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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 16 mars 2017

Et alors ?

Fillon poursuit sa campagne comme si de rien n’était. «Je suis un combattant balafré qui ne baisse pas la tête devant les balles», a-t-il dit dans une métaphore martiale, un peu forcée, il faut le dire. Il a survécu à une entrevue avec le juge Tournaire, ce qui est tout de même moins dangereux que le Chemin des Dames. Fillon, un poilu en uniforme sur mesure…

En fait, il a fait sienne une devise qui restera comme un des mots de la campagne. Quand la presse a révélé qu’un généreux donateur lui offrait ses costumes Arnys, il a seulement répondu : «Et alors ?» Cette réplique est en passe de devenir un leitmotiv de campagne. Le jour de sa mise en examen, les leaders LR ont rivalisé de sérénité cynique en rétorquant sur tous les tons aux questions des journalistes : «Et alors ?» Rien de nouveau, on le savait déjà, une machination, etc.

Ils ne sont pas les seuls. Marine Le Pen est accusée des mêmes faits que Fillon. «Et alors ?» Elle a sous-estimé son patrimoine pour ne pas payer l’ISF. «Et alors ?» Elle est sous le coup de plusieurs investigations judiciaires, tout aussi embarrassantes que celles de Fillon. «Et alors ?» Elle est convoquée par les juges ? «Et alors ?» Elle n’ira pas, voilà tout.

On pourrait étendre la même rhétorique à d’autres domaines. Ainsi les citoyens gagnés par ce cynisme venu d’en haut pourraient à leur tour sacrifier à la rhétorique du «Et alors ?» Je mets mon argent à l’étranger pour ne pas payer d’impôts. Et alors ? Je vire 3000 salariés alors que ma boîte gagne des milliards. Et alors ? Je travaille systématiquement au black pour gruger le fisc. Et alors ? Et à force de voir l’exemple d’une classe politique qui s’affranchit de tout code éthique, les électeurs seront tentés, encore plus qu’aujourd’hui, de voter contre ce «système» qui se discrédite lui-même, en oubliant que la candidate antisystème n’est guère plus reluisante. C’est un des facteurs qui expliquent que Marine Le Pen, pour la première fois, pourrait faire mentir les sondages et gagner au deuxième tour de la présidentielle. Et alors ? Article de Laurent Joffrin

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Marc Ladreit de Lacharrière, l’ami public n° 1... de François Fillon

Par Isabelle Chaperon, Marie-Béatrice Baudet

Figure incontournable du capitalisme français, le propriétaire de la « Revue des deux mondes » s’est retrouvé sous les projecteurs dans l’affaire Fillon.

L’homme n’est plus le même. On le perçoit dès l’ouverture de la porte blindée qui protège son élégant bureau, au deuxième étage de l’hôtel particulier dont il est propriétaire, rue de Lille, dans le 7e arrondissement de Paris.

Même s’il sourit en nous accueillant, ce jeudi 9 mars, Marc Ladreit de Lacharrière semble sur la défensive, lui d’habitude si affable. Depuis la révélation, le 25 janvier, de l’affaire Fillon par Le Canard enchaîné, l’entrepreneur au plus beau carnet d’adresses de la capitale risque une mise en examen pour « abus de biens sociaux ». A 76 ans, et après une carrière si souvent glorifiée en France comme à l’étranger, le coup est rude.

Propriétaire depuis 1991 de la Revue des deux mondes, qui publia Baudelaire et Balzac, le milliardaire a employé l’épouse du candidat du parti Les Républicains (LR) à l’élection présidentielle comme conseillère littéraire, entre mai 2012 et décembre 2013, payée 5 000 euros brut par mois.

Mais était-ce un emploi réel ou fictif ? La justice s’interroge. De même, les enquêteurs se demandent encore si ce recrutement, ainsi que les relations d’affaires entre Fimalac, la holding familiale de « MLL », comme abrègent ses connaissances, et la société 2F ­Conseil de François Fillon pourraient avoir un lien avec l’attribution du titre de grand-croix de la Légion d’honneur au financier.

François Fillon a adoubé son futur client deux fois

Le 14 mars, François Fillon a été mis en examen notamment pour « détournement de fonds publics » et « recel d’abus de biens sociaux » dans l’affaire des emplois supposés fictifs de sa femme et de ses enfants et « manquements aux obligations de déclarations à la Haute Autorité de la vie publique ». A ce stade de l’enquête, les juges n’ont pas d’éléments suffisants pour mettre au jour un éventuel trafic d’influence.

Les propositions de dignité, c’est-à-dire grand officier et grand-croix (la plus haute distinction), ne peuvent être défendues que par le premier ministre auprès du président de la République. C’est donc, comme la règle l’exige, sur le « rapport » de François Fillon que Nicolas Sarkozy a signé le décret du 31 décembre 2010, qui distingue Marc Ladreit de Lacharrière.

Mais s’il est une chose qui intrigue, c’est la rapidité avec laquelle le chef d’entreprise a gravi les marches de l’ordre : il s’est élevé de chevalier à grand-croix en vingt-quatre ans. L’amiral Philippe de Gaulle a dû patienter quarante-huit ans, l’ancien « patron des patrons », Yvon Gattaz, trente-huit ans. Quant à la résistante et déportée Geneviève de Gaulle-Anthonioz, première femme grand-croix en 1997, elle aura attendu cinquante ans.

On ne demande pas la Légion d’honneur, il faut être proposé. « Par des relations bien placées », ajoutent les connaisseurs. Et MLL n’en a jamais manqué, à commencer par Philippe ­Séguin, Laurent Fabius et Dominique de Villepin, qui l’ont élevé aux grades inférieurs.

François Fillon aura adoubé son futur client deux fois, en le faisant officier en 1994, alors qu’il était ministre de l’enseignement supérieur du gouvernement Balladur, puis grand-croix en 2010, qu’il lui remettra d’ailleurs lui-même, par délégation du président de la République, ce qui est autorisé, mais plutôt rare. Rejoindre ce cénacle est un immense privilège. Le code de l’ordre fixe un seuil maximal de 125 000 légionnaires vivants, dont 75 grand-croix.

« Fillon ? C’est son denier du culte »

Ce jeudi 9 mars, Marc Ladreit de Lacharrière nous reçoit sans veste, en chemise bleue sur pantalon gris. Pas de boutonnière, pas de décoration… Le PDG de Fimalac voudrait-il symboliquement tenir à distance l’affaire Fillon et son lot de révélations ?

Le 8 mars, Le Canard enchaîné a indiqué qu’il avait prêté, en 2013, 50 000 euros au responsable politique, sans exiger d’intérêts. Une somme remboursée depuis, a indiqué son avocat. Le bienfaiteur avait aussi mis à la disposition de l’élu son jet privé.

« Fillon ? C’est son denier du culte. Ce serait stupide de dire qu’il a parié sur lui. Qui pensait, en 2012, que le châtelain de la Sarthe avait une chance d’arriver à la fonction suprême ? », ironise un proche du financier. « Je réserve à la justice tout ce que j’ai à dire. Laissons-la faire son travail en paix », prévient d’emblée MLL.

Quant à l’église Saint-Pierre de Lubilhac, à Coux, en Ardèche, qui aurait été classée grâce à l’intervention de François Fillon, « c’est loufoque », contre-attaque-t-il, à la table de réunion, triturant son vieux sous-main en cuir où sont incrustées trois horloges qui donnent l’heure de New York, Tokyo et Paris :

« D’abord, ce n’est pas mon église, elle appartient à un fonds de dotation. Les travaux ont été terminés en 2007. Il n’y a donc eu aucune déduction fiscale au titre du classement à l’inventaire des monuments historiques, qui a eu lieu quelques années plus tard. »

Trente-deuxième fortune de France

Le 26 janvier, des policiers ont perquisitionné le siège de la Revue des deux mondes, installé dans son hôtel particulier. Quatre jours plus tard, le PDG est entendu par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, à Nanterre. Lors de son audition – dont Le Journal du dimanche du 5 mars a révélé le contenu –, il admet avoir embauché Penelope Fillon à la demande de son mari, un ami de trente ans qui cherchait un point de chute à son épouse déprimée après la fin de Matignon.

Mais la Revue des deux mondes était-elle son premier choix ? Selon nos informations, l’homme d’affaires avait d’abord pensé à l’Agence France-Muséums, qu’il préside depuis sa création, en juillet 2007, et dont la mission est de mener à bien le projet de musée universel du Louvre Abou Dhabi, en partenariat avec les Emirats arabes unis. Penelope Fillon aurait refusé, n’ayant pas envie de voyager. MLL ne dément pas, préférant clore le sujet par un laconique et découragé « pas de commentaire ».

