le bras droit de l’ancien ministre.

Cette stratégie de contournement montre la volonté de M. Macron de se projeter directement dans l’après-second tour et dans la préparation des élections législatives de juin. Une étape cruciale s’il veut décrocher la majorité absolue à l’Assemblée nationale et parachever son entreprise de démolition du PS et de LR.

Dimanche soir, M. Macron a ainsi indiqué vouloir « dès à présent construire une majorité de gouvernement et de transformation nouvelle ». « Prenez dès ce soir la part du risque qui vous revient pour me rejoindre dans cette majorité parlementaire que je construirai dès demain », a-t-il lancé aux élus de la gauche et surtout de la droite, dont il a besoin pour se maintenir sur sa ligne de crête.

Des élus inquiets de le voir enjamber le 7 mai

Sa volonté de se projeter dès maintenant au lendemain du second tour fait l’objet de discussions dans l’entourage de l’ancien haut fonctionnaire de 39 ans, où certains élus s’inquiètent de voir leur champion enjamber le 7 mai, au risque d’un réveil douloureux s’il ne parvenait pas à mobiliser fortement l’électorat.

« Rien n’est fait, mettait en garde dès dimanche soir Stéphane Travert, député (PS) de la Manche. Nous entrons dans une nouvelle phase de la campagne, avec deux visions qui s’affrontent : la société du projet contre la société du repli. » « Une élection n’est jamais gagnée d’avance », a également rappelé le centriste François Bayrou, interrogé lundi matin sur RTL.

Certains semblent en tout cas prêts à porter le fer. « Il ne faut pas changer de tactique mais accepter le choc frontal, estime Arnaud Leroy, député (PS) des Français de l’étranger. Le débat moral contre le FN est mort, cela ne suffit plus, il faut aller chercher dans son programme, débusquer ses mensonges. » Quitte à parfois utiliser les mêmes méthodes. « Marine Le Pen nous critique pour La Rotonde ? On va lui rappeler Montretout ! », le célèbre manoir de la famille Le Pen à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), menace M. Leroy.

M. Macron a semblé entendre ces appels à l’action, après avoir passé la journée de lundi enfermé dans son QG parisien avec ses équipes. Sa seule sortie de la journée avait été pour déposer une gerbe au pied de la statue Komitas, érigée entre le pont des Invalides et le Grand Palais, à Paris, afin de rendre hommage aux Arméniens victimes du génocide de 1915, dont le 102e anniversaire était célébré lundi.

Mercredi, l’ancien ministre de l’économie doit se rendre dans la Somme et le Pas-de-Calais, deux terres où le Front national réalise des scores élevés, pour une journée qui sera conclue avec une réunion publique à Arras. Mardi, il devait assister à l’hommage rendu par M. Hollande à Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs-Elysées la semaine dernière dans une attaque revendiquée par l’Etat islamique. Un rendez-vous à l’occasion duquel il devait aussi retrouver Mme Le Pen. Enfin, il était attendu mardi soir sur le plateau de France 2, où Mme Le Pen s’était rendue la veille.

L’abstention a finalement atteint 22,23 % selon les chiffres publiés lundi soir par le ministère de l’intérieur.

Le Monde

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Hidalgo resserre les liens de sa majorité

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Après la vague Macron, la maire PS de Paris a rappelé à son équipe la nécessité de faire barrage au FN lors du second tour. Et tente de conserver la main sur la capitale.

Par  Marie-Anne Gairaud (avec J.D.)

Le rendez-vous avait été pris avant les élections. Hier après-midi, la maire (PS) de Paris a réuni autour d’elle son équipe et les patrons de groupes politiques de la majorité. Une réunion de crise après les résultats du premier tour de la présidentielle qui ont placé Emmanuel Macron largement en tête à Paris ?

« C’était une simple réunion de l’exécutif comme nous en faisons deux fois par mois », dément un adjoint de la maire. Cette fois-ci cependant les discussions n’ont bel et bien tourné qu’autour des élections. Objectif d’Anne Hidalgo : resserrer les liens de sa majorité et ne pas perdre la main sur Paris. A maintes reprises, l’élue a manifesté ses désaccords avec le candidat d’En Marche ! Or, les résultats du premier tour sonnent comme un camouflet pour la maire qui avait soutenu Benoît Hamon.

