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mardi 11 décembre 2018

Immigration en Europe

Que contient (ou non) le pacte de Marrakech sur les migrations ?

Par Anne-Aël Durand

Un texte pour des « migrations sûres, ordonnées et régulières » a été approuvé lundi à Maroc. Mais il n’est ni révolutionnaire ni contraignant.

Un texte international sur les migrations, approuvé formellement lundi 10 décembre à Marrakech (Maroc), suscite de nombreuses incompréhensions.

Qu’est-ce qui a été approuvé à Marrakech ?

Le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières a été approuvé lundi lors d’une conférence intergouvernementale organisée par l’Organisation des Nations unies (ONU) à Marrakech (Maroc) en présence de représentants de près de 160 pays.

Ni vote ni signature n’étaient au programme de ce rendez-vous qui se tient jusqu’à mardi. Une simple proclamation orale suivie d’un coup de marteau a servi d’approbation formelle. Le texte, qui a déjà été approuvé en juillet, doit encore être ratifié mercredi 19 décembre lors de l’Assemblée générale des Nations unies.

Que contient ce pacte sur les migrations ?

Il s’agit d’un document de quarante et une pages, qui fixe vingt-trois objectifs pour « améliorer la coopération en matière de migrations internationales », accompagnés de mécanismes de suivi des mesures à toutes les étapes :

mieux connaître les flux au moyen de collectes de données précises ;

en amont, lutter contre les « facteurs négatifs et les problèmes structurels » qui poussent les individus à quitter leur pays ;

rendre plus accessibles les filières légales de migration, fournir des preuves d’identité à chacun, « veiller à l’invariabilité et à la prévisibilité des procédures migratoires » ;

rendre les périples migratoires moins dangereux, « sauver des vies » par une action internationale coordonnée, lutter contre les passeurs et la traite des personnes ;

mieux gérer les frontières, limiter le recours à la rétention administrative, renforcer la coopération consulaire ;

une fois les migrants arrivés dans un pays, leur assurer des services de base, les moyens de s’intégrer, reconnaître leurs qualifications et éliminer toutes les discriminations ;

permettre aux migrants de contribuer au développement de leur pays d’origine, simplifier les envois de fonds, faciliter leur retour en assurant la portabilité de leurs droits.

Mais, dès le préambule, le pacte précise qu’il établit « un cadre de coopération juridiquement non contraignant, qui repose sur les engagements convenus par les Etats membres » et qu’il « respecte la souveraineté des Etats et les obligations que leur fait le droit international ». Concrètement, cela signifie que chaque pays, même s’il signe ce texte, pourra continuer de facto à mener une politique qui y est contraire sans encourir aucune sanction.

Qu’est-ce qu’il ne contient pas ?

Le sujet des migrations internationales est brûlant, et provoque de nombreuses controverses dans les sociétés occidentales. Raison pour laquelle l’existence de ce pacte a suscité énormément de désinformation et de manipulations politiques. Les leaders populistes comme les nombreux groupes de « gilets jaunes » ont multiplié ces derniers jours les diatribes contre ce texte, qui ferait venir des centaines de milliers, voire des « dizaines de millions », de migrants.

Il serait interminable de lister toutes les intox, mais il est régulièrement reproché à ce texte :

« d’être un préalable à un afflux massif de réfugiés » : à aucun moment le texte n’oblige un pays à ouvrir ses frontières ou ne formule de quotas de migrations obligatoires. Il ne vise pas non plus à créer un « appel d’air » mondial, ou un droit opposable à l’immigration, comme le déplore Eric Ciotti dans Le Figaro, mais plutôt à prendre en compte la réalité actuelle pour mieux l’accompagner ;

« de mettre en place une censure de la presse » : le député Les Républicains des Alpes-Maritimes craint aussi une « censure de la presse » sur les questions migratoires. En réalité, le pacte invite à « promouvoir une information indépendante, objective et de qualité, y compris sur Internet » (objectif flou mais louable), et à « cesser de subventionner les médias qui propagent systématiquement l’intolérance, la xénophobie, le racisme et les autres formes de discrimination envers les migrants, dans le plein respect de la liberté de la presse » ;

« d’organiser le remplacement des travailleurs » : pour certains responsables d’extrême droite, comme le député européen Bernard Monot, le pacte recommande le « remplacement des Européens par des migrants » et favorise l’arrivée de travailleurs immigrés « payés un euro l’heure ». Le texte dit justement l’inverse, puisqu’il appelle à faciliter l’accès des migrants à un travail décent et à l’économie formelle ;

« brader la souveraineté française » : plusieurs sites et publications s’alarment sur le risque de « vendre la France à l’ONU ». Ils opèrent un amalgame entre deux actualités : le pacte des migrations, sous l’égide de l’ONU, et une suggestion, formulée par le vice-chancelier allemand fin novembre, consistant à transférer à l’Union européenne le droit de veto français au Conseil de sécurité. Mais cette dernière idée n’a rien d’officiel et ne risque pas de voir le jour. Et, à aucun moment, la souveraineté des pays n’est remise en question par le pacte des migrations.

A quoi sert un texte non contraignant ?

Il s’agit d’un instrument de soft law, que l’on peut traduire par « droit souple » ou « droit mou » : un texte qui ne s’accompagne pas de contraintes, mais qui a une valeur symbolique, en fixant des recommandations pour changer les comportements.

