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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 26 février 2017

Ren Hang (photographe chinois)

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samedi 25 février 2017

LE JEUNE ARTISTE CHINOIS REN HANG S’EST SUICIDÉ

Source : LIBERATION

Il y a encore quelques semaines, ces pages accueillaient l’excellente nouvelle de la sortie d’une monographie de Ren Hang. Aujourd’hui, nous lui rendons un hommage posthume : le jeune prodige de la photographie chinoise s’est suicidé vendredi à Pékin, en sautant par la fenêtre, l’après-midi. Son compagnon était présent. «Il avait tellement de douleur qu’il n’arrivait pas à se contrôler. Il souffrait de dépression, il vivait à un rythme bousculé, voyageait beaucoup», avance sa galeriste, Lingyun Wang, de la On-Gallery (Pékin), à Paris à ce moment-là. Sur le site du photographe, on trouve un onglet «My Depression» et, en 2013, l’artiste avait publié un ouvrage de photos et de poèmes sous ce même intitulé. Ren Hang, né en 1987 à Changchun dans la province de Jilin, vivait à Pékin. Depuis quelques années, ses photographies étaient apparues comme des météorites, brûlant les pages des magazines et les blogs, explosant les frontières de la Chine, se disséminant dans le monde avec fougue, enflammant tout sur leur passage par leur érotisme élégant, séduisant et cru. Elles étaient reconnaissables entre mille. Ren Hang a inventé un style, celui de la jeunesse chinoise nouvelle, libre et insoumise. Prolifique, il a imposé une écriture, insolente, celle des corps espiègles, à poils, affranchis du joug de la domination morale et politique. Par leur volupté pure, ses images respirent la soif de vivre, la joie de toucher des corps amis, le plaisir de s’empiler les uns sur les autres, de tendre son postérieur à l’objectif sur un toit en pleine nuit, de se cacher sous l’herbe fraîche, de jouer avec des tulipes et des roses rouges, de croquer dans une pastèque saumon à pleines dents dans un bain.

Rencontré à Paris en 2014, pour sa première exposition à la Nue Galerie à Pantin, il nous confiait, timide : «Quand on est nu, tout est plus naturel.» Cela se voyait dans ses images. Il montrait une nudité naïve et sophistiquée sublimant les cheveux noirs et la carnation asiatique par de délicates touches vermillon (vernis à ongles, fleurs, rouge à lèvres). Il photographiait ses amis chez lui, dans son petit appartement, ou dans la forêt, le plus naturellement du monde. Souvent, ses mises en scène frôlaient le soft porn, avec des fellations multiples entre garçons, des pénis en érection rehaussés de citron vert, des baisers entre filles, des gros plans urophiles humoristiques. Avec ces images taboues, il jouait avec le feu, attirant sur lui la censure chinoise. Souvent, il a dû décrocher des photos avant l’ouverture d’une exposition et s’est fait embarquer par la police lors d’une prise de vue en extérieur. En Chine, on ne montrait pas son travail comme dans le reste du monde. Tout récemment encore, il n’a pu rapporter dans son pays la monographie de Taschen, bloquée à la douane.

Jusqu’au-boutiste, Ren Hang «avait toujours envie de se dépasser, d’aller plus loin, de s’en foutre de tout. Il cherchait la liberté absolue», témoigne sa galeriste. Magazines, maisons d’édition, agents, galeries, musées s’arrachaient son travail. Parallèlement à la photographie, il écrivait des poèmes très drôles, des haïkus crus traversés par la mort et le sexe (lire ci-dessous). En ce début 2017, il expose au Foam d’Amsterdam, à Pékin, à Stockholm. Cette année avait si bien commencé pour lui qu’on avait failli écrire fin janvier que l’année du Coq de feu était celle du coq en pâte. C’était oublier le soleil noir qui le brûlait. Les images qu’il n’a pas faites et qu’on attendait avec impatience laissent déjà un grand vide.

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mercredi 22 février 2017

Les portraits de Warhol, quête de l'image immortelle

Il y a 30 ans mourait Andy Warhol. Figure majeure du pop art, il est surtout connu pour ses portraits en série : Liz Taylor, Marylin Monroe, Mao Zedong... Un travail qui témoigne d'une volonté d'abolir la mort en transformant les simples mortels en icônes.

