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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

lundi 15 janvier 2018

« Si Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en ploutocrate »

Par Stéphane Lauer - Le Monde

Déréglementation financière, affaiblissement des administrations publiques ou des syndicats... Donald Trump ne fait que donner un coup d’accélérateur à un mouvement initié par Ronald Reagan dans les années 1980, relève notre éditorialiste Stéphane Lauer.

Un an après son investiture, Donald Trump est toujours en campagne. Même s’il vient de faire adopter sa première grande réforme en baissant massivement la fiscalité, le président américain a besoin de se rassurer. Au lendemain de ce vote, il a envoyé à ses partisans un message sous la forme d’un sondage. « Comment qualifieriez-vous ce que fait le Président Trump pour le peuple américain ? », demande l’enquête. Quatre réponses sont possibles : « Génial », « Bon », « Okay » ou « Autres ». Le but consiste à clouer le bec à ses détracteurs, qui persistent à véhiculer des « fake news », comme ces enquêtes d’opinion qui prétendent que cette réforme fiscale est désapprouvée par les deux tiers des Américains. La question était sans doute mal posée.

Pourtant, il suffit de regarder qui va bénéficier de « la plus grande baisse d’impôts de l’histoire », pour avoir une idée de la popularité potentielle de cette réforme. Selon le Tax Policy Center et le Joint Committee on Taxation, deux organismes non-partisans, ce sont les grandes entreprises et les 1 % les plus riches. Si M. Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en ploutocrate. Sa victoire s’est construite grâce aux messages destinés aux « oubliés » de l’Amérique, ces « petits Blancs » de l’intérieur du pays, qui se sentent marginalisés par la marche du monde. Un an plus tard, sa réforme fiscale risque de creuser les inégalités et de saper un peu plus les fondements de la démocratie américaine.

Les bénéfices des entreprises sont à un plus haut historique ? Qu’à cela ne tienne, l’impôt sur leurs profits va baisser d’un tiers ! Le taux marginal pour les hauts revenus était à 39 % contre 70 % quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en 1980 ? Baissons-le encore un peu plus à 37 % ! Les droits de succession ne concernaient que 0,2 % des foyers fiscaux ? C’était encore trop : la nouvelle loi double le plancher d’exonération à 11 millions de dollars (9 millions d’euros). Le rêve américain est en train de devenir synonyme de rente.

Complicité de la majorité républicaine

Le pire, c’est que si les réductions d’impôts pour les entreprises sont pérennes, celles pour l’Américain moyen sont temporaires. Comme le carrosse de Cendrillon, elles se transformeront en citrouille en 2026, le temps sans doute pour les Républicains de passer sereinement les élections de mi-mandat, voire la prochaine présidentielle. Last but not least, M. Trump s’est bien gardé de supprimer la niche fiscale dite du « Carried Interest », qui permet aux dirigeants de fonds d’investissement de payer proportionnellement moins d’impôts que leur secrétaire, et qu’il qualifiait quand il était candidat d’« injuste pour les travailleurs américains ».

Tous ces cadeaux aux plus fortunés ont, bien entendu, un coût. Le déficit budgétaire va ainsi se creuser de plus de 1 000 milliards d’ici à 2028. Mais les Républicains se disent prêts à tailler dans les programmes sociaux pour compenser. Non contents de ramasser les miettes de la réforme fiscale, les plus pauvres la financeront. Les cyniques diront qu’il n’est pas étonnant qu’un magnat de l’immobilier gouverne selon ses propres intérêts. Mais la dérive ploutocratique a nécessité la complicité de la majorité républicaine. « Trump est peut-être un chien fou, mais c’est notre chien », disaient certaines figures du Grand Old Party pendant la campagne de 2016.

LES CYNIQUES DIRONT QU’IL N’EST PAS ÉTONNANT QU’UN MAGNAT DE L’IMMOBILIER GOUVERNE SELON SES PROPRES INTÉRÊTS

Si le populisme est largement resté au stade de la rhétorique, qu’il s’agisse du protectionnisme ou de l’immigration, la ploutacratie connaît son avénement. La réforme fiscale n’en est que l’exemple le plus caricatural. Qu’il s’agisse de la déréglementation financière, de l’affaiblissement des administrations publiques ou du travail de sape à l’encontre de la représentation syndicale, empêchant les revendications salariales de s’exprimer, M. Trump ne fait qu’accélérer un mouvement engagé depuis 1980 et que la parenthèse Obama n’a ralenti qu’à la marge.

Habile lobbying de plus en plus richement doté

Cette évolution est simplement concomitante au rôle grandissant que l’argent joue dans la politique. Le déplafonnement des dons a ouvert un boulevard aux plus riches pour peser sur le débat démocratique. Lors de la dernière campagne présidentielle, moins de 25 000 donateurs (0,01 % de la population américaine) ont apporté 40 % des financements. En 1980, ce n’était que 15 %, selon Adam Bonica, professeur à Stanford. Le Congrès se fait et se défait également à coups de millions. Sur les 541 parlementaires recensés par le site Roll Call, 200 sont millionnaires.

