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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 11 août 2018

Cérémonie de clôture des Gay Games

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Après le marathon dans le bois de Boulogne jusqu’à 15 heures, la cérémonie de clôture des jeux de la communauté lesbienne, gay, bi et trans aura lieu ce samedi à 19 heures sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

Marquée par le marathon le matin et par une cérémonie le soir sur le parvis de l’Hôtel de Ville (IVe), la journée de clôture des Gay Games ce samedi va perturber la circulation. La préfecture de police conseille aux automobilistes de « contourner très largement » le bois de Boulogne et la porte Dauphine jusqu’à 18 heures ainsi que les abords de l’Hôtel de ville de 13 h 30 à 22 heures.

Le départ des 900 participants au marathon (42 km) et semi-marathon sera donné à 8 heures au 55, avenue Foch (XVIe). Comme l’essentiel de la course a lieu dans le bois de Boulogne jusqu’à l’arrivée au point de départ vers 15 heures, la circulation sera interdite de 5 heures à 18 heures sur l’avenue Foch entre la place du maréchal de Lattre de Tassigny et les avenues de Malakoff et Raymond Poincaré. La préfecture met aussi en place un « périmètre d’isolement » qui part du boulevard de l’amiral Bruix (XVIe) jusqu’à la route de Sèvres à Neuilly (Hauts-de-Seine), à l’intérieur duquel les voitures sont bannies de 5 heures à 18 heures. Sur le périphérique, les bretelles de sortie de la porte Dauphine (chaussées intérieure et extérieure) et de la porte de la Muette (chaussée extérieure) seront fermées de 7 heures à 16 heures.

Aux abords de l’Hôtel de ville, la circulation sera prohibée dès 13 h 30, à l’intérieur d’un périmètre compris entre les rues de Rivoli, du renard, de la verrerie, des Archives, Lobau, Saint-Martin et du quai de l’Hôtel de Ville. Le quai de l’Hôtel de ville sera fermé aux automobilistes dans le sens rue Lobau-place de l’Hôtel de Ville.

13 000 participants

C’est en chansons, au fil d’un spectacle donné sur la scène du parvis de l’Hôtel de ville (IVe), que se termineront les Gay Games ce samedi soir à Paris. Au préalable, à 19 heures, les organisateurs de l’édition 2018 auront remis le drapeau à la délégation de Hongkong qui accueillera les prochains jeux de la communauté homosexuelle en 2022.

« Ces Gay Games sont un grand succès », se félicitent les organisateurs qui annoncent que 13 000 personnes (contre 10 000 attendues) venues de 90 pays, ont concouru dans l’une ou l’autre des 36 disciplines sportives (natation, athlétisme…) proposées sur 67 sites en Ile-de-France et même au Havre (Seine-Maritime) pour la voile. Au palmarès des nationalités des participants qui tous repartent avec une médaille symbolique, les Américains arrivent en tête avec 3 000 inscrits, devant les Français 2 700.

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Site du Bégo - Commune de Plouharnel

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Ras le bol - Les voisins des Macron au fort de Brégançon sont déjà au bout du rouleau

Vendredi 3 août, le couple présidentiel s’est envolé dans le sud de la France pour des vacances au fort de Brégançon. Si Emmanuel Macron a confié préférer la mer, il y profite tout de même de sa toute nouvelle piscine. Des moments de détente, donc, mais pas pour tout le monde. Les voisins et riverains de Bormes-les-Mimosas ne supportent déjà plus la présence des Macron.

Selon les informations du Figaro, les plaintes sont déjà nombreuses : les habitants n’ont en effet pas le droit de s’approcher à plus de 300 mètres du fort lorsqu’ils sont en mer. Un détail qui devient problématique lorsque les riverains souhaitent rejoindre leur habitation par la Méditerranée. Un autre souci commence à les préoccuper : toujours selon le journal, la plage du fort pourrait être privatisée. En effet, elle a, depuis la venue d’Emmanuel et Brigitte Macron, été prise d’assaut par les paparrazzi, prêts à tout pour décrocher un cliché du couple. Un petit panneau aurait même été installé sur le bord de mer pour prévenir les habitants de cette privatisation. Si la mairie dément ces informations, les riverains, eux, continuent de trembler face à autant de bouleversements.

