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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mercredi 3 janvier 2018

Iran : Dieu sur la sellette

Il est une leçon éclatante de la crise iranienne qu’on ne tire guère, mais qui se voit pourtant comme le turban sur la tête d’un mollah : les ravages qu’exerce la religion dès qu’on la mélange avec la politique. On parle souvent de l’Iran en enfilant les perles : «un grand pays», «héritier d’une civilisation plusieurs fois millénaire», «acteur incontournable de la région», etc., toutes choses vraies qui ne nous apprennent rien sur la situation du pays. L’Iran d’aujourd’hui est d’abord une théocratie. Ce pays de culture et de créativité vit sous la férule de religieux obscurantistes qui maintiennent la société dans les rets d’une dictature minutieuse. Les mollahs contrôlent non seulement l’Etat, les finances, l’armée, mais aussi la presse, les écrans, la vie quotidienne et même les tenues vestimentaires. Le jeu politique se limite à l’affrontement des factions chiites, dont certaines sont plus ouvertes que d’autres, mais qui se rejoignent pour conserver les bases du régime existant.

Les protestations en cours, d’apparence économique ou sociale, visent en fait le cœur du système. On conteste les dépenses occasionnées par une politique étrangère fondée sur le soutien permanent aux alliés religieusement proches, le Hezbollah, ou bien le pouvoir alaouite en Syrie. On met en cause les subventions massives accordées aux associations religieuses. On s’indigne de la gestion désastreuse des «banques islamiques». On dénonce la corruption de l’establishment religieux qui détourne à grands seaux l’argent public au profit d’une mince couche de dignitaires. Au sommet de l’appareil répressif, les «gardiens de la révolution», troupe d’élite héritière du khomeinisme pur et dur, restent les principaux garants de la dictature, soucieux avant tout de réprimer toute aspiration populaire à un peu plus de liberté.

Cet impérialisme du spirituel est un mal du siècle qui commence. On le retrouve évidemment dans les monarchies du golfe, tout aussi totalitaires, ou dans la folle entreprise terroriste des minorités islamistes. Mais aussi, sous une forme heureusement plus bénigne, dans certaines démocraties. L’alliance de Trump avec la faction évangélique aggrave sa politique. L’influence politique des religieux en Israël bloque tout espoir de paix avec les Palestiniens. Le pouvoir de l’orthodoxie en Grèce ralentit les réformes sociales et conforte en Russie la démocrature poutinienne. Bref, Dieu, personne privée, se mêle de plus en plus de ce qui ne le regarde pas, à savoir l’organisation de la cité. La sécularisme dans les régimes de droit, ou la laïcité en France, reste l’un des biens les plus précieux pour tous ceux qui sont attachés à la liberté. Laurent Joffrin - Libération

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« En Iran, une révolution menace le régime »

Par Frédéric Lemaître

Stéphane Dudoignon, chercheur au CNRS, est actuellement à Téhéran. Il analyse pour « Le Monde » ce qu’il qualifie de « révolution ».

En Iran, Treize personnes ont été tuées en cinq jours de manifestations. Le pouvoir judiciaire, les leaders conservateurs et quelques réformateurs, alliés du président Hassan Rohani, ont exigé une répression implacable. Mais l’Etat traite encore avec une certaine prudence ce mouvement inédit, le plus important qu’ait connu le pays depuis celui qui avait suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, en 2009. Actuellement à Téhéran, Stéphane Dudoignon, chercheur au CNRS, analyse une situation qu’il qualifie de « révolution ».

Comment définir les actuelles manifestations en Iran ?

Comme une révolution ! C’est comme cela que les manifestants ont baptisé leur mouvement l’appelant, grâce à un jeu de mots, à la fois « révolution des œufs » et « révolution à la con ».

On n’a pas assez souligné que depuis des années, notamment depuis deux à trois ans, l’Iran vit sous un régime de manifestations quasi-permanentes motivées par des difficultés économiques ou des catastrophes écologiques, liées au manque d’eau. Le phénomène a même donné lieu à de très intéressants documentaires. Mais souvent ces mouvements sont locaux et se produisent dans des villes en bordure du désert.

Cette fois-ci, cela n’a rien à voir. Il y a une quarantaine de villes touchées et l’on y entend des slogans radicaux contre le régime, avec des insultes y compris à caractère pornographique contre des dignitaires du régime. Et comme ces manifestations ont été provoquées par des mesures réduisant les aides sociales à certains retraités mais aussi par des annonces d’augmentation du prix de l’essence et des œufs, les manifestants parlent, depuis dimanche, de « révolution des œufs ».

Quels sont les slogans les plus marquants ?

Par exemple, on a entendu à Qom, cette ville qui fut le berceau de la Révolution islamique il y a près de quarante ans, des slogans en faveur de la monarchie et notamment en faveur de Reza Shah Pahlavi, qui dirigea le pays entre 1925 et 1941. Or celui-ci était une sorte d’Atatürk iranien, profondément antireligieux. C’est lui qui avait interdit le port du voile.

De tels slogans constituent une nouveauté absolue. Ils montrent non seulement un rejet de la République islamique mais aussi de la religion islamique voire de l’islam en général. De même, les manifestants osent s’en prendre à des bâtiments officiels. Une sous-préfecture a ainsi été occupée pendant plusieurs heures. Cela aussi, c’est nouveau.

