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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 22 mai 2018

L’Europe face au défi du vieillissement

Par Marie Charrel - Le Monde

La chute de la population active va mettre le financement des dépenses sociales à rude épreuve et peser sur la croissance.

Les Finlandais appellent cela « äitiyspakkaus », et ils sont très fiers de cette tradition. Chez eux, chaque future mère reçoit de l’Etat, avant la naissance, une boîte en carton contenant tout le nécessaire pour le nourrisson. Une fois vide, elle se transforme en couffin.

Symbole de la politique familiale généreuse du pays nordique, cette « baby box » fut créée en 1938 pour encourager la natalité. Mais aujourd’hui, elle ne suffit plus : en 2016, pour la première fois depuis cent quarante-huit ans, le nombre de morts (53 629) a dépassé celui des naissances (52 645) en Finlande. « Un choc, raconte Timo Hirvonen, économiste chez FIM Bank, à Helsinki. Cela nous a brutalement rappelé que nous vieillissons. Et que le déclin démographique va nous poser un défi majeur. »

« Chute de la natalité »

Ce n’est pourtant rien à côté de celui qui attend l’Italie. Il y a quelques mois, le maire d’Ollolai, pittoresque village de Sardaigne, a mis en vente 200 maisons pour 1 euro chacune, dans l’espoir de repeupler son bourg : en cinquante ans, la population a chuté de 2 250 à 1 300 habitants. Une ­dizaine de villages italiens ont déjà tenté l’expérience, avec plus ou moins de succès. Et d’autres devraient suivre : en 2017, la population de la péninsule, où les décès surpassent également les naissances, a fondu de 100 000 personnes. L’équivalent de la ville de Pise rayée de la carte.

Ces dix dernières années, l’Union européenne (UE) s’est concentrée sur l’urgence : réparer les dégâts de la crise de 2008, nettoyer son secteur bancaire, relancer l’économie. Elle en a presque oublié l’autre mutation à l’œuvre, susceptible de transformer son économie en profondeur. « Com­me l’ensemble des pays industrialisés, l’Europe vieillit rapidement du fait de l’allongement de l’espérance de vie et de la chute de la natalité », dit Laurent Chalard, géographe de la population à Paris-Sorbonne.

Ces prochaines années, la plupart des pays membres vont voir leur population en âge de travailler diminuer. D’après les projections d’Eurostat, celle-ci (20-64 ans) devrait baisser de 0,4 % par an d’ici à 2040. Sans apport migratoire, l’Europe pourrait perdre 16 % de sa population d’ici à 2060. Et pour cause : à 1,6 enfant par femme, son taux de fécondité est inférieur au seuil nécessaire (2,05, soit 205 enfants pour 100 femmes) pour assurer le renouvellement des générations.

Cette mutation représente aussi une opportunité

Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. « La France est mieux lotie, elle vieillit moins vite que l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne », rappelle Gérard Cornilleau, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

D’après les projections de la Bundesbank, la population en âge de travailler (45,8 millions d’individus aujour­d’hui) devrait diminuer de près de 2,5 millions de personnes d’ici à 2025 outre-Rhin. Le basculement observé en Europe de l’Est est plus vertigineux encore : après la chute du bloc communiste, la natalité s’est effondrée tandis que l’émigration a explosé. Vingt millions de personnes ont quitté la région depuis les années 1990, soit 5,5 % de la population. Si bien qu’aujourd’hui, les entreprises polonaises, tchèques ou hongroises font face à une pénurie de main-d’œuvre si sérieuse qu’elle risque de freiner le rattrapage économique de ces pays.

Les optimistes soulignent qu’à l’Ouest, cette mutation représente aussi une opportunité. C’est l’eldorado de « l’économie argentée », en référence aux cheveux poivre et sel des seniors. Selon ­Natixis, celle-ci pèse aujourd’hui 8 900 milliards de dollars (7 500 milliards d’euros) annuels dans le monde, et contribuera pour un tiers à la croissance des principales économies ces trente prochaines années. Car les têtes grises consomment. Bénis soient les baby-boomers, aujourd’hui au seuil de la retraite.

Envolée des dépenses publiques

Grâce à la forte croissance des « trente glorieuses », dont ils ont profité à plein, ils disposent d’un pouvoir d’achat et d’un patrimoine relativement confortables. Pour le tourisme, l’industrie pharmaceutique ou la finance, ils représentent un marché considérable.

« Au début des années 2000, l’Allemagne vivait son vieillissement avec angoisse, remarque Cécile Oberlé, spécialiste de la société allemande à Paris-I et à l’UMR Sirice, un laboratoire spécialisé sur l’Europe. Aujourd’hui, il est vu de façon bien plus positive : les seniors s’engagent, bougent, participent à la société de façon dynamique. »

Mais il ne faut pas s’y tromper : la génération du baby-boom est une exception dans l’histoire. Celles qui suivront ne disposeront probablement pas des mêmes marges de manœuvre financières. Et dans tous les cas, le vieillissement mettra le financement des dépenses sociales à rude épreuve.

Dans l’UE, les dépenses publiques des pays membres liées à la retraite et à l’aide aux personnes âgées devraient gonfler de 50 % d’ici à 2060 pour atteindre 12 % du produit intérieur brut (PIB), selon Bruxelles. Sans parler des dépenses de santé. Pour y faire face, nombre d’Etats ont d’ailleurs engagé des réformes afin d’assurer la pérennité de leurs systèmes de retraite.

