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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 14 août 2018

Nouvelle mode ?

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lundi 13 août 2018

Crise monétaire - la Turquie dévisse...

Turquie : Erdogan dans le piège économique

Inflation, chômage, déficits commerciaux… La chute de la livre turque, ces derniers jours, révèle les faiblesses structurelles du pays frappé par des sanctions américaines. Le président Erdogan dénonce une trahison de l’administration Trump.

La livre turque, qui a perdu plus de 50 % en un an (40 % de sa valeur depuis le seul début d’année) face à l’euro et au dollar, touche un plus bas sur fond de crise diplomatique avec les Etats-Unis et de défiance envers la politique économique du président Recep Tayyip Erdogan.

Pourquoi cet effondrement ?

Loin des discours nationalistes du chef de l’Etat sur le «miracle économique turc», la Turquie, fragile et déséquilibrée, est confrontée à nombre de défis structurels. C’est d’ailleurs, et de loin, le principal sujet de préoccupation des Turcs, loin devant les questions de justice ou de sécurité. Le pays connaît une inflation dramatique, 15,9 % en rythme annuel en juillet : cinq fois la moyenne des pays développés. Une inflation qui entame le pouvoir d’achat des ménages. Le chômage réel s’est envolé à 17 %, loin des statistiques officielles (11 %). Les entreprises croulent sous l’endettement, d’autant que poussées par le régime pour relancer la machine, elles ont beaucoup emprunté en dollars après le coup d’Etat raté de juillet 2016. Résultat : elles ont accumulé une dette en devises étrangères de plus de 200 milliards de dollars, dont un tiers arrive à échéance dans l’année. Et se retrouvent fragilisées par le pire taux de change de l’histoire du pays. A lui seul, le BTP a totalisé un nombre record de faillites l’an passé. Enfin, le pays connaît un sérieux déficit de sa balance des paiements, qui décrit les échanges économiques entre la Turquie et les autres pays : - 5,5 % du PIB en 2017. Pour financer les 50 milliards de dollars de déficit de son compte courant, le pays recourt chaque jour à 200 millions de dollars de financement extérieur. L’interventionnisme du Président, ajouté au renforcement de sa mainmise sur l’économie depuis sa réélection en juin, ne fait rien pour rassurer.

En quoi la géopolitique pèse-t-elle ?

Une des solutions ? Resserrer les cordons de la politique monétaire en remontant les taux d’intérêt. Mais le chef de l’Etat fait pression sur la Banque centrale pour qu’elle ne le fasse pas, car il redoute que cela ne freine la croissance (7,4 % en 2017), point fort de l’économie. Il a placé son gendre au poste clé de ministre des Finances, faisant de lui un Premier ministre officieux. Il ne veut pas entendre parler d’un changement de politique monétaire. Et préfère jouer la carte du complot américain pour mieux faire vibrer la corde nationaliste. «D’un côté, vous êtes avec nous dans l’Otan et, de l’autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos. Une telle chose est-elle acceptable ?» a-t-il encore martelé lundi. La Turquie reproche le doublement des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium décidé vendredi par Donald Trump, en rétorsion à l’arrestation d’un pasteur américain accusé «d’espionnage» et «de terrorisme». Ankara dénonce aussi le soutien de la Maison Blanche à Fethullah Gülen, prédicateur turc réfugié depuis près de vingt ans sur le sol américain et architecte, selon Erdogan, du putsch manqué de juillet 2016. Les autorités ne supportent plus non plus le soutien apporté par Washington en Syrie aux YPG, les Unités de protection du peuple kurde (branche armée du Parti de l’union démocratique, lire ci contre). Cette escalade diplomatique inquiète les investisseurs étrangers, dont la Turquie s’est pourtant rendue dépendante. Ils retirent leur argent, ce qui accentue encore la chute de la livre, déjà fragilisée par les faiblesses de l’économie.

Pourquoi une contagion est-elle possible ?

