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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mercredi 28 novembre 2018

Commission européenne : Michel Barnier, futur président ?

Par Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen

Prendre le fauteuil de Jean-Claude Juncker, dans la foulée des élections de 2019 ? Manifestement le Français, négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, en rêve.

LETTRE DE BRUXELLES

Michel Barnier, futur président de la Commission européenne ? Son ami Michel Dantin y pensait tellement fort, lundi 26 novembre, au lendemain du sommet spécial Brexit couronnant la fin des discussions du divorce avec Londres, qu’il a laissé échapper un tweet de soutien complètement transparent.

« Quelque soit le résultat de la ratification britannique ,@MichelBarnier a dans le cadre de son travail sur #Brexit fait preuve de la ténacité, de l’habileté et de la vision des grands Hommes d’Etat (et des Savoyards). L’Europe en avait bien besoin et demain en aura encore besoin », a lancé l’eurodéputé Les Républicains (LR) et maire de Chambéry.

Prendre le fauteuil de Jean-Claude Juncker, dans la foulée des élections européennes, à l’automne 2019 ? Manifestement le négociateur en chef de l’Union européenne (UE) pour le Brexit en rêve. Il a pourtant raté le rendez-vous du « Spitzenkandidat », l’élection du chef de file du Parti populaire européen (PPE), la grande famille des droites de l’UE. Elle avait lieu début novembre, à Helsinki, et a consacré la candidature de l’Allemand Manfred Weber, l’actuel patron du PPE au Parlement de Strasbourg.

Rampe de lancement

A ce moment-là, il était impossible au Français de se mettre sur les rangs : la négociation du Brexit amorçait sa dernière ligne droite. « C’est mon devoir de rester engagé avec toute mon énergie et ma détermination », a précisé M. Barnier dans une lettre à Joseph Daul, le président du PPE début novembre, justifiant son refus de se porter candidat.

« Evidemment, je resterai engagé à l’avenir et disponible pour défendre nos valeurs et renouveler ensemble le projet européen », concluait tout de même l’ex-commissaire au marché intérieur et à la politique régionale.

Désormais achevée, la négociation pourrait constituer une superbe rampe de lancement pour la fonction suprême à Bruxelles. Après dix-sept mois d’intenses discussions, M. Barnier a délivré un traité de divorce respectant au plus près les intérêts des Vingt-Sept. Et réussi à maintenir une cohésion entre les capitales sur laquelle personne n’aurait parié un euro en 2016, dans la foulée du référendum britannique.

C’est M. Juncker, qui a eu le flair de nommer le Savoyard à ce poste particulièrement exposé. A l’époque, M. Barnier était disponible : après avoir quitté la Commission fin 2014, il avait raté l’investiture de son parti, l’UMP, aux élections régionales pour la tête de liste en Auvergne-Rhône-Alpes, au profit de Laurent Wauquiez. Il s’occupait en rédigeant un Livre blanc sur la défense européenne.

Au début, les Britanniques pensaient pouvoir n’en faire qu’une bouchée : ils allaient allègrement court-circuiter ce frenchie à l’anglais basique et à l’aspect rigide, pour traiter directement avec la chancelière allemande ou le président français.

Mais son sérieux et sa loyauté ont fait merveille à ce poste. Tout comme sa connaissance des équilibres bruxellois : les « petits » pays et leur complexe d’infériorité, les grands et leur complexe de supériorité, le Conseil et la Commission toujours prêts à se quereller pour d’obscures questions de compétences, les eurodéputés très jaloux de leurs prérogatives… En expert, M. Barnier a su ménager et rassurer tout le monde.

Joker de luxe

En 2014, il avait échoué à devenir « Spitzenkandidat » : M. Juncker avait été préféré par les Allemands de la démocratie-chrétienne (CDU). Désormais, il a changé d’envergure. Il est connu dans toute l’UE, a été reçu par tous les chefs d’Etat et de gouvernement, son nom figure même dans les conclusions du Conseil européen de dimanche : la consécration.

Face à un Manfred Weber sans expérience de gouvernement, très à la droite du PPE, beaucoup considèrent désormais M. Barnier comme un joker de luxe. « Il faut voir quel sera le résultat des élections européennes, mais si aucune vraie majorité ne se dégage, il ne fait pas de doute que les dirigeants voudront imposer leur candidat au Parlement européen. Compte tenu de son image, M. Barnier a toutes ses chances », assure Michel Dantin.

« Au sein du Parlement européen, M. Barnier est la personnalité la mieux placée du PPE pour construire une majorité dont les Verts pourraient faire partie. Il n’est pas néolibéral, il a une fibre sociale et environnementale et il est de ces Français qui sont de vrais Européens », estime pour sa part le Belge Philippe Lamberts, chef de file des Verts à Strasbourg.

« Mister Brexit » a commencé à poser de discrets jalons. Un ambitieux discours à Bozar, début novembre, l’espace culturel le plus couru du tout Bruxelles intellectuel. Une intervention au congrès du PPE à Helsinki trois jours plus tard… Mais il sait que les jeux sont loin d’être faits, d’où sa prudence. Pas question de sortir du bois trop vite ou de pousser sa candidature sur une liste LR aux Européennes (ni sur une liste La République en marche).