Des spécificités nationales

Mais le vieillissement aura aussi une incidence sur la croissance de long terme. Elle est délicate à évaluer. Certaines études théoriques estiment que le déclin démographique est une opportunité pour gérer le ralentissement de l’économie – voire la décroissance promue par certains pour adapter notre consommation aux ressources limitées de la planète. D’autres jugent qu’il devrait se traduire par un niveau de richesse par habitant plus élevé, et nous amènera à innover davantage pour remplacer le départ des travailleurs. D’autres, enfin, soulignent que le vieillissement des actifs provoquera une baisse de la productivité, une moindre diffusion du progrès technique et le déclin de l’innovation.

Il est probable que cela dépende beaucoup des spécificités nationales, comme des politiques publiques mises en œuvre pour accompagner (et freiner) le phénomène. Décaler l’âge du départ à la retraite ne suffira pas. « Former les seniors afin qu’ils conservent leur emploi et continuent de développer leurs compétences est tout aussi indispensable », souligne Mathil­de Lemoine, chef économiste du groupe Edmond de Rothschild, dans une note sur le sujet. En particulier en France, où les plus de 45 ans peu qualifiés bénéficient rarement de formation.

Autre piste : l’ouverture à l’immigration, à laquelle s’essaye, par exemple, l’Allemagne. Mais aussi, le développement du taux d’emploi des femmes, trop faible dans certains pays. Notamment dans le sud de l’Europe, où beaucoup de mères cessent de travailler pour élever les enfants, ou sont cantonnées aux emplois précaires.

Ici, l’enjeu n’est pas seulement de compenser le déclin de la population active. Il est aussi de réduire les inégalités parmi les retraités. Car selon Eurostat, les pensions des femmes européennes sont, en moyenne, 37 % plus basses que celles des hommes.

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mercredi 18 avril 2018

Défense de la démocratie, budget, réfugiés… le grand oral européen d’Emmanuel Macron à Strasbourg

Mardi, le chef d’Etat s’est adressé pour la première fois aux députés européens. Il a livré un plaidoyer pour la défense de la démocratie dans l’UE, mais a aussi appelé à « dépasser le débat empoisonné » sur les quotas de répartition de réfugiés.

C’était son premier grand oral devant les députés européens réunis à Strasbourg. Le président français, Emmanuel Macron, a livré, mardi 17 avril, un plaidoyer pour la défense de la démocratie dans l’Union européenne (UE), mettant en garde contre « les tentations autoritaires » et les replis nationaux, qui réveillent une « forme de guerre civile européenne ».

« Je ne veux pas faire partie d’une génération de somnambules », a lancé le chef de l’Etat devant les eurodéputés avec lesquels il a échangé pendant environ trois heures, ponctuées par des applaudissements.

« J’appartiens à une génération qui n’a pas connu la guerre et qui est en train de s’offrir le luxe d’oublier ce que ses prédécesseurs ont vécu », a-t-il dit, dressant un tableau sombre de la situation du Vieux Continent sur fond de montée des populismes et du sentiment antieuropéen dans nombre de pays :

« Une forme de guerre civile européenne réapparaît [et] nos égoïsmes nationaux parfois nous paraissent plus importants que ce qui nous unit face au reste du monde. »

Pour une « une souveraineté réinventée »

Ce discours était le premier prononcé devant le Parlement européen, placé sous haute sécurité, par le jeune président français, qui avait choisi L’Ode à la joie, de Beethoven, l’hymne européen, pour célébrer son élection, en mai 2017.

Il avait ensuite proposé, dans un discours à la Sorbonne en septembre 2017, 80 initiatives pour « refonder l’Europe », notamment en renforçant la zone euro, en généralisant le programme Erasmus et en taxant les grandes entreprises du numérique.

Cette ambition a jusqu’à présent été freinée par la longue crise politique en Allemagne – dont la chancelière, Angela Merkel, viendra débattre à son tour au Parlement européen en novembre – et par les victoires de partis eurosceptiques aux récentes élections en Italie et en Hongrie.

M. Macron a appelé « à organiser le vrai débat européen qui permettra à notre peuple de choisir entre ceux qui veulent une Europe du repli et ceux qui sont prêts à porter une Europe d’une souveraineté réinventée, d’une démocratie vivante ».

La France « prête à augmenter sa contribution »

Pour que l’UE ait les moyens de ses ambitions face aux défis internationaux, la France « est prête à augmenter sa contribution » dans le cadre du prochain budget pluriannuel post-Brexit de l’UE après 2020, a annoncé M. Macron.

Pour trouver de nouvelles ressources, il a proposé la suppression des rabais « qui ne sauraient survivre au Brexit » et il a aussi plaidé pour de nouvelles ressources européennes issues d’une taxe sur le numérique.

Concernant les migrations, l’un des sujets qui divisent le plus les Européens, M. Macron a appelé à « dépasser le débat empoisonné » sur les quotas de répartition dans l’UE et il a proposé « de créer un programme européen qui soutienne directement financièrement les collectivités locales qui accueillent et intègrent les réfugiés ».

