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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mercredi 13 juin 2018

Kim Jong-un / Donald Trump

 

 

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mardi 12 juin 2018

Donald Trump / Kim Jong-un

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Donald Trump / Kim Jong-un

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Donald Trump et Kim Jong-un écrivent l’Histoire au rendez-vous de Singapour

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Par Gilles Paris, Singapour, envoyé spécial - Le Monde

Après une longue poignée de mains, les deux dirigeants se sont entretenus pendant trente-huit minutes, mardi 12 juin, dans la cité-Etat. Cette rencontre inédite n’est que la première étape de négociations qui s’annoncent compliquées.

A l’heure dite, une page d’Histoire a été écrite à Singapour, mardi 12 juin. Kim Jong-un et Donald Trump se sont avancés l’un vers l’autre, longeant un mur de drapeaux de la Corée du Nord et des Etats-Unis, avant de se serrer longuement la main. Les deux hommes, qui échangeaient les insultes il y a encore moins d’un an – lorsque le président des Etats-Unis évoquait à la tribune de l’ONU l’hypothèse d’une « destruction totale » du régime nord-coréen en cas d’agression contre son pays ou l’un de ses alliés –, ont pu mesurer le chemin parcouru lors d’un premier tête-à-tête de trente-huit minutes, avec leurs interprètes, précédé par quelques mots livrés à la presse. « Beaucoup de gens vont considérer ça comme de la science-fiction », a assuré le dirigeant nord-coréen dans la matinée.

Premier arrivé à l’hôtel de luxe sélectionné pour abriter ce sommet sans précédent et placé sous haute surveillance, Kim Jong-un a convenu que « le chemin pour en arriver là n’a pas été facile ». « Les vieux préjugés et les anciennes habitudes ont été autant d’obstacles, mais nous les avons tous surmontés pour nous retrouver ici aujourd’hui », a-t-il poursuivi. Ses premières paroles à l’endroit de celui qu’il qualifiait encore, il y a quelques semaines, de « vieux gâteux », ont été des plus amènes : « Ravi de vous rencontrer, Monsieur le président », a-t-il alors assuré.

Donald Trump, qui affiche son optimisme depuis qu’il a pris la décision de répondre favorablement à une offre de rencontre du dictateur nord-coréen en mars, n’a pas été non plus avare d’amabilités. « C’est un honneur, nous allons avoir une relation formidable », a-t-il estimé, d’ores et déjà convaincu que ce sommet sera « un immense succès ». Le président des Etats-Unis, qui n’avait pas exclu, par le passé, de quitter la rencontre en cas de désaccord, avait assuré samedi qu’il serait à même de jauger les chances de réussite dès « la première minute ».

Une seconde, puis une troisième poignée de main, lorsque les deux hommes se sont retrouvés en compagnie de leurs entourages respectifs pour une négociation plus approfondie, ont attesté que Kim Jong-un avait passé avec succès cette épreuve. Un déjeuner commun a également permis ensuite de mettre en scène cette relation naissante.

Longues négociations à venir

Les deux hommes, il est vrai, sont pour l’instant unis par un même souci : montrer que leur pari est payant. Pour le dirigeant nord-coréen, qui s’était autorisé une déambulation nocturne dans Singapour, la veille, en compagnie de ses hôtes singapouriens, le gain d’une rencontre avec le dirigeant de la première puissance mondiale, l’ennemi stigmatisé de longue date par la propagande de Pyongyang, est manifeste. Donald Trump, de son côté, peut se prévaloir d’une détente obtenue en prenant le contre-pied de ses prédécesseurs, qui ont toujours considéré, quelles que soient les administrations, qu’une rencontre au sommet ne pourrait que couronner de longues négociations. « Nous allons régler le problème », a-t-il commenté mardi matin.

Peu après l’entrevue, Donald Trump, qui a évoqué une « rencontre fantastique » avec Kim Jong-un, a annoncé qu’il allait signer un document avec le leader nord-coréen, dont il n’a pas précisé la teneur.

Le plus dur, si l’on se fie aux tentatives de négociations précédentes – toutes sanctionnées par des échecs –, reste pourtant à venir pour les deux hommes. Les Etats-Unis n’entendent pas atténuer le régime de sanctions imposé en 2017 avec le soutien de la communauté internationale, aux Nations unies, tant qu’une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord n’aura pas été établie. Pyongyang, pour sa part, a écarté un processus dans lequel il n’obtiendrait rien de Washington en échange, sans pour autant avoir publiquement avancé une liste de demandes.

L’importance prise au cours des dernières semaines par le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, fort de la connaissance du dossier nord-coréen obtenue lors de son passage à la direction de la CIA, a donné des marges de manœuvres plus importantes à Donald Trump que celles qu’aurait sans doute autorisées le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, un ennemi de longue date de Pyongyang. Malgré le premier succès que constitue en elle-même la rencontre de Singapour, le « processus » américano-nord-coréen n’en est encore qu’à ses débuts.

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lundi 11 juin 2018

Sommet avec Kim Jong-un : Donald Trump face au défi de la diplomatie

Par Gilles Paris, Singapour, envoyé spécial -Le Monde

Le président américain devrait devenir le premier à s’entretenir avec un dirigeant de la Corée du Nord, mardi à Singapour. Après deux ans de coups d’éclat, il va devoir lancer un processus complexe.