L’ACCORD DE PARIS SUR LE CLIMAT A LUI AUSSI UNE FORME NON CONTRAIGNANTE DE « SOFT LAW »

Ce n’est pas nouveau : le principe, qui date des années 1930, est très utilisé dans le droit international, lorsqu’il est compliqué d’obtenir un accord entre des pays aux objectifs divers et qui ne veulent pas céder une partie de leur souveraineté. Il sert alors de « substitut au droit dur », comme l’explique un rapport du Conseil d’Etat de 2013. L’accord de Paris sur le climat, signé en 2015, a lui aussi une forme non contraignante de soft law dans la mesure où aucune sanction n’y est associée.

Le pacte sur les migrations devrait-il être soumis au vote du Parlement ou à un référendum ? Rien ne l’oblige, comme l’explique le constitutionnaliste Didier Maus, interrogé par CheckNews, le service de vérification d’informations de Libération : il ne s’agit pas d’un traité de paix ou de commerce, il n’engage pas les finances de l’Etat, ne modifie pas la loi ni les contours du territoire national. Inversement, rien n’empêche le gouvernement de présenter ce texte devant l’Assemblée nationale, voire de le soumettre au vote.

Finalement, qui a adopté ce pacte ?

Première précision : le 19 décembre, ce n’est pas à Marrakech que le pacte sera signé, mais à New York. Pour la France, ce n’est pas non plus Emmanuel Macron qui s’est déplacé au Maroc le 10 décembre, mais le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne.

APPROUVÉ EN JUILLET 2018 À NEW YORK PAR L’ENSEMBLE DES MEMBRES DE L’ONU, À L’EXCEPTION DES ETATS-UNIS

Au total, selon l’Agence France-Presse (AFP), 159 pays sur 193 étaient représentés pour l’adoption de ce pacte, qui avait été approuvé en juillet 2018 à New York par l’ensemble des membres de l’ONU, à l’exception notable des Etats-Unis. Donald Trump s’était en effet retiré dès décembre 2017 de l’élaboration de ce texte, contraire à sa politique d’immigration et à sa volonté de s’éloigner de toute gouvernance mondiale.

Plus récemment, au moins neuf pays se sont retirés du processus : Autriche, Australie, Chili, République tchèque, République dominicaine, Hongrie, Lettonie, Pologne et Slovaquie.

Selon Louise Arbour, représentante spéciale de l’ONU pour les migrations, plusieurs autres pays ont demandé à organiser des consultations internes : Bulgarie, Estonie, Israël, Italie, Slovénie et Suisse. En Belgique, la décision du premier ministre, Charles Michel, de se rendre à Marrakech a suscité une crise politique et brisé la coalition avec les nationalistes flamands de la N-VA.

Par ailleurs, le Brésil va se retirer du pacte une fois que le président élu d’extrême droite Jair Bolsonaro prendra ses fonctions, le 1er janvier, a annoncé son futur chef de la diplomatie.

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lundi 10 décembre 2018

Comment le pacte migratoire de l’ONU a déraillé

Par Marc Semo, Marie Bourreau, New York, Nations unies, correspondante - Le Monde

De nombreux pays, dont les Etats-Unis, l’Italie, l’Autriche ou la Pologne, rejettent ce texte non contraignant qui doit être soumis pour approbation, à Marrakech, les 10 et 11 décembre.

Lorsque les Nations unies (ONU) ont lancé, en février, six mois de consultations pour parvenir à l’adoption d’un pacte mondial pour une « migration, sûre, ordonnée et régulière », Louise Arbour, la représentante spéciale pour les migrations de l’organisation onusienne, avait déjà senti poindre les germes de la contestation. « Il va falloir du courage politique et faire preuve de pédagogie », avait-elle alors expliqué au Monde.

A l’heure d’un retour en force des nationalismes et des populismes, les « vents ne nous sont pas favorables », s’était-elle inquiétée. Les Etats-Unis ont choisi, en décembre 2017, de se retirer des négociations en affirmant qu’elles esquissaient des dispositions contraires à la politique d’immigration de Donald Trump. Cette décision avait alimenté les craintes d’un désengagement d’un plus grand nombre d’Etats.

« Guide des bonnes pratiques »

Les digues auront tenu moins d’un an. Depuis plusieurs semaines, l’ONU fait face à une vague de retraits, alors que le texte doit être officiellement adopté lors d’un mini-sommet à Marrakech (Maroc), lundi 10 et mardi 11 décembre. Seuls deux tiers des quelque 190 pays qui l’avaient validé ont, pour l’instant, confirmé leur présence, avec des niveaux très disparates de représentation.

En plus des Etats-Unis, l’Italie, l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie, la Suisse, l’Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre au Maroc et de se désengager d’un texte pourtant non contraignant présenté comme un simple « guide des bonnes pratiques » en matière migratoire. La Belgique connaît aussi une crise majeure qui fragilise son gouvernement depuis que son premier ministre, Charles Michel, à annoncer vouloir se rendre à Marrakech, contre l’avis de son partenaire de coalition, le parti nationaliste flamand (N-VA).