« La vraie France est de retour. Je salue le retour de la France parmi nous », s’est réjoui le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lors du débat en plénière. Mais, a-t-il ajouté, « n’oublions pas que l’Europe n’est pas seulement franco-allemande ».

Macron attendu à Berlin jeudi

M. Macron est justement attendu jeudi à Berlin pour s’entretenir de l’avenir de la zone euro avec Angela Merkel, dont le parti conservateur (la CDU, démocratie chrétienne) a critiqué lundi son idée de création d’un budget propre à l’union monétaire pour aider les investissements.

A Strasbourg, le chef de file des socialistes, Udo Bullmann a salué « l’enthousiasme et la passion pour l’Europe » du président français. « Mais les mots ne suffisent pas », a-t-il averti, l’appelant à des « actions concrètes » et critiquant la politique migratoire de Paris.

M. Macron a reçu le soutien du chef de file de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE), Guy Verhofstadt, qui l’a encouragé à « persévérer » face aux « forces conservatrices ». « Parfois j’ai l’impression que comparé aux conservateurs en Europe, même la SNCF est un bastion de réformistes », a dit l’eurodéputé belge, déclenchant des rires dans l’assemblée.

Défense des frappes en Syrie

Sur un ton virulent, l’eurodéputé belge Philippe Lamberts (Verts) a de son côté attaqué « l’action en France » de M. Macron, qui « met à mal la devise “Liberté, égalité, fraternité” », critiquant les ventes d’armes, le nucléaire ou le démantèlement de camps de migrants.

Le président français a une nouvelle fois défendu les frappes menées en Syrie contre des sites d’armes chimiques par la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni alors que, dans l’hémicycle, quelques eurodéputés brandissaient des pancartes appelant à « arrêter la guerre en Syrie ». M. Macron a plaidé :

« Ces frappes ne règlent rien mais elles mettent fin à un système auquel nous nous étions habitués, qui est que, en quelque sorte, le camp du droit serait devenu le camp du faible. »

Premières « consultations citoyennes » sur l’UE à Epinal

Emmanuel Macron s’est ensuite rendu au centre des congrès d’Epinal, où il a lancé la première « consultation citoyenne » sur l’UE. Jusqu’en octobre, le gouvernement ira à la rencontre des Français pour écouter ce qu’ils ont à dire sur l’Europe.

Le président avait expliqué, en février, que l’objectif de ces rendez-vous menés dans les vingt-sept pays de l’UE (hors Royaume-Uni), était de « libérer la parole sur l’Europe » dans la perspective des élections européennes de 2019. Alors que les élections en Italie et en Hongrie ont vu la victoire de partis eurocritiques, M. Macron a l’intention de faire campagne contre « les tentations autoritaires » qui planent au-dessus du Vieux Continent.

Dans le chef-lieu des Vosges, un département frappé par la désindustrialisation et où le Front national a régulièrement recueilli de nombreux suffrages à chaque élection, le chef de l’Etat a souhaité « avoir un débat instruit avec les Français, pour chasser les fausses idées ».

Devant les quelque 300 personnes qui s’étaient inscrites pour participer à la rencontre, il s’est prêté, debout au centre de la salle et pendant plus de deux heures, au jeu des questions-réponses. Un jeu très fair-play, tant l’auditoire, composé en majorité de partisans de La République en marche, a peiné à être critique contre l’Europe. Au point que le président lui-même a fini par demander « si quelqu’un avait des critiques ou des doutes » sur le fonctionnement actuel de l’UE…

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mardi 17 avril 2018

Emmanuel Macron au Parlement Européen

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lundi 5 mars 2018

Elections législatives en Italie : les partis anti-européens font le plein

Selon les premières projections de résultats nationaux, réalisées à partir de sondages, la coalition de droite arriverait en tête devant le Mouvement cinq étoiles.

L’instabilité politique n’est pas une découverte pour l’Italie. Mais l’ampleur du bouleversement dessiné par les premiers résultats de ce scrutin législatif est inédit. Aucune majorité parlementaire claire n’émerge, dimanche 4 mars au soir, alors que les Italiens étaient appelés à élire pour cinq ans les 630 membres de la Chambre des députés et les 315 membres du Sénat. Et le pays, plus divisé que jamais, s’oriente à nouveau vers une situation de blocage politique.

Au niveau des partis, c’est le Mouvement 5 étoiles (M5S) qui frappe un grand coup. Avec des premières estimations le créditant de près de 32 % des voix, le parti créé en 2009 sur la promesse d’un « changement de système » s’impose comme la force majeure de l’échiquier politique italien. Le parti obtiendrait ainsi entre 195 et 235 sièges, confirmant largement sa place de premier parti d’Italie.

Mais aussi haut que le parti populiste culmine, le M5S ne peut pas rêver d’un gouvernement seul. Il le sait. Il lui faudra sceller une alliance pour atteindre une majorité absolue à la Chambre des députés et au Sénat, estimée par les politologues aux alentours de 40 % des voix. Une concession qu’il avait déjà commencé à évoquer en fin de campagne, alors que le parti avait auparavant construit son programme politique sur le rejet des coalitions et des combines politiques.

« Tout le monde va devoir venir nous parler », a commenté, dimanche soir, le responsable du M5S, Alessandro Di Battista. Reste à savoir qui répondra à cette main tendue du parti, dont les prises de position au cours de la campagne ont également beaucoup évolué, notamment vis-à-vis de l’Union européenne.