Donald Trump va mettre à l’épreuve ses instincts le 12 juin, à Singapour, en devenant le premier président des Etats-Unis à s’entretenir avec un dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un. « Vraiment confiant », il a jugé samedi matin avant de quitter prématurément un sommet du G7 particulièrement houleux, au Canada, qu’il saurait peut-être « dès la première minute » si cette rencontre sera un succès. Après avoir multiplié au cours de ses seize premiers mois passés à la Maison Blanche les initiatives unilatérales, les coups d’éclat et les attaques verbales sur son compte Twitter, y compris lundi matin à Singapour, il va devoir construire.

Ce président non-conventionnel avait pris de court le monde entier le 8 mars, y compris son entourage proche, en acceptant au pied levé une invitation de Kim Jong-un qui avait transité par le conseiller à la sécurité nationale du président sud-coréen Moon Jae-in, Chung Eui-yong. Ce pari va se matérialiser mardi. Il intervient après deux tentatives américaines infructueuses, au cours des vingt-cinq dernières années, pour parvenir à la dénucléarisation de la Corée du Nord. La situation a changé depuis ces échecs, Pyongyang assure désormais maîtriser l’arme suprême.

Donald Trump a rompu avec la prudence observée par tous ses prédécesseurs vis-à-vis de la Corée du Nord. Tous ont considéré jusqu’à présent que le bénéfice d’une rencontre au sommet ne pouvait que conclure des pourparlers fructueux. Fort de sa conviction d’être un négociateur hors pair, le président des Etats-Unis mise au contraire sur le facteur personnel pour amorcer le « processus » qui doit permettre une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible », selon le mot d’ordre de la diplomatie américaine. Un choix cohérent compte tenu de sa volonté de se démarquer de tout ce qui a été expérimenté avant lui.

Le dossier nord-coréen ne figurait pas parmi les priorités de Donald Trump pendant la campagne présidentielle. Il ne l’avait mentionné que très brièvement dans son unique discours de politique étrangère, en avril 2016, principalement pour critiquer le président alors en fonction, Barack Obama. Ce dernier avait cependant indiqué qu’il compterait parmi les priorités de son successeur lors d’une entrevue à la Maison Blanche, le 10 novembre, deux jours après l’élection de Trump. Selon Jon Wolfsthal, conseiller de Barack Obama pour la non-prolifération de 2014 à 2017, le président sortant aurait alors suggéré au président élu de modifier le rapport de forces par le biais de sanctions. La politique de « pression maximum » qui s’est traduite par un large front commun aux Nations unies, découlerait directement de ce conseil.

Opportunité historique

Les sanctions sans précédents appliquées depuis un an ont joué leur rôle. Tout comme la conjonction de l’aboutissement de la quête nucléaire de Pyongyang, et de l’arrivée au pouvoir à Séoul d’un président désireux de multiplier les ouvertures en direction du voisin du nord pour éviter le « feu et la fureur » promis en août par Donald Trump. Cette situation favorable offre à ce dernier une opportunité historique.

Au crédit de l’administration américaine, les interférences qui avaient pu expliquer la brève annulation de la rencontre, le 24 mai, ont cessé. Selon Jon Wolfsthal, qui a participé à un rapport de l’International Crisis Group consacré à la négociation à venir, le sommet de Singapour est un « Pompeo show », du nom du secrétaire d’Etat, qui a rencontré à deux reprises Kim Jong-un au cours des derniers mois, tout d’abord en tant que directeur de la CIA, puis comme chef de la diplomatie américaine.

Réputé sceptique par rapport aux intentions de Pyongyang, le secrétaire à la sécurité nationale du président, John Bolton, s’est placé en retrait, conscient de l’importance accordée par Donald Trump au sommet, « même s’il espère peut-être que le processus s’effondre sous son propre poids », selon Jon Wolfsthal. Ce retrait favorise manifestement une plus grande souplesse de Washington. A la quasi-reddition hic et nunc initialement envisagée a succédé une approche graduelle, même si, officiellement, les Etats-Unis n’ont pas encore fait leur un autre principe, celui de la réciprocité demandée par Pyongyang.

Le « processus » va ensuite tester l’intérêt de Donald Trump sur la durée. Comme l’assure Joseph De Trani, ancien négociateur pendant le mandat de George W. Bush, il doit en effet passer par de multiples étapes, dont « une déclaration initiale de la Corée du Nord sur son programme nucléaire, puis un accord sur un protocole de vérification et de contrôle par des inspecteurs ».

Enjeux multiples

« Ce n’est qu’après que la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible aura été effective, et que la Corée du Nord aura reçu des assurances sur sa sécurité, une assistance économique et l’établissement de liens conduisant à une normalisation formelle que l’on pourra considérer comme accompli le règlement pacifique de ce dossier », ajoute-t-il, en écartant toute possibilité de « succès rapide » mais en affichant sa confiance dans la détermination du président.

Que peut proposer en échange Washington sans amoindrir le régime de sanctions ? La presse américaine avançait avant la rencontre une reconnaissance diplomatique sans que l’on sache si elle est recherchée à ce stade par Pyongyang.

