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... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 16 août 2018

Turquie : Erdogan dépassé par la crise diplomatique et commerciale avec les Etats-Unis

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante - Le Monde

Le président turc et ses partisans s’enfoncent dans un déni de réalité, alors que l’économie menace de s’effondrer. Et ne rechignent pas à expliquer les difficultés par « un complot ».

Quarante jours après son sacre d’« hyperprésident » aux pouvoirs élargis, le numéro un turc Recep Tayyip Erdogan se retrouve face une crise diplomatique d’ampleur avec les Etats-Unis qui, visiblement, le dépasse et risque d’entraîner le pays vers la récession. Le défi est risqué pour un dirigeant dont la popularité s’est établie sur la promesse de prospérité économique.

En seize ans passés à la tête du pays, d’abord comme premier ministre puis comme président, l’homme est parvenu à prendre le contrôle de toutes les institutions – l’armée, la justice, la police, l’éducation, le Parlement, les médias. Mais, lorsqu’il a voulu diriger l’économie, les choses se sont compliquées.

L’économie turque est fragile car dépendante des financements extérieurs. Effrayés par la perte d’indépendance de la Banque centrale, peu rassurés par la nomination du gendre présidentiel, Berat Albayrak, à la tête du ministère de l’économie et des finances, les investisseurs ont fui.

La crise avec les Etats-Unis a fait le reste. La chute de la livre turque, constante depuis le début de l’année, s’est accélérée peu après le refus d’Ankara de libérer et de renvoyer chez lui le pasteur évangéliste américain Andrew Brunson, détenu depuis vingt-deux mois à Izmir pour « espionnage » et collusion avec des « organisations terroristes », ce qu’il nie.

Washington a sorti son bâton

Le président américain Donald Trump et son vice-président Mike Pence – ce dernier appartient à la même congrégation religieuse que le pasteur Brunson – ont fait de ce dossier judiciaire leur cheval de bataille. Les tweets trumpiens appelant à la libération du pasteur « bon père et bon chrétien » ne produisant aucun effet, Washington a sorti son bâton.

Des sanctions, d’une portée symbolique, ont été prononcées contre deux ministres turcs suivies de l’annonce du doublement des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turcs à destination des Etats-Unis. En quelques jours, la devise turque a perdu 20 %.

Depuis, les deux alliés de l’OTAN se rendent coup pour coup. Mercredi 15 août, Ankara a riposté avec l’imposition de fortes taxes douanières sur une série de produits américains. Et dans la foulée, un tribunal a rejeté une nouvelle fois la demande de remise en liberté du pasteur Brunson.

Après s’en être remis à Dieu, aux bas de laine de sa population, puis à l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, venu réconforter son allié mercredi à Ankara avec la promesse d’investir encore 15 milliards de dollars (13,2 milliards d’euros) dans l’économie turque, le Reïs ne donne aucun gage d’apaisement.

Les jours sont comptés

De Rize à Ankara, il a tonné ces jours-ci contre la « guerre économique », fomenté en sous main par des ennemis extérieurs, ruinant les efforts de son gendre, qui répète que « toutes les mesures nécessaires ont été prises ».

La presse progouvernementale délire. « Plus qu’une guerre économique, c’est une lutte politique, géopolitique, (…) nous assistons à une désintégration qui va secouer toute la région », écrit Ibrahim Karagül, l’éditorialiste vedette du quotidien Yeni Safak, le 13 août.

Jusqu’où M. Erdogan est-il prêt à aller dans son duel avec l’administration américaine ? Ses options sont limitées. S’engager dans une guerre commerciale contre les Etats-Unis alors que l’économie turque est largement dépendante du billet vert a tout l’air d’un suicide. Emprunter sur les marchés mondiaux, en dollars surtout, est en effet vital pour la Turquie qui va devoir lever 230 milliards de dollars dans les douze mois à venir pour combler son déficit des comptes courants (7 % en 2018) et refinancer sa dette.

Faute d’un compromis avec Washington, d’autres sanctions vont suivre, au risque de voir la monnaie s’effondrer et les investisseurs se détourner davantage. Les jours sont comptés. Washington a posé un ultimatum pour la libération du pasteur et celle de quinze autres personnes injustement détenues – des citoyens américains, des binationaux ainsi que trois employés turcs des missions diplomatiques américaines en Turquie.

Le Reïs, lui, ne voit aucune crise

« L’administration va rester très ferme sur le dossier. Le président est déterminé à 100 % à ramener le pasteur Brunson à la maison et si nous ne voyons rien venir d’ici à quelques jours ou à une semaine d’autres mesures seront prises », a expliqué, mardi, un responsable à la Maison Blanche à l’agence Reuters sous couvert d’anonymat.

Les prochaines sanctions pourraient viser directement le palais. « Il ne serait pas surprenant que le Trésor américain prennent des mesures envers des personnes clés proches d’Erdogan dans le cadre de la liste Magnitski globale », explique Aykan Erdemir, chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties à Washington et ancien député du Parlement turc, interrogé par mail.

Adoptée par le Congrès des Etats-Unis contre la Russie en 2012, devenue « globale » en 2016, la liste Magnitski, du nom du juriste russe Sergueï Magnitski, mort de sévices en détention après avoir dénoncé la corruption des autorités, ouvre la porte à des sanctions envers des entreprises ou des personnes physiques ayant bafoué les droits de l’homme.

Face à la tourmente qui s’annonce, le numéro un turc, lui, ne voit aucune crise. « Nous rencontrons régulièrement les industriels, les syndicats, personne ne dit que l’économie va mal ! », a-t-il déclaré le 11 août, face à ses partisans réunis à Rize.

