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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 9 novembre 2017

La Syrie rejoint l’accord de Paris sur le climat, les Etats-Unis isolés

Avec la décision du Nicaragua, en octobre, et le ralliement de Damas, ce mardi, Washington se retrouve seul à dénoncer le pacte.

Les Etats-Unis sont désormais bien seuls en marge de la coalition climatique mondiale. Mardi 7 novembre, la Syrie a en effet annoncé son intention de rejoindre l’accord de Paris contre le réchauffement planétaire.

Lors des discussions sur le climat (COP23) qui se tiennent jusqu’au 17 novembre à Bonn (Allemagne), la délégation de Damas a déclaré que le pays, ravagé depuis six ans par la guerre, allait signer le pacte adopté le 12 décembre 2015 lors de la 21e Conférence des parties à la convention climat (COP21).

La Syrie doit désormais déposer ses instruments de ratification auprès des Nations unies (ONU) à New York. Selon le site du Parlement syrien, un projet de loi a été adopté le 22 octobre afin de ratifier l’accord, « conformément à la Constitution qui stipule la protection de l’environnement ».

La Syrie et le Nicaragua n’avaient pas signé cet accord conclu par 195 nations en 2015. Le Nicaragua, qui dénonçait alors un texte trop timide, s’y est finalement rallié en octobre. La Syrie sera ainsi le 197e et dernier Etat à rejoindre l’accord, à ce stade ratifié par 169 pays et entré en vigueur moins d’un an après son adoption dans la capitale française.

« C’est risible »

« C’est super ! Ils [les Syriens] sont la dernière partie à la Convention climat de l’ONU à signer l’accord de Paris », a réagi Chai Qimin, négociateur pour la Chine. « Ce qui n’en laisse qu’un à avoir annoncé son retrait », a-t-il ajouté, sans nommer Washington.

Porté, signé puis ratifié par l’administration de Barack Obama, le texte a été dénoncé par le nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a annoncé, le 1er juin, sa décision d’en retirer son pays.

L’annonce de la Syrie a d’ailleurs été accueillie avec ironie outre-Atlantique. « Franchement, la Syrie s’inquiète vraiment ? », « c’est risible », a ainsi lancé la porte-parole du département d’Etat américain Heather Nauert : « Si le gouvernement syrien se préoccupe autant de ce qu’il y a dans l’air alors qu’il commence par ne pas gazer son propre peuple. »

L’accord de Paris vise à limiter le réchauffement mondial bien en-deçà de 2 °C par rapport à la Révolution industrielle. Washington se retrouve désormais seul à dénoncer le pacte. Les statuts du texte ne lui permettent cependant pas d’en sortir concrètement avant le 4 novembre 2020. Les Etats-Unis sont aujourd’hui le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre, et historiquement le premier.

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lundi 6 novembre 2017

Plusieurs centaines de manifestants anti-Poutine arrêtés à Moscou

Une manifestation pour dénoncer le président russe Vladimir Poutine a été rapidement dispersée par la police, dimanche 5 novembre à Moscou. Le rassemblement était organisé à l’appel de Viatcheslav Maltsev, candidat aux élections législatives en 2016 et opposant déclaré du Kremlin.

La police, pour qui les rassemblements n’étaient pas autorisés, a arrêté plus de 260 personnes pour « trouble à l’ordre public ». Selon l’agence de presse TASS, certaines ont été interpellées en possession de couteaux, de coups-de-poing américains mais aussi d’armes pouvant tirer des balles en caoutchouc. L’organisation non gouvernementale OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations d’opposants russes, a annoncé que plus de 380 personnes avaient été appréhendées dans tout le pays, dont 346 à Moscou.

« Dire non au régime de Poutine »

Viatcheslav Maltsev, qui se décrit lui-même comme nationaliste et anarchiste, avait appelé à manifester pour une « révolution du peuple » et « dire non au régime de Poutine ». Actuellement à Paris, où il est arrivé après qu’un tribunal de Moscou a émis contre lui un mandat d’arrêt pour appel à des activités extrémistes, il prend la parole et organise son mouvement Artpodgotovka via une chaîne politique très suivie sur YouTube.