Dans une tribune publiée par le site Politico, Wendy Sherman, l’une des principales négociatrices de l’accord nucléaire conclu par le démocrate Barack Obama avec l’Iran en 2015, estime qu’en reniant la parole des Etats-Unis et en se retirant de ce compromis, Donald Trump a rehaussé la barre pour la Corée du Nord. Qu’il s’agisse du régime d’inspection jugé insuffisant en Iran alors qu’il est le plus rigoureux de l’histoire de la lutte contre la prolifération, de l’interdiction du moindre programme nucléaire civil pour Téhéran, ou encore l’interdiction des missiles à courte et à moyenne portée. « Si Donald Trump n’exige pas cela également de la Corée du Nord, il aura failli à ses propres critères », estime Wendy Sherman.

Les enjeux, pour Donald Trump, sont multiples. Il s’agit pour lui de marquer l’histoire en réussissant là où tous ses prédécesseurs ont échoué. Une dénucléarisation réussie lui permettrait aussi de réduire l’empreinte militaire des Etats-Unis dans la région. La Corée du Sud et le Japon abritent deux des trois plus importants contingents de soldats américains dans le monde. Le candidat, puis le président, n’ont cessé de stigmatiser ces déploiements qui détournent, selon lui, les Etats-Unis de leurs priorités intérieures.

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Dans les deux Corées, le rappel tenace d’une guerre « oubliée »

Par Philippe Pons, Tokyo, correspondant - Le Monde

Kim Jong-un et Donald Trump sont arrivés dimanche à Singapour pour un sommet historique. Depuis la signature de l’armistice, en 1953, le contentieux entre Américains et Nord-Coréens est nourri.

Deux cent quarante-huit kilomètres de double grillage surmonté de barbelés qui courent comme une ligne brisée, d’est en ouest de la péninsule. Eclairés la nuit par des projecteurs, ponctués de miradors et de bunkers avec, en deçà, des batteries d’artillerie camouflées… A hauteur du 38e parallèle, la guerre s’est inscrite dans le paysage de la péninsule coréenne et le quotidien de chaque Coréen, depuis plus d’un demi-siècle.

Le climat de tension permanente qui règne dans la péninsule est l’héritage d’une guerre (1950-1953) inachevée, suspendue à un armistice, c’est-à-dire un accord militaire de cessez-le-feu, par définition temporaire, qui n’a jamais été suivi d’un traité de paix. L’arrêt des hostilités, signé le 27 juillet 1953 à Panmunjom, a laissé de chaque côté de la zone démilitarisée, cette bande de 4 kilomètres de large épousant l’ancienne ligne de front, deux armées sur le pied de guerre : au Nord, 1,2 million d’hommes ; au Sud, 650 000, épaulés par 25 000 GI et la force de frappe nucléaire américaine.

Tout accord sur la question nucléaire, susceptible d’intervenir à l’issue du sommet entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, prévu le mardi 12 juin à Singapour, suppose de mettre fin à cet état de belligérance. L’atmosphère de conflit latent pèse sur la stabilité de la région et nourrit en République populaire démocratique de Corée (RPDC, nom officiel de la Corée du Nord) un sentiment de menace, la crainte d’une attaque nucléaire américaine, à l’origine de sa volonté de se doter d’une force de dissuasion, pour préserver son indépendance et garantir la survie du régime de Pyongyang.

Il est difficile d’imaginer, en contemplant le paysage verdoyant de petites montagnes ondulant à perte de vue de la zone démilitarisée, que cette région était, il y a soixante-cinq ans, dénudée et dévastée de trous d’obus. Avec près de 4 millions de morts, en majorité des civils, la guerre de Corée fut la première et la plus meurtrière de la guerre froide qui commençait. Si, en Europe, l’équilibre de la terreur fut une période de paix, en Asie, il fut marqué de « guerres chaudes », en Corée puis au Vietnam.

« Hordes barbares de Gengis Khan »

Aux Etats-Unis, la première a souvent été qualifiée de « guerre oubliée ». Censurée pendant les combats, elle fut peu glorieuse. Des atrocités furent commises de part et d’autre, accompagnées d’un florilège de déclarations dans lesquelles se conjuguaient l’anticommunisme et le racisme d’un maccarthysme virulent : « Nous combattons les hordes de barbares de Gengis Khan », écrivait ainsi le responsable de la rubrique militaire du New York Times au début du conflit.

Finalement, cette guerre ne changea rien, chaque partie retournant pratiquement sur ses positions initiales. On comprend qu’elle ne se prête guère aux célébrations. Elle fut ensuite éclipsée par celle du Vietnam, ultramédiatisée et devenue le conflit mythique de toute une ­génération d’Américains.

Pourtant, cette guerre est incontournable, car elle « imprime encore sa marque à la situation stratégique bloquée entre mer Jaune et mer du Japon… Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est ni plus ni moins le solde d’une période de glaciation stratégique de la région », écrit ainsi Jean Dufourcq dans la postface du livre de référence (La Guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, sous la direction de Pierre Journoud, L’Harmattan, 2014) sur cette guerre peu connue en France en dépit de l’héroïsme du « bataillon de Corée », composé de 3 421 volontaires français (dont 269 furent tués).

