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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 3 février 2018

Tariq Ramadan mis en examen pour viol et viol sur personne vulnérable

Par Raphaëlle Bacqué - Le Monde

Le théologien suisse a été incarcéré vendredi soir en attendant un débat différé sur son placement en détention.

L’affaire est si complexe – et si sensible – que trois juges d’instruction ont été désignés pour instruire désormais l’affaire, après la mise en examen, vendredi 2 février, de Tariq Ramadan pour « viol » et « viol sur personne vulnérable ».

L’islamologue, qui sortait de 48 heures de garde à vue pendant lesquelles il a été confronté à l’une des femmes qui l’accuse, avait demandé qu’un éventuel placement en détention provisoire, requis par le parquet, fasse l’objet d’un débat entre le juge des libertés et de la détention (JLD) et sa défense. En attendant ce débat, qui devrait avoir lieu dans les quatre jours, le prédicateur qui vivait ces derniers mois entre la Suisse et la France, a été incarcéré.

« Après une enquête minutieuse de trois mois, une garde à vue de quarante-huit heures, une confrontation avec ma cliente qui a permis de confondre Tariq Ramadan sur certains points, on a franchi une étape importante avec cette double mise en examen », a commenté Me Eric Morain, l’avocat de l’une des deux plaignantes. « S’il y a d’autres victimes en France ou ailleurs, elles savent maintenant que la justice peut prendre en compte ce qu’elles ont vécu », a également réagi Me Jonas Haddad, avocat d’Henda Ayari, la première femme à avoir porté plainte contre M. Ramadan.

« Même modus operandi »

Les enquêteurs du deuxième district de police judiciaire ont enquêté pendant trois mois, méthodiquement et sans laisser échapper la moindre information, avant de se décider à entendre, à partir du 31 janvier, le théologien suisse de 55 ans, qui a longtemps eu une très large audience auprès de centaines de milliers de musulmans européens.

Après avoir reçu deux plaintes pour viol, l’une déposée le 20 octobre 2017 par Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante de la laïcité, l’autre le 27 octobre par une femme qui a préféré rester anonyme, et dont Le Monde avait publié le témoignage accablant, les policiers ont recueilli d’autres récits de femmes. Elles ont décrit la même forme d’emprise, la même violence et, selon un proche de l’enquête, « le même modus operandi » que celui dénoncé par les plaignantes, sans pour autant déposer plainte à leur tour.

Jeudi, il a été décidé que la confrontation avec Henda Ayari, qui subit depuis trois mois de nombreuses attaques sur les réseaux sociaux, serait renvoyée à l’instruction. Mais l’autre plaignante, que certains journaux ont affublée d’un prénom d’emprunt qu’elle n’a pas choisi, « Christelle », a accepté l’épreuve.

La confrontation a duré trois heures et demie, en présence de Me Yacine Bouzrou et de Me Julie Granier, les avocats de M. Ramadan, et de Me Eric Morain, conseil de sa victime présumée. Juste avant, deux perquisitions avaient eu lieu, à Saint-Denis, dans un appartement où le théologien dispose d’un bureau et d’un pied-à-terre, l’autre en Haute-Savoie, à la frontière franco-suisse, où il a sa résidence principale.

Une petite cicatrice

« Tariq Ramadan m’a donné rendez-vous au bar de l’hôtel Hilton de Lyon, où il était descendu pour une conférence, en octobre 2009 », a redit cette femme de 45 ans devant le petit-fils du fondateur des Frères musulmans. A l’époque, cette Française convertie à l’islam entretient, depuis le 31 décembre 2008, une correspondance avec M. Ramadan, auprès duquel elle cherche conseil, comme nombre de musulmans qui se déplacent pour l’écouter.

Leur relation s’est peu à peu transformée, et ce dernier, qui vit séparé de son épouse, lui a promis un mariage religieux et, en attendant, un mariage temporaire sur Skype. C’est leur première rencontre, toutefois, à Lyon, où Ramadan doit tenir une conférence sur le thème « Le vivre ensemble, l’islamophobie et la Palestine ».

« Au bout de dix minutes, il m’a dit : “Nous ne pouvons pas rester là, tout le monde nous regarde. Je suis une personne connue, et le Maghrébin à l’accueil m’a reconnu et n’arrête pas de nous regarder” », avait-elle expliqué dans sa plainte. Tariq Ramadan gagne alors sa chambre par l’escalier pendant qu’elle, qui marche avec une béquille depuis un accident de voiture, prend l’ascenseur.

