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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 22 avril 2018

Emmanuel Macron en visite d'Etat aux Etats Unis

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samedi 21 avril 2018

La Corée du Nord suspend ses programmes nucléaire et balistique

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Par Philippe Mesmer, Tokyo, correspondance - Le Monde

Kim Jong-un a déclaré qu’il allait fermer un site d’essais nucléaires, une décision aussitôt saluée par Washington et Séoul mais jugée insatisfaisante par Tokyo.

La Corée du Nord suspend ses activités nucléaires et ses essais de missiles balistiques intercontinentaux. Annoncée par l’agence officielle KCNA, puis par la télévision officielle, la décision effective samedi 21 avril a été prise lors d’une réunion du Comité central du Parti du travail au pouvoir, réuni le 20 avril pour la première fois en six mois.

Dans une résolution consacrée à « la grande victoire de la ligne de suivi simultané du développement économique et de la construction d’une force nucléaire », Pyongyang signale son intention de « démanteler le site d’essais nucléaires situé dans le nord du pays pour démontrer de manière transparente la suspension des tests nucléaires ».

La décision s’accompagne d’engagements en faveur du développement économique du pays, conformément à la politique dite de « byongjin » prévoyant un développement en parallèle du nucléaire et de l’économie.

La République populaire et démocratique de Corée (RPDC, nom officiel de la Corée du Nord) s’engage également à participer aux efforts internationaux pour l’interdiction des essais nucléaires. Comme elle l’a toujours affirmé, elle promet de ne jamais utiliser d’armes atomiques à moins d’être menacée ou d’être la cible de provocations nucléaires.

De fait, la décision prise ne prévoit aucun démantèlement des armes nucléaires et des missiles déjà construits. La question des missiles à portée intermédiaire, qui inquiète notamment le Japon, n’est pas non plus évoquée.

A une semaine du sommet des deux Corées

« C’est une très bonne nouvelle pour la Corée du Nord et le monde – Grand progrès ! Impatient de nous retrouver pour notre sommet », a néanmoins tweeté Donald Trump après l’annonce de Pyongyang. La Maison Bleue, la présidence sud-coréenne, a pour sa part salué « une avancée significative » à même de créer un « environnement positif » pour les sommets à venir. Toutefois, le Japon a émis des réserves, jugeant cet engagement insatisfaisant. Le ministre nippon de la défense, Itsunori Onodera, regrette que la Corée du Nord n’ait pas mentionné « l’abandon de missiles balistiques de courte et moyenne portée ».

Le troisième sommet intercoréen de l’histoire, après ceux de 2000 et de 2007, doit se tenir le 27 avril au village de la trêve de Panmunjon, dans la zone démilitarisée entre les deux Corées. Il réunira le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant du Nord Kim Jong-un.

Un sommet entre M. Kim et le président américain Donald Trump est aussi envisagé début juin, dans un lieu encore à déterminer. Il s’agirait d’une première historique, aucun président américain en exercice n’ayant jamais rencontré de dirigeant du Nord. Les discussions devraient se concentrer sur les activités nucléaires et de développement de missiles de Pyongyang.

Le Nord aurait évoqué la nécessité de mesures de dénucléarisation par étapes et synchronisées. Les Etats-Unis appellent au démantèlement de son programme nucléaire, de manière complète, vérifiable et irréversible.

Un réchauffement engagé par Moon Jae-in

L’environnement favorable observé actuellement contraste avec celui de 2017. L’an passé, les tensions n’avaient fait que s’exacerber dans la péninsule. Pyongyang avait enchaîné les essais de missiles, dont certains capables d’atteindre le territoire américain, et avait mené son sixième essai nucléaire. « La grande cause historique de mettre au point une force de frappe nucléaire est réalisée », s’était alors félicité Kim Jong-un, signalant que le programme touchait à sa fin.

En réponse, l’administration Trump avait tout fait pour que les sanctions les plus fermes soient imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) au régime nord-coréen et elle avait multiplié les déclarations menaçantes. A l’époque, rappelait le 19 avril M. Moon, « L’ombre de la guerre menaçait la péninsule coréenne »,

Le changement a été amorcé par le discours du Nouvel An de Kim Jong-un qui a ouvert la voie au dialogue. La reprise des discussions a été facilitée par les efforts de Moon Jae-in, qui a toujours plaidé en faveur des négociations.

Depuis, les rencontres symboliques se multiplient. La sœur de Kim Jong-un, Kim Yo-jong, a ainsi participé, le 9 février, à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud. Début mars, une délégation du Sud menée par le conseiller à la sécurité nationale Chung Eui-yong s’est rendue à Pyongyang. C’est à cette occasion que les sommets ont été évoqués.

Parvenant à un traité de paix

M. Chung a également négocié la mise en place de la première ligne de communication directe entre les bureaux de Moon Jae-in et ceux de Kim Jong-un. Elle a été inaugurée le 20 avril. D’après la Maison Bleue, la présidence sud-coréenne, MM. Moon et Kim devraient s’entretenir par ce biais avant leur sommet.

Outre le nucléaire, Séoul aimerait profiter des rencontres à venir pour faire avancer l’idée de véritablement mettre fin à la Guerre de Corée (1950-1953) en parvenant à un traité de paix, entre les deux Corées et avec les Etats-Unis. Le conflit s’est en effet arrêté sur un simple armistice signé uniquement par la Corée du Nord et les Etats-Unis au nom des forces de l’ONU, en l’absence de tout représentant du Sud.

« Nous devrons faire preuve de beaucoup d’imagination et devrons trouver des solutions innovantes pour faire des sommets un succès et ne pas répéter les erreurs du passé », a déclaré M. Moon. « Nous aimerions assurément assister à la fin officielle de l’armistice. C’est quelque chose que nous soutiendrons », déclarait le même jour la porte-parole du secrétariat d’Etat américain Heather Nauert.

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jeudi 19 avril 2018

Cuba ne sera plus dirigé par un Castro

Par Paulo A. Paranagua - Le Monde

Raul Castro, 86 ans, devrait céder, jeudi 19 avril, son fauteuil de président à son dauphin, Miguel Diaz-Canel, 57 ans. Bilan de dix ans de règne de Raul, qui reste à la tête du Parti communiste cubain.

Cuba ne sera plus dirigé par un Castro. Raul, 86 ans, général, ministre des Forces armées révolutionnaires (FAR) pendant un demi-siècle, puis successeur de son frère aîné Fidel (1926-2016), devait passer la main à la tête de l’Etat cubain, jeudi 19 avril, après avoir effectué deux mandats de cinq ans comme président du Conseil d’Etat et du conseil des ministres (2008-2018). Il avait lui-même établi une limite de deux mandats consécutifs de cinq ans pour la présidence.

C’est un événement historique : pour la première fois, un Castro ne tiendra pas le gouvernail du régime issu de la révolution de 1959. Raul Castro ne s’éloignera cependant pas du pouvoir, puisqu’il devrait continuer à occuper le poste clef de premier secrétaire du Parti communiste de Cuba (PCC, parti unique) jusqu’au prochain congrès prévu en 2021.

