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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 11 avril 2017

Le dilemme du Kremlin face à la fronde des jeunes

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante

Deux semaines après les plus grands rassemblements de protestation qu’a connus la Russie depuis les années 2011-2012, marqués par une forte présence de jeunes dans la rue, le pouvoir cherche une issue.

La répétition s’interrompt. Sous le regard atterré de ses collègues, Andreï Ossipov, jeune premier violoniste de l’orchestre symphonique de la ville de Tcheboksary, située à 600 kilomètres de Moscou, dans la région de Tchouvachie, est emmené ce 31 mars par un policier. « J’étais à la manifestation contre la corruption du pouvoir. Dmitri Medvedev [premier ministre] nous a volé des milliards, dit-il en se levant avec calme. Que quelqu’un s’occupe de mon violon. » Deux semaines après les plus grands rassemblements de protestation qu’a connue la Russie depuis les années 2011-2012, marquées une forte présence de jeunes dans la rue, le pouvoir cherche une issue.

Les interpellations, plus de 1 600 sur tout le territoire, se sont poursuivies sans donner lieu, jusqu’ici, à des condamnations pénales. Le sort de l’opposant Alexeï Navalny, qui devrait sortir de prison lundi 10 avril, après avoir été placé 15 jours en rétention, reste en suspens. Cible numéro un de la contestation, après la diffusion d’une vidéo l’accusant de corruption massive, Dmitri Medvedev, est en chute libre dans les sondages avec 57 % d’opinions négatives en mars, selon l’Institut Levada. Jamais, depuis 2006, le premier ministre n’était descendu en dessous de 50 % d’opinions favorables. Un deuxième sondage du même institut, publié jeudi 6 avril, révèle que 38 % des Russes approuvent les manifestants, motivés, selon eux, par un mécontentement « accumulé ».

Echange cinglant

Profitant de la trêve ouverte par l’attentat meurtrier survenu le 3 avril dans le métro de Saint-Pétersbourg, M. Medvedev est pour la première fois sorti de son silence. En visite mardi dans une usine de Tambov, il a dénoncé les « objectifs politiques » d’Alexeï Navalny, à l’origine de la vidéo, sans le nommer autrement que « ce personnage ». Sans démentir sur le fond, le chef du gouvernement a surtout mis en avant le « principe de la compote : on prend de la boue, on récolte des absurdités et on mélange (…). Ils [l’opposition] rassemblent des paperasses, des photos (…) et ils en font un tout ». Jeudi, d’autres rassemblements ont pris le relais. A Moscou, 50 000 personnes selon la police se sont réunies « contre le terrorisme », à l’initiative des autorités.

Des enseignants sont montés au créneau pour tenter de raisonner les adolescents et les étudiants descendus massivement dans la rue le 26 mars. Mais loin de faire profil bas, les jeunes persévèrent dans le registre de la fronde. Comme à Tcheboksary, tout est filmé avec des téléphones portables, et immédiatement publié sur les réseaux sociaux. A Bryansk (350 km au sud-ouest de Moscou), un élève a ainsi enregistré la directrice de son établissement venue sermonner toute une classe après l’interpellation de l’un d’eux. « Ce que fait Navalny est une pure provocation (…), notre situation économique est très instable… » plaide-t-elle. Mal lui en prend. A cause de la Crimée et des sanctions, lui répondent du tac au tac des élèves.


L’échange est cinglant. « Vous avez vu des troupes russes en Ukraine ? », s’étrangle la principale. « Oui, il y a des vidéos », lui répond sans se démonter un jeune. « Des montages (…). Vous regardez dans une seule direction », poursuit la responsable, s’attirant pour toute réponse : « Oui, et nos chaînes de télé montrent seulement ce qui est bon pour le gouvernement. » « Ça signifie quoi, être un patriote ? Que vous soutenez les autorités ? », lance un autre. « Bon, donc, vous pensez que la vie dans ce pays est pire depuis l’arrivée de Poutine et Medvedev ? », s’énerve la directrice. « Non, mais ils sont restés trop longtemps », riposte un élève.

« Colombes » ou « faucons »

La même scène s’est produite ailleurs. A l’université de Tomsk (Sibérie occidentale), un enseignant, qui tentait de minimiser la corruption, s’est vu vertement répondre : « Ça vous plaît, quand on vous vole ? ». A Samara, non loin de la frontière avec le Kazakhstan, d’autres étudiants ont dû assister à un forum baptisé « non à l’extrémisme », au cours duquel ont été diffusées des vidéos sur les « printemps arabes » et le soulèvement de 2014 à Kiev, en Ukraine. Là encore, un étudiant malvoyant a été expulsé après avoir entonné un chant ironique. Selon Kirill Martinov, rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta, le pouvoir, tiraillé entre « colombes » et « faucons », hésiterait sur la marche à suivre. « La victoire des seconds amènerait à une augmentation inacceptable des risques pour la société et pour le Kremlin », prédit-il. A un an de l’élection présidentielle, l’embarras est manifeste.