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vendredi 10 août 2018

Je suis en VACANCES...

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Extrait d'un shooting - gifs animés

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Le Pigalle trans de Jane Evelyn Atwood

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La journaliste Helène Azera, qui fit partie de ce monde, commente les images de la photographe américaine prises à la fin des années 1970, aujourd’hui réunies dans un livre et exposées à Arles.

En 1978, la photographe Jane Evelyn Atwood, jeune Américaine fascinée par le monde de la nuit parisien, s’intéresse aux transgenres du quartier de Pigalle, qui se prostituent pour vivre, et les photographie pendant plus d’un an. Ses images sont actuellement exposées aux Rencontres d’Arles et publiées dans un livre. Parmi ces femmes se trouvait Hélène Hazera qui, après avoir fait sa transition en 1974, est devenue journaliste et actrice. Collaboratrice de Libération pendant trente ans, spécialisée dans la chanson francophone, elle a produit l’émission « Chanson boum ! » sur France Culture. Séropositive depuis 1998, Hélène Hazera a rejoint Act Up Paris en 2000 où elle a créé une commission trans. Quarante ans plus tard, elle pose son regard sur le monde disparu dont Jane Evelyn Atwood s’est faite le témoin.

Je me souviens de ma première discussion avec Jane Atwood à Pigalle en 1976. J’avais une vingtaine d’années, et comme beaucoup de ma génération, après ma transition, je vivais le passage imposé dans la prostitution : à cette époque, la société n’offrait aucun accueil pour les jeunes trans en rupture de famille. Jane était une photographe américaine jeune et déterminée, intrépide. Elle voulait faire coûte que coûte un reportage sur les trans de Pigalle, après s’être fait remarquer avec un premier travail sur les prostituées-dominatrices de la rue des Lombards [Rue des Lombards, éd. Xavier Barral, 2011]. Et la voilà propulsée dans cette population d’une cinquantaine de personnes réparties dans les hôtels entre Pigalle et Anvers. Elle y est restée un an.

Ce monde n’était pas facile d’accès. En quelques semaines, Jane s’est fait des amies, ignorant les subdivisions « Françaises/Sud-Américaines/Maghrébines ». Dans son livre, elle ne met pas d’étiquette sur ses modèles. A vous de deviner d’où viennent Miranda, Michèle, Ingrid, etc. Il n’y a pas de légende sous les personnes photographiées. Mais je reconnais Valérie en maillot de bain devant le métro Pigalle, cette belle du sud de la France que la drogue avait décrépite. Je reconnais Suzy, qui devint cuisinière. Je reconnais Câline, vedette du cabaret Le Carrousel, je reconnais Michelle, l’ex-footballeuse…

Je reconnais Janoue, que Jane appelle de son verlan « Nouja ». Une des plus photographiées du livre. Elle était née dans une famille de marchands de piété de Lourdes. Lorsqu’elle eut 11 ans, effrayés par ses manières, ses parents l’emmenèrent dans une clinique où on lui fit des électrochocs. A 20 ans, elle était montée à Paris pour rejoindre la cohorte des trans du bois de Boulogne. Si beaucoup cédaient au conformisme, talons hauts et minijupe, cheveux blonds crêpés, Janoue était une sorte de beatnikesse. En mai 1968, elle s’était fait arrêter sur les barricades par des policiers enchantés de livrer à la presse cette marginale (qui jouera les indicatrices à l’occasion). Elle était allée plusieurs fois en prison, notamment à cause de son flirt poussé avec l’héroïne.

