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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 25 juillet 2017

Dans le sud du Malawi, dans les camps d’« initiation sexuelle » pour fillettes

Par Amaury Hauchard, contributeur Le Monde Afrique, Nampugo, Malawi, envoyé spécial - Le Monde

Les hyènes du Malawi, ou le terrible « apprentissage » du sexe (1/5). Les familles envoient leurs filles à peine pubères dans des camps de « vacances » pour qu’elles apprennent « les choses de la vie ».

L’innocence d’Awa Kandaya n’est qu’une façade. La virginité de cette jeune femme de 20 ans, sac à dos d’écolière sur les épaules et sourire charmant, lui a été arrachée quand elle avait 9 ans dans un camp d’« initiation sexuelle », dans le sud du Malawi. Selon la tradition locale, un homme, payé par ses parents pour lui apprendre « les choses de la vie », l’a violée. Onze ans plus tard, les parents parlent volontiers du camp. Le viol, lui, reste un tabou.

Assise sur les marches d’un bâtiment de Nampugo, village du district de Mulanje, à des kilomètres de la première route bitumée, Awa explique le rite. Si elle est commune à certains pays d’Afrique de l’Est qui l’abrogent peu à peu, cette tradition d’« initiation sexuelle » des petites filles reste très implantée au Malawi. Ici, comme dans la majorité des zones rurales, elles doivent toutes se rendre, dès leurs premières menstruations, dans un camp. Elles en ressortent sinon déflorées, du moins profondément changées.

« Les parents inscrivent leurs filles au camp, c’est une affaire familiale, explique Esitele Paulo, l’une des deux organisatrices du camp où a été envoyée Awa Kandaya. Elles se présentent durant les vacances de septembre et sont à nous pour deux semaines. » Deux semaines pour faire de ces fillettes des « femmes » avant l’heure censées être aptes à prendre en main un foyer.

Véritable outil d’asservissement aux hommes, le camp d’initiation est dirigé par deux femmes. « On part à l’écart du village, dans un bâtiment loin des hommes où nous sommes seules avec les organisatrices du camp », se souvient la jeune Awa. « Une fois que les premiers rituels commencent, on comprend qu’on est là pour apprendre à plaire à un homme, comment lui faire plaisir sexuellement », continue-t-elle. Devenue anxieuse à l’évocation de ses souvenirs, la jeune fille perd son sourire.

Enseigner « la vie »

Rien ne transparaît sur les pratiques du camp : l’omerta est entière. Aux gamines qui refusent de se plier au rite, la loi des ancêtres promet maladies de peau et malheurs familiaux. Certaines, naïves, sont heureuses de se rendre dans ce qu’elles croient être un camp de vacances, d’autres ont déjà entendu des rumeurs, ou les messages de dénonciation des ONG. Mais, bon gré mal gré, l’immense majorité des filles s’y résignent, encouragées par des mères qui perpétuent ce qu’elles ont elles-mêmes subi sans rien dire à leurs enfants de ce qui les attend.

« On les emmène à la rivière, les filles se déshabillent, elles doivent être nues, explique sans gêne la tenancière du lieu, pieds nus et vêtue de son chitenje traditionnel bleu roi. Elles s’essaient à la danse chisamba, à remuer leurs fesses pour exciter les hommes. » Toujours nues, les enfants se frottent les unes contre les autres, puis s’allongent et doivent simuler chacune l’acte sexuel. Sur une vieille chaise en plastique de l’école catholique Namulenga, Esitele Paulo raconte sans sourciller ce qu’elle fait depuis « des dizaines d’années ».

Au bord de la rivière, dans la forêt, les fillettes doivent s’entraîner à la fellation sur un morceau de bois alors qu’elles n’ont même pas encore passé leur puberté. Mais Esitele Paulo et de nombreuses mères de famille n’en démordent pas : il faut enseigner « la vie » à la jeunesse grandissante. « Pourquoi j’ai envoyé ma fille dans ce camp ? Pour la tradition et pour lui apprendre les bonnes manières », répond du tac au tac Lima Kandaya, la mère d’Awa, balayant d’un revers de la main les réactions « des gens de la ville » qui osent poser des questions sur le traumatisme psychique et physique engendré par ces pratiques.

Les hyènes sont légion en zone rurale

Ici, la tradition prend le dessus sur le consentement individuel, les règles d’hygiène élémentaires et la planification familiale. Entre autres lois enseignées au camp : tout ce qui a trait aux menstruations − l’utilisation de serviettes hygiéniques ou de tampons − devra être caché aux hommes parce qu’ils pourraient en être dégoûtés et ne plus vouloir toucher leur femme. En revanche, aucun enseignement sur l’appareil génital féminin, la procréation, aucun encouragement à l’usage de contraceptifs. Aucune prévention non plus sur la transmission du sida.

« Ces camps sont un lavage de cerveau de ces filles qui deviennent femmes trop vite, regrette Joyce Mkandawire, de l’ONG Let’s Girls Lead. Les conséquences sont désastreuses. Et après le camp, beaucoup de filles se marient et quittent l’école. » Au Malawi, une fille sur deux est mariée avant ses 18 ans. A Mulanje, le poids de la tradition est puissant autant que sa remise en question est lente. « Combien ont la force de remettre en cause cette culture quand votre mère, votre grand-mère vous disent que c’est bien ? Combien ont la force de dire qu’une “hyène” est un violeur ? »

Les hyènes, ces hommes payés par les familles pour avoir une relation sexuelle avec leurs fillettes, sont légion en zone rurale. Si les autorités insistent sur la disparition de cette pratique, beaucoup de filles subissent encore une relation sexuelle non protégée avec une hyène au sortir du camp, pour « parachever » le rite.