Que de changements dans sa vie depuis le 25 janvier… Désormais, certains patrons du CAC 40, qui enviaient son succès et jalousaient son entregent, ricanent. Peut-être l’homme, trente-deuxième fortune de France avec 2,25 milliards d’euros de patrimoine, selon le classement 2016 de Challenges, a-t-il clamé trop haut et trop fort, et depuis toujours, qu’il ne devait rien à personne ?

« Je n’ai pas participé aux privatisations ; je n’ai pas construit ma fortune sur la reprise d’entreprises en difficulté ; je n’ai pas participé à des marchés publics ; je n’ai reçu ni subvention ni prêt bonifié… C’est rare dans la profession, non ? », insiste-t-il encore ce 9 mars.

Libre et indépendant

Le septuagénaire se dit libre et indépendant. Fimalac, c’est chez lui. Ce nom n’est-il pas le condensé de Financière Marc Ladreit de ­Lacharrière ? Il y est PDG et actionnaire majoritaire à plus de 90 %, et gère des participations dans l’immobilier, les médias en ligne et le divertissement.

Ses quatre enfants et son cousin germain siègent au conseil d’administration, ainsi que plusieurs figures du capitalisme français, tous des fidèles, à l’instar de Jean-Charles Naouri, le PDG de Casino, dont MLL était membre du conseil d’administration de 2003 jusqu’à septembre 2016.

Au « board » de Fimalac, on croise aussi deux de ses anciens condisciples à l’Ecole nationale d’administration (ENA), Etienne Pflimlin, ancien président du Crédit mutuel, et Philippe Lagayette, ex-directeur général de la Caisse des dépôts et consignations. « Marc Ladreit de Lacharrière n’a aucun contre-pouvoir. Il fait ce qu’il veut dans son entreprise », constate Loïc Dessaint, à la tête du cabinet d’analyse financière Proxinvest.

En 2015, le PDG a perçu une rémunération de 8 millions d’euros – autant que Carlos Ghosn chez Renault –, après avoir généré une plus-value de 1,6 milliard d’euros en cédant 30 % de son agence de notation Fitch au groupe de médias américain Hearst. Depuis 2015, cependant, le milliardaire ne reverse plus ses bonus à sa Fondation culture et diversité, créée en 2006, qui aide les jeunes en difficulté dans les zones d’éducation prioritaire. « La Fondation vit sur elle-même maintenant », annonce-t-il au Monde.

Les amis de la « promo Robespierre »

Si jamais homme d’affaires n’a revendiqué avec autant de force son indépendance, jamais, non plus, un dirigeant du privé n’a autant excellé dans l’art de « réseauter ». « Quand on travaille sur les familles françaises riches, Marc Ladreit de Lacharrière est incontournable. C’est une poupée russe, ses réseaux s’emboîtent les uns dans les autres », confirme la sociologue Monique Pinçon-Charlot.

Tout commence en 1968, avec la promotion Robespierre de l’ENA, « qui a failli s’appeler “Printemps des peuples” », se rappelle Michel Boyon, ancien président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Philippe Séguin est dans la bande à Maximilien. Une amitié à la vie à la mort se noue alors entre Marc et Philippe, tous deux marqués par la perte de leur père dans leur jeunesse.

C’est par lui et le gaullisme social, auquel adhère Ladreit, que les liens se nouent avec François Fillon, l’un des fils spirituels de l’homme politique décédé en 2010. Dans l’école de la rue des Saints-Pères, ils côtoient aussi Louis Schweitzer. L’ex-PDG de Renault fera entrer MLL au conseil d’administration du constructeur automobile en 2002. Leur copain de promotion Philippe Lagayette les y rejoint en 2007. Et quand Louis Schweitzer lâche le volant de Renault, en 2005, c’est L’Oréal, où Marc Ladreit de Lacharrière a officié de 1976 à 1991, qui lui offre un poste d’administrateur. Tournez manèges !

La « promo Robespierre » est le point de départ de longues complicités. MLL, l’énarque défroqué qui fera toute sa carrière dans le privé, a toujours maintenu un contact étroit avec la haute fonction publique, même quand il travaillait pour le roi des shampoings et des crèmes de beauté. Comme les ramifications politiques de l’affaire Bettencourt l’ont prouvé, l’influence de la galaxie L’Oréal ne se mesure pas uniquement à l’efficacité de ses soins antirides.

Bons et mauvais coups

En 1982, lorsque François Mitterrand crée un impôt sur la fortune, André Bettencourt, l’époux de Liliane, négocie directement avec le président de la République socialiste la manière d’alléger la facture pour la famille propriétaire de L’Oréal. Mais c’est à MLL, directeur financier du groupe, que revient la mise en œuvre de l’accord, en liaison avec l’administration fiscale. L’homme de confiance des Bettencourt restera d’ailleurs administrateur de la Fondation Bettencourt-Schueller jusqu’en 2011.

En participant à des commissions de réflexion sous l’égide de Pierre Bérégovoy, MLL repère le directeur de cabinet du ministre de l’économie et des finances, Jean-Charles Naouri. Les deux hommes s’épauleront lorsqu’il s’agira d’entreprendre, chacun de son côté, la construction de leurs empires, Casino et Fimalac.

Il faut se replonger dans cette période eighties, lorsque capitalisme et mode capillaire se disputaient la palme de l’inventivité. Les chevelures montaient en soufflé, les holdings cascadaient et les amis s’arrangeaient.

MLL est de tous les bons (et mauvais) coups. Afin de mettre l’assureur Victoire à l’abri d’une nationalisation, la banque de Suez a imaginé une nébuleuse dont le capital a été placé dans des mains alliées, dont celles de Ladreit, ancien de la maison. Lorsque Suez reprend le contrôle de l’assureur, en 1991, le directeur financier de L’Oréal autorisé par la firme à faire fructifier ses affaires personnelles, empoche le pactole. Joli tour de passe-passe.

Echange de bons procédés

C’est sur le socle des holdings héritées de ce Suez de l’ombre que le financier bâtira Fimalac. Car en 1991, son rival, Lindsay Owen-Jones, ayant été choisi pour diriger L’Oréal, MLL décide – par dépit, racontent les mauvaises langues – de se consacrer à plein-temps à l’achat et à la revente d’entreprises.

« Marc a un vrai talent, lance son ami Alain Minc, qui l’a conseillé sur plusieurs affaires, notamment le rachat du groupe Lucien Barrière à Accor. Il sait constituer des ensembles avec des morceaux. C’est un “builder”. »

Au même titre que les Pinault, Arnault ou Bouygues, l’entrepreneur bénéficie du soutien inépuisable du Crédit lyonnais. Echange de bons procédés, le poulain rend service à la banque publique en participant au rachat de l’assureur californien Executive Life, une transaction qui suscitera l’ire des autorités américaines.

Ce monde-là est décidément petit. Après la faillite du Crédit lyonnais, Marc Ladreit de Lacharrière, administrateur indépendant de la banque publique de 1987 à 1993, est interrogé par une commission d’enquête parlementaire, en juin 1994. Très poliment. Philippe ­Séguin, alors au perchoir de l’Assemblée, préside la commission. Pendant l’audition, les deux frères de cœur se donnent du « Monsieur le président » long comme le bras. « C’est classique dans l’administration de se trouver en face de ses camarades de promo », balaie le financier, en s’énervant sur son sous-main.

En 1992, MLL commence, avec la bénédiction du Trésor, à poser la première pierre de l’édifice qui assoira définitivement sa fortune : l’agence de notation Fitch, alternative européenne aux titans américains Moody’s et Standard & Poor’s. Ce faisant, le financier gagne ses galons dans l’establishment. Les patrons du CAC 40 se mettent à courtiser le propriétaire de l’agence qui décerne bons et mauvais points à leurs opérations financières. Les gouvernements aussi. « Je pense être l’un des businessmen français les plus connus à l’international. J’entretiens de bonnes relations avec les principaux financiers des grands pays. »

« Besoin de personne pour m’ouvrir les portes de l’Elysée »

En 2002, consécration, il compose un comité consultatif international avec la fine fleur d’anciens chefs de gouvernement ou des grands argentiers. Valéry Giscard ­d’Estaing le préside. Laurent Fabius y participe. « Leur présence n’était pas bénévole », sourit-il.