Le candidat socialiste à Paris arrive très loin avec 10,18 % des voix derrière Emmanuel Macron qui caracole à 34,83 % des suffrages. « C’est une déconvenue, c’est évident », admet Emmanuel Grégoire, adjoint d’Anne Hidalgo et patron de la fédération PS à Paris. Oubliés les discours très remontés contre le candidat d’En Marche ! Anne Hidalgo a surtout insisté sur la nécessité de faire barrage au FN pour le second tour. « Elle s’est montrée plus conciliante et beaucoup moins dure qu’elle ne l’avait été avec les adjoints qui ont soutenu Emmanuel Macron », sourit un élu. « L’objectif était de resserrer les rangs. Notre bien le plus précieux c’est la majorité plurielle qui existe à Paris. Elle ne doit pas être prise dans la tourmente du climat national », insiste Emmanuel Grégoire.

Chez les soutiens macronistes, pas question de mettre de l’huile sur le feu. Au contraire. « Une bonne partie des Parisiens se sont reconnus dans le message humaniste et progressiste d’Emmanuel Macron. Une orientation que je ne sens pas du tout antinomique avec le travail que l’on réalise au sein de la majorité municipale », assure Mao Péninou, l’un des trois adjoints d’Anne Hidalgo qui a rallié Emmanuel Macron.

Jean-Bernard Bros, le patron des Radicaux de gauche, centre et indépendants (RGCI) au Conseil de Paris, lui, n’a quand même pas hésité à mettre les pieds dans le plat. « Personne n’a osé dire que Paris est le département qui a le plus voté Macron. 35 %, c’est 10 points de plus au-dessus de la moyenne nationale ! Pour la première fois, l’exécutif n’est pas majoritaire dans le vote exprimé dans une élection nationale. Avec Bertrand Delanoë, même lors de la victoire de Sarkozy, la gauche gardait le leadership à Paris ! », insiste l’élu. « Cette vague macroniste c’est une sanction à l’égard de l’exécutif », souligne Jean-Bernard Bros.

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lundi 24 avril 2017

Vendre la peau de l'ours...

Il faut saluer la performance mais aussi confesser un doute. L’itinéraire d’Emmanuel Macron est totalement inédit dans l’histoire politique française. Novice en politique, jamais élu, doté d’un programme social-libéral qui n’a jamais pris dans une élection française, fondateur d’un mouvement qui compte à peine douze mois d’existence, il se hisse en tête d’une présidentielle. Ce n’est pas une surprise, c’est un tour de force. Pour les amateurs d’histoire, il faut remonter à l’élection de Louis-Napoléon en 1848 pour trouver un vague précédent. Et encore le patronyme du neveu à longues moustaches expliquait-il beaucoup de choses. Le nom de Bonaparte, qui avait conquis l’Europe, évoquait plus de souvenirs que celui de Macron, qui a libéralisé des lignes d’aut obus. Macron partait de plus bas. La chance l’a servi, certes. Mais qui l’eut cru il y a un an ?

Pourtant le doute s’instille dans l’esprit du commentateur. Il tient à l’étrange spectacle d’hier soir. Un discours trop long et trop pâle, une posture de vainqueur avant la vraie victoire, des partisans dont on attendait qu’ils scandent «République ! République !» et qui se contentent d’un «Brigitte ! Brigitte !». Dangereux de vendre la peau de l’ours dans une élection aussi décisive. Ou plutôt la peau de la panthère, installée sur un socle de sept millions de voix, prête à bondir en jouant le remake de 2005, quand les partisans de l’Europe au référendum, partis à 60% d’intentions de vote se sont ramassés à 45%. Pour ou contre la mondialisation ? Si telle est la question, le résultat n’est pas si assuré dans une France à vif. Le destin du jeune premier du premier tour n’est pas encore écrit. Obama junior ou Lecanuet enfant ? Sa chance, c’est le vote raisonnable des électeurs rationnels. Fragile…

Et aussi

La droite est dans les cordes mais beaucoup de ses électeurs estiment qu’on leur a volé l’élection. Ils peuvent se venger en jouant le pire. Il faut toujours se souvenir que Fillon est sorti de la primaire avec 30% des intentions de vote. La défaite était impensable. C’est son obstination à se maintenir malgré la mise en examen qui a conduit au désastre pour LR. Non le recul de ses idées très droitières et si peu macroniennes.

La gauche creuse ses divisions. Hamon maintient la ligne frondeuse qui lui a valu un petit 6%. Valls annonce une scission du PS et se voit en supplétif d’En Marche. Mélenchon exhale son amertume alors qu’il a réalisé un score remarquable. Les uns veulent rejoindre Macron, les autres le démolir. La soupe ou la ciguë. Dans les deux cas, c’est l’effacement assuré pour cinq ans.