Esitele Paulo parle volontiers des hyènes, mais refuse d’y être associée. « Pas de ça chez nous ! », s’énerve-t-elle, l’air altier et les yeux accusateurs. Le kusasa fumbi, comme on l’appelle en langue chichewa, est interdit au Malawi depuis 2013, et personne ne veut risquer de finir derrière les barreaux.

La jeune Awa, elle, acquiesce quand on évoque ensemble les fisi, les hyènes. Les autres interlocuteurs ont tous nié, un à un, mais Awa Kandaya, ancienne pensionnaire du camp d’Esitele Paulo, reconnaît la présence d’une hyène dans la communauté. Oui, on l’a obligée à avoir une relation sexuelle non protégée avec cet homme âgé. Oui, elle a été violée. Au Malawi, une personne sur dix est porteuse du VIH. Awa n’a pas fait de test, elle refuse pour l’heure de s’en inquiéter. Comme une réminiscence de sa jeunesse innocente. Sa jeunesse d’avant la hyène.

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Un millier de manifestants à Moscou contre les restrictions sur Internet

Le Net russe, très utilisé par l’opposition, connaît ces dernières années un tour de vis des autorités et la tendance se renforce actuellement, sur fond de lutte antiterroriste.

Environ un millier de Russes ont défilé, dimanche 23 juillet, dans les rues de Moscou lors d’un rassemblement, autorisé par les autorités, contre le renforcement de la surveillance et des restrictions sur Internet. Aux cris de « Non à la censure, non à la dictature », ou encore « A bas l’Etat policier », les manifestants ont marqué leur opposition aux dernières mesures législatives prises par les autorités.

Certains ont détourné un slogan de l’opposition, « La Russie sans Poutine », ajoutant « et sans censure » à ce mot d’ordre très populaire lors des mobilisations contre le Kremlin. La police a estimé le nombre des manifestants à 800. Selon un journaliste de l’Agence France-Presse présent sur place, ils étaient entre 1 000 et 1 500 à avoir répondu à l’appel du parti Parnas, dirigé par l’ancien premier ministre Mikhaïl Kassianov.

Trois participants au défilé ont été interpellés, dont un pour avoir tendu des tracts en faveur de l’opposant Alexeï Navalny, a indiqué l’ONG russe OVD-Info spécialisée dans le suivi des arrestations.

Tour de vis

Pour Pavel Rassoudov, ancien dirigeant du groupe Parti pirate, les autorités cherchent à contrôler et surveiller Internet depuis 2011, lorsque la campagne présidentielle de Vladimir Poutine a été émaillée de manifestations de grande ampleur. « Les autorités ont alors compris qu’Internet était un outil de mobilisation, que cela amenait les gens à sortir dans les rues », a-t-il expliqué.

Le Net russe, très utilisé par l’opposition, subit ces dernières années un tour de vis des autorités et la tendance se renforce actuellement, sur fond de lutte antiterroriste. Vendredi, le Parlement a ainsi approuvé une loi interdisant l’utilisation dans le pays des « anonymizers », services Web qui permettent d’accéder de manière anonyme à des sites bloqués sur le territoire.

Il a également voté une loi obligeant les utilisateurs à s’identifier par un numéro de téléphone pour utiliser les messageries sur Internet. Fin juin, Roskomnadzor, l’autorité de surveillance des médias, avait aussi menacé de bloquer Telegram, une messagerie très populaire en Russie pour son niveau élevé de cryptage. Et depuis le 1er janvier, les entreprises Web russes et étrangères sont forcées de stocker les données de leurs utilisateurs en Russie et de les transmettre aux autorités si elles en font la demande.

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lundi 24 juillet 2017

Procès, arrestations et dénonciations rythment la vie quotidienne en Turquie

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Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante - Le Monde

Lundi 24 juillet à Istanbul s’ouvre le procès de dix-neuf journalistes et employés de « Cumhuriyet », le plus vieux quotidien du pays. Ils risquent jusqu’à 43 ans de prison pour « soutien au terrorisme », quand bien même leur acte d’accusation est vide.

Emblématique du sort fait à la liberté de la presse en Turquie, le procès de dix-neuf journalistes et employés de Cumhuriyet, le plus vieux quotidien du pays, s’ouvre lundi 24 juillet au palais de justice de Caglayan, à Istanbul, en présence de nombreux défenseurs des droits de l’Homme, venus les soutenir.

Les meilleurs plumes de Turquie – entre autres l’éditorialiste Kadri Gürsel, le caricaturiste Musa Kart, le chroniqueur Aydin Engin, le journaliste d’investigation Ahmet Sik – seront présents sur le banc des accusés.

Sur dix-neuf prévenus, douze sont en prison – la plupart depuis près de neuf mois –, six comparaissent libres, et un seul, Can Dündar, l’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, aujourd’hui réfugié en Allemagne, est jugé par contumace.