« LE PACTE N’A AUCUNE VALEUR JURIDIQUE. CE PACTE NE MODIFIE PAS LES LOIS NATIONALES ET QUE LES ETATS RESTENT SOUVERAINS EN MATIÈRE DE DROIT MIGRATOIRE », MARTÈLE UN DIPLOMATE

Dans les couloirs de l’organisation, les diplomates ne cachent pas leur sidération face à l’ampleur et à la soudaineté de la crise politique née du soupçon que l’ONU s’est accordée en secret sur un « droit à la migration ».

« Le pacte n’a aucune valeur juridique, martèle l’un d’eux. Les appels aux référendums qu’on entend de-ci, de-là sont un non-sens, puisque ce pacte ne modifie pas les lois nationales et que les Etats restent souverains en matière de droit migratoire. »

Thèses complotistes

Cela n’a pas empêché les partis d’extrême droite d’instrumentaliser ce texte dans la perspective des élections européennes de mai 2019 pour alimenter les thèses complotistes dénonçant un présumé appel à des flux migratoires incontrôlés.

Les Etats-Unis sont jugés en partie responsables de cette déroute de dernière minute. « Washington a diffusé son narratif anti-pacte depuis plusieurs semaines, explique un officiel. Ils ont ciblé les Etats les plus perméables à leur discours populiste sur la perte de souveraineté. »

Dans un communiqué, transmis le 7 décembre, la mission des Etats-Unis à l’ONU a une nouvelle fois exposé ses arguments repris en boucle par les contempteurs du pacte. Washington assure craindre « un effort des Nations unies pour faire avancer la gouvernance mondiale aux dépens du droit souverain des Etats de gérer leurs systèmes d’immigration conformément à leurs lois nationales, politiques et intérêts ».

Un argument « absurde » pour Louise Arbour. « Comment imaginer que 190 pays auraient accepté de renoncer à leur souveraineté ? C’était notre ligne rouge depuis le départ ! Et la mention de la souveraineté des Etats figure dès le préambule. »

Paris fait profil bas

Cette offensive est jugée d’autant plus incompréhensible que ce pacte – le premier à s’attacher à la question migratoire dans son ensemble – a fait l’objet de discussions classiques dans un cadre multilatéral, chaque négociateur « prenant ses ordres directement auprès de sa capitale ».

Résultat, le sommet qui devait être « historique » à Marrakech ressemble à une débâcle. Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, et Angela Merkel, la chancelière allemande, seront présents. La France sera représentée par le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne. Emmanuel Macron, grand défenseur du pacte, auquel il avait apporté un soutien appuyé lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, a préféré renoncer.

La crise des « gilets jaunes » mais plus encore le caractère politique pour le moins sensible de la question migratoire ont incité les autorités françaises à faire profil bas. « Ce n’est pas un sommet. Nous aurions pu être aussi bien représentés par le chef de l’Etat que par le premier ministre, le ministre des affaires étrangères ou même l’ambassadeur chargé de l’émigration », justifie-t-on de source diplomatique.

Malgré ces désistements en série, Louise Arbour assure être confiante sur l’avenir de ce texte « essentiel ». Les pays présents à Marrakech sont « du bon côté de l’histoire », estime-t-elle. « Les autres finiront par y venir car la migration est un sujet qui va nous interpeller pendant des décennies. Le pacte, ce n’est pas la fin, mais le début de la nécessité d’une meilleure coopération internationale. »

Les Etats membres auront l’occasion de confirmer leur soutien à ce pacte, le 19 décembre, lors d’un vote à l’Assemblée générale où ils l’endosseront officiellement. Un vote qui n’aura, là encore, qu’une portée symbolique et aucune valeur juridique.

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samedi 1 décembre 2018

G20

macron et

Le G20 fait bon accueil à « MBS » malgré l’affaire Khashoggi

Par Gilles Paris, Buenos Aires, envoyé spécial, Marie de Vergès, Buenos Aires, envoyée spéciale

Le sommet, qui se tient en Argentine, marque le grand retour international du prince saoudien de 33 ans après l’assassinat du dissident Jamal Khashoggi en Turquie.

Mohammed Ben Salman a affiché bonne humeur et décontraction chaque fois qu’il en a eu l’occasion à l’ouverture du sommet du G20, à Buenos Aires, vendredi 30 novembre. Le prince héritier saoudien représente son pays dans ce cénacle pour la seconde fois depuis son arrivée aux affaires, en 2015.

Fragilisé par les lourdes présomptions qui le présentent comme l’instigateur de la disparition d’un dissident saoudien, le chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi, il compte faire du sommet une étape sur la voie d’une délicate normalisation compte tenu des circonstances qui entourent cet assassinat. Le journaliste a été tué et manifestement démembré au consulat du royaume à Istanbul (Turquie), en octobre.

Lors de la première séance du sommet, le prince héritier, également désigné par l’acronyme formé par ses initiales, « MBS », a pu compter sur la bienveillance du Russe Vladimir Poutine, président d’un Etat sanctionné en août par les Etats-Unis pour la tentative d’assassinat visant, en mars, un ancien agent exilé au Royaume-Uni, Sergeï Skripal. Les deux hommes ont échangé une très joviale poignée de mains avant de prendre place côte à côte autour de la vaste table circulaire prévue pour les chefs d’Etat et de gouvernement.