Très « macron-compatible »

Tout dépendra du résultat des élections européennes, évidemment. Et du processus du Brexit : il reste encore du chemin avant le divorce effectif, le 29 mars 2019. Outre-Manche, la Chambre des communes doit encore valider l’accord, et cela n’a rien d’évident. Margrethe Vestager, la très médiatique commissaire à la concurrence, fait aussi figure de candidate sérieuse au rôle de « femme providentielle ».

Enfin, M. Barnier a beau être très « macron-compatible » (proche d’Alain Juppé, modéré, viscéralement proeuropéen), dans l’entourage du président français, certains continuent de trouver qu’à 67 ans, il fait très « ancien monde ».

En tout cas, c’est Emmanuel Macron qui détient les clés de la prochaine présidence de la Commission européenne, estime-t-on à Bruxelles. Le PPE veut qu’elle lui revienne. S’il parvient à se maintenir premier parti de l’UE à l’issue du scrutin de mai 2019, et si le président français refuse qu’un Allemand rafle le poste, ce ne sera pas M. Weber. Restera donc M. Barnier.

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jeudi 15 novembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin : Brexit is not Brexit

La pantalonnade du Brexit, vendu au peuple britannique par une bande de nationalistes irresponsables, arrive à une conclusion (provisoire) aussi clownesque que les pitreries dont l’un de ses avocats les plus virulents, Boris Johnson, aime à émailler ses apparitions publiques.

Pendant une campagne truffée de mensonges et de «fake news», personne ou presque n’avait remarqué que la sortie de la Grande-Bretagne hors de l’Union poserait à l’Irlande du Nord un problème inextricable. Soit on rétablissait une frontière entre les deux Irlandes (l’une restant dans l’Union, l’autre en sortant), ce qui ruinait en grande partie l’accord de paix péniblement conclu dans l’île ; soit on déplaçait la frontière en mer d’Irlande, ce qui revenait à séparer du Royaume-Uni sa province de l’Ulster, ce qui en faisait un royaume désuni. Pour surmonter l’obstacle, Theresa May et l’Union européenne ont concocté un compromis oxymorique qui consiste à faire sortir la Grande-Bretagne de l’Europe tout en l’y maintenant. «Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée», disait Musset ; la porte reste à moitié ouverte, ou à demi fermée.

Résultat : la Grande-Bretagne quitte la gouvernance européenne mais reste au moins deux ans dans l’union douanière et ne peut en sortir qu’avec l’accord de l’Union. Ainsi les normes, les règles, les interdictions édictées par Bruxelles restent en vigueur, mais Londres n’aura plus le droit de participer à leur évolution, qui sera décidée par les 27. «Take back control», disaient les «brexiters». «Lose control», propose Theresa May. Le Brexit devait renforcer la souveraineté britannique : au bout du compte, il l’amoindrit. Une issue digne de Groucho Marx. En attendant, l’économie britannique s’essouffle et les Anglais font des stocks dans la crainte d’une pénurie possible.

Depuis trois ans, la vie politique du royaume est paralysée par les négociations byzantines entre les deux parties et, surtout, entre des députés conservateurs plus divisés que jamais. Hostile au Brexit avant le vote, Theresa May a arrêté sa position en s’alignant sur la volonté des électeurs : «Brexit is Brexit», a-t-elle dit. Depuis, elle passe son temps à organiser une sortie qu’elle réprouve au fond d’elle-même, dans une action digne non de Winston Churchill, mais de Sacher-Masoch. C’est un accord «perdant-perdant», résume Donald Tusk, le président du Conseil européen. On ne saurait mieux dire.

Les «brexiters» crient à la trahison, ce qui a le mérite de la cohérence. Feront-ils tomber Theresa May ? Possible. Dans ce cas, le chemin de croix du Brexit reprendra, au plus grand détriment du peuple dont ils se réclament. Avec cette morale, qui domine toute l’affaire : la vraie trahison, c’est la démagogie chauvine.

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Brexit : l’accord du gouvernement, « un pas décisif » et un succès pour Theresa May

Par Philippe Bernard, Londres, correspondant - Le Monde

Ce texte permet de « reprendre le contrôle de notre argent, de nos lois et de nos frontières, en finit avec la libre circulation des personnes », a déclaré la première ministre britannique.

« De toute ma raison et de tout mon cœur, je pense profondément que cette décision sert au mieux les intérêts de notre Royaume-Uni tout entier. » Après plus de cinq heures de discussions « passionnées », la porte noire du 10, Downing Street s’est ouverte, mercredi 14 novembre peu après 19 heures.

Une Theresa May visiblement éreintée mais souriante, tailleur sombre des grands jours, a annoncé solennellement devant toutes les télévisions du monde que son gouvernement avait validé l’accord de rupture entre son pays et l’Union européenne (UE) conclu la veille à Bruxelles. « La décision collective du cabinet est que le gouvernement doit approuver le projet d’accord, a-t-elle déclaré. C’est un pas décisif qui va nous permettre d’avancer et de finaliser l’accord dans les jours qui viennent. »

Peu après, prenant la parole à Bruxelles, Michel Barnier, le chef des négociateurs de l’UE, a utilisé la même expression pour se féliciter en écho : « Cet accord constitue un pas décisif vers la conclusion de ces négociations. »

« Reprendre le contrôle de notre argent »

Jusqu’à l’instant précis où Theresa May a annoncé la validation de l’accord, les rumeurs les plus alarmistes avaient circulé, notamment celle de la démission de plusieurs ministres mécontents des spectaculaires concessions faites par la première ministre sous la pression des Vingt-Sept.