Tous risquent jusqu’à 43 ans de prison pour avoir soutenu, selon l’acte d’accusation, rien de moins que trois organisations terroristes, soit à la fois le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen (accusé d’avoir été le cerveau de la tentative de putsch du 15 juillet 2016), le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le groupuscule d’extrême gauche DHKP/C.

En réalité, les journalistes incriminés n’ont jamais cessé de porter leur plume contre le terrorisme sous toutes ses formes. L’acte d’accusation est fondé sur leurs articles de presse, leurs coups de téléphones, leurs tweets ainsi que sur quelques-unes de leurs déclarations. Aucune preuve tangible de leur implication dans une organisation terroriste ne figure au dossier.

« Le bien être et la paix »

« L’instruction a été bâclée, intentionnellement je dirais, et l’accusation ne tient pas debout. Les accusés n’ont aucun lien avec les organisations terroristes citées. Le parquet a ressorti des conversations téléphoniques très datées et cherche à nous faire croire qu’il s’agit d’une affaire retentissante », résume Abbas Yalcin, l’un des avocats du quotidien.

« Le procès repose sur des charges complètement bidons. Le pouvoir islamo-conservateur cherche à effrayer les intellectuels, les opposants, la jeunesse et tout ce qui reste de l’opposition afin de semer la terreur », estime Bedri Baykam, artiste peintre et galeriste à Istanbul, acquis aux idées du Parti républicain du peuple (CHP, opposition kémaliste), le parti fondé par Atatürk, dont Cumhuriyet est proche.

Le gouvernement, qui dirige par décrets depuis l’imposition de l’état d’urgence le 20 juillet 2016, fait fi des critiques. L’état d’urgence vient d’être prolongé une nouvelle fois pour trois mois et le président Erdogan a assuré qu’il en sera ainsi jusqu’à ce que la Turquie atteigne « le bien être et la paix ». Depuis la tentative de coup d’état du 15 juillet 2016, plus de 160 journalistes sont en prison et 150 médias ont été fermés.

« Les journalistes aussi commettent des crimes et lorsqu’ils agissent ainsi, la justice doit faire le nécessaire. Je tiens à vous dire que ceux que vous décrivez comme des journalistes ont aidé et encouragé le terrorisme », a expliqué le président Erdogan en marge du G20 à Hambourg, le 7 juillet.

« La peur nous colle à la peau »

Les journalistes ne sont pas les seuls incriminés. Depuis le putsch, plus 150 000 fonctionnaires ont été limogés par vagues successives et près de 50 000 personnes ont été emprisonnées, tant des supposés gülenistes que des militants de gauche, ainsi qu’une dizaine de députés du parti HDP (prokurde) et une centaine de maires de villes kurdes.

« 2016 a non seulement été consacrée à l’éviction des personnes éduquées – enseignants, universitaires et autres – de la sphère publique, mais on a essayé de faire disparaître la capacité élémentaire de l’être humain à raisonner », dénonce la jeune auteure Ece Temelkuran dans un point de vue publié par le quotidien britannique The Guardian, le 21 juillet.

« La raison a été débranchée », assure l’artiste Bedri Baykam. La répression confine à l’absurde. Ainsi les Turcs ont-ils appris cette semaine que le port d’un simple t-shirt pouvait les conduire droit au commissariat.

IL SE TROUVE QUE LA PLUPART DES « HÉROS » ONT ÉTÉ APPRÉHENDÉS SUR DÉNONCIATION, UNE PRATIQUE LARGEMENT ENCOURAGÉE PAR LES AUTORITÉS

Quinze personnes ont été interpellées dans tout le pays pour avoir porté un t-shirt avec le mot « Hero » inscrit en grosses lettres, les autorités voyant dans cette mode vestimentaire une forme de soutien déguisé aux auteurs du putsch manqué.

La controverse a surgi lorsqu’un des militaires jugés à Mugla (sud-ouest) pour « tentative d’assassinat » sur le président Erdogan a comparu avec le t-shirt en question.

Mais la plupart des personnes interpellées, dont un couple conduit au commissariat samedi 22 juillet à Antalya, ainsi qu’un adolescent appréhendé à Canakkale (Dardanelles) le même jour, ont assuré ne pas être au courant des dangers que le t-shirt leur faisait courir. Deux personnes sur les quinze ont néanmoins été maintenues en détention dans l’attente de leur procès pour « propagande terroriste ».

Il se trouve que la plupart des « héros » ont été appréhendés sur dénonciation, une pratique largement encouragée par les autorités. C’est également sur dénonciation que dix militants turcs des droits de l’homme, dont la directrice d’Amnesty International pour la Turquie, Idil Eser, ont été arrêtés le 5 juillet sur l’île de Büyükada, ainsi que deux formateurs (un Suédois et un Allemand). Le 18 juillet, six d’entre eux ont été mis en détention, tandis que les quatre autres étaient relâchés et placés sous contrôle judiciaire. Depuis, les quatre ont été à nouveau arrêtés.

« La peur nous colle à la peau », affirme Hasan (le prénom a été changé), un fonctionnaire qui dit se sentir « en permanence comme un coupable en puissance ». Dans son administration, « c’est devenu la mode de partager sur les réseaux sociaux le plus de photos possible attestant de la présence des fonctionnaires aux grands rassemblements organisés par l’AKP (le parti de M Erdogan, au pouvoir depuis 2002). Ces témoignages nous serviront de bouclier, le jour où… »

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mardi 18 juillet 2017

Winnie l'ourson censuré en Chine...