Mais son véritable levier vis-à-vis du microcosme politique tricolore, c’est la Sofres, dont Fimalac prend le contrôle en 1992. « Ce rachat lui donne accès aux hommes politiques, qui l’appelaient sans arrêt pour avoir en avance leur cote de popularité », raconte un ancien de l’institut de sondages.

MLL élargit vite ce nouveau carnet. Il fait du dîner mensuel de la Revue des deux mondes un événement mondain. En parallèle, il devient incontournable dans le domaine du mécénat. En 1993, il soutient la création de la Fondation contre l’exclusion (FACE) de la ministre du travail, Martine Aubry. En 1996, il lance le Prix de l’audace créatrice, destiné à récompenser un chef d’entreprise qui a créé des emplois en France. Est-ce parce qu’il connaît Jacques Chirac que ce dernier accueille la remise du trophée à l’Elysée ? « Je n’ai besoin de personne pour m’ouvrir les portes de l’Elysée », rétorque-t-il.

Il continuera de sympathiser par la suite avec l’ancien président de la République. Tous deux partagent la même passion pour les arts premiers, et le patron verse son écot à la Fondation Chirac. En revanche, les relations se révéleront exécrables avec Nicolas Sarkozy. Ce dernier prend fait et cause, en 2007, pour Bernard Arnault dans son projet de rachat du quotidien économique Les Echos, au grand dam de MLL en lice lui aussi.

Surtout, le propriétaire de Fitch tient rigueur à Nicolas Sarkozy de ne pas l’avoir consulté lors de la crise financière qui entraîna la chute de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers. Pis, d’avoir osé critiquer le rôle des agences de notation.

Le 13 septembre 2007, le patron de Fitch est reçu à l’Elysée, juste avant la remise du Prix de l’audace créatrice. « J’imaginais que le président allait me parler des subprimes. Il n’évoque que Les Echos ! » Une anecdote déjà relatée dans son livre Le Droit de noter (Grasset, 2012) où il tresse, en revanche, une couronne de lauriers à François Fillon : « Quel dommage qu’en ce début de quinquennat pétaradant, le premier ministre n’ait pas réussi à se faire entendre de Nicolas Sarkozy », écrit-il. Dans le gouvernement Fillon, Marc Ladreit de Lacharrière est aussi proche de Rachida Dati, dont il préside le comité de soutien dans le 7e arrondissement de Paris aux municipales de 2008.

Largesses à droite à gauche

Avec François Hollande, l’entrepreneur a retrouvé son rond de serviette au Château. « Hollande ? Je le connais depuis longtemps. Il est venu à des dîners de la Revue, témoigne-t-il. C’est l’un des seuls hommes politiques qui s’intéresse vraiment à l’éducation artistique et culturelle des jeunes. »

Aujourd’hui, les politiques ne lui suffisent plus. Le milliardaire s’amuse davantage avec ses nouveaux complices Jamel Debbouze, Laurent Gerra et Patrick Bruel, rencontrés grâce à la création, en 2013, d’un pôle spectacles et divertissement autour de Webedia ­ (Allociné, Purepeople), présidé par Véronique Morali, inspectrice des finances et sa compagne à la ville. « Les artistes, je les consulte dans mes affaires, car ils prennent des risques. Ils ont des émotions. Leurs vues sont souvent différentes de celles des conseillers traditionnels. »

C’est à se demander si Fimalac ne serait pas devenue la cour des Médicis. Le riche patron distribue à droite, à gauche. Quand, en 2008, les fabiusiens, emmenés par Serge Weinberg, ancien chef de cabinet de Laurent Fabius au budget, et Louis Schweitzer, veulent faire plaisir à leur mentor désœuvré faute de ­maroquin, ils jettent leur dévolu sur la maison de ventes aux enchères Piasa. Qui appelle-t-il pour boucler le tour de table ? Ladreit. « Emplois, subsides, prêts… Marc est très sollicité, je vous le garantis », témoigne Etienne Pflimlin.

Le philanthrope a la réputation de ne pas savoir dire non. Pourquoi ne pas en profiter ? Même Le Monde a bénéficié de ses largesses dans les années 1990. Alain Minc, président du conseil de surveillance du journal, entraîne son partenaire de tennis, un passionné de presse, à participer aux recapitalisations du quotidien, alors en difficulté.

Cette générosité mal contrôlée est sans doute le revers d’une soif de reconnaissance insatiable de la part « d’un jeune homme bien né mais fauché », selon l’expression choisie par Henri Loyrette, ancien président du ­Louvre, lorsqu’il intronise Marc Ladreit de ­Lacharrière en janvier 2006 à l’Académie des beaux-arts.

Le jeune hobereau a dû travailler pour financer ses études. Ses origines, une vieille famille de l’Ardèche tardivement anoblie, ont dû faire sourire quelques grands de France, les La Croix de Castries par exemple. Mais aujourd’hui, désormais élevé à la dignité de grand-croix, il appartient à la noblesse d’Etat.

Ce jeudi 9 mars, Marc Ladreit de Lacharrière est en manque de repères. Plusieurs œuvres d’art ont quitté son bureau. Elles sont exposées jusqu’au 2 avril au Musée du quai Branly-Jacques Chirac, où le mécène présente les joyaux de sa collection. Grande absente, La Chouette, une sculpture en bronze de Picasso qui trône en temps normal au milieu de la pièce. L’oiseau de Minerve, le symbole de la sagesse, n’est plus là pour veiller sur lui.

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mercredi 15 mars 2017

Désormais mis en examen, Fillon veut poursuivre sa folle campagne comme si de rien n’était

Par Alexandre Lemarié, Matthieu Goar

Le candidat Les Républicains a comparu mardi, avec 24 heures d’avance. Il est poursuivi notamment pour « détournement de fonds publics ».

Sa campagne était déjà folle, elle devient inédite. Mardi 14 mars, après des semaines de révélations médiatiques et de tractations dans sa famille politique pour le remplacer, François Fillon a été mis en examen dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs dont auraient bénéficié sa femme et ses enfants.

Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, un candidat majeur à une élection présidentielle va donc se présenter aux suffrages des Français avec une telle procédure judiciaire sur les épaules. Et les motifs retenus par les juges d’instruction sont plutôt lourds à porter : « détournement de fonds publics », « complicité et recel de détournement de fonds publics », « complicité et recel d’abus de biens sociaux » et « manquement aux obligations déclaratives ».

Judiciairement, François Fillon est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Politiquement, il s’avance vers les urnes avec une image ternie par la divulgation de son train de vie. Loin de la probité qu’il prétendait incarner lors de la primaire face à Nicolas Sarkozy et à Alain Juppé.

Une situation qui provoque de la confusion, du désarroi mais aussi de l’ironie dans son propre camp. « Vous imaginez le général de Gaulle mis en examen pour détournement de fonds publics et se présenter quand même à l’élection présidentielle ? », a grincé sur Twitter le sénateur du parti Les Républicains (LR) de l’Hérault Jean-Pierre Grand.

Contre-feu

Cette nouvelle étape judiciaire n’a surpris personne à droite. Surtout pas le candidat qui avait déclaré aux Echos, lundi 13 mars, ne pas se faire « beaucoup d’illusions » à ce sujet.

Mardi après-midi, au moment de l’annonce de sa mise en examen, l’ex-premier ministre s’est donc permis d’ironiser sur ses propres ennuis lors de l’assemblée des fédérations départementales de chasseurs. « Dans cette campagne présidentielle où les balles volent bas, je peux vous confier en souriant qu’il ne me déplaît pas d’être aux côtés de vrais chasseurs », a-t-il lancé, étonnamment détendu.

Son entourage s’est, lui, efforcé de minimiser l’impact de cette décision judiciaire. « Il n’y a rien de nouveau. Cette procédure ne doit pas masquer les enjeux décisifs de l’élection présidentielle : le chômage de masse, la dette, la sécurité », estime Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne, rejoint par Damien Abad, député (LR) de l’Ain et soutien indéfectible de l’ancien premier ministre depuis le début de la crise : « On s’y attendait donc cela ne change pas fondamentalement la campagne de François Fillon. »

Mardi, vers 17 heures, la droite a tenté de lancer un contre-feu, en diffusant un communiqué pour officialiser l’accord entre LR et les centristes de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) pour les élections présidentielle et législatives. Quelques minutes plus tard, un autre mail donnait la date du prochain meeting du candidat, mercredi, dans le Vaucluse. La campagne continuera. Presque comme si de rien n’était, espèrent ses proches…

Communication de crise

La question du maintien de M. Fillon ne se pose même plus. Le 26 janvier, il avait pourtant assuré qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle en cas de mise en examen. Mais pour sauver sa tête, il a changé de position, en disant s’en remettre uniquement au jugement des Français. Et non à la justice.