« Plaisanteries » échangées

Paradoxalement, Mohammed Ben Salman a reçu un accueil plus mesuré de la part de celui dont le soutien a été décisif au cours des dernières semaines : le président des Etats-Unis Donald Trump. Convaincu officiellement par les démentis du prince, au nom des intérêts de Washington, ce dernier résiste pour l’instant à un Congrès désireux de voir ce dernier rendre des comptes. Pas seulement pour l’assassinat de Jamal Khashoggi, mais également pour son rôle dans l’escalade militaire au Yémen qui a provoqué l’une des plus graves crises humanitaires de la région.

Si Donald Trump a bien échangé des « plaisanteries » avec MBS au cours de cette session, la Maison Blanche a pris soin d’assurer que le président des Etats-Unis en avait fait de même « avec à peu près tous les responsables présents ».

Interrogé en préambule d’un entretien avec le premier ministre japonais Shinzo Abe, le républicain a assuré ne pas avoir eu pour l’instant de « discussion » avec le prince héritier au cours de ce sommet, sans exclure pour autant cette éventualité avant la fin du G20.

« Discussion franche et ferme »

A l’inverse, le président de la République française, Emmanuel Macron, s’est entretenu quelques minutes avec le prince héritier avant même l’ouverture du sommet. Le croisant dans l’espace réservé aux chefs d’Etats, comme l’a montré un enregistrement vidéo, « il a souhaité aller au devant pour avoir une discussion très franche et ferme sur deux points », a expliqué un conseiller élyséen, les mêmes qui préoccupent le Congrès des Etats-Unis.

A propos de l’affaire Khashoggi, M. Macron a exprimé la volonté des Européens d’associer des experts internationaux à l’enquête en cours. Puis il a évoqué la guerre au Yémen pour faire valoir la nécessité d’une solution politique.

Deux messages sur lesquels les dirigeants de l’Union européenne présents à Buenos Aires s’étaient coordonnés au préalable, lors d’une réunion en format restreint, vendredi matin.

« Vous ne m’écoutez jamais »

Sur la forme, la plus grande réserve a été de mise. Il s’agissait d’un « aparté très bref » et surtout pas d’une « rencontre bilatérale », a précisé le conseiller de l’Elysée. Ce dernier a insisté, sur la base de l’enregistrement vidéo immédiatement partagé sur les réseaux sociaux, sur le « contraste » entre le visage de « MBS » « souriant » et celui du président présenté comme, « plutôt fermé ».

Des bribes de cet échange, tenu en anglais, peuvent être saisies. « Ne vous inquiétez pas », assure le prince, très décontracté. « Mais je le suis, je suis inquiet », lui répond le dirigeant français. Ce dernier ajoute presque aussitôt : « Vous ne m’écoutez jamais. » La formule provoque la brève hilarité de son interlocuteur, qui l’assure du contraire. « Je suis un homme de parole », ajoute Emmanuel Macron.

Il y a un an, le président français s’était démené pour tirer « MBS » de l’impasse dans laquelle ce dernier s’était lui-même précipité. Le prince s’était en effet emparé du premier ministre du Liban, également de nationalité saoudienne, Saad Hariri, jugé trop complaisant avec l’Iran et son allié libanais, le Hezbollah, pour tenter en vain d’obtenir sa démission. M. Macron avait joué les médiateurs pour obtenir le retour du premier ministre dans son pays.

« MBS » face à Erdogan

Le hasard a voulu que le G20 rassemble à Buenos Aires le prince mis en cause et le principal artisan de ses difficultés. Avec un art consommé du suspens, le président turc, Recep Tayyip Erdogan a en effet organisé au cours des semaines précédentes les « fuites » qui ont graduellement concentré les soupçons sur l’homme fort du royaume saoudien.

Les organisateurs argentins du sommet avaient pris soin de placer les deux dirigeants à bonne distance sur la traditionnelle photo de famille prise au début de la session de vendredi. Ils n’ont pas échangé un regard lorsque le président de Turquie est passé devant le prince héritier pour prendre sa place à l’autre bout du podium. L’espace d’un instant, « MBS » a même renoncé au sourire débonnaire affiché avec méthode.

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vendredi 30 novembre 2018

Donald Trump met sous tension le G20 qui s’ouvre en Argentine

Par Gilles Paris, Washington, correspondant - Le Monde

Après l’annulation de plusieurs rencontres, le G20 argentin du président américain devrait se résumer à l’entretien prévu samedi avec son homologue chinois, Xi Jinping.

Donald Trump ne goûte guère les sommets multilatéraux où les Etats-Unis se retrouvent désormais régulièrement isolés sur les questions liées à l’environnement ou au libre-échange. L’hôte argentin du G20 organisé en Argentine, le vendredi 30 novembre et le samedi 1er décembre, le président Mauricio Macri, a d’ailleurs pesé de tout son poids dans les réunions préparatoires pour écarter toute formulation susceptible de provoquer l’ire de son homologue américain avec lequel il est en bons termes. Une énergie qui n’a pas trompé Emmanuel Macron, le président français. Ce dernier a assuré qu’« autour de la table du G20, les doutes sont là, les formes d’agressivité ressortent, les fractures réapparaissent ».

Après avoir torpillé le sommet du G7 en juin en retirant son pays du communiqué final, puis boudé les sommets annuels en Asie, en octobre, délégués au vice-président Mike Pence, le président des Etats-Unis s’était préparé un solide programme de rencontres bilatérales en marge de la grand-messe de Buenos Aires.