Pendant longtemps, l’influence de l’argent s’est exercée à travers un habile lobbying de plus en plus richement doté. Celui-ci a permis de diminuer constamment l’impôt sur le capital, tandis que les revenus de l’immense majorité faisaient du surplace. Le pouvoir d’achat de ceux qui touchent le salaire minimum est ainsi inférieur de 10 % à ce qu’il était en 1968.

LES RICHES INFLUENCEURS SONT CARRÉMENT ENTRÉS AU GOUVERNEMENT

Mais avec M. Trump, une nouvelle étape a été franchie. Il avait promis d’« assécher le marais » des lobbyistes à Washington. Pourtant, les riches influenceurs sont carrément entrés au gouvernement, qui n’a jamais compté autant de milliardaires. En 1835, Alexis de Tocqueville commençait De la Démocratie en Amérique par ces lignes : « Parmi les objets nouveaux qui, pendant mon séjour aux États-Unis, ont attiré mon attention, aucun n’a plus vivement frappé mes regards que l’égalité des conditions. » Désormais, n’est-ce pas l’inégalité qui saute aux yeux ?

En 1863, dans son célèbre discours de Gettysburg, Abraham Lincoln avait défini la démocratie comme « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». L’Amérique de Trump pourrait se résumer aujourd’hui par « le gouvernement des riches, par les riches, pour les riches ». En attendant, le peuple peut toujours cocher la case « Autres » pour donner son avis.

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lundi 8 janvier 2018

Macron en quête de réciprocité pour sa visite en Chine

Par Brice Pedroletti, Pékin, correspondant, Bastien Bonnefous - Le Monde

Le chef de l’Etat veut établir avec Pékin un partenariat au long cours et rééquilibrer les échanges commerciaux.

Emmanuel Macron aime construire sa diplomatie au gré de symboles historiques et politiques forts. Le choix de Xi’an, la ville où le président français entame, lundi 8 janvier, sa première visite d’Etat en Chine – et en Asie – en est un : la capitale du Shaanxi, connue pour son armée enterrée de guerriers en terre cuite, se veut la terre d’origine de la famille du président chinois Xi Jinping. C’est là que M. Macron, qui appelait dans son livre Révolution (XO Editions) à voir en la Chine une « chance » plutôt qu’un « péril », prononcera un discours sur les relations franco-chinoises, le patrimoine et l’avenir du multilatéralisme.

C’est à Pékin, en revanche, qu’auront lieu les rencontres avec les dirigeants politiques, les acteurs de la culture, de l’économie et du monde de l’entreprise. Les séances de travail sont prévues mardi 9 avec Xi Jinping, mais aussi avec le premier ministre Li Keqiang. Premier chef d’Etat européen à se rendre en Chine après le 19e congrès, qui a renouvelé pour cinq ans le mandat de M. Xi à la tête du Parti communiste, le président français se veut porteur d’un projet de refondation de l’Europe. C’est donc « le moment opportun pour aller discuter avec Xi Jinping alors que la Chine veut renforcer sa place dans la gouvernance mondiale », explique-t-on à l’Elysée.

Cette visite sera aussi l’occasion de signer plusieurs accords économiques et culturels et d’approfondir le « partenariat stratégique global » entre les deux pays, autour de « coopérations structurantes » au long cours dans l’aéronautique et le nucléaire, mais surtout, espère-t-on à Paris, autour de nouvelles convergences dans les secteurs liés à la lutte contre le réchauffement climatique. La France souhaite aussi raffermir sa position sur les marchés prometteurs de l’agroalimentaire, des nouvelles technologies ou de l’économie du vieillissement.

« Les sujets carbone »

M. Macron entend profiter du retrait contraint d’Angela Merkel de la scène européenne, du fait de ses difficultés à former une coalition en Allemagne, pour évoquer au nom de la France mais aussi de l’UE « les grands défis mondiaux actuels » avec son homologue chinois. Au menu des échanges, la crise avec la Corée du Nord et la lutte contre le financement du terrorisme avec la sollicitation de l’appui de la Chine à la force antidjihadiste G5 Sahel en cours de développement.

Sur le front du réchauffement climatique, Pékin est vu également comme « jouant désormais un rôle-clé » après la décision des Etats-Unis de sortir de l’accord de Paris sur le climat. « Ce sera pour moi l’occasion de parler de l’implication de la Chine dans la lutte contre le réchauffement climatique, je souhaite que l’on puisse travailler sur les sujets carbone liés à la Chine », a expliqué M. Macron, mercredi 3 janvier. La Chine se pose en exécuteur exemplaire de l’accord de Paris : elle multiplie les initiatives, comme l’annonce fin décembre de la création d’un marché carbone.