Mobiliser le sentiment nationaliste

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute et auteur d’une biographie du président turc (The New Sultan, I. B. Tauris, 2017), « Erdogan tire son soutien de la prospérité économique qu’il a contribué à apporter. L’effondrement de la monnaie est particulièrement troublant à ses yeux. Il fait la forte tête, il en appelle à sa base, laquelle est convaincue que la Turquie est attaquée par l’Occident, avec l’idée que les Etats-Unis sont derrière le coup d’Etat raté de [juillet] 2016. Erdogan s’efforce de rejeter la faute sur Washington, mobilisant le sentiment nationaliste pour renforcer son soutien. »

Autour de lui, c’est à qui niera le plus fort la réalité. Sur leurs comptes Facebook et Twitter, ses adeptes ont posté des vidéos où on les voit enflammer des billets de 1 dollar ou se moucher dedans. « Le dollar perd de sa valeur face à la livre », titrait mardi le quotidien progouvernemental Sabah, alors que la devise turque venait de gagner 5 %. Conclusion : « La monnaie américaine a perdu de sa fiabilité. » Sabah est le journal préféré de M. Erdogan. Il ne lit que ça. Ne maîtrisant aucune langue étrangère, il n’a pas accès à la presse internationale, se fiant aux rapports de ses nombreux conseillers, peu enclins à le contredire.

Selon le chercheur Aykan Erdemir, le président « vit dans une autre dimension depuis pas mal de temps déjà ». Sa propension à nier la réalité est « un mécanisme de défense psychologique ». « Il refuse de reconnaître qu’il a détruit l’économie nationale à cause de sa mauvaise gouvernance au service d’un capitalisme de connivence. Il trouve plus commode de dire que la crise a été orchestrée par une “cabale secrète”, qu’il décrit comme “le lobby des taux d’intérêts”. Cette chimère est conforme à la vue complotiste du monde à laquelle il a adhéré pendant sa jeunesse au sein du mouvement islamiste. »

Théorie du complot

Militant de l’islam politique dès l’âge de 21 ans, Recep Tayyip Erdogan a été marqué par deux maîtres à penser, Necmettin Erbakan, le père de la droite islamiste turque, et Necip Fazil Kisakürek, un idéologue islamoconservateur. Comme lui, des générations de conservateurs pieux et de nationalistes ont été nourries de leurs écrits anti-occidentaux et antisémites, fondés sur une approche conspirationniste de l’histoire.

Ainsi, dans ses Mémoires, Necmettin Erbakan affirme que les « sionistes » étaient à la manœuvre en 1923 au moment de la signature du traité de Lausanne. Ce sont eux, assure-t-il, qui ont contraint les Turcs à renoncer à leur identité religieuse en contrepartie de la reconnaissance des frontières du pays.

Certes, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamoconservateur, au pouvoir), fondé par M. Erdogan et quelques compagnons en 2001, a pris ses distances avec le courant politique représenté par Necmettin Erbakan. Mais ils adhèrent à la théorie du complot.

« Ces idées farfelues, loin d’être marginales, sont devenues monnaie courante », écrit Svante Cornell, directeur de l’Institut de l’Asie centrale et du Caucase à l’American Foreign Policy Council à Washington, dans une étude consacrée aux racines idéologiques de l’islam turc.

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dimanche 5 août 2018

Erdogan annonce à son tour des sanctions contre des ministres américains

Washington et Ankara multiplient les menaces. Le sort d’un pasteur américain en résidence surveillée en Turquie est au cœur des tensions.

L’escalade continue. Après avoir menacé de le faire, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a demandé samedi 4 août le gel en Turquie des avoirs des ministres de la justice et de l’intérieur américains, répliquant à des sanctions similaires prises par Washington en lien avec la détention d’un pasteur américain, Andrew Brunson.

« Jusqu’à hier soir nous sommes restés patients. Aujourd’hui j’en donne l’instruction : nous gèlerons les avoirs en Turquie des ministres de la justice et de l’intérieur américains, s’ils en ont », a déclaré M. Erdogan lors d’un discours télévisé à Ankara. « Nous ne voulons pas de jeux perdant-perdant. Déplacer une dispute politique et judiciaire sur le terrain économique nuit aux deux pays. »

« La Turquie est un Etat de droit », a rappelé le président turc, qui affirme toujours ne pas pouvoir intervenir dans le procès du pasteur américain. « Ceux qui pensent pouvoir faire reculer la Turquie avec un langage menaçant et des sanctions absurdes ne connaissent pas ce pays », a-t-il ajouté.

Relations tendues

La tension est montée d’un cran ces derniers jours entre Washington et Ankara, autour du sort du pasteur Andrew Brunson. Placé en résidence surveillée en Turquie après un an et demi de détention, le religieux, accusé d’activités « terroristes » et d’espionnage, rejette toutes les accusations portées contre lui. Il risque jusqu’à trente-cinq ans d’emprisonnement.

Washington a imposé mercredi soir des sanctions aux ministres turcs de l’intérieur et de la justice, pour leur rôle présumé dans cette affaire.

Les relations entre la Turquie et les Etats-Unis, qui ont les deux plus grandes armées de l’OTAN, sont aussi compliquées par des désaccords sur le dossier syrien et le sort du prédicateur et opposant turc Fethullah Gülen, exilé en Amérique, dont Ankara réclame avec insistance l’extradition pour son implication présumée dans le putsch avorté de juillet 2016. Cette demande est restée pour l’heure lettre morte.

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La Corée du Nord poursuit ses programmes nucléaire et balistique, selon l’ONU

Selon un rapport remis au Conseil de sécurité, le pays continue aussi d’exporter ressources et armements, en violation des interdictions qui lui sont imposées.