Lointaine aventure militaire, ­retracée par Jean Lartéguy dans son livre Les Mercenaires (1960, rééd. Presses de la Cité, 2012), et à laquelle est consacré un « chemin de mémoire » dans la zone démilitarisée ponctuant les lieux où le contingent français a combattu. La présence sur le terrain du bataillon de Corée a fait de la France un membre de la commission militaire d’armistice, appelée à jouer un rôle dans le règlement de la question coréenne.

« Le communisme à l’offensive »

« Imaginer l’avenir politique de la Corée est inséparable de l’exploration des origines de la guerre », estime l’anthropologue Heonik Kwon (The Other Cold War, Columbia University Press, 2010, non traduit). Inscrit dans la guerre froide, ce conflit fratricide élargit le fossé entre les deux parties d’une Corée divisée arbitrairement à hauteur du 38e parallèle par les Etats-Unis et l’Union soviétique au lendemain de la défaite du Japon en août 1945. Il est aussi à l’origine de la stratégie des Etats-Unis dans la région et du renforcement de la ligne des grands archipels (Japon, Taïwan, Philippines) visant à endiguer la Chine.

Pendant longtemps, l’approche historique de cette guerre s’est focalisée sur ses causes immédiates : le 25 juin 1950, le Nord envahit le Sud. « Le communisme est passé à l’offensive », déclara alors le président américain Harry Truman. Celle-ci devait être contrée par une « opération de police » qui tourna vite à l’enlisement dans un conflit meurtrier et sans vainqueur. Les forces des Nations unies chargées de cette « opération de police » réunirent seize pays, dont la France, sous commandement américain.

EN CORÉE DU SUD, UN TRAVAIL DE MÉMOIRE DOCUMENTE L’« HISTOIRE CACHÉE » D’UN CONFLIT UTILISÉ POUR JUSTIFIER DES DICTATURES MILITAIRES SOUTENUES PAR WASHINGTON

Les forces alliées repoussèrent l’envahisseur, qui avait pris le contrôle de presque toute la Corée du Sud, non seulement au-delà du 38e parallèle, mais jusqu’au fleuve Yalu, qui marque la frontière avec la Chine. Une erreur stratégique. Cette avancée allait provoquer une contre-offensive des « volontaires » chinois qui, à leur tour, repoussèrent les forces des Nations unies au-delà du 38e parallèle, au prix de lourdes pertes dans chaque camp.

La retraite fut si humiliante pour les Etats-Unis que le général Douglas MacArthur, commandant des forces alliées, demanda le recours à l’arme atomique. Celui-ci lui fut refusé, par crainte d’une réaction soviétique et chinoise. Au cours des deux années suivantes, les forces en présence menèrent une guerre de position, jusqu’à la signature de l’armistice, en 1953.

Pas moins de 158 rencontres, entre Américains et Nord-Coréens, furent nécessaires pour arracher un accord. La Corée du Sud, elle, refusa de signer. Son président, Syngman Rhee, estimait en effet que cet accord ne faisait que perpétrer la division de la péninsule. Il s’engagea cependant à en respecter les termes. Quelques mois plus tard, en avril 1954, les belligérants se réunirent à Genève pour négocier la paix. Ce fut un échec. Les seize pays de l’alliance onusienne en prirent acte, décidant que les pourparlers n’avaient pas lieu d’être poursuivis. L’armistice fut donc laissé en l’état.

Il fallut attendre les années 1970-1980 pour que la vision d’une guerre ramenée à une simple « perfidie communiste » soit mise en cause par des historiens américains et sud-coréens. Ils ont cherché à replacer les origines du conflit dans un contexte local plus complexe. Cette réinterprétation de l’histoire a été étayée par des recherches d’historiens sud-coréens au moment du processus démocratique débuté en 1987 dans le sud de la péninsule et à la fin de la guerre froide.

Commença alors en Corée du Sud un travail de mémoire sur l’« histoire cachée » d’un conflit qui avait été utilisé pour justifier des dictatures militaires soutenues par les Etats-Unis de 1948 à 1987 : réévaluation du rôle des Américains, atrocités commises sur les populations civiles, apparition d’un sentiment nationaliste « pancoréen » embrassant les deux Corées… Cette relecture de l’histoire prit un tour institutionnel en 2005 avec la création, en Corée du Sud, par le président de centre gauche Roh Moo-hyun, de la Commission pour la vérité et la réconciliation.

Parmi les pionniers de cette réinterprétation, l’historien américain Bruce Cumings (The Origins of Korean War, vol 1 et 2, Princeton University Press, 1981, et The Korean War, a History, Modern Library, 2010, non traduits) estime que ce conflit fut, d’abord, une guerre civile. Sans nier la responsabilité de Kim Il-sung dans son déclenchement ni le rôle de Staline, qui donna son aval à l’offensive, l’historien explique que cette guerre fut la conséquence tragique de la division du pays et de l’existence de deux Etats prétendant, chacun, représenter la Corée tout entière.

« Qui déclencha la guerre de Sécession ? Qui déclencha la guerre du Vietnam ? », interroge l’historien, soulignant que « les guerres civiles n’ont pas un seul responsable », mais qu’elles sont l’aboutissement d’un processus, dont les causes sont inscrites dans la complexité des événements qui les précèdent.