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Qui ne visualise pas mentalement une Marylin Monroe polychrome en entendant le nom d'Andy Warhol ? Il y a 30 ans, le 22 février 1987, le dieu du pop art s'éteignait dans son sommeil suite à une attaque cardiaque. Il reste notamment célèbre pour ses œuvres sérigraphiées, qu'il s'agisse de boîtes de soupe Campbell, ou de portraits de célébrités... 

Warhol était fasciné par le visage. Or, la philosophe Marie-José Mondzain disait discerner de deux sortes d'images, dans les portraits réalisés par Warhol : les "idoles", et les "icônes". Affirmant que l'artiste jouait avec ce double pôle : "Il a utilisé les idoles du peuple américain et il en a fait des icônes. Et lui qui a désiré être la machine idolâtrée du milieu culturel artistique américain s’est vécu lui-même comme une idole. Il a produit aussi son icône." Et la philosophe de préciser sa pensée en soulignant la nette distinction, voire la confrontation existant pourtant entre les réalités que désigne initialement chacun de ces termes. Du simple fait que l'idole est mortelle, contrairement à l'icône :

[Andy Warhol] sait bien ce qu’est une icône, c'est-à-dire un visage qui est doué d’immortalité, d’indestructibilité, et dans lequel s’inscrit matériellement un espoir de résurrection (…) et l’icône lorsqu’elle s’est constituée comme telle dans la tradition théologique orthodoxe, s’est construite contre l’idole." Marie-José Mondzain

Dans cette même archive, le philosophe Georges Collins soulignait également la dimension existentielle, quasi spirituelle des sérigraphies de Warhol, rappelant que l'artiste avait commencé ses séries de portraits après le suicide de Marilyn Monroe, en août 1962 : "Ce tableau incarnerait un interminable travail de deuil, on pourrait presque dire de commémoration funéraire."

"Que faire de la mort d’une célébrité ? Que faire de ce savoir curieusement intime que nous possédons, touchant un personnage que nous ne connaissons pas. (…) Que faire d’un événement qui est à la fois public, et étrangement intime ?" Georges Collins

Fabriquer des images non faites de main d'homme

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A la National Portrait Gallery, à Londres, en 2007, un visiteur devant les "Marilyn Monroe" (1967) d'Andy Warhol• Crédits : Peter Macdiarmid - Getty

Dimension spirituelle dans le portrait, devenu icône, donc, mais pourquoi répéter l'image ? "J’aime simplement refaire toujours la même chose. Quand quelqu’un vient d’être élu président ou maire, on colle son image sur tous les murs. Je crois toujours que c’est mon œuvre. C’est un moyen de s’exprimer. Toutes mes images sont pareilles, mais différentes à chaque fois. Elles changent avec la teinte des couleurs, le moment, l’état d’esprit. La vie n’est-elle pas une série d’images qui changent en se répétant ?", expliquait Andy Warhol. Pourtant, Marie-José Mondzain ne voit pas que l'amour de la répétition dans les sérigraphies warholiennes. Elle y voit également le désir de l'artiste de devenir machine : "L’un des modèles machiniques les plus fascinants pour lui c’est l’appareil photographique et la caméra, c'est-à-dire des machines qui travaillent avec l’impression, avec l’ombre, avec le négatif, en tous les cas en ce qui concerne l’appareil photographique, et avec la tradition du Saint Suaire, c'est-à-dire le voile, la sérigraphie." Machine permettant de s'affranchir de la mortalité de l'homme, en imprimant des images non faites de sa main... :

"C'est comme si Warhol était à la fois quelqu’un qui pose sa griffe, très artiste au sens traditionnel du terme, et qu’en même temps, à travers la machine (…) il essayait de fabriquer ce que la tradition appelait les images acheiropoïètes, des images non faites de main d’homme. La machine servant le double objectif d’être productive, indolore, immortalisante, et d’un autre côté d’avoir une référence orthodoxe qui est l’image non faite de main d’homme." Marie-José Mondzain

Détruire l'idole

Andy Warhol, par deux fois, a été confronté à un geste de destruction d’idole.

Le premier, en 1964, visait ses portraits de Marylin Monroe, sa première sérigraphie sur toile réalisée à l'acrylique en 1962. Un jour, l'artiste performer Dorothy Podber se rend à la Factory, atelier artistique de Warhol, dans lequel il était en train de tourner un film, Shooting a picture. Alors que Warhol est occupé par son tournage, elle lui demande si elle peut elle aussi tirer sur des œuvres. L'artiste lui ayant répondu qu'il n'y voyait pas d'objection, Podber tire de son sac un petit pistolet allemand et vise une pile de portraits de l'actrice. Quatre "Marilyn" furent touchées en plein front par l'impact. Warhol les vendit plus tard sous le titre de "Shot Marilyn".