Un revers pour les partis traditionnels

Le futur allié du M5S se cache peut-être du côté de la coalition de droite, qui subit un revers. Si la formation, qui rassemble les partis Forza Italia (Silvio Berlusconi), la Ligue du Nord (Matteo Salvini) et Fratelli d’Italia, est en tête du scrutin avec environ 35 % des votes, elle est, elle aussi, loin de la majorité.

Surtout, au sein même de cette coalition se joue peut-être le plus gros bouleversement de ce scrutin. Le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, la Ligue, dépasse d’une courte tête (16 %) le parti historique de Silvio Berlusconi, Forza Italia (15 %), selon les premiers résultats. Un score qui illustre là encore la montée en puissance des partis anti-européens, vrais gagnants de cette élection.

Nul doute que la Ligue, galvanisée par ce score historique, risque de peser aussi dans les futures négociations pour former un gouvernement. Dans le cadre de leur accord de coalition, le parti de Matteo Salvini et Forza Italia étaient convenus que la formation qui arriverait en tête prendrait la direction d’un éventuel gouvernement. Si leur alliance ne semble pas suffisante pour une majorité, le parti d’extrême droite pourrait chercher d’autres alliés.

Enfin, si cette élection ne permet pas d’établir un vainqueur incontestable, le perdant, lui, est vite trouvé. Le Parti démocrate (PD) – au pouvoir – essuie une défaite cuisante, avec un score évalué à près de 20 %. Un revers électoral d’ampleur qui pourrait le renvoyer dans l’opposition. « Si c’est le résultat, pour nous, c’est une défaite », a commenté Ettore Rosato, président PD de la Chambre des députés. Selon les projections, ce parti décrocherait entre 115 et 155 sièges à la Chambre des députés.

Rosatellum bis

Les résultats complets ne sont pas attendus avant plusieurs heures et les sondages de sortie des urnes en Italie se sont souvent révélés trompeurs par le passé. Mais si les projections pointent dans la bonne direction, l’Italie, troisième puissance économique de la zone euro, se dirige vers une situation de blocage politique, qui pourrait l’obliger à envisager une nouvelle élection dans les prochains mois.

Un paradoxe, alors que ce scrutin a eu lieu en vertu du Rosatellum bis, une nouvelle loi électorale censée simplifier la répartition des votes. Adopté fin 2017, ce système jamais testé jusqu’à dimanche prévoit que 37 % des sièges sont alloués au scrutin majoritaire uninominal à un tour, 61 % à la proportionnelle et 2 % désignés par les Italiens de l’étranger. Un mode de scrutin qui a largement compliqué le vote, dimanche, créant de longues files d’attente et de nombreuses difficultés d’organisation. La participation au scrutin, évaluée à 74 %, est d’ailleurs la plus faible de l’histoire de la république italienne.

Les deux chambres du nouveau Parlement doivent siéger pour la première fois le 23 mars prochain. Les discussions formelles en vue de constituer un gouvernement ne devraient pas commencer avant début avril.

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dimanche 4 mars 2018

Elections en Italie - Berlusconi/Femen

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mardi 13 février 2018

Le Parlement européen s’interroge sur l’utilité du changement d’heure

Les parlementaires ont demandé, jeudi 8 février, à la Commission européenne de « lancer une évaluation complète » du système actuel

Le changement d’heure vivrait-il ses dernières heures ? Les députés européens ont réclamé, jeudi 8 février, une « évaluation » détaillée du système de changement d’heure, qui pourrait aboutir à sa révision, après avoir longuement débattu de l’intérêt ou non de maintenir ces modifications horaires semestrielles.

Par 384 voix pour (153 voix contre), les parlementaires, réunis en session plénière à Strasbourg, ont demandé à la Commission européenne de « lancer une évaluation complète » du système actuel et, si nécessaire, de « présenter une proposition pour la réviser ».

Plus d’accidents, moins de sommeil

« De nombreuses études, si elles n’aboutissent pas à des conclusions définitives, ont indiqué l’existence d’effets négatifs sur la santé des êtres humains » de ces décalages d’une heure qui ont lieu les derniers week-ends de mars et d’octobre depuis 2001, soulignent les eurodéputés.

« Les études démontrant un accroissement des accidents de la route ou des troubles du sommeil lors du changement d’heure, doivent être prises au sérieux », a également plaidé la députée européenne écologiste Karima Delli, à l’origine de la résolution. Elle estime, par ailleurs, que les économies d’énergie, but initial des changements d’heure saisonniers, « ne sont pas probantes ».

La Commission européenne ne s’est pas montrée enthousiaste à l’idée de se lancer dans une révision du système. « Mais il est évident que si on laisse les Etats membres libres de décider d’appliquer ou non des changements d’heure, cela sera problématique pour le marché intérieur », a reconnu la commissaire européenne slovène Violeta Bulc devant les députés.

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vendredi 19 janvier 2018

Emmanuel Macron, fragile homme fort d’une UE convalescente

Par Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen, Philippe Ricard, Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen - Le Monde

Le président français est devenu un interlocuteur incontournable sur la scène européenne, mais sa capacité à convaincre sur de grandes réformes reste à démonter.