La Corée du Nord n’a pas mis fin à son programme nucléaire et a eu recours à des transbordements illégaux de produits pétroliers en mer, de bateau à bateau, pour contourner les sanctions des Nations unies (ONU), selon un rapport d’experts remis au Conseil de sécurité de l’instance internationale. Selon ce rapport, la Corée du Nord a également « continué de défier les résolutions du Conseil de sécurité à travers une hausse massive des transferts illicites de produits pétroliers en mer en 2018 ».

Le panel d’experts de l’ONU a évoqué des violations d’une interdiction d’exportation du charbon, du fer et d’autres marchandises nord-coréennes, notamment de fer et d’acier à la Chine, à l’Inde et d’autres pays, qui lui a rapporté près de 14 millions de dollars d’octobre à mars au régime de Kim Jong-un. Ces violations ont rendu le dernier train de sanctions des Nations unies adopté l’an dernier « sans effet » en bafouant les restrictions imposées par l’ONU, ajoute le texte.

Pyongyang a en outre « tenté de fournir du petit armement et des armes légères ainsi que d’autres équipements militaires » à la Libye, au Yémen et au Soudan. Le rapport identifie un trafiquant d’armes syrien, Hussein Al-Ali, qui a fourni « un éventail d’armes conventionnelles, et dans certains cas des missiles balistiques, à des groupes armés au Yémen et en Libye ». Les armements étaient fabriqués en Corée du Nord, précise le rapport.

Les diplomates nord-coréens ont joué un rôle essentiel dans ce processus, en ouvrant de multiples comptes bancaires à l’étranger. En dépit d’une interdiction des coentreprises avec la Corée du Nord, le rapport dévoile l’existence de plus de 200 de celles-ci, beaucoup avec la Russie.

Le panel d’experts est chargé du suivi de l’application des sanctions adoptées après le sixième test nucléaire et balistique de Pyongyang.

Pas de rencontre entre les émissaires américain et nord-coréen

Présent au forum de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) à Singapour, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a insisté sur « l’importance de maintenir la pression diplomatique et économique sur la Corée du Nord, afin d’arriver à une dénucléarisation définitive et totalement vérifiée à laquelle la Corée du Nord s’est engagée ». Lors d’une conférence de presse, il a ajouté avoir demandé aux membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) d’« appliquer strictement toutes les sanctions, y compris la cessation totale de transferts illégaux de pétrole entre navires » à destination la Corée du Nord.

Le secrétaire d’Etat américain, qui est chargé des négociations pour la mise en œuvre de cet engagement, a déclaré que « le monde est uni vers cet objectif », « je suis optimiste dans notre succès », a-t-il assuré. Mais « nous savons tous que cela prendra du temps », a-t-il ajouté, pour relativiser l’absence de progrès concrets, admettant que « le calendrier final pour la dénucléarisation sera[it] fixé par le président Kim, au moins en partie ».

Le chef de la diplomatie américaine a cependant assuré ne pas avoir rencontré les Nord-Coréens lors des réunions de Singapour, malgré la présence de son homologue, Ri Yong-ho. Lequel a réagi, après le départ du secrétaire d’Etat américain, en déclarant que Washington « donne de la voix pour maintenir les sanctions », ce qui trahit « des mouvements aux Etats-Unis voulant revenir en arrière, loin des intentions de leur dirigeant ». « L’impatience n’aide pas du tout à construire la confiance. Surtout quand on avance des exigences unilatérales », a-t-il ajouté.

« Tant que les Etats-Unis ne montreront pas dans la pratique leur volonté d’éliminer ce qui nous pose problème, il n’y aura aucune possibilité que nous avancions de notre côté », a mis en garde le chef de la diplomatie nord-coréenne.

Pompeo critique la Russie

En l’absence d’un véritable entretien, la délégation américaine a remis au ministre nord-coréen une lettre de Donald Trump destinée à Kim Jong-un, nouvel épisode de la diplomatie épistolaire qui accompagne le rapprochement, depuis le printemps, entre les deux pays ennemis. Le département d’Etat n’a toutefois pas précisé le contenu de la missive, qui est une « réponse à une récente lettre » du dirigeant nord-coréen, se bornant à voir dans ce bref échange un « pas dans la bonne direction ».

M. Pompeo a en outre critiqué la Russie, évoquant des informations selon lesquelles elle continuerait de faire affaire avec des Nord-Coréens et d’offrir du travail aux travailleurs expatriés nord-coréens, source importante de revenus pour le régime de Pyongyang. « Ce serait une violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » et « toute violation » sera « prise très au sérieux par les Etats-Unis », a-t-il lancé, promettant d’en parler avec Moscou.

Après une escalade des tensions sans précédent en 2017, ponctuée par des tirs de missiles et un essai nucléaire majeur de la part du régime reclus de Pyongyang, ainsi que par des sanctions internationales de plus en plus strictes en retour, l’année 2018 a été marquée par un dégel spectaculaire. Il a abouti au sommet historique le 12 juin, à Singapour, entre le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et le président des Etats-Unis, Donald Trump.

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mercredi 1 août 2018

A partir du 1er août, la Terre vit à crédit : à quoi correspond cette date ?

terre

Par Anne-Aël Durand - Le Monde

L’ONG Global Footprint Network calcule un « jour de dépassement » des ressources naturelles, dont la méthode est discutée.

Le mercredi 1er août 2018 est le « jour du dépassement » écologique, selon le Global Footprint Network, un institut de recherche international établi en Californie. A partir de cette date, l’humanité consomme plus de ressources naturelles et émet plus de gaz à effet de serre que la Terre n’est en capacité d’en produire ou d’en absorber au cours d’une année.

Cette date symbolique s’accompagne d’un autre chiffre frappant : à ce rythme de consommation, il faudrait 1,7 planète pour subvenir aux besoins des hommes. Or nous n’en avons pour l’instant qu’une seule à disposition.