Il avait officialisé sa volte-face le 1er mars, lorsqu’il avait annoncé de lui-même sa convocation chez les juges et sa volonté de continuer. Quoi qu’il arrive. Ce jour-là, l’ancien premier ministre avait officiellement renié sa parole et une partie de la droite avait quitté le navire pour trouver un plan B. « Le débat est clos depuis le Trocadéro », résume David Lisnard, maire de Cannes (Alpes-Maritimes) et soutien de M. Fillon, en référence au rassemblement du 5 mars, veille du renoncement d’Alain Juppé.

Mardi, les soutiens n’ont donc rien changé à leur stratégie et se sont retranchés une nouvelle fois derrière l’idée d’un complot. « Est-ce que les garanties d’un Etat de droit sont toujours respectées en ce moment ? Je pose la question par rapport à la violence qui est portée contre le candidat de l’opposition aujourd’hui », s’est indigné le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti sur Sud Radio/Public Sénat. « Tout cela est une histoire écrite d’avance », a renchéri son collègue de Seine-et-Marne Christian Jacob. Lundi sur Europe 1, M. Fillon avait fixé la ligne en déplorant un « calendrier » judiciaire « indexé sur le calendrier politique » et en se décrivant en victime d’une « chasse à l’homme ».

Malgré cette communication de crise devenue classique, la droite est bien consciente des ravages de cette affaire. Mardi, l’équipe de François Fillon a ainsi pris soin d’éviter « la mauvaise image ». Ses avocats ont demandé que sa convocation soit avancée de 24 heures alors qu’elle était prévue mercredi matin. Mission accomplie : aucune caméra n’a filmé l’arrivée du député de Paris au pôle financier. « On ne veut pas alimenter la machine et nourrir le feuilleton », confie un stratège de la campagne.

Vie privée étalée en « une » des journaux

A quarante jours de la présidentielle, cette mise en examen constitue un handicap de plus pour François Fillon. « On a des obstacles à franchir que les autres candidats n’ont pas…, observe M. Abad. Ils courent un 100 mètres quand nous, on doit courir un 110 mètres haies ! »

En présentant son projet, lundi matin, le candidat espérait enfin marquer l’agenda avec ses propositions. « C’est son point fort », assure Pierre Danon, l’un de ses proches. Sauf que depuis un mois et demi, son discours sur le fond est en permanence parasité par les affaires.

Il voulait apparaître comme un homme d’Etat sérieux et rigoureux ? C’est sa vie privée et son goût du luxe, qui s’étalent à la « une » des journaux. Le Journal du dimanche du 12 mars a révélé qu’il aurait commandé pour près de 48 500 euros de vêtements sur-mesure depuis 2012 à la maison Arnys, dont 35 500 euros auraient été payés en liquide. En février, deux costumes pour un total de 13 000 euros auraient été réglés par un ami, selon l’hebdomadaire.

Mardi, nouvelle tâche sur le costume de l’ex-premier ministre : Le Parisien a relaté que les deux enfants de M. Fillon, qu’il a employés comme assistants parlementaires de 2005 à 2007 lorsqu’il était sénateur, ont rétrocédé une partie de leurs salaires. Sur les 46 000 euros net touchés par sa fille Marie, d’octobre 2005 à décembre 2006, environ 33 000 auraient été crédités sur le compte joint des parents.

Dans l’angoisse de la prochaine révélation embarrassante, ses proches découvrent souvent au même moment que les Français des aspects inconnus de la vie de cet homme secret. Et s’inquiètent des dégâts causés par les histoires d’argent dans l’opinion.

« Le débat, c’est la clé »

« Un milliard sur les finances publiques, ça ne parle à personne. Un pull en cachemire à 2 000 euros, tout le monde comprend et est choqué », se désole un proche de l’ancien premier ministre, rejoint par un autre : « Le problème, c’est que l’affaire des costumes montre qu’il aime l’argent et qu’il a toujours fait du luxe sa priorité par rapport à la conquête du pouvoir. S’il avait été obsédé par l’Elysée, il n’aurait pas pris de tels risques ! »

Malgré l’avalanche de révélations médiatiques, la défection de dizaines d’élus, et désormais la mise en examen, ses soutiens croient encore la victoire possible. Leur candidat a beau être donné éliminé du second tour dans les sondages, ils misent sur un éventuel décrochage du principal rival, Emmanuel Macron, et sur un rebond après avoir touché le fond.

Et comme à chaque fois, ils enjambent cette nouvelle semaine noire pour passer à la suivante. Les fillonistes fondent maintenant beaucoup d’espoir sur le débat télévisé, prévu le 20 mars, avec l’ensemble des candidats à la présidentielle.

« Fillon peut remonter lors des débats car il a une vraie colonne vertébrale », juge sa porte-parole Florence Portelli. « Le débat, c’est la clé car c’est là que les Français pourront comparer, abonde le député de l’Oise Eric Woerth. Cela devrait être un atout pour lui car il a beaucoup d’expérience en tant qu’ex-premier ministre, il a très bon projet et il est bon à l’oral. »

Ses proches tablent aussi beaucoup sur sa participation à « L’Emission politique », sur France 2, le 23 mars. Sans savoir si, entre-temps, de nouveaux rebondissements auront une nouvelle fois perturbé sa campagne.

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lundi 13 mars 2017

Fillon : my tailor is rich

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S’il en était besoin, le candidat LR est habillé pour la campagne. Subalterne à bien des égards, l’affaire des costumes à 5 000 euros pièce est un fâcheux symbole. François Fillon a bien le droit d’enrichir son tailleur comme bon lui semble. L’ennui, c’est que la facture a été réglée par quelqu’un d’autre. Un proche munificent ? Un admirateur ébloui ? Dans ce cas, on reste dans la bizarrerie privée, même s’il est un tantinet maladroit de se faire offrir des cadeaux onéreux en pleine élection présidentielle. Mais si le généreux donateur – pas très content, apparemment, puisqu’il se plaint de n’avoir pas été remercié – est un quelconque PDG ou un milliardaire sans lien étroit avec le candidat, la question du conflit d’intérêts se pose aussitôt. Un détail soulevé par des opposants malintentionnés ? Peut-être, mais on sait qu’en matière vestimentaire, c’est le détail qui tue.

Le même jour, Fillon présente la nouvelle mouture de son programme, qui n’a rien de vraiment nouveau : un projet de rupture libérale déjà connu, qui alignerait la France sur la norme occidentale, recul de l’Etat, retraite encore retardée, marché du travail flexibilisé, imposition moins dure aux plus aisés, etc. C’est là que l’affaire des costumes prend valeur d’emblème. Ce programme de rupture est-il aussi un programme pour riches ? Lesquels n’auraient alors que gratitude envers le gentilhomme en veste forestière, phénix des hôtes de ces bois dont le ramage et le coûteux plumage s’accordent si bien ? Un seul exemple : Fillon prévoit de supprimer l’impôt sur la fortune et d’accroître le taux de la TVA. Les plus favorisés paieront moins et le vulgum pecus un peu plus. Toujours le même raisonnement : pour que tout aille mieux en France, il faut que les riches soient moins pauvres et les pauvres moins riches. Article de Laurent Joffrin - Libération

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dimanche 12 mars 2017

François Fillon : il a déjà les habits du Président....

Trois questions pour comprendre l'affaire des costumes de luxe offerts à François Fillon

Le "Journal du dimanche" détaille une partie des frais vestimentaires du candidat de la droite depuis 2012. Selon l'hebdomadaire, il se serait fait offrir pour plusieurs milliers d’euros de costumes sur-mesure.

François Fillon s'est fait offrir pour plusieurs milliers d'euros de costumes dont une partie auraient été réglés en liquide, affirme le JDD, dimanche 12 mars. Au total, le député de Paris et candidat de la droite à la présidentielle aurait reçu pour 48 500 euros de costumes sur-mesure, achetés chez un tailleur réputé de Paris. Franceinfo revient sur cette affaire étrange en trois questions.

Que sait-on des costumes offerts à Fillon ?

Dans son édition du 12 mars, le Journal du dimanche révèle qu'un "ami généreux" a signé un chèque de 13 000 euros, le 20 février, pour régler le montant de deux costumes sur-mesure, chez le tailleur Arnys, à Paris. "J'ai payé à la demande de François Fillon. Et sans d'ailleurs en avoir le moindre remerciement depuis", a déclaré le mystérieux mécène.