"En continuant à promouvoir les portraits de Marylin avec les impacts de balles, il a maintenu l’axe iconique de sa production en montrant que ça n’a en rien détruit ce qui était une œuvre d’art." Marie-José Mondzain

Le second geste de destruction d'idole visait cette fois sa propre personne : en juin 1968, Valérie Solanas, une militante féministe, lui avait envoyé le manuscrit d'une pièce de théâtre. Frustrée par l'indifférence de l'artiste, elle vide sur lui tout un chargeur dans le hall de la Factory (l'atelier artistique de Warhol). Il est déclaré cliniquement mort pendant un temps... et les séquelles de cette tentative d'assassinat l'obligent à porter un corset durant le restant de ses jours. Un épisode qui a un impact sur son corps, et son propre travail... qui correspond, d'après la philosophe, au moment où Warhol s'est confondu avec son image : "Il a été touché dans son image. C'est toujours très inquiétant pour une idole d'apprendre qu'elle n'est plus qu'une image, c'est à dire qu'elle devient la cible d'une destruction sacrificielle." Pour tenter de pallier cette peur, Warhol se fait photographier, peindre... son torse dénudé, couturé de cicatrices : "Il réhabilite, il reconstruit. Il se sépare de son image, il cherche un axe existentiel. Mais je pense qu’il n’y est jamais véritablement arrivé." Il réalise également des autoportraits avec ombre "comme la mise en scène de son propre Saint Suaire, comme pour ressusciter." Texte de Hélène Combis-Schlumberger

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mercredi 15 février 2017

Le drapeau tricolore...

Le 15 février 1794, la Convention adoptait le drapeau tricolore comme emblème national de la République française. #france #culture #mcc

Une publication partagée par Ministère Culture Com (@ministerecc) le 14 Févr. 2017 à 22h37 PST

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lundi 6 février 2017

Leurs (MES) années chez les jésuites - Pour moi Collège St François Xavier de Vannes (1963-1972)

Elles sont nombreuses, les personnalités de l’échiquier politique, du monde des affaires et de la sphère artistique à avoir suivi l’enseignement de la Compagnie de Jésus, mise à l’honneur par le nouveau film de Martin Scorsese. Nous leur avons demandé ce qu’elles en ont retiré. Où l’on découvre que le procès en élitisme souvent fait aux jésuites ne tient pas.

Quel est le point commun entre François Fillon et Noël Mamère ? Entre Loïck Peyron et Emmanuel Macron ? Carlos Ghosn et Léa Salamé ? Tidjane Thiam et Louis Gallois ? Stromae et François-Henri Pinault ? Laurent Delahousse et Sophie de Closets ? A priori, peu de chose, si ce n'est la forte probabilité qu'ils ressentent une émotion particulière devant Silence, le beau dernier film de Martin Scorsese. Ce long-métrage, qui sort mercredi prochain, raconte l'histoire de deux jésuites du xviie siècle, partis à la recherche d'un des leurs au Japon - suspense garanti jusqu'à la dernière seconde. Or, toutes les personnalités susmentionnées ont passé quelques années, dans leur jeunesse, dans des établissements dirigés par ces religieux et éducateurs. Des centaines d'élus, de patrons, de scientifiques, d'artistes ont suivi une partie de leur scolarité dans les collèges et lycées jésuites. Ou encore à Ginette (Sainte-Geneviève, à Versailles), une des meilleures prépas aux grandes écoles du pays.