Comme d’autres avant lui à l’Elysée, le chef de l’Etat a l’ambition de « rééquilibrer » les relations commerciales entre les deux pays. Un problème lancinant : lors de la dernière visite de François Hollande en Chine en 2015, ce déficit était de 25 milliards d’euros. Il approche désormais les 30 milliards – le plus lourd du commerce extérieur français. Face à ce gouffre qui se creuse, l’Elysée met en avant la « volonté de réciprocité du président pour l’accès au marché chinois » et des conditions de concurrence souhaitées plus « équitables ».

M. Macron, comme ministre de l’économie début 2016, avait appelé l’Europe à faire front face au déferlement d’acier chinois à bas prix. Aussitôt élu président, il avait cherché à convaincre ses partenaires européens de mieux contrôler les investissements stratégiques chinois en Europe. L’Europe, depuis, travaille à une plus grande coordination des régimes nationaux. Attirer des investissements chinois en France n’en est pas moins, aussi, une priorité, assure l’Elysée.

Le président français, qui sera accompagné par plus de cinquante chefs d’entreprises, espère aussi récolter des contrats. « Dans l’aéronautique, le nucléaire civil, le numérique, l’économie du vieillissement, nous aurons un nombre exceptionnel d’accords stratégiques signés, environ une cinquantaine », prédit l’Elysée.

Un fonds pour les PME

Paris attend notamment des ventes d’Airbus et de moteurs Safran, un accord avec Areva pour la construction d’une usine de retraitement de déchets radioactifs – un dossier vieux de dix ans aujourd’hui en phase de négociation finale – ou l’implantation de maisons de retraite avec le groupe Orpea. Dans l’agroalimentaire, les espoirs se portent sur une ouverture « d’ici quelques mois » du marché chinois à la viande bovine française, des facilités d’enregistrement pour les vins et spiritueux, qui représentent 50 % des exportations françaises d’agroalimentaire en Chine, et la levée de l’embargo sur la volaille. Les deux pays devraient par ailleurs annoncer la mise en place d’un nouveau fonds franco-chinois pour les PME.

Accompagné de son épouse Brigitte Macron, de plusieurs ministres et de parlementaires comme le sénateur Jean-Pierre Raffarin, « grand ami de la Chine », et par l’ex-président de la COP21 Laurent Fabius, Emmanuel Macron évoquera à Xi’an le projet des « nouvelles routes de la soie », cher à Xi Jinping. La renaissance de ces routes historiques, dont Xi’an était un carrefour, en un vaste programme d’infrastructures et d’équipements allant jusqu’à l’Europe, est appelée à avoir un impact majeur sur les équilibres économiques et géopolitiques de demain.

Selon l’Elysée, M. Macron devrait insister sur l’importance de travailler sur des projets communs, avec « comme état d’esprit » de « regarder les mérites propres de chaque projet », selon les propositions communes des pays européens édictées lors du Forum des routes de la soie, à Pékin, en mai 2017. La délégation européenne avait proposé à la Chine l’adoption de règles de gouvernance les plus vertueuses possibles, sans toutefois obtenir d’engagement de la part de Pékin.

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mercredi 3 janvier 2018

Iran : Dieu sur la sellette

Il est une leçon éclatante de la crise iranienne qu’on ne tire guère, mais qui se voit pourtant comme le turban sur la tête d’un mollah : les ravages qu’exerce la religion dès qu’on la mélange avec la politique. On parle souvent de l’Iran en enfilant les perles : «un grand pays», «héritier d’une civilisation plusieurs fois millénaire», «acteur incontournable de la région», etc., toutes choses vraies qui ne nous apprennent rien sur la situation du pays. L’Iran d’aujourd’hui est d’abord une théocratie. Ce pays de culture et de créativité vit sous la férule de religieux obscurantistes qui maintiennent la société dans les rets d’une dictature minutieuse. Les mollahs contrôlent non seulement l’Etat, les finances, l’armée, mais aussi la presse, les écrans, la vie quotidienne et même les tenues vestimentaires. Le jeu politique se limite à l’affrontement des factions chiites, dont certaines sont plus ouvertes que d’autres, mais qui se rejoignent pour conserver les bases du régime existant.

Les protestations en cours, d’apparence économique ou sociale, visent en fait le cœur du système. On conteste les dépenses occasionnées par une politique étrangère fondée sur le soutien permanent aux alliés religieusement proches, le Hezbollah, ou bien le pouvoir alaouite en Syrie. On met en cause les subventions massives accordées aux associations religieuses. On s’indigne de la gestion désastreuse des «banques islamiques». On dénonce la corruption de l’establishment religieux qui détourne à grands seaux l’argent public au profit d’une mince couche de dignitaires. Au sommet de l’appareil répressif, les «gardiens de la révolution», troupe d’élite héritière du khomeinisme pur et dur, restent les principaux garants de la dictature, soucieux avant tout de réprimer toute aspiration populaire à un peu plus de liberté.