Plusieurs projets de loi sont sur la table, l’un pour renforcer l’« éducation patriotique », l’autre pour restreindre l’accès des jeunes aux réseaux sociaux, considérés comme le principal vecteur du succès des manifestations. Leur accès deviendrait impossible aux mineurs de moins de 14 ans et obligerait les autres à s’identifier « avec leur passeport », selon le quotidien Izvestia de jeudi 6 avril. « La pertinence de ce texte est confirmée par les événements récents », y soulignait Vladimir Petrov, député de l’assemblée législative de la région de Leningrad. Citant des sources anonymes de l’administration présidentielle, le site RBK rapporte pour sa part que le Kremlin réfléchirait à une « reconfiguration » de la télévision russe sous son pouvoir, où l’on parlerait davantage de la situation intérieure du pays.

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vendredi 7 avril 2017

Frappes en Syrie : Trump cible directement le régime de Bachar al-Assad

Par Frédéric Autran, correspondant à New York - Libération

Un missile lancé depuis USS Porter pour bombarder une base syrienne, le 7 avril 2017. Un missile lancé depuis USS Porter pour bombarder une base syrienne, le 7 avril 2017. Photo AFP / US Navy

Tenant Assad pour responsable de l'attaque chimique de mardi, et face au blocage diplomatique à l’ONU, Donald Trump a ordonné des frappes contre une base aérienne syrienne. En six ans de conflit, jamais Washington n’avait ciblé directement le régime. Un tournant qui soulève de nombreuses questions.

Frappes en Syrie : Trump cible directement le régime de Bachar al-Assad 

C’était le premier grand test international pour Donald Trump et il a choisi d’y répondre avec célérité et fermeté. Après l’attaque chimique de mardi à Khan Sheikhoun, attribuée au régime de Bachar al-Assad, le président américain a ordonné en représailles une frappe ciblée contre une base de l’aviation syrienne. Vers 03h40 vendredi matin heure de Syrie (20h40 jeudi soir à Washington), les Etats-Unis ont lancé 59 missiles de croisière contre la base de Shayrat, d’où auraient décollé les appareils responsables de l’attaque de mardi, qui a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), quatre soldats syriens ont été tués par ces frappes américaines qui ont également «détruit presque totalement» la base aérienne du régime qui était visée. «Le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés» rapporte l’OSDH.

Pour la première fois en six ans de guerre civile en Syrie, Washington cible donc directement le régime de Bachar al-Assad. «Des années de tentatives de faire changer Assad ont échoué, et échoué dramatiquement», a souligné Donald Trump depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, où il reçoit jusqu’à ce soir le président chinois Xi Jinping. Le visage grave, la voix très posée, le milliardaire a ensuite appelé toutes les «nations civilisées» à se joindre aux Etats-Unis «pour chercher à mettre fin au massacre et au bain de sang en Syrie».

Barbare

Depuis l’attaque chimique de mardi, Donald Trump n’avait pas caché son dégoût et son émotion, notamment face aux tragiques photos d’enfants suffoquant ou décédés, parfois dans les bras de leurs parents. «Par le biais d’un agent neurotoxique mortel, Assad a arraché la vie à des hommes, des femmes et des enfants sans défense […]. Même de beaux bébés ont été cruellement assassinés dans cette attaque véritablement barbare», a-t-il déclaré jeudi soir, quelques heures après avoir dénoncé «une honte pour l’humanité».

Selon le Pentagone, la soixantaine de missiles Tomahawk tirés depuis les destroyers USS Porter et USS Ross, croisant en Méditerranée, ont frappé «des avions, des abris en dur, des réserves de carburant et de matériel, des bunkers de stockage de munitions, des systèmes de défense anti-aérienne et des radars». Située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Homs, la base de Shayrat est considérée comme l’une des plus actives de l’aviation syrienne. Selon plusieurs sources, elle hébergeait notamment le centre de maintenance de la flotte de Sukhoi 22.

Blocage à l’ONU

L’armée russe, qui dispose d’une présence sur cette base, a été prévenue avant les frappes par le Pentagone. Depuis l’intervention militaire russe en Syrie, une ligne de communication directe, dite de «déconfliction», a été établie entre les deux armées, afin d’éviter tout accrochage - notamment lors des opérations menées par la coalition internationale contre l’Etat islamique. Washington assure en revanche n’avoir eu aucun contact politique avec les dirigeants russes en amont des frappes menées dans la nuit de jeudi à vendredi. «Nous n’avons pas cherché l’autorisation de Moscou», a résumé le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, présent également à Mar-a-Lago.

Plus tôt dans la soirée, les quinze membres du Conseil de sécurité avaient tenté - sans succès - de se mettre d’accord sur une réponse commune à l’attaque de mardi. Mécontente du projet de résolution présenté par Paris, Londres et Washington, la Russie avait présenté jeudi son propre texte, largement édulcoré. Pour tenter de trouver une solution, les dix pays membres non-permanents du Conseil ont proposé un texte de compromis. Après plusieurs heures de négociations stériles, et face à la promesse de Moscou d’opposer son veto à tout autre texte que le sien, Donald Trump a donc choisi de ne pas attendre. Faisant fi des mises en garde du représentant russe à l’ONU : «S’il y a des actions militaires, toute la responsabilité sera sur les épaules de ceux qui auront initié une telle entreprise tragique et douteuse», avait-il martelé.