Selon la plaignante, l’agression aurait eu lieu très vite après son entrée dans la chambre : des gifles au visage, aux bras, aux seins et des coups de poing dans le ventre, une fellation et une sodomie imposées de force, de nouveaux coups, un nouveau viol. « Il m’a traînée par les cheveux dans toute la chambre pour m’amener dans la baignoire de la salle de bain pour m’uriner dessus », avait-elle déclaré dans sa plainte, affirmant n’être finalement parvenue à s’enfuir qu’au petit matin.

« Faux », proteste Tariq Ramadan, qui assure que la rencontre n’a duré qu’une demi-heure. Lors de la confrontation, le prédicateur a nié farouchement tout viol et même tout acte sexuel, reconnaissant un simple flirt. Sa victime présumée a cependant donné de multiples détails, décrivant notamment une petite cicatrice à l’aine, dont M. Ramadan a reconnu être doté. A l’issue de cet échange tendu, l’islamologue a refusé de signer le procès-verbal.

Image écornée

L’affaire qui met en cause cette figure centrale de l’islam européen s’annonce donc difficile. Certes, de multiples témoignages publiés sur Internet ou rapportés par la presse ont peu à peu dressé le portrait d’un homme multipliant les relations féminines, à mille lieues de celui qui mettait sans cesse en garde les musulmans contre les rapports sexuels hors mariage en leur rappelant que c’est « devant Dieu qu’il nous est donné la possibilité de vivre une relation avec une femme ». Mais le petit-fils du fondateur des Frères musulmans a toujours dénoncé une « campagne de calomnie ». D’abord soutenu par bon nombre de ses fidèles, la multiplication des témoignages a pourtant fini par fissurer son aura.

En Suisse, les journaux ont ainsi rapporté les récits d’anciennes élèves des deux collèges suisses où Tariq Ramadan avait enseigné. Ces jeunes femmes affirmaient qu’alors qu’elles étaient âgées de 16 à 18 ans, et donc mineures, ils les avaient séduites et convaincues d’avoir des relations sexuelles avec lui.

Même si la plupart de ces affaires sont prescrites ou si aucune autre femme n’a porté plainte, hormis Henda Ayari et « Christelle », ces témoignages ont d’abord pétrifié les autorités musulmanes. Et peu à peu brisé sa réputation.

Le 7 novembre 2017, l’université d’Oxford a décidé « d’un commun accord » avec Tariq Ramadan la mise en congé immédiate de ce dernier du poste de professeur d’études islamiques contemporaines qu’il occupe dans un de ses collèges. Ces derniers jours, c’est le Qatar, qui finance la chaire de théologie – elle porte le nom de Sa Majesté Hamad Ben Khalifa Al-Thani, émir du Qatar de 1995 à 2013 – occupée jusque-là par M. Ramadan, qui a laissé entendre que celui-ci n’était plus le bienvenu dans l’émirat.

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En images : la photographe Bettina Rheims part à la rencontre des femmes incarcérées

Par Fanny Marlier 

Dans sa dernière série, Bettina Rheims a photographié une soixantaine de femmes détenues. Le tout prend la forme d'un livre et d'une exposition qui (re)-donnent à voir qui elles sont réellement.

Exit les barreaux et les uniformes. Les détenues, vêtues de couleur, posent sur un mur blanc. Pour sa série Détenues, la photographe Bettina Rheims a décidé de prendre le contre-pied du lieu d'enfermement qu'est la prison. Publié le 1er février dernier, son ouvrage regroupe soixante-quatre portraits, réalisés entre septembre et novembre 2014, de femmes incarcérées dans quatre prisons différentes : Lyon-Corbas, Rennes, Poitiers-Vivonne et Roanne.

Encouragée par Robert Badinter et avec le soutien de l'administration pénitentiaire, Bettina Rheims a immortalisé ces regards et ces postures qui interrogent la construction et la représentation de la féminité en prison. "A défaut de leur liberté, je souhaitais que, par la force de son talent, Bettina Rheims restitue à chacune sa personnalité que l'incarcération tend à effacer", indique l'ancien Garde des Sceaux dans l'avant-propos du livre.