« La frontière est elle-même la guerre »

« Lorsqu’un pays est partagé en deux par une frontière artificielle et que de chaque côté s’exercent les plus inconciliables des propagandes, il est naïf de se demander d’où vient la guerre : c’est cette frontière qui est elle-même la guerre », écrivait le photographe et documentariste Chris Marker à la fin des années 1950. Selon l’historienne Kathryn Weathersby, qui a dépouillé les archives soviétiques, « l’origine de la guerre de Corée tient à la division de la Corée en 1945, et à la polarisation de la politique qui en résulta. Les Soviétiques jouèrent un rôle dans son déclenchement, sans en être les initiateurs » (The Soviet Role in the Early Phase of the Korean War, Journal of American-East Asian Relations, 1993).

LA GUERRE DE CORÉE EST LE POINT DE DÉPART OBLIGÉ DE TOUTE RECONFIGURATION DES RAPPORTS DE FORCE EN ASIE DE L’EST

A la veille du conflit, la situation chaotique qui régnait au Sud avait persuadé le dirigeant nord-coréen Kim Il-sung qu’une victoire rapide était possible. Sur le 38e parallèle, au printemps 1950, les accrochages se multiplièrent. Quant au président sud-coréen Syngman Rhee, installé à Séoul par les Américains, il nourrissait l’ambition de réunir la péninsule par la force. Mais son armée n’était pas prête, et le pays était en état de quasi-insurrection.

En mars 1950, Walter Sullivan affirmait dans les pages du New York Times que « le sud de la péninsule est obscurci par un nuage de terreur, peut-être sans égal dans le monde ». Deux ans plus tôt, la rébellion contre la dictature de Syngman Rhee avait été marquée de massacres de population perpétrés par la garde nationale et les milices du régime, notamment dans l’île de Jeju où 14 373 personnes furent tuées, selon la Commission pour la vérité et la réconciliation, et plus de 20 000 selon les estimations des habitants.

La guerre de Corée donna lieu à un enchaînement d’erreurs stratégiques de part et d’autre. La prise de contrôle du Sud par les forces du Nord fut rapide. En revanche, le soulèvement attendu de la population acclamant les « libérateurs » nord-coréens ne fut pas au rendez-vous. Staline se trompa en estimant que les Etats-Unis n’interviendraient pas : Washington décida de faire de la question coréenne un test de solidité de la toute nouvelle Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), créée l’année précédente. Quant aux stratèges américains, ils commirent l’erreur de miser sur la non-intervention de la Chine.

Des villes réduites en cendres

A Pyongyang et à Séoul, mais aussi à Dandong, en Chine, les musées de la guerre de Corée racontent des histoires différentes quant à ses origines, son déroulement, et ses conséquences. Dans les mémoires, en revanche, cette lutte fratricide reste une blessure profonde, au Nord comme au Sud. Les combats ravagèrent la péninsule jusqu’au fin fond des villages, dressant les uns contre les autres – y compris au sein des familles –, et furent émaillés d’atrocités commises, par chacune des parties, sur la population civile : villages incendiés, exécutions de collaborateurs ou supposés tels.

Au Nord, les villes furent réduites en cendres par les bombardements : 653 000 tonnes de bombes, dont certaines au napalm, furent larguées sur le pays. Pyongyang, rasée aux quatre cinquièmes, n’était plus qu’« une étendue de ruines », selon l’écrivain Claude Roy, qui s’y rendit en 1952. Dans une interview à l’Office of Air Force History, en 1984, le général Curtis LeMay, commandant des forces aériennes américaines en Corée, dressait lui aussi un bilan accablant : « En trois ans, nous avons éliminé – quoi ? – 20 % de la population », soit 1,9 million d’individus.

La mémoire de ces souffrances est entretenue en Corée du Nord. La lutte des partisans contre l’occupant japonais, puis la résistance à l’envahisseur américain sont inlassablement commémorées. Conjuguées à la menace pesant sur un pays transformé depuis un demi-siècle en une citadelle assiégée, ­elles concourent à entretenir un patriotisme farouche, ferment de légitimité du régime de Pyongyang.

La question de la souveraineté sur le territoire

Cette « guerre oubliée » est un héritage aussi tragique qu’incontournable : le point de départ obligé de toute reconfiguration des rapports de force en Asie de l’Est. Y mettre un terme par un traité de paix revient à mettre fin à l’ordre de la guerre froide, dont la division de la péninsule reste le dernier stigmate et sur lequel se focalisent les antagonismes régionaux. Du point de vue du droit international se posera aussi inévitablement la question des signataires de ce traité : l’armistice fut signé par les Etats-Unis, la Chine et la RPDC, mais non par la République de Corée (Sud). Des ajustements seront donc nécessaires dans le statut des deux Corées.

Bien que celles-ci soient entrées simultanément aux Nations unies en 1991, entérinant de facto la division de la péninsule en deux Etats, chacune revendique encore dans sa Constitution le fait de représenter la péninsule coréenne dans son intégralité et d’avoir la souveraineté sur la totalité du territoire national.

