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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

vendredi 17 août 2018

Don McCullin : onze jours d’apocalypse au Vietnam

Par Alain Frachon, Michel Guerrin, Batcombe, Somerset (Angleterre), envoyés spéciaux

En février 1968, le Britannique rejoint les marines pendant la bataille de Huê. Au cœur de l’horreur, il prend ses photos les plus mémorables.

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Février 1968, bataille de Huê, centre du Vietnam. Sous la pluie, dans la boue, pilonnée au mortier et au lance-roquettes, la compagnie de marines commandée par Myron Harrington, 24 ans, subit de lourdes pertes : partis à 120, début février, ils ne sont plus que 39 à l’issue des combats, un mois plus tard.

Don McCullin les rejoint au pied de la citadelle de l’ancienne capitale impériale du pays. Il passe onze jours avec eux. Sans les quitter. « Vient un moment où mon métier ne ressemble plus à rien. A Huê, je n’étais pas un photographe de guerre, j’étais au bord de l’extrême, dit-il. Dans ces moments-là, le reportage est un voyage dans la folie. » Le long de la rivière des Parfums, les Marines doivent reprendre la vieille ville de Huê, enchevêtrement de pagodes, de douves, de lacs, entourant le palais impérial.

L’armée nord-vietnamienne et ses alliés du Sud, le Vietcong, s’emparent de Huê lors de la grande offensive qu’ils déclenchent à l’occasion du Têt, la fête du Nouvel An lunaire, entre le 30 et le 31 janvier. Ils sont retranchés derrière les remparts de la citadelle. Ils tiennent solidement la ville. Ils arrêtent l’avancée des Marines. Temps froid, ciel bas, averses torrentielles. La compagnie de McCullin est collée au sol par des tirs continus. Nuit et jour, les Marines se planquent dans des trous et des ruines.

« Pourquoi ne m’a-t-il pas tué ? »

Comment photographier sous le feu adverse ? Tout reporter dira qu’il fait comme il peut. McCullin a, lui, une façon très personnelle de s’imposer au temps et à l’espace, observant un protocole précis.

D’abord, la lumière. « Une des phases les plus périlleuses est la mesure de la lumière ambiante, explique-t-il dans ses Mémoires. A moins de mitrailler à tout-va, il faut bien passer par ce moment d’immobilité et de calcul qui fait de vous une cible idéale. » Plaqué au sol, il faut ensuite changer de film : « C’est une autre opération à haut risque. Le dos du Nikon F dont je me servais pour mes premiers reportages au Vietnam n’étant pas monté sur des charnières, je devais, couché sur le dos, mon appareil tenu sur ma poitrine, détacher le couvercle puis tâtonner pas mal à l’aveuglette, sachant que, si je relevais la tête pour voir ce que je faisais, je serais probablement un homme mort. »

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A Huê, du haut de la citadelle, les « snipers » nord-vietnamiens ont les hommes d’Harrington en ligne de mire. Deux marines s’écroulent à quelques mètres de McCullin. Pas lui. « Parce que je portais mes deux Nikons sur le thorax ?, s’interroge-t-il aujourd’hui. Pourquoi suis-je vivant, pourquoi ne m’a-t-il pas tué ? »

En quelques jours, le photographe voit des dizaines de soldats américains tués ou blessés – « la chair taillée à vif » – autour de lui. Un marine a la mâchoire arrachée par une balle. Un autre, la gorge tranchée, se vide de son sang. « Hollywood a rendu la guerre glamour, ce n’est pas glamour, c’est moche et ça pue », dit McCullin.

Il joue sa vie à Huê pour ça, pour montrer le profil barbare de la guerre. Un demi-siècle plus tard, quand la Tate Britain, à Londres, préparant une rétrospective McCullin pour 2019, lui demande de retirer une photo jugée trop dure, le photographe répond : « Pas question ou alors pas d’exposition. » Dans un film des réalisateurs Jacqui et David Morris, consacré à McCullin et diffusé par la BBC en 2015, Harrington, l’officier de la compagnie de marines de Huê, raconte : « Depuis l’arrière, des photoreporters faisaient des allers et retours de moins d’une journée avec nous. » Ils repartaient avec les hélicoptères évacuant les morts et les blessés. « Pour une raison que j’ignore, Don est resté avec notre unité. A plus d’une occasion, prenant un maximum de risques, il a aidé à porter des blessés. »

« JE SUIS DEVENU TIMBRÉ, COURANT D’UN BORD À L’AUTRE DE NOTRE CHAMP DE BATAILLE COMME UN ANIMAL. (…) TOUT À COUP, J’ÉTAIS UN VIEIL HOMME BARBU, LES YEUX CAVES. »

La bataille de Huê restera comme l’affrontement d’infanterie le plus long du conflit américano-vietnamien : un mois de combats, presque au corps-à-corps, à la grenade, au fusil. « Non moins effroyable que les mortiers d’en face, ceux des Nord-Vietnamiens et du Vietcong, la flotte américaine, à 25 kilomètres de la côte, en mer de Chine du Sud, ripostait en balançant ses obus devant nous (…) et il n’était pas moins effrayant de voir passer par-dessus nos têtes les énormes volées de bidons au napalm que les bombardiers Phantom larguaient dans notre dos, vers la citadelle en face. »

Harrington parle de « chaos total ». McCullin avoue : « Je suis devenu timbré, courant d’un bord à l’autre de notre champ de bataille comme un animal. (…) Tout à coup, j’étais un vieil homme barbu, les yeux caves. Je dormais à même le sol, casque à portée de mains, tout habillé, frissonnant avec pour seule couverture un gilet pare-éclats ramassé sur place. »

Saturé d’horreurs, débranché

Paradoxe du grand photographe de guerre, McCullin, dans le « chaos total » de Huê, prend ses images les plus mémorables. L’une d’elles est devenue emblématique de la guerre américaine au Vietnam. Un marine assis, en état de choc, « battle-dress » crasseux, les yeux fixes, regard vide, serre les mains sur le canon de son fusil M16. Il n’est pas physiquement blessé, il est mentalement passé dans un autre monde, saturé d’horreurs, débranché. « Je l’ai pris cinq fois, cinq photos de visage. Les cinq négatifs sont absolument identiques, ses yeux ne bougent pas », raconte le photographe.

« JE N’AVAIS PAS CHANGÉ DE VÊTEMENTS. JE LES AI JETÉS. J’AI PRIS UNE DOUCHE ET, SOUS LA DOUCHE, JE ME SUIS MIS À PLEURER. »

McCullin ne « mitraille » pas à Huê, il compose dans l’urgence. Il saisit l’instant où un marine lance une grenade. Les Nord-Vietnamiens sont à moins de vingt mètres. Pour que le cliché soit bon, il faut une technique très maîtrisée – vitesse de déclenchement rapide et focale adaptée. Il s’en souvient avec précision – « c’était du 250/F8 » – comme il se souvient que, dans les secondes qui suivent, le marine a la main « réduite en chou-fleur » par une balle d’AK-47. Des années plus tard, le marine à la grenade, Harrington et d’autres de la compagnie se réunissent avec le photographe.