Alexeï Navalny, qui a parfois exprimé des positions proches des vues nationalistes, a lui-même récemment dénoncé une campagne d’intimidation organisée par les autorités contre le mouvement de M. Maltsev, officiellement interdit par Moscou en octobre. En mars et en juin, des centaines de personnes avaient été arrêtées lors de rassemblements anticorruption organisées à l’appel de M. Navalny.

Les services russes de sécurité (FSB) avaient annoncé dès vendredi les arrestations, à Moscou et dans sa région, d’un groupe de partisans de M. Maltsev accusés de préparer des « actes extrémistes d’ampleur » les 4 et 5 novembre, notamment en prévoyant de « mettre le feu à des bâtiments gouvernementaux et d’attaquer des policiers ».

Des alertes à la bombe ont entraîné dimanche l’évacuation du théâtre moscovite du Bolchoï, de l’hôtel Metropol et du Goum, le grand magasin qui se trouve sur la place Rouge, selon des agences de presse russes. Un cordon de sécurité a ainsi été déployé autour du grand magasin et du Bolchoï, selon Reuters. Depuis deux mois, des appels téléphoniques anonymes ont déjà perturbé les activités de plusieurs centres commerciaux, de gares ferroviaires et d’organismes publics ; il s’agissait à chaque fois de fausses alertes. Aucun de ces actes n’a été revendiqué.

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Le royaume saoudien se met en ordre de bataille

Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant - Le Monde

Purge anti-corruption, démission forcée du premier ministre libanais Saad Hariri : Riyad montre ses muscles, en interne et face à l’Iran, au risque d’enclencher une escalade régionale.

Samedi 4 novembre, par une rafale de décisions surprises, la couronne saoudienne est brusquement passée à l’offensive, sur la scène intérieure, comme sur la scène régionale. Ce raidissement a commencé en début d’après midi, avec la démission choc du premier ministre libanais Saad Hariri, annoncée par l’intéressé depuis Riyad où il s’était rendu la veille, sur convocation expresse du prince héritier, Mohammed Ben Salman.

Le contexte très inhabituel de l’annonce, faite à l’extérieur du Liban, et le traditionnel poids de l’Arabie saoudite dans les affaires du Mustakbal (Futur), le mouvement de M. Hariri, suggèrent que ce dernier, en poste depuis décembre 2016, s’est fait dicter sa décision par ses hôtes. Aux yeux des observateurs, le chef de file du camp sunnite libanais fait les frais de la volonté de Riyad de hausser le ton contre l’Iran et le Hezbollah, le mouvement chiite pro-Téhéran, avec lequel M. Hariri avait conclu un accord de gouvernement.

Purge dans les plus hauts cercles dirigeants

Le durcissement du pouvoir saoudien, emmené par Mohammed Ben Salman, le fils du roi Salman, un réformateur aussi ambitieux qu’autoritaire, surnommé « MBS », s’est poursuivi dans la soirée, avec une vague d’arrestations touchant les plus hauts cercles dirigeants. Une cinquantaine de princes royaux, d’anciens ministres et d’hommes d’affaires ont été appréhendés, dont le célèbre milliardaire Al-Walid Ben Talal.

Parmi les victimes de cette spectaculaire purge, présentée comme une opération anti-corruption, figurent aussi des membres du clan Abdallah, le précédent souverain, notamment son fils Mitab, jusque-là ministre de la garde nationale, une unité d’élite, forte de 80 000 hommes. Autres personnalités frappées de disgrâce : l’ancien ministre des finances Ibrahim Al-Assaf, en poste pendant vingt ans, le ministre de l’économie Adel Faqih, le patron des chaînes de divertissement MBC, Al-Walid Al-Ibrahim, et Bakr Ben Laden, le PDG du géant du BTP du même nom.

« C’est une manœuvre avant tout politique, décrypte le politologue Stéphane Lacroix, professeur à Sciences Po. En Arabie saoudite, les princes ont toujours mélangé les finances publiques avec leurs propres deniers. MBS cherche à détruire tous les réseaux susceptibles de s’opposer à la nouvelle verticale du pouvoir qu’il est en train de construire. »

La version officielle de « l’ingérence » de l’Iran

Les dirigeants saoudiens auraient-ils menacé Saad Hariri de l’inclure dans leur liste noire des corrompus pour l’obliger à démissionner ? La thèse circule dans certains milieux libanais, où l’on sait qu’en plus de diriger le gouvernement, l’héritier de l’empire Hariri pilote l’entreprise de construction saoudienne Saudi Oger, qui est en pleine faillite.