Un traité de paix mettant fin à la guerre de Corée ne suffira pas en soi à assurer la stabilité de la région : soixante-cinq ans après la suspension des hostilités, la situation a considérablement changé. La Chine, le Japon et les deux Corées ne sont plus les pays qu’ils étaient au début des années 1950. Toute stabilisation de la péninsule suppose la négociation d’un accord de sécurité collective multilatéral entre les principaux acteurs (Chine, deux Corées, Etats-Unis, Japon et Russie), pour mettre fin à la présence des deux armadas postées de part et d’autre de la zone démilitarisée : une remise à plat de l’ordre né de la guerre froide qui demandera du temps.

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dimanche 10 juin 2018

Donald Trump

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Kim Jong-un

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Washington-Pyongyang : une défiance réciproque

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Par Philippe Pons, Tokyo, correspondant - Le Monde

Depuis la signature de l’armistice, en 1953, le contentieux entre Américains et Nord-Coréens est nourri. Chaque côté s’accuse réciproquement de violation de l’armistice et de promesses non tenues.

Il y a un certain angélisme à attendre d’un adversaire qu’il négocie « avec sincérité » : quel Etat négocie sans arrière-pensée ? Cette sincérité est pourtant une demande récurrente de Pyongyang et de Washington dans tous les préambules à des pourparlers : elle est révélatrice de la méfiance viscérale des deux parties.

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) est le plus vieil ennemi des Etats-Unis, « un pays que les Américains aiment haïr », selon l’historien Bruce Cumings. Un pays qu’ils n’ont pas réussi à vaincre et qui, depuis, les insulte et les menace. Pour les Nord-Coréens, les Etats-Unis sont l’ennemi juré qui les ont envahis en 1950, rasèrent leurs villes et, par la suite, les menacèrent d’une attaque nucléaire. La propagande antiaméricaine est onmiprésente en RPDC, et l’hostilité entretenue par les commémorations des souffrances passées.

Depuis la signature de l’armistice, en 1953, le contentieux entre Américains et Nord-Coréens est nourri. Chaque côté s’accuse réciproquement de violation de l’armistice et de promesses non tenues. Pour Washington et ses alliés, l’« Etat voyou » ne respecte pas ses engagements et joue de la bonne foi américaine. Le régime nord-coréen est assurément retors et a sa part de responsabilité dans l’échec des négociations de ces deux dernières décennies. Mais la « bonne foi » proclamée des Etats-Unis peut aussi être prise en défaut.

Deux exemples appellent des lectures plus pondérées que la simple rouerie nord-coréenne : la rupture de l’accord de 1994 entre Pyongyang et Washington, et la crise provoquée par Washington dans les jours qui suivirent un autre accord, négocié en septembre 2005 dans le cadre des pourparlers à Six (Chine, deux ­Corées, Etats-Unis, Japon et Russie).

Intervenu à la suite de la découverte des activités nucléaires à visée militaire de la RPDC, l’accord de 1994 a été le plus durable et le plus efficace. La RPDC s’engageait à geler son programme nucléaire sous la surveillance des inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), en échange de la fourniture annuelle par les Etats-Unis de 500 000 tonnes de gazole, de la normalisation des ­relations entre les deux pays et de la livraison par un consortium international d’une centrale atomique à eau légère (comportant moins de risque de détournement de l’énergie à des fins militaires). Mais peu après, les républicains obtenaient la majorité au Congrès. Hostiles à l’accord, ils s’emploieront à le vider de sa substance. La centrale ne fut jamais construite et les livraisons de gazole s’espacèrent : la RPDC « avait tout lieu d’être déçue que les Etats-Unis n’aient pas pleinement respecté leurs engagements », déclarait Robert Gallucci, l’un des négociateurs de l’accord, devant le Congrès, en juillet 1998.

Dans l’« axe du Mal »

Constatant que les Etats-Unis traînaient des pieds pour normaliser leurs relations alors que son programme nucléaire avait bien été gelé, Pyongyang chercha à se doter clandestinement d’un programme d’enrichissement de l’uranium. En 2002, après avoir placé la RPDC dans l’« axe du Mal », George Bush saisit ce prétexte pour mettre fin avec fracas à l’accord de 1994. La RPDC se retira du traité de non-prolifération, expulsa les inspecteurs de l’AIEA et relança sa production de plutonium.

Dans une enquête minutieuse, Melt­down : the Inside Story of the North Korean Nuclear Crisis (St. Martin’s Griffin, 2008, non traduit), Mike Chinoy, chercheur au US-China Institute, a démonté le mécanisme de cette crise provoquée pour de fausses raisons, comme l’avait été l’invasion de l’Irak en 2003 (des armes de destruction massive qui n’existaient pas). Dans le cas coréen, Washington prétendit que le programme d’enrichissement était opérationnel. Ce qui était faux : la CIA le reconnaîtra à demi-mot en 2007. La RPDC était certes de mauvaise foi, mais Washington aussi, en manipulant les données fournies par la CIA pour faire du programme d’enrichissement de l’uranium un danger immédiat. Embryonnaire en 2002, il ne sera opérationnel qu’en 2010.

La crise ouverte au lendemain de la ­signature, en septembre 2005, d’un accord sur la dénucléarisation de la RPDC intervenu dans le cadre des pourparlers à Six, est un autre exemple de torpillage. A peine l’accord signé, le Trésor américain accusait une banque de Macao (Banco Delta Asia, BDA) de blanchiment d’argent pour le compte de la RPDC et gelait une douzaine de comptes nord-coréens. La mise à l’index de la BDA fit boule de neige : la plupart des banques suspendirent leurs transactions avec la RPDC, paralysant ses réseaux financiers. Pyongyang se retira des négociations et exigea le déblocage des fonds.