Une ribambelle de belles et de moins belles

Sur deux photos, Jane montre Janoue en train de se shooter, dans le haut du bras car ses veines du coude étaient obstruées. Ce n’est pas une photo volée, même si Jane raconte que Janoue l’accusa de lui avoir fait rater son shoot. Je ne vais pas faire à Jane le procès d’avoir trahi la communauté trans qui veut projeter au public « la bonne image » et pas les ratés, ni lui reprocher d’avoir photographié ce qu’elle a vu : la toxicomanie était, et reste, un fléau chez les trans. Il n’y a que deux photos sur ce thème. Reste que la tonalité du livre est sombre.

C’est un monde proche de l’atmosphère du livre de Hubert Selby Jr., Last Exit to Brooklyn, où les portes de sortie sont rares. Si l’on compare avec les photos faites à Pigalle vingt ans avant par Christer Strömholm et publiées dans son livre Les Amies de place Blanche en 1983, on trouvera que le photographe suédois est un grand optimiste. Et si on veut suivre les stéréotypes, on dira qu’il est beaucoup plus doux dans son regard, plus féminin, et Jane plus virile.

 

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A la fin des années 1970, des travestis se prostituaient dans les rues autour de la place Pigalle à Paris. | JANE EVELYN ATWOOD 1978-1979

Quand Jane est arrivée à Pigalle, s’y jouaient les prémices d’une révolution dans le monde trans. Telle, après avoir financé sa transition au Bois, était devenue infirmière dans un hôpital de province, telle poursuivait des études littéraires à la Sorbonne. Florence – Jane l’a photographiée, mais n’a pas publié la photo – était devenue une décoratrice célèbre à Paris, et a ensuite fait une carrière de peintre aux Etats-Unis. Telle Antillaise travaillait aux PTT. Bambi, le modèle, avait avandonné Le Carrousel pour être prof en banlieue. Mais peut-être que la photo d’une trans derrière un bureau ou un guichet intéresse moins que les rituels chatoyants de la prostitution… Alors, il faut se laisser emporter dans ce torrent de marginalité, dans un monde à l’esthétique proche de celle des films noirs. Quelques photos frisent le glamour vénéneux, chair pâle absorbée par le noir.

Sur deux vignettes aimables, deux jolies Algériennes, doucement complices, mêlent leurs bras. Vingt ans plus tard, fuyant la guerre civile algérienne, une centaine de trans traverseront la Méditerranée pour s’abattre sur le boulevard Ney, devenu « piste d’atterrissage ». L’artiste Kader Attia les photographiera en couleur à la fin des années 1990, mettant le côté social en avant, quand Jane s’en tient au noir et blanc et à l’intime. A Pigalle, la présence des Sud-Américaines témoignait de la série de coups d’Etat frappant leurs pays. Les dictatures n’aiment pas les trans.

Message d’espoir

Jane photographie une ribambelle de belles et de moins belles, des brunes capiteuses en fausse fourrure, des clochardes du métro, des putes qui racolent. Elle livre aussi leur entourage, clients, pochards, tenanciers d’estaminets… Il ne manque que les policiers : quand les flics vous embarquaient, ils vous gardaient dix heures au poste.

Mon regard sur ces photos n’est pas celui qu’on porte sur le « bon vieux temps », même si elles font remonter ma nostalgie des amies disparues. Jane a fait comme Baudelaire avec Paris dans Les Fleurs du Mal : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » Les textes de son son livre sont parfois maladroits quand ils emploient des termes obsolètes chez nous : on ne parle plus de « transsexuels » mais de « transgenres », on évite les clichés sur les « hommes dans un corps de femme ».

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Photo extraite de « Pigalle People. 1978-1979 », photographies et textes de Jane Evelyn Atwood, éditions Le Bec en l’air, 2018. | JANE EVELYN ATWOOD 1978-1979

En quarante ans, beaucoup de choses se sont passées. La pénalisation des clients a aggravé la précarité des prostituées. Le sida a fait ses ravages, c’est devenu une lutte supplémentaire. Chaque année, en octobre, la marche de l’Existrans nous réunit. Aujourd’hui, en France, la majorité des personnes trans ne se prostituent pas, mais exercent des métiers généralement au bas de l’échelle. Une trentaine d’associations les défendent. Les enfants trans ne sont plus exclus des écoles. Il y a une poignée de trans universitaires.