Ah, les jésuites ! Un ordre qui nourrit un grand nombre d'idées reçues. En 2013, l'accession pour la première fois en deux millénaires de l'un des leurs au fauteuil pontifical, a de nouveau braqué les feux sur eux. Si on les sait intelligents, spirituels dans tous les sens du terme, on leur reproche parfois d'être louvoyants (la fameuse « réponse de jésuite »), comme en témoigne une vieille plaisanterie. Un quidam répond à un jésuite perdu dans Rome qui lui demande le chemin du Vatican : « Vous ne trouverez pas, c'est tout droit ! » Surtout, on souligne aussi souvent leur intrigante, voire inquiétante poximité avec les puissants. Alors maintenant qu'ils sont représentés au sommet de l'Église catholique... Les déclarations de François, pape qui défend les plus pauvres, voit en l'argent le « fumier du Diable » et vilipende régulièrement les excès du capitalisme dans les termes les plus durs, ne suffisent pas à démentir les clichés. Pour nous faire une idée de qui il sont vraiment, nous avons interrogé ceux qui les ont côtoyés dans les cruciales années de formation. Le verdict est quasi unanime : nos interviewés en gardent un souvenir très positif. « Une période qui m'inspire encore aujourd'hui et inspire les valeurs de notre entreprise », dit Michel de Rovira, codirigeant de Michel et Augustin, qui a rencontré son associé, Augustin Paluel-Marmont, sur les bancs de Saint-Louis-de-Gonzague, à Paris, établissement plus connu sous le nom de Franklin. La devise pédagogique des jésuites « Former des hommes pour les autres » irrigue, assure-t-il, ses relations avec ses équipes.

UN « GRAND ORDRE INTELLECTUEL »

« Des années incroyables », abonde Noël Mamère, que l'on imaginait spontanément plutôt critique. Le député vert a étudié au lycée Saint-Joseph de Sarlat, en Dordogne, et évoque avec gourmandise « une certaine autogestion dans la façon de fonctionner et de surveiller ». Lui, le seul non pratiquant catholique de sa famille (dixit), salue la largeur d'esprit d'enseignants « forcément très ouverts après leurs quinze années d'études ». Il y a côtoyé toute la tribu des Ceyrac, qui a donné un patron des patrons (François, patron du CNPF - l'ancêtre du Medef - de 1972 à 1981) et un charismatique missionnaire jésuite en Asie (Pierre). « Une période extrêmement positive », pour Tidjane Thiam, le patron du Crédit Suisse, qui a préparé Polytechnique à Ginette. « Vraiment de très bons souvenirs », selon Laurent Delahousse, le présentateur du week-end sur France 2, qui était en section sport études à La Providence, à Amiens. Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, dit avoir « grandi, dans tous les sens du mot, y compris pour l'esprit critique » grâce à ses années à Daniélou, un lycée des Hauts-de-Seine. Xavier Fontanet, l'ancien patron d'Essilor, peut parler une demi-heure sans pause des dix-sept années qui l'ont « forgé ». « Un bon souvenir », appuie Carlos Ghosn, patron du groupe Renault-Nissan, qui a effectué douze ans de sa scolarité au collège Notre-Dame de Jamhour, à Beyrouth. L'essayiste Pascal Bruckner, ancien élève de Saint-Joseph à Lyon, lit toujours la revue Études, et admire un « grand ordre intellectuel ».

Même ceux qui sont plus réservés l'admettent seulement du bout des lèvres. « La formation que j'ai reçue m'a totalement structurée, glisse Léa Salamé, journaliste à France 2 et France Inter. Même si on a essayé de m'enfermer dans un moule qui ne m'allait pas. » C'est le navigateur Loïck Peyron qui se montre le plus sévère : « Les années que j'ai passées au collège de Vannes m'ont éloigné de toute croyance. Et j'ai été viré pour avoir fait le mur ! » Malgré tout, il y a néanmoins scolarisé deux de ses quatre enfants ! Comme quoi la formation doit y avoir de bons côtés...

Parmi les anciens élèves que nous avons sollicités, seuls deux n'ont pas souhaité nous répondre. François Fillon, peu désireux sans doute d'en rajouter, après son « Je suis gaulliste et chrétien » lancé à la télévision pour défendre ses intentions quant à la Sécurité sociale. Et Emmanuel Macron, qui a d'abord accepté de témoigner avant de se raviser. Peur de parasiter sa campagne à un moment critique ? C'est chez les jésuites, à Amiens, qu'il a rencontré sa femme, Brigitte, laquelle a enseigné jusqu'à récemment à Franklin. Après sa prestation survoltée du meeting de Paris en décembre, il a néanmoins confié à l'hebdomadaire catholique La Vie que sa scolarité à La Providence lui avait « apporté une discipline de l'esprit et une volonté d'ouverture au monde ». Un clin d'oeil à l'électorat catholique, tout en subtilité...