Peut-on comparer le mouvement actuel aux manifestations de 2009 contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad ?

En partie seulement. Les rassemblements actuels, car il s’agit le plus souvent de rassemblements et non de manifestations, sont davantage hostiles au régime qu’en 2009. De plus, à l’époque, les manifestants étaient surtout les étudiants et la bourgeoisie urbaine. Cette année, ce sont les quartiers populaires de Téhéran, les jeunes enragés comme disent certains, qui sont descendus dans la rue. C’est-à-dire la base sociale du régime. On peut donc parler d’effritement idéologique et sociologique de la République islamique.

La République islamique est-elle en danger ?

Sans aucun doute. Certaines déclarations de responsables du régime semblent d’ailleurs indiquer que la peur est peut-être en train de changer de camp. En 2009, les manifestations se sont surtout déroulées à Téhéran. Elles étaient relativement faciles à réprimer. Ici, vu la simultanéité des rassemblements dans quarante villes et la rapidité avec laquelle circule l’information sur les réseaux sociaux, la répression est beaucoup plus difficile.

Comment réagissent les dirigeants ?

On sent une réelle perplexité. Il y a évidemment d’importantes divisions entre eux. Les conservateurs profitent de la situation pour remettre le président Hassan Rohani en cause mais ils ne parviennent manifestement pas à contrôler un mouvement qui les dépasse.

Y a-t-il une force qui structure le mouvement ?

Non. C’est une révolution sans leader. Depuis samedi, l’ensemble du régime incrimine une cinquième colonne. Certains dirigeants ont même accusé les deux premières victimes du mouvement d’être des agents de l’étranger. Mais cela montre surtout que le pouvoir est complètement dépassé. Sa capacité d’écoute et de réaction semble très faible.

Certes, les augmentations de prix annoncées ont été annulées mais le président Rohani, tout en faisant semblant de comprendre les manifestants, a malgré tout suggéré qu’ils étaient peut-être manipulés de l’extérieur. Seuls une partie de la presse et quelques députés élus des régions touchées par ce mouvement se sont prononcés en faveur de la liberté de manifester. En revanche, les responsables des services de sécurité et les dirigeants du Parlement ont tenu des discours anti-occidentaux.

Personnellement, ce qui m’a frappé, c’est le rôle qu’a joué le tremblement de terre de Kermanshah, qui a fait environ 500 morts à la mi-novembre 2017. Celui-ci a mobilisé l’ensemble des Kurdes d’Iran et même au-delà. Il y a eu une prise de conscience contre les autorités accusées d’incurie mais aussi de vols. Le séisme a donné à la population le sentiment d’un destin commun et il a aggravé l’hostilité à l’égard du pouvoir.

Les sanctions occidentales, partiellement levées, ont-elles joué un rôle dans ce mouvement ?

Manifestement, l’abolition partielle des sanctions occidentales après l’accord sur le nucléaire en 2015 n’a pas permis à l’économie de redémarrer. Le président Rohani, qui misait beaucoup là-dessus, a perdu une bonne partie de sa crédibilité car il n’est plus en mesure de mener une politique en faveur des plus modestes et il n’a plus grand-chose à proposer. Il y a quelques jours, la télévision iranienne a mis en valeur la livraison par la France de deux avions régionaux, des ATR. Je doute que cela suffise à calmer les manifestants.

De plus, le président Rohani devait une partie de sa popularité au fait qu’il avait réussi à ramener la hausse des prix sous les 10 % alors qu’elle avait atteint 40 %, or l’inflation est aujourd’hui de retour.

Mais j’insiste : le rejet actuel dépasse la personne du président et concerne l’ensemble de la République islamique.

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Trump dit avoir un bouton nucléaire « plus gros » que celui de Kim Jong-un

« Moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! », a tweeté le président américain.

Le président américain Donald Trump a moqué mardi 2 janvier son homologue nord-coréen, affirmant avoir un bouton nucléaire « plus gros et plus puissant » que Kim Jong-un.

« Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient d’affirmer que le “bouton nucléaire est sur son bureau en permanence” (...) informez-le que moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et il fonctionne ! », a tweeté le président américain.

« Rafistolage »

Kim Jong-un s’est servi de son adresse à la nation du Nouvel An pour répéter que son pays était un Etat nucléaire à part entière, avertissant qu’il avait en permanence à sa portée le « bouton » atomique. Le dirigeant nord-coréen a parallèlement fait une ouverture en direction du Sud en expliquant que Pyongyang pourrait participer aux jeux Olympiques d’hiver en Corée du sud.

Washington a d’ores et déjà rejeté mardi la perspective de négociations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud comme un simple « rafistolage », avertissant que les Etats-Unis n’accepteront jamais une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire. Les Etats-Unis ne « prendront aucun entretien au sérieux s’il ne porte pas sur l’interdiction de toutes les armes nucléaires en Corée du Nord », avait indiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, avant les derniers tweets de M. Trump.