Selon le JDD, bien d'autres costumes ont été commandés pour François Fillon chez ce tailleur, depuis 2012. Ils ont été réglés en liquide, pour un montant total de 35 500 euros. L'hebdomadaire ne précise pas, en revanche, qui a payé : le même "ami généreux", François Fillon lui-même, ou un autre "mécène" anonyme ?

Pourquoi cela pourrait-il poser problème ?

L'auteur de l'enquête du JDD s'interroge sur ces achats, dont une partie a été réglée en espèce, et sur les raisons de ces cadeaux. "Pourquoi des espèces ? Et qui aurait versé ces espèces pour payer un costume et une veste forestière à François Fillon cet automne ?", se demande Laurent Valdiguié, sur Europe 1. Et "pourquoi ne pas avoir fait appel aux fonds de la campagne électorale proprement dite et pourquoi un ami à lui seul a-t-il été amené à faire un cadeau de 13 000 euros au candidat ?", poursuit le journaliste d'investigation.

Les "dons" supérieurs à 150 euros doivent être déclarés. Lorsqu'ils acceptent des "dons et avantages", "en lien avec leur mandat" estimés à plus de 150 euros, les députés sont tenus de les déclarer au déontologue de l'Assemblée nationale, comme le précise le règlement de l'Assemblée. Ces déclarations "permettent de sécuriser votre situation et le cas échéant de répondre lorsque la presse ou les réseaux sociaux notamment se font l’écho d’interprétations erronées sur certaines pratiques qui n’ont rien de critiquables", précise le déontologue aux députés. La déclaration de ces cadeaux éteindrait tout début de polémique, mais à l'heure actuelle, on ne sait pas François Fillon a effectué cette démarche.

L'identité du "mécène" et le risque de conflit d'intérêts. L'"ami généreux" de François Fillon préfère, pour le moment, rester anonyme, mais son identité, si elle était dévoilée, pourrait changer la donne. S'il est effectivement un proche du candidat, et que ce cadeau a été réalisé "dans un cadre strictement privé", alors le député de Paris n'a pas à déclarer ces costumes. S'il n'est pas un proche de François Fillon, ce gros cadeau peut entraîner un conflit d'intérêts, et c'est notamment pour éviter cela que la loi sur la transparence de la vie publique a été mise en œuvre.

Que répond Fillon ?

Dans une interview accordée au quotidien Les Echos, à paraître lundi 13 mars, le candidat de la droite a réagi, mais pas répondu, à ces nouvelles accusations : "Un ami m'a offert des costumes en février. Et alors ?" "J'observe que ma vie privée fait l'objet d'enquêtes en tout sens et que ce traitement m'est réservé. Mes faits et gestes sont scrutés tous les jours dans l'intention évidente de me nuire pour m'écarter de la course à la présidentielle", déclare-t-il.

Pour l'entourage du candidat, les cadeaux reçus n'ont rien de "répréhensibles". "On se demande jusqu'où iront ces intrusions malveillantes dans sa vie privée, commente un proche du candidat, dans le JDD. Quant à l'affirmation que certains costumes auraient été payés en espèce, c'est totalement extravagant. Aucune maison sérieuse n'accepte des paiements en espèces pour de tels montants."

Le porte-parole de François Fillon, Luc Chatel, a fustigé, sur Europe 1, "une campagne de caniveau". "Ça devient insupportable. Les histoires de soirées à Las Vegas, de costumes ou d'attachés parlementaires, il y en a marre", a-t-il insisté.

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Les sept mercenaires de Fillon

7 mercenaires de fillon

STRATÉGIE  Ils sont les têtes pensantes du candidat de la droite, ceux qui, dans la tempête, lui donnent le cap.

Nathalie Schuck

Ils sont le cercle le plus rapproché de François Fillon, ceux qui concoctent sa stratégie, souvent raillée. Bien plus que la poignée d’élus envoyés face aux caméras, ils murmurent à son oreille. Ils peuvent pour certains revendiquer d’être ses amis de vingt ans. Car Fillon, qui distribue sa confiance au compte-gouttes, aime travailler avec sa bande. « Sa secte », disent leurs détracteurs, qui les accusent d’envoyer le candidat, et la droite avec, dans le mur. La petite équipe se réunit au QG de la rue Firmin-Gillot (Paris XV e) avant chaque rendez-vous clé. Comme dimanche dernier avant le passage de François Fillon au 20 Heures de France 2, où il a annoncé qu’il maintenait sa candidature malgré sa possible mise en examen mercredi. Depuis le Penelopegate, les avocats François Sureau et Antonin Lévy se joignent souvent à eux.

Dans ce club des sept, il y a les anciens de Matignon comme Myriam Lévy, ex-journaliste devenue chef du service de presse de François Fillon Premier ministre ; Igor Mitrofanoff, descendant de Russes blancs à la plume enlevée qui rédige tous ses discours ; l’avocat d’affaires Antoine Gosset-Grainville, directeur adjoint de son cabinet à Matignon ; le polytechnicien et énarque Vincent Chriqui, qui a repris au vol la direction de la campagne.

de castries cité pour bercy

Mais le stratège en chef, c’est Anne Méaux. Son surnom ? La Grande Prêtresse de la com. C’est elle qui donne le tempo, les ordres et contrordres. Et se voit donc imputer les erreurs stratégiques. « Elle a le dos large », grince un membre du staff. Henri de Castries, libéral assumé qui a aidé Fillon sur son volet économique, était de la promotion Voltaire à l’ENA avec Hollande ou Villepin. Il est souvent cité pour Bercy si Fillon gagnait. Bruno Retailleau, enfin, est l’élu le plus influent. Ses rivaux accusent cet ex-proche de Philippe de Villiers de radicaliser le candidat.

Au final, seuls ces sept stratèges peuvent se targuer de peser. Comme le résume un député LR en riant, jaune : « Nous, les politiques, on n’a aucune influence. Fillon ne fait même pas semblant de nous écouter… »

@nathalieschuck

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samedi 11 mars 2017

Les clairs-obscurs de François Fillon

Par Ariane Chemin, Raphaëlle Bacqué - Le Monde

On le disait homme de convictions, secret et solitaire. Et si le candidat de la droite républicaine était en réalité tacticien, misanthrope et dissimulateur ?

François Fillon est « agoraphobe ». C’est son ami et ex-conseiller, Jean de Boishue, qui le dit. Les masses l’inquiètent. Il se méfie du nombre. Dimanche 5 mars, ce n’est pas cette phobie qui lui faisait tendre le visage au-dessus de la marée bleu-blanc-rouge convoquée place du Trocadéro, à Paris. Il guettait le « peuple », c’est-à-dire la rue, pour vérifier que sa stratégie était la bonne, qu’il y avait assez de monde sur le parvis des Droits de l’Homme pour sauver sa peau. « Si les rangs avaient été clairsemés, a-t-il assuré, si la place avait été vide, j’en aurais tiré les conséquences. » Joli paradoxe : c’est une foule qui a préservé sa candidature et modifié le cours de sa campagne rocambolesque.

Avant les révélations du Canard enchaîné, le 25 janvier, sur le présumé emploi fictif d’attachée parlementaire de sa femme Penelope, on décrivait le vainqueur de la primaire de la droite comme un homme solitaire, secret, modeste, réservé, en rien mondain. Un fils de notaire de province, épris de sérieux et ennemi du bling-bling. Le maelström des « affaires » le dévoile désormais sous un autre jour : plus proche des petits arrangements financiers que ce « M. Propre » paraissait mépriser, tacticien, combatif et retors. ­Davantage qu’à un personnage balzacien, François Fillon ressemble aujourd’hui à un héros de ces séries politiques américaines dont il raffole. « Pourquoi les a-t-il toujours avant moi ? » A Matignon, il se plaignait auprès de son cabinet de recevoir les épisodes inédits de The Wire après Nicolas Sarkozy et réclamait qu’on les demande aux producteurs américains.

A la faveur du « Penelopegate », le second rôle sans relief a pris une épaisseur romanesque. Qui est le candidat des Républicains, s’il n’est pas ce libéral-conservateur, sobre, discret et sérieux ? En décembre 2016, les ­Editions de l’Archipel avaient réédité, sous le titre François Fillon, les coulisses d’une ascension, la seule biographie qu’une journaliste avait eu l’idée de consacrer au député de la Sarthe, dix ans plus tôt – François Fillon, le secret et l’ambition, de Christine Kelly ­ (Editions du Moment, 2007). « Vous n’imaginez pas la somme de livres qui se préparent sur lui, sur sa femme, sur son couple », raconte aujourd’hui l’un de ses collaborateurs. Toute la France s’interroge : est-il solitaire ou misanthrope ? Homme de convictions ou simple stratège ? Secret ou dissimulateur ?