"Depuis trop longtemps, cette idée m’obsédait. On parlait des hommes, de la radicalisation, de la violence en prison, mais trop peu des femmes. Qu'en était-il de leur vie quotidienne – comment préservait-elles leur féminité, loin des leurs, de leurs enfants – dans des conditions matérielles si difficiles", explique Bettina Rheims. Dans ces lieux de privation de liberté, Bettina Rheims improvisait un petit studio où les femmes pouvaient choisir des vêtements et être maquillées si elles le souhaitaient. "Une occasion à cet instant de retrouver un peu de cette estime de soi, bien souvent égarée dans ces lieux de détention où rien n'est pour elles", détaille la photographe. "Il me fallait aller à la rencontre de femmes qui n'avaient pas fait le choix de vivre entre quatre murs. Nous avons beaucoup parlé. Elles se sont racontées, et j'ai tenté de leur offrir un moment hors de ce temps-là."

Des femmes très différentes les unes des autres, des femmes normales, qui pourraient bien être n'importe qui, votre voisine, voire peut-être vous-même. Bettina Rheims "montre des femmes qui montrent ce qu'elles sont. (…) Poser, pour elles, revient à reprendre conscience et possession d'elles-mêmes. Leur proposer de ne rien faire d'autre que se donner, visage et corps, et se laisser regarder, c'est cela en définitive la véritable fenêtre que Bettina Rheims leur a ouverte", résume ainsi Nadeije Laneyrie-Dagen, historienne de l'art et professeure à l'ENS, qui signe un texte de l'ouvrage.

Un travail saisissant

Outre le livre, le travail de Bettina Rheims prend la forme d'une exposition qui se tiendra à la Sainte-Chapelle du Château de Vincennes du 9 février au 30 avril, puis au château de Cadillac du 1er juin au 4 novembre. Des lieux qui n'ont pas été choisis au hasard puisque ces deux monuments possèdent un lien historique particulier avec les détenues. C'est à la fin de la Terreur, en 1794, que six cents prisonnières sont incarcérées pour la première fois dans le donjon et la pavillon du roi du château de Vincennes. En Gironde, la château de Cadillac, construit au XVIe siècle, devient une prison pour femmes en 1818 avant d'être transformé en 1890 en "école de préservation de jeunes filles", une sorte de maison de redressement pour mineures.

L'exposition sera également accompagnée de ce que Bettina Rheims a appelé "Fragments", de courts textes qui racontent le parcours de ces détenues narrés par la photographe et que l'on peut retrouver dans le livre. Un travail saisissant et qui a le mérite d'humaniser ces femmes. "Sous son regard, ces prisonnières se révèlent comme des êtres uniques, singuliers", conclut alors Robert Badinter.

"Détenues" de Bettina Rheims, avant-propos de R. Badinter et texte de N. Laneyrie-Dagen, Ed. Gallimard, sortie le 1er février 2018, 180 pages.

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vendredi 2 février 2018

Révolution des Femmes

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Petter Hegre

 

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Le Sénat polonais adopte une loi controversée sur la Shoah

Elle punit par des amendes ou des peines de prison ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat » des crimes commis par les nazis en Pologne occupée.

Le Sénat polonais a voté dans la nuit du mercredi 31 janvier au jeudi 1er février une loi controversée sur la Shoah. Pour entrer en vigueur, celle-ci doit encore être signée par le président Andrzej Duda. Destinée à défendre l’image du pays, la mesure a irrité Israël et fait l’objet d’un sérieux avertissement des Etats-Unis.

Ce texte risque d’avoir des « répercussions » sur « les intérêts et les relations stratégiques de la Pologne », a mis en garde la porte-parole du département d’Etat américain Heather Nauert, estimant que d’éventuelles divisions entre alliés « ne profiteraient qu’à nos rivaux ». Elle a appelé la Pologne « à réexaminer la loi à la lumière de ses possibles conséquences sur la liberté d’expression et sur notre capacité à être de bons partenaires ».

La loi punit par des amendes ou des peines de prison allant jusqu’à trois ans de réclusion ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat polonais » des crimes commis par les nazis en Pologne occupée. Aux yeux des conservateurs au pouvoir dans le pays, il s’agit en priorité d’empêcher qu’on utilise l’expression « camps de la mort polonais » à propos de ceux installés par le IIIe Reich dans le territoire.