Mais le président ne cumulera pas ses fonctions avec celles de chef du parti. Le castrisme entame ainsi une relève générationnelle. Les commandants de la guérilla et les dirigeants de la « génération historique » font un pas de côté au profit de cadres nés après la prise de pouvoir par les Castro. Miguel Diaz-Canel, 57 ans, le successeur désigné, qui devrait être élu par l’Assemblée nationale cubaine jeudi au terme de deux jours de sessions, a fait sa carrière politique en province, avant d’être coopté par la direction du PCC.

« Nous sommes face à une succession sans transition, estime l’historien cubain Rafael Rojas, professeur invité à l’université de Yale (Etats-Unis). Cette succession autoritaire, où les Cubains n’ont pas eu leur mot à dire, ne s’accompagne pas d’une transition vers la démocratie. »

Transformation en profondeur

Les dix ans de présidence de Raul Castro ont transformé en profondeur la vie des Cubains, sans pour autant remettre en cause le castrisme. A en croire les officiels, les nombreux changements introduits constituent une simple « actualisation du modèle socialiste cubain ». La principale avancée a été le rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats-Unis, en 2015, après cinquante-cinq ans de guerre froide tropicale.

Même si l’embargo américain n’a pas été levé, l’ennemi héréditaire, cible de toutes les diatribes de Fidel Castro, devenait enfin un voisin fréquentable, dont le gouvernement cubain espérait attirer un maximum de touristes. La visite du président Barack Obama à La Havane, en 2016, souleva un immense espoir parmi les Cubains, qui affichèrent leur enthousiasme sans retenue : le drapeau américain s’exhibait sur les balcons, comme sur les vêtements ou les véhicules. Pour le professeur Rojas. « Le tournant diplomatique était en phase avec les changements internes à Cuba Lors de sa visite à La Havane. »

« Obama appuya les autoentrepreneurs et la société civile émergente. Au point que les secteurs les plus conservateurs et orthodoxes du PCC, craignant le surgissement d’une nouvelle bourgeoisie nationale, ont mis un frein aux réformes en cours. »

Le rétropédalage commence dès le lendemain du discours du président américain à La Havane, retransmis en direct par la télévision locale.

Raul Castro avait promis d’avancer « lentement mais sûrement » et d’en finir avec les interdictions « absurdes » qui compliquaient la vie des Cubains, mais faisaient partie de l’héritage laissé par Fidel. Depuis « l’offensive révolutionnaire » de 1968, tous les métiers et activités étaient exercés par des fonctionnaires. L’Etat-patron dominait toute l’économie et partant, toute la société. Pas moyen d’effectuer des travaux de plomberie ou de se faire une coupe de cheveux sans passer par un organisme public. Bien entendu, les Cubains ont vite trouvé le moyen de contourner la loi, quitte à être à la merci des Comités de défense de la révolution ou de l’omniprésente Sécurité de l’Etat, la police politique créée selon le modèle de la Stasi est-allemande.

Un secteur privé embryonnaire

Depuis 2010, l’autorisation d’exercice de 200 activités à son propre compte a permis de légaliser une bonne partie de l’économie souterraine et d’alléger par la même occasion le fardeau de l’Etat, sous tension depuis la disparition des subsides soviétiques. Plus d’un demi-million de Cubains sont devenus des cuentapropistas (« travailleurs à leur propre compte »), un euphémisme qui désigne des autoentrepreneurs pouvant embaucher un petit nombre de salariés. Ainsi, les fameux paladares (« restaurants privés ») prisés des touristes, sont-ils obligés d’avoir un nombre limité de couverts.

Le travail à son compte reste interdit aux médecins, aux informaticiens, aux journalistes, aux avocats, aux enseignants ou encore aux architectes. Il n’empêche, ce secteur privé embryonnaire, surtaxé et harcelé par les autorités, a connu une croissance exponentielle, même s’il représente encore une part infime du produit intérieur brut. Toutefois, après avoir accordé 580 000 licences, le gouvernement bloque les nouvelles autorisations depuis août 2017.

En 2008, Raul Castro avait autorisé les Cubains à fréquenter les hôtels et les restaurants jusqu’alors réservés aux étrangers, et à acquérir des téléphones portables ou des ordinateurs. Dix ans plus tard, on dénombre dans l’île 4,5 millions de mobiles (pour une population de 11 millions d’habitants). La cybersphère cubaine a acquis une réelle diversité, qui reste quasi inaccessible à cause de la faible connectivité à Internet. Les infos et les programmes franchissent néanmoins ce fossé via des mailings ou des clés USB : un paquete hebdomadaire avec un mélange de divertissement et de nouvelles circule au marché noir.

UN PAS ÉNORME A ÉTÉ FRANCHI AVEC LA

« RÉFORME MIGRATOIRE » DE 2013, C’EST-À-DIRE L’ABOLITION DU PERMIS DE SORTIE DU TERRITOIRE QUE DEVAIENT OBTENIR LES CUBAINS AVANT DE DE VOYAGER À L’ÉTRANGER

Depuis 2011, les Cubains peuvent enfin vendre et acheter des véhicules et des résidences. Cela a favorisé l’essor du marché immobilier dont témoignent les petites annonces sur Internet. Auparavant, les Cubains devaient recourir à la permuta (« échange ») s’ils voulaient déménager. Mais trouver un partenaire occupant un logement équivalent n’était pas aisé et beaucoup de transactions s’effectuaient grâce à des dessous-de-table versés aux autorités compétentes. A La Havane, sur le boulevard du Prado, un marché informel de la permuta se réunissait régulièrement. Maintenant, les opérations sont plus transparentes et les prix flambent.

Aussi spectaculaire que l’introduction du marché dans ces affaires est la « réforme migratoire » de 2013, c’est-à-dire l’abolition du permis de sortie du territoire que devaient obtenir les Cubains avant de voyager à l’étranger. Un pas énorme a été franchi vers la libre circulation, même si le gouvernement s’arroge le droit d’interdire le départ d’opposants. La Havane a également assoupli les conditions de résidence à l’étranger, qui peuvent se prolonger pendant deux ans. Une nouvelle catégorie d’expatriés flottants est ainsi apparue, qui font des allers-retours plus ou moins fréquents. « Les relations entre l’île et la diaspora sont devenues plus fluides », se réjouit Rafael Rojas, qui réside à Mexico. Néanmoins, les Cubano-Américains doivent recourir à leur passeport cubain, puisque la double nationalité n’est pas reconnue.

« Frein idéologique »

Malgré tout, la liberté d’aller et de venir n’est pas acquise. Les provinciaux n’ont pas le droit de s’installer à La Havane sans un permis spécial. Du coup, des milliers de migrants internes sont fragilisés, dans l’illégalité. Faute d’une résidence déclarée, ils sont privés aussi de la fameuse libreta, la carte de rationnement instaurée en 1963, que Raul Castro n’est pas parvenu a éliminer, même si elle ne satisfait plus qu’une part des besoins alimentaires.