La version officielle attribue son retrait du pouvoir à « l’ingérence » de l’Iran, le concurrent de Riyad pour la suprématie régionale. Dans son allocution sur la chaîne Al-Arabiya, propriété de la maison des Saoud, Saad Hariri, 47 ans, a accusé Téhéran de semer « la discorde » dans le pays du Cèdre et d’y entretenir « un Etat dans l’Etat », par l’entremise du Hezbollah. Mais la charge paraît un peu trop soudaine pour être crédible. Lorsqu’il a formé sa coalition, le chef du Mustakbal savait pertinemment que le mouvement chiite, et donc la République islamique, y joueraient un rôle central.

Pour justifier sa décision, M. Hariri a aussi invoqué des menaces pesant sur son existence. « Nous vivons dans une atmosphère semblable à l’atmosphère qui régnait avant l’assassinat du premier ministre martyr Rafik Hariri », a-t-il déclaré. Une allusion à son père, mort en 2005, dans un attentat à la voiture piégée, pour lequel trois membres du Hezbollah sont en cours de jugement, devant un tribunal international. « J’ai perçu ce qui se tramait en secret pour attenter à ma vie », a ajouté le dirigeant libanais.

Selon les médias saoudiens, celui-ci aurait fait l’objet, il y a quelques jours, d’une tentative d’assassinat, qui aurait été déjouée. Mais l’affirmation est traitée avec circonspection par les services libanais de sécurité qui disent tout ignorer de ce supposé complot. Les analystes voient plutôt dans cette nouvelle crise gouvernementale le désir de l’Arabie saoudite de mettre un terme aux efforts d’accommodement de M. Hariri avec le Hezbollah.

Le risque d’une nouvelle escalade

Les autorités saoudiennes ont très probablement été choquées par le fait qu’Ali Akbar Velayati, le conseiller diplomatique du guide suprême iranien, Ali Khamenei, a été reçu, vendredi, à Beyrouth, par leur protégé libanais. Une rencontre d’autant plus agaçante pour Riyad qu’à sa sortie du bureau du premier ministre, M. Velayati s’est félicité des offensives anti-djihadistes menées cet été par l’armée libanaise et le Hezbollah, les qualifiant de « victoires de l’axe de la résistance », une référence au camp pro-Téhéran.

En l’espace de quelques heures, fidèle à sa réputation d’impulsivité, « MBS » a donc doublement tapé du poing : en interne, où il déblaie le terrain pour le jour où son père décédera ou abdiquera en sa faveur ; et en externe, face à l’Iran, l’ennemi juré, au risque d’une nouvelle escalade.

« Avec MBS, les deux dossiers avancent toujours en parallèle, observe Stéphane Lacroix. Il veut être à la fois le grand modernisateur autoritaire, qui met à bas le système saoudien traditionnel et le porte-étendard du volontarisme saoudien face à l’Iran. L’histoire s’accélère. Nous sommes peut-être à la veille d’une nouvelle guerre régionale. »

Samedi soir, le camp pro-iranien a rappelé à son adversaire qu’il avait les moyens de riposter. Pour la première fois depuis l’intervention de l’armée saoudienne au Yémen, il y a deux ans et demi, un missile, tiré depuis ce pays, a atteint Riyad. Lancé par les Houthis, une milice pro-iranienne, le projectile a été intercepté dans le ciel de la capitale, sans causer de blessés ni de dégâts. Mais le fait que Riyad soit désormais à portée de tir des insurgés yéménites offre à l’Iran une carte supplémentaire dans son bras de fer avec le royaume saoudien.

Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)

Al-Walid Ben Talal arrêté L’homme le plus riche du monde arabe, le prince Al-Walid Ben Talal, dont la fortune est estimée à 18,7 milliards de dollars (16,1 milliards d’euros), fait partie de la cinquantaine de personnalités saoudiennes arrêtées samedi 4 novembre, sur ordre du palais royal. L’actionnaire de Twitter est confiné, comme les autres victimes de cette purge, dans les suites du Ritz Carlton, un palace de Riyad. Le magnat des médias, âgé de 62 ans, est l’un des rares princes saoudiens à avoir voté, en juin, lors de la réunion du Conseil d’allégeance, contre la promotion de Mohammed Ben Salman, le fils du roi, au poste de prince héritier.