Pas de courant, pas de conseiller

« Je ne l’avais jamais entendu parler de religion en trente ans », relève l’ancien séguiniste Henri Guaino. Dans Faire, publié chez Albin Michel en septembre 2015, Fillon assurait : « J’ai très tôt réservé ma foi à ma conscience, à l’exercice de ma liberté la plus intime. (…) J’ai souvent trépigné intérieurement en écoutant des prêches qui se réduisaient à des slogans convenus. » Le 5 mars, au Trocadéro, ce sont pourtant les catholiques traditionnels et conservateurs qui ont fourni les plus gros bataillons de ses supporteurs de ce « rassemblement de soutien » organisé après l’annonce de sa convocation devant les juges le 15 mars. Magnifique tête-à-queue pour celui qui, en mars 2016, ne trouvait « aucune excuse à accorder à ceux qui pensent que la loi de la rue est supérieure à celle de la République ».

« QUAND, DANS LA COUR DE MATIGNON, JE LE VOYAIS S’ENGOUFFRER DANS SA VOITURE AUX VITRES FUMÉES, JE ME DISAIS : “IL N’EST JAMAIS AUSSI BIEN QU’AVEC LUI-MÊME” »

JEAN DE BOISHUE, PROCHE DE FRANÇOIS FILLON

Dans la foule du Trocadéro, peu de barons des Républicains. « Ils pensent que je suis seul. Ils veulent que je sois seul ! », a lancé François Fillon à la tribune. C’est un message pour son parti : il a gagné son pari. Depuis toujours, cette solitude est son talon d’Achille, une folie en politique. Le fillonisme n’existe pas : quarante ans de vie parlementaire et ministérielle, sans interruption, n’ont pas permis au candidat de la droite de s’offrir un courant. Ses soutiens se sont d’ailleurs envolés à la première bourrasque. Entre eux, les fidèles du dernier carré se surnomment parfois « les légionnaires ». C’est l’ami Henri de Castries, officier de réserve de la Légion, qui a trouvé le mot. L’oncle du patron d’Axa, Christian de La Croix de Castries, fut le général commandant les troupes françaises prises au piège de la cuvette de Dien Bien Phu. Plutôt que de fuir pendant qu’il était encore temps, il préféra rester prisonnier des troupes vietminh.

« Quand, dans la cour de Matignon, je le voyais s’engouffrer dans sa voiture aux vitres fumées, raconte encore Boishue, je me disais : “Il n’est jamais aussi bien qu’avec lui-même.” » Lui avec lui. Fillon avec Fillon, François en tête à tête avec François. On n’a pas assez relevé cette étrangeté : l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy n’a jamais eu de conseiller politique. Sa « plume », Igor Mitrofanoff, et sa chargée de presse, Myriam Lévy, jouaient à eux deux un autre rôle. A noter aussi que la plupart de ses conseillers n’ont jamais été conviés dans le manoir sarthois de Beaucé, près de l’abbaye de Solesmes. Ils ont découvert en 2010, dans Paris Match, ce petit château au milieu d’hectares de prés où s’ébrouent des chevaux. Quelques miettes d’intimité. « En l’appelant, on entendait parfois de la musique classique », raconte l’un d’eux.

Il a fallu qu’on se penche sur les revenus de François Fillon pour en savoir davantage sur sa femme, Penelope. Une épouse d’une autre époque. Une compagne d’une autre langue, d’une autre culture, venue de l’autre côté de la Manche, à la frontière du Pays de Galles. Si secrète, elle aussi. Dans la Sarthe, on la voyait de temps à autre s’échapper à l’aube avec son van pour monter ses chevaux. Ou courir à ­Paris avec Mathilde, la femme du député de Corse-du-Sud, Camille de Rocca-Serra, une amie aussi peu show off qu’elle.

« Sybaritisme inavoué »

Quand, le 23 février, Penelope Fillon disparaît en pleine tourmente, c’est pour se réfugier chez sa sœur, Jane. Fait peu banal, elle a épousé Pierre, le frère de François, qui les a lui-même mariés en 1984. Le huis clos familial est doublement verrouillé. Les Fillon, c’est l’histoire d’un couple où l’un veille sur l’autre. « Ils ont sauté dans l’eau froide en se tenant par la main tous les deux », souffle la communicante Anne Méaux, qui, comme l’avocat de Penelope, Me Pierre Cornut-Gentille, a dû démentir jusqu’à l’interview dans Le Journal du dimanche, le 5 mars, les rumeurs de garde à vue ou de suicide. ­Rumeurs mises en scène par François Fillon lui-même sur le plateau du journal télévisé de France 2, le candidat affirmant : « On a annoncé le suicide de ma femme mercredi [1er mars] sur des chaînes de télévision. » Une affirmation erronée qui lui vaudra une volée de bois vert sur les réseaux sociaux.

Fouquet’s, 6 mai 2007. Nicolas Sarkozy fête sa victoire dans le palace des Champs-Elysées. En attendant Cécilia, son épouse d’alors, qui ne venait pas, les invités s’observent, devinant que leur simple présence signifie qu’ils sont appelés à jouer un rôle dans le quinquennat à venir. Pour François Fillon, tout le monde le sait, c’est Matignon. Penelope insiste pour être présentée au patron du Figaro d’alors, Nicolas Beytout.

« Savez-vous qui était le dernier élu de la Sarthe nommé dans un gouvernement ? C’était le président du conseil Joseph Caillaux », s’amuse-t-elle. Accablée par la campagne de diffamation menée par le quotidien contre son mari, Henriette, l’épouse de Joseph, avait vidé sur le patron du Figaro, Gaston Calmette, le chargeur du pistolet automatique qu’elle tenait caché dans son manchon. Dix ans avant que l’affaire de ses emplois fictifs n’empoisonne la campagne de son époux, Penelope avait involontairement donné le ton : comme les Caillaux, son couple se serrerait les coudes et se bagarrerait de concert.

Ces deux-là ont longtemps semblé insensibles au luxe, aux honneurs et à l’argent facile. Penelope, a remarqué le personnel ministériel, évite soigneusement de marcher sur les tapis rouges des palais de la République, par discrétion. Le « sybaritisme inavoué » de François Fillon, écrit Frédéric Mitterrand dans La Récréation (Robert Laffont, 2013), n’est apparu que subrepticement, dans les interstices d’un reportage ou au hasard d’un accident. Sans sa fracture de la cheville, à l’été 2012, qui aurait su que François Fillon passait ses vacances à Capri chez le président de Ferrari, Luca di Montezemolo, et pas dans son manoir de la Sarthe ? En 2015, les éditeurs parisiens avaient été amusés de découvrir que, pour écrire son livre programme, Faire, l’ex-premier ministre avait négocié pied à pied avec chacun. Et finalement cédé au plus offrant : 120 000 euros accordés par Albin Michel. « J’ai une toiture à entretenir », glisse le futur auteur.

« Je n’ai pas besoin de m’inventer une image »

En 2013, François Fillon n’avait mis aucune objection à poser en famille devant ce manoir acquis vingt ans plus tôt. Le photographe Thierry Esch s’était pourtant habitué à essuyer des refus polis, mais catégoriques, des élus sollicités pour montrer leur chez-eux. Ce jour-là, Fillon avait même sorti les chaises longues et convoqué Penelope, en chapeau de paille, avec ses enfants. « Je veux qu’on me voie comme je suis. Je n’ai pas besoin de m’inventer une image. Je ne suis pas comme ceux qui ont des villas sur la Côte d’Azur et qu’on ne voit jamais. »

Le couple n’avait pas deviné que le cliché, une double page dans ­Paris Match, allait affoler l’opinion. Pour tenter de calmer les esprits, l’ami Jean de Boishue avait choisi, dans son livre Anti-secrets (Plon, 2015), de décrire une « maison de campagne (…) un peu de bric et de broc ». Penelope l’avait gentiment grondé : sa belle demeure de Sablé-sur-Sarthe, quatorze chambres et salles de bains, de bric et de broc ? Les Fillon ont refermé les grilles du manoir à la presse et ne les ont plus jamais ouvertes.­ Penelope Filon était rentrée dans l’ombre.