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Mais parmi les rescapés de la bataille des remparts, l’un n’est jamais venu à ces rencontres. Ils ne l’ont jamais revu. Il est vivant mais il a disparu. Le marine en état de choc, l’homme au regard vide, reste à ce jour, un visage sans histoire – autre que celle de la bataille de Huê. « Après ces deux semaines, raconte McCullin, je suis retourné en hélicoptère au bureau de presse de la grande base américaine de Da Nang », ville côtière du centre du Vietnam. « Je n’avais pas changé de vêtements. Je les ai jetés. J’ai pris une douche et, sous la douche, je me suis mis à pleurer. » La citadelle tombe le 26 février. Huê est détruite aux deux tiers ; la cité impériale, réduite en ruines. Des milliers de civils ont été tués.

L’offensive du Têt a touché presque toutes les villes du Vietnam du Sud. Elle se solde par un échec militaire majeur pour le Vietnam du Nord et le Front de libération du Sud. En moins de trois mois, l’armée américaine et celle du Vietnam du Sud reprennent le contrôle des villes. Le Nord escomptait une sorte d’insurrection générale de la population sud-vietnamienne. Hanoï tablait sur des défections massives dans l’armée de Saïgon. Rien de tout cela ne se produit – plutôt le contraire.

135 photographes tués ou disparus

Un demi-siècle plus tard, dans la bucolique sérénité des collines du Somerset, McCullin s’autoanalyse à voix haute. Est-ce que le reporter prend parti en rejoignant une unité de marines ? Est-ce qu’il « héroïse » les uns et pas les autres ? Est-ce qu’il choisit son camp ? Longuement, McCullin dissèque la façon dont il a pratiqué le reportage. « Au Vietnam du Nord, un photographe étranger ne pouvait pas travailler librement (…). Au Vietnam du Sud, on était totalement libre, on allait où on voulait », sans la moindre censure.

« JE N’AI PLUS JAMAIS RETROUVÉ PAREILLE LIBERTÉ DANS AUCUN DES CONFLITS QUE J’AI SUIVIS, CETTE LIBERTÉ QUI PERMET DE MONTRER LA DOULEUR ET DE SAISIR, EN DIRECT, LA MORT DE TOUT JEUNES SOLDATS. »

Persuadé d’avoir le soutien de l’opinion avec cette intervention qui s’inscrit dans la guerre froide, contre les communistes, Washington laisse une grande latitude à la presse. Dûment accrédités auprès de l’armée américaine, les journalistes choisissent d’aller où ils souhaitent et, équipés de pied en cap, montent dans les hélicoptères de la Cavalry avec rang d’officier.

La presse dispose d’une carte Priorité 3 ; la Priorité 1 est pour les blessés, la 2 pour les responsables politiques, les soldats n’ont que la 5. McCullin observe : « Je n’ai plus jamais retrouvé pareille liberté dans aucun des conflits que j’ai suivis, cette liberté qui permet de montrer la douleur et de saisir, en direct, la mort de tout jeunes soldats. »

Aucune guerre n’a été aussi intensément photographiée que le Vietnam, aussi près des combats, avec pour conséquence que les images sont dominées par les soldats, plus que par les victimes civiles – contrairement aux conflits des trente dernières années. Rançon de cette liberté laissée à la presse, le nombre de morts est élevé chez les photographes (135 tués ou disparus depuis la guerre française en Indochine). Leur histoire est racontée dans Requiem (Jonathan Cape, 1997), un livre coécrit par deux vétérans de la presse à Saïgon, Horst Faas et Tim Page, tous deux photographes.

Requiem est le récit d’une guerre qui, pour une génération de jeunes journalistes, porte la marque des années 1960, des temps de revendication libertaire avec pour slogan, en forme de raccourci, le triptyque « sexe, drogue et rock and roll ».

On va au Vietnam pour une grande aventure, existentielle et sensorielle, pour couvrir la guerre, certes, et également, écrivent crûment Faas et Page, « pour boire, baiser, fumer de l’herbe et de l’opium », en écoutant les Rolling Stones.

« Un témoin indépendant »

Cet étonnant cocktail imprègne les lignes d’un autre livre, l’un des meilleurs sur le conflit, Putain de mort (Albin Michel, 1980) de l’Américain Michael Herr, envoyé spécial du magazine Esquire à Saïgon. McCullin sympathise avec Herr, il aime son livre. Mais le Britannique n’appartient pas à cette école de journalisme fascinée par l’esthétique démente de la machine de guerre américaine, qui voit dans l’expérience du Vietnam comme la prolongation hystérique de la culture rock de l’époque. Venu de son Londres prolétaire, McCullin est trop « puritain » pour ça, dit John le Carré en préface à l’un de ses livres de photos.

« LES PROSTITUÉES, LES BARS, LES SENSATIONS À BON MARCHÉ, J’AI ESSAYÉ DE ME TENIR À DISTANCE DE TOUT ÇA »

Si McCullin va à la guerre, c’est pour la regarder en face, pas pour la musique. S’il prend des risques, c’est pour être en première ligne des combats, pas pour l’ambiance de Saïgon. « Les prostituées, les bars, les sensations à bon marché, j’ai essayé de me tenir à distance de tout ça », dit-il. Le plus souvent, il travaille seul : « Je suis un loup solitaire, en compétition avec la mort, pas avec mes confrères. » Franc-jeu, il avoue avoir « aimé être à la guerre », mais sans chercher « le grand frisson ».

L’honnêteté journalistique dans la tourmente de la guerre ? « Je n’ai jamais vu les Vietcongs et les soldats nord-vietnamiens comme des ennemis ; j’avais beau débarquer à Huê sous l’apparence d’un marine, je n’y étais pas envoyé par les Etats-Unis, raconte le photographe dans ses Mémoires ; j’étais ce que j’ai tenté d’être chaque fois : un témoin indépendant – mais nullement détaché. » Il parle de la solidarité qui s’installe dans un groupe d’hommes sous le feu. Dans le même souffle, il dit son admiration pour l’invraisemblable courage, l’abnégation, des soldats du Nord : « Les bombardiers lourds B-52 larguaient leurs bombes en un tapis si serré qu’on aurait juré qu’il ne restait rien de vivant sur des kilomètres à la ronde », mais les avions n’étaient pas repartis depuis cinq minutes que ces soldats ressortaient de leurs abris pour tirer sur l’ennemi.