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dimanche 29 octobre 2017

Voici le nouveau roi de Thaïlande...

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Ksenia Sobtchak - opposante à Vladimir Poutine

Moscou 24 octobre. Conférence de presse de Ksenia Sobtchak. Six jours plus tôt, cette célébrissime animatrice de télévision, ancienne icône de la jet-set, la moscovite des années 2000, a présenté sa candidature à la présidentielle russe de 2018 comme opposante à Vladimir Poutine. Fille de l'ancien maire de Saint-Pétersbourg, non affiliée à un parti, elle entend incarner le vote "contre tous". #KseniaSobtchak #vladimirpoutine #campagneelectorale #Russie

ksenia

Photo Maxim Shemetov @reuters #maximshemetov

Retrouvez notre #tourdumonde des photos marquantes de la semaine sur Courrierinternational.

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mercredi 25 octobre 2017

Bundestag

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En Chine, la consécration de Xi Jinping et sa « nouvelle pensée »

Par Brice Pedroletti, Pékin, correspondant - le Monde

Après Mao Zedong et Deng Xiaoping, le numéro un chinois voit son nom et sa doctrine inscrits dans la charte du Parti communiste chinois.

L’heure était à l’unanimité, mardi 24 octobre, dans l’immense amphithéâtre du Palais du peuple, place Tiananmen à Pékin, pour la clôture du 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC), ce conclave quinquennal de première importance. Après la lecture du projet d’amendement des statuts du parti, qui devait consacrer l’apport philosophique du secrétaire général, Xi Jinping, à l’édifice du socialisme à la chinoise, celui-ci a lui-même procédé au vote à main levée des quelque 2 200 délégués : « Que ceux qui approuvent lèvent la main. » Des milliers de bras se sont tendus dans un froissement d’étoffe.

Puis : « Que ceux qui ne sont pas d’accord lèvent la main ! » Tour à tour, les appariteurs répartis dans la salle ont crié : « mei you ! » (« aucun »). Une nouvelle déferlante de « mei you » tonitruants a parcouru la salle lorsque furent sondés les abstentionnistes. « La résolution est adoptée », a déclaré, sans trahir la moindre émotion, le secrétaire général sortant et candidat à son renouvellement – son mandat à la tête du PCC sera formellement approuvé mercredi.

« Guide pour l’action »

Et c’est ainsi que « la pensée de Xi Jinping du socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère » a rejoint dans la charte du PCC le marxisme-léninisme, la pensée de Mao Zedong, la théorie de Deng Xiaoping, la « pensée importante des trois représentativités » et le « concept de développement scientifique ». Ces deux dernières contributions, dues respectivement aux secrétaires généraux Jiang Zemin (1989-2002) et Hu Jintao (2002-2012), tous deux présents au Palais du peuple, ne sont pas nominalement rattachées à leurs promoteurs dans les statuts du parti.

Ces « pensée », « théorie » ou « concept » fonctionnent comme des mises à jour du logiciel théorique du PCC, centré sur le marxisme-léninisme et toujours organisé selon le principe du « centralisme démocratique ». Chacune est un « guide pour l’action », un ensemble d’orientations et de choix politiques censés adapter le communisme chinois aux nouveaux enjeux de l’époque et mobiliser les troupes.

La « nouvelle pensée » de Xi fournit un cadre au « rêve chinois de renaissance de la nation » qui lui est cher, pour la « nouvelle ère » dans laquelle entre la Chine : rien moins que les trente-deux ans à venir jusqu’au centenaire de la fondation de la République populaire, le 1er octobre 2049. La Chine sera alors un « pays socialiste moderne, prospère et puissant », comme l’a plusieurs fois promis M. Xi, et « toute proche du grand rêve chinois de renaissance ».

Le secrétaire général s’est levé après le vote pour écouter L’Internationale devant l’immense emblème de la faucille et du marteau. La salle a fait de même : les milliers de délégués et anciens dirigeants, des hommes dans leur majorité, en veste, cravate et badge rouge épinglé au veston – à l’exception des représentants des minorités ethniques, vêtus de superbes costumes traditionnels, ou du personnel de la police et de l’armée, en uniforme. La séance a également désigné à la tête de la Commission centrale de discipline, le redoutable bras anticorruption du parti, Zhao Leji, un proche allié de Xi Jinping qui supervisait la direction du personnel au sein du parti, en remplacement de Wang Qishan.