A la fin du mandat de François Hollande, le gouvernement a fait voter une loi sur l’identité de genre, qui n’est pas parfaite mais permet de changer de sexe sans être obligé de suivre une opération stérilisante. La beauté sombre des photos de Jane Evelyn Atwood lance un message d’espoir : quarante ans après, tant a changé.

Hélène Hazera

Exposition Jane Evelyn Atwood et Joan Colom, Croisière, 65, boulevard Émile-Combes, Arles (Bouches-du-Rhône). De 10 heures à 19 h 30, jusqu’au 23 septembre.

Pigalle People. 1978 – 1979, de Jane Evelyn Atwood, éd. Le Bec en l’air, 144 p., 36 euros.

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Karl Lagerfeld

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Corinne et Gilles Benizio, l’humour comme moteur

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Par Sandrine Blanchard - Le Monde

Couples d’artistes (2/6). Passionnés de music-hall, ils se sont fait connaître en duo à la télévision sous les noms de Shirley et Dino, avant de revenir sur les planches, où ils conçoivent ensemble leurs spectacles.

A quoi tient l’alchimie d’un couple ? En écoutant Corinne et Gilles Benizio, alias Shirley et Dino, on est tenté de répondre : au plaisir d’être ensemble, au respect mutuel, aux émotions et intuitions partagées. Mais à tout cela il faut ajouter un trait de caractère commun qui cimente la complicité de ces artistes, unis sur scène et à la ville depuis plus de trente ans. Ce petit truc en plus tient en un mot : l’humour. L’humour comme moteur de leur rencontre, de leurs créations, de leur succès et de leur amour. Ces deux passionnés de music-hall, qui, de manière inattendue, ont conquis le grand public au début des années 2000 grâce à l’émission de Patrick Sébastien « Le Plus Grand Cabaret du monde », sur France 2, étaient faits pour s’entendre.

Ils se sont « trouvés » en 1982, sur les bancs de l’université Censier-Paris-III. Elle rêve d’être actrice, lui de faire de la comédie. Elle vit encore chez ses parents à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) où, grâce à la MJC, elle a découvert le théâtre. Son père travaille aux PTT, sa mère à l’usine. Lui, fils d’immigrés italiens, est né en Meurthe-et-Moselle d’un père ouvrier spécialisé dans la sidérurgie et d’une mère au foyer élevant ses quatre enfants. Il a décroché son bac technologique et travaille à Paris depuis cinq ans (leur écart d’âge) dans les télécoms.

Tous deux d’origine modeste, ils n’ont pas les moyens de se payer une école. Alors ils choisissent la fac, mais comprennent très vite que ce ne sont pas les cours théoriques de théâtre qui les mèneront sur les planches. Les deux étudiants se croisent : « Elle me faisait marrer », se souvient Gilles. « Lui aussi », renchérit Corinne. Coup de foudre ? Coup de chance ? Les deux, mon capitaine. « On partageait, sans le savoir, beaucoup de choses », résume ce couple que l’on croirait presque frère et sœur.

« Mnouchkine nous a enseigné les règles essentielles »

Ils se mettent à écrire ensemble, à improviser à partir de situations et de personnages. Dans une salle de la fac, ils jouent leur premier spectacle de café-théâtre intitulé La Folie des glandeurs. « Tout un programme ! », se moque aujourd’hui Corinne. Cinq représentations comme un prélude à une carrière qui va se construire avec son lot de galères, de surprises et de coups de poker. « Je ne voulais pas forcément faire rire ; c’est lui, fan de comédie italienne, qui m’a entraînée là-dedans », précise Corinne, sans aucune acrimonie.

Dans le petit jardin de leur maison d’Antraigues-sur-Volane (le très beau village ardéchois de Jean Ferrat, où ils se réfugient chaque été depuis quatorze ans), Corinne et Gilles, mariés depuis 1985, ne se coupent jamais la parole. Chacun complète les souvenirs de l’autre et tous deux évoquent avec nostalgie les premiers stages où ils ont tout appris. Monika Pagneux, professeur de mouvement, leur fait « prendre conscience » de leurs corps « de manière extraordinaire ».