L’expression « décision collective » qu’elle a employée laisse supposer qu’il n’y a pas eu unanimité. « Les choix que nous avions [à faire] étaient difficiles, en particulier en ce qui concerne l’Irlande du Nord, a souligné la cheffe du gouvernement. Je pense que le projet d’accord de sortie est le meilleur possible. »

Assurant que le texte négocié à Bruxelles « met en œuvre » le résultat du référendum de juin 2016, où 51,9 % des Britanniques ont choisi de quitter l’UE, Theresa May a assuré qu’il permettait au pays de « reprendre le contrôle [le slogan des partisans du Brexit] de notre argent, de nos lois et de nos frontières, en finit avec la libre circulation des personnes, protège les emplois, la sécurité et notre unité nationale ».

Le choix est clair, a-t-elle expliqué en substance : soit cet accord conforme au vote populaire de 2016, soit un départ de l’UE sans accord – sous-entendu, une catastrophe pour l’économie –, soit « pas de Brexit du tout ». Cette dernière expression laisse entendre qu’elle intègre désormais, mais comme une menace, l’option d’un second référendum. Dans la foulée de la déclaration solennelle, le texte de l’accord, long de 585 pages, a été rendu public.

« Des jours difficiles nous attendent »

Au Royaume-Uni, la première ministre ne gouverne pas seule et l’usage constitutionnel exige l’accord du gouvernement. La validation obtenue de haute lutte par des ministres aux sensibilités très diverses sur l’Europe constitue une nette victoire pour Theresa May.

Ce premier obstacle passé, il lui reste à obtenir une majorité aux Communes. Le vote, très incertain, est prévu en décembre. « Je sais que des jours difficiles nous attendent et que l’accord sera examiné à la loupe », a-t-elle reconnu. Dès jeudi, elle s’adressera aux députés pour solliciter leur accord.

Mais dès mercredi, les opposants au texte sont passés à l’attaque. « Nous ne soutiendrons pas un texte qui coupe en deux le Royaume-Uni », a menacé Arlene Foster, leader du Parti démocratique unioniste (DUP ; conservateur), dont les dix députés constituent une force d’appoint indispensable à toute majorité pour Theresa May. Quant au député conservateur Jacob Rees-Mogg, chef de file des ultra-europhobes, il a abandonné les mots doucereux qu’il réservait jusqu’à présent à la première ministre pour une opposition frontale.

« Le meilleur deal pour la Grande-Bretagne »

Dans une lettre adressée à chaque député tory, il leur demande de repousser le texte de l’accord « qui prévoit de donner 45 milliards d’euros à l’UE avec rien ou peu de choses en retour ».

Theresa May trouvera aussi sur son chemin l’opposition travailliste, qui appellera à repousser le texte dans l’espoir de provoquer de nouvelles élections, voire un second référendum. L’accord conclu « enfreint les lignes rouges que s’était fixées le gouvernement », a déclaré le leader du Labour, Jeremy Corbyn. Le texte échoue selon lui à mettre en œuvre « un Brexit pour l’ensemble du pays ».

Mais Mme May, qui va entrer en campagne pour « vendre » l’accord avant le vote des députés, peut compter en revanche sur l’élan donné par l’approbation gouvernementale, sur la lassitude de nombreux Britanniques et surtout sur la crainte du chaos que pourrait provoquer une censure du texte par les députés.

A l’adresse des conservateurs, elle agitera aussi la peur d’une arrivée au pouvoir du très à gauche Jeremy Corbyn. Signe encourageant pour elle, les tabloïds largement pro-Brexit saluent l’accord. « Le meilleur deal pour la Grande-Bretagne », s’enthousiasmait, mercredi matin, le très europhobe Daily Express, tandis que le Daily Mail lançait : « Enfin un accord ! Donnons-lui une chance. »

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mercredi 14 novembre 2018

Angela Merkel se prononce en faveur d’une « véritable armée européenne »

armée europe

Par Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen

Pour son premier discours depuis onze ans devant le Parlement européen, la chancelière allemande a estimé que cette armée « compléterait l’OTAN », une idée évoquée par Macron.

A sa manière, un discours bref – vingt minutes, sobre et sans pathos –, Angela a fait du Merkel au Parlement européen, mardi 13 novembre, à Strasbourg. Peut-être son dernier discours « dans le plus grand hémicycle démocratique du monde », la chancelière ayant annoncé renoncer à la présidence de son parti, la CDU, en décembre, et ne pas vouloir briguer de cinquième mandat en 2021. La dirigeante en a profité pour établir ses priorités pour la fin de son « règne ».

Venant à l’aide du président français, Emmanuel Macron, brutalement critiqué par son homologue américain, Donald Trump, sur Twitter, la chancelière allemande a appelé à la constitution d’une « véritable armée européenne, une armée qui compléterait l’OTAN sans la remettre en cause ». « L’époque, où nous pouvions sans problème compter sur d’autres, est terminée », a ajouté Mme Merkel dans une allusion transparente à l’attitude de défi de M. Trump à l’égard de la construction européenne. Dans cette même logique, Angela Merkel a également réitéré sa proposition d’un « conseil de sécurité européen » doté d’une « présidence tournante » et a réclamé « une politique d’exportation commune des armements ».