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lundi 1 janvier 2018

Kim Jong-un oscille entre menace et ouverture lors de ses vœux du Nouvel An

Kim-Jong-Un-oscille-entre-menace-et-ouverture-lors-de-ses-voeux-du-Nouvel-An

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a averti Washington lundi qu'il avait le "bouton nucléaire" à sa portée, mais dans le même temps a tendu la main à Séoul lors de ses voeux du Nouvel An.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a promis lundi de produire en masse têtes nucléaires et missiles balistiques, dans un message du Nouvel An qui témoigne de sa détermination à réaliser ses ambitions militaires envers et contre tout. Pyongyang a considérablement intensifié ses efforts au cours de l'année écoulée pour dérouler ses programmes nucléaire et balistique interdits malgré de multiples sanctions de l'ONU et la rhétorique de plus en plus belliqueuse émanant de Washington.

Kim Jong-un a présidé en septembre au sixième test nucléaire nord-coréen, le plus puissant à ce jour. "Nous devons produire en masse des têtes nucléaires et des missiles et accélérer leur déploiement", a déclaré Kim Jong-un dans son adresse annuelle à la nation. Il a répété que le Nord avait atteint son but, accéder au statut d'Etat nucléaire, et souligné que ses programmes d'armement étaient de nature défensive. "Nous devons toujours nous tenir prêts à mener des contre-attaques nucléaires immédiates contre les projets ennemis de guerre nucléaire", a-t-il martelé.

"Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau", a menacé Kim Jong-un

La Corée du Nord "peut affronter n'importe quelle menace nucléaire des Etats-Unis, elle dispose d'une (force de) dissuasion forte qui est capable d'empêcher les Etats-Unis de jouer avec le feu", a lancé Kim Jong-Un "Le bouton nucléaire est toujours sur mon bureau. Les Etats-Unis doivent prendre conscience que ce n'est pas du chantage mais la réalité", a-t-il averti.

Dans le même temps, le numéro un nord-coréen a donné lundi le premier signe que son pays pourrait participer le mois prochain aux jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, en dépit des tensions suscitées par ses ambitions nucléaires. "J'espère sincèrement que les jeux Olympiques d'hiver de Pyeongchang seront menés avec succès", a dit Kim Jong-un dans son message de Nouvel An à la nation nord-coréenne. "Nous sommes disposés à prendre les mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation" à Pyeongchang, a-t-il poursuivi. "A cette fin, les autorités du Nord et du Sud pourraient se retrouver dans un avenir proche".

La Corée du Nord avait boycotté les jeux d'été de Séoul 1988

Séoul comme les organisateurs espèrent que le Nord participera à ce qu'ils présentent comme les "Olympiades de la paix". Les principaux événements de la compétition se tiendront à tout juste 80 kilomètres de la zone frontalière qui sépare les deux Corées. Les tensions sont à des sommets ces derniers mois à cause de la multiplication des tirs de missiles et des essais nucléaires nord-coréens.

Kim Jong-un a toutefois lancé une mise en garde, prévenant que la situation tendue sur la péninsule pouvait représenter une menace pour l'événement. "Les fortes tensions militaires entre le Nord et le Sud doivent s'apaiser et une atmosphère pacifique doit prévaloir. Tant que nous serons dans une situation instable qui n'est ni la guerre ni la paix, le Nord et le Sud ne peuvent garantir le succès de leurs événements programmés, y compris des JO, s'asseoir pour parler ou avancer vers la réunification", a-t-il déclaré.

La participation ou la non participation de Pyongyang aux compétitions sportives organisées au Sud a toujours été tributaire de la situation politique et militaire sur la péninsule. La Corée du Nord avait boycotté les jeux d'été de Séoul 1988. Mais elle avait envoyé ses athlètes aux jeux asiatiques de 2014 à Incheon, près de Séoul.

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vendredi 29 décembre 2017

Exode des Rohingya au Bangladesh

roh

Cette photo de l'exode des Rohingya au Bangladesh a été nommée l'une des 10 meilleures photos de 2017 de TIME. Ici, photographe @kevinfrayerexplique: «Je suis arrivé à Cox's Bazar, au Bangladesh, à la mi-septembre, quelques semaines après le #Rohingya.crise. Dès ses débuts, j'ai été choqué par les images et les histoires de l'exode de centaines de milliers de personnes sans aucun droit, risquant leur vie juste pour survivre. Je voulais contribuer d'une manière ou d'une autre », se souvient-il,« je cherchais des endroits pour photographier l'aide alimentaire parce qu'il y avait un tel besoin et si peu. J'étais dans une zone où il y avait une foule de gens entourant un camion. La scène était assez chaotique; les gens criaient et atteignaient parce qu'ils étaient manifestement affolés et affamés. Il y avait beaucoup de pression dans la foule et je voulais aller au-dessus, alors j'ai grimpé dans le camion. C'est quand j'ai vu ce petit garçon. Il venait de se hisser sur le camion et il pleurait. Je ne pouvais pas entendre grand-chose parce que la scène était si forte, mais à un moment le garçon a tendu la main, suppliant l'homme debout au-dessus de la nourriture. Puis, il enroula ses bras autour des jambes de l'homme, s'accrochant à lui. J'en étais totalement frappé: il s'était frayé un chemin dans le camion en désespoir de cause. J'aurais aimé en savoir plus sur lui, mais il a disparu dans le chaos du moment. " @kevinfrayer- @ gettyimages

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jeudi 28 décembre 2017

Fallait pas l’inviter !