Parce qu’Erdogan en rajoute dans la surenchère plutôt que jouer l’apaisement. Ainsi, pour tenter de calmer les inquiétudes, la Banque centrale de Turquie a assuré lundi qu’elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les «mesures nécessaires» pour assurer la stabilité financière. Mais la nouvelle sortie au vitriol du chef de l’Etat sur les Etats-Unis n’a rien fait pour rassurer. Pas plus que son désir de châtier les internautes qui osent sur les réseaux sociaux dénoncer la politique du gouvernement et qu’Erdogan qualifie de «terroristes économiques». De façon plus générale, les autorités de surveillance financière de la zone euro redoutent que le système bancaire de l’Eurozone subisse une nouvelle période de tourmente, vu l’exposition à la Turquie de certaines banques espagnoles, italiennes et françaises. «Les banques turques qui ont emprunté en euros pourraient avoir des difficultés à rembourser leurs emprunts», dit un analyste. La crise turque pourrait surtout révéler les faiblesses d’autres économies de grands pays en développement. Beaucoup de devises d’émergents dévissent dans le sillage de la livre turque. En une semaine, le rand sud-africain et le rouble russe ont perdu 8 % face au dollar ; le real brésilien ou le peso argentin lâchant respectivement 4 et 6 %. La montée des tensions commerciales et la hausse des taux d’intérêt américains ont renchéri le coût de leurs financements étrangers, qui soutiennent leur croissance. Les investisseurs préfèrent donc placer leur argent ailleurs. Conséquences : les monnaies chutent, le coût des importations augmente, l’inflation avec. Et le spectre d’une nouvelle crise refait surface.

Christian Losson – Libération

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Port d'Etel

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« Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »

Un collectif de personnalités, parmi lesquelles la ministre de la culture Françoise Nyssen, Jean-Luc Godard et Ken Loach, lance dans « Le Monde » un appel à la libération du cinéaste ukrainien.

Artisans de l’image et de l’imaginaire, les cinéastes nous émeuvent et nous émerveillent, capturent notre époque et nous captivent. Par leurs œuvres, ils partagent leurs regards et éveillent les nôtres. Ils font entendre leurs voix – des voix parfois dissidentes : partout dans le monde, elles constituent des contre-pouvoirs essentiels, construisent de nouvelles pensées. La diversité d’opinions, les débats, désaccords et discussions qu’alimentent les artistes sont une chance pour la démocratie, pour la liberté, pour le progrès.

Parce que l’art ne connaît pas de frontières, parce que l’art est universel, les droits de ceux qui le font vivre devraient l’être également. La liberté d’expression et la liberté de création ne sauraient s’arrêter là où commence la dissidence. Pourtant, aujourd’hui, un cinéaste se meurt parce qu’il est dissident. Menacé à cause de ses idées, comme Vassili Grossman, Soljenitsyne et bien d’autres sous le régime communiste.

Oleg Sentsov est détenu en Russie depuis plus de quatre ans. Sa condamnation à vingt ans de réclusion par un tribunal militaire russe, au terme d’un procès qui n’a manifestement pas respecté les droits de la défense, est une violation du droit international et des normes fondamentales de la justice. Son seul « tort » réel ne serait-il pas d’avoir manifesté sa liberté d’expression ? Son seul « crime » ne serait-il pas de pouvoir exprimer son engagement politique à travers son art ?

Enfermé au nord de la Sibérie dans des conditions effroyables et inhumaines, il aurait perdu près de 30 kg depuis le début de sa grève de la faim, il y a maintenant près de trois mois. Alors que son état de santé semble se dégrader dangereusement de jour en jour, il faut agir. Et il faut agir vite.

Atteinte à la liberté de pensée et de création

Ne pas agir, ce serait laisser Oleg Sentsov mourir. Ce serait renoncer à nos valeurs et à nos principes, renoncer à ce que nous défendons et à ce que nous sommes. Ce serait tolérer qu’on peut être tué pour ses idées, ses opinions, ses prises de position. Le traitement dont il est l’objet est une atteinte à la liberté de pensée et à la liberté de création.

Nous ne pouvons l’accepter. Il devient urgent et nécessaire pour la Russie de trouver une solution non seulement humanitaire mais aussi politique à cette situation. Non seulement la France – le président Emmanuel Macron a émis plusieurs propositions auxquelles le président Poutine s’est engagé à répondre –, mais l’ensemble de la communauté internationale, de l’Union européenne à l’ONU, doit se mobiliser pour Oleg Sentsov et pour obtenir des réponses.

Les artistes du monde entier savent pertinemment que le président russe a le pouvoir d’arrêter cette tragédie humaine et démocratique. Partout dans le monde ; dans le monde du cinéma, de la culture mais bien au-delà, une mobilisation internationale doit se faire entendre pour défendre ce cinéaste. Au nom de la liberté artistique et de la liberté d’expression, nous appelons à nouveau à la libération immédiate d’Oleg Sentsov.