La loi « conduit à falsifier l’Histoire »

Les responsables israéliens s’émeuvent surtout d’un passage où ils voient une tentative de nier la participation de certains Polonais à l’extermination des Juifs, voire la possibilité de poursuivre des survivants de la Shoah qui évoqueraient de tels cas.

Après l’adoption du projet de loi par la chambre basse, vendredi, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a vivement protesté : « Nous ne tolérerons pas qu’on déforme la vérité et qu’on réécrive l’Histoire ou qu’on nie l’Holocauste. » Mais en Pologne, le Sénat a voté le texte sans le modifier.

A Varsovie, une centaine d’artistes, de journalistes et de politiques polonais – parmi lesquels la réalisatrice Agnieszka Holland ou encore l’ancien président de gauche Aleksander Kwasniewski – ont signé un appel demandant que le texte soit amendé afin d’en éliminer la pénalisation des expressions blessantes pour la Pologne. Ils ont exhorté l’opinion publique à « maîtriser les émotions, pour le bien commun que sont la vérité et le dialogue polono-israélien depuis un quart de siècle ».

Un groupe de Juifs polonais a également publié une lettre ouverte pour dénoncer une loi qui « peut conduire à pénaliser ceux qui disent la vérité sur les délateurs polonais et ces citoyens polonais qui assassinaient leurs voisins juifs ». Les contributeurs estiment qu’elle « limite non seulement la liberté d’expression, mais avant tout conduit à falsifier l’Histoire ».

6 700 Polonais « Justes parmi les nations »

La Pologne occupée par l’Allemagne nazie fut le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux Juifs était passible de la peine de mort. Le site du mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dédié à la mémoire de la Shoah, recense 6 700 Polonais distingués comme « Justes parmi les nations ». Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués pendant la seconde guerre mondiale.

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Street Art

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Vanity Fair

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« Jeff Koons donne l’impression de vouloir célébrer son œuvre et sa personne »

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La ministre de la culture, Françoise Nyssen, et l’artiste Jeff Koons, à Paris, le 30 janvier 2018. STÉPHANE DE SAKUTIN/AFP

Par Michel Guerrin - Le Monde

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde » relie la polémique sur Charles Maurras et celle sur le « cadeau » de Koons à Paris. Au cœur de ces deux conflits culturels, la subtile frontière entre commémoration et célébration.

Commémorer ou célébrer ? La nuance est ténue. Et délicate. Elle est au centre de deux conflits qui agitent la culture depuis quelques jours. Une œuvre de Jeff Koons et l’œuvre de Charles Maurras (1868-1952).

Commençons par l’artiste américain qui souhaite offrir à Paris, en hommage aux victimes des attentats de 2015, une sculpture de 12 mètres de haut et de 33 tonnes, nommée Bouquet of Tulips, avec le soutien de l’ambassade des Etats-Unis, de la maire socialiste Anne Hidalgo et de mécènes qui en paieront l’installation. Cette main tenant un bouquet de fleurs colorées serait installée entre le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le ­Palais de Tokyo, dans le 16e arrondissement de la capitale. Embarrassé, le ministère de la culture dira oui ou non.

Le problème, c’est que ce cadeau, beaucoup d’acteurs du monde de l’art et de la culture, et non des moindres, n’en veulent pas. Ils le disent et ils l’écrivent. Koons réalise ainsi un petit exploit dont il se serait sans doute passé. Car il fut un temps où l’art contemporain était défendu par une tribu qui faisait bloc. La moindre critique contre ses pratiques, ses acteurs, ses artistes, ses expositions, était vécue comme un procès mené par des hurluberlus réactionnaires ou ringards. Koons a fissuré ce monolithe. Et c’est inédit.

Les arguments contre lui sont multiples – esthétique, coût, etc. Ajoutons celui-ci : la famille de l’art se sent en danger avec cette affaire Koons. Car, si l’art contemporain a largement remporté sa bataille de légitimité, tant il a ­contaminé les expositions, la mode, la musique, l’entreprise, les revues branchées, la publicité, les festivals et les ventes aux enchères, il traîne aussi une sale réputation, à cause d’une poignée d’artistes mondialisés qui pourraient fragiliser l’édifice.