Une nouvelle occasion manquée avec Vladimir Poutine

Mais ce programme a pourtant été immédiatement écorné par sa décision, jeudi 29 novembre, d’annuler ex abrupto la rencontre prévue avec son homologue russe Vladimir Poutine, samedi. Interrogé alors qu’il quittait la Maison Blanche pour se rendre à Buenos Aires, Donald Trump avait pourtant confirmé ce rendez-vous en milieu de matinée. « Je crois que c’est un très bon moment pour l’avoir », avait-il dit, tout en ajoutant qu’il allait se faire une idée des dernières tensions en date entre la Russie et l’Ukraine survenues dans le détroit de Kerch au cours du voyage vers Buenos Aires.

Quelques heures plus tard, alors que l’Air Force One avait déjà quitté le sol américain, le président des Etats-Unis a pris Moscou de court en changeant d’avis. Sur son compte Twitter, Donald Trump a mis en avant le fait que les trois navires militaires ukrainiens saisis par la force par la Russie, et leurs équipages, au cours de ces incidents, n’avaient pas été rendus, ni libérés, pour justifier une décision jugée préférable « pour toutes les parties concernées ». Le conseiller de presse de Vladimir Poutine a assuré avoir découvert ce revirement sur le réseau social préféré de Donald Trump.

Une nouvelle occasion manquée pour les deux hommes. En juillet, la Maison Blanche avait en effet renvoyé à l’année 2019 une visite à Washington du président russe annoncée pour l’automne, arguant de l’enquête en cours consacrée aux interférences prêtées à la Russie par le renseignement américain pendant la présidentielle de 2016, et que Moscou nie. Elle avait ensuite écarté la perspective d’une rencontre à l’occasion des commémorations liées au centenaire de la fin de la Première guerre mondiale à Paris, le 11 novembre.

La nouvelle relation espérée par Donald Trump avec Vladimir Poutine tarde décidément à se concrétiser, du fait d’une longue liste de contentieux. L’Ukraine y figure en bonne place, mais s’y ajoutent également des différends sur la Syrie, l’Iran ou encore le contrôle des armes après la décision américaine de se retirer du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) signé avec la Russie, en mettant en cause le comportement jugé déloyal de Moscou.

De nombreux contentieux avec la Turquie

L’annulation de jeudi a enfin coïncidé avec le revirement d’un ancien conseil de Donald Trump, Michael Cohen. Ce dernier a assuré, contrairement aux premières déclarations devant la commission du renseignement du Sénat, que le magnat de l’immobilier avait tenté sans succès de mener à bien un projet ambitieux en Russie alors qu’il était déjà le candidat du Parti républicain pour la présidentielle de 2016.

Vladimir Poutine n’a pas été la seule victime des réajustements de l’agenda du président des Etats-Unis. Deux rencontres bilatérales avec Moon Jae-in, son homologue de Corée du Sud, et avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, ont également été rétrogradées à de simples apartés, sans qu’aucune explication ne soit donnée par la Maison Blanche. Séoul n’a pu qu’être froissé par ce changement de dernière minute alors que le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a conservé cette faveur, tout comme la chancelière allemande, Angela Merkel, dont l’avion a cependant été victime d’un problème mécanique qui a retardé son arrivée en Argentine.

En dépit de l’amélioration des relations entre Washington et Ankara facilitée par la libération en octobre d’un pasteur américain, Andrew Bruson, accusé de complot en Turquie, les contentieux restent également nombreux avec cet allié majeur de l’OTAN. Ils concernent les demandes d’extradition restées sans réponse d’Ankara visant le prédicateur islamiste Fethullah Gülen qui réside en Pennsylvanie, le soutien apporté par Washington à une milice kurde engagée dans la lutte contre le groupe Etat islamique en Syrie ou encore les poursuites pour fraude engagées par les autorités américaines contre la banque turque Halkbank.

Une rencontre maintenue avec Xi Jinging

Dans les couloirs du G20, Donald Trump devra également trouver le bon équilibre dans ses interactions avec le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, invité à titre d’observateur. La Maison Blanche a fait savoir mardi qu’aucune rencontre bilatérale n’était prévue à ce stade, sans exclure pour autant la possibilité d’un bref entretien.

Un sujet périlleux. Car Donald Trump a essuyé un véritable désaveu au Sénat sur le dossier saoudien, mercredi. Une nette majorité de démocrates et de républicains (63 voix contre 37) s’est prononcée en faveur d’un examen en séance plénière d’un projet de résolution visant à couper l’aide militaire américaine dont bénéficie l’Arabie saoudite dans la guerre qu’elle conduit au Yémen.

L’affaire Jamal Khashoggi, et le soutien sans nuances apporté par Donald Trump au prince héritier ont fait se raviser un nombre significatif d’élus républicains. Le prince est en effet considéré par le renseignement américain, selon la presse, comme l’instigateur de la disparition du dissident au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie. Le président a mis en avant jusqu’à présent des contrats d’armement et l’ancienneté de l’alliance avec Riyad pour se justifier.