Chine. Les autorités interdisent Winnie l'ourson !

Winnie l'ourson, si mignon, et pourtant banni des réseaux sociaux ? Cela se passe en Chine, où le personnage de Walt Disney est régulièrement comparé au président Xi Jinping, ce qui s'apparente à un crime de lèse-majesté. Sur Weibo (l'équivalent de Twitter en Chine), WeChat et Messenger, l'image du petit ours jaune a donc été bloquée, au cours du week-end dernier, et remplacée par la mention « contenu illégal », rapportait, hier, à sa « Une », le quotidien britannique Financial Times. Pauvre Winnie...

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Plombé par l’affaire russe, Donald Trump voit sa cote de popularité chuter

Après six mois à la Maison Blanche, le milliardaire républicain voit son taux d’opinions favorables est tombé de 42 % en avril à 36 % en juillet.

Nouvelle rafale de tweets, intervention médiatique de son avocat : le président américain, Donald Trump, tentait de reprendre l’offensive, dimanche 16 juillet, après la publication d’un sondage qui a révélé une chute de sa popularité.

C’est que « l’affaire russe » colle à Donald Trump en dépit des efforts déployés par son entourage pour affirmer, notamment, qu’il ne savait rien du rendez-vous, en pleine campagne présidentielle, en juin 2016, entre une avocate russe et son fils aîné, Donald Jr.

Alors que le milliardaire républicain est depuis près de six mois à la Maison Blanche, son taux d’opinions favorables est tombé de 42 % en avril à 36 % aujourd’hui, selon une enquête du Washington Post et de la télévision ABC News menée du 10 au 13 juillet.

George W. Bush aussi impopulaire

Un total de 48 % des sondés ont dit « désapprouver fortement » le président Trump, un taux jamais atteint par ses prédécesseurs démocrates Bill Clinton (1993-2001) et Barack Obama (2009-2017). Seul le républicain George W. Bush (2001-2009) avait été à ce point impopulaire, mais lors de son second mandat, relève le quotidien américain.

L’enquête a été tournée en dérision par M. Trump sur son canal de communication préféré, Twitter : « Le sondage ABC/Washington Post, même si près de 40 %, ce n’est pas mauvais ces temps-ci, c’était le sondage le plus inexact lors de la campagne électorale. » Ce qui est faux, pointe du doigt le Los Angeles Times : les estimations d’ABC/Washington Post se sont situées en 2016 à deux points du résultat final. Et, explique le quotidien, même avec une marge d’erreur de deux points, l’impopularité de Donald Trump reste record.

Les nuages s’accumulent sur le Capitole

En dépit des voix critiques, l’occupant de la Maison Blanche garde le soutien des parlementaires républicains, ainsi que de sa base.

Mais sur le Capitole, les nuages s’accumulent en raison du retard pris pour la réforme très controversée du système de santé. Dans son message hebdomadaire, samedi, le président avait assuré que les sénateurs allaient enfin « voter, la semaine prochaine, une législation pour sauver les Américains de la catastrophe Obamacare ». Mais le vote étant très serré, le Sénat va sans doute devoir adapter ce calendrier, le temps que le républicain John McCain (Arizona) se remette d’une opération chirurgicale.

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jeudi 15 juin 2017

A Moscou : « Un, deux, trois, Poutine va-t-en ! »

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante

Des milliers de Russes sont de nouveau descendus récemment dans la rue à l’appel d’Alexeï Navalny. L’opposant a été interpellé, tout comme plus de 1 500 personnes à travers le pays.

Tenue de boyard ou chemise médiévale pour les uns, T-shirt et canards en plastique pour les autres. Deux populations aux antipodes se sont côtoyées, lundi 12 juin, sur l’avenue Tvserskaïa, à Moscou, qui devait accueillir un festival « historique » pour le jour de la fête nationale russe. Les seconds ont submergé les premiers. A l’appel d’Alexeï Navalny, plusieurs milliers de personnes ont pris possession de la plus grande artère de la capitale russe menant au Kremlin – avec des canards en plastique devenus le symbole de la corruption du pouvoir dénoncée par le premier opposant au président Vladimir Poutine.

Interpellé dès la sortie de son domicile par la police, M. Navalny n’a pas eu le temps de rejoindre ses partisans, qui ont continué sans lui. Dans une ambiance surréaliste, les forces de sécurité déployées en nombre ont pourchassé les manifestants au milieu des bottes de foin, des catapultes et des stands médiévaux. Plus de 832 ont été recensées à Moscou, et au moins 600 à Saint-Pétersbourg (Nord-Ouest) par l’ONG indépendante OVD-Info. Des rassemblements ont également eu lieu dans des dizaines d’autres villes russes, de Vladivostok à Kaliningrad.

Plus de trois mois après les manifestations monstres du 26 mars organisées à travers tout le pays, M. Navalny, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2018, est parvenu, de nouveau, à mobiliser la rue. Et comme la fois précédente, ce sont surtout les jeunes, parfois même des adolescents, qui ont répondu à son appel. Les arrestations, disent-ils, ne les effraient pas, quand bien même, en Russie, elles peuvent être lourdes de conséquences comme leur fermer les portes des universités ou de l’emploi.