Chacun raconte une anecdote qui l'a marqué à vie. Louis Gallois se souvient très précisément de ce « 13 juillet 1962 où un père de Ginette m'a convoqué pour m'inciter à ne pas persévérer dans une prépa scientifique, pour m'orienter vers la voie des épiciers ». Ce sera HEC, puis l'ENA. « Excellente intuition et analyse de ce que j'étais », dit l'ex-patron de la SNCF et d'EADS, aujourd'hui président du conseil de surveillance de PSA. Pour Bruno Le Maire, une annotation ironique, « peut mieux faire », en face d'un bulletin noté 20/20 à Franklin, a été l'un des moteurs du cursus honorum qui l'a conduit à Normale Sup, l'agrégation, puis l'ENA.

20 000 ÉLÈVES DANS TOUTE LA FRANCE

L'apprentissage de la « confiance et de l'écoute des autres », jure Xavier Fontanet, l'a aidé dans des affaires compliquées au Japon et en Corée. Carlos Ghosn a été très séduit par le côté cosmopolite de l'enseignement avec des professeurs français, libanais, syriens, égyptiens, suédois, canadiens... « J'ai vécu, dès mon plus jeune âge, la diversité du monde », déclare celui qui vit aujourd'hui à cheval sur plusieurs continents et dirige deux groupes aussi différents que Renault et Nissan. Le protestant Charles Fries, ambassadeur de France en Turquie, sait gré à ses anciens enseignants d'avoir remplacé les cours de catéchèse par un enseignement de piano. Il se souvient avec amusement que sa grand-mère reprochait ardemment à ses parents de l'avoir « mis chez les cathos ». Et les musulmans, alors ? « Aucun problème » , affirme Tidjane Thiam qui, pour sa part, était chargé dans sa classe des relations avec les professeurs et l'administration.

Chacun a aussi son idée sur la spécificité des établissements jésuites, qui accueillent encore plus de 20 000 élèves dans toute la France : « L'apprentissage de l'autonomie et l'idée que la vie a un sens » (Valérie Pécresse), « une discipline, une rigueur » (Laurent Delahousse), « une exigence et l'émulation positive », témoigne Sophie de Closets, PDG de Fayard et « fille de », à qui son père avait lancé : « Dès que tu commenceras à ressembler aux autres élèves de Franklin, je te sors ! » Traduction : dès que tu auras l'air bourgeois du xvie... « Je crois que j'ai appris avec eux le don du silence. L'autorité ne s'exerce pas avec des décibels, mais avec la compétence qui se prouve. Je vous assure qu'en bateau, avec un équipage, c'est sacrément utile », souligne pour sa part Loïck Peyron.

LEADERSHIP ET CONFIANCE EN SOI

Mais des établissements laïques peuvent appliquer les mêmes principes et inculquer les mêmes valeurs : il faut donc creuser davantage. Bernard Ramanantsoa, longtemps directeur d'HEC, a réfléchi à la question - il est passé en prépa à Versailles. Sa conclusion : « Les jésuites s'occupent des élites pour leur dire qu'elles ont une mission à accomplir, celle de s'occuper du bien commun. Franchement, c'est assez particulier. » Pour le professeur Olivier Goulet, chef de service de gastro-entérologie à l'hôpital Necker, « leur pédagogie apprend l'écoute, la bienveillance et un esprit missionnaire. Ce sont eux qui m'ont poussé à ne pas avoir de consultations privées au sein et en dehors de l'hôpital ».

Encore autre chose ? « Je crois que ce que l'on apprend, c'est le leadership, à avoir une grande confiance en soi, à être bien dans sa peau dès que l'on fait les efforts nécessaires et, plus que tout, à ne pas être impressionné par quoi que ce soit, sauf par ce qui est spirituel », analyse Nicolas de Tavernost (M6), qui a passé quatre ans au collège Tivoli de Bordeaux. Mais c'est François Sureau, avocat parisien renommé et un de leurs proches, qui croit avoir découvert leur véritable secret : « Il n'y a jamais eu autant de sermons que depuis que les églises se vident. Partout, on nous sermonne. Eh bien, les jésuites ne sermonnaient pas sur la foi et la vie, ils donnaient à voir. Ils ne cherchent pas à inculquer des valeurs, ils les vivent. » Et puis, ajoute-t-il, avec un soupir d'aise, ils sont « décentrés par rapport à la ligne plus traditionnelle des catholiques aujourd'hui. Cela fait du bien ». Les principaux intéressés résument en quelques phrases lapidaires. « Nous proposons que chaque élève apprenne à lire ses émotions, à s'écouter. Nous essayons de trouver un équilibre entre l'émulation et la solidarité. Nous sommes davantage sur l'autonomie que sur le collectif », explique le père Pascal Sevez, responsable du Centre d'études pédagogiques ignacien.