Victoire militaire incontestable, le Têt est une défaite politique pour les Etats-Unis. Les images de ces batailles montrent la combativité inébranlée du Nord. Après trois ans d’une guerre qui commence en 1965 et mobilise près d’un demi-million d’Américains en 1968, l’opinion s’interroge : l’Amérique ne gagne toujours pas ? Pourquoi ? Photos et reportages télévisés touchent le grand public. Les Américains commencent à s’inquiéter. Le nombre de morts et de blessés ne cesse d’augmenter dans une armée qui compte nombre d’appelés dans ses rangs. Elu en novembre 1968, le nouveau président, Richard Nixon, ordonne un début de retrait.

Ni cynique, ni pacifiste

A la guerre, McCullin dit que la peur ne le quitte pas. Il connaît des moments de pure panique : « Moi qui me proclame toujours athée, je me suis surpris, dans une bataille au Cambodge, à supplier – s’il te plaît Dieu, ne me laisse pas mourir, donne-moi une autre chance. » Au Cambodge, justement, en 1970, il a le tympan crevé et reçoit plusieurs éclats d’obus à l’aine et aux jambes.

McCullin parle souvent de ses confrères, les anciens qu’il admire, les Robert Capa, Alfred Eisenstaedt, Margaret Bourke-White, Carl Mydans et ceux qu’il a côtoyés, au Vietnam notamment : Philip Jones Griffiths, David Douglas Duncan, Larry Burrows, son ami Gilles Caron, Henri Huet ou Kyoichi Sawada, parmi d’autres.

Son premier contact avec la guerre n’est pas le Vietnam, où il se rend dès 1964, mais les affrontements de Chypre, la même année, entre communautés d’origine grecque et turque de l’île. « Ce fut mon baptême du feu, le début d’un long voyage à travers la guerre, dit-il. J’ai su que je gardais mon calme, je pouvais prendre des photos dans le chaos et le danger. »

Au fil des conflits qu’il a documentés – en Irlande du Nord, au Proche-Orient entre Israël et ses voisins arabes puis au Liban, en Afrique au Biafra et au Congo, en Amérique centrale au Salvador, en Irak en 1991 –, McCullin se forge une ligne de conduite. « Mes règles », dit-il.

Tout n’est pas permis. Quand on travaille au plus près, quand on côtoie les hommes en armes, le risque est de les inciter à plus de violence encore. A tout le moins, la présence du photographe peut, paradoxalement, banaliser ou normaliser la violence. A Saïgon, il refuse de photographier des exécutions publiques : « Ce n’étaient pas des “exécutions” mais des meurtres purs et simples. Le fait d’accepter de les photographier banalisait ces meurtres aux yeux de ceux qui les commettaient. C’était une façon d’accorder une sorte d’imprimatur, de dire “c’est OK, c’est normal de faire ça” aux exécutants. »

Il y a d’autres limites, subjectives, plus difficiles à définir. McCullin prend des photos de morts, de blessés, militaires ou civils. Il sait que c’est un vol d’intimité – « la photo, c’est du vol », répète-t-il. A Huê, il rampe près d’un marine qui a reçu deux balles dans le bas du visage. Le soldat applique une grosse compresse sur sa blessure. Du sang et de la salive lui coulent sur la figure : « Ses yeux étaient comme deux enfers, hurlant sa douleur. J’ai braqué ma caméra, mais il a fait “non” de la tête, me demandant de m’abstenir. Je me suis éloigné. »

« J’ESSAIE DE MAÎTRISER À PEU PRÈS MA PEUR, MAIS IL N’Y A PAS DE RAISON DE CONTRÔLER MES ÉMOTIONS, ELLES ONT FAÇONNÉ MON REGARD. »

« McCullin ne se protège pas », observe John le Carré. Ce n’est pas seulement qu’il travaille à « l’avant » – on ne le voit jamais avec un téléobjectif. C’est aussi qu’il ne bloque aucun de ses « boutons émotionnels ». « Je ne mets jamais mes émotions de côté. » C’est anormal si la guerre n’éveille pas « la douleur, l’effroi, l’écœurement, l’horreur, la révolte, le dégoût, nous dit-il. J’essaie de maîtriser à peu près ma peur, mais il n’y a pas de raison de contrôler mes émotions, elles ont façonné mon regard. »

« Les rougeoyants enfers qu’il n’a cessé de visiter », poursuit John le Carré, n’ont fait de lui ni un cynique ni un pacifiste. Il photographie d’abord la guerre comme pour dire « on sait qu’elle est atroce, mais on le saura encore mieux en le voyant ».

Son premier recueil de photos s’intitule The Destruction Business (Macmillan, 1971). Il s’attache au combat, qui est le noyau dur de la guerre : des hommes cherchent à en tuer d’autres, qui cherchent à les tuer. Il a réalisé à ce sujet un monument de photo-journalisme en noir et blanc, une œuvre qui reste comme un exceptionnel travail documentaire. Tout est là, dit-il, à Batcombe, « Je vis avec mes fantômes », ceux de Huê et les autres, bien rangés à la sortie de la chambre noire. C’est expliqué sur un ton courtois, maîtrisé, presque badin. Puis, plongé dans une introspection permanente et tourmentée, il s’interroge, encore et toujours : est-ce que ça sert à quelque chose de photographier la guerre ?

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jeudi 16 août 2018

Nécrologie : Aretha Franklin est morte, la soul perd sa dame

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Nécrologie : Aretha Franklin est morte, la soul perd sa dame

Par Bruno Lesprit- Le Monde

La « Lady Soul » est morte jeudi, à l’âge de 76 ans, d’un cancer du pancréas. Avec elle s’éteint la plus majestueuse et impressionnante voix féminine de l’histoire de la musique soul.

« J’ai perdu ma chanson, cette fille me l’a prise. » C’est avec les compliments indignés de l’auteur, Otis Redding, que fut saluée au printemps 1967 l’ascension d’une jeune femme qui avait littéralement dépossédé de son œuvre la star de la musique soul.

D’un titre certes tonique mais qui se limitait à évoquer une banale querelle de ménage, Aretha Franklin avait fait de Respect un hymne universel pour l’égalité. Celle des Noirs par rapport aux Blancs au temps du Mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King, mais aussi celle de la femme (quelle que soit sa couleur de peau) face à l’homme, défié afin de montrer ce dont il est capable – le « sock it to me » provocateur lancé par le chœur comprend des sens multiples, y compris sexuel.

Jubilatoire avec sa bourrasque vocale, sa guitare funky et ses claquements de cuivres, Respect hissa aussitôt Aretha Franklin au sommet des classements américains de ventes de disques, qui pratiquaient alors, derrière l’alibi des genres, la ségrégation raciale : rhythm’n’blues (pour le public noir) et pop (pour les Blancs). Aretha y gagna sa couronne de « reine de la soul », un titre qui ne lui fut jamais contesté par la suite. Le « roi » Otis devait, lui, périr dans un accident d’avion quelques mois plus tard.