Pour pallier les pénuries, des terres ont été remises à des agriculteurs en usufruit, depuis 2008, sans pour autant leur donner accès aux crédits, aux approvisionnements et aux débouchés qui permettraient leur essor. Résultat : le régime importe 80 % des denrées alimentaires, une facture qui pèse lourd, alors que plus de la moitié des terres sont en friche.

« LE FREIN AUX RÉFORMES EST PUREMENT IDÉOLOGIQUE », OMAR EVERLENY PÉREZ, EX- DIRECTEUR DU CENTRE D’ÉTUDES DE L’ÉCONOMIE CUBAINE À L’UNIVERSITÉ DE LA HAVANE

La dualité monétaire, c’est-à-dire l’existence simultanée d’un peso convertible en devises et d’un autre qui ne l’est pas, reste la grande impasse des réformes économiques. La consommation de ceux qui ont accès au dollar, par leur travail ou grâce aux remesas (les fonds envoyés par les expatriés à leurs proches), diffère radicalement des privations subies par ceux qui doivent se contenter d’un revenu en pesos non convertibles (le salaire moyen équivaut à 24 euros). L’ouverture économique a fracturé l’égalitarisme prôné par Fidel Castro et creusé les inégalités, sans pour autant permettre la croissance des forces productives.

9 940 interpellations ou arrestations d’opposants en 2016

« Le frein aux réformes est purement idéologique », assure Omar Everleny Pérez, ancien directeur du Centre d’études de l’économie cubaine auprès de l’université de La Havane. Le social est en panne sèche parce que l’économie est restée au milieu du gué. Contrairement aux « pays frères » comme la Chine ou le Vietnam, à Cuba la conversion au marché relève du non-dit. Le secteur privé n’est pas reconnu par la Constitution.

De manière plus générale, toute initiative indépendante prise à l’égard du régime de parti unique est dans les limbes, dépourvue de sécurité juridique, à la merci de l’arbitraire et de l’improvisation du pouvoir. Alors que le régime se défausse sur l’embargo américain, les Cubains raillent « l’auto blocus », l’immobilisme. « Raul Castro a gouverné de manière plus collégiale et institutionnelle, plus pragmatique et moins volontariste que son frère Fidel », admet néanmoins M. Rojas.

Toutefois, trois grandes réformes politiques dont la nécessité a été évoquée en haut lieu sont restées lettre morte : la législation sur les associations, qui verrouille tout regroupement autonome ; la loi électorale, qui empêche des candidatures pluralistes, comme l’ont prouvé les élections municipales de novembre 2017 ; enfin, le monopole du PCC sur les médias, ce qu’explique M. Rojas.

« Le verrouillage politique et la répression préventive systématique visent à réduire les espaces de sociabilité et la convergence entre l’opposition traditionnelle et la jeunesse activiste qui cherche à élargir les libertés publiques. »

La Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale a enregistré un pic de 9 940 interpellations ou arrestations d’opposants en 2016.

Raul Castro a placé des officiers supérieurs des FAR, des « raulistas », à la tête des principaux leviers économiques, y compris le tourisme. Le PCC ne partage pas la moindre parcelle de pouvoir politique. Le castrisme aurait-il procédé comme le Guépard du roman de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que rien ne change » ?

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mercredi 18 avril 2018

Trump a envoyé le patron de la CIA rencontrer Kim Jong-un

Par Arnaud Leparmentier, New York, correspondant - Le Monde

L’existence de contacts au plus haut niveau entre Washington et Pyongyang rend de plus en plus probable la rencontre des deux dirigeants.

Le patron de la CIA – et secrétaire d’Etat désigné – Mike Pompeo a été envoyé par le président Donald Trump lors du week-end de Pâques (1er avril) pour rencontrer Kim Jong-un, le leader nord-coréen. C’est ce qu’a révélé le Washington Post, mardi 17 avril, sur la foi de sources concordantes. Le voyage a eu lieu après que M. Pompeo a été désigné secrétaire d’Etat.

Cette information, non confirmée officiellement mais reprise par toute la presse, est cohérente avec les propos tenus par M. Trump, mardi, lors d’un point presse avec le premier ministre japonais Shinzo Abe, qu’il recevait dans son golf de Mar-a-Lago, en Floride :

« Nous avons eu des discussions directes à un très haut niveau, à un niveau extrêmement élevé avec la Corée du Nord. »

L’affaire rend de plus en plus probable la rencontre des deux dirigeants. « Nous allons organiser des rencontres avec Kim Jong-un très rapidement. Ce sera probablement début juin ou un peu avant, en supposant que les choses aillent bien », a déclaré le président américain. Le lieu de la rencontre n’est pas précisé. « Nous envisageons cinq lieux différents, a précisé M. Trump. Je crois vraiment qu’il y a beaucoup de bonne volonté. Nous verrons ce qu’il advient, comme je dis toujours. Car à la fin, c’est le résultat qui compte. »

Les contacts ont été noués par la voie des services secrets, entre la CIA et son homologue nord-coréen, le Bureau de reconnaissance générale. Ils sont aussi passés par les services sud-coréens, notamment par leur patron, Suh Hoon, qui aurait transmis l’invitation de Kim Jong-un à Donald Trump. Ce contact entre Kim Jong-un et M. Pompeo serait la rencontre de plus haut niveau, depuis que Madeleine Albright, secrétaire d’Etat de Bill Clinton, avait rencontré Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un, en 2000, pour discuter stratégie.

Le rôle de Séoul est décisif

Kim Jong-un avait effectué, avant la rencontre avec M. Pompeo, une visite sécrète à Pékin, les 26 et 27 mars. Accompagné par son épouse, il avait rencontré le président chinois Xi Jinping. L’annonce n’avait été faite qu’après le départ de M. Kim dans son train blindé. Cette visite suggérait que la Corée du Nord cherchait le parrainage ou les conseils de son grand voisin sur l’attitude à adopter vis-à-vis de Washington.

« Il y a eu cette année des changements prometteurs dans la situation de la péninsule coréenne et nous faisons part de notre satisfaction face aux efforts majeurs que la Corée du Nord a fait à cet égard », avait déclaré Xi Jinping, à l’issue de la visite, selon l’agence Xinhua. Selon le résumé de la rencontre faite par l’agence chinoise, Kim Jong-un a tenu à ses homologues chinois des propos ouverts :

« Si la Corée du Sud et les Etats-Unis répondent avec bonne volonté à nos efforts de créer une atmosphère de paix et de stabilité, et prennent des mesures coordonnées et synchronisées pour atteindre la paix, le dossier de la dénucléarisation de la péninsule peut trouver une résolution. »

Lors de sa récente audition par le Sénat, M. Pompeo s’était dit « optimiste que le gouvernement des Etats-Unis puisse créer les conditions appropriées pour que le président et le leader nord-coréen puissent avoir cette conversation, qui nous dirigerait vers l’obtention d’un résultat diplomatique dont l’Amérique et le monde ont si désespérément besoin ».