Ces indicateurs, repris par les médias et commentés par les ONG environnementales, qui plaident pour un mode de vie plus soutenable, suscitent pourtant des questions.

Comment est calculé le jour du dépassement ?

Pour mesurer la pression de l’activité humaine sur un territoire, il suffit de comparer deux notions :

l’empreinte écologique de la population, c’est-à-dire les ressources naturelles dont l’humanité a besoin pour se nourrir, se loger, se déplacer et compenser les déchets qu’elle génère, y compris les gaz à effet de serre. Cette notion est ensuite ramenée à une surface : un champ pour produire des céréales, un pâturage pour le bétail, une forêt pour le bois, un océan pour les poissons… mais aussi la surface nécessaire pour absorber le CO2 produit par les activités humaines. Elle dépend du nombre d’habitants et de leur mode de vie.

la biocapacité ou capacité biologique d’un territoire, c’est-à-dire la surface nécessaire pour produire des ressources naturelles et services écologiques renouvelables.

Le Global Footprint Network réalise ces calculs, mesurés en « hectares globaux », pour chaque pays, à partir d’un grand nombre de données, comme les terres cultivées ou en forêt, la consommation d’énergie, provenant notamment d’agences des Nations unies (GIEC, FAO…) qui sont actualisées chaque année, comme le précise leur méthodologie.

La biocapacité de la Terre était estimée à 12,2 milliards d’hectares globaux, alors que les humains utilisent l’équivalent de 20 milliards d’hectares par an, soit 1,7 fois plus.

Pour rendre ce chiffre encore plus accessible, les ONG l’ont converti en « dette » annuelle : les humains consomment les ressources renouvelables de la Terre en sept mois, et vivent théoriquement « à crédit » le reste de l’année. Un calcul qui rappelle d’autres dates symboliques à la méthode discutable : le jour de libération fiscale ou le moment où les femmes devraient cesser de travailler.

Pourquoi ce chiffre est-il critiqué ?

Obtenir un chiffre parlant pour l’opinion publique nécessite bien souvent de faire des « raccourcis ». En 2010, Leo Hickman, journaliste spécialiste de l’environnement, déplorait dans le Guardian, que cet indicateur agrège « des pommes et des poires », c’est-à-dire additionne des données de nature aussi différente que les émissions de gaz à effet de serre, les récoltes de maïs ou la perte de la forêt primaire. Il note aussi que les calculs sont affinés chaque année, ce qui fait fluctuer la date fatidique. En effet, lorsque nous avions publié un article à ce sujet en 2015, le dépassement survenait le 13 août. Or les dernières données publiées en 2018 fixent désormais le dépassement au 6 août 2015, soit une semaine plus tôt.

La notion d’« hectares globaux » est aussi problématique, puisque cette moyenne ne permet pas de distinguer la productivité d’un hectare de céréales en France ou au Maghreb, comme l’explique un spécialiste interrogé par Libération.

Autre subtilité : certains pays ont une biocapacité supérieure aux autres et sont donc des « réservoirs » écologiques. Ainsi, les Brésiliens ont-ils la même empreinte écologique que les Macédoniens, mais leur biocapacité est cinq fois plus élevée en raison de la forêt amazonienne. Chaque Français consomme 2,9 fois ce que la Terre peut lui fournir pour subvenir à ses besoins, mais seulement 1,8 fois la capacité du territoire français (notamment grâce à la richesse écologique de la Guyane).

Si certains indicateurs sont bien réels (le nombre d’arbres coupés pour produire du bois ou la production de céréales), l’essentiel de la dette est constitué des émissions de carbone que la nature ne parvient pas à absorber. En France, elle représentait 60 % de l’empreinte totale. Certains analystes estiment donc qu’il serait plus pertinent de se concentrer sur cet indicateur seul.

Inversement, d’autres indicateurs écologiques ne sont pas pris en compte : l’épuisement des ressources non renouvelables (charbon, pétrole, uranium), l’érosion de la biodiversité, la pollution de l’eau, de l’air ou du sol… Or la dégradation du milieu naturel, difficile à traduire en un seul chiffre, pourrait gonfler encore davantage l’empreinte humaine.

Cet indicateur peut-il rester pertinent ?

Ce chiffre permet de visualiser l’évolution du problème : le ratio calculé rétroactivement depuis le début des années 1970 (avec les limites mentionnées ci-dessus) montre que le jour de dépassement survient de plus en plus tôt dans l’année. Il met aussi en lumière le lien avec l’activité économique, avec un léger fléchissement lié à la crise de 2009.

Les données autorisent aussi des comparaisons géographiques intéressantes, qui rappellent que, au-delà du nombre d’habitants sur terre, l’épuisement des ressources est surtout lié à leur mode de vie : un habitant du Qatar aura consommé l’équivalent d’une année de ressources dès le 9 février et un Français le 5 mai. Un Marocain sera presque à l’équilibre, alors qu’un Zimbabwéen ne consommera en un an que 0,65 de ses ressources planétaires.

Pour les ONG environnementales, le chiffre de la dette écologique a d’abord une vertu pédagogique. « Cette étude utilise des données qui sont généralement analysées séparément (émissions de gaz à effet de serre et impacts de nos comportements sur la biodiversité), nous explique ainsi Matthieu Jousset, de la fondation GoodPlanet. Son intérêt est d’adopter une approche globale qui permette au grand public de se familiariser avec un budget écologique qu’il ne peut dépasser », et de mieux « incarner l’enjeu climatique ». Elle s’accompagne d’ailleurs d’un appel à l’action intitulé #movethedate (« repousse la date »), qui invite à réduire le gaspillage alimentaire (qui ferait gagner trente-huit jours), à diviser par deux le nombre de voitures (douze jours), ou à faire moins d’enfants (trente jours).