Aretha Franklin est morte d’un cancer du pancréas, jeudi 16 août, à l’âge de 76 ans, a annoncé son agente Gwendolyn Quinn. Avec elle s’éteint la plus majestueuse et la plus impressionnante (quatre octaves) voix féminine de l’histoire de la musique soul. Peu importe que le meilleur de sa carrière, déclinante depuis le milieu des années 1970 et handicapée par des annulations de concerts pour problèmes de santé (en 2010, en mai-juin 2013, en 2017 et au printemps 2018), puisse se résumer à une courte période (1967-1972) qui se confond avec l’âge d’or de la maison de disques Atlantic.

La fille du révérend Clarence LaVaughn Franklin

La chanteuse imposa une image de forte femme (alors que sa nature était plutôt introvertie), jamais calculatrice. L’envers, en quelque sorte, de la sophistication maniérée de sa consœur et concitoyenne de Detroit (Michigan), Diana Ross, qui dut intriguer pour être projetée sous les feux de la rampe.

SON PÈRE, POUR LEQUEL ELLE VOUA UNE ADMIRATION ÉPERDUE DURANT TOUTE SON EXISTENCE, ÉTAIT UNE DES AUTORITÉS RELIGIEUSES LES PLUS RESPECTÉES DE LA COMMUNAUTÉ NOIRE

La muse de la musique s’était penchée sur le berceau de cette fille du révérend Clarence LaVaughn Franklin et de sa femme Barbara, pianiste et chanteuse. Née le 25 mars 1942 à Memphis (Tennessee), l’enfant est éduquée à l’église du gospel, ce qui est d’une grande banalité pour un(e) artiste de soul. Ce qui l’est moins, c’est sa parentèle. Son père, pour lequel elle voua une admiration éperdue durant toute son existence (il fut gravement blessé par des cambrioleurs en 1979, puis succomba après cinq années de coma), était l’une des autorités religieuses les plus respectées de la communauté noire.

Fondateur de la New Bethel Baptist Church de Detroit, le prêcheur rassemblait quelques milliers d’ouailles et réclamait la modique somme de 4 000 dollars par homélie. Il enregistra même ses sermons pour Chess Records, le label chicagoan du bluesman Muddy Waters et du rocker Chuck Berry, tous deux acquis à la « musique du diable ».

Ce père fumeur de cannabis avait donc les idées larges : le jazz était non seulement toléré, mais convié dans la grande maison familiale de Detroit fréquentée par le pianiste Art Tatum et par les chanteurs de gospel Mahalia Jackson et Sam Cooke, qui seront les modèles d’Aretha.

A 14 ans, premiers enregistrements et premier enfant

Séparé de sa femme, le révérend Franklin y élève quatre de ses cinq enfants et n’a de cesse d’encourager sa fille prodige. A l’âge de 5 ans, Aretha chante déjà à l’église. A 11 ans, alors qu’elle vient de perdre sa mère, elle est promue soliste et commence à graver ses premiers enregistrements à 14 avec l’album Songs of Faith, publié par un petit label local. Précoce. Pas seulement pour la musique, puisque, cette même année, elle donne naissance à un fils.

La surdouée participe aussi aux tournées évangéliques de son père, ce qui la confronte au racisme, à ces restaurants ou stations-service refusant de servir les Noirs. Sa réputation grandit à tel point que deux maisons de disques l’approchent : Gordy, fondée à Detroit par un ancien ouvrier de Chrysler et qui deviendra mondialement célèbre sous le nom de Tamla Motown, et RCA, sur la recommandation de Sam Cooke.

JOHN HAMMOND, QUI A RÉVÉLÉ BILLIE HOLIDAY, ÉCHOUERA À FAIRE ÉCLORE LE TALENT D’ARETHA FRANKLIN

C’est finalement un Blanc, le découvreur de talents, John Hammond, qui obtient sa signature pour Columbia. Il a révélé Billie Holiday et s’apprête à faire de même avec Bob Dylan. Hammond emmène sa recrue à New York. Mystérieusement, il échouera à faire éclore son talent. On lui a souvent reproché de n’avoir pas saisi le potentiel de la jeune femme, de s’être trompé en l’orientant vers le jazz vocal et des reprises de standards. Il fut sans doute prisonnier des exigences de son employeur.

Après neuf albums et six années perdues, Aretha Franklin rompt avec Columbia en 1966. Bonne décision car son destin va brusquement s’accélérer lorsqu’elle rejoint Atlantic, le label des frères Ertegun et du producteur Jerry Wexler, qui accompagne la carrière de Ray Charles.

La séance d’enregistrement de I Never Loved a Man (The Way I Love You) est entrée dans l’histoire : la jeune fille de bonne famille noire et nordiste atterrit dans le Sud profond et se retrouve face aux musiciens blancs des studios FAME, à Muscle Shoals. Dans cet Alabama de sinistre réputation où ont été réprimées dans le sang, moins de deux ans plus tôt, les marches de protestation de Selma à Montgomery.

Trois albums devenus d’immanquables classiques

Un climat de méfiance réciproque s’installe, une rixe éclate même entre le mari d’Aretha, Ted White, et le trompettiste de la session. Abus de bourbon ? Conflit racial ? La chanteuse repart précipitamment de Muscle Shoals, mais une prise, miraculeuse, a pu être réalisée.

Elle ne s’est pas laissée impressionner, s’est installée au piano (un instrument qu’elle aura la mauvaise habitude de délaisser par la suite), pour mener le groove avec l’orgue, provoquer avec ses acrobaties vocales le crescendo de la batterie et des cuivres, puis amorcer le retour au calme.

I Never Loved a Man est immédiatement diffusé par les radios, mais Jerry Wexler ne renouvellera pas l’expérience en Alabama. Il fait venir les Sudistes de Muscle Shoals aux studios Atlantic de New York pour finir l’album. S’y ajoutent le saxophoniste King Curtis, les Memphis Horns, cuivres du label Stax, et les Sweet Inspirations aux chœurs (avec Cissy Houston, la mère de Whitney).

Avec la complicité experte de Wexler, les chansons enregistrées pendant les trois ans qui suivent vont constituer un best of d’Aretha Franklin : Respect, évidemment, mais aussi Baby I Love You, Chain of Fools, Think ou The House that Jack Built. Le phénomène transforme en or gospel tout ce qu’il touche, le sentimentalisme bouleversant d’Ain’t No Way, écrit par sa jeune sœur, Carolyn, comme les mélodies pop sophistiquées de Carole King et Gerry Goffin (You Make Me Feel Like a Natural Woman) et de Burt Bacharach (I Say a Little Prayer).