« Dix-sept ans au pouvoir, ça suffit »

« C’est dangereux de toute façon de vivre en Russie », balaie, dans la foule moscovite, Yvan, un grand rouquin de 17 ans, qui, comme beaucoup d’autres lycéens, n’aura pas encore l’âge requis pour voter à l’élection présidentielle de mars 2018. « Je ne veux plus de Poutine, ni de Medvedev [le premier ministre], dit encore Yvan. Dix-sept ans au pouvoir, ça suffit. »

Des groupes sautillent en scandant : « Un, deux, trois, Poutine va-t-en ! », repris en chœur. Les slogans sont devenus encore un peu plus directs, un peu plus hostiles au pouvoir. Les figurants en costume médiéval ont rangé leurs arbalètes. La fête est finie, annoncent les autorités. Les familles partent, les manifestants restent, survolés par un hélicoptère. Maria brandit une pancarte « Eliminer le dragon », et explique qu’elle voudrait « vivre dans un autre pays ». D’autres portent des T-shirts « J’aime la Russie, j’en ai marre de ce régime ». « On est fatigués de ce pouvoir, je suis fatiguée », lâche Marina, 22 ans. Beaucoup agitent des drapeaux russes ou se drapent dedans – ce qui ne les empêche pas d’être interpellés.

« Je suis pour la patrie mais contre ce qui se passe dans le pays, contre la corruption, le vol, l’inégalité sociale », explique Artiom, un jeune père de famille en agitant le fameux canard jaune au-dessus de sa tête.

« On nous comparait souvent à Dubaï, mais ce pays est devenu prospère. Nous, nous avions les mêmes possibilités il y a vingt ans… Je regarde aussi la Chine qui est devenue une machine économique incroyable. Et nous, aucun avancement en vingt ans. Nous revenons toujours sur nos exploits militaires, mais c’est du passé, il faut arrêter de s’extasier pendant les fêtes de la victoire. La Russie n’est pas en train de se développer et c’est très triste. »

Navalny « est le seul »

Lorsque les forces antiémeutes fondent sur un jeune pour l’embarquer, la foule gronde. « Ne touche pas le peuple, honte ! » Certains replient brièvement leurs pancartes mais la plupart ne reculent pas. Les manifestants sont de plus en plus isolés, le haut de l’avenue, place Pouchkine, n’est déjà plus accessible, barré par des cordons d’hommes en uniforme, mais on continue encore à distribuer des autocollants en lettres noires sur fond jaune « Nadoel » (« On en a marre »). Un slogan lancé par le mouvement d’opposition de l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, en exil à Londres.

Mais c’est en Navalny que l’on croit, ici. Parce qu’il est jeune, 40 ans, qu’il fait espérer un changement, et qu’on lui reconnaît du courage – il a été condamné dans la journée à trente jours de prison – et qu’il persiste malgré tous les obstacles dressés devant lui. « Il est le seul », soutient Artiom. Divisés, les autres opposants ne séduisent pas, ou peu.

Sans doute, aussi, M. Navalny sait-il mieux que d’autres s’adresser aux jeunes sur sa chaîne YouTube ou les réseaux sociaux, qui sont devenus ses meilleurs atouts. Au moment où il a été arrêté, l’organisation qu’il dirige, le Fonds de lutte contre la corruption, a été privée d’électricité. Depuis des heures, tôt le matin, son directeur de campagne, Leonid Volkov, animait un « live », vidéos à l’appui, de tous les rassemblements dans le pays.

Les Moscovites n’ont pas craint, non plus, de rejoindre une marche interdite par les autorités. Alors que la manifestation avait été autorisée dans une autre partie de la capitale, M. Navalny a brusquement donné, la veille au soir, rendez-vous à ses partisans sur l’avenue Tverskaïa, au motif que les prestataires sollicités pour sonoriser le rassemblement, soumis à des pressions, lui auraient fait faux bond.

Lundi, tandis que les manifestants investissaient la « fête » et transformaient les célébrations du passé en un événement d’actualité, M. Poutine faisait visiter son bureau à quelques mètres de distance à des jeunes lauréats de concours. Jeudi, le chef du Kremlin devrait s’adresser aux Russes lors de l’émission « Ligne directe », instituée il y a quinze ans. Il lui faudra trouver les mots pour apaiser une génération qui n’a connu que sa présidence.

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mercredi 7 juin 2017

Le point sur la situation au Qatar - Quotidien du 07 juin 2017

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samedi 3 juin 2017

« L’accord de Paris vivra » Anne Hidalgo

Par  Julien Duffé

Après l’image symbolique de l’Hôtel de Ville éclairé en vert jeudi soir en signe de « désapprobation », les paroles. Hier matin, la maire (PS) de la capitale Anne Hidalgo a tenu une conférence de presse pour dire tout le mal qu’elle pensait de la décision du président des Etats-Unis Donald Trump de retirer son pays de l’accord de Paris sur le climat. « Une décision grave, lourde, qui méconnaît la réalité attestée par les scientifiques des dégâts que provoque le changement climatique sur la planète », a dénoncé Anne Hidalgo.

un appel aux fondations et aux investisseurs privés

« L’annonce de Donald Trump est forcément une mauvaise nouvelle mais l’accord de Paris vivra » a pourtant assuré celle qui est aussi depuis décembre 2016 présidente du C40, réseau de 91 grandes villes du monde mobilisées pour le climat (dont 12 villes américaines) représentant 650 millions d’habitants et 25 % du PIB de la planète. Fervente partisane d’une diplomatie des villes, Anne Hidalgo a insisté sur le rôle de ces métropoles, « les territoires démocratiques où se prennent les décisions », dont « les actions concrètes et collectives » sont « essentielles pour réussir l’accord de Paris ».