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jeudi 26 juillet 2018

Après deux ans, l’état d’urgence prend fin en Turquie

Comme promis lors de sa campagne électorale, Recep Tayyip Erdogan a mis fin à ce régime d’exception durant lequel il a mené une traque contre ses opposants.

Deux ans après son instauration, à la suite d’un putsch avorté, l’état d’urgence en Turquie prendra fin mercredi. « L’état d’urgence actuel arrivera à expiration au soir du 18 juillet. Notre président a la volonté (…) de ne pas le prolonger », a déclaré vendredi 13 juillet le porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan, Ibrahim Kalin, lors d’une conférence de presse à Ankara.

« La lutte contre le terrorisme va se poursuivre dans le cadre des lois actuelles », mais l’état d’urgence pourrait être rétabli « en cas de situation extraordinaire », a-t-il ajouté. Recep Tayyip Erdogan, qui a entamé le 9 juillet un nouveau mandat de cinq ans avec des pouvoirs renforcés après sa réélection le 24 juin, avait promis lors de sa campagne de lever d’état d’urgence après que ses principaux rivaux l’eurent fait.

77 000 personnes incarcérées

Ce régime d’exception avait été instauré le 20 juillet 2016, dans la foulée de la tentative de putsch du 15 au 16 juillet imputée par Ankara au prédicateur Fethullah Gülen, lequel nie toute implication. Mis en place pour une durée initiale de trois mois, l’état d’urgence a été sans cesse prolongé depuis, suscitant des critiques de plus en plus vives contre ce régime qui élargit considérablement les prérogatives du président et des forces de sécurité.

Dans le cadre de l’état d’urgence, les autorités turques ont mené une traque impitoyable contre les partisans présumés de M. Gülen. Au-delà des putschistes présumés, les purges ont également frappé des opposants prokurdes, des médias critiques et des ONG. En tout, quelque 77 000 personnes ont été incarcérées et plus de 150 000 limogées ou suspendues.

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dimanche 22 juillet 2018

Taïwan, île sous pression continue de la Chine

Par Brice Pedroletti, Taipei, envoyé spécial - Le Monde

A Taïwan, le ton a changé : Taipei accuse les dirigeants chinois d’altérer le statu quo – ni indépendance ni réunification – qui a permis la coexistence pacifique des deux entités.

La sirène retentit. Et, en plein cœur de Taipei, les voitures se rangent sur le côté, les passants s’engouffrent dans les boutiques ou le métro : l’alerte aérienne, un exercice de routine depuis de longues années, a, en cette fin de matinée du lundi 4 juin, un petit goût de réalité alors que s’intensifient les gesticulations guerrières, les pressions diplomatiques et les vexations publiques de la part de la Chine populaire à l’encontre de Taïwan. La brouille date de l’arrivée au pouvoir en 2016 de la présidente Tsai Ing-wen et de son groupe politique, le Parti démocrate progressiste (DPP), ardents défenseurs d’une identité et d’une histoire taïwanaise insolubles dans le projet de Chine unique poursuivi par Pékin.

Dernière humiliation chinoise en date : l’exigence faite ce printemps aux compagnies aériennes étrangères de désigner, sur les sites de vente de billet, Taïwan comme faisant partie de la Chine. Piqué au vif, le gouvernement taïwanais a appelé les habitants à boycotter les compagnies qui ont obtempéré – Washington ayant de son côté invité les trois grandes américaines (United Airlines, American Airlines et Delta) à ne pas se plier au diktat de Pékin.

A Taïwan, le ton a changé : Taipei accuse les dirigeants chinois d’altérer le statu quo – ni indépendance ni réunification – qui a permis la coexistence pacifique des deux entités. « Nous les appelons à être pragmatiques et à accepter la réalité de Taïwan comme un Etat souverain, dont les citoyens ont une foi inébranlable et immuable dans le système démocratique », a martelé, au Monde, Chiu Chui-cheng, vice-ministre du Conseil des affaires de Chine continentale, à Taipei.

« Menace sécuritaire »

Sur chacun des multiples fronts ouverts par Pékin, les voyants virent à l’orange. « Nous faisons face à une large menace sécuritaire [chinoise] », explique Lin Cheng-yi, président du nouvel Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité. Aux défis déjà connus, M. Lin ajoute les cyberattaques, la dissémination de fake news mais aussi les tentatives chinoises d’attirer en Chine l’activité recherche et développement du secteur taïwanais des semi-conducteurs. Son institut, inauguré début mai par la présidente Tsai, fait partie de la réponse. Tout comme son engagement à augmenter le budget militaire de 2 à 3 % par an ces prochaines années.

Car la ligne de front, dit M. Lin, s’est déplacée : « Tous les scénarios d’invasion se concentraient sur le détroit. Désormais, nous devons prendre en compte une intervention sur la partie orientale de Taïwan » – c’est-à-dire la côte qui fait face à l’océan et non à la Chine. En cause, les manœuvres régulières d’encerclement de l’île par l’aviation chinoise depuis 2017 – 34 missions chinoises via le Sud et l’Est de l’île ont été identifiées en 2017, rappelle-t-il.

L’enjeu, pour Taïwan, est de taille : la Chine dispose d’un budget de défense désormais seize fois plus élevé que le sien. Et aucun pays, à l’exception des Etats-Unis, ne lui vend des armements par crainte de représailles chinoises. Taipei va donc relancer, avec une aide technologique américaine, la construction de sous-marins, et la montée en gamme de ses avions de chasse indigènes. « Ils ont besoin d’une force de dissuasion crédible jusqu’à l’arrivée des Américains et des Japonais en cas d’offensive chinoise », signale un diplomate étranger en poste à Taipei.