L'édito de Charles de Saint Sauveur - Le Parisien

To be or not to be ? Depuis Shakespeare, les Anglais sont poursuivis par cette question existentielle, qui ouvre le célèbre monologue d’Hamlet. Celui du prince Harry est d’ordre plus diplomatique, mais enquiquinante en diable : d’après le tabloïd The Sun, le gouvernement britannique commence à se faire un sang d’encre à l’idée que les futurs époux invitent Barack et Michelle Obama (avec qui Harry, qui vient de l’interviewer, s’entend visiblement très bien)... parce que cela fâcherait l’éruptif président américain. D’un de ses tweets ravageurs, Donald Trump serait tout à fait capable de gâcher la fête en envoyant promener son éternel allié anglais. Le camouflet serait d’autant plus mal vécu que le milliardaire n’a toujours pas rencontré la reine Elizabeth, icône planétaire à côté de laquelle tout dirigeant puissant rêve de figurer sur une photo officielle. Qu’Obama puisse lui souffler la vedette aurait tôt fait d’irriter le président républicain. Quelque part, on le comprend, puisqu’un mariage princier revêt une évidente dimension politique : on n’y invite pas que sa bande de potes ! En politique avisé, l’ancien président démocrate a prudemment botté en touche quand un journaliste lui a demandé s’il aimerait recevoir un carton d’invitation. Si Harry et Meghan Markle, sa fiancée américaine, osaient l’envoyer malgré les avertissements paniqués du gouvernement britannique, il ne leur resterait plus qu’à convier également les Trump. On imagine les tourments du plan de table, mais quel happening ! Quoi qu’il se passe, ce mariage sera the place to be... or not.

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mardi 26 décembre 2017

Alexeï Navalny interdit de concourir à la présidentielle russe

Par Benoît Vitkine

Le principal opposant à Vladimir Poutine, déclaré inéligible jusqu’en 2028 en raison d’une condamnation de justice, demande à ses partisans de boycotter le scrutin prévu le 18 mars 2018.

Il y a quelques semaines, Ella Pamfilova, présidente de la Commission électorale centrale russe (CEC), prévenait que seul un « miracle » pourrait permettre à Alexeï Navalny de participer à l’élection présidentielle du 18 mars 2018.

Les commentateurs n’auront guère eu le temps de gloser sur le caractère mystérieux de la formule – de quel genre de miracle pouvait donc parler Mme Pamfilova, dont l’institution est théoriquement chargée de l’application stricte de la loi ? Le miracle ne s’est pas produit. Lundi 25 décembre, cette même CEC a livré son verdict : à l’unanimité moins une abstention, elle a interdit à l’opposant de concourir lors du scrutin, en raison de ses condamnations passées en justice.

L’étude du dossier Navalny a été conduite avec une célérité exceptionnelle. Dimanche, l’avocat mobilisait des milliers de ses partisans dans plusieurs villes de Russie, et déposait, dans la foulée, son dossier de candidature. Dès le lendemain, il était convoqué par la CEC.

Cette démonstration de force, menée alors que des milliers de volontaires s’emploient depuis plusieurs mois à récolter les 300 000 signatures nécessaires à la candidature de l’opposant, n’aura pas suffi. M. Navalny, dont les enquêtes dévastatrices sur la corruption des élites ont assis la notoriété, n’est pas autorisé à défier Vladimir Poutine, président sortant qui brigue un quatrième mandat.

Vrai-faux suspense

La CEC avait à plusieurs reprises averti que l’opposant était inéligible jusqu’en 2028 en raison notamment d’une condamnation à cinq ans de prison avec sursis, en février, pour détournement de fonds dans une affaire remontant à 2009. M. Navalny a aussi été interpellé et détenu à trois reprises cette année pour avoir organisé des rassemblements non autorisés.

Mais cette décision était attendue, car elle met fin à des mois de vrai-faux suspense durant lesquels l’opposant a fait semblant de croire en ses chances de pouvoir participer au scrutin de 2018. Durant toute cette période, ses bureaux de campagne ont continué à tourner à plein régime et l’ancien blogueur, qui s’est fait connaître du grand public lors des manifestations de 2011 contre les fraudes présumées aux législatives, a sillonné la Russie de réunion publique en réunion publique.

Privé d’accès aux médias fédéraux, M. Navalny possède un art consommé de transformer chaque enceinte dans laquelle il apparaît – et jusqu’aux salles des tribunaux – en tribune.

Lundi, il a utilisé cette session publique de la CEC pour s’en prendre une nouvelle fois au cynisme du pouvoir. « Ce que je vous demande, ce n’est même pas de l’héroïsme, a-t-il dit aux membres de la Commission. Vous n’avez pas un pistolet braqué sur la tête. (…) Je vous demande simplement de faire votre travail de fonctionnaires et d’appliquer la loi, ce pour quoi vous êtes payés par vos concitoyens. » « Il est évident que ces affaires judiciaires ont été fabriquées », a-t-il encore plaidé, rappelant avoir fait condamner la Russie par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

« Il n’y aura que Poutine »

Dès la fin de la session, M. Navalny, a diffusé une vidéo enregistrée à l’avance pour appeler à une « grève des électeurs » : « Nous avons un plan clair et simple. (…) Nous annonçons un boycottage de l’élection. Le processus auquel on nous demande de participer n’est pas une vraie élection. Il n’y aura que Poutine et les candidats qu’il a personnellement sélectionnés », y dit-il, ajoutant qu’il allait faire appel de la décision de la CEC.