« France is back » : c’est indéniable sur la scène internationale, cela l’est aussi au niveau européen, surtout depuis qu’Angela Merkel tente de sauver son poste. Après un sommet avec Theresa May, la veille au sud de Londres, le président de la République Emmanuel Macron devait accueillir la chancelière à l’Elysée vendredi 19 janvier, pour parler de « l’avenir de l’Union européenne ». Quand il s’agissait d’adopter des décisions importantes, en pleine crise grecque ou au plus fort des tensions sur la migration, tout le monde prenait l’avion pour Berlin…

Autre symbole : c’est depuis l’ambassade du Portugal à Paris, que le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem a passé le témoin à Mario Centeno, nouveau président de l’Eurogroupe, vendredi 12 janvier. « Un hasard de calendrier », assure t-on dans l’entourage du ministre portugais des finances, mais un hasard très significatif. Tout comme la visite de Sebastian Kurz à Paris, le même jour. Le jeune chancelier autrichien, venu réitérer ses engagements proeuropéens alors qu’il a formé une coalition avec l’extrême droite, s’est aussi rendu Berlin. Mais cinq jours plus tard.

L’Europe était au cœur du programme du candidat Macron, et il assume aujourd’hui cette responsabilité de nouvel « homme fort » d’une Union toujours divisée et ébranlée par le Brexit. Il a multiplié les interventions – à d’Athènes sur la démocratie européenne, à la Sorbonne pour formuler des dizaines de propositions de réformes –, ou prôné une intégration plus poussée de la zone euro.

« Regardez notre époque, en face (…). Vous n’avez pas le choix ! », lançait t-il, lyrique, depuis la Sorbonne « à tous les dirigeants d’Europe ». Le chef de l’Etat défendait une Europe « à plusieurs vitesses » permettant d’avancer à quelques-uns sans être paralysée par d’autres, tout en plaidant pour le réveil une Union « trop faible, trop lente, trop inefficace ». « Au début il nous a fait un peu peur, témoigne un diplomate bruxellois. On craignait qu’il accentue les divisions, avec l’Est notamment. Mais il est très important qu’il soit là, on avait vraiment besoin que le moteur franco-allemand redémarre. »

Infléchir l’agenda européen

Au-delà des discours, M. Macron a su infléchir l’agenda européen. Si les premières pages du préaccord de coalition en Allemagne sont consacrées à l’Europe, c’est parce qu’il a donné une impulsion décisive à l’idée de relancer la convergence – en panne – entre les économies de la monnaie unique. Ou de les doter d’instruments de stabilisation budgétaire communs en cas de nouvelle crise. Des idées qu’il reste à négocier dans les détails avec Berlin et les autres capitales.

Fin octobre, après un travail de lobbying intense et avec le soutien de la Commission Juncker, le président a réussi à convaincre des pays de l’Est – sauf quatre, dont la Pologne et la Hongrie – d’adopter au conseil une révision de la directive sur le travail détaché. Un accord doit encore être trouvé avec le Parlement européen mais ce passage en force a constitué un premier succès très symbolique.

Ses appels répétés à la naissance d’un embryon de défense européenne, ont aussi payé. Dans ce domaine, il a pu célébrer il y a quelques semaines le projet de « coopération structurée permanente », qui devrait permettre de lancer des programmes communs d’armement, de combler une série de lacunes d’équipement ou de faciliter le lancement d’opérations extérieures. On est encore loin, cependant, des projets présidentiels – une force d’intervention et une doctrine militaire voire un budget communs.

M. Macron a aussi défendu la création d’une taxe sur les géants de l’Internet et une remise à plat de la politique commerciale de l’Union. Mais, là, les résistances sont fortes : le Luxembourg, l’Irlande ou les Pays-Bas freinent sur la fiscalité, soucieux de préserver leur modèle économique. La Suède et les Pays-Bas s’inquiètent aussi de sa demande d’une surveillance des investissements chinois dans l’UE et redoutent le retour de réflexes « protectionnistes ».

Effacement d’autres leaders européens

Les autres dirigeants ne sont donc pas tous prêts à suivre leur jeune collègue, mais ils l’écoutent avec attention. Même son idée de conventions démocratiques, qui suscitait le scepticisme, fait des émules. La Belgique, le Luxembourg ou l’Irlande évoquent des initiatives au printemps. L’attribution à Paris du siège de l’Agence bancaire européenne, même si elle tient beaucoup du hasard (Dublin a perdu au tirage au sort), a aussi renforcé l’impression que la France et ses réseaux étaient à nouveau incontournables.

Emmanuel Macron profite de l’effacement d’autres leaders européens, à commencer par Mme Merkel, victime de l’usure du pouvoir après douze ans aux responsabilités et son revers électoral de septembre 2017. Son approche très « austéritaire » de la crise des dettes souveraines a été mise en cause dans le Sud de la zone euro. Le choix de M. Centeno pour présider l’Eurogroupe, le gouvernement officieux de l’eurozone, est symptomatique de ce rejet. Les positions en matière migratoire de la chancelière, à l’origine d’une controverse sur le dispositif de répartition des demandeurs d’asile au sein de l’UE, ont braqué la plupart des pays d’Europe centrale.