Projet « décisif »

La mention du nom de Xi Jinping au côté de sa « pensée » est une consécration pour le numéro un chinois. Aucun dirigeant, depuis Mao, n’avait vu son apport théorique inscrit dans la charte de son vivant, puisque celui de Deng l’avait été à titre posthume. « Cela va au-delà du titre de “noyau dirigeant” qui lui a déjà été accordé [en octobre 2016], et lui assure la suprématie idéologique. Son autorité suprême dans le parti va donc en sortir renforcée », commente le chercheur chinois Chen Daoyin.

Une autorité qui pourrait prolonger son influence au-delà de ses deux mandats, même s’il n’est plus le secrétaire général désigné, ont spéculé certains observateurs – une manière pour Xi Jinping de rester virtuellement au pouvoir après le prochain congrès de 2022 sans bousculer les usages d’une retraite au-delà de 67 ans (M. Xi en a aujourd’hui 64).

Ce signal de la consolidation de son pouvoir par Xi Jinping consacre le retour au centre du jeu (politique, social, culturel) du parti communiste comme donneur d’ordres, décideur et producteur de normes. Le projet de « construction du parti » – comme entité dirigeante irréprochable mais surtout indiscutable – a été présenté comme « décisif » par Xi Jinping.

« La trajectoire politique suivie ces cinq dernières années laisse penser qu’il y aura encore plus de contrôle, expliquait l’historien chinois Zhang Lifan avant le congrès. Il est difficile pour Xi Jinping de faire machine arrière, il s’en est pris à toutes les factions au sein du parti, a attaqué les intellectuels libéraux, les patrons. S’il perd du pouvoir ou entame des réformes, il perdra le contrôle, et le parti peut s’écrouler. La seule chose qu’il peut faire est d’accumuler encore plus de pouvoir pour lui et pour le parti. »

« IL RESSORT [DE LA PENSÉE DE XI] UN RENFORCEMENT DU PARTI SUR LE PAYS, LA SOCIÉTÉ, L’ÉCONOMIE », ESTIME JEAN-PIERRE CABESTAN, SINOLOGUE

C’est le retour en force de l’idéologie. « Il y a une logique inhérente dans le parti-Etat qui a un besoin ardent d’idéologie : il faut un raisonnement convaincant pour justifier l’existence d’un parti avec une autorité supra-étatique », écrit le politologue norvégien Stein Ringen dans l’ouvrage qu’il vient de consacrer à la Chine (The Perfect Dictatorship, non traduit). L’ouverture et les réformes, poursuit-il, n’ont jamais remis en question ce discours. Elles ont juste rejeté l’idée d’une révolution permanente (chère à Mao).

« Depuis lors, bien plus que de démonter l’échafaudage idéologique de l’Etat, chaque dirigeant successif a ajouté de nouveaux éléments. L’idéologie est bien là, elle est couvée, nourrie et réinventée », explique-t-il. Ce qui pourrait, c’est l’une des hypothèses du livre, mettre la Chine sur la voie d’un « Etat de puissance » de type fasciste.

Cet aggiornamento communiste n’en a pas moins des limites, juge le sinologue Jean-Pierre Cabestan, qui y voit « un populisme à la chinoise ». « Il ressort [de la pensée de Xi] un renforcement du parti sur le pays, la société, l’économie. Ce que cela montre aussi, a contrario, c’est que la société chinoise s’est éloignée du parti. Les Chinois sont détachés de la politique, ils ont tourné le dos à la politique et aux politiciens – du moment que le parti fournit la sécurité et la croissance. »

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jeudi 19 octobre 2017

Xi Jinping, l’empereur rouge

xi

Par Brice Pedroletti, Pékin, correspondant - Le Monde

Xi Jinping a rendez-vous avec l’Histoire. Au cours du XIXe congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui s’est ouvert mercredi 18 octobre à Pékin, le numéro un chinois devrait être non seulement reconduit pour un second mandat de cinq ans, mais il ­devrait aussi rejoindre des dirigeants illustres comme Mao Zedong (au pouvoir de 1949 à 1976), le fondateur du régime communiste, et Deng Xiaoping (1978-1992), le père des ­réformes.