Puis, grâce aux ateliers gratuits d’Ariane Mnouchkine, ils comprennent comment peut naître un personnage. « Pour la première fois de ma vie, c’était exactement ce que je cherchais, ce que je voulais faire », insiste Corinne. « Elle nous a enseigné les règles essentielles du jeu », complète Gilles. « Sans ces deux femmes, nous n’aurions pas fait tout ce parcours », jurent les duettistes.

A la sortie de cette expérience mémorable avec Mnouchkine, le couple crée Shirley et Dino. Deux personnages de music-hall à la ringardise désopilante qui vont jalonner leur parcours théâtral et leur apporter, à force de travail, la notoriété. Fan de Dean Martin, Gilles imagine un crooner moqueur qui multiplie les gamineries avec la complicité du public. Corinne opte pour une jeune fille un peu coincée, à la voix perchée et aux éclats de rire incontrôlés, coiffée d’une « choucroute » et habillée d’une robe Vichy des années 1950.

Les débuts de ce duo se font dans la rue, le temps d’un été à Perpignan, et ça cartonne. « On avait le sentiment de tenir quelque chose », se remémore Gilles. Puis c’est le Festival « off » d’Avignon : leur compagnie, Achille Tonic, signe une centaine de dates de programmation à travers la France. Mais ne convainc personne à Paris : « Du music-hall ? Arrêtez, c’est mort », leur rétorque-t-on. Corinne persuade Gilles de lâcher son travail aux télécoms. Sinon, lui dit-elle, « tu ne seras jamais comédien ». Il accepte mais attendra deux ans avant de l’annoncer à sa mamma, inquiète de cette vie de saltimbanque.

Bouche-à-oreille

La question de travailler et de créer ensemble ne s’est jamais posée, mais imposée, comme une évidence. « On se connaît tellement, et puis on aime inventer », dit Corinne. « Les mêmes choses nous font rire, elle est mon meilleur public, on ressent les mêmes émotions », poursuit Gilles. Ils partagent l’artistique, mais la compta et la gestion, c’est pour lui. « Moi, j’étais prête à jouer gratuitement », concède-t-elle dans un éclat de rire.

Entre deux représentations de Shirley et Dino, ils créent Les Etoiles de Monsieur Edmond, en 1990, et dénichent un terrain vague rue de la Roquette, à Paris, où ils montent un chapiteau. Pendant plus d’un an, leur spectacle de music-hall ne désemplit pas grâce au bouche-à-oreille. Après une tournée, ils relancent l’aventure et installent cette fois leur chapiteau à côté de la gare d’Austerlitz pour une nouvelle création intitulée Cabaret citrouille.

« LES INSTITUTIONNELS ONT DÉPENSÉ LEUR ÉNERGIE À NOUS EXPLIQUER POURQUOI ILS NE NOUS AIDERAIENT JAMAIS. JE LES DÉTESTE UN PEU »

« On avait très peu d’argent, on faisait tout, jusqu’au recrutement du gardien de nuit, on bossait comme des dingues », se souvient Corinne. « Et en plus y avait les mômes », précise Gilles. Une fille et un garçon nés en 1991 et 1994. Sous le chapiteau, la chanteuse Anne Sylvestre avait sa table et, un soir, le cinéaste Pierre Etaix, dont le couple admire le travail, est là. Emballé par le spectacle, il leur présente des clowns, des magiciens… Shirley et Dino ont un public mais ni médias, qui boudent ces « deux rigolos », ni subventions, parce qu’ils n’entrent dans aucune case officielle. « Les institutionnels ont dépensé leur énergie à nous expliquer pourquoi ils ne nous aideraient jamais. Je les déteste un peu », lâche Gilles. « En France, le rire est douteux », regrette Corinne.