On ne savait pas encore combien ses amis intimes étaient riches et puissants. Les voisins de la Sarthe, ceux chez qui on échange les soirées d’été, s’appellent les Castries. Leur château, avec son relais de chasse, c’est autre chose encore que le manoir des Fillon. C’est là que s’est élaboré le programme économique du candidat des Républicains. Il y a encore et surtout – on le découvre chaque jour davantage – l’intime parmi les intimes, Marc Ladreit de Lacharrière, ce mécène en tous genres. Pour les Fillon, il fait tout : embaucher Penelope à la Revue des deux mondes, prêter 50 000 euros à François… Une générosité qui jette une ombre sur sa décoration de grand-croix de la Légion d’honneur par le premier ministre lui-même, le 31 décembre 2010.

Quand Le Canard enchaîné a interrogé le candidat à la présidentielle sur les salaires de sa femme, assistante parlementaire et ­ « conseillère littéraire » à la Revue des deux mondes, François Fillon n’en a pas dit un mot à ses proches. Ni à son équipe de campagne. Il n’a pas davantage préparé sa défense. Très rares étaient ceux qui savaient que Penelope était sa salariée. Ils l’avaient bien vue accompagner des groupes de retraités de la Sarthe ou paraître aux côtés de son mari dans des dîners d’Etat, à l’Elysée. En mai 2009, elle avait reçu l’International Business Wales, un organisme gouvernemental du Pays de Galles, à Matignon. Mais, pour tout le monde, la diplômée en droit de l’université de Bristol et mère de cinq enfants n’avait jamais travaillé.

Ces stratagèmes qui ont choqué

« François appartient à cette génération où l’on pouvait tout faire, et c’est sans doute pour ça qu’il n’a saisi qu’avec retard la gravité de ce qui lui arrivait. D’ailleurs, s’il le verbalise, l’a-t-il vraiment intégré ? », s’interroge le quadragénaire Benoist Apparu, ancien ministre de François Fillon. Les stratagèmes élaborés par l’ex-chef du gouvernement ne sont pas passés inaperçus. « Trente millions, les gens ne savent pas très bien à quoi cela correspond. A 5 000 euros par mois, chacun se compare », relève le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer. Patrick Stefanini en est choqué, comme le protestant Gérard Larcher. C’est un autre Fillon qui se dessine tout à coup sous leurs yeux, loin de l’image qu’il leur avait laissée.

Il vivait l’enfer de Matignon, et Nicolas Sarkozy le traitait de « collaborateur ». « Je me souviens de l’avoir vu, à l’issue d’un des premiers conseils des ministres, porter le manteau du président Sarkozy », se remémore Eric Branca, l’auteur de L’Histoire secrète de la droite (Plon, 2008). Au début du quinquennat, les deux hommes faisaient leur jogging ensemble, remontant de concert les marches de l’Elysée. Ils disaient « former une équipe soudée ». Mais, bientôt, les conseillers de Sarkozy ont commencé à critiquer à haute voix le premier ministre. Georges-Marc Benamou s’en souvient. « Matignon, c’est l’ennemi, Matignon on s’en fout, Matignon n’existe pas ! », balayait Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Sarkozy. « A quoi bon un premier ministre, puisque le secrétaire général fait son travail ? », ironisait Claude Guéant.

François Fillon se met rarement en colère. Deux ans après la victoire de 2007, il enrageait encore devant ses interlocuteurs qu’« il » – le président – lui ait piqué la ­Lanterne, la résidence de week-end d’ordinaire réservée aux premiers ministres. Mal de dos, sciatiques… François Fillon somatise. Ses collaborateurs le voient souvent serrer les dents. Contraint même, quand les antalgiques n’agissent pas, de faire un saut à l’hôpital. « Non, non, ça va très bien. Ne changez rien », répond François Fillon à Frédéric Mitterrand qui l’observe, « le visage décomposé par la douleur », lors d’une visite à la Villa Médicis en 2008.

Retourner la situation à son avantage

« Sa fierté rurale déteste l’humiliation des antichambres, des salles d’attente ou les guichets aléatoires », dit l’un de ses amis. Lorsqu’il le faut, que son ambition est contrainte ou sa carrière menacée, il sait se battre de manière sourde, sans coup d’éclat mais avec une ténacité qui frappe, en pulvérisant tous les scénarios échafaudés par d’autres. Bien avant ces derniers jours où sa propre famille politique a failli le « débarquer » de la campagne présidentielle, François Fillon s’était déjà retrouvé dans une situation semblable. Et l’avait retournée à son avantage.

C’était en novembre 2010 : presque une répétition générale. A un an et demi de la présidentielle, Nicolas Sarkozy, à la recherche d’un second souffle, s’était mis en tête de changer de premier ministre. S’agissait-il d’un jeu pervers ? Sans s’en ouvrir au chef du gouvernement, le président de la République laisse circuler quelques noms pour remplacer François Fillon à Matignon : celui de ­Xavier Darcos, celui, surtout, de Jean-Louis Borloo… « Tu vas être étonné… Je n’arrive pas à le voir, pas à lui parler… (…) Si les Français savaient… (…) Depuis des mois, Sarkozy a annulé tous les tête-à-tête. (…) Il fuit son premier ministre, je te dis ! », confie François Fillon à Georges-Marc Benamou. « Il n’y eut, en cinq ans, pas le moindre huis clos, pas le moindre tête-à-tête entre les deux hommes, raconte ­Patrick Buisson dans La Cause du peuple ­ (Perrin, 2016). Une atmosphère digne du Chat, de Georges Simenon, s’était installée, les enfermant dans une haine inexpiable. »

« IL JOUE SA VIE, AU SENS PROPRE DU MOT. RENONCER, C’EST VOIR SON MONDE S’ÉCROULER » BERNARD ACCOYER, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES RÉPUBLICAINS

« Je ne sais pas si Borloo sera à la hauteur, mais, ce qui est sûr, c’est que Fillon est en train de s’enterrer tout seul, répète Nicolas Sarkozy, qui fait tout pour forcer son “collaborateur” à quémander sa reconduction. Il ne dit rien, il ne fait rien. Pas le moindre mot, pas le moindre geste. Il aura bien cherché ce qui va lui tomber dessus. » Flairant le coup fourré, François Fillon manœuvre habilement, laissant ses proches lâcher leurs « boules puantes », comme dira Borloo : le ministre de l’écologie est dépensier, brouillon et amateur d’alcool, susurre-t-on à Matignon. Fillon portera lui-même le coup de grâce : « Borloo est un zozo. » En cet hiver 2010, l’absence de plan B le sauve une première fois.

« Je ne comprends pas pourquoi on le dit insuffisant, alors qu’il est très habile », s’étonnait déjà Edouard Balladur lorsque Fillon faisait partie de son gouvernement, entre 1993 et 1995. Pas besoin de conseil. Il est lui-même son propre stratège, comme depuis quelques semaines. « Il joue sa vie, au sens propre du mot », résume Bernard Accoyer. « S’il se retire, comment gardera-t-il cette circonscription parisienne que tout le monde lorgne ?, interroge un autre. Comment conserver ses honoraires d’avocat et les contrats de sa société de conseil, si sa carrière politique est fichue ? Renoncer, c’est voir son monde s’écrouler. »

Course égotique et obstinée

Juste après les premières révélations du ­Canard enchaîné, François Fillon a envisagé de jeter l’éponge, selon Patrick Stefanini, son directeur de campagne. Mais dès le lendemain, sans consulter personne, il a lancé cette promesse aux Français : « Si j’étais mis en examen, je ne serais pas candidat. » Puis, le mercredi 1er mars, annonce sa convocation devant les juges d’instruction, mais maintient sa candidature. Un reniement qui laisse tout le monde abasourdi. Et si François Fillon n’était pas seulement un manipulateur, mais aussi un « menteur », comme l’a toujours répété Nicolas Sarkozy ? « Ce type bien peigné a quelque chose de faux », persiflait l’ancien chef de l’Etat.

Quelques jours plus tard, Stefanini, artisan de la victoire à la primaire, remet sa lettre de démission au candidat. « Depuis quarante-huit heures et du fait de la perspective de ta mise en examen (…), ta défaite au soir du premier tour ne peut plus être exclue. » Un nouveau coup pour François Fillon. Stefanini glisse dans son texte une référence à leur ancien mentor, Philippe Séguin, qui, en 2001, lui avait « demandé de ne pas être candidat sur sa liste au motif qu’[il était] alors mis en examen ». La référence est là, dans la lettre, pour faire mal, comme un rappel à la morale. A droite, personne n’a oublié que, dès l’arrivée d’Edouard Balladur à Matignon, en 1993, Fillon avait lâché son père politique pour rallier son pire ennemi, celui que le président de l’Assemblée nationale accusait de mettre en œuvre un « Munich social ».