A Londres, la première ministre Theresa May est marginalisée en raison du Brexit. A Rome, le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni est confronté, en vue des législatives du 4 mars, au Mouvement 5 étoiles et au retour de la droite berlusconienne. A Madrid, Mariano Rajoy doit lutter pour préserver l’unité de l’Espagne face aux velléités indépendantistes de la Catalogne. « Macron est devenu influent par défaut ; il remplit le vide, mais cette position ne sera pas facile à maintenir s’il ne se trouve pas des alliés solides, analyse Sébastien Maillard, directeur du laboratoire d’idées Notre Europe-Institut Jacques Delors. Sa capacité à convaincre reste à démontrer, même s’il sait imposer son agenda. »

Ce retour de la France aux avant-postes sera-t-il durable ? M. Macron aura-t-il, entre autres, la capacité de convaincre ses partenaires sur ses réformes de l’eurozone ? Si l’idée d’une capacité budgétaire spécifique fait son chemin, sa proposition d’un ministre des finances pour la zone euro est loin de faire l’unanimité et celle d’un parlement spécifique à l’eurozone paraît enterrée.

Sa « famille » politique européenne

Depuis sa victoire sur la candidate du Front national Marine Le Pen, le chef de l’Etat français surfe sur la menace de l’extrême droite pour mieux promouvoir son slogan d’une « Europe qui protège ». « Si l’extrême droite est là, c’est que nous avons échoué à répondre aux angoisses dont elle se nourrit », lançait-il lors de sa récente rencontre avec M. Kurz. D’où son insistance sur la nécessité d’une politique « humaine mais ferme » dans le domaine de la migration – avec une ambiguïté quant au principe des quotas de réfugiés, défendu par Bruxelles et Berlin.

Un autre test encore de l’influence française sera la capacité de M. Macron à peser sur les futures nominations des dirigeants de la Commission et du Conseil européens, en 2019. Le président n’a toujours pas choisi sa « famille » politique de rattachement au niveau européen, pourtant une nécessité pour avoir son mot à dire.

Rejoindra t-il le groupe des Libéraux et démocrates (ALDE) ou lancera t-il son propre « En Marche » européen, en tentant de siphonner le Parti populaire (PPE, celui de Merkel) et le Parti social-démocrate ? Il pourrait compter sur le soutien des trois premiers ministres libéraux du Benelux mais fera-t-il le poids si l’Italie bascule à droite ? Et saura t-il résister à l’offensive des gouvernements populistes polonais et hongrois qui contestent les valeurs de la démocratie libérale sur lesquelles est fondée l’Union ?

Pour que son président soit totalement crédible, il faudra par ailleurs que la France affiche enfin, et durablement, un déficit public inférieur à 3 % de son PIB (c’est bien parti pour 2017, à confirmer pour 2018). Et si Mme Merkel échoue à former une nouvelle grande coalition avec les sociaux-démocrates, ce qui entraînerait de nouvelles élections, la « fenêtre » pour des réformes d’importance avant les élections européennes de mai 2019 se refermera.

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samedi 6 janvier 2018

Face à Erdogan, Macron propose un « partenariat » plutôt que l’intégration de la Turquie à l’UE

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Par Marc Semo - Le Monde

Le président français a rencontré samedi à Paris son homologue turc, avec lequel il a également évoqué la question du respect des droits de l’homme.

Face au président turc Recep Tayyip Erdogan, venu chercher le soutien de Paris pour une relance du processus d’adhésion de son pays à l’Union européenne (UE), Emmanuel Macron a fait le choix du parler vrai. « Il est clair que les évolutions récentes et les choix de la Turquie ne permettent aucune avancée du processus engagé », a déclaré le président français lors de leur conférence de presse commune, vendredi 5 janvier.

Jamais un chef de l’Etat français n’avait aussi clairement appelé, en s’adressant directement à son homologue turc, à en finir « avec l’hypocrisie qui consiste à penser qu’une progression naturelle vers l’ouverture de nouveaux chapitres de négociation est possible ».

Et de suggérer de « repenser cette relation non pas dans le cadre du processus d’intégration mais d’une coopération, d’un partenariat ». « La finalité, c’est de préserver l’ancrage de la Turquie et du peuple turc dans l’Europe et de faire en sorte que son avenir se construise en regardant l’Europe et avec l’Europe », a-t-il insisté, avouant que « l’Europe n’a pas toujours bien fait vis-à-vis de la Turquie, en laissant croire des choses possibles alors qu’elles ne l’étaient pas totalement. »

La plupart des dirigeants de l’UE, surtout depuis la dérive autoritaire qui a suivi le coup d’Etat manqué de juillet 2016, ne croient plus à la possibilité dans un proche avenir d’une adhésion pleine et entière de la Turquie comme le souhaite, au moins en parole, Ankara. En septembre 2017, la chancelière allemande, Angela Merkel, alors en campagne électorale, avait même déclaré lors d’un débat télévisé être favorable à l’arrêt des négociations. Les autorités françaises, si l’on excepte le quinquennat de Nicolas Sarkozy, étaient quant à elles toujours restées plus floues.

Isolement diplomatique d’Ankara

Avec ce pays qu’il juge un partenaire stratégique essentiel, le président français suggère « un dialogue apaisé qui tiendrait compte des réalités d’aujourd’hui ». C’est vague et très loin des attentes de l’homme fort d’Ankara, qui comptait sur celui qu’il appelle son « ami » Emmanuel Macron pour renouer avec l’Europe et sortir de son isolement diplomatique.