Pour Donald Trump, le G20 argentin devait donc se résumer en bonne partie à l’entretien prévu samedi avec son homologue chinois, Xi Jinping, alors que les deux pays sont en proie à une guerre commerciale alimentée par les hausses de taxes d’importation imposées par le président des Etats-Unis. Les perspectives d’un règlement de cette crise semblaient cependant minces compte tenu des menaces de taxes supplémentaires agitées par Donald Trump. Ce dernier n’entend pas reculer tant que Pékin refusera de répondre aux demandes américaines concernant le respect de la protection de la propriété intellectuelle, l’ouverture de son marché, ou encore les transferts forcés de technologie pour les entreprises étrangères installées en Chine. Des demandes cependant jugées exorbitantes ou injustifiées par la Chine.

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jeudi 29 novembre 2018

Ukraine : Trump menace d’annuler sa rencontre avec Poutine

L’entrevue que le président américain devait avoir avec son homologue russe en Argentine en marge du sommet du G20 est compromise du fait des incidents survenus entre les marines russe et ukrainienne.

Le président ukrainien Petro Porochenko a évoqué, mardi 27 novembre, la « menace d’une guerre totale » avec la Russie qui a selon lui « augmenté drastiquement » sa présence militaire à la frontière, dramatisant encore une situation déjà tendue depuis la capture de navires ukrainiens en mer Noire dimanche, un incident inédit.

L’Europe demande des sanctions

Des capitales européennes demandent une désescalade et tentent d’affirmer une position commune de fermeté face à Moscou. Toutes exigent la libération des marins ukrainiens capturés et plusieurs dirigeants du Vieux Continent évoquent de nouvelles sanctions économiques contre Moscou.

« La France en appelle aux parties pour qu’elles favorisent un apaisement de la situation et que chacun fasse preuve de retenue. Nous souhaitons en particulier qu’une initiative russe puisse permettre d’apaiser cette tension », a affirmé, mardi, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d’un point de presse conjoint avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, marquant sa préoccupation face à « la remilitarisation » des territoires concernés.

Les autorités allemandes, elles, restent fermes. « Cette affaire montre que l’annexion de la Crimée reste un problème de sécurité pour tout le monde en Europe », a souligné le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, demandant « que la Russie respecte de nouveau le droit international et qu’elle ne viole pas la souveraineté territoriale de ses voisins ».

Trump menace la Russie

Haussant le ton face à Vladimir Poutine, Donald Trump a menacé d’annuler sa rencontre prévue en fin de semaine avec son homologue russe au sommet du G20 en Argentine.

Le président américain a précisé attendre un compte rendu de ses conseillers en sécurité nationale, dont les conclusions seront « déterminantes ». « Peut-être que cette entrevue n’aura pas lieu (…) Je n’aime pas cette agression. Je ne veux pas de ce genre d’agression », a-t-il confié dans un entretien au Washington Post. M. Trump est souvent accusé d’être trop conciliant avec Moscou.

Les marins en détention

Accusés d’avoir franchi illégalement la frontière russe, douze marins ukrainiens, sur les vingt-quatre faits prisonniers dimanche, ont été placés, mardi, en détention provisoire jusqu’au 25 janvier, conformément à la décision d’un tribunal de Simféropol, chef-lieu de la Crimée, a constaté un journaliste de l’AFP. Les autres matelots doivent comparaître mercredi.

Loi martiale en Ukraine

En réponse à l’incident, le Parlement ukrainien a voté, lundi, l’introduction de la loi martiale dans les régions frontalières du pays, le président Porochenko justifiant cette initiative, sans précédent depuis l’indépendance de cette ancienne république soviétique en 1991, par « la menace extrêmement élevée » d’une offensive terrestre russe.

Le président russe Vladimir Poutine a pour sa part mis en garde, mardi, l’Ukraine contre tout acte « irréfléchi » et a fait part de sa « sérieuse préoccupation » à la chancelière allemande Angela Merkel, lui demandant de faire pression sur Kiev.

La loi martiale, qui entre en vigueur mercredi dans une dizaine de régions de l’Ukraine, va permettre pendant un mois aux autorités de mobiliser les citoyens, de réguler l’activité des médias et de limiter les rassemblements publics.

Aux yeux de Vladimir Poutine, « il est évident que tout cela a été fait en lien avec la campagne électorale en Ukraine » pour l’élection présidentielle du printemps.

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Mohammed ben Salmane (MBS)

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Vladimir Poutine qualifie les incidents en mer Noire de « provocation »

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante

Le chef du Kremlin, qui s’exprimait pour la première fois sur les incidents avec Kiev, a accusé son homologue ukrainien de mener un « jeu sale » pour des raisons de politique intérieure.

Jusqu’ici plutôt en retrait, Vladimir Poutine a, pour la première fois, commenté en public, mercredi 28 novembre, les incidents survenus quatre jours plus tôt en mer Noire entre la marine ukrainienne et les forces de sécurité russes. Interrogé sur le sujet en marge d’un forum d’investissement organisé par la banque VTB à Moscou, le chef du Kremlin a répondu : « C’est une provocation, bien sûr ! »

Sans jamais prononcer le nom de Petro Porochenko, le chef du Kremlin a ouvertement accusé son homologue ukrainien de calculs politiques. « C’est une provocation organisée par les autorités actuelles, je pense même par son président actuel, à l’approche de l’élection présidentielle en Ukraine au mois de mars de l’année prochaine », a souligné M. Poutine. Qui ajoute : « Les sondages, si je ne me trompe pas, placent le président au cinquième rang, il y a même des chances qu’il ne passe pas au second tour, donc, il fallait faire quelque chose pour exacerber la situation et créer des obstacles infranchissables pour ses concurrents. (…) Je suis sûr de cela. »

A aucun moment, le président russe n’a évoqué les trois navires ukrainiens saisis par les forces de sécurité russes – sauf pour déclarer qu’elles avaient accompli « leur mission » et respecté « les ordres » – ni même le sort des 24 marins capturés à leur bord. Ces derniers comparaissent depuis mardi devant un tribunal russe pour être placés, les uns après les autres, en détention provisoire pour deux mois.