« Ma génération a ruiné ce pays, et je ne veux pas terminer avec un sentiment de gâchis et d’inutilité, sans avoir essayé », expliquait Fillon à un ami avant de se lancer dans la campagne de la primaire, au printemps dernier. L’idée de céder sa place à son aîné Juppé, ces derniers jours, lui a paru insupportable. « Alain a été battu à la primaire alors qu’il avait bénéficié des voix de gauche. Il ne va pas l’emporter alors que Macron est là ! » La démonstration du Trocadéro a achevé de le convaincre : il en est certain, il sera le dernier rempart contre le Front national. « Je connais cet électorat. Si je renonce, une grande partie d’entre eux ira voter Le Pen », croit-il orgueilleusement.

« Il a ce talent pour expliquer que, en dehors de lui, il n’y a personne, soupire un de ses anciens collaborateurs. C’est un animal à sang froid, je ne l’ai jamais vu en colère. Lundi 6 mars, devant le comité politique des Républicains qui aurait dû le débarquer, rien ne transparaissait, et à la fin, ils l’ont unanimement adoubé. » Du coup, certains se sont remis à y croire : « Il y a une semaine, c’était le Roi Lear, seul avec un cheval et une couronne dans la lande, glisse Jean de Boishue. Aujourd’hui, il a sauvé sa candidature. » Entraînant dans sa course égotique et obstinée vers ce qu’il croit être son destin sa famille, son parti, et, peut-être, la démocratie et la Ve République.

En 2013, dans La Réforme de l’opéra de Pékin (Payot-Rivages, 2013), Maël Renouard mettait en scène un homme chargé par un cadre maoïste de réécrire, dans l’esprit de la Révolution culturelle chinoise, des livrets d’opéra jugés trop bourgeois. Une sorte de double de l’auteur qui, durant deux ans, a travaillé à Matignon et observé de près François Fillon, dont il était l’une des plumes. Maël Renouard avait-il deviné la part romanesque du premier ministre ? Sa nouvelle commençait par ces lignes : « J’avais vu tant d’hommes célébrés puis déchus, et tant d’hommes déchus puis réhabilités, que j’ai longtemps gardé l’espoir d’être un jour tenu pour digne de l’histoire de notre pays. »

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vendredi 10 mars 2017

Le grand oral de «petit Benoît» - article de Laurent Joffrin (Libération)

Hamon a livré hier soir sur France 2 une prestation fort honorable. Calme, sympathique, il a répondu avec précision à une série d’interrogateurs peu amènes. Sa mise au point sur le travail, face au souriant cuisinier Thierry Marx, était bienvenue ; son nouveau revenu universel-non universel a l’avantage d’être finançable ; on ne peut pas reprocher au candidat socialiste de proposer une mesure utopique puis, une fois le projet ramené à plus de réalisme, souligner son manque d’ambition. Il veut améliorer le sort des plus pauvres ? Quel crime !

De même on ne peut pas pousser les hauts cris quand il évoque une restructuration de la dette française et se gausser quand il revient en arrière pour plaider une mutualisation européenne ; c’était à l’origine une proposition allemande, récusée par Angela Merkel, mais qui n’a rien de farfelu. Au vrai, en rachetant massivement des titres, la Banque centrale européenne mutualise sans le dire.

Question décisive : Benoît Hamon fait-il président ? La réponse est nécessairement subjective. Mais beaucoup se la posent.

Deux faiblesses, en tout cas. L’attaque contre Macron est purement rhétorique. L’argument «vous faites monter le Front national» est un pont-aux-ânes de la polémique publique. On peut l’employer dans tous les sens. Si le libéralisme favorise le Front national, Sarkozy et Fillon sont coupables, plus que Macron. Si c’est l’Europe, tous les pro-européens sont coupables, Hamon compris. Si c’est l’ouverture des frontières, le mondialisme libéral et l’altermondialisme se retrouvent tous deux sur le banc des accusés. Comme il y a des partis nationalistes dans la plupart des pays européens, quel que soit leur système social ou leur performance économique, il y a fort à parier que les facteurs culturels jouent un rôle aussi important que la situation sociale. Pas de causalité simple, donc. Difficile d’en tirer un réquisitoire sommaire contre tel ou tel.

Quant au point central du projet hamoniste, le rapport au travail, il souffre d’une contradiction interne. A moins d’une baisse d’attention coupable, on n’a pas entendu prononcer le mot chômage dans cette émission, alors que le sous-emploi reste le fléau de la société française. Hamon postule que la croissance ne reviendra pas et Jadot dit que c’est une bonne chose (pour sauvegarder la planète). Qui le sait ? Elle ne remontera pas à 5% par an, certes. Mais à 1,5 %, seuil au-delà duquel le chômage commence à diminuer ? Hamon récuse la politique de l’offre et prévoit une augmentation du pouvoir d’achat pour les classes défavorisées. N’est-ce pas qu’il compte sur une demande plus forte pour favoriser l’activité et la création d’emplois ? Sur la croissance, donc…

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Election présidentielle : François Hollande estime que la campagne électorale n’est pas à la hauteur

Par Solenn de Royer

« Les Français ne s’y retrouvent pas pour l’instant », estime le président, qui assassine en outre le processus des primaires.

« Moi ou le chaos » (ou presque). Quelques semaines avant de quitter l’Elysée, François Mitterrand avait multiplié les confidences assassines sur la campagne présidentielle de 1995, qu’il jugeait indigente et ennuyeuse. « La première depuis cinquante ans dont je serai tout à fait absent », répétait-il, songeur, à ses visiteurs. Le président socialiste avait relégué ainsi les deux candidats, Lionel Jospin et Jacques Chirac, au rang de « bons ministres gestionnaires », avant de résumer ainsi sa pensée : « En fait, je suis le dernier des grands présidents. »

Deux mois avant son départ, François Hollande serait-il atteint du même syndrome ? Devant son gouvernement au grand complet, exceptionnellement convoqué pour un conseil des ministres élargi mercredi 8 mars, le chef de l’Etat a longuement glosé sur une campagne « inédite » qui, « à quarante-cinq jours du premier tour », n’a « pas vraiment commencé ». « La qualité est assez basse, a-t-il jugé. Les Français ne s’y retrouvent pas pour l’instant. Ils pensent qu’on ne s’occupe pas de leurs vraies préoccupations. »

Prévenant contre la menace que représente un FN sous-estimé dans les sondages, M. Hollande a estimé que les « partis de gouvernement » se trouvaient dans une « situation difficile ». « Ils ne parviennent pas à trouver les bons arguments », a-t-il précisé, alors qu’il est lui-même lancé dans une campagne contre l’extrême droite.

Les débats télévisés : une idée « épouvantable »

Décidément en verve, le chef de l’Etat a également critiqué les primaires, qui « ne correspondent pas à la Ve République et à l’élection présidentielle ». « Elles affaiblissent les partis », a jugé le président, qui a renoncé à se présenter de peur d’être éliminé, fin janvier.

Aujourd’hui, M. Hollande – qui a omis de rappeler qu’il avait lui-même été désigné au terme d’une primaire en 2011 – est persuadé qu’il aurait été en capacité de l’emporter en mai prochain, s’il avait pu échapper à la primaire de la gauche de janvier, dont il avait pourtant accepté le principe dès 2016.

Alors qu’un certain nombre de ministres attendent le bon moment pour rallier Emmanuel Macron, le chef de l’Etat a appelé son gouvernement à la « cohésion » et à continuer à « travailler pour les Français ». « La liberté d’expression doit être maîtrisée », a-t-il recommandé. Il a toutefois laissé entendre qu’à la fin mars, après le dépôt des candidatures au Conseil constitutionnel, les ministres pourraient s’exprimer comme ils l’entendaient, en fonction de leurs sensibilités.

En privé, ces derniers jours, M. Hollande a en outre sévèrement jugé les débats organisés entre les candidats par TF1 (le 20 mars) et France 2 (le 20 avril) : une idée « épouvantable » et « dangereuse » qui conduit à un « nivellement » par le bas entre les candidats, celui du FN compris.

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jeudi 9 mars 2017

La une de Libération de demain...

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