Le rôle de Séoul est décisif. « La Corée du Sud a des projets de rencontre avec la Corée du Nord pour voir s’ils peuvent mettre fin à la guerre. Et ils ont ma bénédiction à ce sujet », a indiqué M. Trump, signalant que « les gens ne réalisent pas que la guerre de Corée ne s’est pas terminée ». Selon la presse sud-coréenne, Séoul et Pyongyang prépareraient une annonce pour réduire les tensions. Les observateurs estiment que les Corées voudraient un plan global qui garantisse la sécurité de la Corée du Nord et un traité de paix en échange de la dénucléarisation de la péninsule

« Pression maximale »

Le premier ministre japonais, qui est sur une ligne dure dans ce conflit, veut une solution qui permette de mettre son pays à l’abri des tirs de missile nord-coréens et qui intègre la question des Japonais enlevés par la Corée du Nord – à l’automne 2017, M. Trump avait rencontré sur l’Archipel des familles de personnes enlevées.

A Mar-a-Lago, M. Abe s’est réjoui du fait que « les Etats-Unis et le Japon ont tous deux fait preuve de leadership pour appliquer une campagne de pression maximale contre la Corée du Nord, qui a conduit Pyongyang à ouvrir le dialogue avec nous. Il est donc équitable de dire que notre approche fut la bonne, couronnée de succès », a déclaré le chef du gouvernement nippon, saluant le « courage de Donald Trump dans sa décision de rencontrer le leader nord-coréen ».

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mardi 17 avril 2018

La justice russe ordonne le blocage de Telegram

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante - Le Monde

L’application refuse de fournir au FSB, les services russes de sécurité, les clés permettant de déchiffrer les messages de ses utilisateurs.

Le cofondateur de la messagerie Telegram, Pavel Dourov, avait interdit à ses avocats de se rendre au tribunal de Taganski, un arrondissement du centre de Moscou, où, disait-il, « tous les principes élémentaires [du droit] ont été violés ».

C’est donc devant des bancs vides, du côté des accusés, que la justice russe a ordonné en un temps record de vingt minutes, vendredi 13 avril, le blocage « immédiat » de la messagerie sur tout le territoire du pays. En cause : le refus de Telegram de fournir au FSB, les services russes de sécurité, les clés permettant de déchiffrer les messages.

Sur les quelque 200 millions d’utilisateurs de la messagerie dans le monde, plus de 10 millions sont Russes, dont de nombreuses administrations et officiels eux-mêmes, au Kremlin comme au sein du gouvernement. Quelques minutes après le verdict, le ministère russe des affaires étrangères signalait d’ailleurs sur son site Internet : « Chers abonnés, vous pouvez toujours nous suivre sur Viber, et d’autres réseaux sociaux, Facebook, Vkontakte, Twitter, Instagram… »

Ironie du sort, M. Dourov, d’origine russe, cofondateur de Telegram avec son frère Nikolaï en 2013, est aussi celui qui a donné naissance à l’application Vkontakte, le Facebook russe, dont il fut le directeur général jusqu’à son éviction, en 2014, année où il a décidé de quitter la Russie « sans retour ».

Sur une liste noire

Vendredi, le vice-ministre de la communication, Alexeï Voline, s’est voulu rassurant : « Le blocus de Telegram ne nuira pas à ses abonnés, a-t-il déclaré. Ils utiliseront d’autres ressources ou contourneront l’interdiction. »

Sa remarque est parfaitement exacte. Dès le début de son bras de fer avec les autorités russes, commencé en 2017, les dirigeants de Telegram ont ajouté dans la messagerie la possibilité de contourner un blocus grâce à des serveurs relais, et l’Internet russe est déjà inondé de conseils pour briser l’embargo. Un rapide sondage organisé sur le site de la radio Echo de Moscou a conclu dans le même sens : 82 % des personnes qui ont répondu ont déclaré qu’elles éviteraient le blocus.

« Le tribunal Taganski de Moscou (…) a prouvé que le “bureau” [le FSB] n’arrive pas à lire les messageries qui utilisent un chiffrement complet, il a ainsi montré que Telegram est la plus sûre », a ironisé Pavel Chikov, l’un des avocats russes de la société. « Il a augmenté la quantité d’ennemis du pouvoir de quelques millions, a-t-il poursuivi. Il a démontré que le système judiciaire sert fidèlement ses intérêts et inscrit la Russie dans la liste des pays en guerre contre le progrès et la liberté. » Pavel Dourov a également réagi. « Chez Telegram, nous avons le luxe de ne pas dépendre d’une source de revenus ou de la vente de publicité, a-t-il déclaré sur son compte Telegram. La vie privée n’est pas à vendre, et les droits humains ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel de la peur ou de la cupidité. »

Telegram rejoint, en effet, d’autres réseaux inscrits sur une liste noire en Russie et interdits, comme LinkedIn ou Dailymotion.

« Assaut » contre la liberté d’expression

Ce blocage est un nouvel « assaut » contre la liberté d’expression, selon Amnesty International. Les autorités russes, souligne l’organisation de défense des droits humains dans un communiqué, « ont bloqué les sites d’information qui les critiquent, imposé des règles de stockage de données draconiennes et déclaré les médias enregistrés en dehors de la Russie comme des “agents étrangers”. Maintenant, ils ciblent l’une des applications de messagerie les plus populaires en Russie simplement pour avoir le courage et l’intégrité de respecter la vie privée de ses utilisateurs ».

Saisie par Roskomnadzor, l’agence fédérale russe des télécommunications, la justice n’a pas reculé. « Les informations diffusées par Telegram peuvent contenir des données utilisées par des terroristes et des extrémistes », a une nouvelle fois plaidé, vendredi, sa représentante en décrivant une « menace » pour la Russie. En juin 2017, Roskomnadzor avait averti la messagerie d’un possible blocage en lui intimant l’ordre de s’inscrire dans le registre des diffuseurs d’information, une injonction à laquelle Telegram avait fini par se plier.

M. Dourov a cependant opposé un « niet » catégorique à la demande de fournir les clés de déchiffrement aux services de sécurité, s’attirant à nouveau les foudres des autorités. Cette fois, avertissait-il en mars, les menaces de blocage « ne porteront pas leurs fruits ».

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samedi 14 avril 2018

Action légitime...

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Frappes occidentales à Damas

 

La défense anti-aérienne syrienne réplique aux frappes occidentales dans le ciel de Damas, à l'aube du samedi 14 avril. Après plusieurs jours de tergiversations, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont entrés en action : lors d'une allocution très solennelle, depuis la Maison Blanche, Donald Trump a annoncé que Washington lançait des frappes contre la Syrie, en coordination avec la France et le Royaume-Uni. Emmanuel Macron, qui s'est régulièrement entretenu par téléphone avec le président américain ces derniers jours, a confirmé la participation française à ces opérations dans un communiqué. -- Photo : Hassan Ammar @ap.images Lire l'article : lemde.fr/2quHJPp #International #Syrie #USA #France #Russie #RoyaumeUni



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Washington, Londres et Paris frappent le régime syrien pour tenter de rétablir une « ligne rouge »

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Par Gilles Paris, Washington, correspondant, Marie Bourreau, New York, Nations unies, correspondante - Le Monde

L’opération a visé des sites militaires et un centre de recherche soupçonnés d’héberger le programme chimique du régime, à Damas et près de Homs.