Shirley et Dino sont loin d’être des débutants quand leur vie d’artistes bascule, au tournant du siècle. Au Festival du rire de Montreux, en Suisse, on leur propose d’animer le gala. Après sa retransmission à la télévision, des collaborateurs de Patrick Sébastien les appellent. « Je m’en souviendrai toujours. On était à la plage, à l’île de Ré, le téléphone sonne et quelqu’un nous dit : voulez-vous participer à l’émission “Le Plus Grand Cabaret du monde” ? », relate Corinne.

Bien sûr, ils connaissent ce rendez-vous télévisé, mais pas du tout son animateur. Pendant les répétitions, Patrick Sébastien leur glisse : « Vous, vous allez exploser. » Il ne croyait pas si bien dire. Après seulement deux émissions, le standard de La Nouvelle Eve, cabaret parisien où ils se produisent alors, ne cesse de sonner et leur DVD se vend comme des petits pains. En 2002, les deux fantaisistes font le plein au Théâtre Marigny et, en 2003, décrochent le Molière du meilleur spectacle d’humour.

La télé, « une période délirante mais compliquée »

Ces quatre premières années à la télévision furent « une période délirante mais compliquée, résume Corinne. Du jour au lendemain on ne peut plus sortir dans la rue tranquillement ». Gilles ajoute : « Heureusement qu’on avait passé la quarantaine, sinon on aurait pu prendre la grosse tête ! »

C’est elle qui décide d’arrêter ce métier qui n’est pas le leur. La télé est arrivée par hasard dans leur vie, leur a apporté beaucoup, mais ils vont la quitter sans regrets. « J’étais catégorique, je voulais faire autre chose ! On était essorés, on commençait à faire n’importe quoi et peut-être à être tirés vers le bas. » Lui se laisse convaincre par « l’analyse de Coco. Ce n’était plus uniquement du plaisir, [ils] avai[ent] perdu le côté bon enfant ». Et puis le scénario de leur film (Cabaret Paradis, 2006) arrivait à maturité. Sollicités par d’autres chaînes de télévision pour animer, avec un salaire confortable, des émissions, ils déclinent, d’un commun accord, toutes les propositions.

Ils font le choix de revenir à l’artisanat plutôt qu’à l’audimat, mettent en scène la comédie musicale Le Soldat rose et montent un nouveau spectacle, Les Caméléons d’Achille. A l’issue d’une des représentations, le chef d’orchestre Hervé Niquet, fan de leur univers, leur propose de mettre en scène un opéra de Purcell. Gilles dit oui tout de suite, Corinne, « toujours trop modeste », selon sa moitié, trouve que « c’est de la folie. [Ils] connaissai[ent] mal la musique classique ». Mais elle suit. King Arthur est créé en 2008, le succès est au rendez-vous et la collaboration avec Pierre Niquet perdure depuis plus de dix ans.

Et les personnages de Shirley et Dino ? Abandonnés depuis 2010. « J’avais 25 ans quand j’ai imaginé Shirley, je ne voulais pas qu’elle devienne pathétique sur scène », explique Corinne. Dino a continué à faire son crooner, toujours accompagné de sa femme, mais différemment. Ils répètent à la maison leur nouveau spectacle, Le Bal, confrontent leurs idées et, c’est l’essentiel, « se marrent », encore et toujours.

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Olivier Ciappa

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Photos prises à la GAY GAMES - Place de l'Hôtel de Ville de Paris

Olivier Ciappa, né le 17 mars 1979 à Marseille, est un artiste français. Il est réalisateur de courts métrages, metteur en scène de comédies musicales au théâtre, illustrateur de livres pour enfants, producteur et réalisateur de documentaires, journaliste de cinéma, photographe ou encore créateur de timbres postaux1.

Olivier Ciappa est notamment le réalisateur des films Le fabuleux destin de Perrine Martin, À mon frère et Le cas d'Ô ; l'auteur de l'exposition photographique Couples imaginaires, en 2013 ; et aussi le co-créateur du timbre Marianne de la Jeunesse, la même année.

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