Dans le sillage du président Emmanuel Macron, la maire de Paris a lancé « un appel aux fondations, aux investisseurs, à tous les acteurs privés pour qu’ils se mobilisent aux côtés des villes et des métropoles en faveur de la transition énergétique ». Dans cette optique, et comme l’y autorise la loi, la mairie a d’ailleurs créé « un fonds permettant de mobiliser ces investissements privés » dans les domaines des mobilités, du bâtiment, des énergies, a rappelé l’élue. Selon un rapport, afin de parvenir à limiter l’élévation de la température globale à 1,5 °C, les villes du C40 devront investir 1 000 Mds$ d’ici à 2050 et 375 milliards dans les quatre prochaines années.

Pour Anne Hidalgo, « contrairement à ce que dit Donald Trump, la transition énergétique est une formidable opportunité économique et Paris assurera pleinement son leadership », affirmant que, « depuis l’Europe », elle comptait aider les villes américaines.

Décidément très remontée contre le président américain, la maire de Paris n’a visiblement pas goûté sa formule où il dit vouloir « représenter les habitants de Pittsburgh et pas Paris ». « Il n’aime pas Paris, ce doit être la seule personne sur la planète qui n’aime pas Paris, a ironisé Anne Hidalgo. Ce sont des déclarations provocantes qui ne sont pas à la hauteur d’un président d’une grande nation amie de la France. »

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Les bobards de Trump sur le climat

Par SERVICE DESINTOX — Libération

Pour justifier la sortie de l'accord de Paris, le président américain a dit beaucoup de bêtises.

Les bobards de Trump sur le climat

Trump a fait du Trump. En annonçant, à la consternation générale, le retrait des accords de Paris, le président des Etats-unis a truffé son allocution de contre-vérités.

Trump affirme à tort que la Chine et l'Inde sont les plus gros pollueurs

Affirmant que l'accord lèserait les Etats-Unis, Donald Trump a qualifié la Chine et l'Inde de plus gros pollueurs mondiaux, faisant a contrario des Etats-Unis le «leader mondial de la lutte pour l'environnement». En valeur absolue, selon les chiffres de la commission européenne (Emission Datable for Global Atmosphéric Research), la Chine est bien leader mondial, avec 10,64 milliards de tonnes par an, devant les Etats Unis (5,17) et l'Inde (2,45).

Mais ce classement n'a de sens que si on le pondère par rapport à la population. Alors, les Etats Unis prennent largement la tête face aux deux autres pays : avec 16,07 tonnes annuelles par habitant, les Etats-Unis sont loin devant la Chine (7,73), l'Union européenne (6,87) et l'Inde (1,87).

En fait, sur la totalité du globe, seule une poignée de pays font pire que les Etats-Unis si on rapporte le niveau d'émissions au nombre d'habitants : les Emirats arabes unis, Oman, le Qatar, le Koweit, l'Estonie… Pas terrible pour un «leader mondial de la lutte pour l'environnement»

Trump dénonce à tort un accord qui n'interdirait le charbon qu'aux Etats-Unis.

Pour justifier la nécessité de «renégocier» l’accord du point de vue des Etats-Unis, Trump a aussi longuement développé un argument, concernant le charbon. Selon lui, l’accord de Paris forcerait les Etats-Unis à se détourner de cette énergie fossile, alors que les autres pays pourraient s’en donner à cœur joie.

«La Chine a le droit de construire des centaines de centrales à charbon supplémentaires. Donc on ne peut pas construire de centrales, mais eux peuvent, d’après cet accord. L’Inde peut doubler sa production de charbon d’ici 2020. Pensez-y : l’Inde peut doubler sa production de charbon. Nous on doit juste se débarrasser du nôtre. Même l’Europe a le droit de continuer la construction de centrales à charbon. En bref, l’accord ne supprime pas d’emplois dans le charbon, il transfère juste ces emplois hors d’Amérique et des Etats-Unis, et il les envoie dans des pays étrangers», estime le président américain.

Mais Trump fait dire à l’accord de Paris des choses qu’il ne mentionne absolument pas. En effet, comme Libération le rappelait, le texte issu de la COP21 ne contient aucun des mots «énergies fossiles», «pétrole» ou, en l’occurence, «charbon». Surtout, il «n’autorise» ou «n’interdit» rien, et surtout pas la construction ou la fermeture de centrales.