Sur Twitter, l’eurodéputé Arnaud Danjean, pourtant membre des Républicains, donc de la famille PPE, largement dominée par la CDU, a émis des doutes. « C’est sympathique ces références répétées à une “armée européenne”, décidément très à la mode. Mais j’attends toujours quelques précisions : quelle chaîne de commandement ? Quel responsable politique ? Quelles règles d’engagement ? Sans doute, des détails de spécialistes sourcilleux », souligne cet expert des questions de défense.

La « tolérance », « âme de l’Europe »

La chancelière, affaiblie politiquement en Allemagne pour sa politique d’ouverture aux migrants de 2015, a aussi beaucoup insisté sur la « tolérance », qui constitue « l’âme de l’Europe » et la « solidarité européenne sans laquelle l’Europe ne peut pas être un succès ». Et réclamé qu’enfin, les Européens parviennent à « des solutions communes », eux qui n’arrivent toujours pas à s’entendre sur le partage de l’accueil des réfugiés, la réforme des règles de Dublin étant complètement bloquée par les capitales de l’Est.

SANS LES NOMMER, MME MERKEL A FUSTIGÉ LES DÉRIVES DES GOUVERNEMENTS HONGROIS ET POLONAIS PAR RAPPORT À L’ETAT DE DROIT.

Sans les nommer, Mme Merkel a aussi fustigé les dérives des gouvernements hongrois et polonais par rapport à l’Etat de droit. « Ceux qui remettent en cause la légalité dans leur pays, la liberté de la presse, remettent aussi en cause l’Etat de droit dans l’ensemble de l’Union. Cette dernière ne peut fonctionner en tant que communauté de droit que si le même droit est respecté partout. » « Le nationalisme et l’égoïsme ne doivent plus jamais avoir de prise en Europe », a conclu la chancelière retrouvant les accents du président Macron lors de son discours lors des commémorations du 11-Novembre.

Sur le front économique, la chancelière a endossé la timide ouverture de son ministre des finances social-démocrate, Olaf Schulz, à propos de la taxe GAFA (projet de taxation des géants du numérique), chère à Emmanuel Macron, estimant qu’en cas d’absence d’accord au niveau de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2020, « il faudra agir au plan européen et l’Allemagne sera prête à le faire ».

En revanche, aucun mot au sujet du budget de la zone euro réclamé par le président français. Ni aucun rappel de l’accord franco-allemand de Meseberg de juin dernier, dans lequel la chancelière s’était pourtant engagée à une feuille de route ambitieuse pour renforcer l’intégration de la zone euro.

Les élus n’ont pas épargné la chancelière

Serait-elle désormais devenue trop faible, au sein d’une coalition CDU-SPD fragilisée, pour avancer sur ces sujets de solidarité financière controversés en Allemagne ? Malgré une standing ovation, les élus n’ont pas épargné la chancelière, à qui beaucoup d’Européens reprochent un manque de vision et de volontarisme sur l’Europe, et d’avoir notamment fait passer les intérêts allemands avant ceux de l’Union durant la crise de la dette, imposant des recettes d’austérité très dures aux pays du Sud.

« Angela Merkel a toujours choisi la voie européenne, mais elle ne s’est pas pour autant battue pour l’Union. Elle a refusé une solution européenne pendant la crise grecque, ce qui a abouti à la création de la “troïka” [le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne], avec une absence de contrôle parlementaire, un vrai gouvernement de bureaucrates », fustigeait Udo Bullmann, président des sociaux-démocrates au Parlement de Strasbourg, peu avant le discours de la chancelière.

« Pourquoi le gouvernement allemand reste-t-il muet sur l’eurozone ? », a également regretté l’Allemande Ska Keller, co-cheffe de file du groupe des Verts à Strasbourg, qui a aussi déploré « le manque d’ambition de l’Allemagne sur les questions environnementales ». « Arrêtez d’appuyer sur le frein, sans cela, vous ne serez pas à la hauteur de vos discours. »

« Quand vous et vos collègues du Conseil européen [les Etats membres] allez-vous mettre fin à ce comportement scandaleux et ces attaques contre les valeurs européennes ? », a demandé Guy Verhofstadt, le leader des Libéraux à Strasbourg, déplorant que la prestigieuse Université d’Europe centrale soit bientôt contrainte de déménager de Budapest à Vienne, à cause de la politique du premier ministre hongrois, Viktor Orban.

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samedi 27 octobre 2018

Changement d’heure. La fin n’est pas pour demain

La Commission de Bruxelles aimerait que les États européens choisissent entre heure d’été et heure d’hiver et la gardent… Douze mois sur douze. Problème :

il n’est pas prévu qu’ils se coordonnent entre eux. Aucun changement n’interviendra avant 2021.

De notre correspondante à Bruxelles. Toutes les idées simples ne sont pas forcément faciles à mettre en œuvre. Celle de mettre un terme aux deux changements d’heure annuels dans toute l’Europe fait partie de celles-là. Annoncé le 31 août par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, sur la chaîne publique allemande ZDF, le projet s’est, depuis, un peu enlisé.