Victoire des sondeurs, dont on se méfiait tant. Depuis un mois, les enquêtes avaient annoncé les quatre premiers, et depuis une dizaine de jours l’ordre exact d’arrivée. C’était déjà le cas en 2007 et en 2012. Ce qui ne dispense pas de rester prudent. En 2002, les pronostics ont été déjoués. Comme la météo, c’est un instrument fiable qui se trompe de temps en temps. Laurent Joffrin - Libération

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Le bon « plaisir » de Macron à la Rotonde

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Par Solenn de Royer

En fêtant sa première place dans la mythique brasserie parisienne, dimanche soir, le candidat d’En marche ! a ravivé le souvenir du Fouquet’s de Nicolas Sarkozy.

C’est le symbole de son ascension. Ça deviendra celui de sa victoire, s’il bat la candidate du Front national (FN) Marine Le Pen au second tour de la présidentielle le 7 mai. C’est à La Rotonde, mythique brasserie du quartier Montparnasse, que le leader d’En marche ! Emmanuel Macron a pris ses habitudes, quand il était ce talentueux banquier bien décidé à conquérir Paris.

C’est là aussi qu’il réunissait le groupe d’économistes chargés d’élaborer le programme économique de François Hollande, en 2012. Là encore qu’il se fournit pour les déjeuners de travail organisés à son QG, depuis le début de sa campagne : « C’est la salade Rotonde ! Ça vous va ? », glisse-t-il à ses invités.

C’est dans cette brasserie autrefois fréquentée par Cocteau, Apollinaire et Hemingway, tenue par des générations d’Auvergnats, que M. Macron avait donc convié ses amis à prendre un verre, après l’annonce des résultats du premier tour, dont il est arrivé en tête, dimanche 23 avril. « On s’y retrouve quand vous serez sortis des plateaux télé », a-t-il lancé à ses soutiens, en début de soirée. Un SMS de son staff est venu confirmer l’invitation.

« Pas de leçons à recevoir du petit milieu parisien »

Lourdes tentures rouges, orchidées blanches, lampes tamisées : derrière les vitres, le candidat et sa femme Brigitte reçoivent leurs invités. Se mêlent « soutiers » de la campagne, conseillers et soutiens politiques, comme les députés Arnaud Leroy et Christophe Castaner, les sénateurs François Patriat et Gérard Collomb ou l’éminence grise Jacques Attali…

Sont également présents une poignée de « people » : l’académicien Erik Orsenna, l’animateur Stéphane Bern, les acteurs Pierre Arditi et François Berléand, la chanteuse Dany ou l’amie des Chirac, Line Renaud.

La joyeuse troupe partage un poisson et des asperges ou picore des radis, une coupe de champagne à la main. On se congratule sous le regard des caméras qui ont suivi le candidat comme un vainqueur jusqu’à l’angle des boulevards Raspail et Montparnasse. Inquiet, un proche vient mettre en garde l’organisateur de ces imprudentes agapes : et si La Rotonde devenait son Fouquet’s, du nom de ce restaurant des Champs-Elysées où Nicolas Sarkozy avait fêté sa victoire à la présidentielle en 2007, avec tout le CAC 40. Une tâche sur le quinquennat.

M. Macron est furieux de la comparaison. En quittant la brasserie, vers 2 heures du matin, il se défend ainsi, devant le journaliste qui l’alpague : « Cher ami, si vous n’avez pas compris que c’était mon plaisir ce soir d’inviter mes secrétaires, mes officiers de sécurité, les politiques, écrivains (…), qui depuis le premier jour m’accompagnent, c’est que vous n’avez rien compris à la vie ! » Avant de conclure : « Je n’ai pas de leçons à recevoir du petit milieu parisien. »

« Ça faisait un peu gagnant du loto… »

Pas de leçons à recevoir mais des explications à donner. Le lendemain, les proches du candidat d’En marche ! ont tenté de déminer les critiques de leurs adversaires qui reprochent à M. Macron une fête « indécente » (Gérald Darmanin, Les Républicains), au regard des enjeux du deuxième tour et du score historiquement haut de Mme Le Pen, qui a laissé à beaucoup un goût amer.