Gaz sarin

En décidant de frapper l’aviation syrienne, Donald Trump est d’ores et déjà allé plus loin que son prédécesseur en termes d’engagement militaire en Syrie. A l’été 2013, après avoir tracé lui-même la fameuse «ligne rouge» sur l’usage d’armes chimiques, Barack Obama avait renoncé à la dernière minute à mener des frappes contre l’armée syrienne, malgré le massacre de la Ghouta - près de 1 400 morts. Très critiqué par certains de ses alliés, dont la France, qui était prête à s’engager aux côtés des Américains, Barack Obama a toujours défendu cette reculade. A la place des frappes, Washington avait alors négocié avec Moscou le démantèlement de l’arsenal chimique de Damas, qui devait en théorie neutraliser la menace chimique.

Les nombreuses attaques au gaz menées depuis 2013 - et en particulier celle de mardi à Khan Sheikhoun, menée selon Washington avec du gaz sarin - prouvent que les efforts de démantèlement ont partiellement échoué. «L’attaque de cette semaine est une honte pour la Russie et l’Iran, qui soutiennent Assad, mais c’est aussi une humiliation pour les Etats-Unis, a commenté sur CNN le spécialiste de la région, Michael Weiss. Car nous avions certifié que le régime Assad ne pouvait plus faire ce qu’il vient de faire». Jeudi soir, le secrétaire d’Etat américain a rejeté la faute sur Moscou : «Soit la Russie a été complice, soit elle a été incompétente dans sa capacité à obtenir» l’élimination des armes chimiques de Damas.

«Poursuite des frappes»

Si elles envoient assurément un message inédit de fermeté à Damas et ses alliés, ces frappes ciblées américaines soulèvent plus de questions - militaires et diplomatiques - qu’elles n’offrent de réponse. Quelle sera la réaction de la Russie ? Informée des frappes, l’armée russe s’est-elle contentée d’observer ? Ou a-t-elle au contraire cherché à activer ses systèmes de défense anti-aérienne, déployés en Syrie et censés pouvoir détruire en vol des missiles Tomahawk ?

La stratégie de l’administration Trump interpelle également. Ces frappes étaient-elles un avertissement unique et ciblé, visant simplement à dissuader Bachar al-Assad de recourir à nouveau à des armes chimiques ? Ou pourraient-elles être suivies d’autres raids, avec pour objectif de clouer au sol l’aviation syrienne, comme certains le réclament depuis des années ? «La coalition de l’opposition salue la frappe et appelle Washington à neutraliser la capacité d’Assad à mener des raids. Nous espérons la poursuite des frappes», a ainsi déclaré à l’AFP un porte-parole des opposants.

Périlleux

Dans un communiqué conjoint, les sénateurs républicains John McCain et Lindsey Graham, partisans de longue date d’un engagement américain accru en Syrie, ont salué la décision de Donald Trump, espérant y voir «la première étape crédible» d’une nouvelle stratégie. «La première mesure de cette stratégie doit être de mettre hors de combat l’aviation d’Assad, qui est non seulement responsable de la dernière attaque chimique, mais d’innombrables atrocités contre le peuple syrien. Nous devons également renforcer notre soutien à l’opposition syrienne approuvée et établir des zones de sécurité pour faire face à la crise humanitaire», ont souligné les deux élus.

Pour Donald Trump, l’exercice est politiquement périlleux. Choqué par l’attaque de mardi, il a choisi de répondre avec poigne. Mais tout engagement supplémentaire en Syrie pourrait susciter les critiques de nombreux de ses partisans, à qui il n’a eu de cesse de promettre une Amérique tournée vers les Américains et moins interventionniste, en particulier au Moyen-Orient.

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Attaque US d'une base militaire syrienne

Des frappes qui marquent un spectaculaire revirement de Trump sur le dossier syrien

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

Les Etats-Unis ont envoyé 59 missiles jeudi soir sur la base syrienne qui avait lancé une attaque chimique sur la population deux jours plus tôt.

Les Etats-Unis sont spectaculairement passés à l’attaque contre la Syrie, jeudi 6 avril, en début de soirée, avec les frappes militaires contre une base de l’armée syrienne. Le bombardement à l’arme chimique d’un village tenu par les rebelles syriens, Khan Cheikhoun, mardi 4 avril, imputé au régime, a fait basculer la nouvelle administration. Selon les Etats-Unis, les avions impliqués dans l’attaque de mardi étaient partis de la base ciblée.

Alors que les discussions s’enlisaient aux Nations unies sur le contenu de résolutions condamnant l’attaque, l’administration n’avait cessé auparavant d’afficher sa détermination. « Ce qu’Assad a fait est terrible. Ce qui s’est passé en Syrie est une honte pour l’humanité et il est au pouvoir, donc je pense que quelque chose devrait se passer », avait indiqué le président Donald Trump à bord de l’Air Force One qui le conduisait à une rencontre importante avec son homologue chinois, Xi Jinping, en Floride.

Le secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait promis « une réponse appropriée à cette attaque aux armes chimiques qui viole toutes les résolutions précédentes des Nations unies [et] les normes internationales ». M. Tillerson avait également demandé publiquement à la Russie, allié militaire du régime de Bachar Al-Assad, de reconsidérer leur soutien au président syrien.