L’un des enjeux du congrès est en effet l’inscription dans la charte du PCC de son nom au côté de la théorie ou du maître-concept qui lui sera associé. Jusqu’alors, seuls Mao (avec la « pensée Mao Zedong ») et Deng (avec la « théorie Deng Xiaoping ») avaient eu cet honneur, mais pas de leur vivant.

A 64 ans, Xi Jinping pourrait connaître cette consécration alors qu’il est encore au pouvoir : c’est un moment important pour ce dirigeant à la fois nationaliste et conservateur, qui a refaçonné le parti-Etat qui dirige la Chine et soumis la société à son idée autoritaire de la gouvernance. Tout cela au nom de la suprématie du PCC et d’un pays puissant et conquérant.

Il conjugue fermeté vis-à-vis des puissances étrangères, quitte à provoquer des tensions en mer de Chine, et fermeture sur le plan intérieur, ­réprimant dissidents et avocats. « Les étrangers demandent souvent si Xi suit la voie de Mao ou celle de Deng. C’est une méprise, il est l’élève à la fois de Mao et de Deng », explique l’intellectuel néomaoïste Sima Nan, un partisan inconditionnel.

Aux côtés de Poutine et d’Erdogan

Mao et Deng en un seul homme pour une Chine conquérante. Sur la scène mondiale, M. Xi a pris sa place aux côtés d’un Poutine et d’un Erdogan, car la Chine considère qu’elle offre une alternative à la démocratie occidentale par son système d’élections, de représentation populaire et de méritocratie.

Il s’est aussi posé en chantre de la globalisation économique face à une Amérique en perte de ­vitesse, offrant au monde ses « nouvelles routes de la soie » – un immense projet de construction d’infrastructures – tout en maintenant le marché chinois aussi verrouillé que possible, comme le dénonce de plus en plus vigoureusement l’Union européenne.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, l’heure est au repli sécuritaire, au contrôle sociétal et au recentrage sur des valeurs traditionnelles et souvent anti-occidentales.

Le PCC est célébré comme le grand artisan de l’enrichissement de la Chine et son seul ­facteur de cohésion. Une Chine de retour à sa juste place, après avoir été éclipsée et ­humiliée au milieu du XIXe siècle sous le joug des puissances coloniales.

« Grâce à la stabilité et au fait que le parti dirige la Chine de manière appropriée, nous vivons aujourd’hui comme dans les films américains ou français que nous regardions dans le passé. Nous chérissons cette vie. Et c’est mon devoir de la protéger », dit Hu Xijin, rédacteur en chef du Global Times, un quotidien nationaliste publié aussi en anglais.

Chine décomplexée, conquérante et fière

A l’approche du congrès, la propagande met en avant les succès diplomatiques de M. Xi. Dans La Diplomatie d’une puissance majeure, une série de six documentaires diffusée en septembre, le commentateur explique que « désormais, pour la première fois, la Chine se tient au centre de la scène internationale ». « Elle a trouvé la capacité et la ­confiance pour réaliser le rêve chinois de la grande renaissance de la nation. Nous empruntons un nouveau cours historique tracé par le président Xi Jinping. »

Cinq cent soixante-dix mille kilomètres parcourus, 56 pays visités… M. Xi passe d’un avion à un autre, est reçu en grande pompe par les plus hauts dignitaires et les accueille pour les grands sommets de son mandat. Sur les images de la Télévision centrale de Chine (CCTV), il est calme et souriant, qu’il s’avance sur un tapis rouge ou s’exprime devant des publics denses et prestigieux. Il incarne cette Chine décomplexée, conquérante et fière, à qui l’Amérique de Trump, isolationniste et brouillonne, semble laisser la voie libre.

Le grand accomplissement de Xi Jinping, et peut-être son apport personnel à la charte du parti, se veut la « gouvernance ». D’où le titre de l’ouvrage phare de son mandat écoulé, un volume de plus de 500 pages, publié il y a exactement trois ans et compilant ses discours et essais : La Gouvernance de la Chine.

Guerre intestine en 2012

Pour comprendre cette insistance sur la « gouvernance », il faut revenir à l’année 2012, celle du XVIIIe congrès, où Xi Jinping fut adoubé. Ce fut l’annus horribilis par excellence.

Après s’être brutalement crispé à la suite des révolutions qui avaient balayé le monde arabe en 2011, le régime chinois voit éclater l’affaire Bo Xilai, chef du Parti de Chongqing, qui plonge le PCC dans une ­féroce guerre intestine et l’expose sans doute à des tentatives de coup d’Etat.