Quand bien même l’électorat d’Alexeï Navalny apparaissait limité, la victoire de Vladimir Poutine au scrutin du 18 mars paraît désormais encore plus certaine en l’absence de son opposant le plus déterminé. Le président sortant affrontera, comme à chaque élection, les candidats du Parti communiste et du LDPR ultranationaliste, ainsi que la jeune Xenia Sobtchak, qui se présente comme une alternative à un Navalny empêché.

« Poutine peut bien jouer les machos à la télévision, mais si tu as peur d’affronter ton seul vrai opposant, ton machisme ne vaut pas un sou », a commenté Ilia Iachine, l’un des associés de M. Navalny, qui annonçait dans la soirée sur Twitter une visite de la police au domicile de ses parents.

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dimanche 24 décembre 2017

Nouvelle salve de sanctions contre la Corée du Nord

Moins d’un mois après un tir de missile balistique intercontinental par Pyongyang, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une réduction des exportations de pétrole.

Renforcer la pression. C’est le message qu’a envoyé, vendredi 22 décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU en adoptant à l’unanimité de nouvelles sanctions économiques contre la Corée du Nord, moins d’un mois après un tir de missile balistique intercontinental par Pyongyang.

Les Etats-Unis, à l’initiative de ce projet, se sont dits satisfaits d’avoir pu compter sur le soutien de tous les membres du Conseil, dont la Chine et la Russie, principaux partenaires commerciaux de la Corée du Nord. Des changements de dernière minute dans la formulation ont permis de sécuriser le vote de Pékin et de Moscou. « L’unité dont a fait preuve le Conseil pour porter ces sanctions sans précédent reflète l’indignation internationale contre les actions du régime de Kim Jong-un », a déclaré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

Ce nouveau volet de sanctions, le troisième depuis le début de l’année et le dixième depuis 2006, réduira les exportations de pétrole vers la Corée du Nord. Les livraisons de brut seront désormais limitées à 4 millions de barils par an, tandis qu’une baisse de 75 % de l’approvisionnement en produits pétroliers raffinés (diesel, kérosène) est annoncée.

La résolution impose également de ne plus accueillir les dizaines de milliers de travailleurs nord-coréens envoyés par le régime à l’étranger, une majorité vivant en Chine et en Russie. Ils seront contraints, selon le texte, de regagner leur pays d’ici à la fin de 2019. Par ailleurs, seize noms sont ajoutés à la liste des proches de Kim Jong-un visés par un gel d’avoirs et une interdiction de voyager.

Position américaine illisible

Cette fermeté est un signal clair adressé à Pyongyang, qui aurait pu interpréter l’inaction de l’ONU comme une carte blanche à de futures démonstrations de force. « La Russie, la Chine et les Etats-Unis ne veulent laisser aucun doute aux dirigeants nord-coréens sur le fait qu’ils vont continuer à leur mettre la pression à tous les niveaux », juge George Lopez, ancien expert au comité des sanctions sur la Corée du Nord.

Les Etats-Unis veulent que le Conseil de sécurité se dirige, en cas de nouveaux tirs de missiles ou d’essais nucléaires, vers une interdiction totale des livraisons pétrolières à la Corée du Nord. La Chine s’oppose à une telle mesure, dont le coût humanitaire pourrait s’avérer catastrophique.

En revanche, si Pyongyang décide d’une pause dans ses tirs de missiles et ses essais nucléaires, l’amorce d’un dialogue n’est pas à exclure, même si la position américaine sur le sujet est confuse. Mi-décembre, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, avait affirmé, lors d’un forum à Washington, que les Etats-Unis étaient prêts à organiser une rencontre avec les Nord-Coréens « sans préconditions », avant d’être contredit par son président et d’ajouter lui-même que Pyongyang doit « gagner sa place » à la table des négociations.

De son côté, le président sud-coréen, Moon Jae-in, a proposé de reporter les exercices militaires organisés régulièrement avec les Etats-Unis pendant la durée des Jeux olympiques d’hiver 2018, qui se tiendront en février à Pyeongchang en Corée du Sud. Washington n’a pas donné suite pour l’heure.

Une baisse des tensions sur la péninsule pendant les JO pourrait constituer l’occasion d’un dialogue informel. « L’administration Trump manifeste peu d’intérêt pour ce type de rencontre, tempère toutefois M. Lopez. Elle n’est pas assez sophistiquée pour en comprendre l’utilité. »

Les nouvelles sanctions de l’ONU sont un « acte de guerre ». La Corée du Nord a qualifié ainsi, dimanche 24 décembre, les nouvelles sanctions votées vendredi par le Conseil de sécurité contre ses programmes nucléaire et balistique. « Nous rejetons totalement les dernières sanctions de l’ONU (…) comme une atteinte violente à la souveraineté de notre république et un acte de guerre qui détruit la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et de la région », a déclaré le ministère des affaires étrangères nord-coréen dans un communiqué diffusé par l’agence officielle KCNA.