Réaction par un premier essai nucléaire

Simple coïncidence entre la signature d’un accord et l’action de police financière du Trésor ? Dans ses Mémoires, le négociateur américain de l’accord, Christopher Hill, en doute. En octobre 2006, la RPDC réagit en procédant à son premier essai nucléaire. « Les Américains doivent assumer la responsabilité d’errements qui ont conduit à une situation plus grave qu’elle ne l’était en 2002 », estimait alors Yang Sung-chul, ancien ambassadeur sud-coréen aux Etats-Unis. Peu après, la défaite des républicains au Congrès contraignit George Bush à restituer les fonds pour renouer les pourparlers. Les accusations de blanchiment et de faux-monnayage n’ont jamais été établies. Les pourparlers reprirent en juin 2007, mais capotèrent en raison d’un différend sur les sites à inspecter.

« Les Nord-Coréens ne respectent pas leurs engagements en partie parce qu’ils pensent que les Etats-Unis ne respectent pas les leurs », déclarait le 9 mars, sur la chaîne CNN, Daryl Kimball, directeur de l’Arms Control Association à Washington. Une ombre qui risque de peser sur le sommet de Singapour.

Le sommet Trump-Kim, « une occasion unique ». Depuis le sommet du G7, à La Malbaie, au Canada, Donald Trump a souligné, samedi 9 juin, que sa rencontre avec le dirigeant Kim Jong-un, mardi à Singapour, était une « occasion unique » pour résoudre la question du nucléaire nord-coréen. « J’ai l’impression que Kim Jong-un veut faire quelque chose d’important pour son peuple, et il en a l’opportunité… C’est une occasion unique » qui « ne se représentera jamais », a déclaré le président américain. « Je suis dans une mission de paix, et nous allons porter les cœurs de millions de gens, du monde entier, a-t-il poursuivi. Nous devons obtenir une dénucléarisation. Il faut démarrer quelque chose. Nous croyons vraiment que la Corée du Nord sera un endroit formidable très bientôt. » Donald Trump, qui estime qu’il verra « peut-être dès la première minute » si les Nord-Coréens « sont sérieux ou non », est le premier président américain en exercice à négocier en direct avec un dirigeant nord-coréen, sur une possible dénucléarisation du régime reclus.

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Isolé, Trump est parvenu à imposer son agenda au cours d’un G7 explosif

g7

Par Marc Semo, La Malbaie, Québec, envoyé spécial - Le Monde

Les sept dirigeants réunis au Québec ont réussi à se mettre d’accord sur une déclaration commune sur le commerce… désavouée quelques heures plus tard par le président américain.

Les apparences étaient sauves. Malgré les tensions initiales et des différends de fond à peine masqués par les sourires et les traditionnelles accolades, les dirigeants des pays du G7 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Canada, Japon) réunis les vendredi 8 et samedi juin 9 à La Malbaie, au Québec, avaient réussi à se mettre d’accord sur une déclaration finale commune. Un texte de compromis de huit pages et vingt-huit points laborieusement négociés jusqu’au dernier moment. Il s’agit « de déclarations et il faut attendre des actes », avait rappelé, prudent, Emmanuel Macron. « Mais même si ce texte n’est pas juridiquement contraignant, la signature du président américain l’engage. »

Las, quelques heures à peine après la publication du communiqué, alors qu’il était en route pour Singapour, où il doit rencontrer mardi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, le président américain Donald Trump a retiré bruyamment son soutien au texte, via son canal de communication préféré, Twitter : « En raison des fausses déclarations de Justin [Trudeau, premier ministre canadien] à sa conférence de presse, et du fait que le Canada impose des taxes massives sur nos agriculteurs, travailleurs et entreprises américains, j’ai demandé à nos représentants américains de retirer le soutien au communiqué, tandis que nous envisageons des tarifs douaniers sur les automobiles qui inondent le marché américain ! »

Dans un second tweet, il a même insulté le Canadien, jugé « très malhonnête et faible ». La cause de son ire ? M. Trudeau a estimé samedi à l’issue du sommet que les droits américains étaient, « pour les Canadiens qui se sont battus aux côtés des soldats américains », « plutôt insultants » – les Etats-Unis ayant invoqué un enjeu de sécurité nationale pour justifier la hausse des droits de douanes. « Nous sommes polis, raisonnables, mais nous ne nous laisserons pas bousculer », a ajouté le premier ministre canadien.

Davantage un « G6 + 1 »

Ce dernier rebondissement conclut un sommet qui a davantage relevé du « G6 + 1 » que du G7, comme cela avait déjà été le cas à Taormine (Italie) lors du précédent G7 ou à Hambourg (Allemagne), en 2017, à la fin du G20.

« L’accord entre tous les membres du G7 sur la question commerciale, en particulier les Etats-Unis, a permis de stopper une certaine escalade mais il faut désormais que ces derniers agissent conformément à ce texte », voulait croire Emmanuel Macron. Angela Merkel soulignait en écho que cette position commune sur le commerce ne résolvait « pas les problèmes dans le détail ».