Tout le monde n'y trouve pas forcément son compte : « les personnalités qui ont du mal avec l'autorité sont moins à l'aise », explique Léa Salamé, partie en cours de scolarité de Franklin. « C'est un système qui a souvent du mal avec les enfants rebelles. J'étais dans cette catégorie et seuls mes bons résultats scolaires m'ont permis de rester à Jamhour ! », avoue aujourd'hui Carlos Ghosn. Le collège libanais ne lui en a pas tenu rigueur puisqu'il lui a demandé, il y a deux ans, de venir présider des cérémonies officielles. « Les jésuites ont l'intelligence des situations et des rapports de force, mais parfois aussi un peu de cynisme dans l'intelligence. Cela étonne parfois », relève sobrement Louis Gallois. Une forme d'humour distancié qui peut passer pour de l'orgueil. Comme en témoigne cette plaisanterie apocryphe : un jésuite, dans sa prière, demande à Dieu si les jésuites sont vraiment les religieux qu'il préfère sur la terre. Le lendemain matin, il trouve un petit mot sur sa table de nuit. « Non, vraiment, j'aime tous les hommes de la même manière. » Signé : Dieu, SJ. SJ, la signature des jésuites, pour Societas Jesu !

UNE MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT

Quelles que soient les réserves, les résultats sont là - et c'est aussi ce que viennent chercher les parents. En 2016, Ginette s'est classée première des prépas de France pour les entrées à Polytechnique et dans le trio des meilleures écoles de commerce (option scientifique), HEC, l'Essec et l'ESCP Europe. Et dans la course au concours, il y a certainement une méthode jésuite, qui encourage l'esprit d'équipe. À Ginette, se souvient Tidjane Thiam, chaque élève du premier tiers de la classe doit en aider plusieurs plus à la peine. Ailleurs, c'est souvent plus brutal : « À Louis-le-Grand, la concurrence est telle que les élèves déchiraient les pages des livres de la bibliothèque pour conserver un avantage », persifle sous le sceau de l'anonymat un ancien élève aujourd'hui grand patron. Les jésuites récusent du coup le reproche d'élitisme qu'on forme souvent à leur égard. « Nous souffrons énormément de cette image, reconnaît le père Pascal Sevez, qui argumente néanmoins sur le ton de l'humour. Mais le Pape, c'est l'élite dans son domaine, non ? » C'est que, du point de vue jésuite, il y a un bon et un mauvais élitisme.

Quand il dirigeait le grand collège jésuite de Marseille, le père Sevez a pris, il y a trois ans, une initiative « sociale » et symbolique qui a eu une grande retentissement médiatique. Il a interdit les marques trop visibles sur les vêtements, de sorte que les élèves ne se lancent pas dans la surenchère de la distinction sociale. Les jésuites rappellent aussi que les droits d'inscription, dans leurs établissements, dépendent du niveau de revenus des parents qui doivent fournir des justificatifs. « Quand je suis devenu ministre de la Recherche, ce que les jésuites faisaient dans leurs écoles, à savoir aider les plus défavorisés à accéder eux aussi aux meilleurs parcours, m'a incité à créer des prépas aux prépas », se rappelle Valérie Pécresse.

TRAVAIL SUR LES QUESTIONS SOCIALES

En réalité, l'image d'amis des puissants qui colle à la peau des jésuites apparaît largement datée. De toutes façons, depuis cette année, les jésuites ne dirigent plus aucun établissement directement. Ils en assurent la tutelle, ce qui reste bien sûr important. Leur véritable levier d'influence est toutefois à chercher ailleurs. Par exemple dans les aumôneries, des collèges ou des grandes écoles. Un de leurs centres les plus actifs se situe à Sciences Po Paris, où ils disposent d'un petit immeuble très fréquenté, à 100 mètres de la rue Saint-Guillaume. Leur moindre proximité, par rapport à autrefois, avec les « gens de pouvoir » se note à d'autres indices. Un parmi d'autres : depuis plusieurs décennies, il n'y a plus eu d'aumônier national issu des rangs jésuites, auprès du mouvement des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens.