Changement de priorité

Ce revirement est intervenu alors que la nouvelle administration s’était publiquement résignée, le 30 avril, à la résilience de Bachar Al-Assad. En visite en Turquie, M. Tillerson avait tout d’abord assuré que « le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien ». L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley avait été encore plus précise en assurant que Washington devait « choisir ses batailles ». « Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités, et notre priorité n’est plus de rester assis là, à nous concentrer pour faire partir Assad », avait-elle ajouté.

Cette résignation remontait en fait beaucoup plus amont. Pendant la campagne présidentielle, M. Trump avait copieusement critiqué la double opposition américaine, à la fois à l’organisation Etat islamique (EI) et au régime de Bachar Al-Assad, la jugeant improductive. Dans un entretien au New York Times, en juillet 2016, il avait qualifié le président syrien de « sale type » qui « a fait des choses horribles ». Mais il avait ajouté vouloir donner la priorité au combat contre les djihadistes. En février, le président syrien avait envoyé un message à son attention en défendant son décret anti-immigration, bloqué par la justice, qui pénalisait particulièrement les réfugiés et les migrants syriens.

Tournant à 180 degrés

Les images des victimes du bombardement du 4 avril ont manifestement tout remis en cause. Après un premier communiqué dénonçant tout autant l’attaque imputée et l’impuissance de l’administration précédente, M. Trump est revenu à plusieurs reprises sur son caractère « horrible », mentionnant notamment le sort de nourrissons pris au piège, mercredi dans les jardins de la Maison Blanche, aux côtés du roi Abdallah II de Jordanie, puis jeudi au cours de la brève allocution prononcée après les frappes.

Cette réaction était d’autant moins prévisible que Donald Trump avait enjoint publiquement au président Barack Obama de ne pas intervenir en Syrie en 2013 après le recours à des armes chimiques dans la banlieue de Damas, en août. Ces attaques avaient pourtant causé bien plus de morts que celle de mardi. M. Obama avait jugé douteux les bénéfices de frappes, pour lesquelles avait plaidé avec force son secrétaire d’Etat, John Kerry, qui jugeait que la crédibilité américaine était en jeu.

Les républicains approuvent

La décision prise par M. Trump, qui avait assuré ne pas vouloir jouer le rôle de « gendarme du monde » a été saluée par les « faucons » républicains, notamment les sénateurs Marco Rubio (Floride), Tom Cotton (Arkansas) et surtout John McCain, président de la commission des forces armées du Sénat et critique parmi les plus incisifs de la présidence Trump. Elle a été en revanche critiqué par le sénateur républicain Rand Paul (Kentucky), un libertarien hostile à toute forme d’interventionnisme.

Les images tournées par l’armée américaine de missiles Tomahawk quittant les pontons des bateaux d’où ils étaient tirés ont ramené les États-Unis vingt ans en arrière, lorsque le président Bill Clinton ordonnait des frappes similaires contre l’Irak de Saddam Hussein. Ce rappel historique souligne d’ailleurs les limites des interventions de ce type.

Après l’annonce des frappes, le secrétaire d’Etat, qui doit se rendre le 12 avril pour la première fois à Moscou, a mis en cause la Russie, jugée incapable de faire respecter l’accord qu’elle avait suggéré pour mettre un terme à la crise de 2013. Moscou s’était fait fort de s’entendre avec Damas pour obtenir qu’il remette toutes ses armes non-conventionnelles. M. Tillerson a laissé entendre que les frappes de jeudi ne marquaient pas le début d’une campagne plus vaste.

M. Trump a montré pendant la campagne qu’il n’avait pas de goût pour les changements de régime. La riposte américaine au bombardement, circonscrite à une base aérienne, semble vouloir principalement faire passer le message que le président syrien n’aura pas les mains libres comme avec l’administration précédente, et que M. Trump est déterminé à faire respecter ses propres « lignes rouges ».

Ce message qui sera également reçu à Pyongyang, l’autre adversaire des États-Unis qui multiplie actuellement les tirs balistiques pour tester Washington. Mais les tirs de jeudi soulèvent une question pour l’instant sans réponse : que veut vraiment Donald Trump en Syrie ?

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Attaque chimique en Syrie : les Etats-Unis ont frappé une base aérienne du régime de Bachar Al-Assad

Les Etats-Unis ont tiré une soixantaine de missiles sur la base aérienne de Shayrat, près de Homs (Syrie), dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 avril. "J’ai ordonné une frappe militaire sur une base aérienne de Syrie d’où a été menée l’attaque chimique" car Bachar Al-Assad "a arraché la vie à des hommes, femmes et enfants sans défense", a expliqué Donald Trump lors d'une conférence de presse. Au moins 86 civils sont morts, mardi 4 avril, dans une attaque chimique présumée, selon l'Observatoire syrien des droits de homme.

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mardi 28 mars 2017

En Russie, la génération Poutine dans la rue

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante - Le Monde

L’opposant Alexeï Navalny a été condamné lundi à quinze jours de détention après les manifestations de la veille, qui ont rassemblé une majorité de 15-25 ans.