« Nous soulignons le rôle crucial d’un système commercial international fondé sur des règles et continuons à combattre le protectionnisme », peut-on lire dans le communiqué final. La mention de nécessaires « règles » collectives était une exigence des Européens, qui n’ont eu de cesse de dénoncer les menaces de guerre commerciale de Donald Trump.

Le texte relève aussi le rôle clef de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), symbole de tout ce qu’abhorre Donald Trump. Mais elle évoque aussi sa nécessaire réforme qu’Emmanuel Macron appelait déjà de ses vœux lors de son discours devant l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) le 30 mai. Ce document de compromis répond à certaines exigences du président américain reprenant le mot de « réciproque » pour le libre-échange, qui se doit d’être également « libre, équitable et mutuellement avantageux ».

« 10 sur 10 »

Malgré ses rodomontades et ses effets de manche en arrivant au sommet, Donald Trump avait donc finalement lâché du lest. « Il avait face à lui un front uni des Européens rejoints par le Canada et le Japon, je ne sais pas ce qu’il se serait passé si nous avions été divisés », a expliqué le président français soulignant que « son homologue américain ne voulait pas être isolé ».

Donald Trump a néanmoins dicté de fait son agenda aux travaux. Il a toutes les raisons d’être satisfait. « Ce sommet a été succès », s’est félicité le président américain avant de quitter La Malbaie où les travaux devaient se poursuivre avec une séance consacrée au changement climatique et à l’état de santé des océans. Il a même loué publiquement lors de sa conférence de presse la qualité de ses relations avec ses partenaires donnant « 10 sur 10 » comme note à Emmanuel Macron et Angela Merkel. Mais grand maître dans l’art de souffler le chaud et le froid par ses foucades, le président américain n’en a pas moins repris ses attaques et réclamé de ses pairs une modification des règles du jeu régissant le commerce international.

« On profite des Etats-Unis depuis des dizaines et des dizaines d’années, cela ne peut pas continuer ainsi », a dit le président américain, clamant à nouveau que son pays est fatigué d’être la « “piggy bank” [la tirelire] que tout le monde pille ». Il a même pris de court ses partenaires avec une proposition radicale : faire du G7 une zone de libre-échange total, sans tarifs douaniers, sans barrières d’aucune sorte, et sans subventions à l’exportation.

Mais il s’agit avant tout de rééquilibrer les échanges mondiaux qui sont, a-t-il dit, à l’origine d’une véritable fuite des emplois et des entreprises hors des Etats-Unis. Sa décision, le 31 mai, d’imposer des droits de douane sur les importations américaines d’acier et d’aluminium en provenance du Canada, de l’Union européenne et du Mexique, avait déchaîné la colère de ses partenaires mettant la question du protectionnisme américain au cœur des travaux du G7.

Des discussions d’une âpreté rare

Les déclarations positives des divers leaders cachaient mal les fractures entre Donald Trump et ses partenaires qui ont réussi à faire bloc tout au long des deux jours du sommet. Les discussions ont été d’une intensité, voire d’une âpreté, rare en une telle enceinte même si, face aux caméras, tous ont préféré jouer la cordialité. Dès le premier dîner de travail vendredi soir, le président américain s’était lancé dans une longue diatribe énumérant tous les différents griefs qu’il nourrissait à l’égard des autres pays du G7, principalement l’Union européenne et le Canada, depuis des semaines.

Mais le dîner étant centré sur la politique étrangère, l’atmosphère était plus conviviale avec notamment un consensus pour soutenir les efforts du président américain dans la recherche d’un accord avec la Corée du Nord ou sur la Syrie notamment pour arriver à une solution politique inclusive. A propos du nucléaire iranien, les Sept ont réussi à se mettre d’accord dans le document final sur une formule allusive évoquant le danger représenté par le programme balistique de Téhéran et la nécessité que le programme nucléaire reste pacifique et sous contrôle, sans mentionner pour autant explicitement l’accord de juillet 2015 dont le président Trump s’est retiré.

« Le G7 a permis le dialogue là où depuis des semaines il n’y avait que des actes unilatéraux et c’est sa raison d’être », s’est félicité Emmanuel Macron. La France prend maintenant la présidence du G7 qui se tiendra à Biarritz l’été 2019. Interrogé sur un éventuel retour de la Russie exclue de cette instance en 2014 après l’annexion de la Crimée et son agression dans l’est de l’Ukraine, le chef de l’Etat a affirmé qu’il aimerait que Vladimir Poutine puisse venir au prochain sommet, mais que cela implique qu’il agisse favorablement en Ukraine.

« La Russie est une grande puissance européenne. Nous devons travailler ensemble. Mais il faut être cohérent : on élargira le G7 si et seulement si les accords de Minsk sur l’Ukraine sont respectés. La balle est dans le camp de la Russie », a expliqué le président français. Sans faire mention explicitement de la Crimée. Avant l’ouverture du sommet vendredi, Donald Trump avait évoqué la réintégration de la Russie au sein du G7. L’hypothèse a été rejetée notamment par les membres européens du groupe. Quelques heures plus tôt, le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, expliquait que son pays n’était guère intéressé par un retour dans le G7, préférant le G20 qui réunit toutes les grandes puissances économiques, y compris les émergents.

g7 reunion

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