La Finlande et les pays baltes y sont notoirement favorables. L’heure d’été est un enfer pour ces « Européens d’Orient » où le soleil se lève, fin juin, à… 4 h du matin ! Le Premier ministre belge, Charles Michel, lui, a fait savoir qu’il consulterait les autres pays du Benelux et ses propres citoyens.

Courir le risque de devoir changer deux fois d’heure en passant de Luxembourg à Amsterdam via Bruxelles (au cas où les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique ne feraient pas les mêmes choix) compliquerait la vie de millions de personnes. La France n’a pas de position.

« Je lis cela… comme une demande allemande »

Présenté comme une marque de l’attention portée par Bruxelles aux soucis des citoyens, ce projet est en réalité un gage donné à l’Allemagne où le sujet est très populaire et dont sont ressortissants la moitié des six millions de personnes qui se sont massivement prononcées en faveur d’une suppression du changement d’heure, l’été dernier. « Je lis cela… comme une demande allemande qui trouve sa réponse à la Commission. C’est un thème dans la campagne pour les élections de mi-octobre en Bavière », disait, l’été dernier, une source européenne. Les élections en Bavière sont passées… et les doutes persistent.

« Nous sommes satisfaits du statu quo. Et tant qu’à changer quelque chose, nous préférerions une harmonisation complète et un passage à l’heure d’été pour tous les pays », explique Thomas Biering, de l’association Airlines4Europe.

Le calendrier proposé par la Commission, qui prévoit que les pays disent, au printemps prochain, pour quelle « heure » (hiver ou été) ils optent, et qu’en octobre 2019, chacun adopte le « régime » qu’il a choisi, ne sera pas accepté, indiquent différentes sources. Il faudra 18 mois de plus, si accord il y a.

Dans le cas contraire, cela sera un coup porté à la prétention de la Commission à satisfaire « les gens ». Mais cela éviterait que déferlent sur les médias sociaux, en pleine campagne pour les élections du Parlement européen, en 2019, des messages assassins sur le mode : « La France repasse à l’heure allemande ». Comme en 1941, quand les chemins de fer avaient demandé et obtenu que le créneau horaire de la zone libre soit aligné sur celui du Nord, occupé par les troupes de la Wehrmacht.

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lundi 10 septembre 2018

Brexit

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samedi 4 août 2018

A Brégançon, May tente d’amadouer Macron, perçu comme hostile à son plan Brexit

La dirigeante britannique, reçue vendredi par le président, a un besoin urgent du soutien des Européens pour assurer la survie de son plan de divorce, attaqué de toutes parts.

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Le dessin est cruel. A mains nues, chaussées de ses fameux escarpins, Theresa May tente d’escalader une tour du fort de Brégançon, la résidence présidentielle du Var. « Pourquoi ne me permettez-vous pas de prendre l’escalier ? », supplie la première ministre britannique. Au sommet, près d’un drapeau tricolore, Emmanuel Macron la nargue : « Je ne peux pas vous faire des concessions unilatérales ! » Même pour la presse conservatrice comme dans cette caricature du Times, il n’y a aucun doute : Mme May a sollicité le rendez-vous de Brégançon et y est arrivée en position de demandeuse. Elle a écourté ses vacances dans les lacs italiens pour plaider la cause de son nouveau plan Brexit – dont dépend son avenir politique – au cours d’un entretien avec le président français, vendredi 3 août, avant un dîner avec leurs conjoints respectifs.

« Aidez-nous, sinon le Brexit sera une tragédie », avait déjà plaidé, mardi 31 juillet à Paris le nouveau chef du Foreign Office Jeremy Hunt. En dix jours une bonne partie du gouvernement britannique a défilé à Paris.

Ministre du commerce, des finances, du Brexit et des affaires étrangères ont tous développé la même rhétorique du « no deal » (absence d’accord) : si vous ne soutenez pas le compromis raisonnable de Mme May, les négociations de Bruxelles risquent d’échouer avec des conséquences catastrophiques pour vous comme pour nous : rétablissement des contrôles douaniers, commerce paralysé, emplois menacés par centaines de milliers. « L’échec des négociations sur le Brexit n’est dans l’intérêt de personne », a résumé David Lidington, numéro deux du gouvernement May lui aussi de passage à Paris, dans un entretien au Monde.

Un exercice qui relève de l’acrobatie

Si Downing Street a orchestré un tel ballet parisien et si Mme May fait le détour de Brégançon, c’est qu’Emmanuel Macron est considéré par le gouvernement britannique comme la principale pierre dans son jardin. A tort ou à raison, les Britanniques considèrent Angela Merkel comme plus ouverte. Derrière l’attitude du président français, Londres croit discerner la volonté farouche d’attirer à Paris des emplois de la City. « Les Français ne cessent de doucher les demandes britanniques, se plaint un responsable politique dans le Guardian. Aucun pays ne se montre aussi désobligeant. »

Après deux ans de tergiversations, la première ministre britannique a fait des concessions. Son « livre blanc » propose un quasi-maintien dans le marché unique pour les biens – ce qui éviterait le retour d’une frontière en Irlande –, tandis que les services financiers comme ceux de la City, essentiels pour les Britanniques, n’accéderaient plus automatiquement au continent.