Trois albums de ces années-là sont devenus d’immanquables classiques : outre I Never Loved a Man The Way I Love You, Lady Soul et Aretha Now, tous deux parus en 1968, année où elle fait la couverture de Time sous le bandeau « Le son de la soul ». Son chant résonne dans tous les transistors d’Amérique et d’ailleurs.

Début du déclin artistique

Sa voix vertigineuse a trouvé l’équilibre parfait entre ferveur et douleur. Car ce qui filtre bientôt de sa vie est moins radieux : un mari violent qu’elle quitte en 1969, le compagnonnage fidèle de l’alcool.

LA SOUL ENTRE DANS UNE PÉRIODE TROUBLE ET SOMBRE. SUR LE PLAN MUSICAL, L’HÉDONISME REVIENDRA SOUS LA FORME DU FUNK PUIS DU DISCO

L’enthousiasme de la soul, symbole de la fraternité entre musiciens noirs et blancs, a été rattrapé par les émeutes urbaines de l’été 1967. Comme beaucoup d’autres, le révérend Franklin, qui fut partisan de Martin Luther King – Aretha chante aux obsèques du docteur, en avril 1968 –, se radicalise et fréquente des groupes communautaires. La soul entre dans une période trouble et sombre.

Sur le plan musical, l’hédonisme reviendra sous la forme du funk, puis du disco. Politiquement, il faudra attendre quatre décennies pour qu’un président noir soit élu. Ce sera Barack Obama qui, comme tout admirateur, peine à contenir son émotion quand la « Lady Soul » commence à chanter. Ce fut le cas en janvier 2009, lors de sa cérémonie d’investiture. Aretha Franklin y fait sensation avec sa toque grise à énorme nœud en interprétant une version gospel de l’hymne patriotique My Country, ’Tis of Thee.

La décennie 1970 marque l’apogée commercial et l’entame du déclin artistique (aggravé par le départ de Wexler d’Atlantic en 1976) d’une chanteuse qui semble parfois se contenter de vivre sur ses acquis. Adoptée par la génération hippie, comme en témoigne le bouillant double live capté en mars 1971 au Fillmore West de San Francisco, la star collectionne toujours les hits – Bridge Over Troubled Water, Spanish Harlem ou Rock Steady – et collabore avec les plus grands musiciens de son temps, Quincy Jones, Curtis Mayfield ou Lamont Dozier, un des génies de la Motown.

Elle publie encore de grands albums, plus orchestrés et au tempo ralenti, tels Spirit in the Dark (1970) ou Young, Gifted & Black (« jeune, talentueuse et noire », 1972), une proclamation empruntée à Nina Simone. Sur scène, elle cultive son personnage de diva imprévisible et capricieuse aux robes extravagantes, les cheveux ramenés en chignon ou coiffés d’un boubou « Back to Africa ».

Retours à la source du gospel

En même temps, elle retourne régulièrement à la source du gospel, cette musique dont elle a proposé une forme profane sans jamais la profaner. Elle y retrouve le feu sacré, que ce soit avec Amazing Grace (1972), dont l’enregistrement, dans un temple baptiste de Los Angeles, a été filmé par Sydney Pollack et a fait l’objet d’un documentaire dont la diffusion est bloquée depuis 2015 par les avocats de la chanteuse. Ou avec le double album One Lord, One Faith, One Baptism, capté en 1987 à la New Bethel Baptist Church, là où, pour elle, tout a commencé.

A cette date, pourtant, sa carrière est dans une impasse. Sa rupture avec Atlantic à l’aube des années 1980 a été fatale. Chez Arista, elle commence par présenter la caricature qu’on attend d’elle dans le film The Blues Brothers.

Progressivement, ses choix semblent ne tendre qu’à un seul but : toucher le public adulte et conservateur qui dispose du plus fort pouvoir d’achat, à l’exception, tardive, de l’album A Rose Is Still a Rose (1998), dont la chanson-titre est écrite par Lauryn Hill. Sa consœur Tina Turner est parvenue ainsi à revenir au premier plan, pourquoi pas elle ? Cette stratégie passe par une succession lassante de duos, avec Eurythmics et Frank Sinatra, George Michael ou Elton John. Très amaigrie, Aretha Franklin avait chanté en novembre 2017 au profit de la Fondation de la lutte contre le sida de ce dernier, lors de sa dernière apparition scénique. Précédemment, elle avait fait annoncer un nouvel album, avec les participations de Stevie Wonder, Lionel Richie et (encore) Elton John.

Ses disques, aux ventes décevantes, s’étaient fâcheusement mis à ressembler à ceux de Whitney Houston, la protégée de Clive Davis, patron d’Arista, en empruntant peu à peu les formes les plus mécaniques et aseptisées du R’n’B, cet avatar moderne du rhythm’n’blues.

Elle reste néanmoins un modèle pour des générations de chanteuses, notamment les candidates aux académies de la télé-réalité, qui tentent souvent d’imiter ses envolées en forçant leur timbre alors que tout l’art d’Aretha reposait sur la maîtrise de ses capacités naturelles. Mais même dans les plus médiocres moments de sa carrière, sa voix ne pouvait trahir ses origines. Sous le vernis clinquant de la production, on entendait encore par bribes la violence du blues et l’espoir du gospel.

Aretha Franklin en 8 dates

25 mars 1942 Naissance à Memphis (Tennessee)

1956 Premiers enregistrements à Detroit (Michigan)

1966 Quitte la maison de disques Columbia pour Atlantic

1967 Respect est numéro 1 des classements pop et rhythm’n’blues

1972 Retour au gospel avec l’album Amazing Grace

1984 Décès de son père, le révérend Clarence LaVaughn Franklin

2009 Star de la cérémonie d’investiture de Barack Obama

2018 Mort à 76 ans

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lundi 13 août 2018

VINGT ANS APRÈS SA MORT, LE SUD CHANTE À NOUVEAU NINO FERRER

Par Jean-Manuel Escarnot Correspondant à Toulouse, Photo Ulrich Lebeuf. Myo

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Mercredi à la Taillade, la maison familiale de Nino Ferrer dans le Lot. Photo Ulrich Lebeuf.Myop  

Nino Agostino Arturo Maria Ferrari, dit Nino Ferrer, né le 15 août 1934 à Gênes, en Italie, et mort le 13 août 1998 à Saint-Cyprien, dans le Lot en France. 

De nombreux artistes se réuniront lundi à Montcuq, dans le Lot, pour rendre hommage au chanteur, vingt ans après sa mort.