Les jésuites ont fait le choix d'être ailleurs. Dans d'autres écoles d'ingénieurs, les Icam, à Nantes, Toulouse par exemple, ainsi que dans des écoles de production et d'apprentissage dont on parle moins dans les médias, mais qui comptent tout autant à leurs yeux. Ils sont également nombreux à travailler sur les questions sociales. Centres de recherches, revues spécialisées et alterlibérales comme Projet, communautés dans des banlieues difficiles, accueil de réfugiés avec l'association Welcome - très médiatisée à l'automne 2015... Leurs engagements sont variés. « La vérité, c'est qu'ils ont abandonné les élites aujourd'hui. Et je crois que c'est une erreur », juge sévèrement François Sureau. L'écrivain, auteur d'un livre sur saint Ignace, est très actif dans les réseaux d'avocats venant en aide aux demandeurs d'asile.

Le parcours du jésuite Gaël Giraud est illustratif : dans l'élite, mais contre les idées supposées de l'élite... Normalien et économiste, il met en oeuvre actuellement, comme chef économiste de l'Agence françaisede développement (AFD), la politique gouvernementale dans le combat contre la pauvreté et la promotion du développement durable. Au coeur d'un pouvoir, donc. Mais il milite très activement en faveur d'un autre fonctionnement de l'économie. Il plaide notamment pour une profonde réforme du système financier et une véritable régulation bancaire. Il défend aussi l'idée de plafonner les écarts de revenus entre Français à un ratio de un à douze...

Quant au fantasme d'un occulte cercle de lobbying catholique, il ne résiste pas à l'examen des faits. Un nombre important des anciens élèves n'a tout bonnement pas gardé de contacts avec les jésuites. Pour des raisons personnelles ou parce que l'occasion ne s'est pas présentée. Ce qui est juste, en revanche - et c'est une belle preuve de la réussite de la compagnie de Jésus -, c'est que beaucoup ont confié leurs enfants à des établissements jésuites.

Génération après génération, les valeurs jésuites infusent donc. Mais comment un nombre aussi réduit de personnes - on ne compte que 400 jésuites en France à l'heure actuelle - parviennent-elles à laisser une empreinte aussi forte à des dizaines de milliers d'autres ? Ce pourrait être un sujet d'examen. Vous avez quatre heures.

UN ORDRE VIEUX DE PRESQUE 500 ANS

La compagnie de Jésus, fondée en 1539 par l'Espagnol Ignace de Loyola, compte dans le monde un peu plus de 16 000 membres - les jésuites -, dont environ 400 en France. Depuis l'origine, la vocation de ces religieux masculins est l'évangélisation (Matéo Ricci, au xvie, fut le premier Européen à habiter durablement en Chine), l'éducation et la justice sociale. Mais ce qui les caractérise est surtout l'exigence intellectuelle. Ils étudient pendant une bonne dizaine d'années, formation particulièrement longue. Ils dirigent des universités très célèbres, comme Georgetown, à Washington. Bill Clinton, entre autres, y a étudié. Confesseurs des rois, conseillers spirituels, ils ont eu parfois des relations difficiles avec le pouvoir politique. En 1773, le pape Clément XIV les a interdits sous la pression des monarchies européennes. La Compagnie devra attendre 1814 pour avoir à nouveau une existence légale. Source : Les Echos

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samedi 4 février 2017

In memorem : Jean Paul II et le Dalaï Lama

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samedi 28 janvier 2017

L'actrice Emmanuelle Riva, Césarisée pour son rôle dans "Amour", est morte à l'âge de 89 ans

L'actrice Emmanuelle Riva est morte à l'âge de 89 ans, vendredi 27 janvier, a appris le service culture de franceinfo. Elle était atteinte d'un cancer depuis quatre ans, explique Le Monde. La comédienne est connue pour ses rôles dans Hiroshima mon amour, d'Alain Resnais, et Amour, de Michael Haneke, pour lequel elle avait reçu un César en 2013. Elle avait également reçu le prix Marguerite Duras pour l’ensemble de sa carrière, et ceux de la meilleure actrice du prix du cinéma européen et des British Academy Film Awards (Bafta).

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C’était Riva la discrète

Révélée par « Hiroshima mon amour » mais tardivement couronnée, Emmanuelle Riva vient de s’éteindre à l’âge de 89 ans. Cette actrice exceptionnelle a toujours fui les feux de la rampe.