L’accord stipule la volonté commune des signataires de contenir «l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels». Il se base pour cela sur des contributions décidées à l’échelle de chaque pays, et n’interdit donc pas à tel ou tel pays de construire ou fermer des centrales (même si chaque contribution est examinée «en tenant compte des circonstances nationales» et qu’on demande ainsi moins aux pays les moins avancés). Les propositions adoptées lors de la COP21 orientent pour le moment plutôt la planète vers une augmentation de 3°C des températures globales par rapport à l’ère préindustrielle. L’accord prévoit donc que les pays se réunissent à nouveau tous les cinq ans pour adopter des mesures plus ambitieuses. Enfin, au grand dam de certains pays (dont le Nicaragua qui ne l’a pas signé) l’accord n’est de toute façon pas contraignant, contrairement à ce que semble indiquer Donald Trump.

Par ailleurs, si l’Inde a bien prévu de continuer à développer et (quasiment) doubler sa production de charbon, ce n’est pas le cas de la Chine, comme l’a souligné Politifact. Le pays a ainsi annoncé début 2017 qu’il renonçait a construire plus de 100 centrales à charbon, et l’utilisation de cette énergie fossile particulièrement génératrice de gaz à effet de serre est en déclin dans le pays depuis 2013.

Trump minimise la portée de l'accord de Paris

Donald Trump a également justifié le retrait de l'accord en affirmant que ses effets étaient trop faibles : «Même si l’Accord de Paris était pleinement mis en œuvre, avec une conformité totale de toutes les nations, on estime que cela ne produirait que deux dixièmes d’un degré Celsius de réduction de la température mondiale d’ici 2100. Une petite, petite baisse», a déclaré Donald Trump pour justifier sa décision de sortir les Etats-Unis de l’accord.» Sauf que Trump a visiblement compris de travers ses fiches. Comme le montrent les travaux du Massachusetts Institute of Technology.

Le célèbre institut basé à Boston a consacré en avril 2016 une étude intitulée «Quelle différence fera l’accord de Paris ?». Ils y soulignent que «les projections de l’impact climatique à long terme de l’accord de Paris varient considérablement», et envisagent plusieurs scénarios pour l’après 2030, dernière date pour laquelle les objectifs chiffrés sont fixés. Ils considèrent que l’accord de Paris, selon l'intensité des politiques mises en œuvre après 2030, pourrait réduire la hausse de la température moyenne globale en 2100 entre 0,63 et 1,07°C. Soit un impact supérieur au 0,2 degré mentionné par Trump. Même si selon le MIT, la hausse globale serait comprise entre 3 et 3,5 degrés à l'horizon 2100, bien supérieure donc à l'objectif d'une hausse limitée au maximum à 2 degrés.

Pour autant, Trump n'a pas inventé son chiffre. Il l'a seulement mal compris. En 2015, John Reilly, co-directeur du programme du MIT, estimait que les promesses réalisées à l’occasion des Accords de Paris «réduisaient de 0,2°C le réchauffement si elles sont maintenues jusqu’en 2100, par rapport à ce qui, selon nous, aurait  été le cas en étendant les mesures existantes [expirant en 2020] sur la base d’accords internationaux antérieurs de Copenhague et Cancun», en 2009 et 2010. L'impact de 0,2 degré correspond donc à la différence entre l'accord de Paris… et un scénario fictif où les accords antérieurs seraient prolongés (alors qu'ils expirent en 2020).

Trump attaque violemment et avec mauvaise foi le Fonds vert pour le climat

«En plus des restrictions énergétiques sévères infligées par l’Accord de Paris, il inclut un autre stratégème pour redistribuer des richesses en dehors des Etats-Unis à travers le soi-disant "Fonds vert pour le climat" (joli nom !), qui demande aux pays développés de dépenser 100 milliards de dollars pour les pays en développement, en plus de l’aide étrangère massive déjà existante», a dénoncé le président américain. Selon lui, ce «stratagème» a déjà coûté 1 milliard à son pays et va lui couter des «milliards et des milliards» alors que «beaucoup d’autres pays ne vont pas donner un centime». Les affirmations de Trump sont globalement exactes : les USA ont bien d’ores et déjà versé 1 milliard de dollars au fonds en question, ce qui en fait le principal contributeur en valeur absolue à ce jour. Mais il oublie de préciser que le fonds, créé en 2011 et rattaché à l’Onu, existait bien avant l’accord de Paris (qui n’a fait qu’intensifier l’effort financier des pays participants). Surtout, il laisse penser que les Etats-Unis contribuent de façon très voire trop importante à ce fonds, alors que si l’on rapporte les sommes à la population respective des pays, ils font plutôt partie des grands pays développés qui donnent le moins au Fonds, bien derrière le Japon, l’Allemagne ou la France par exemple.

Dernier argument massue de Trump contre le Fonds : «Personne ne sait où va l’argent ! Personne n’a été capable de dire "Où est-ce que ça va ?"» Sur ce point, le président américain est particulièrement mal renseigné (ou de mauvaise foi) : le site du programme de l’Onu précise avec force détails l’ensemble des projets déjà financés, qui visent tous à limiter le réchauffement climatique ou à lutter contre ses effets. Par exemple ? 60 millions d’euros ont été prêtés à des entreprises de Mongolie pour limiter les émissions de GES et 26,6 millions de dollars ont été dépensés pour permettre l’accès à des services d’information climatique à quelques 260 700 personnes au Vanuatu.

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La Russie n’appliquera pas l’accord sur le climat avant 2020

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante

Le président Vladimir Poutine, qui refuse de « juger » son homologue Donald Trump, salue le texte né de la COP21 mais attend des précisions « techniques ».