Un univers « sans foi ni loi »

Ces noms mondialisés sont au cœur du livre de Jean-Gabriel ­Fredet Requins, caniches et autres mystificateurs (Albin Michel, 2017), qui décrit un univers de l’art contemporain « sans foi ni loi », régi par la spéculation, le blanchiment d’argent, la provocation ­cynique, et par quelques artistes qui affichent en public des élans sociaux et solidaires et qui, en privé, font tout le contraire. Jeff Koons en est l’emblème – une de ses œuvres figure en couverture du livre de Fredet. Du reste, on n’imagine pas combien la majorité de la famille de l’art déteste Koons. Beaucoup l’ont moqué en 2014 lors de sa rétrospective au Centre Pompidou, mais ils l’ont fait en sourdine.

En fait, tant que ces artistes mondialisés restent dans leur monde, la famille grince mais ne bouge pas. Elle a ri sous cape quand Koons a présenté au Louvre ses sacs Vuitton imprimés de tableaux de maîtres anciens. Ou quand LVMH, numéro un mondial du luxe, a annoncé des résultats record pour 2017 en partie grâce au succès de ces sacs.

Mais là, c’est différent. Une partie du monde de l’art entre en rébellion, estimant que, avec ses tulipes, Koons va trop loin. Il sort des lieux de l’art ou de l’argent pour gagner l’espace public. Il s’échappe du terrain de l’esthétique pour faire une percée dans le champ de la commémoration. Il n’est plus dans l’entre-soi, il tutoie la mémoire et la douleur collectives.

Et, là, ça ne passe plus. Comme ne passent plus ses mots pour justifier ses tulipes, d’une niaiserie rare – « Je propose un acte d’amour ». En fait, par ses états de service, et sa volonté d’installer son œuvre entre deux musées, il donne l’impression de vouloir moins commémorer les victimes du terrorisme que célébrer son œuvre et sa personne.

Accepter notre passé

Commémorer ou célébrer, c’est aussi le problème pour Charles Maurras. Qui n’est pas nouveau. Le 20 avril 1968, Le Monde publiait deux pages intitulées : « Faut-il se souvenir de Charles Maurras ? » Réponse : « Sa stature mérite mieux que le silence. Il a trop impressionné les esprits pendant cinquante ans. »

C’est pour cela que l’écrivain et homme politique d’extrême droite, raciste et antisémite, proche de Vichy et de ses infamies, condamné à la Libération, qui aurait 150 ans aujourd’hui, figure dans un livre de 340 pages visant à commémorer, en 2018, des noms et événements qui ont marqué notre histoire.

La ministre de la culture, ­Françoise Nyssen, vient de décider du contraire. Ou plutôt de changer d’avis. Elle a jeté au pilon un ouvrage déjà diffusé, qu’elle avait préfacé, pour le ressortir censuré des deux pages sur Maurras. Elle a suivi l’avis de Frédéric Potier, « M. Antiracisme » du gouvernement, ou de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), pour qui « commémorer c’est rendre hommage ».

Commémorer n’est pas rendre hommage, ni célébrer, comme l’ont bien dit les historiens Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, qui font partie du comité d’experts qui avait retenu Maurras. Commémorer, c’est accepter notre passé, flamboyant ou noir, et l’affronter pour le comprendre. Du reste, dans ce livre, il n’y a pas que des saints, sinon il n’y aurait pas grand monde. On y trouve le sanguinaire Simon de Montfort, qui trucida l’Albigeois au XIIe siècle, la grippe espagnole, qui fut une hécatombe, la guerre de 1914-1918, qui fut une boucherie, et la date de 1768 quand la Corse devint française – pas sûr que tout le monde soit ravi sur l’île.

Panique morale des élites

Rayer Maurras, c’est refuser de voir l’influence énorme qu’il a eue sur les esprits au-delà de ­ l’Action française et donc s’interdire de comprendre la société des années 1920-1940. C’est prendre en otage l’histoire au nom des enjeux actuels. C’est refuser d’affronter le passé antisémite du pays et ses connivences avec l’occupant nazi. C’est laisser la place aux fantasmes, notamment sur Internet, autour d’un réprouvé.

Outre que son revirement fait désordre, Mme Nyssen, bien de son époque, cède à une panique morale des élites, qui entendent trier dans notre histoire les bons, à glorifier, et les méchants, à mettre sous le tapis. C’est juste un peu plus compliqué.

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