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), La Société civile des auteurs multimédia (SCAM), La Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP), La Société des réalisateurs de films (SRF), L’Association des réalisateurs et réalisatrices francophones (ARRF, Belgique), Le Théâtre du Soleil

Premiers signataires :

Dominique Abel (Belgique), Marie Amachoukeli (France), Jean-Pierre Améris (France), Antonin Arnold (Haïti), Yvan Attal (France), Jacques Audiard (France), Christophe Barratier (France), Nicolas Bary (France), Lucas Belvaux (Belgique), Julie Bertuccelli (France), Bertrand Bonello (France), Gilles Bourdos (France), Guillaume Brac (France), Patrick Braoudé (France), Claire Burger (France), André Buytaers (Belgique), Dominique Cabrera (France), Thomas Cailley (France), Laurent Cantet (France), Christian Carion (France), Camille de Casabianca (France), Olivier Casas (France), Chad Chenouga (France), Laurent Chevallier (France), Malik Chibane (France), Jean-Paul Civeyrac (France), Clément Cogitore (France), Jean-Louis Comolli (France), Antony Cordier (France), Catherine Corsini (France), Costa-Gavras (France), David Cronenberg (Etats-Unis), Emmanuelle Cuau (France), Jean-Pierre Dardenne (Belgique), Emilie Deleuze (France), Dante Desarthe (France), Antoine Desrosières (France), Alice Diop (France), Evelyne Dress (France), Amat Escalante (Mexique), Joël Farges (France), Philippe Faucon (France), Léa Fehner (France), Dan Franck (France), Thomas Gilou (France), Delphine Gleize (France), Jean-Luc Godard (France/Suisse), Fabienne Godet (France), Miguel Gomes (Portugal), Yann Gonzalez (France), Fiona Gordon (Canada), Romain Goupil (France), Emmanuel Gras (France), Lucas Guadagnino (Italie), Robert Guédiguian (France), Joana Hadjithomas (Liban), Rachid Hami (France), Mia Hansen-Love (France), Michel Hazanavicius (France), Christoph Hochhäusler (Allemagne), Christophe Honoré (France), Agnès Jaoui (France), Thomas Jenkoe (France), Pierre Jolivet (France), Sam Karmann (France), Vergine Keaton (France), Lodge Kerrigan (Etats-Unis), Cédric Klapisch (France), Héléna Klotz (France), Jan Kounen (France), Gérard Krawczyk (France), Pierre Lacan (France), Alexandre Lança (France), Eric Lartigau (France), Sébastien Laudenbach (France), Michel Leclerc (France), Louis-Do de Lencquesaing (France), Sébastien Lifshitz (France), Ken Loach (Angleterre), Jean Marbœuf (France), Nathalie Marchak (France), Tonie Marshall (France), Patricia Mazuy (France), Agnès Merlet (France), Anne-Marie Miéville (Suisse), Radu Mihaileanu (France/Roumanie), Jonathan Millet (France), Nadir Moknèche (France/Algérie), Ariane Mnouchkine (France), Dominik Moll (France), Cristian Mungiu (Roumanie), Olivier Nakache (France), Françoise Nyssen (France), Nakache Safy Nebbou (France), Rithy Panh (Cambodge), Héloïse Pelloquet (France), Antonin Peretjatko (France), Thierry de Peretti (France), Christian Philibert (France), Nicolas Philibert (France), Martin Provost (France), Katell Quillévéré (France), Lola Quivoron (France), Brigitte Roüan (France), Jaime Rosales (Espagne), Christophe Ruggia (France), Nicolas Saada (France), Mahamat Saleh Haroun (Tchad), Jean-Paul Salomé (France), Pierre Salvadori (France), Riad Sattouf (France), Pierre Schoeller (France), Céline Sciamma (France), Abderrahmane Sissako (Mauritanie), Bertrand Tavernier (France), Joachim Trier (Norvège), Justine Triet (France), Margarethe von Trotta (Allemagne), Jaco Van Dormael (Belgique), Régis Wargnier (France), Frederick Wiseman (Etats-Unis), Rebecca Zlotowski (France)…

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Vacances

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En Australie, pas de pitié pour les kangourous

Par Pierre Sorgue - Le Monde

« Vermine », selon les fermiers, source de profits pour l’industrie de la viande et du cuir, le marsupial est massivement chassé, parfois cruellement, sans égard pour son statut d’emblème national. Un abattage légal dénoncé par les écologistes.