La « ligne rouge » a-t-elle été rétablie ? La question restait entière au lendemain de la riposte occidentale, vendredi 13 avril, au bombardement chimique imputé au régime syrien de la ville alors rebelle de Douma, le 7 avril, qui avait causé la mort d’une cinquantaine de personnes et fait plusieurs centaines de blessés.

Après quatre jours d’attente électrisés ponctuellement par les messages contradictoires publiés par le président des Etats-Unis Donald Trump sur son compte Twitter, l’armée de l’air américaine est passée à l’action en début de soirée à Washington, appuyée par des avions de combat français et britanniques.

Les bombardements de trois sites liés, selon le Pentagone, au programme d’armement non-conventionnel syrien à Damas et à Homs ont été accompagnés par une intervention télévisée de Donald Trump dans laquelle il a évoqué des « frappes précises » et répété les justifications avancées depuis le début de la semaine. « Il y a un an, [le président syrien Bachar Al-] Assad a lancé une attaque sauvage aux armes chimiques contre son propre peuple. Les Etats-Unis ont réagi avec 58 frappes de missiles qui ont détruit 20 % de l’armée de l’air syrienne », a assuré le président des Etats-Unis.

« Samedi [7 avril], le régime Assad a de nouveau déployé des armes chimiques pour massacrer des civils innocents », a-t-il poursuivi, qualifiant ces opérations de « crimes d’un monstre » qui ont rendu « nécessaire le rétablissement d’une puissante dissuasion contre la production, la dissémination et l’utilisation de substances chimiques ». « C’est d’un intérêt vital pour la sécurité nationale des Etats-Unis », a ajouté Donald Trump.

« Réponse proportionnée »

Au cours des jours précédents, marqués par les rodomontades du président des Etats-Unis, le secrétaire américain à la défense, James Mattis, avait fait ouvertement part de son souci d’éviter un engrenage périlleux. « Sur le plan stratégique, comment pouvons-nous empêcher que cela ne devienne incontrôlable ? », s’était-il demandé la veille au cours d’une audition au Congrès. Le nombre et la nature des frappes occidentales ont donné l’impression que sa volonté de limiter les risques a finalement prévalu.

Cette volonté a pu être vérifiée au cours de la conférence de presse tenue par le secrétaire de la défense avec le chef d’état-major, Joseph Dunford, accompagné par le chef d’état-major français, le général François Lecointre, plus tard dans la soirée.

« Nous avons été très précis et la réponse était proportionnée, mais, en même temps, ce fut une frappe lourde », a assuré James Mattis, selon lequel les forces américaines ont employé deux fois plus de munitions que lors de l’opération de 2017. Par son ampleur relative, cette réponse s’inscrit cependant plutôt dans la continuité.

Alors que le président des Etats-Unis avait assuré quelques instants plus tôt que son pays était « prêt à poursuivre cette réponse jusqu’à ce que le régime syrien cesse d’utiliser des produits chimiques interdits », James Mattis a précisé que les « frappes » de vendredi étaient « ponctuelles ». Joseph Dunford a renchéri en précisant qu’elles avaient été conduites jusqu’à leur terme.

Le secrétaire à la défense a assuré que les cibles avaient été choisies en fonction de leur lien avec le programme d’armes chimiques développé selon lui par la Syrie, en violation à l’accord de désarmement conclu en 2013, après des bombardements de même nature.

Eviter tout dérapage

James Mattis a également affirmé que les sites avaient été déterminés également pour éviter des risques collatéraux pour les populations civiles. Aucun bilan matériel ou humain de ces frappes n’était disponible samedi à l’aube. Interrogé à propos du produit utilisé à Douma le 7 avril, le secrétaire à la défense a fait part de ses certitudes concernant le chlore, abondamment utilisé ces derniers mois contre les zones rebelles, tout en se refusant d’exclure à ce point la présence d’un agent neurotoxique.

James Mattis a également mis l’accent sur les contacts avec la Russie visant à éviter tout dérapage, assurant que les forces occidentales ne s’étaient heurtées qu’à la défense antiaérienne syrienne. Un peu plus tôt, Donald Trump avait invité la Russie et l’Iran à reconsidérer leur alliance avec le régime syrien. « Quel genre de nation veut-elle être associée au meurtre de multitudes d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ? », s’était-il demandé.

Tout comme Donald Trump, son homologue français, Emmanuel Macron, s’est efforcé de « dé-syrianiser » les frappes de vendredi dans un communiqué rendu public juste après cette première intervention contre Damas. « Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques », a-t-il indiqué.

« Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi » de ces armes « qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective », a-t-il ajouté en faisant de cette riposte une question de principe, conformément à la ligne rouge édictée ces derniers mois, sans entrer plus avant dans les méandres de la guerre civile syrienne.

« Nous aurions préféré une alternative mais dans ce cas précis il n’y en avait aucune », a ajouté également de son côté la première ministre britannique, Theresa May.

La preuve de l’utilisation de gaz toxiques à Douma

Plus tôt dans la journée, à New York, la Russie avait imposé la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) pour tenter de dissuader les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni de recourir à des frappes en Syrie qui paraissaient inéluctables.

Avant de rentrer en séance, Nikki Haley, la représentante américaine à l’ONU a indiqué que Washington, Londres et Paris détenaient la preuve de l’utilisation de gaz toxiques à Douma. « A un moment donné, vous devez faire quelque chose. Vous devez dire : c’en est assez », a-t-elle justifié. Son pays a comptabilisé « pas une, pas deux, mais pas moins de cinquante attaques chimiques » menées par le régime de Damas selon Mme Haley. L’ambassadrice a aussi souligné les douze veto russes utilisés depuis le début de la guerre pour empêcher à ses yeux toute action de l’ONU sur le dossier.

Cette supposée attaque chimique « n’est qu’un prétexte », a balayé le représentant russe à l’ONU, Vassily Nebienza, qui a répété avoir reçu des rapports d’habitants de Douma qui « n’ont rien vu ». Le bombardement incriminé serait selon lui « une provocation des services de renseignements de certains pays ».

Puis le ton s’est fait plus menaçant, M. Nebienza rappelant que « la Russie a des soldats sur le sol syrien ». Des soldats présents « à l’invitation du régime syrien » alors qu’une riposte militaire serait « contraire à la charte des Nations unies ». Ce scénario militaire peut avoir des « conséquences très graves pour la sécurité mondiale », a-t-il encore prévenu. Toute la responsabilité reposera pour M. Nebienza « sur les Etats Unis et ses alliés. Cette vieille Europe qui continue à perdre la face ».