Cet impérialisme du spirituel est un mal du siècle qui commence. On le retrouve évidemment dans les monarchies du golfe, tout aussi totalitaires, ou dans la folle entreprise terroriste des minorités islamistes. Mais aussi, sous une forme heureusement plus bénigne, dans certaines démocraties. L’alliance de Trump avec la faction évangélique aggrave sa politique. L’influence politique des religieux en Israël bloque tout espoir de paix avec les Palestiniens. Le pouvoir de l’orthodoxie en Grèce ralentit les réformes sociales et conforte en Russie la démocrature poutinienne. Bref, Dieu, personne privée, se mêle de plus en plus de ce qui ne le regarde pas, à savoir l’organisation de la cité. La sécularisme dans les régimes de droit, ou la laïcité en France, reste l’un des biens les plus précieux pour tous ceux qui sont attachés à la liberté. Laurent Joffrin - Libération

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« En Iran, une révolution menace le régime »

Par Frédéric Lemaître

Stéphane Dudoignon, chercheur au CNRS, est actuellement à Téhéran. Il analyse pour « Le Monde » ce qu’il qualifie de « révolution ».

En Iran, Treize personnes ont été tuées en cinq jours de manifestations. Le pouvoir judiciaire, les leaders conservateurs et quelques réformateurs, alliés du président Hassan Rohani, ont exigé une répression implacable. Mais l’Etat traite encore avec une certaine prudence ce mouvement inédit, le plus important qu’ait connu le pays depuis celui qui avait suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, en 2009. Actuellement à Téhéran, Stéphane Dudoignon, chercheur au CNRS, analyse une situation qu’il qualifie de « révolution ».

Comment définir les actuelles manifestations en Iran ?

Comme une révolution ! C’est comme cela que les manifestants ont baptisé leur mouvement l’appelant, grâce à un jeu de mots, à la fois « révolution des œufs » et « révolution à la con ».

On n’a pas assez souligné que depuis des années, notamment depuis deux à trois ans, l’Iran vit sous un régime de manifestations quasi-permanentes motivées par des difficultés économiques ou des catastrophes écologiques, liées au manque d’eau. Le phénomène a même donné lieu à de très intéressants documentaires. Mais souvent ces mouvements sont locaux et se produisent dans des villes en bordure du désert.

Cette fois-ci, cela n’a rien à voir. Il y a une quarantaine de villes touchées et l’on y entend des slogans radicaux contre le régime, avec des insultes y compris à caractère pornographique contre des dignitaires du régime. Et comme ces manifestations ont été provoquées par des mesures réduisant les aides sociales à certains retraités mais aussi par des annonces d’augmentation du prix de l’essence et des œufs, les manifestants parlent, depuis dimanche, de « révolution des œufs ».

Quels sont les slogans les plus marquants ?

Par exemple, on a entendu à Qom, cette ville qui fut le berceau de la Révolution islamique il y a près de quarante ans, des slogans en faveur de la monarchie et notamment en faveur de Reza Shah Pahlavi, qui dirigea le pays entre 1925 et 1941. Or celui-ci était une sorte d’Atatürk iranien, profondément antireligieux. C’est lui qui avait interdit le port du voile.

De tels slogans constituent une nouveauté absolue. Ils montrent non seulement un rejet de la République islamique mais aussi de la religion islamique voire de l’islam en général. De même, les manifestants osent s’en prendre à des bâtiments officiels. Une sous-préfecture a ainsi été occupée pendant plusieurs heures. Cela aussi, c’est nouveau.

Peut-on comparer le mouvement actuel aux manifestations de 2009 contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad ?

En partie seulement. Les rassemblements actuels, car il s’agit le plus souvent de rassemblements et non de manifestations, sont davantage hostiles au régime qu’en 2009. De plus, à l’époque, les manifestants étaient surtout les étudiants et la bourgeoisie urbaine. Cette année, ce sont les quartiers populaires de Téhéran, les jeunes enragés comme disent certains, qui sont descendus dans la rue. C’est-à-dire la base sociale du régime. On peut donc parler d’effritement idéologique et sociologique de la République islamique.

La République islamique est-elle en danger ?

Sans aucun doute. Certaines déclarations de responsables du régime semblent d’ailleurs indiquer que la peur est peut-être en train de changer de camp. En 2009, les manifestations se sont surtout déroulées à Téhéran. Elles étaient relativement faciles à réprimer. Ici, vu la simultanéité des rassemblements dans quarante villes et la rapidité avec laquelle circule l’information sur les réseaux sociaux, la répression est beaucoup plus difficile.

Comment réagissent les dirigeants ?

On sent une réelle perplexité. Il y a évidemment d’importantes divisions entre eux. Les conservateurs profitent de la situation pour remettre le président Hassan Rohani en cause mais ils ne parviennent manifestement pas à contrôler un mouvement qui les dépasse.