Au lendemain de l’annonce par Donald Trump du retrait américain de l’accord de Paris sur le climat, et tandis que les réactions indignées dans le monde entier continuaient à pleuvoir, Vladimir Poutine s’est plu à jouer le rôle de modérateur.

« Cet accord, a déclaré le président russe, ne doit entrer en vigueur qu’à partir de 2021, nous avons encore le temps… » Et de fredonner Don’t Worry, Be Happy de Bobby McFerrin, comme si de rien n’était, après qu’à ses côtés, le premier ministre indien, Narendra Modi, eut rappelé l’engagement de l’Inde au « nom des générations futures ».

C’est un Vladimir Poutine sûr de lui qui est apparu, vendredi 2 juin, au Forum économique de Saint-Pétersbourg, le Davos russe. « Repos ! », s’est même permis le chef du Kremlin alors que la salle bondée, composée de chefs d’entreprise et de diplomates s’était levée à son arrivée. « Welcome » ont traduit les interprètes.

La salve de critiques internationales qui s’est abattue sur Washington n’est pas pour déplaire au chef du Kremlin. « L’accord de Paris est un bon document qui a pour but de résoudre un des problèmes majeurs de notre époque », a-t-il souligné. Mais sur le fond, la Russie qui reste l’un des derniers grands pays à ne pas avoir ratifié le texte qu’elle avait approuvé en décembre 2015, s’interroge.

Ne pas se précipiter

« Il est clair que sans la participation des Etats-Unis, l’accord de Paris ne sera pas opérationnel, parce que c’est l’un des pays les plus grands émetteurs [de gaz à effet de serre] », confiait dans les couloirs Sergueï Beloussov, conseiller économique du président, cité par l’agence Tass.

« La Russie prévoit de ratifier [cet] accord, même si la décision finale de le ratifier ou non, sera prise au plus tôt en janvier 2019 », a fait valoir, de son côté le ministre des ressources naturelles et de l’écologie, Sergueï Donskoï.

« Nous devons, a poursuivi ce dernier, d’abord prendre en compte les stratégies climatiques des pays des BRICS [organisation qui regroupe, outre la Russie, l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Indeet la Chine], de l’Union européenne, de la Norvège, du Japon, de la République de Corée et d’autres dans le domaine du développement à faible teneur en carbone. Leur mise en œuvre, dans ces pays, peut amener à des restrictions d’importations de certaines productions en raison de leur niveau élevé d’émission de gaz à effet de serre, ce qui établirait de fait un “protectionnisme carbone” ».

Entre la détermination des uns et le « niet » américain, Moscou, qui s’est engagé à réduire de 70 % ses émissions d’ici à 2030 par rapport à 1990, juge prudent de ne pas se précipiter. « Nous voulons attendre que les règles de distribution des ressources et autres points techniques très importants soient définis », a indiqué M. Poutine, en soulevant l’obstacle financier de sa mise en œuvre. « Les Etats-Unis, a-t-il souligné, se sont engagés à investir 100 milliards de dollars pour venir en aide aux pays en voie de développement. »

Marges de manoeuvre

Ces arguments en main, M. Poutine s’est refusé à « juger le président Obama, pardon, le président Trump parce que le président Obama a pris cette décision et que le président actuel pense qu’elle n’a pas été assez réfléchie ».

A l’opposé des Européens qui refusent de renégocier quoi que ce soit, le chef du Kremlin estime qu’il existe des marges de manœuvre, « même si on ne peut pas faire machine arrière ». « Il faut créer les conditions d’un travail en commun constructif », a-t-il insisté, car si un pays comme les Etats-Unis, parmi les plus grands émetteurs de la planète, n’en sont pas, « on ne pourra pas, dans ce cas-là, conclure ni signer aucun accord ».

Interrogé par la journaliste américaine de NBC, Megyn Kelly, bête noire de Donald Trump, M. Poutine n’a pas boudé son plaisir non plus lorsqu’il s’est agi de réfuter les accusations d’ingérence russe aux Etats-Unis, ou de dénoncer les sanctions s’autorisant, ici aussi, une référence d’Outre-Atlantique. « Les rumeurs sur ma mort ont été très exagérées », a-t-il ironisé en citant l’écrivain et essayiste Marc Twain.

Isabelle Mandraud, Moscou, correspondant

UE-Chine : l’unanimité sur le climat minée par les questions commerciales Ils veulent sauver les accords de Paris sur le climat, sont au diapason dans leur critique de la décision de Donald Trump mais… pour la deuxième année consécutive, l’Union européenne (UE) et la Chine se sont quittés sans accord écrit. Ils se sont longuement empoignés, vendredi 3 juin, sur des questions commerciales, ce qui a empêché la signature d’un texte par les deux parties. La question du statut d’économie de marché de la Chine a été le principal point d’achoppement. Bruxelles refuse d’accorder ce statut à Pékin en raison du dumping auquel se livre la Chine dans divers domaines, dont l’acier, où elle alimente d’importantes surcapacités. Acquérir le statut d’économie de marché permettrait à la Chine d’échapper aux droits antidumping qui peuvent actuellement lui être imposés. Des discussions se poursuivent au sein de l’Organisation mondiale du commerce, saisie par Pékin.

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