L’hypothèse d’une attaque chinoise d’ici à 2021, l’année du centenaire du Parti communiste chinois, a même circulé cette année parmi les China watchers, les observateurs de la Chine. Les ambitions du « rêve chinois » de Xi Jinping, mais aussi sa bonne connaissance de Taïwan, due à sa longue carrière dans la province chinoise du Fujian, face à Taïwan, en font un adversaire redoutable pour Taipei, comme le fait valoir le sinologue Jean-Yves Heurtebise, basé dans la capitale :

« La “nouvelle ère” de Xi Jinping, c’est la célébration d’une nouvelle étape pour la civilisation chinoise, mêlant traditions et pouvoir autoritaire. Or, Taïwan apparaît comme une anomalie, il incarne un modèle différent de rapport à la modernité, en prouvant que démocratie et culture chinoise ne sont pas incompatibles. »

Pour les plus optimistes, Taïwan est engagé dans une course d’endurance : il lui faut « tenir », jusqu’à ce que la donne politique change en Chine et que surgisse l’opportunité d’un modèle de coexistence différent avec Pékin.

Peu, à Taïwan, croient l’option militaire directe réaliste : « Cela poserait pour la Chine le problème de contrôler Taïwan. Et si l’attaque est un échec, l’humiliation serait énorme. C’est la raison pour laquelle ils jouent sur plusieurs tableaux à la fois », estime le chercheur Lu Cheng-fung, de la National Quemoy University.

Refus d’un accès aux instances onusiennes

Les autorités chinoises agissent ainsi pour réduire l’espace international de Taïwan : Pékin lui interdit tout accès aux instances onusiennes telles que l’Organisation mondiale de la Santé, au prétexte que la République de Chine – RDC –, nom officiel de Taïwan, a été exclue de l’ONU en 1971 au profit de la République populaire. Pékin ravit à Taipei ses rares alliés diplomatiques : Taïwan en a perdu deux rien qu’au mois de mai 2018 (le Burkina Faso et la République dominicaine) et deux en 2017 (Sao Tome et le Panama). Seuls 18 micro-Etats gardent des relations diplomatiques avec la RDC.

Le contraste est frappant avec le grand rapprochement sino-taiwanais des années 2008 à 2016, mené à l’initiative du président taiwanais Ma Ying-jeou, chef de file de la faction « continentale » du Kouomintang (KMT). Le KMT, venu de Chine, a un ancrage chinois et un passé autoritaire, à l’inverse du DPP, le parti autochtone, né du combat pour la démocratisation. Pendant ces années là, aucun allié de Taïwan n’avait fait défection, et Pékin tolérait la participation de la RDC comme observatrice à l’assemblée annuelle de l’OMS.

« L’objectif de la Chine est de pousser à un changement de gouvernement, en élevant le coût politique pour le DPP. Si le nombre d’alliés tombe à quinze, l’administration Tsai sera sur la sellette », poursuit le professeur Lu. Pékin va moduler ses pressions en fonction des prochaines échéances politiques taïwanaises – d’abord les municipales de novembre 2018, puis la campagne présidentielle un an plus tard. « Mais si la Chine va trop loin dans le nombre d’alliés ravis à Taïwan, elle risque de favoriser le camp de l’indépendance », poursuit-il.

L’évolution du face-à-face Chine-Taïwan est inséparable d’une autre variable, et de taille : les Etats-Unis, qui depuis l’établissement de relations diplomatiques avec la Chine en 1979, ont inscrit dans la loi (le Taïwan Relations Act) leur soutien à Taïwan en cas d’action chinoise unilatérale contre l’île. L’actuelle phase de tensions entre les deux rives du détroit rappelle le premier gouvernement DPP, entre 2000 et 2008. Sauf que Washington jouait alors la carte de l’engagement chinois et goûtait peu les initiatives indépendantistes du président DPP d’alors, Chen Shui-bian.

Les Etats-Unis jouent la carte Taïwan

La donne a changé du tout au tout : le gouvernement Trump se méfie d’une Chine désormais beaucoup plus agressive. Il joue ouvertement la carte de Taïwan. Une nouvelle loi, le Taïwan Travel Act, passée en mars au Congrès avec un appui bipartisan, a autorisé les visites de haut niveau entre les gouvernements américain et taïwanais. Le projet de loi de défense américain, en cours d’examen, doit renforcer la coopération militaire avec Taïwan.

« LES TAÏWANAIS AVAIENT CRAINT D’ÊTRE LÂCHÉS PAR TRUMP APRÈS LE COUP DE FIL ENTRE LA PRÉSIDENTE TSAI ET LE PRÉSIDENT ÉLU DE DÉCEMBRE 2016. ILS EN ONT BEAUCOUP MOINS LA HANTISE AUJOURD’HUI », CONSTATE UN DIPLOMATE OCCIDENTAL.

Des contrats d’armement plus fournis et à plus haut contenu technologique, au cas par cas et non en « package », sont attendus. « Les Taïwanais avaient craint d’être lâchés par Trump après le coup de fil entre la présidente taïwanaise Tsai et le président élu de décembre 2016. Ils en ont beaucoup moins la hantise aujourd’hui », constate un diplomate occidental.

Cette évolution n’est pas seulement liée à Trump, comme l’a symbolisée l’inauguration le 12 juin à Taipei d’un nouvel American Institute à Taïwan. Cette ambassade américaine de facto, dont l’énorme chantier, de 250 millions d’euros, a été lancé il y a neuf ans, est adossée à une colline dans le nord-est de Taipei. Comme le fait remarquer Lu Cheng-fung, son inauguration a été éclipsée, à dessein, par le sommet Trump-Kim de Singapour :

« Les Etats-Unis et Taïwan ont voulu éviter de provoquer la Chine à ce moment. Mais le fait est qu’il y a au Congrès américain une véritable dynamique en faveur de Taïwan, avec cinq nouvelles propositions de lois en préparation, et pas d’opposition. »

L’une d’entre elles appelle à soutenir la participation de Taïwan dans les institutions internationales. Une autre, tout juste proposée, veut pousser Washington à adopter la politique « d’une Chine, un Taïwan ». Un cauchemar pour Pékin.