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mardi 19 décembre 2017

Nouveau Renzi, rival de Merkel ou clone de Blair : les multiples visages de Macron à l’étranger

c'est pas gagné

Par Raphaëlle Bacqué, Philippe Bernard, Londres, correspondant, Cécile Ducourtieux, Bruxelles, bureau européen, Gilles Paris, Washington, correspondant, Laure Stephan, Beyrouth, correspondance, Jérôme Gautheret, Rome, correspondant, Charlotte Bozonnet, Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante, Thomas Wieder, Berlin, correspondant - Le Monde

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Alors que le président français s’implique fortement sur la scène internationale, son profil particulier, jeune et libéral, continue d’intriguer et de susciter des comparaisons.

Les voyageurs et expatriés en ont tous fait l’expérience : vient toujours un moment où votre interlocuteur, qu’il soit anglais, allemand, algérien ou américain, vous interroge : « Alors, Macron ? » Sa jeunesse séduit, sa femme intrigue, bien sûr, mais il suscite plus que de la simple curiosité : une envie de comparaison. Ainsi, le 6 décembre, la seule déambulation d’un chef d’Etat de 39 ans dans le centre d’Alger a paru presque subversive dans un pays dirigé par des octogénaires. « On ne le connaît pas, mais on est venu car il est jeune », expliquaient avec un sourire trois amies, d’une trentaine d’années, pressées contre les barrières de sécurité. Même en Europe, dont Angela Merkel est le visage dominant depuis dix ans, l’irruption d’un dirigeant de vingt-trois ans son cadet semble comme un signal supplémentaire de son possible affaiblissement. Il est jeune, donc. Bon communicant. Réformateur affiché. Suffisamment plastique pour rassurer, trop neuf aux responsabilités pour décevoir.

« Plus jeune que Kennedy, plus libéral que Blair, plus européen que Schröder », écrivait le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung entre les deux tours de la présidentielle. Dans l’éventail des dirigeants ayant marqué l’Occident, on cherche encore où le situer. « Est-il un nouveau Matteo Renzi ? », s’interrogent les Italiens, c’est-à-dire une chance pour l’Europe, comme l’appellent encore de leurs vœux les réformateurs de la Péninsule, ou l’enfant des élites mondialisés critiqué par la Ligue du Nord et le mouvement populiste 5 Etoiles ?

L’interrogation n’est pas moins forte au Royaume-Uni. « Le pays de la Révolution est redevenu un laboratoire social majeur », s’extasie Adam Plowright, auteur de la première biographie en anglais du président français, The French Exception : Emmanuel Macron – The Extraordinary Rise and Risk (« l’exception française : la percée et les risques extraordinaires d’Emmanuel Macron », Icon Books, non traduit). « La Grande-Bretagne, où les proeuropéens cherchent un sauveur, pourrait-elle produire son propre Macron ? », s’interroge le biographe britannique.

Les travaillistes doivent tirer « la leçon de la victoire d’Emmanuel Macron », confirme Chuka Umunna, figure de l’aile modérée du parti. Pour ce député de 39 ans, « un mouvement alliant recherche des vraies solutions aux problèmes des gens, solide leadership, et refus de céder aux nationalistes et aux racistes est le meilleur moyen de se débarrasser de notre gouvernement conservateur incompétent ». Lors d’un entretien, un député conservateur, figure de proue de la lutte contre le Brexit, confie au Monde son espoir d’une relève de génération chez les tories. Il nous faudrait des trentenaires « à la Macron », glisse-t-il en français. Simon Kuper, chroniqueur au Financial Times, a, lui, la méfiance des chats échaudés. Ce président si sûr de son charme, pense-t-il, a le même côté glaçant que Tony Blair, dont l’éternel sourire masquait un cynisme plus trivial. Cela s’est terminé avec la guerre en Irak, rappelle-t-il, que les Britanniques n’ont jamais pardonnée au séduisant chef du New Labour…

La Commission européenne sous le charme

Qui sait vraiment ce que cache ce charisme juvénile ? Un rival d’Angela Merkel, répondent les Allemands. La chancelière, avec sa solidité sans apprêt, a rencontré son contraire et peut-être son successeur dans le petit cercle des figures marquantes du Vieux Continent. « Aujourd’hui, il continue de fasciner dans les milieux intellectuels, universitaires et journalistiques, mais il commence aussi à pas mal agacer, dans la mesure où ses propositions sur l’Europe obligent l’Allemagne à sortir de son immobilité, analyse Claire Demesmay, responsable du programme franco-allemand à la DGAP, un think tank spécialisé dans l’étude des relations internationales à Berlin. En six mois, celui qui promettait de faire bouger la France est devenu celui qui oblige l’Allemagne à bouger et, vu d’Allemagne, c’est forcément plus dérangeant. » Dans les pourparlers qu’il s’apprête à engager avec les conservateurs de la CDU-CSU en vue de former un nouveau gouvernement en Allemagne, le Parti social-démocrate (SPD) a d’ailleurs décidé de profiter de la sympathie dont jouit M. Macron en Allemagne pour faire pression sur Angela Merkel et l’encourager à enfin répondre aux propositions du président français sur l’Europe. « L’Allemagne ne doit pas rester en retrait plus longtemps », a ainsi tweeté Martin Schulz, le président du SPD, le 6 décembre.

Cette rivalité potentielle n’a pas échappé aux Britanniques. « Le règne d’Angela Merkel touche à sa fin, alors qu’Emmanuel Macron est en pleine ascension. Ses réformes favorables à l’économie de marché sont en cours et ses grands plans pour l’Union européenne [UE] plaisent aux dirigeants européens. S’il réussit, la France pourrait remplacer l’Allemagne comme puissance dominante, et un Français pourrait redevenir roi de l’Europe », résume une vidéo louangeuse du Telegraph, inattendue de la part d’un quotidien britannique ultraconservateur et europhobe.