Y a-t-il une force qui structure le mouvement ?

Non. C’est une révolution sans leader. Depuis samedi, l’ensemble du régime incrimine une cinquième colonne. Certains dirigeants ont même accusé les deux premières victimes du mouvement d’être des agents de l’étranger. Mais cela montre surtout que le pouvoir est complètement dépassé. Sa capacité d’écoute et de réaction semble très faible.

Certes, les augmentations de prix annoncées ont été annulées mais le président Rohani, tout en faisant semblant de comprendre les manifestants, a malgré tout suggéré qu’ils étaient peut-être manipulés de l’extérieur. Seuls une partie de la presse et quelques députés élus des régions touchées par ce mouvement se sont prononcés en faveur de la liberté de manifester. En revanche, les responsables des services de sécurité et les dirigeants du Parlement ont tenu des discours anti-occidentaux.

Personnellement, ce qui m’a frappé, c’est le rôle qu’a joué le tremblement de terre de Kermanshah, qui a fait environ 500 morts à la mi-novembre 2017. Celui-ci a mobilisé l’ensemble des Kurdes d’Iran et même au-delà. Il y a eu une prise de conscience contre les autorités accusées d’incurie mais aussi de vols. Le séisme a donné à la population le sentiment d’un destin commun et il a aggravé l’hostilité à l’égard du pouvoir.

Les sanctions occidentales, partiellement levées, ont-elles joué un rôle dans ce mouvement ?

Manifestement, l’abolition partielle des sanctions occidentales après l’accord sur le nucléaire en 2015 n’a pas permis à l’économie de redémarrer. Le président Rohani, qui misait beaucoup là-dessus, a perdu une bonne partie de sa crédibilité car il n’est plus en mesure de mener une politique en faveur des plus modestes et il n’a plus grand-chose à proposer. Il y a quelques jours, la télévision iranienne a mis en valeur la livraison par la France de deux avions régionaux, des ATR. Je doute que cela suffise à calmer les manifestants.

De plus, le président Rohani devait une partie de sa popularité au fait qu’il avait réussi à ramener la hausse des prix sous les 10 % alors qu’elle avait atteint 40 %, or l’inflation est aujourd’hui de retour.

Mais j’insiste : le rejet actuel dépasse la personne du président et concerne l’ensemble de la République islamique.

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Trump dit avoir un bouton nucléaire « plus gros » que celui de Kim Jong-un

« Moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! », a tweeté le président américain.

Le président américain Donald Trump a moqué mardi 2 janvier son homologue nord-coréen, affirmant avoir un bouton nucléaire « plus gros et plus puissant » que Kim Jong-un.

« Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient d’affirmer que le “bouton nucléaire est sur son bureau en permanence” (...) informez-le que moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! », a tweeté le président américain.

« Rafistolage »

Kim Jong-un s’est servi de son adresse à la nation du Nouvel An pour répéter que son pays était un Etat nucléaire à part entière, avertissant qu’il avait en permanence à sa portée le « bouton » atomique. Le dirigeant nord-coréen a parallèlement fait une ouverture en direction du Sud en expliquant que Pyongyang pourrait participer aux jeux Olympiques d’hiver en Corée du sud.

Washington a d’ores et déjà rejeté mardi la perspective de négociations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud comme un simple « rafistolage », avertissant que les Etats-Unis n’accepteront jamais une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire. Les Etats-Unis ne « prendront aucun entretien au sérieux s’il ne porte pas sur l’interdiction de toutes les armes nucléaires en Corée du Nord », avait indiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, avant les derniers tweets de M. Trump.

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lundi 1 janvier 2018

Kim Jong-un oscille entre menace et ouverture lors de ses vœux du Nouvel An

Kim-Jong-Un-oscille-entre-menace-et-ouverture-lors-de-ses-voeux-du-Nouvel-An

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a averti Washington lundi qu'il avait le "bouton nucléaire" à sa portée, mais dans le même temps a tendu la main à Séoul lors de ses voeux du Nouvel An.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a promis lundi de produire en masse têtes nucléaires et missiles balistiques, dans un message du Nouvel An qui témoigne de sa détermination à réaliser ses ambitions militaires envers et contre tout. Pyongyang a considérablement intensifié ses efforts au cours de l'année écoulée pour dérouler ses programmes nucléaire et balistique interdits malgré de multiples sanctions de l'ONU et la rhétorique de plus en plus belliqueuse émanant de Washington.

Kim Jong-un a présidé en septembre au sixième test nucléaire nord-coréen, le plus puissant à ce jour. "Nous devons produire en masse des têtes nucléaires et des missiles et accélérer leur déploiement", a déclaré Kim Jong-un dans son adresse annuelle à la nation. Il a répété que le Nord avait atteint son but, accéder au statut d'Etat nucléaire, et souligné que ses programmes d'armement étaient de nature défensive. "Nous devons toujours nous tenir prêts à mener des contre-attaques nucléaires immédiates contre les projets ennemis de guerre nucléaire", a-t-il martelé.

"Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau", a menacé Kim Jong-un

La Corée du Nord "peut affronter n'importe quelle menace nucléaire des Etats-Unis, elle dispose d'une (force de) dissuasion forte qui est capable d'empêcher les Etats-Unis de jouer avec le feu", a lancé Kim Jong-Un "Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau. Les Etats-Unis doivent prendre conscience que ce n'est pas du chantage mais la réalité", a-t-il averti.

Dans le même temps, le numéro un nord-coréen a donné lundi le premier signe que son pays pourrait participer le mois prochain aux jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, en dépit des tensions suscitées par ses ambitions nucléaires. "J'espère sincèrement que les jeux Olympiques d'hiver de Pyeongchang seront menés avec succès", a dit Kim Jong-un dans son message de Nouvel An à la nation nord-coréenne. "Nous sommes disposés à prendre les mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation" à Pyeongchang, a-t-il poursuivi. "A cette fin, les autorités du Nord et du Sud pourraient se retrouver dans un avenir proche".

La Corée du Nord avait boycotté les jeux d'été de Séoul 1988

Séoul comme les organisateurs espèrent que le Nord participera à ce qu'ils présentent comme les "Olympiades de la paix". Les principaux événements de la compétition se tiendront à tout juste 80 kilomètres de la zone frontalière qui sépare les deux Corées. Les tensions sont à des sommets ces derniers mois à cause de la multiplication des tirs de missiles et des essais nucléaires nord-coréens.

Kim Jong-un a toutefois lancé une mise en garde, prévenant que la situation tendue sur la péninsule pouvait représenter une menace pour l'événement. "Les fortes tensions militaires entre le Nord et le Sud doivent s'apaiser et une atmosphère pacifique doit prévaloir. Tant que nous serons dans une situation instable qui n'est ni la guerre ni la paix, le Nord et le Sud ne peuvent garantir le succès de leurs événements programmés, y compris des JO, s'asseoir pour parler ou avancer vers la réunification", a-t-il déclaré.

La participation ou la non participation de Pyongyang aux compétitions sportives organisées au Sud a toujours été tributaire de la situation politique et militaire sur la péninsule. La Corée du Nord avait boycotté les jeux d'été de Séoul 1988. Mais elle avait envoyé ses athlètes aux jeux asiatiques de 2014 à Incheon, près de Séoul.

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vendredi 29 décembre 2017

Exode des Rohingya au Bangladesh

roh

Cette photo de l'exode des Rohingya au Bangladesh a été nommée l'une des 10 meilleures photos de 2017 de TIME. Ici, photographe @kevinfrayerexplique: «Je suis arrivé à Cox's Bazar, au Bangladesh, à la mi-septembre, quelques semaines après le #Rohingya.crise. Dès ses débuts, j'ai été choqué par les images et les histoires de l'exode de centaines de milliers de personnes sans aucun droit, risquant leur vie juste pour survivre. Je voulais contribuer d'une manière ou d'une autre », se souvient-il,« je cherchais des endroits pour photographier l'aide alimentaire parce qu'il y avait un tel besoin et si peu. J'étais dans une zone où il y avait une foule de gens entourant un camion. La scène était assez chaotique; les gens criaient et atteignaient parce qu'ils étaient manifestement affolés et affamés. Il y avait beaucoup de pression dans la foule et je voulais aller au-dessus, alors j'ai grimpé dans le camion. C'est quand j'ai vu ce petit garçon. Il venait de se hisser sur le camion et il pleurait. Je ne pouvais pas entendre grand-chose parce que la scène était si forte, mais à un moment le garçon a tendu la main, suppliant l'homme debout au-dessus de la nourriture. Puis, il enroula ses bras autour des jambes de l'homme, s'accrochant à lui. J'en étais totalement frappé: il s'était frayé un chemin dans le camion en désespoir de cause. J'aurais aimé en savoir plus sur lui, mais il a disparu dans le chaos du moment. " @kevinfrayer- @ gettyimages

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jeudi 28 décembre 2017

Fallait pas l’inviter !