C’est une belle bâtisse fortifiée datant du XVe siècle plantée sur le sommet d’une colline du Lot, surplombant le petit village de Saint-Cyprien. La lourde porte en chêne massif de la demeure s’ouvre sur une cour carrée, desservant les pièces aux larges murs de pierres blanches. La lumière du soleil couchant du mois d’août illumine la façade. Autour, le parc planté de cèdres centenaires au milieu duquel trône une grande table dressée pour une vingtaine de convives. De la grange attenante à la bastide s’échappe le son rond comme une caresse d’un orgue Hammond et celui des cuivres accompagnant la voix d’une chanteuse. Quand elle se tait, on entend le chant des cigales.

Nous sommes à la Taillade, le domaine acheté par Nino Ferrer - né Nino Agostino Ferrari le 15 août 1934 à Gênes - avec les royalties d’un de ses plus grands succès : le Sud, vendu à plus d’un million d’exemplaires en 1975, date de sa sortie en 45-tours. Un titre que Magali Pietri, ex-choriste de Nino Ferrer, a choisi d’interpréter pour le concert organisé lundi à Montcuq (Lot). Vingt ans jour pour jour après le suicide du chanteur le 13 août 1998, c’est ainsi que sa famille a voulu lui rendre hommage. Sans fleur ni couronnes mais avec de la musique et de la lumière : au pied de la tour cathare de Montcuq, une smala d’artistes parmi lesquels Eric Lareine, Matthieu Chedid et Sanseverino, y reprendront son répertoire sur la scène en plein air installée pour l’occasion.

Nuages

En 1977, l’auteur de Mirza, du Téléfon, des Cornichons, ou encore de Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! décide de «s’exiler» avec sa femme, Jacqueline Monestier, dite Kinou, avec qui il aura deux fils, Pierre, né le 5 septembre 1973, et Arthur, né le 14 février 1979. A la Taillade, loin de Paris et du show-business qu’il déteste, Nino mène sa barque à sa manière, exigeant, indépendant, parfois colérique. Il élève des chevaux. Dans le studio installé dans le salon de sa forteresse, il enregistre et produit cinq albums concept, explorant des pistes rhythm ’ n’blues et rock progressif, à milles lieues de l’image de «chanteur rigolo» qui lui colle à la peau. Il se remet aussi à la peinture, des tableaux surréalistes peuplés de femmes nues, de serpents et de ciels bleus parfois traversés par des nuages radioactifs de mauvais augure… Certains d’entre eux sont exposés à la mairie de Montcuq. D’autres, plus anciens, - des gouaches «redécouvertes» par Kinou «en fouillant dans les cartons rangés dans le grenier» - sont présentés à la galerie du Lion d’or, dans le centre du village. Des criques du bout du monde, des souvenirs de séjours en Nouvelle-Calédonie où, diplômé d’archéologie, le jeune «capitaine Nino», tel que l’avait dessiné Hugo Pratt dans l’une des aventures de Corto Maltese, se voyait en explorateur avant de devenir chanteur à succès. Sur l’un des murs de la galerie, une série d’autoportraits au fusain et crayon, réalisés par Nino quatre ans avant sa mort, révèle un visage figé au regard perçant. «Un regard dur sur le monde, dit Pierre, son fils aîné, décorateur de cinéma. Son visage est très animal. On le sent de façon très forte. Quand il peignait, il était calme et serein. Il pouvait s’exprimer seul, de façon plus simple et plus immédiate que dans la musique, sans luttes quant au contrôle final sur son travail.»

Retour dans la grange de la Taillade, transformée en studio de répétition. Des copains d’Arthur forment le groupe qui accompagne les artistes. Eric Lareine, natte d’Indien cheyenne et voix grave de fumeur de blondes, a choisi d’interpréter Je voudrais être noir pour rendre hommage à Nino : «Il a fait cette chanson en 1966 au moment de la lutte des Noirs pour leurs droits civiques aux Etats-Unis. Il y a de la sueur, du groove, c’est James Brown ! Il était inscrit dans son temps. C’est la même chose pour les Cornichons, c’est les vacances mais c’est aussi la bouffe, l’accumulation de biens terrestres.» Dans un registre plus jazzy, Magali Pietri reprend le Sud. «J’avais 16 ans lorsque j’ai rencontré Nino à la Taillade, lors d’une visite avec ma mère et son compagnon. Je jouais de la guitare et je chantais. Il m’a demandé de lui jouer quelque chose. J’ai repris un morceau de Crosby, Stills, Nash and Young. Il m’a proposé de devenir sa choriste. C’était magique. Mes parents m’ont donné leur accord et je suis partie en concerts avec lui, puis j’ai participé à trois de ses albums. C’était quelqu’un de généreux dans ce qu’il donnait, de ce qu’il était et dans ce qu’il nous amenait à donner. Par moments, il semblait relié à quelque chose de plus vaste, un endroit plus grand que ce monde», se souvient-elle en souriant.

Brise

Venu «en voisin», Jean-Jacques Lala, chanteur d’opéra, reprend Agata, un tango : «Nino, c’est l’icône de la région. Quand j’étais gamin, on savait qu’il habitait là. C’était un énorme musicien. C’est très technique. J’ai bossé ce morceau comme un opéra sauf que je n’ai pas la partition. J’ai travaillé à l’oreille. J’ai pris beaucoup de plaisir à m’approprier cette chanson. Ça représente la richesse de Nino. C’est ce que je retiens de lui : cette bonté, cette générosité dans son répertoire et chez les gens qui sont là. C’est aussi ce que respire ce lieu où il a vécu.» Dans le parc, une brise d’été accompagne la fin de journée. La nuit tombée, le soir autour de la table, on entend des rires.

Concert hommage au pied de la tour de Montcuq (Lot). Lundi 13 août à 20 h 30.

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jeudi 9 août 2018

Sharon Tate (RIP)

Sharon Tate est une actrice américaine, née le 24 janvier 1943 à Dallas et morte le 9 août 1969 à Los Angeles. Mariée au réalisateur Roman Polanski, elle fut assassinée chez elle par des membres de la communauté appelée « la famille » dirigée par Charles Manson, alors qu'elle était enceinte de huit mois.

Avec sa silhouette longiligne, son regard envoûtant et son allure résolument Seventies, Sharon Tate se fait remarquer par le producteur Martin Ransohoff qui l’impose à Roman Polanski dans le premier rôle féminin du Bal des vampires en 1967. La même année, le cinéaste et l'actrice tombent amoureux et décident de se marier le 20 janvier 1968 à Londres... jusqu'au drame de l'été 1969. Alors que le prochain film de Quentin Tarantino prendra comme toile de fond le meurtre de Sharon Tate, retour sur quelques clichés hypnotiques de l'actrice.

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lundi 6 août 2018

Il y a 73 ans, la première bombe atomique de l'histoire dévastait Hiroshima.

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dimanche 5 août 2018

L'ancien résistant Arsène Tchakarian est mort à l'âge de 101 ans. Il était le dernier survivant du "groupe Manouchian".