On les disait détachés, vaccinés de la politique. Les jeunes Russes ont répondu massivement présents à l’appel de l’opposant Alexeï Navalny pour protester contre « la corruption du pouvoir ». « La révolte des enfants contre les pères », titrait à la « une », lundi 27 mars, Moskovski Komsomolets, au lendemain des plus importantes manifestations qu’ait connues la Russie depuis la réélection de Vladimir Poutine en 2012.

Parmi les 1 030 personnes interpellées à Moscou recensées par OVD-Info, une ONG spécialisée dans la surveillance des mouvements de contestation, 46 au moins étaient des mineurs. Beaucoup avaient 18 ans, ou à peine plus, c’est-à-dire l’âge de ceux qui n’ont connu que l’actuel président parvenu au pouvoir en 2000. La génération Poutine.

Le phénomène n’a pas échappé au Kremlin. « Nous ne pouvons pas respecter ceux qui, sciemment, trompent les mineurs, en fait des enfants, en les encourageant et en leur promettant certaines récompenses pour prendre part à une manifestation non autorisée, exposant ainsi leur sécurité et même leur vie », a fustigé dès le lendemain le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov.

« Ce que nous avons vu dans de nombreux endroits et davantage encore à Moscou était une provocation », a-t-il ajouté, laissant planer l’image d’un Navalny dans le rôle de Peter Pan, entraînant derrière lui des jeunes séduits par des contes de fées. Lundi, l’opposant, candidat à la présidentielle de 2018, a été condamné à quinze jours de détention pour refus d’obtempérer à la police et 20 000 roubles d’amende (environ 330 euros) pour rassemblement illicite.

« Poutine, voleur »

A Nijni-Novgorod, sur les bords de la Volga, des parents de lycéens interpellés ont reçu un procès-verbal pour « non-exécution de leur devoir d’éducation », conformément à un article du code civil. A Tomsk, filmé par un téléphone portable, c’est un jeune orateur, élève de 6e, qui s’est saisi du micro lors du rassemblement dans cette ville de Sibérie occidentale. « Bonjour, je m’appelle Gleb Tokmakov, s’est-il exclamé un bonnet enfoncé par-dessus ses yeux clairs et ses joues rondes. La Constitution doit travailler pour nous et non pour les corrompus ! » « A bas l’inégalité entre les canards ! », brandissait drôlement sur une affichette Katia, 16 ans, sur l’avenue Tverskaïa de Moscou.

Symboles de la contestation, baskets et canards en plastique ont fait fureur parmi les 15-25 ans venus en nombre dans les défilés. La plupart d’entre eux connaissaient parfaitement la vidéo de 50 minutes diffusée le 2 mars sur YouTube, dans laquelle Alexeï Navalny, décortiquait en détails les biens du premier ministre Dmitri Medvedev acquis par l’entremise de proches, depuis ses baskets onéreuses jusqu’à ses résidences somptueuses abritant des canards. Non seulement la vidéo, vue par plus de 12 millions de personnes, révèle une réalité différente de l’actualité officielle, mais aucune réponse ou aucune tentative d’explications n’a été fournie par le gouvernement.

En utilisant tous les réseaux sociaux pour contourner la censure des chaînes de télévision du pouvoir, Alexeï Navalny, 40 ans, a joué sur la corde sensible de la corruption. « La machine télé-propagande n’agit pas sur la jeunesse et toute cette xénophobie ultra-patriotique orthodoxe ne peut donner que la nausée, assène le sociologue Igor Eïdmann. Les jeunes vont sur Internet chercher l’information réelle sur ce qui se passe dans le pays. »

L’influence de Navalny plus forte grâce à Facebook ou Twitter ? Voilà de quoi aviver la paranoïa du pouvoir russe, qui n’a cessé de dénoncer le rôle joué par les réseaux sociaux dans les révoltes arabes et le soulèvement ukrainien, avec le soutien des occidentaux. « Le pouvoir doit revoir son attitude sur le phénomène Navalny qui les a doublés », affirme le politologue Andreï Kolesnikov, cité par le journal Vedomosti.

A Moscou, sur la place Pouchkine, deux adolescents accrochés à un lampadaire ont créé le buzz lorsque, cessant d’agiter un drapeau russe, l’un d’eux a eu l’idée de verser de l’eau sur un policier. « Descendez, ou vous serez arrêtés », leur a intimé ce dernier. « De toute façon, on sera arrêté, j’aime autant rester ici », lui a répondu l’un des gamins sans se démonter. Au final, lui et son copain ont fini dans un fourgon, comme beaucoup d’autres.

Lundi, l’un des premiers condamnés, né en septembre 1999, a été condamné à dix jours de prison pour avoir crié « Poutine, voleur » en « gesticulant » et parce qu’il « s’appuyait les pieds sur l’asphalte », comme l’indique curieusement le procès-verbal. « Je ne suis pas d’accord, je ne me considère pas coupable », a ajouté le jeune homme à côté de sa signature. Sans illusion, sans adhésion à un quelconque parti, ni même à la personne d’Alexeï Navalny, la génération Poutine tient tête.