Le devoir « d’arrêter cette escalade chimique »

Forcé de se justifier, en amont de ces frappes, François Delattre, l’ambassadeur français à l’ONU a indiqué lui aussi que Paris n’avait « aucun doute sur la responsabilité de Damas dans cette attaque ». Ces frappes sont motivées par le risque d’effondrement du régime de non-prolifération, les nombreuses violations du droit international et de la convention sur l’interdiction des armes chimiques. « Laisser se banaliser [les armes chimiques] sans réagir, c’est laisser le génie de la non-prolifération sortir de sa bouteille », a-t-il plaidé avant d’estimer que « le 7 avril, le régime a atteint un point de non-retour ».

Le monde devait selon lui apporter « une réponse ferme, unie et résolue ». Nous avons le « devoir d’arrêter cette escalade chimique. Nous ne pouvons pas laisser un pays défier ce Conseil et le droit international ». Ces frappes doivent permettre de « restaurer l’interdiction absolue des armes chimiques qui est gravée dans le marbre des conventions internationales, et consolider ce faisant la règle de droit ».

Un certain nombre de diplomates ont souligné pourtant la contradiction de vouloir « restaurer le droit » tout en s’affranchissant des bases légales pour justifier d’une attaque : un mandat de l’ONU, la légitime défense selon l’article 51 de la charte des Nations unies ou l’invitation du pays hôte.

La coalition qui a frappé en Syrie au petit matin du 14 avril ne disposait d’aucune des trois, sans de surcroît être assurée de parvenir durablement à ses objectifs.

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lundi 9 avril 2018

Paris, dernière étape de la tournée de « MBS », le prince héritier saoudien

Par Marc Semo - Le Monde

Mohammed Ben Salman a débuté dimanche une visite en France. Comme lors de ses précédentes étapes, sa volonté sera d’incarner une image plus moderne et libérale de son pays.

Il n’est pas encore roi, mais déjà Mohammed Ben Salman est traité comme tel. Le prince héritier saoudien est arrivé en France, dimanche 8 avril, pour une visite officielle de deux jours, où il sera reçu à l’Elysée, y compris pour un dîner officiel, et rencontrera chefs d’entreprise et investisseurs. Ce séjour parisien conclut un périple en Egypte, au Royaume-Uni puis, pendant trois semaines, aux Etats-Unis, où le futur roi a affirmé sa stature d’homme d’Etat auprès des principaux alliés de son pays. En prenant le risque de partir pour un temps aussi long de Riyad, il montre aussi être désormais suffisamment assuré de son pouvoir.

En France, comme dans ses étapes précédentes, il veut incarner une image plus libérale et moderne de l’Arabie saoudite. C’est aussi sur cela que parie l’Elysée, parlant avant tout de « vision commune » et de « nouveau partenariat stratégique ». « Il est plus facile, en termes d’opinion publique, d’accompagner un jeune prince qui veut faire des réformes », analyse Agnès Levallois, vice-présidente de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo), en soulignant que « même si on ne sait pas encore ce qu’elles donneront à terme, elles vont en tout cas dans le bon sens ».

Selon la méthode qu’il affectionne, Emmanuel Macron compte jouer – et afficher – une relation personnelle avec MBS. Dimanche soir, ils ont dîné en tête à tête au musée du Louvre, bouclé pour l’occasion. Une rencontre à titre privé annoncée à la dernière minute, alors que le jeune prince démarre lundi la partie officielle de sa visite. Les deux hommes s’étaient déjà rencontrés une première fois, le 9 novembre 2017, lors d’une escale surprise à Riyad du président français, à l’issue de sa visite dans les Emirats. Leur échange de plus de trois heures en pleine nuit, à l’aéroport de la capitale saoudienne, avait été franc, voire tendu, portant notamment sur le sort du premier ministre libanais, Saad Hariri, retenu à Riyad. Emmanuel Macron réussit alors à convaincre son interlocuteur de laisser partir le dirigeant libanais.

L’autre gros morceau fut l’Iran. En substance, le prince héritier saoudien expliquait que Paris devait choisir entre Riyad et Téhéran, et disait clairement ne pas apprécier les tentatives de médiation françaises pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015 entre les « 5 + 1 » (les membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) et Téhéran, que les Saoudiens ont toujours rejeté.

Le langage a changé

Le Liban, à la veille des élections, et plus encore l’Iran, seront à nouveau à l’ordre du jour. « MBS » est galvanisé par le soutien du président américain, assurant que « la relation n’a jamais été aussi bonne entre les deux pays ». « Il considère que la présence de Donald Trump à la Maison Blanche représente une chance historique pour les puissances sunnites », souligne Michel Duclos, de l’Institut Montaigne. Paris est certes la capitale européenne la plus ferme vis-à-vis de Téhéran, critiquant notamment son rôle déstabilisateur dans la région et les dangers de son programme balistique. Mais la volonté macronienne de poser la France comme « puissance d’équilibre » s’annonce comme un exercice toujours plus délicat sur fond de tensions régionales croissantes.

La quête de contrats a été longtemps au cœur des relations franco-saoudiennes, mais nombre d’annonces mirifiques ne se sont jamais concrétisées. Le langage a désormais changé. « Les contrats, qu’ils soient civils ou militaires, ne sont pas au centre de la visite », assure l’Elysée, où l’on préfère mettre l’accent sur les nouvelles technologies, les investissements d’avenir, le développement du tourisme, notamment archéologique, sur des sites nabatéens pré-islamiques. « C’est une façon de faire de nécessité vertu », ricane un diplomate de la région. Lors du séjour du prince héritier aux Etats-Unis, l’administration américaine a quant à elle donné son accord à des contrats d’armement pour un montant d’un peu plus d’un milliard de dollars (815 millions d’euros).

La relation avec Riyad devient de plus en plus géopolitique, alors même que le royaume veut assumer pleinement son rôle de puissance régionale, y compris par des aventures militaires comme la guerre au Yémen, lancée en mars 2015, contre la rébellion houthiste accusée d’être soutenue par Téhéran, et qui s’est enlisée depuis plus de deux ans. Dix ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont appelé le chef de l’Etat à demander au prince l’arrêt des bombardements contre les civils, réguliers et meurtriers, et de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, que Riyad cherche à écarter des ports contrôlés par les rebelles.

Mais il est probable que les questions qui fâchent restent au second plan. L’Arabie saoudite se pose désormais en partenaire-clef dans la lutte contre le terrorisme. Riyad a contribué, à hauteur de 100 millions de dollars, au financement de la force G5 Sahel, soit le quart de son budget annuel. Et Paris espère bien que Riyad renouvellera sa contribution pour 2019.

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Emirats arabes unis - Portrait : « MBS », réformateur aux deux visages

mas et macron

Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant - Le Monde

Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, aux multiples zones d’ombre et controverses, a débuté le 8 avril une visite officielle en France.

Le roi bis d’Arabie arrive à Paris. Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, le trentenaire aux deux visages, l’homme qui a rouvert les cinémas dans le royaume et autorisé les femmes à conduire mais a aussi déclenché deux crises et une guerre au Proche-Orient en moins de trois ans, a entamé, dimanche 8 avril, une visite officielle en France.