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jeudi 19 juillet 2018

La couverture du TIME

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Fin de l’état d’urgence en Turquie

etat urgence

Ce régime d’exception, qui élargit les pouvoirs du président et des forces de sécurité, avait été initialement mis en place le 20 juillet 2016 pour une durée de trois mois.

L’état d’urgence instauré en Turquie après la tentative de putsch du 15 juillet 2016, qui a permis aux autorités de mener de vastes purges, est arrivé à expiration tôt jeudi 19 juillet, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu.

Ce régime d’exception, qui élargit les pouvoirs du président et des forces de sécurité, avait été initialement mis en place pour une durée de trois mois ; il avait été sans cesse prolongé depuis. La septième et ultime extension de trois mois, qui avait débuté le 19 avril, a expiré jeudi à 1 heure (mercredi 22 h 00 GMT). Ankara avait récemment annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelle prolongation.

Traquer putschistes et prokurdes

Sous l’état d’urgence, les autorités turques ont traqué de façon implacable les putschistes présumés et les personnes perçues comme leurs sympathisants, mais elles ont aussi visé des opposants prokurdes, des journalistes critiques et des ONG.

Selon le gouvernement, l’état d’urgence était nécessaire pour permettre aux forces de sécurité de lutter efficacement contre toute menace dans la foulée de la tentative de coup d’Etat de juillet 2016. Cependant, des organisations de défense des droits de l’homme et des responsables occidentaux accusent le président, Recep Tayyip Erdogan, d’en avoir tiré profit pour réduire au silence toute voix critique dans le pays.

L’état d’urgence reste notamment associé en Turquie aux purges rythmées par des décrets-lois souvent publiés la nuit annonçant le limogeage ou la suspension de milliers, voire de dizaines de milliers de fonctionnaires à la fois.

Pouvoirs élargis

Sa levée survient moins d’un mois après la victoire de M. Erdogan à des élections cruciales qui lui ont apporté de nouveaux pouvoirs, comme la possibilité d’émettre dans de nombreux domaines des décrets à valeur de loi, comme sous l’état d’urgence. L’annonce de la fin de l’état d’urgence n’a d’ailleurs pas rassuré l’opposition, qui accuse le gouvernement de vouloir prolonger ses effets à travers un projet de loi « antiterroriste » présenté cette semaine au Parlement.

Ce texte, consulté par l’Agence France-presse (AFP), contient plusieurs mesures inspirées de l’état d’urgence, comme la possibilité pour les autorités de continuer de limoger les fonctionnaires liés à des « groupes terroristes » pendant encore trois ans. Une autre mesure, très critiquée, vise à élargir les pouvoirs des gouverneurs des provinces, qui pourraient restreindre les déplacements de certains individus ou interdire l’accès à certaines zones.

Ankara affirme que de telles mesures sont nécessaires pour ne pas affaiblir la lutte contre le « terrorisme » après la levée de l’état d’urgence. Le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin, a par ailleurs récemment indiqué qu’il pourrait être rétabli en cas de « situation vraiment exceptionnelle ».

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mardi 17 juillet 2018

Trump admet finalement l'ingérence des Russes dans la présidentielle 2016

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Rétropédalage.

Le président américain Donald Trump a assuré mardi admettre les conclusions de ses services de renseignement selon lesquels la Russie a bien interféré dans la campagne présidentielle en 2016, cherchant à apaiser la vive controverse après son sommet lundi avec Vladimir Poutine.

Le locataire de la Maison Blanche est revenu sur ses déclarations jugées trop conciliantes à l'égard du maître du Kremlin, expliquant s'être mal exprimé à Helsinki quand il a dit n'avoir aucune raison de ne pas croire les dénégations de Poutine sur l'interférence de Moscou dans l'élection. Le milliardaire américain a cependant précisé que cette ingérence de Moscou n'avait eu «aucun impact» sur le résultat du scrutin remporté. Libération.

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Vladimir Poutine domine la rencontre d’Helsinki face à Donald Trump

Lors d’une conférence de presse commune, lundi en fin d’après-midi, le président russe a surtout énuméré une longue liste de sujets sur lesquels il attendait une amélioration sensible des relations.

Par Isabelle Mandraud (Helsinki, envoyée spéciale) et Gilles Paris (Helsinki, envoyé spécial) - Le Monde

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Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki, le 16 juillet.

Une relation sur un pied d’égalité, c’est ce que Vladimir Poutine semble avoir récolté de ses entretiens avec Donald Trump, lundi 16 juillet, à Helsinki, au terme d’une tournée de ce dernier en Europe, marquée par des échanges sans précédent avec les alliés des Etats-Unis. Au cours d’une conférence de presse commune, très amicale, tenue par les deux présidents en fin d’après-midi, M. Poutine a qualifié les pourparlers avec son homologue de « très réussis et très utiles ».

M. Trump, qui avait exprimé au début de la rencontre son désir de parvenir à « une relation extraordinaire » avec la Russie, a abondé en ce sens, au point de consacrer une partie de son intervention à une critique brutale de son opposition démocrate et des médias, jugés uniformément hostiles au rapprochement qu’il appelait de ses vœux. Ses félicitations adressées à son interlocuteur à propos de l’organisation de la Coupe du monde, qui s’est achevée la veille, ont été payées en retour par un exemplaire du ballon officiel de la compétition remis par Vladimir Poutine, que le président des Etats-Unis a promis de confier à son fils Barron, grand amateur de ce sport.