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mercredi 22 mars 2017

Attentat à Londres

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lundi 20 mars 2017

Entre l’UE et la Turquie, le divorce indicible

Par Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen, Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles, bureau européen

Malgré les tensions, les Européens ne veulent pas rompre avec Ankara, afin de préserver l’accord migratoire.

Un an après l’accord du 18 mars 2016 destiné à stopper les flux de migrants transitant par la Turquie, que Bruxelles avait alors salué comme un nouveau départ dans ses relations avec Ankara, l’Union européenne (UE) et la Turquie sont au bord de la rupture. Et les Européens se demandent s’ils pourront supporter longtemps encore les outrances et les provocations du président turc Recep Tayyip Erdogan sans mettre définitivement fin au processus d’adhésion d’Ankara, dont les négociations ont commencé en 2005 et qui traînent depuis en longueur.

La ligne rouge a été largement franchie après que le président Erdogan a récemment traité de « nazis » les dirigeants allemands et néerlandais qui avaient fait annuler des meetings de ses ministres entendant faire campagne pour son référendum – prévu le 16 avril, il doit renforcer considérablement ses pouvoirs. Dans la foulée, le ministre turc de l’intérieur, Süleyman Soylu, a averti, jeudi 16 mars, que son pays pourrait laisser passer 15 000 réfugiés par mois vers l’Europe. La veille, son collègue des affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu, menaçait de « mettre fin unilatéralement » à l’accord sur les migrants.

Comparée à l’outrance des propos turcs, la réaction des Européens reste modérée. « Des comparaisons avec le nazisme ou des déclarations agressives contre l’Allemagne ou d’autres Etats membres sont inacceptables », ont affirmé François Hollande et Angela Merkel, jeudi 16 mars. Certes, il n’est plus question d’organiser un sommet UE-Turquie au printemps pour lancer une modernisation de l’accord douanier entre les deux parties – qui date de 1995 –, alors que les Européens l’avaient envisagé fin 2016 dans un geste de conciliation vis-à-vis d’Ankara.

« Ambiguïté »

Les dirigeants de l’Union refusent toutefois de dénoncer officiellement le processus d’adhésion de la Turquie. Les discussions, brièvement relancées en juin 2016 avec l’ouverture d’un nouveau chapitre – sur les questions budgétaires –, sont complètement gelées depuis l’automne. Un diplomate bruxellois résume le point de vue des Européens : « Comme disait le cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. » Malgré les accusations de M. Erdogan, reprochant à l’UE de ne pas l’avoir suffisamment soutenu après la tentative de coup d’Etat de mi-juillet 2016, puis de ne pas libéraliser assez vite les visas pour les Turcs (contrepartie attendue de l’accord sur les migrants), les Européens restent stoïques. Ils refusent de donner des arguments à un président islamo-conservateur qui semble s’être définitivement détourné de l’Union.

« Les discussions d’adhésion sont au point mort, et le pouvoir turc ne veut manifestement plus se rapprocher de nous. Est-il, dès lors, intelligent de les dénoncer officiellement, alors que cela va inciter Erdogan à diaboliser encore plus l’Union ? Cela n’améliorerait en rien la situation », explique un diplomate européen. Le vieil argument selon lequel il faudrait maintenir les négociations d’adhésion pour ne pas décourager les Turcs pro-européens, alors qu’une partie de la population subit de sévères purges après le coup d’Etat de juillet 2016, continue aussi de porter.

Les Européens, particulièrement les Allemands, n’ont surtout aucune envie de mettre davantage en danger l’accord migratoire, qu’à Bruxelles on qualifie de « succès ». De fait, les flux de personnes venues de Turquie se sont taris. Même s’ils commencent à s’y habituer tant elles sont devenues répétitives depuis des mois, les dirigeants prennent les menaces turques très au sérieux. « La route des Balkans a beau être fermée, si Ankara rouvrait les vannes, la Grèce se trouverait à nouveau dans une situation très délicate », estime Yves Pascouau, spécialiste des migrations à l’European Policy Centre, un think tank basé à Bruxelles.

« Les Turcs vont continuer à hausser le ton jusqu’au référendum, il faut tenir », glissait, il y a quelques jours, un dirigeant de l’Union. Les Européens y parviendront-ils si Ankara multiplie les provocations ? La tension avec La Haye n’est pas retombée. L’annulation par la mairie de Rotterdam d’une nouvelle manifestation pro-Erdogan, prévue vendredi 17 mars, en est un signe.

Calmer le jeu

Sur le plan diplomatique, Mark Rutte, le premier ministre néerlandais sortant, qui devrait être reconduit à ce poste, tente de calmer le jeu sans pour autant céder aux exigences du pouvoir turc, qui a réclamé des excuses officielles après l’interdiction faite à deux ministres de faire campagne aux Pays-Bas. La fermeté, du moins verbale, sera aussi la règle du futur gouvernement néerlandais. L’Appel chrétien-démocrate (CDA), qui a de bonnes chances d’y participer, réclame un arrêt officiel des négociations d’adhésion avec la Turquie. Les Pays-Bas pourraient donc se ranger du côté de l’Autriche, qui demande la même chose. Le Parlement européen s’est aussi récemment prononcé dans ce sens, toutes familles politiques confondues, y compris la gauche.