Officiellement, le plan a été reçu fraîchement par Michel Barnier qui refuse l’idée de scinder le marché unique, ce qui l’affaiblirait. « La France souhaite un partenariat privilégié tant sur le plan économique qu’en matière de sécurité. Ce futur partenariat devra respecter l’intégrité du marché unique et les conditions d’une concurrence loyale », a rappelé Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, après avoir reçu M. Hunt, exprimant une hantise française : un dumping fiscal et social britannique post-Brexit.

Pour Mme May, l’exercice relève de l’acrobatie. Elle et ses ministres agitent la menace d’un « no deal » en réalité peu probable. Ce faisant, ils transforment les « opportunités » du Brexit vantées par les tories en catastrophe, évoquant de possibles pénuries de nourriture et de médicaments en cas de blocage de la frontière. Le géant pharmaceutique français Sanofi a annoncé jeudi qu’il renforçait ses stocks au Royaume-Uni. En écho, Marks & Spencer a averti que les Français risquent d’être privés de ses sandwiches qui traversent la Manche quotidiennement.

Besoin urgent du soutien des Européens

Londres se plaint en outre de l’intransigeance de Michel Barnier, le Français qui conduit la négociation sur le Brexit au nom des Vingt-Sept, ce qui n’est pas forcément habile. « Ceux qui chercheraient une feuille de cigarette entre le mandat des vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement et ce que je fais, perdent leur temps », a prévenu l’intéressé visiblement agacé par les tentatives de Londres de « diviser pour régner ». Theresa May a rendu visite, vendredi 27 juillet, au chancelier autrichien Sebastian Kurz considéré comme un allié dans ces manœuvres.

En réalité, les Vingt-Sept n’ont nullement fermé la porte. M. Barnier, dans un entretien publié jeudi 2 août dans vingt journaux européens, Michel Barnier s’est dit prêt à « améliorer » le plan de Mme May afin d’aboutir à l’établissement avec le Royaume-Uni de nouvelles relations « sans précédent par leur portée et leur contenu ». Une expression qui semble faire droit à la revendication britannique d’un accord « sur mesure ».

Theresa May a un besoin urgent du soutien des Européens pour assurer la survie de son plan attaqué de toutes parts, alors que l’accord scellant le Brexit doit être approuvé impérativement avant la fin 2018. Le prochain moment clé est programmé le 20 septembre à Salzbourg, lors d’un sommet européen spécial. Mme May devrait mettre en avant les enjeux sécuritaires, où les Britanniques disposent de leurs meilleurs atouts (renseignement, coopération policière et militaire).

Un minimum d’ouverture des Européens lui sera nécessaire pour aborder l’étape suivante de son calvaire : le congrès des Tories du début octobre où elle affrontera les europhobes de son parti qui l’accusent de « trahir » le Brexit. Au regard de la guerre de tranchées qui s’annonce à ce congrès de Birmingham, l’escapade de Brégançon aura été probablement une aimable parenthèse.

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vendredi 20 juillet 2018

Brexit : l’Union européenne se prépare au scénario du pire

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Par Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen - Le Monde

La Commission a publié jeudi son plan au cas où le Royaume-Uni quitterait l’UE sans un accord. Les deux parties ont jusqu’en mars 2019.

Preuve que l’heure est grave : jeudi 19 juillet, la Commission européenne a rendu public un document à l’attention des vingt-sept Etats membres destiné à leur expliquer la marche à suivre en cas d’absence d’accord sur les conditions du divorce avec Londres, censé être acté au plus tard le 29 mars 2019.

Il ne reste plus que huit mois pour boucler un traité de divorce, mais, étant donné le chaos politique à Londres, où la première ministre, Theresa May, a eu le plus grand mal à imposer à son propre camp conservateur sa dernière vision du Brexit, la crainte d’un no deal (« aucun accord ») est montée en flèche à Bruxelles ces derniers jours. « Les préparations [pour un no deal] doivent être lancées immédiatement, à tous les niveaux, et prendre en compte tous les scenarii », explique la Commission dans son document.

« Nous travaillons jour et nuit à un accord, mais les opérateurs économiques et les Etats membres doivent être prêts à toutes les éventualités », a précisé Mina Andreeva, porte-parole de la Commission, jeudi. Ce n’est pas l’institution qui est à l’initiative du document mais les vingt-sept capitales : elles lui ont expressément demandé d’y travailler lors du dernier Conseil européen, le 29 juin.

Conséquences multiples et redoutables

Cependant, insister sur ce document le jour où le chef négociateur des Européens, Michel Barnier, rencontre son nouvel équivalent britannique, Dominic Raab, semble quand même le moyen pour l’institution communautaire de faire prendre conscience au gouvernement britannique que le scénario catastrophe risque de se matérialiser s’il n’adopte pas enfin une ligne claire sur sa vision du divorce.

En l’absence d’accord de divorce, explique la Commission dans sa communication, la période de transition réclamée par Londres pour parachever sa « relation future » avec l’Union européenne (UE), censée démarrer le jour J du Brexit, le 30 mars 2019, et s’achever le 31 décembre 2020, sera caduque. Au 30 mars 2019, le Royaume-Uni sera considéré comme un Etat tiers de l’UE.