Arsène Tchakarian est né en Turquie en plein génocide arménien. Pendant la seconde guerre mondiale, il a fait partie du "groupe Manouchian", l'un des mouvements les plus actifs de la Résistance. Ce groupe avait été la cible d'une célèbre campagne d'affichage du gouvernement de Vichy et 22 de ses membres ont été fusillés en février 1944.

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L’Affiche rouge, tract de propagande placardé en France à plus de 15 000 exemplaires par le régime de Vichy sous l’Occupation, contre les résistants du FTP-MOI, dont faisaient partie les membres du groupe Manouchian exécutés au Mont-Valérien.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affiche_rouge

L’Affiche rouge est une affiche de propagande placardée en France à plus de 15 000 exemplaires par le régime de Vichy et l'occupant allemand, dans le contexte de la condamnation à mort de 23 membres des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d'Œuvre Immigrée (FTP-MOI), résistants de la région parisienne, suivie de leur exécution, le 21 février 1944.

Nécrologie : L’ancien résistant Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Manouchian, est mort

Par Dominique Buffier - Le Monde

Arsène Tchakarian est mort samedi à l’âge de 101 ans, a annoncé sa famille. Il faisait partie d’un groupe de résistants dont 22 membres avaient été exécutés par les nazis en février 1944.

Avec la mort d’Arsène Tchakarian le samedi 4 août à l’âge de 101 ans, disparaît le dernier survivant du groupe Missak Manouchian, dont 22 membres furent exécutés par les nazis le 21 février 1944 au Mont-Valérien. Après le décès d’Henri Karayan, le 2 novembre 2011, à Paris, à l’âge de 90 ans, celui d’Arsène Tchakarian renvoie la mémoire et la relation précise de cet épisode, à la fois magnifié et propice à certaines polémiques, à la seule responsabilité des historiens.

Il y a peu, Arsène Tchakarian, alerte nonagénaire, recevait encore au rez-de-chaussée de son pavillon de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) donnant sur un petit jardin. Là, au milieu de livres et de documents, il rappelait avec fougue l’action du groupe Manouchian dans la Résistance. Jusqu’à la fin de sa très longue vie, il n’aura cessé d’apporter à ce sujet son témoignage personnel, intervenant dans les établissements scolaires – où il a tenu des centaines de réunions depuis le milieu des années 1960 –, les institutions civiles et militaires, les émissions de télévision et de radio et bien sûr les commémorations annuelles.

Ses souvenirs par écrit

Il a aussi réuni par écrit ses souvenirs dans plusieurs livres : d’abord Les Francs-Tireurs de l’Affiche rouge (Ed. sociales, 1986), puis Les Fusillés du Mont-Valérien (Ed. Comité national du souvenir des fusillés du Mont-Valérien, 1991) et enfin, avec Hélène Kosséian, Les Commandos de l’Affiche rouge (Ed. du Rocher, 2012). De manière significative, ce dernier ouvrage a pour sous-titre La Vérité historique sur la première section de l’Armée secrète. Son dixième chapitre revient en effet sur la polémique suscitée en 1985 par la sortie du documentaire Des terroristes à la retraite, de Mosco Boucault.

Arsène Tchakarian rejette la thèse de ce documentaire selon laquelle le groupe Manouchian aurait été « lâché », voire « sacrifié » par la direction clandestine du Parti communiste. Il assure être définitivement parvenu à la certitude d’une trahison dans ses rangs, comme le suggérait la lettre adressée avant son exécution par Missak Manouchian à sa compagne Mélinée, dans laquelle le chef du groupe dit pardonner à tous sauf « à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus ».

Pour Arsène Tchakarian, l’auteur de cette trahison ayant mené aux arrestations de novembre 1943 est Boris Holban, mort en 2004 à l’âge de 96 ans, qui avait créé en mars 1942 et dirigé le groupe parisien des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée). Cette thèse du « traître », qui était aussi défendue par Henri Karayan, est cependant loin de faire l’unanimité, de même que l’accusation précisément portée contre Boris Holban. Des historiens de renom spécialistes de cette période, comme Denis Peschanski ou Claude Pennetier, n’y adhèrent pas. Pour Denis Peschanski, le travail de filature réalisé par la police de Vichy suffit à expliquer les arrestations.

Apatride jusqu’en 1958

Arsène Tchakarian est né le 21 décembre 1916 en Turquie, à Sabandja, ville à 80 kilomètres au sud d’Istanbul, dans la région de Bursa. A l’exemple de nombreuses familles arméniennes sur le territoire turc, les bouleversements de la première guerre mondiale et les suites du génocide de 1915 conduisent les Tchakarian sur les routes de l’exil, et tout d’abord en Bulgarie.

En 1928, la famille Tchakarian acquiert le « passeport Nansen ». Ce document d’identité créé à l’initiative de Fridtjof Nansen, premier haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des nations, est destiné aux apatrides, principalement russes et arméniens. Un statut d’apatride qu’Arsène Tchakarian conservera jusqu’en… 1958, date à laquelle il obtiendra la nationalité française.

La France, le jeune Arsène la découvre à l’âge de 14 ans à la fin de l’année 1930 en débarquant à Marseille. Après un séjour à Decazeville, dans l’Aveyron, où son père a trouvé du travail dans les mines, il rejoint Paris et devient tailleur. Passionné par l’actualité politique, il participe en 1936 aux manifestations du Front populaire et adhère à la CGT, où il rencontre pour la première fois Missak Manouchian, intellectuel, poète et militant communiste en même temps qu’ouvrier.

Distribution de tracts antihitlériens

En 1937, alors que les menaces de conflit en Europe ne cessent de grossir, Arsène Tchakarian a tout juste 21 ans. Il est appelé au service militaire dans le 182e régiment d’artillerie lourde de Vincennes. Il participe en 1939 et 1940 aux combats des Ardennes et de la Meuse. A l’issue de la défaite de la France, il est démobilisé à Nîmes le 5 août 1940. Dès novembre 1940, il se lance, à Paris, avec Missak Manouchian dans la distribution de tracts antihitlériens. Les deux jeunes gens, comme d’autres militants ou sympathisants communistes, anticipent ainsi l’entrée en résistance du Parti, qui ne s’effectuera qu’après la rupture du pacte germano-soviétique, en juin 1941. Leur activité politique se radicalisera progressivement jusqu’à l’organisation d’actions violentes.

En 1943, Manouchian et ses camarades, dont Arsène Tchakarian, font partie des FTP-MOI de Paris, qui organisent des actions armées contre l’occupant. Le 17 mars, ils se livrent à leur première opération en attaquant à Levallois-Perret une vingtaine de Feldgendarmes, des policiers militaires allemands.