« Un jour, le débat [sur l’arrêt des négociations avec Ankara] aura lieu, estime une source européenne de haut niveau. Mais on ne peut pas faire cela à chaud. Il faudra attendre la fin du référendum turc, puis des élections en France et en Allemagne. »

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lundi 13 mars 2017

A la tête de la Birmanie depuis un an, Aung San Suu Kyi déçoit ses anciens partisans

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 Par Bruno Philip, Rangoun (Birmanie), envoyé spécial

Outre son silence sur la répression de la minorité rohingya, l’ancienne dissidente ne semble avoir aucun projet économique pour améliorer le développement de son pays.

« En Birmanie, observe un expert étranger basé à Rangoun, il y a deux pouvoirs : d’un côté, le gouvernement d’Aung San Suu Kyi, et de l’autre, l’armée. Tous deux fonctionnent de manière indépendante et ne se demandent pas leurs avis sur la conduite des affaires du pays. »

La remarque illustre assez bien la situation du Myanmar, nom officiel de la Birmanie, depuis les élections législatives de novembre 2015, qui ont porté au pouvoir un gouvernement issu de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti de l’ancienne dissidente.

Depuis le 1er avril 2016, cette dernière s’est installée de facto à la tête du pays, après que l’un de ses proches, Htin Kyaw, eut été désigné par le Parlement au poste désormais honorifique de président.

Deux personnages clés monopolisent le singulier théâtre politique birman : d’abord Mme Suu Kyi, 71 ans, qui occupe la double fonction de ministre des affaires étrangères et de conseillère d’Etat, ce qui fait d’elle une première ministre virtuelle. Ensuite, le général Min Aung Hlaing, 61 ans, chef de l’armée et héritier de la junte militaire, qui avait décidé, il y a bientôt six ans, de procéder à sa propre dissolution.

Aucun programme pour la santé ou l’éducation

Alors qu’Aung San Suu Kyi a vu son aura pâlir à l’étranger en raison de son silence sur la terrible répression, dans le sud-ouest du pays, de l’ethnie musulmane des Rohingya par la Tatmadaw, les forces armées birmanes, le bilan de son année au pouvoir est dramatiquement maigre. Voire carrément négatif.

La « Lady », célèbre pour son courage dans le passé et son caractère autoritaire aujourd’hui, semble n’avoir aucun projet économique ni vision précise des moyens à mettre en œuvre pour développer l’un des pays les plus pauvres d’Asie. Aucun réel programme dans les domaines cruciaux de la santé et de l’éducation n’a été annoncé.

Et, outre les atrocités commises contre les Rohingya à la frontière avec le Bangladesh, la guerre continue avec plusieurs armées de minorités ethniques dans les Etats Kachin et Shan, près de la frontière chinoise.

Pour autant, à Rangoun, ex-capitale du pays et centre des affaires, l’icône de la démocratie birmane reste populaire, son accession au pouvoir symbolisant malgré tout une transition, aussi chaotique, frustrante et éminemment imparfaite soit-elle.

« La Lady ne dispose pas de la pleine autorité ! »

Son silence à propos des Rohingya, dans l’un des pays les plus islamophobes de la planète, ne dérange pas grand monde. Même les musulmans lui trouvent des excuses : « C’est une femme intelligente, subtile, qui s’efforce d’arranger les choses de manière discrète en négociant avec l’armée », assure Tin Maung Than, secrétaire général du Conseil des affaires islamiques, l’une des six organisations islamiques du pays.

Pour cet homme d’une quarantaine d’années, à la tête d’une florissante entreprise immobilière, la cause est entendue : tout vaut mieux que la dictature. « N’oubliez pas que la Lady ne dispose pas de la pleine autorité ! Elle doit composer avec les réalités résiduelles de l’ancien régime. »

Mais n’y a-t-il pas quelque chose de choquant dans le fait qu’elle ait quasi entériné les propos de l’armée, qui nie toutes les atrocités commises à l’encontre de la minorité musulmane ? La réponse de Tin Maung Than est sans détour : « Politiquement, elle ne peut se permettre de donner le sentiment qu’elle défend les Rohingya. » Pour l’essentiel des Birmans, ces derniers ne sont que des Bengalis, des immigrants illégaux venus du Bangladesh voisin…

Maintien d’une loi liberticide

Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi est malgré tout critiqué par nombre d’intellectuels, de militants des droits de l’homme et de journalistes pour s’être montré incapable de supprimer une disposition liberticide permettant d’embastiller toute personne accusée de diffamation sur Internet : le « 66.d », comme tout le monde l’appelle ici, en référence à un article de la loi sur les télécommunications permet tous les abus et sert, le cas échéant, de punition politique.

Le patron et le rédacteur en chef d’un quotidien ont fait de la prison à cause d’un article publié sur leur site Internet que le dirigeant de la région de Rangoun avait jugé diffamatoire. Un proche d’Aung San Suu Kyi, qui avait demandé sur Facebook au chef de l’armée de démissionner, est toujours sous les verrous.

Cette loi n’accorde pas la liberté provisoire aux prévenus en attente de jugement. Et, depuis un an, le nombre de personnes traînées devant les tribunaux ou arrêtées en vertu de ce texte est à la hausse.