Les conséquences sont multiples, et redoutables. Les expatriés européens et britanniques ? Aucun arrangement particulier ne tiendra pour eux au lendemain du Brexit : les Européens installés au Royaume-Uni ne se verront plus garantir leur droit de séjour, idem pour les Britanniques installés dans les Etats membres.

Ces derniers devront par ailleurs avoir « réintroduit leurs contrôles aux frontières pour tous les flux de biens et de personnes venant ou allant au Royaume-Uni [contrôles douaniers mais aussi phytosanitaires, et sanitaires] », précise le document bruxellois. Les opérateurs économiques devront aussi prendre en compte que ces contrôles « impacteront sévèrement les transports », « entraîneront des délais conséquents » et « des difficultés dans les ports ».

Sensibiliser les TPE et les PME

Si les grandes entreprises sont déjà en train de prendre leurs dispositions, notamment dans le secteur financier, la Commission entend surtout sensibiliser les PME-TPE. « Nombre d’entre elles n’ont aucune expérience du commerce avec des pays tiers, car elles ne commercent qu’à l’intérieur du marché unique. » Or ces entités vont devoir, une fois le Royaume-Uni parti, « s’acquitter de procédures [déclarations aux douanes], auxquelles elles ne sont pas du tout habituées mais qui sont obligatoires dans le cas des pays tiers ».

Si la Commission mobilise déjà des dizaines d’experts en interne pour le  no deal, l’essentiel du travail de préparation reste à la charge des Etats. A eux, entre autres, de se tenir prêts à déconnecter le Royaume-Uni de leurs multiples bases de données informatiques, le jour J du Brexit… Certains ont déjà pris les devants. L’Irlande en particulier, probablement l’Etat le plus touché par le futur Brexit avec près de la moitié de sa production agricole destinée au Royaume-Uni. Dublin a lancé un site Web (prepareforbrexit.com) pour les PME-TPE, leur permettant d’évaluer l’impact du Brexit sur leur activité. Un système de prêts jusqu’à 5 000 euros a également été mis en place pour les aider à se préparer.

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jeudi 19 juillet 2018

L’impasse du Brexit fait monter l’hypothèse catastrophe d’un divorce sans accord

brexit

Par Philippe Bernard, Londres, correspondant, Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen- Le Monde

Au Royaume-Uni, où le dossier du divorce avec l’UE est devenu synonyme de crise politique, aucune des issues possibles n’est soutenue par une majorité parlementaire.

Sauvée ! Une fois encore, la générale en chef du Brexit, Theresa May, a échappé à l’embuscade. Mardi 17 juillet, dans une atmosphère électrique aux Communes, il a fallu que quatre députés eurosceptiques de l’opposition travailliste votent avec le gouvernement pour sauver, à un cheveu près, la première ministre britannique, qui ne possède qu’une minuscule majorité parlementaire à Westminster. Douze députés conservateurs anti-Brexit lui ont fait défection, votant avec le Labour un amendement favorable au maintien dans l’union douanière européenne.

Après une journée de chaos, ce texte pro-européen visant à obliger Theresa May à renoncer à sa principale ligne rouge – la sortie du marché unique et de l’union douanière – a été rejeté de justesse par 301 voix contre 307.

La première ministre ne contrôle plus son propre parti – en cours d’implosion – et le Brexit est devenu synonyme de crise politique et d’impasse. Aucune des issues possibles au divorce avec l’Union européenne (UE) n’est soutenue par une majorité parlementaire. S’il en fallait la preuve, les derniers jours l’ont administrée.

Plus conciliant à l’égard de l’UE, le « livre blanc » de Theresa May sur l’avenir des relations avec le continent après le Brexit a déclenché un tollé aux tories. La visite de Donald Trump, qui a soufflé sur les braises, a donné des ailes aux pro-Brexit les plus durs. Lundi, ils sont passés à l’offensive à l’occasion de l’examen d’un projet de loi sur le commerce après le divorce. A la consternation des modérés, la première ministre leur a cédé, non pas sur un détail, mais sur un point central de son « livre blanc » : elle a accepté un amendement interdisant au Royaume-Uni de percevoir des taxes à la frontière pour le compte de l’UE, une mesure qu’elle veut emblématique de sa main tendue aux Vingt-Sept.

Radicalisation du débat

Ainsi, ni le « livre blanc » ni l’option nettement pro-européenne ni l’issue extrême d’une rupture avec l’UE sans le moindre accord (« no deal ») n’ont à ce stade les faveurs conjointes de la majorité parlementaire et du parti conservateur.

Partisans de ce dernier scénario, les extrémistes pro-Brexit n’ont pas, pour l’heure, les moyens politiques de leurs ambitions. Ils pourraient déclencher un vote de défiance (48 voix suffisent), mais ils ne le font pas, sachant qu’ils n’auront pas les 159 voix nécessaires pour faire tomber Theresa May.

Mais la radicalisation du débat est telle que le crash des négociations avec Bruxelles n’est plus une hypothèse d’école. « Beaucoup de tories eurosceptiques estiment que le choix est entre le plan de Theresa May et la sortie de l’UE sans deal », résume James Forsyth, chroniqueur à l’hebdomadaire conservateur The Spectator.