A gauche, les critiques ont également fusé, mezzo vocce, contre cette « faute de communication » : « Ça faisait un peu gagnant du loto… », murmure un député PS, qui appelle à la « retenue ». « Le Fouquet’s, c’était le goût du fric. La Rotonde, la jouissance du pouvoir », observe un ministre.

Le député Arnaud Leroy, proche du candidat, assume : « On a célébré la réussite d’un pari que tout le monde moquait. Macron a voulu remercier ceux qui lui ont fait confiance, et le faire ouvertement. Ce ne sera pas une présidence faux-cul. »

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Fillon, une défaite historique

Pour la 1re fois sous la Ve République, la droite ne sera pas au second tour, ce qui va ouvrir une période de règlements de comptes et bouleverser le parti.

Par  Olivier Beaumont

Jean-édouard arrête de croquer sa tartine de rillettes quand le résultat du premier tour tombe sur la grande télévision installée à côté du buffet. « Bah, je vais la reposer. J’ai plus faim du tout là… », lâche dépité le jeune militant, dans un silence de mort. Au deuxième étage du QG de campagne de François Fillon, rue Firmin-Gillot, dans le XV e arrondissement de Paris, la claque est monumentale.

Arrivé troisième de ce scrutin, l’ancien Premier ministre n’est donc pas parvenu à déjouer les sondages. Et il en endosse l’entière responsabilité : « Cette défaite est ma défaite. C’est à moi et à moi seul qu’il revient de la porter », a-t-il lâché peu après 20 h 30, dans une courte allocution devant les journalistes, ses supporteurs et son épouse Penelope, discrètement installée au fond de la salle. « Malgré tous mes efforts et ma détermination, je n’ai pas réussi à vous convaincre », enchaîne-t-il, digne et sobre dans la défaite.

Mais amer quand même, surtout après cette campagne parasitée par le climat des affaires. « Les obstacles mis sur ma route étaient trop nombreux, trop cruels… Le moment venu, la vérité de cette élection sera écrite », jure-t-il, toujours persuadé qu’on a cherché à l’abattre. « On a fait une campagne avec un paquet d’eau salée tous les matins. Comment pouvait-il gagner ? » s’interroge sa communicante, Anne Méaux.

Depuis hier soir, François Fillon est désormais un homme plus que jamais seul. « Les électeurs ne vont pas tourner la page Fillon, ils vont la déchirer », glisse, très en colère, un ancien ministre de Nicolas Sarkozy. « Il ne s’est pas retiré alors qu’à un moment on avait un autre candidat capable de reprendre la campagne, Alain Juppé », a taclé de son côté Jean-François Copé sur le plateau de France 2, pendant que Rachida Dati évoquait une « défaite historique et morale ».

Baroin rêve déjà de matignon

Reste une droite désormais sans leadeur, plus que jamais fragilisée et sous le risque de l’implosion. Dès hier soir, la grande majorité des ténors a appelé à faire barrage au Front national, en appelant sans états d’âme à voter pour Emmanuel Macron. C’est notamment le cas d’Alain Juppé, François Baroin, Xavier Bertrand, Jean-Pierre Raffarin et bien sûr François Fillon lui-même. Cet après-midi, à 17 heures, au siège des Républicains, un bureau politique extraordinaire devrait acter solennellement cette position. Avec les yeux déjà tournés vers les élections législatives. Objectif : tenter de décrocher malgré tout une très hypothétique victoire en juin prochain. Baroin, qui rêve encore de Matignon, pourrait porter ce combat, en s’imaginant Premier ministre d’un gouvernement de cohabitation.

Encore faut-il que les candidats LR investis ne prennent pas la poudre d’escampette chez Macron. « S’il y en a qui partent, les mesures de rétorsion seront très fortes, avec d’autres candidats LR investis contre eux », prévient déjà un ténor du parti. « C’est n’importe quoi. Au nom de quoi les Républicains parviendraient à être majoritaires après une défaite présidentielle ? C’est une idée folle », s’étouffe le juppéiste Benoist Apparu.

Quant à la question de la direction du parti, elle va très vite se poser aussi. « L’assaut du fort a déjà commencé ! », reconnaissait hier soir un élu sarkozyste. Avec un homme plus que jamais à l’avant-poste des assaillants : Laurent Wauquiez. L’ambitieux quadra, qui a les faveurs de l’ancien président de la République, lorgne la direction des Républicains depuis des semaines, malgré de nombreuses réticences internes. Laissant entrevoir une nouvelle page de la guerre des chefs à droite.

@olivierbeaumont

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Pour le second tour...

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