Pour Thiha Saw, vice-président de l’Association des journalistes du Myanmar, ce n’est cependant pas tant l’article 66.d qui est en cause que « l’esprit dans lequel il est appliqué ». Pour ce célèbre journaliste qui a connu les amères années de la junte militaire, les difficultés de la période de transition s’expliquent par le fait qu’en réalité, l’ancien système est toujours en place.

Bureaucratie tétanisée

Certes, tous les prisonniers politiques ont été libérés et la censure préalable avant publication pour les journaux a été levée – sous l’ancien gouvernement issu de la junte, d’ailleurs. Mais la Birmanie n’est pas devenue pour autant un exemple de liberté d’expression : « Prenez le cas du ministre de l’information, Pe Myint, un ancien journaliste que je connais bien, poursuit Thiha Saw. Il est littéralement prisonnier des 4 000 bureaucrates sous ses ordres ! »

Si l’on ajoute à cela que cette même bureaucratie, héritière de l’ancien régime, s’avère tétanisée par le nouveau pouvoir, qui donne des ordres vagues – quand il en donne –, et que les ministres n’osent rien faire s’ils n’ont pas l’aval d’une Aung San Suu Kyi lointaine et plus « Dame de fer » que jamais, on a une idée du niveau de pétrification de l’actuelle Birmanie.

Même si elle reste adulée par la population, Mme Suu Kyi déçoit nombre de ses anciens partisans : « Je pensais qu’elle était une championne des droits de l’homme, mais ce n’est qu’une politicienne », se désole Thet Shwe Win, jeune activiste d’une ONG de défense des droits.

Aung San Suu Kyi sera-t-elle en mesure de convaincre, à terme, l’armée de renoncer à ses pouvoirs encore exorbitants et de vaincre l’inertie d’une bureaucratie connue de longue date pour son incompétence et sa corruption ? Rien n’est moins sûr. Même les députés de la NLD, majoritaires à la chambre basse du Parlement, n’ont rien fait pour supprimer l’article 66.d.

« Peut-être ne veulent-ils pas l’abroger parce qu’ils veulent s’en servir eux-mêmes », ironise Nay Phone Latt, ancien prisonnier politique et lui-même député NLD au Parlement régional de Rangoun. « Oui, observe-t-il dans un sourire un brin désabusé, c’est vrai que notre transition vers la démocratie est difficile. »

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jeudi 2 février 2017

L'ex-général du KGB impliqué dans les révélations sur Trump a été retrouvé mort

Oleg Erovinkin a-t-il fourni de compromettants renseignements sur Donald Trump ? Il a été retrouvé mort à l'arrière d'une voiture, dans un parking moscovite.

Souvenez-vous. Peu après la publication début janvier d'un accablant rapport sur Donald Trump, son auteur présumé, un ex-agent britannique du MI6 avait précipitamment plié bagage et disparu des écrans radar. "The Telegraph" indique à présent que l'homme suspecté de l'avoir renseigné, un ancien général du KGB, a été retrouvé mort à Moscou.

Officiellement, Oleg Erovinkin est mort d'une crise cardiaque. Mais le quotidien britannique "The Telegraph" rapporte que son corps a été retrouvé inerte à l'arrière d'une Lexus, dans un parking moscovite en décembre... soit quelques semaines avant la publication dans la presse d'un compromettant rapport confidentiel de 35 pages sur Donald Trump. 

A la morgue du FSB

Composé d'une série de notes datées de juin à décembre 2016, ce rapport aurait été rédigé par un ancien agent des services secrets britanniques pour le compte d'opposants politiques à Donald Trump. Il fait notamment état d'une sextape captée à Moscou et détaille comment "le régime russe a cultivé, appuyé et assisté [Donald] Trump depuis au moins cinq ans".

Ce que contient le rapport de 35 pages qui accable Donald Trump

Qualifié de "fake news" par Donald Trump, ce rapport avait à tel point été jugé crédible par le renseignement américain qu'il avait été présenté à Donald Trump, mais aussi au président sortant Barack Obama et à plusieurs responsables du Congrès, rapporte le "New York Times".

Le rapport s'appuyait en effet sur la base du témoignage d'un "haut officier des services de renseignements russes, toujours actif au sein du Kremlin". S'agissait-il d'Oleg Erovinkin, retrouvé mort en décembre ?

Plusieurs éléments de son décès sont en tout cas troublants. L’agence d’Etat russe RIA Novosti affirme qu’une "enquête à grande échelle a été ouverte dans la zone" où le général a été retrouvé mort. Il a illico été transporté à la morgue du FSB, ajoute le quotidien "The Telegraph". 

Cité par "The Telegraph", Christo Grozev, un expert du think tank bulgare Risk Management Lab, explique sur son blog que le général Erovinkin était un très proche collaborateur de l’ancien vice-premier ministre russe Igor Setchine, lui-même très proche... de Vladimir Poutine.

L'ex-espion auteur du rapport accablant sur Trump a disparu des écrans radar

De son côté, le Britannique Christopher Steele, auteur présumé du rapport, demeure introuvable. Cet ancien agent du MI6 a notamment été stationné à Moscou pendant plusieurs années.

siege FSB ex KGB

Siège du FSB (Ex KGB)

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