Ce déplacement sur les bords de Seine, son premier en tant que numéro deux de la monarchie, ouvre un nouveau chapitre des relations franco-saoudiennes. Et il promet d’être très long. Son père – le souverain en titre, Salman Ben Abdel Aziz – étant âgé de 82 ans, c’est « MBS » comme on le surnomme, qui devrait, à 32 ans, sauf accident de parcours, occuper le trône de Riyad pendant trois, quatre, voire cinq décennies. Un règne dont le prologue est pour l’instant très contrasté, fait de projets visionnaires et de calculs à courte vue.

Personne n’a décelé, lorsqu’il a débarqué sur le devant de la scène politique, dans le sillage de son père, couronné roi en janvier 2015, le bloc d’ambition froide qui l’habitait. Avec son allure un peu gauche, sa réputation d’homme fruste et impulsif, Mohammed Ben Salman, nommé ministre de la défense, n’était pas pris au sérieux. « C’est un butor », tranchait à cette époque un observateur averti.

L’homme fort de l’ère Salman, roi à la santé fragile, devait être son neveu, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ben Nayef, 55 ans. Un expert en sécurité, doté d’une image de père tranquille, apprécié de l’administration américaine et révéré dans la maison des Saoud pour avoir maté le péril djihadiste dans les années 2000.

Fils préféré

Les premiers doutes apparaissent deux mois plus tard, au lancement de l’intervention militaire saoudienne contre les milices houthistes du Yémen, perçues à Riyad comme le cheval de Troie de Téhéran, le rival pour la suprématie régionale. Après les années d’immobilisme plaintif qui avaient caractérisé la fin de règne d’Abdallah, prédécesseur de Salman, le prince Mohammed sonne le tocsin contre l’expansionnisme chiite. Les membres de la famille royale qui s’étonnent qu’autant de pouvoir soit confié à un novice sont priés de se taire.

Au mois d’avril 2015, Salman consacre l’importance prise par son fils, en le nommant vice-prince héritier, juste derrière Mohammed Ben Nayef, élevé à la dignité de dauphin. Il devient deuxième dans l’ordre de succession alors qu’il était inconnu six mois plus tôt.

Né en 1985 à Djedda, il est le fils de la troisième épouse de Salman, considérée comme sa favorite. Contrairement à beaucoup de princes de sa génération, partis étudier dans les meilleures universités américaines, il ne détient qu’une licence de droit de l’université du Roi-Saoud, à Riyad, et parle alors mal l’anglais. Certains de ses frères et demi-frères ont la réputation d’être plus brillants. Mais, mystère des affinités, c’est lui qui décroche le titre de fils préféré.

Quand Salman est nommé ministre de la défense, en 2011, il devient son conseiller personnel. L’héritier prend ses aises dans cette institution, au grand dam des ministres adjoints, poussés l’un après l’autre à la démission. Dans ses affaires privées, il ne s’embarrasse pas plus de scrupules. « Il avait pour habitude de rafler les terrains qui lui plaisaient, raconte un homme d’affaires arabe, familier de la maison des Saoud. C’était, toutes proportions gardées, un genre d’Oudaï saoudien, ajoute-t-il, en référence à Oudaï Hussein, le fils de Saddam Hussein, mort en 2003, célèbre pour ses accès d’ultraviolence et son train de vie tapageur. Mais depuis qu’il est entré au gouvernement, il s’est repris. Il a rendu les terres. Et un cabinet de conseil en relations publiques américain a entrepris de corriger son image. »

Vision 2030

Au printemps 2016, le jeune ambitieux dévoile sa feuille de route, Vision 2030. Ce vaste plan de réformes ambitionne de rompre la dépendance du royaume à l’or noir – une réponse à l’effondrement du prix du pétrole – et de desserrer l’emprise des religieux sur la société. Les cols blancs et les libéraux applaudissent. Les diplomates étrangers, habitués au ronron des années Abdallah, se frottent les yeux.

L’un après l’autre, les ministres technocrates passent sous la tutelle de MBS, notamment Adel Al-Jubeir, le ministre des affaires étrangères. Recroquevillé sur le ministère de l’intérieur, Mohammed Ben Nayef assiste à l’envol inexorable de son cadet. L’exécutif à deux têtes des premiers mois, baptisé les « Mohammedeïn » (les « deux Mohammed » en arabe), se transforme en one-man-show.

« IL A BEAUCOUP DE TICS, IL PARLE PEU, IL ÉCOUTE QUELQUES MINUTES ET IL TRANCHE. IL EST TRÈS EXIGEANT, MAIS ON NE SENT PAS UN VISIONNAIRE », UN CONSULTANT ÉTRANGER.

Au siège de Facebook, en Californie, où il se rend en juin 2016, l’apprenti monarque pose en jeans, un casque de réalité virtuelle sur la tête. Une façon de soigner son aura de modernisateur, en prise avec les aspirations de sa génération. L’un de ses QG est une immense tente climatisée, encombrée d’iPad et d’écrans de télévision, plantée dans la cour royale, à Riyad. C’est là qu’il reçoit ses collaborateurs, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Grand et massif, les traits masqués par une grosse barbe noire, souvent vêtu d’un simple thawb (la tunique blanche des Arabes du Golfe) et d’une paire de sandales, le prince laisse alors une impression mitigée à ses visiteurs.

« Il a beaucoup de tics, il parle peu, il écoute quelques minutes et il tranche, raconte un consultant étranger. Il est très exigeant, mais on ne sent pas un visionnaire. » « C’est un peu un sauvage, il ne cherche pas à plaire, mais il est très intelligent », objecte un entrepreneur arabe qui a ses entrées à Riyad.

Hémorragie budgétaire

Son grand œuvre, c’est Vision 2030. Le volet économique vise à en finir avec le mécanisme de la rente pétrolière, qui d’un côté remplit les caisses de l’Etat et finance un système providence très généreux, et de l’autre entretient la sclérose du secteur public, décourage l’esprit d’entreprise et peine à résorber le chômage des jeunes, très élevé.

Confronté à une hémorragie budgétaire, du fait d’un baril à 30-40 dollars contre 110 en 2014, MBS tranche : réduction des subventions sur l’eau, l’essence et l’électricité, annulation des bonus accordés aux fonctionnaires, gel des embauches, et introduction de la TVA, le premier impôt de l’histoire du royaume. Parallèlement, le Public Investment Fund (PIF), le bras financier de Riyad, longtemps focalisé sur l’investissement local, part à la recherche d’opportunités à l’étranger, notamment dans les nouvelles technologies.

« Mohammed Ben Salman a su réagir à la chute des cours du pétrole, observe François-Aïssa Touazi, cofondateur du think tank CapMena et fin connaisseur du royaume. Il a pris un risque politique majeur en touchant au porte-monnaie des Saoudiens. C’est audacieux de sa part. » Quand la grogne enfle sur les réseaux sociaux quelques mois plus tard, il a l’intelligence d’ajuster le tir : il rétablit les primes des fonctionnaires et des soldats et crée un système d’allocations pour les foyers les plus modestes.