« Un incident frontalier »

« C’est un incident frontalier, pas plus », a-t-il minimisé, en évoquant des éléments récents « d’une autre envergure » tels que « le rattachement de la Crimée à la Russie » en 2014, ou « la guerre civile » dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine qui opposent les séparatistes prorusses soutenus par Moscou et les forces armées de Kiev. « Une guerre de facto, a poursuivi M. Poutine, et pourtant, aucune loi martiale n’avait été instaurée. Et là, un petit incident et on instaure la loi martiale ! C’est évident que c’est organisé à l’approche de l’élection présidentielle. »

La loi martiale, instaurée en Ukraine pour une période limitée dans dix régions frontalières de Russie, est entrée en vigueur parallèlement, mercredi. Adoptée par le Parlement ukrainien, elle avait été décrétée par M. Porochenko envers lequel M. Poutine n’a pas caché son plus profond mépris. Il ne l’avait d’ailleurs pas pris au téléphone quand son homologue ukrainien, selon ce dernier, a tenté de le joindre.

« C’est un jeu pour aggraver la situation, un jeu sale à l’intérieur du pays dans le but de vaincre ses adversaires politiques », a encore ajouté le chef du Kremlin. Avant de conclure : « Quoi qu’il se passe à Kiev, les peuples russe et ukrainien sont et resteront toujours des peuples frères. Cette mousse politique partira, et le peuple ukrainien, un de ces jours, va évaluer le pouvoir actuel comme le peuple géorgien l’a fait avec Saakachvili. » Le chef du Kremlin faisait ainsi allusion à l’ancien président de Géorgie qu’il hait. Au pouvoir dans cette ex-République soviétique de 2004 à 2013, Mikheïl Saakachvili est aujourd’hui résident aux Pays-Bas, après avoir échoué à s’implanter en Ukraine.

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samedi 17 novembre 2018

Le prince héritier saoudien est derrière l’assassinat de Jamal Khashoggi (CIA)

Mohammed Ben Salman,

La CIA a conclu que le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane (MBS) a commandité personnellement l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, contrairement à ce qu’affirme le royaume allié des Etats-Unis.

C’est le Washington-Post, journal dont Jamal Khashoggi était un collaborateur, qui a publié les conclusions de l’enquête de la principale agence américaine de renseignement, citant des sources anonymes au courant des investigations.

Le Washington Post précise que les Etats-Unis ont intercepté un appel entre Jamal Khashoggi et le frère de MBS, ambassadeur saoudien à Washington. Ce dernier, Khalid ben Salmane, aurait conseillé à Jamal Khashoggi de se rendre au consulat saoudien à Istanbul, lui assurant qu’il ne lui arriverait rien. Le journal ajoute que ce coup de fil a été passé à la demande de MBS.

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mercredi 14 novembre 2018

Tempête de Tweets : Trump traite désormais Macron comme ses autres alliés

trump45

Par Marc Semo, Virginie Malingre - Le Monde

Le président américain s’en est pris mardi, dans une série de Tweets violents, à son homologue français, avec lequel il entretenait une relation privilégiée.

Dans son mépris pour l’Union européenne et ses leaders, le président américain Donald Trump avait jusqu’ici épargné son homologue français, son ami « Emmaaanuel » avec lequel il entretenait une rare relation de proximité, malgré des différends politiques de fond.

Emmanuel Macron est désormais ciblé par les Tweets rageurs du 45e locataire de la Maison Blanche, qui n’a jamais épargné ses alliés. De retour à Washington après les commémorations du centenaire de l’armistice de 1918, Donald Trump dans une série de messages matinaux a raillé la « très faible cote de popularité » du président français. Il l’a attaqué tous azimuts, aussi bien sur le niveau élevé du chômage en France que sur le prétendu protectionnisme contre le vin californien. Ou encore sur le nationalisme hexagonal, qu’il a salué alors même qu’Emmanuel Macron en dénonçait les dangers.

Mais surtout il est revenu à la charge sur la proposition de son homologue français de créer une armée européenne, déjà jugée « très insultante » dès son atterrissage à Paris le 9 novembre. « Emmanuel Macron a suggéré la création de leur propre armée pour protéger l’Europe contre les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Mais c’était l’Allemagne dans la première et la seconde guerre mondiale », a-t-il écrit sur Twitter.

« Paie pour l’OTAN ! »

« Comment ça a marché pour la France ? Ils commençaient à apprendre l’allemand à Paris avant que les Etats-Unis n’arrivent », a-t-il ironisé, dans une référence très peu diplomatique à l’Occupation et à la collaboration, au lendemain d’un centenaire de l’armistice, qui a, à nouveau, célébré la réconciliation franco-allemande. « Paie pour l’OTAN ! », a-t-il insisté, clamant à nouveau son exigence que les membres de l’Alliance atlantique participent plus largement à son financement.