Second événement hautement symbolique, l’un des plus célèbres dissidents chinois, « l’avocat aux pieds nus » Chen Guangcheng, séquestré dans son village, parvient en mai 2012 à tromper la police alors qu’il est aveugle et à gagner l’ambassade américaine, ouvrant une crise diplomatique retentissante.

La Chine de Hu Jintao semble bien terne et démunie face au charisme de Barack Obama et à la pugnacité d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat. Dans tout le pays enfle une insurrection larvée sur les réseaux sociaux, où des tribuns mettent en pièces l’appareil de propagande et appellent à plus de participation politique. Des journaux chinois titrent sur la « crise de la gouvernance » qui mine le pays.

Une fois au pouvoir, Xi Jinping prend le contre-pied de ceux qui voyaient en lui un partisan de réformes politiques longtemps repoussées. Il purge sans état d’âme le parti au nom de la lutte anticorruption, consolide son pouvoir en plaçant ses hommes, remanie l’armée et place la société civile dans une camisole de force.

La prise de contrôle est inouïe par sa brutalité et ses implications. « Il y a quatre ou cinq ans, j’étais optimiste, comme beaucoup dans ma génération. Le scénario dominant était que nous nous dirigions vers un modèle de type occidental, européen, que notre société devenait de plus en plus libre. Ce n’est plus le cas, il faut abandonner cette fantaisie. Les rouages du totalitarisme n’ont pas disparu. On croyait toucher du velours, mais on ne réalisait pas qu’il entourait des barreaux », dit à Pékin un intellectuel et essayiste chinois.

Après notre entretien, il requiert par courriel l’anonymat : « Je crains de préférer rester prudent dans la situation extrême que traverse la Chine aujourd’hui. »

La notion d’Etat de droit conspuée

Pour mener à bien son grand projet de gouvernance, Xi Jinping veut tout siniser : il convoque à son service la civilisation chinoise, le confucianisme et toute une palette de traditions politiques qui auraient fait leur preuve dans la Chine antique sans rien ­devoir aux systèmes occidentaux, le légisme du lettré Han Fei (280-233 avant J.-C.), au cœur du concept de « l’autorité par la loi ». Une loi au goût d’édit impérial que le régime n’hésite pas à brandir pour torturer et jeter en prison ­plusieurs dizaines d’avocats ­chinois qui s’attelaient depuis une dizaine d’années à faire progresser une notion bien différente, celle d’« Etat de droit » à l’occidentale, conspuée.

La gouvernance autoritaire de Xi Jinping se veut entièrement au service du maintien du monopole du pouvoir au parti, mais aussi des ambitions internationales de cette « nouvelle Chine » enfin réinstituée dans son statut de grande puissance, selon le discours officiel.

Le nationalisme est essentiel à la ­légitimité du parti, qui a, sous Xi Jinping, ­redoublé en intensité. « Mao était connu pour vouloir exporter la révolution. L’ère nouvelle, sous Xi Jinping, c’est exporter du capital. Xi Jinping nourrit le rêve d’un grand empire rouge », dit l’historien chinois Zhang Lifan. L’économie chinoise est son arme la plus ­efficace. Les « routes de la soie » et l’internationalisation du yuan en sont les moyens stratégiques.

« Or, tout cela, poursuit l’historien, nécessite de la puissance militaire en appui. Donc, il faut s’attendre à ce que la Chine étende dans le monde son empreinte militaire comme elle vient de le faire avec sa première base à Djibouti. Les investissements dans ces domaines sont substantiels, car Pékin s’est fixé comme objectif de devenir une puissance maritime alors qu’elle ne l’était pas. »

Les défis à relever n’en restent pas moins nombreux pour le président Xi : l’économie vacille, et le numéro un chinois est réputé s’être fait beaucoup d’ennemis à l’intérieur du système. Et à la périphérie, la puissance chinoise continue d’inquiéter : Hongkong et Taïwan sont entrées en rébellion sous son mandat. L’accroissement des tensions sur la péninsule coréenne, avec un Donald Trump irascible et incontrôlable, est déjà un test pour cette « diplomatie de grande puissance » que Pékin se targue de déployer. Un danger en perspective, mais aussi une opportunité.