Bruxelles ne pouvait donc pas résister à ce jeune président faisant jouer, le soir même de son élection, l’Hymne à la joie de Beethoven, symbole musical de l’Europe. La commission Juncker est tombée sous le charme d’un dirigeant qui, pour la première fois depuis des années, plaçait l’Europe et ses institutions au cœur de son programme de réformes. L’UE l’a accueilli avec d’autant plus d’enthousiasme qu’elle a désespérément besoin d’un leader pour incarner un projet communautaire menacé par les populistes.

« MAKE OUR PLANET GREAT AGAIN », LE TWEET DE MACRON DÉTOURNANT LE SLOGAN DU PRÉSIDENT AMÉRICAIN POUR RÉPONDRE À SA DÉCISION DE RETIRER LES ETATS-UNIS DE L’ACCORD SUR LE CLIMAT, S’ÉTAIT DÉJÀ TAILLÉ UN CERTAIN SUCCÈS AUPRÈS DES ANTI-TRUMP

Cela faisait bien longtemps qu’un dirigeant français n’avait suscité un tel intérêt. François Hollande avait été quasi ignoré à l’étranger. Hormis pendant l’épisode de sa séparation d’avec Valérie Trierweiler, il n’avait pas accroché la lumière. Les débuts de Nicolas Sarkozy, en 2007, avaient été regardés avec une curiosité bienveillante et son activisme avait suscité de l’intérêt. Mais son impopularité grandissante en France avait vite douché les jugements favorables hors des frontières.

Avec le leader d’En marche !, c’est autre chose… L’ambassade de France à Washington est formelle : à l’exception de la chaîne conservatrice Fox News, tous les grands networks américains ont déposé des demandes d’entretien, alors qu’aucune visite n’est prévue pour l’instant aux Etats-Unis. Emmanuel Macron s’est pourtant déjà exprimé (en anglais) sur CNN en septembre, puis dans les colonnes du magazine Time en novembre. Mais si, en Europe, on l’imagine en nouveau Renzi, en rival de Merkel ou en clone de Blair, il passe, dans certains milieux américains, pour l’antithèse de Donald Trump. « Make our planet great again », son tweet détournant le slogan du président américain pour répondre à sa décision de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le climat, s’était déjà taillé un certain succès auprès des anti-Trump.

Début décembre, une table ronde consacrée à la présidence française à la Brookings Institution, think tank plutôt proche des démocrates, a fait le plein. « Les Américains qui s’intéressent aux affaires du monde mettent en Emmanuel Macron ce qui leur tient à cœur. Les libéraux [au sens anglo-saxon] attachés au multilatéralisme qui constituent l’élite washingtonienne le considèrent comme l’opposé de Donald Trump. Les conservateurs sont attentifs à sa volonté de réformer une France jugée paralysée », détaille Célia Belin, actuellement rattachée à ce cercle de réflexion de Washington.

« Besoin d’un pays modérateur »

En Russie, où l’on cultive avec soin la nostalgie de De Gaulle ou de Chirac pour avoir su dire « non » aux Etats-Unis, aucun président français n’a pu réellement s’accorder avec Vladimir Poutine. Emmanuel Macron n’a cependant pas encore entamé son crédit. « Poutine est prêt à l’accepter comme interlocuteur numéro un ; c’est du moins l’objectif qu’il a affiché lors de leur rencontre à Versailles, observe le politologue Andreï Kolesnikov, car Macron est au même niveau : il a montré sa force, mais cela ne veut pas dire que leur coopération sera couronnée de succès. La relation est en train de se créer et, à ce stade, cela peut durer encore longtemps. » Le rôle du président français au sein de l’Europe, sa volonté de bousculer quelques dogmes – « le plan Perestroïka de Macron pour l’Union européenne », a écrit le quotidien Nezavissimaïa Gazeta – sont suivis avec autant d’intérêt que de scepticisme. « Macron veut surtout être populaire, suspecte le vice-président de la Douma, Piotr Tolstoï. Il cherche à être en phase avec son opinion publique qui ne comprend rien à la Russie. »

Depuis leur première rencontre, le 29 mai à Versailles, au cours de laquelle le Français avait fort bien accueilli son aîné Vladimir Poutine tout en lui assénant quelques vérités, notamment sur les médias russes pro-pouvoir, les deux dirigeants, il est vrai, n’ont guère été en contact. Leur dernier échange téléphonique remonte au 2 novembre. « A la demande de la partie française », Vladimir Poutine avait alors informé son homologue des résultats de sa visite en Iran. Les relations franco-russes sont aujourd’hui très dépendantes de la situation au Proche-Orient, en particulier en Syrie. Or, c’est justement sur ce dossier que le dialogue avec François Hollande s’était dégradé.