Avec son habituel parler cru, Recep Tayyip Erdogan n’a pas caché son irritation. « Les premiers pas du processus d’adhésion datent de 1963 et cela fait donc maintenant cinquante-quatre ans que la Turquie attend dans l’antichambre de l’UE. Aucun autre pays n’a été traité de la sorte », a-t-il martelé, affirmant : « Cela nous a fatigués » et « cela nous pousse à prendre des décisions : on ne peut pas en permanence implorer une entrée dans l’UE ». Le leader de l’AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie depuis 2002, brandit régulièrement depuis deux ans la menace d’un référendum sur l’adhésion à l’UE.

Emmanuel Macron a tenu son engagement d’évoquer lors de leurs entretiens les atteintes aux droits de l’homme et un certain nombre de cas concrets de dirigeants d’ONG, de journalistes, ainsi que celui du mécène et figure de proue de la société civile Osman Kavala. « L’Etat de droit ne se divise pas. (…) Une opinion, si elle n’est pas une invitation au crime ou à des thèses terroristes, c’est une opinion et elle doit pouvoir s’exprimer librement », a expliqué le président français, appelant aussi Ankara à préserver son ancrage dans la Convention européenne des droits de l’homme.

Un pas vers une relance de la coopération militaire

M. Erdogan a rétorqué en évoquant les nécessités de la lutte contre le terrorisme. « Il ne se crée pas tout seul, il y a des jardiniers du terrorisme, hommes de pensée et d’idées qui, dans leurs écrits, apportent de l’eau au moulin du terrorisme », a-t-il lancé avant de s’en prendre, quelques minutes plus tard, à un journaliste de l’émission « Envoyé spécial » qui lui posait une question sur des soupçons de livraisons d’armes à des groupes djihadistes par Ankara en 2014.

Une grande partie des entretiens a porté sur les crises régionales, et notamment sur la question syrienne. Emmanuel Macron a évoqué une « communauté de vues et d’intérêts stratégiques » afin de construire la paix avec la dimension « la plus inclusive possible ».

Très symboliquement, juste avant le début de la conférence de presse, a été aussi signé le contrat pour l’étude d’un système de défense aérienne et de missiles mené en commun par la société franco-italienne Eurosam et les sociétés turques Aselsan et Roketsan. C’est un pas vers une relance de la coopération militaire avec les Occidentaux après qu’Ankara a signé un contrat avec la Russie pour des missiles sol-air S 400 qui suscite l’inquiétude de ses partenaires de l’OTAN.

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vendredi 5 janvier 2018

Erdogan à Paris

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Les Femen manifestent seins nus devant l'Elysée contre la venue d'Erdogan à Paris (photos

Alors que le président turc Erdogan étit attendu à la mi-journée à Paris pour un repas avec Emmanuel Macron, les Femen se sont invitées devant l’Elysée. Elles protestaient contre la venue de l’homme des répressions à Istanbul.

La rencontre entre les deux chefs d’Etat est loin de faire l’unanimité en France. Diverses personnalités ont manifesté leur mécontentement de voir venir à Paris le président Erdogan qui a fait arrêter des milliers de personnes soupçonnées d’avoir, de près ou de loin, soutenu le putsch de 2016.

Les Femen aussi ont protesté. A leur manière ; seins nus avec des slogans à même la peau. On pouvait notamment y lire : Erdogan’s cannibal lunch. Au menu : tartare de femmes. Emincés de Kurdes. Journalistes cuits à l’étouffée.

Les jeunes femmes ont été embarquées manu militari.

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Visite à Paris d’Erdogan, de plus en plus isolé sur la scène internationale

Par Marc Semo - Le Monde

La venue du président turc, vendredi, suscite nombre d’interrogations alors que les atteintes à l’Etat de droit et aux libertés s’aggravent de jour en jour dans son pays.

Toujours plus isolé diplomatiquement, Recep Tayyip Erdogan souhaite désormais réchauffer ses relations avec les pays de l’Union européenne (UE). La visite à Paris, vendredi 5 janvier, pour une demi-journée, du président turc – la première dans une grande capitale européenne depuis le putsch manqué de juillet 2016 –, n’en suscite pas moins nombre d’interrogations alors que les atteintes à l’Etat de droit et aux libertés fondamentales s’aggravent de jour en jour en Turquie.

La question sera ouvertement abordée par le président français lors de leur rencontre. Emmanuel Macron revendique le fait « de parler à tout le monde et de dire clairement les choses », même celles qui fâchent. « Je le ferai dans le respect mais avec le souci de défendre en même temps nos valeurs et nos intérêts », expliquait-il en début de semaine avant d’évoquer, le 3 janvier, lors de ses vœux à la presse, la triste situation des médias en Turquie.

Les autorités françaises rappellent qu’Ankara devra faire « des gestes très concrets » sur les droits de l’homme si elle veut donner un nouvel élan à un processus d’adhésion à l’UE engagé en octobre 2005 et aujourd’hui au point mort. « Ce processus est gelé parce qu’il y a un certain nombre d’attentes des pays européens sur les libertés fondamentales », déclarait à Sud Radio Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre des affaires étrangères.