Les ambitions transformatrices de MBS touchent aussi à la société, jusque-là pré carré du clergé wahhabite, la doctrine ultrarigoriste qui a rang de religion d’Etat en Arabie saoudite. Profitant du fait que sa famille a la réputation d’être proche des religieux, le prince met au pas la police des mœurs, la fameuse Mouttawa, en lui ôtant ses pouvoirs de poursuite et d’interpellation, une revendication de longue date des milieux libéraux.

Au motif que le déficit des finances publiques impose de trouver de nouvelles sources de financement, MBS donne son feu vert à la création d’une industrie des loisirs, à rebours là encore du puritanisme wahhabite. En janvier 2017, un groupe de jazz se produit à Riyad devant 3 000 personnes : c’est le premier concert d’envergure organisé dans la capitale saoudienne en vingt-cinq ans !

Promu prince héritier

Le tournant survient le 21 juin 2017. Dans un décret royal publié à l’aube, le fils prodigue est promu prince héritier en remplacement de Mohammed Ben Nayef, qui est relevé de toutes ses fonctions. L’ex-superflic du royaume fait allégeance à son tombeur devant les caméras de la télévision d’Etat, soucieuse de donner l’apparence d’une transition en bon ordre. Dans les faits, le ministre de l’intérieur a bataillé toute la nuit contre son éviction, au point que sitôt démis, il est placé en résidence surveillée.

Désormais assuré de monter sur le trône, promu régent de fait tant son père est affaibli, MBS accélère. Durant l’été, le PIF, qui est dirigé par l’un de ses fidèles, annonce la mise en chantier de stations balnéaires haut de gamme sur un archipel d’îlots de la mer Rouge. Censé ouvrir en 2022, cet ensemble écotouristique devrait être doté d’un statut juridique à part, ce qui permettrait aux visiteurs de sexe féminin de s’y baigner en maillot de bain, chose inimaginable dans le reste du pays.

En septembre, rupture encore plus radicale avec l’ordre wahhabite, un décret accorde aux femmes le droit de conduire. L’archaïsme le plus emblématique du pays est rayé d’un coup de stylo. « MBS promet une nouvelle Arabie saoudite, décrypte François-Aïssa Touazi. Il a décidé de foncer, il donne l’impression d’être prêt à aller au clash avec les religieux. Même si son plan n’est appliqué qu’à 30 ou 40 %, ce sera déjà énorme. »

Un mois plus tard, dans une conférence à Riyad devant le gotha de la finance mondiale, MBS promet de faire pousser dans le nord du désert saoudien une mégalopole futuriste, baptisée Neom, avec robots, énergie propre, espaces verts à perte de vue et… femmes non voilées. « Nous n’allons pas passer trente années de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes, nous allons les détruire maintenant », assène le prince, qui proclame vouloir revenir à un « islam modéré et ouvert au monde ».

Un entrepreneur libanais présent ce jour-là dans l’assistance se remémore :

« MBS rayonnait d’autorité et de charisme. A un moment, un investisseur japonais à ses côtés a proclamé que Neom serait la deuxième Mecque. Un impair terrible dans un pays comme l’Arabie. Le prince a saisi sa main, lui a dit en anglais de s’excuser et puis il a expliqué à la salle, en arabe, avec un self control parfait, que ce genre de propos est le prix de l’ouverture. »

Enlisement au Yémen

En matière diplomatique, le prince fonce aussi, mais avec un succès bien moindre. Son intervention au Yémen s’est enlisée. Les bombardements et le blocus des zones tenues par la rébellion houthiste ont généré une catastrophe humanitaire, « la pire de la planète » selon l’ONG française Acted. Vingt millions de Yéménites ont besoin d’aide alimentaire, sept millions sont au bord de la famine. Mais hors de question pour le stratège de 32 ans de sonner la retraite, impossible de concéder un échec face sa bête noire iranienne, quand bien même l’implication de Téhéran sur ce champ de bataille est très limitée.

Robert Malley, le président d’International Crisis Group, qui durant ses années à la Maison Blanche, sous Barack Obama, a rencontré le fils Salman à plusieurs reprises, explique :

« Il considère que, depuis la guerre d’Irak de 2003, l’Iran n’a cessé d’avancer ses pions dans la région et que l’Arabie saoudite, pendant tout ce temps, a fait office de punching-ball, en encaissant des coups sans en donner. »

Début juin, autre initiative intempestive, l’Arabie saoudite, de concert avec les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte, rompt toute relation diplomatique et économique avec le Qatar. Le petit émirat est placé en quarantaine par ses voisins du Golfe qui l’accusent de collusion avec – encore une fois – l’Iran et les mouvements djihadistes. Le blocus fait long feu, Doha dénichant au bout de quelques semaines des filières de ravitaillement alternatives. Il se retourne même contre ses initiateurs, car la presqu’île, en quête de soutien, en vient à se rapprocher de Téhéran, ravie de semer la discorde parmi les pétromonarchies. Mais, là encore, MBS refuse de faire marche arrière.

Beaucoup d’ennemis

Son aveuglement atteint un paroxysme dans l’affaire Hariri à l’automne. En obligeant le premier ministre libanais à démissionner, le prince héritier espère dresser la rue sunnite contre le Hezbollah, le mouvement chiite pro-Téhéran, accusé de faire main basse sur le pays du Cèdre. Mais c’est l’inverse qui se produit. La population libanaise, choquée de l’humiliation infligée à son chef de gouvernement, se retourne contre Riyad. Il faudra deux semaines à l’apprenti sorcier saoudien pour reconnaître son erreur et laisser son captif rentrer à Beyrouth. « Son bilan est beaucoup plus positif en interne qu’en externe », euphémise Robert Malley.

Il est vrai que sur la scène saoudienne personne ne lui résiste. Au nom de la lutte contre la corruption ou l’extrémisme religieux, l’homme a mis au pas tous ses opposants, réels et potentiels. Le cas d’école étant l’épisode extravagant du Ritz Carlton : deux cents VIP – princes, ministres, magnats de la construction et des médias – cloîtrés dans un palace pendant des mois, et obligés, pour recouvrer leur liberté, de céder des milliards de dollars, supposément « mal acquis ». Un coup de force unique dans les annales saoudiennes, emblématique du projet à la fois modernisateur et autocratique dont MBS est porteur.

Selon un vétéran de la presse arabe, désireux de rester anonyme :

« Il aime le risque, c’est indéniable. Il met tout le système saoudien en tension, notamment la famille royale, qui est le parti bolchevique de l’Arabie. C’est dangereux, car il se fait beaucoup d’ennemis. Un coup d’Etat, et toutes ses réformes pourraient s’effondrer ».

Pour devenir le grand roi auquel il aspire et marquer son siècle, Mohammed Ben Salman devra tirer les leçons de ses échecs. Mais il devra aussi se méfier des vertiges du succès.

mbs

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