« IL SERA DIT UN JOUR QUE [LE PRÉSIDENT FRANÇAIS] A JOUÉ UN RÔLE HISTORIQUE »

SAAD HARIRI, PREMIER MINISTRE LIBANAIS

La médiation du président français au Liban a été observée avec attention. Le 4 novembre, Riyad avait forcé le premier ministre libanais, Saad Hariri, à démissionner, croyant ainsi contrer le Hezbollah, allié de Téhéran, et endiguer l’influence iranienne au pays du Cèdre. Beyrouth avait plongé dans la peur d’un nouveau conflit. En conviant Hariri à Paris, le 18 novembre, Macron a obligé les Etats-Unis à réagir tout en apaisant la tension.

« Il sera dit un jour que [le président français] a joué un rôle historique », a affirmé Saad Hariri à Paris Match. « La France fait son retour dans la région par la porte libanaise », considère Michel de Chadarevian, un proche du président libanais Michel Aoun. Avant la présidentielle, les prises de position d’Emmanuel Macron sur la région, spécialement sur la Syrie, étaient tâtonnantes. Désormais, on observe avec soin ses déclarations sur Bachar Al-Assad, qui compte alliés et ennemis au Liban. « La politique américaine au Proche-Orient est erratique. On a besoin d’un pays modérateur, comme la France, qui reste en même temps ferme sur certains principes », estime Ayman Mehanna, défenseur de la liberté d’expression. Il avait conseillé ponctuellement l’équipe Macron durant la campagne.

En Afrique, où les relations avec la France sont si ambivalentes depuis cinquante ans, Emmanuel Macron s’est plutôt bien sorti de ses voyages au Burkina Faso et en Algérie. La France a accepté de donner à ce pays une copie des archives coloniales et annoncé son intention de restituer les crânes de résistants algériens conservés au Musée de l’homme, à Paris, une décision très attendue en Algérie, sans rien céder sur sa politique restrictive des visas. « J’ai été apostrophé ce matin par trop de jeunes qui me demandaient des visas. Mais le visa, ce n’est pas un projet de vie », a affirmé Emmanuel Macron, en faisant mine d’ignorer le chômage, le système éducatif défaillant, l’atmosphère de fin de règne qui entravent l’ambition de la jeunesse dans ce pays. Comme si la philosophie très macronienne du « quand on veut, on peut » n’avait pas de frontière.

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dimanche 10 décembre 2017

Macron reçoit Nétanyahou ce dimanche à Paris

Le premier ministre israélien sera reçu à l'Elysée pour un «déjeuner de travail». Le président français est le premier chef d'État a le recevoir depuis la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël par Donald Trump.

Le rendez-vous était prévu depuis plusieurs semaines. Dimanche, à 14 heures, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou sera reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron pour un «déjeuner de travail». Une visite qui tombe à point nommé, alors que Jérusalem est au centre des attentions, depuis que Donald Trump a décidé de reconnaître unilatéralement la ville trois fois sainte comme capitale de l'État hébreu.

C'est la seconde visite en France du premier ministre israélien. Il avait déjà été invité à Paris en juillet dernier pour commémorer la rafle du Vel d'Hiv. Cette fois, Nétanyahou est attendu en début d'après-midi au Palais pour un déjeuner de travail. Les deux responsables politiques feront ensuite une déclaration commune à 15h45.

Cette rencontre a été annoncée le 19 novembre, alors que les deux dirigeants avaient échangé par téléphone à propos de la crise au Liban. Mais la situation à Beyrouth devrait être éclipsée par la recrudescence des violences depuis la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem capitale d'Israël. Samedi encore, au moins deux Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza par des raids israéliens à la suite de tirs de roquettes. Des affrontements entre jeunes Palestiniens et forces de l'ordre israéliennes ont également eu lieu en Cisjordanie. Selon le Croissant-Rouge, 171 Palestiniens ont été blessés en Cisjordanie et 60 dans la bande de Gaza pendant la journée de samedi par des tirs ou des coups des forces de sécurité ou intoxiqués par inhalation de gaz lacrymogène.

La Ligue arabe a demandé à Washington de revenir sur sa décision quand le Fatah a appelé à poursuivre les manifestations.

À Paris, plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi contre la décision de Donald Trump. Ils étaient environ 400 place de la République à l'invitation des associations EuroPalestine et France Palestine Solidarité, d'après l'AFP. «Ce n'est pas Trump qui décide du droit international (...) Il n'y a pas de peuple élu!», a lancé Olivia Zemor d'EuroPalestine devant un public brandissant des drapeaux palestiniens.

À Lyon également, 300 personnes se sont rassemblées en bord de Rhône, en scandant «Palestine vivra, Palestine vaincra». «La décision de Donald Trump met le feu à la poudrière», a déclaré à l'AFP Jérôme Faynel président du Collectif 69 Palestine et organisateur du rassemblement lyonnais. «Il faut maintenant que l'Europe prenne l'initiative. Et la rencontre dimanche entre Emmanuel Macron et Benjamin Nétanyahou pourrait être une bonne occasion d'élever la voix», a-t-il ajouté.

Si pour Nétanyahou, mercredi a été un «jour historique», Emmanuel Macron a de son côté qualifié de «regrettable» la décision du président américain. Vendredi, au micro de France Inter, Jean-Yves le Drian a également déclaré que cette initiative était «contraire au droit international». «Nous la désapprouvons, et nous souhaitons vraiment que malgré tout cela le calme règne», a ajouté le ministre des affaires étrangères. Mais il a aussi affirmé que la France «ne pouvait agir seule» pour résoudre la crise.

Posté par jourstranquilles à 10:45 - Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]