Des cas très concrets seront abordés lors des entretiens, dont celui du mécène Osman Kavala, figure de proue de la société civile et de l’intelligentsia istanbuliote, arrêté en novembre 2017 et accusé d’avoir financé le coup d’Etat raté de juillet 2016 et la révolte de Gezi au printemps 2013.

Erdogan, le « nouveau sultan »

Quelque 50 000 personnes sont actuellement détenues en Turquie pour leurs liens supposés avec la confrérie islamiste de Fetullah Gülen, accusée par les autorités d’avoir organisé le putsch raté ou pour complicité avec la rébellion kurde.

Au moins 140 000 fonctionnaires ont été limogés. Quant à la répression contre les ONG de droits de l’homme et la presse, elle a aussi visé des ressortissants européens, notamment allemands, et des binationaux. Les deux journalistes français arrêtés au cours des derniers mois, Mathias Depardon et Loup Bureau, ont certes été libérés. Un geste à l’égard de Paris. Mais le correspondant de Die Welt Deniz Yucel, Turco-Allemand, reste incarcéré depuis bientôt un an sans même que n’aient été rendues publiques les charges pesant contre lui.

« Nous voulons augmenter le nombre de nos amis et réduire celui de nos ennemis », déclarait récemment Recep Tayyip Erdogan. Recoller à l’UE est une nécessité pour le président turc.

Même si l’économie tourne à plein régime, avec une croissance de 7 % en 2017, une bonne partie des classes moyennes urbaines commencent à se détourner de l’AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002, et s’inquiètent des dérives autoritaires de celui que beaucoup surnomment le « nouveau sultan ». Lors du référendum d’avril 2017 visant à élargir encore les pouvoirs du chef de l’Etat, les grandes villes comme Ankara et Istanbul avaient voté pour le non.

Intérêts stratégiques communs

Les relations avec le traditionnel allié américain sont de plus en plus mauvaises. Celles avec l’OTAN sont devenues exécrables. La carte russe et l’alliance avec Vladimir Poutine qui avait permis à Ankara de revenir dans le jeu en Syrie montre toutes ses limites.

D’où ce retour vers l’Europe, et c’est avec Paris que les relations sont les moins mauvaises. Au printemps, les autorités turques n’avaient pas hésité à accuser les dirigeants allemands de « pratiques nazies » pour avoir interdit à des ministres de l’AKP de venir mener campagne outre-Rhin auprès des immigrés turcs.

Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron se sont déjà plusieurs fois rencontrés en marge de sommets internationaux. « Les discussions ont été directes et denses », souligne-t-on à Paris. Si les personnalités et les visions du monde des deux chefs d’Etat sont, à bien des égards, opposées, il y a aussi des intérêts stratégiques communs et des convergences sur nombre de dossiers régionaux, à commencer par la Syrie.

Longtemps principal soutien de la rébellion avant de se rapprocher de Moscou et de Téhéran en 2016, Recep Tayyip Erdogan n’en estime pas moins, comme la diplomatie française, que Bachar al Assad ne peut incarner à terme l’avenir de son pays.

Les deux hommes s’entretiendront aussi de la situation dans le Golfe et en Libye et de l’instabilité née de la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël. « La Turquie reste un partenaire stratégique à de nombreux égards : en matière de migrations, de lutte contre le terrorisme, de résolution de crises régionales », expliquait le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à Lisbonne, soulignant que ce dialogue « exigeant et constructif » doit être « fondé sur des engagements que la Turquie a elle-même pris en matière de droits de l’homme ».

« Dérive autocratique irréversible »

Cela ne dissipe pas les doutes sur l’opportunité de cette visite alors même que le président turc, depuis le coup d’Etat raté, n’avait été reçu que dans la Pologne des ultranationalistes conservateurs du PIS (droit et justice) et chez le voisin grec.

« La rencontre à l’Elysée représente un succès d’image pour Recep Tayyip Erdogan mais elle ne le fera en rien dévier d’une trajectoire politique toujours plus autoritaire au fur et à mesure qu’il sent son pouvoir menacé », relève Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’UE à Ankara et aujourd’hui chercheur à la fondation Carnegie à Bruxelles, soulignant qu’en revanche Emmanuel Macron n’a rien à y gagner. « Qu’il s’agisse des accords migratoires ou de la lutte contre le terrorisme, la coopération fonctionne au niveau technique sans qu’il soit besoin de lui donner un tel adoubement politique », s’inquiète l’ex-diplomate européen.

Un point de vue que partagent nombre d’intellectuels turcs. « Si la visite parisienne pouvait freiner la dérive autocratique d’Erdogan, ce serait une bonne chose mais cette dernière est irréversible », analyse Ahmet Insel, auteur notamment de La Nouvelle Turquie d’Erdogan (La découverte). Nul ne croit plus vraiment, y compris à Ankara, à une future adhésion pleine et entière à l’UE. « Les relations de la Turquie avec l’UE se situent désormais dans la logique d’une politique de bon voisinage, ce qui donne à Bruxelles comme à Paris ou Berlin toujours moins de prises sur Ankara », insiste l’universitaire. Recep Tayyip Erdogan le sait et en joue, même s’il assure « vouloir avoir de bonnes relations avec l’UE. »

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