C’était, pourtant, le sens de la proposition du président français sur l’armée européenne et lors de leurs entretiens le 10 novembre, à l’Elysée, il avait longuement insisté pour apaiser les choses et dissiper tout malentendu sur « le partage du fardeau ».

« Donald Trump était l’un des premiers chefs d’Etat arrivé à Paris et il a réservé son premier entretien au président Macron. Ces signaux ont une valeur bien plus grande que des Tweets dont on sait comment et pourquoi ils sont faits et destinés avant tout aux Américains », note un conseiller de l’Elysée. « La relation entre Emmanuel Macron et Donald Trump n’est pas facile, mais elle est continue et ce qui importe c’est qu’ils se parlent plusieurs fois par semaine », insiste-t-on parmi les proches du chef de l’Etat.

« Une réaction épidermique et personnelle »

Roland Lescure, député La République en marche (LRM) des Français de l’étranger et membre du groupe d’amitiés France - Etats-Unis assure qu’il s’agit d’un malentendu : « C’est une réaction un peu épidermique et personnelle du président américain au discours d’Emmanuel Macron qui a été interprété à mon avis à tort comme une critique en creux à son encontre. » Emmanuel Macron avait notamment souligné dans son discours à l’Arc de triomphe que « le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme », visant ainsi explicitement son homologue américain, principal pourfendeur du multilatéralisme.

Même si l’Elysée tente d’en minimiser la portée, la virulence du verbe trumpien est extrême. « Make France great again ! », clame en majuscules le président américain sur Twitter, en écho à son slogan de campagne invitant à retrouver la grandeur des Etats-Unis… mais aussi à son détournement par Emmanuel Macron – « Make the planet great again » – au lendemain de l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris. Et de souligner que le président français cherche à faire diversion, car « il souffre d’un taux de popularité très faible en France, 26 %, et d’un taux de chômage de presque 10 % ».

Puis d’ajouter : « Et au fait, il n’y a pas de pays plus nationaliste que la France, un peuple très fier, et à raison ! » Au passage, le milliardaire qui ne boit pas d’alcool s’en prend au vin, produit emblématique s’il en est en France : « Le problème est que la France rend la tâche très difficile aux Etats-Unis pour vendre leur vin en France et applique des tarifs élevés, alors que les Etats-Unis rendent ça facile pour les vins français et appliquent de très bas tarifs. »

« Entre mâles dominants »

Il est encore difficile d’évaluer les conséquences de cette polémique sans précédent entre les deux présidents. « Les relations entre la France et les Etats-Unis ne se mesurent ni à l’aune du langage corporel entre les deux présidents ni à celle des Tweets envoyés par Donald Trump », assure un haut diplomate. Dès son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron avait misé sur la relation personnelle avec le locataire de la Maison Blanche pour tenter de l’influencer et limiter les dégâts. « Quoi que l’on pense de sa personnalité, il est le président des Etats-Unis, la première puissance mondiale, notre allié depuis deux cent cinquante ans », expliquait l’Elysée.

Mais le président français n’a réussi ni à convaincre Trump de rester dans l’accord sur le climat ni dans celui sur le nucléaire iranien. Dès la visite à Washington au printemps dernier, les relations ont commencé à se tendre.

« Entre mâles dominants, cela se passe toujours mal et Donald Trump qui ne connaît que le rapport de forces n’a guère apprécié les critiques d’Emmanuel Macron à Paris », explique Laurence Nardon, directrice du programme Etats-Unis de l’Institut français des relations internationales (IFRI), tout en estimant que « ces polémiques ne vont pas changer grand-chose, car les deux administrations continuent à travailler ensemble de façon suivie et que les relations entre les services de renseignement comme entre les militaires sont excellentes. »

Le président américain instrumentalise cet affrontement avec son homologue français pour faire passer des messages de politique intérieure et montrer une Amérique combative y compris avec ses plus proches alliés. Et même avec ce jeune président français en qui il voyait une quintessence du winner et qui semble aujourd’hui à la peine sur la scène intérieure.

trump44

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mardi 13 novembre 2018

Faux amis - Editorial du Parisien

Pour Donald Trump, la vengeance est un plat qui se mange chaud. A peine rentré de Paris, il a étrillé son hôte du week-end, Emmanuel Macron, à coups de tweets flingueurs. Aux piques feutrées du Français, dimanche, sur le « nationalisme » dont son homologue américain s’est récemment revendiqué, ce dernier a répliqué de façon brutale. Au fleuret a répondu le flingue. Mordant (sur la popularité en berne de Macron), humiliant (sur les Français qui apprenaient l’allemand avant le débarquement en Normandie), ironique (en reprenant son slogan de campagne - Make America great again - que le Français avait lui même détourné) et enfin menaçant : le vin français est désormais dans sa mire, comme les voitures allemandes il y a quelques mois. Après une « bromance » qui tenait d’une illusion tant les deux leaders incarnent des visions différentes du monde, voilà donc le temps de la brouille. Elle a au moins le mérite de clarifier ce qu’on peut attendre des Etats-Unis version Trump. Si la France reste une alliée dans l’absolu, elle sera pour encore deux ans (voire six en cas de réélection) un simple partenaire avec lequel ce businessman topera ou cognera. Autre leçon à en tirer : seule, la France ne fera pas le poids. Subitement, on mesure très concrètement l’enjeu des élections européennes.

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