En mai 1943, Manouchian est nommé responsable provisoire de la première section parisienne de l’Armée secrète, dénomination désignant une structure de coordination de différentes composantes de la Résistance. En juin 1943, après l’attaque d’un autocar de la Kriegsmarine près de l’église d’Auteuil, Arsène Tchakarian est nommé chef de la première section des « triangles commandos ». Une formation qui aurait, selon les communiqués de l’Armée secrète, réalisé près de cent quinze actions réussies entre juin et septembre.

Lorsqu’il commentait cette période, Arsène Tchakarian disait :

« Nous n’étions pas des héros. Il ne faut pas croire que nous n’avions pas peur. Nous avons résisté parce que nous en avions la possibilité : pas de famille, pas de travail. Et parce que nous aimions la France. Elle nous avait adoptés. »

Mais, à la mi-novembre 1943, la sécurité allemande et la police de Vichy réalisent une série de coups de filet, arrêtant d’abord Manouchian et seize autres membres de son groupe (qui en comptait « près de quatre-vingts », confiait Arsène Tchakarian au Monde en 1984), puis complétant leur tableau de chasse avec d’autres arrestations. Jugés par un tribunal militaire où étaient conviés les journaux de la collaboration, tous seront condamnés à mort, puis fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. La seule femme parmi les condamnés, Olga Bancic, sera décapitée en Allemagne le 10 mai 1944.

« Echapper aux griffes de la police nazie »

C’est en hommage à ces exécutions que Louis Aragon devait écrire, en 1955, le poème Strophes pour se souvenir. Texte qui sera mis en musique et chanté, en 1959, par Léo Ferré sous le nom de L’Affiche rouge, référence à la couleur de l’affiche de propagande placardée par les nazis au moment des exécutions et traitant les membres du groupe d’« armée du crime ».

Ayant, comme Henri Karayan, échappé à la rafle, Arsène Tchakarian est recherché activement en décembre 1943 par les policiers du commissaire David de la Brigade spéciale n° 2. Il se cache à Paris, au deuxième étage du 3, rue Frédéric-Sauton, dans le Quartier latin. « La protection de Léon Navar, commissaire de Montrouge, et celle de la police résistante de la Préfecture de Paris m’ont permis d’échapper aux griffes de la police nazie », affirmait-il au soir de sa vie. En mai 1944, grâce à son expérience militaire et à son action de résistant, il est envoyé à Bordeaux afin de fournir des informations en vue de préparer le bombardement du camp d’aviation de Mérignac par les Alliés.

Rappelé à Paris début juin 1944, il est envoyé alors à Montargis dans le maquis de Lorris sous le commandement du capitaine Bourgeois. Nommé lieutenant, il commande une vingtaine de résistants et après de durs combats entre dans Montargis où il occupe la Kommandantur installée à l’Hôtel des Postes.

Après la Libération, il sera nommé sous-lieutenant le 13 juillet 1948, puis obtiendra la Croix de combattant de la guerre 1939-1940 et la Médaille d’argent du ministère de la défense. En 2005, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Lors de la cérémonie de remise des insignes d’officier de la Légion d’honneur à Arsène Tchakarian, le 8 mars 2012, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, déclarait :

« A travers vous, aujourd’hui, la République rend hommage à un groupe d’hommes et de femmes qui ont donné leur vie pour la France, à ce groupe Manouchian que l’occupant appelait “l’armée du crime” et dont l’arrestation fait connaître à tous les Français leur rôle dans l’Armée de libération. »

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Guy de Maupassant

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Marilyn Monroe (June 1, 1926 - August 5, 1962)

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vendredi 3 août 2018

L'artiste Zombie Boy s'est suicidé ce mercredi 1er août 2018

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mercredi 1 août 2018

In memorem : anniversaire de Yves Saint Laurent

"A mon Amoureux, mes plus douces pensées, pour toi, la haut. Ta tendresse, tes baisers, ton sourire, tout me manque. Tu me manques. " Laetitia Casta

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Yves Mathieu-Saint-Laurent, dit Yves Saint Laurent, né le 1er août 1936 à Oran en Algérie et mort le 1er juin 2008 à Paris en France, est un grand couturier français, l'un des plus célèbres au monde et dont les collections de haute couture font partie de l'histoire du xxe siècle.

Yves Mathieu-Saint-Laurent naît à Oran où il passe sa jeunesse, avant d'arriver à Paris pour travailler chez Dior. Dessinateur doué, son influence va en grandissant dans cette maison jusqu'à remplacer Christian Dior à la mort soudaine du couturier. Yves Saint Laurent y connaît alors un triomphe à l'âge de vingt et un ans seulement, dès la première collection « Trapèze ». Quelques années plus tard, il quitte la prestigieuse maison de l'avenue Montaigne pour fonder l'entreprise qui porte son nom, avec son compagnon Pierre Bergé qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort. La première collection haute couture est présentée en 1962 ; elle sera suivie de la robe Mondrian ou la collection « Pop Art » qui rappellent son goût pour l'art, puis Le smoking et le tailleur-pantalon hérités du vestiaire masculin, la saharienne qu'il transforme d'un vêtement fonctionnel en un élément chic, les cuissardes, les blouses transparentes qui font couler tant d'encre dans la presse en pleine révolution sexuelle… Épris d'exotisme tout au long de sa vie, il est le premier à engager pour ses défilés des mannequins d'origine asiatique ou africaine. Moderniste et en phase avec son époque, il crée en parallèle à la haute couture, son prêt-à-porter de luxe sous le nom de rive gauche ; celui-ci deviendra un exemple pour de nombreux autres couturiers. Ces années là, Yves Saint Laurent découvre le Maroc où il achètera une quinzaine d'années plus tard le jardin Majorelle.

Dans les années 1970, la collection « Libération » marque les esprits ; par la suite, plusieurs autres défilés rendent hommage aux peintres, tels que Matisse ou Van Gogh, à ses inspirations lointaines comme la Russie avec la collection « Opéra-Ballets-Russes » ou l’Asie, collection symbolisée par le parfum Opium. Il connait également les excès de l'alcool, de la drogue, des médicaments, ses « faux amis ». Lors de la décennie suivante, il présente la collection « Picasso » une fois de plus référence à l'art. Durant ces années, l'entreprise croît par le succès des parfums, cosmétiques ou accessoires. Le couturier est alors récompensé d'un Oscar de la mode. À la fin des années 1990, lassé de dessiner le prêt-à-porter, il se concentre sur la haute couture pour l'abandonner finalement en 2002.

Perpétuellement entouré et inspiré par les femmes, de Victoire à Betty Catroux, de Catherine Deneuve à Katoucha, Yves Saint Laurent sait au cours de sa carrière créer pour elles, et laisse à sa mort en 2008 un héritage majeur pour la mode ainsi que de nombreux classiques de la garde-robe féminine. Les musées, le cinéma ou les éditeurs ne cesseront de lui rendre hommage.

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