L'édito de Charles de Saint Sauveur - Le Parisien

To be or not to be ? Depuis Shakespeare, les Anglais sont poursuivis par cette question existentielle, qui ouvre le célèbre monologue d’Hamlet. Celui du prince Harry est d’ordre plus diplomatique, mais enquiquinante en diable : d’après le tabloïd The Sun, le gouvernement britannique commence à se faire un sang d’encre à l’idée que les futurs époux invitent Barack et Michelle Obama (avec qui Harry, qui vient de l’interviewer, s’entend visiblement très bien)... parce que cela fâcherait l’éruptif président américain. D’un de ses tweets ravageurs, Donald Trump serait tout à fait capable de gâcher la fête en envoyant promener son éternel allié anglais. Le camouflet serait d’autant plus mal vécu que le milliardaire n’a toujours pas rencontré la reine Elizabeth, icône planétaire à côté de laquelle tout dirigeant puissant rêve de figurer sur une photo officielle. Qu’Obama puisse lui souffler la vedette aurait tôt fait d’irriter le président républicain. Quelque part, on le comprend, puisqu’un mariage princier revêt une évidente dimension politique : on n’y invite pas que sa bande de potes ! En politique avisé, l’ancien président démocrate a prudemment botté en touche quand un journaliste lui a demandé s’il aimerait recevoir un carton d’invitation. Si Harry et Meghan Markle, sa fiancée américaine, osaient l’envoyer malgré les avertissements paniqués du gouvernement britannique, il ne leur resterait plus qu’à convier également les Trump. On imagine les tourments du plan de table, mais quel happening ! Quoi qu’il se passe, ce mariage sera the place to be... or not.

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mardi 26 décembre 2017

Alexeï Navalny interdit de concourir à la présidentielle russe

Par Benoît Vitkine

Le principal opposant à Vladimir Poutine, déclaré inéligible jusqu’en 2028 en raison d’une condamnation de justice, demande à ses partisans de boycotter le scrutin prévu le 18 mars 2018.

Il y a quelques semaines, Ella Pamfilova, présidente de la Commission électorale centrale russe (CEC), prévenait que seul un « miracle » pourrait permettre à Alexeï Navalny de participer à l’élection présidentielle du 18 mars 2018.

Les commentateurs n’auront guère eu le temps de gloser sur le caractère mystérieux de la formule – de quel genre de miracle pouvait donc parler Mme Pamfilova, dont l’institution est théoriquement chargée de l’application stricte de la loi ? Le miracle ne s’est pas produit. Lundi 25 décembre, cette même CEC a livré son verdict : à l’unanimité moins une abstention, elle a interdit à l’opposant de concourir lors du scrutin, en raison de ses condamnations passées en justice.

L’étude du dossier Navalny a été conduite avec une célérité exceptionnelle. Dimanche, l’avocat mobilisait des milliers de ses partisans dans plusieurs villes de Russie, et déposait, dans la foulée, son dossier de candidature. Dès le lendemain, il était convoqué par la CEC.

Cette démonstration de force, menée alors que des milliers de volontaires s’emploient depuis plusieurs mois à récolter les 300 000 signatures nécessaires à la candidature de l’opposant, n’aura pas suffi. M. Navalny, dont les enquêtes dévastatrices sur la corruption des élites ont assis la notoriété, n’est pas autorisé à défier Vladimir Poutine, président sortant qui brigue un quatrième mandat.

Vrai-faux suspense

La CEC avait à plusieurs reprises averti que l’opposant était inéligible jusqu’en 2028 en raison notamment d’une condamnation à cinq ans de prison avec sursis, en février, pour détournement de fonds dans une affaire remontant à 2009. M. Navalny a aussi été interpellé et détenu à trois reprises cette année pour avoir organisé des rassemblements non autorisés.

Mais cette décision était attendue, car elle met fin à des mois de vrai-faux suspense durant lesquels l’opposant a fait semblant de croire en ses chances de pouvoir participer au scrutin de 2018. Durant toute cette période, ses bureaux de campagne ont continué à tourner à plein régime et l’ancien blogueur, qui s’est fait connaître du grand public lors des manifestations de 2011 contre les fraudes présumées aux législatives, a sillonné la Russie de réunion publique en réunion publique.

Privé d’accès aux médias fédéraux, M. Navalny possède un art consommé de transformer chaque enceinte dans laquelle il apparaît – et jusqu’aux salles des tribunaux – en tribune.

Lundi, il a utilisé cette session publique de la CEC pour s’en prendre une nouvelle fois au cynisme du pouvoir. « Ce que je vous demande, ce n’est même pas de l’héroïsme, a-t-il dit aux membres de la Commission. Vous n’avez pas un pistolet braqué sur la tête. (…) Je vous demande simplement de faire votre travail de fonctionnaires et d’appliquer la loi, ce pour quoi vous êtes payés par vos concitoyens. » « Il est évident que ces affaires judiciaires ont été fabriquées », a-t-il encore plaidé, rappelant avoir fait condamner la Russie par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

« Il n’y aura que Poutine »

Dès la fin de la session, M. Navalny, a diffusé une vidéo enregistrée à l’avance pour appeler à une « grève des électeurs » : « Nous avons un plan clair et simple. (…) Nous annonçons un boycottage de l’élection. Le processus auquel on nous demande de participer n’est pas une vraie élection. Il n’y aura que Poutine et les candidats qu’il a personnellement sélectionnés », y dit-il, ajoutant qu’il allait faire appel de la décision de la CEC.