Précis, le président de la fédération russe a surtout énuméré, au cours de cet exercice commun, une longue liste de sujets sur lesquels il attendait une amélioration sensible des relations entre deux superpuissances nucléaires, voire entre deux puissances dans le domaine de l’énergie, comme il l’a aussi rappelé, insistant, à sa manière, sur cette notion d’égalité. Il a plaidé à chaque fois pour une coopération approfondie dans la lutte contre le terrorisme, le contrôle des armes nucléaires, la situation en Syrie ou en Crimée.

« Chasse aux sorcières »

Vladimir Poutine a été le premier à aborder le sujet sans doute le plus délicat entre les deux capitales : les interférences imputées à la Russie pendant la présidentielle américaine de 2016. Il les a niées froidement avant de proposer, également sur ce point, une collaboration entre la Russie et les Etats-Unis. Interrogé à ce sujet, Donald Trump a donné l’impression d’abonder dans son sens en dénonçant « un désastre » pour son pays. Il a préféré longuement s’étendre sur les zones d’ombre qui, selon lui, continuent d’entourer l’enquête aux dépens des démocrates, s’interrogeant comme il l’avait fait au cours de la campagne sur des courriers électroniques de son adversaire démocrate Hillary Clinton.

Quelques heures auparavant, Donald Trump affichait déjà une volonté de nouer un dialogue, qui le poussait à pointer du doigt tout ce qui pourrait faire obstacle à celle-ci. Il a ainsi dénoncé avec virulence, sur son compte Twitter, la « chasse aux sorcières truquée » que constitue, selon lui, l’enquête du procureur spécial Robert Mueller.

Quatre jours après l’inculpation de douze membres du renseignement russe par le procureur spécial, le président des Etats-Unis a estimé que cette enquête était en partie responsable de la détérioration des relations avec Moscou. « Elles n’ont jamais été pires », a-t-il assuré, ajoutant que « des années de bêtise et de stupidité américaines » y avaient également contribué. Le ministère des affaires étrangères russe a aussitôt partagé ce message agrémenté du commentaire « nous sommes d’accord ». La veille, M. Trump avait déjà insisté sur le fait que ces interférences étaient survenues sous « l’administration Obama », mise en cause pour sa passivité supposée.

Depuis l’annonce de ces inculpations, la Maison Blanche s’est abstenue de toute forme de critique visant la Russie. Un souci d’apaisement à la veille de la rencontre de lundi, qui a tranché avec l’agressivité déployée par le président américain à l’égard de ses alliés depuis le début de sa tournée en Europe, le 10 juillet. Celle-ci devait s’achever après les entretiens avec le président de la fédération russe.

« L’Union européenne est un ennemi »

Donald Trump est d’ailleurs revenu à la charge dimanche contre l’Union européenne. « Je pense que nous avons beaucoup d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. Bien sûr, on ne penserait pas à l’Union européenne, mais c’est un ennemi », a-t-il assuré à la chaîne CBS.

Au cours du même entretien, il a ajouté que « la Russie [était] un ennemi par certains aspects », un qualificatif également utilisé à propos de la Chine, présentée comme un « ennemi économique ».

La bonne volonté mise en scène lundi a fait l’économie de détails sur la Syrie, même si Vladimir Poutine a mentionné la priorité d’une stabilisation du sud du pays, qui bénéficierait, selon lui, à tous les pays frontaliers. A propos de la Crimée, le président russe a évoqué les accords de Minsk, tout en invitant son homologue à user également de son influence auprès du gouvernement ukrainien.

Comme l’ont montré les propos de Vladimir Poutine, la partie russe est attachée à trouver un terrain d’entente sur les armes, où les contentieux se sont accumulés. C’est l’un des sujets que le président russe a le plus travaillés avec son état-major avant de quitter Moscou. Les deux délégations devaient notamment aborder la question du renouvellement du New Start, un traité de réduction des armes nucléaires signé en 2010 par les deux pays, qui limite à 1 550 le nombre de têtes nucléaires chacun. Ce traité expire en 2021, mais il peut être prolongé pour une période de cinq ans. Autre sujet sur la table : le traité sur les forces nucléaires dissuasives à portée intermédiaire, signé en 1987.

« Bienvenue en terre de liberté de la presse »

A Helsinki, une campagne de presse a précédé l’arrivée des deux dirigeants. Dans toute la ville, les panneaux publicitaires, à l’initiative du principal quotidien finlandais, Helsingin Sanomat, affichaient le même message en anglais et en russe, « Bienvenue, Monsieur le président, en terre de liberté de la presse ». Impossible pour les cortèges présidentiels de ne pas les voir.

Dimanche, plus d’un millier de personnes ont manifesté contre les deux présidents, fédérés autour d’une même banderole, « Make Human Rights Great Again » – pastiche du slogan de campagne de Donald Trump « Make America Great Again ». Un autre petit cortège a défilé lundi dans la capitale finlandaise à bonne distance du périmètre sécurisé établi autour du palais de la présidence.

Des Ukrainiens et des Russes venus de Saint-Pétersbourg ont fait cause commune dimanche pour exiger la libération du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, condamné à vingt ans de colonie pénitentiaire en Russie pour « terrorisme » et aujourd’hui en grève de la faim depuis plus de soixante jours. Le Pen Club américain n’a pas été en reste, avec une grande banderole portant cette même revendication.

Lors de ce rassemblement festif et coloré, animé au cœur de la capitale finlandaise par un concert, beaucoup de pancartes « Non aux dictateurs » ont été brandies, les participants ne faisant pas de différence entre les deux dirigeants. Un « Non à la séparation des familles » a visé la politique migratoire de Donald Trump, pendant qu’un « Troll factory no » a fait allusion aux interférences reprochées à des pirates informatiques russes dans les élections occidentales.

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