Le Feu des miroirs », « Juste derrière le sifflet des trains », « l’Otage du désir »…. Des titres de films ? Non : ceux des recueils de poésie qu’a publiés l’actrice Emmanuelle Riva dont on a appris hier le décès, vendredi après-midi, à l’âge de 89 ans. L’actrice révélée en 1959 dans « Hiroshima mon amour », d’Alain Resnais, a succombé à un cancer contre lequel elle luttait avec discrétion depuis quelques années.

Née à Cheniménil, dans les Vosges, où s’étaient posés ses parents d’origine italienne, Paulette Riva, destinée à devenir couturière, s’est d’abord dépêchée de changer de prénom et de peau pour aller suivre à Paris les cours de la rue Blanche. Le cinéma et le théâtre se sont précipités vers cet ange blond au physique sagement hollywoodien avec un soupçon d’Hitchcock, qui portait ses choix vers des œuvres plus proches de la blessure que de la galéjade.

Au début des années 1960, sa carrière a très vite reposé sur de solides piliers : « Léon Morin, prêtre », de Jean-Pierre Melville, « Thérèse Desqueyroux » et « Thomas l’imposteur » de Georges Franju ou ces « Risques du métier » d’André Cayatte dans lequel elle incarnait aux côtés de Jacques Brel l’épouse d’un instituteur accusé de pédophilie.

Un César et une nomination aux Oscars pour son rôle dans « Amour »

Contrairement à ce qui prévaut dans le septième art, Riva ne cherchait ni la lumière ni l’exposition aux foules. C’était une discrète qui privilégiait, comme on protège du vent la flamme d’une bougie, le feu qui l’animait. Un oiseau sauvage aussi, qui, confiante en son destin, semble avoir malicieusement attendu la dernière ligne droite pour parapher sa postérité. Le réalisateur autrichien Michael Haneke lui en a ouvert grand les portes avec « Amour », l’un de ses films les plus radicaux, Palme d’or à Cannes en 2012. Emmanuelle Riva y joue une professeur de piano mariée à Jean-Louis Trintignant, victime d’un double AVC et que son mari finira par étouffer. La comédienne, nommée aux Oscars pour ce rôle, a récolté en 2013 le César de la meilleure actrice et le Bafta, son équivalent britannique, avant d’être couronnée meilleure actrice européenne. Rattrapée par la maladie, elle aura jusqu’au bout continué à fréquenter les plateaux, tournant un film l’été dernier en Islande, incapable de laisser s’éteindre aussi facilement « le feu des miroirs ». Article de Pierre Vavasseur

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vendredi 27 janvier 2017

Auschwitz

auschwitz

Auschwitz (en allemand : Konzentrationslager Auschwitz Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, « Camp de concentration d'Auschwitz ») est le plus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich, à la fois camp de concentration et d'extermination. Il est situé sur le territoire des localités d'Oświęcim (Auschwitz en allemand) et de Brzezinka (Birkenau en allemand), annexées au Reich (province de Silésie) après l'invasion de la Pologne.

Ces camps de concentration et d'extermination, dirigés par les SS, sont créés le 27 avril 1940 par Heinrich Himmler1 et libérés par l'Armée rouge le 27 janvier 1945. En cinq années, plus de 1,1 million d'hommes, de femmes et d'enfants meurent à Auschwitz, dont 900 000 immédiatement à la sortie des trains qui les y transportaient. 90% de ces personnes étaient juives. Ces victimes, de ce que les nazis appelèrent la « solution finale », furent assassinées dans les chambres à gaz ou parfois par arme à feu, mais elles moururent aussi de maladies, de malnutrition, de mauvais traitements ou d'expériences médicales.

En raison de sa taille, Auschwitz est considéré comme le symbole des meurtres de masse commis par les nazis et plus particulièrement comme celui de la Shoah, au cours de laquelle près de six millions de Juifs furent assassinés.

Comme les autres camps de concentration nazis, Auschwitz était sous les ordres de Heinrich Himmler et de la SS. Le responsable du camp fut le SS-Obersturmbannführer Rudolf Höss (du 1er mai 1940 au 1er décembre 1943, puis de nouveau entre mai et septembre 1944), remplacé entre temps par Arthur Liebehenschel, et ensuite par Richard Baer.

Monument historique et culturel majeur, qui contribue au « devoir de mémoire », Auschwitz est inscrit depuis 1979 (3e session du Comité du patrimoine mondial) au patrimoine mondial en Pologne de l'UNESCO.

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