Quand bien même l’électorat d’Alexeï Navalny apparaissait limité, la victoire de Vladimir Poutine au scrutin du 18 mars paraît désormais encore plus certaine en l’absence de son opposant le plus déterminé. Le président sortant affrontera, comme à chaque élection, les candidats du Parti communiste et du LDPR ultranationaliste, ainsi que la jeune Xenia Sobtchak, qui se présente comme une alternative à un Navalny empêché.

« Poutine peut bien jouer les machos à la télévision, mais si tu as peur d’affronter ton seul vrai opposant, ton machisme ne vaut pas un sou », a commenté Ilia Iachine, l’un des associés de M. Navalny, qui annonçait dans la soirée sur Twitter une visite de la police au domicile de ses parents.

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dimanche 24 décembre 2017

Nouvelle salve de sanctions contre la Corée du Nord

Moins d’un mois après un tir de missile balistique intercontinental par Pyongyang, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une réduction des exportations de pétrole.

Renforcer la pression. C’est le message qu’a envoyé, vendredi 22 décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU en adoptant à l’unanimité de nouvelles sanctions économiques contre la Corée du Nord, moins d’un mois après un tir de missile balistique intercontinental par Pyongyang.

Les Etats-Unis, à l’initiative de ce projet, se sont dits satisfaits d’avoir pu compter sur le soutien de tous les membres du Conseil, dont la Chine et la Russie, principaux partenaires commerciaux de la Corée du Nord. Des changements de dernière minute dans la formulation ont permis de sécuriser le vote de Pékin et de Moscou. « L’unité dont a fait preuve le Conseil pour porter ces sanctions sans précédent reflète l’indignation internationale contre les actions du régime de Kim Jong-un », a déclaré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

Ce nouveau volet de sanctions, le troisième depuis le début de l’année et le dixième depuis 2006, réduira les exportations de pétrole vers la Corée du Nord. Les livraisons de brut seront désormais limitées à 4 millions de barils par an, tandis qu’une baisse de 75 % de l’approvisionnement en produits pétroliers raffinés (diesel, kérosène) est annoncée.

La résolution impose également de ne plus accueillir les dizaines de milliers de travailleurs nord-coréens envoyés par le régime à l’étranger, une majorité vivant en Chine et en Russie. Ils seront contraints, selon le texte, de regagner leur pays d’ici à la fin de 2019. Par ailleurs, seize noms sont ajoutés à la liste des proches de Kim Jong-un visés par un gel d’avoirs et une interdiction de voyager.

Position américaine illisible

Cette fermeté est un signal clair adressé à Pyongyang, qui aurait pu interpréter l’inaction de l’ONU comme une carte blanche à de futures démonstrations de force. « La Russie, la Chine et les Etats-Unis ne veulent laisser aucun doute aux dirigeants nord-coréens sur le fait qu’ils vont continuer à leur mettre la pression à tous les niveaux », juge George Lopez, ancien expert au comité des sanctions sur la Corée du Nord.

Les Etats-Unis veulent que le Conseil de sécurité se dirige, en cas de nouveaux tirs de missiles ou d’essais nucléaires, vers une interdiction totale des livraisons pétrolières à la Corée du Nord. La Chine s’oppose à une telle mesure, dont le coût humanitaire pourrait s’avérer catastrophique.

En revanche, si Pyongyang décide d’une pause dans ses tirs de missiles et ses essais nucléaires, l’amorce d’un dialogue n’est pas à exclure, même si la position américaine sur le sujet est confuse. Mi-décembre, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, avait affirmé, lors d’un forum à Washington, que les Etats-Unis étaient prêts à organiser une rencontre avec les Nord-Coréens « sans préconditions », avant d’être contredit par son président et d’ajouter lui-même que Pyongyang doit « gagner sa place » à la table des négociations.

De son côté, le président sud-coréen, Moon Jae-in, a proposé de reporter les exercices militaires organisés régulièrement avec les Etats-Unis pendant la durée des Jeux olympiques d’hiver 2018, qui se tiendront en février à Pyeongchang en Corée du Sud. Washington n’a pas donné suite pour l’heure.

Une baisse des tensions sur la péninsule pendant les JO pourrait constituer l’occasion d’un dialogue informel. « L’administration Trump manifeste peu d’intérêt pour ce type de rencontre, tempère toutefois M. Lopez. Elle n’est pas assez sophistiquée pour en comprendre l’utilité. »

Les nouvelles sanctions de l’ONU sont un « acte de guerre ». La Corée du Nord a qualifié ainsi, dimanche 24 décembre, les nouvelles sanctions votées vendredi par le Conseil de sécurité contre ses programmes nucléaire et balistique. « Nous rejetons totalement les dernières sanctions de l’ONU (…) comme une atteinte violente à la souveraineté de notre république et un acte de guerre qui détruit la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et de la région », a déclaré le ministère des affaires étrangères nord-coréen dans un communiqué diffusé par l’agence officielle KCNA.

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