Furieux de voir la première ministre défendre le maintien dans le marché unique européen pour les marchandises, les partisans du « no deal » sortent peu à peu du bois. Le Brexit ultralibéral dont ils ont toujours rêvé consiste à transformer le Royaume-Uni en pays pratiquant le dumping fiscal, social et environnemental aux portes du continent. Pas question pour eux de rester dans une union douanière qui barre l’accès à leur nirvana : des accords de libre-échange purement « british » avec les Etats-Unis, l’Inde et la Chine.

« Lignes rouges » européennes

Mais ce « Singapour sur la Manche » heurte de plein fouet le vote populaire pro-Brexit qui recherche au contraire un Etat plus protecteur, voire protectionniste. Et les conséquences économiques immédiates – chaînes d’approvisionnement coupées, files de camion à la frontière – en seraient catastrophiques.

L’ex-patron du Foreign office, Boris Johnson, et l’actuel ministre de l’environnement, Michael Gove, attendent pourtant leur heure, misant sur une chute de Theresa May, voire de nouvelles élections pour promouvoir cette nouvelle révolution thatchérienne.

Ce scénario catastrophe, l’UE veut absolument éviter. Répondant à une question sur l’amende infligée aux responsables de la campagne pro-Brexit pour avoir enfreint le code électoral lors du référendum de 2016, Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne, a botté en touche : « La situation est assez compliquée pour que j’ajoute ici des commentaires. » A Bruxelles, personne n’ose encore dire officiellement son fait à Theresa May, de peur de l’affaiblir encore davantage et d’aggraver le chaos politique à Londres.

Le « livre blanc » de la première ministre ne respecte pas davantage les « lignes rouges » des Européens que ses précédentes propositions. Il réclame la poursuite de l’accès au marché intérieur européen sans en respecter les quatre libertés de circulation, puisque Londres veut se ménager la possibilité de contrôler sa migration.

L’échéance du Brexit se rapproche dangereusement

Les Britanniques souhaitent aussi maintenir leur participation dans des agences européennes (sécurité aérienne, sécurité des aliments), ce qui est incompatible avec l’autonomie de décision des Européens. Londres propose encore un système de double contrôle douanier, considéré comme une usine à gaz en puissance.

Pour autant, la Commission de Bruxelles et les Etats membres ne devraient pas repousser sèchement la proposition, sachant le capital politique qu’elle a déjà coûté à Theresa May. « Ce livre blanc ne doit pas être considéré comme une base de négociation, il est plutôt destiné à un usage de politique intérieure. Si on le décortique trop, on va casser la dynamique de discussion », relève un diplomate européen.

Si l’intérêt des Européens prime, ils ne souhaitent pas la chute de la première ministre britannique. Qui signifierait la perte de précieux mois de négociations, alors que l’échéance du Brexit se rapproche dangereusement : c’est pour dans huit mois. « Theresa May a fait preuve jusqu’à présent d’une vraie résilience », souligne un diplomate bruxellois. Les négociateurs, réunis à Bruxelles depuis le 16 juillet, se concentrent sur les aspects techniques de l’accord de divorce, les moins contentieux.

Preuve cependant que la crainte d’un « no deal » monte sérieusement à Bruxelles : la Commission a rédigé un document détaillant la marche à suivre en l’absence d’accord le 30 mars 2019, jour du Brexit officiel. Selon la chaîne irlandaise RTE, le texte souligne qu’au jour du divorce, les Etats membres devront considérer le Royaume-Uni comme un pays tiers et réintroduire les contrôles aux frontières, pour les biens et les personnes.

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jeudi 12 juillet 2018

L'ÉDITO de Henri Vernet - Le Parisien - Trump Imperator

Quels que soient les pays visités, quel que soit l’ordre du jour, Donald Trump débarque avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ainsi du sommet de l’Otan, qui s’est achevé ce jeudi à Bruxelles et réunissait la puissante Amérique et ses alliés canadien et européens. Trump Imperator commence par une bonne engueulade : « De nombreux pays ne paient pas ce qu’ils devraient et, franchement, de nombreux pays nous doivent un énorme paquet d’argent depuis des années ». Il aurait pu dire un « pognon de dingue »… En clair, l’Oncle Sam en a assez d’assurer à grands frais la défense d’une Europe qui ne prendrait pas assez sa part. C’est oublier qu’après le 11 septembre 2001, les alliés européens activèrent sans barguigner l’article 5 du Traité prévoyant la solidarité des membres de l’Alliance en cas d’attaque contre l’un d’entre eux. Deuxième charge trumpienne : « Nous protégeons l’Allemagne, nous protégeons la France… » Non, Mister President. La France est certes une alliée fidèle des Etats-Unis, mais depuis de Gaulle et la politique de dissuasion nucléaire, maintenue par tous les successeurs du général à l’Elysée, elle ne s’en remet qu’à elle-même pour ce qui concerne sa sécurité ultime. De plus, elle n’a pas attendu les foudres donaldesques pour hausser son effort de défense, Emmanuel Macron s’étant engagé, dès l’an dernier, à le porter à 2 % du PIB. Mais qu’importent les faits, l’essentiel pour Trump, déjà passé à un autre sujet, est de faire le buzz planétaire.

trump otan

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