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dimanche 15 octobre 2017

Président Trump, semaine 37 : Donald la menace

Par Gilles Paris, Washington, correspondant - Le Monde

La ligue de football, la chaîne NBC, Kim Jong-un, l’Iran ou même Porto Rico : le président américain a multiplié les tweets d’intimidation, une fois de plus.

C’était la semaine de la National Football League (NFL), de la chaîne de télévision NBC, de Porto Rico, du régime de Kim Jong-un et des autorités iraniennes. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump pratique la menace à haute dose, quel que soit le sujet. L’intimidation, chez le président des Etats-Unis, constitue avec le dénigrement de ses adversaires et l’autosatisfaction, une part essentielle de ses commentaires publiés sur son compte Twitter. Ces derniers jours ont permis de le vérifier une nouvelle fois.

Lundi 9 octobre, M. Trump a commencé sa semaine par une menace voilée visant la Corée du Nord, l’une de ses cibles de prédilection depuis l’été. Le lendemain, la puissante fédération qui rassemble les clubs de football professionnels américains s’est retrouvée à son tour dans la ligne de mire présidentielle, parce que certains joueurs continuent de s’agenouiller pendant l’exécution de l’hymne national des Etats-Unis qui précède les rencontres, pour protester contre les inégalités raciales et sociales. « Pourquoi la NFL bénéficie-t-elle d’exemptions fiscales massives alors qu’elle ne respecte pas notre Hymne, notre Drapeau et notre Pays ? », a-t-il grondé avant de suggérer une sanction financière.

M. Trump a poursuivi sur le même mode interrogatif le jour suivant, après la publication d’un reportage de la chaîne NBC dont il contestait le contenu. « Avec tous ces Informations Bidons venant de NBC et des chaînes, à quel moment sera-t-il approprié de contester leur licence ? Mauvais pour le pays », a tonné l’occupant du bureau Ovale, qui a juré sur la Bible le 20 janvier de respecter une Constitution dont le premier amendement concerne la liberté d’expression.

Bombardement d’avertissements

Puis le tour est venu de l’île de Porto Rico, qui tarde à se remettre des destructions causées par l’ouragan Maria en septembre. Le président a averti jeudi, toujours sur son compte Twitter, que l’Agence fédérale chargée des situations d’urgence et l’armée, réquisitionnée en toute hâte, n’allaient pas rester sur place « pour toujours ». Pour justifier cette impatience, il a jugé bon d’estimer que « le réseau électrique et toutes les infrastructures étaient un désastre avant les ouragans », une manière de dire que les Portoricains ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes. Vendredi, M. Trump a conclu sa semaine en menaçant de saborder l’accord sur le nucléaire iranien « à tout moment ».

Pour se tenir loin d’éléments jugés contraires ou contrariants qu’il bombarde de ses avertissements, M. Trump a pu compter au cours de la même période sur deux entretiens télévisés. Le premier a été conduit par l’ancien candidat à l’investiture républicaine Mike Huckabee, qui dans le civil est le père de sa porte-parole, Sarah Sanders. Le second a été piloté, devant un public conquis, par Sean Hannity, qui avait eu la bonté d’apparaître dans un de ses clips de campagne. Le locataire de la Maison Blanche est ressorti indemne d’un déluge de flatteries.

Lundi, jour férié, il avait défié sur un terrain de golf le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, qui l’a longtemps irrité par son indépendance d’esprit. M. Graham a annoncé à l’issue de la partie remportée par M. Trump un score record pour le président, ce qui a soulevé le sourcil de la revue Golf Magazine, plus que circonspecte. Un bon investissement au demeurant, le sénateur a été réinvité samedi.

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jeudi 12 octobre 2017

Israël emboîte le pas aux Etats-Unis et quitte l'Unesco

Après son retrait de la COP21 en juin, Washington continue de faire cavalier seul. Jeudi 12 octobre, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) a annoncé que les Etats-Unis quittaient ses rangs. "Cette décision n'a pas été prise à la légère, et reflète les inquiétudes des Etats-Unis concernant l'accumulation des arriérés à l'Unesco, la nécessité d'une réforme en profondeur de l'organisation, et ses partis pris anti-israéliens persistants", a précisé le département d'Etat américain dans un communiqué. Dans la foulée, Israël a annoncé qu'elle quittait également l'organisation.

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