Enfouis dans les belles collines d’eucalyptus et de gommiers qui s’étendent au nord de Sydney, les bâtiments sont toujours là. Deux maisons basses au toit plat copient une esthétique américaine, avec cette inscription, qui a survécu elle aussi, en lettres blanches sur le bois brun : « Ranger Headquarters, Waratah Park ». En fait, ce parc national n’a jamais existé, pas plus que les rangers censés y avoir établi leur quartier général. Pourtant, les constructions, désertées depuis longtemps, viennent d’être classées au patrimoine de Nouvelle-Galles du Sud, avec les 13 hectares de forêt autour, que des bénévoles défrichent après des années de déshérence.

A leur tête, Jennifer Harris, présidente d’une association de résidents, s’est battue pour que soit reconnue l’importance « culturelle » et « historique » de ce « site emblématique ». Car, pour n’avoir été que décor de fiction, ces arpents de bush furent celui de la plus célèbre série télévisée produite en Australie : il y a tout juste cinquante ans, Skippy, « notre ami le kangourou », bondissait sur les écrans nationaux avant de séduire 300 millions d’enfants dans 127 pays du monde.

Marsupial star

Malgré des conditions de tournage peu charitables pour les animaux – enfermés dans des sacs de jute ou saoulés au whisky pour qu’ils se tiennent tranquilles –, cette histoire d’amitié entre un gamin et un kangourou qui déjouait les pièges, aidait à combattre les méchants et était presque doué de parole (« tchk, tchk, tchk… »), fit du marsupial une star mondiale, à ce point installée dans l’imaginaire des habitants du pays que les journaux emploient parfois son nom pour désigner l’espèce : « Il est le symbole de notre nature exceptionnelle, de nos valeurs, de notre vie », s’enthousiasme Peter Staff, l’un des volontaires.

Peut-être. Mais, cinquante ans plus tard, en mars 2018, un nouveau film, documentaire celui-là, est sorti en Australie, qui décrit une autre réalité. Celle d’un animal certes attendrissant et théoriquement protégé, comme toutes les espèces indigènes, mais que la plupart des fermiers tiennent pour nuisible, que les industriels de la viande et du cuir voient comme une ressource à 200 millions de dollars australiens (127 millions d’euros) par an, que l’on chasse nuitamment en toute légalité dans plusieurs Etats (près de trois millions de bêtes sont abattues chaque année).

« IL FIGURE SUR LES AVIONS DE NOTRE COMPAGNIE AÉRIENNE, SUR LES MAILLOTS DE NOS JOUEURS DE FOOT ET DE RUGBY, POURTANT ON LE TUE CHAQUE NUIT. »

MICHAEL MCINTYRE, RÉALISATEUR DE « KANGAROO. A LOVE-HATE STORY »

Le titre du film, Kangaroo. A Love-Hate Story, dit bien l’ambivalence des sentiments que suscite le marsupial, à la fois emblème national et ennemi à abattre : « Il est la troisième icône la plus reconnue derrière la statue de la Liberté et la tour Eiffel, figure sur les avions de notre compagnie aérienne, sur les maillots de nos joueurs de foot et de rugby. Pourtant, on le tue chaque nuit dans ce qui est le plus grand massacre d’animaux sauvages de la planète », s’agace Michael McIntyre, qui a réalisé le film avec Kate, son épouse. Attablé dans une librairie-café de Glebe, un quartier de Sydney, le couple rentre de France, où il espère trouver un distributeur.

Le film a été bien accueilli aux Etats-Unis, moins bien en Australie. Salué par les défenseurs des animaux et certains écologistes, il a été vertement critiqué par les éleveurs et les industriels, mais aussi par une cohorte d’environnementalistes ou zoologistes qui travaillent habituellement pour ces secteurs économiques ou des agences gouvernementales : « Notre film aura au moins donné un peu d’écho à un débat acharné, y compris au sein de la communauté scientifique », commente Kate McIntyre.

Mitchell Clapham n’a pas vu le film. Il a d’autres choses à faire : outre la gestion de l’exploitation agricole qu’il dirige avec sa compagne, Daryl, à Ilford, sur les contreforts des Blue Mountains – 1 400 hectares pour 1 500 moutons et 500 têtes de bétail –, il est l’un des piliers de la Fédération des fermiers de Nouvelle-Galles du Sud, l’un des Etats australiens où l’on tue le plus de kangourous avec le Queensland.

N’en déplaise aux « végans qui voudraient supprimer la viande », lui voit bien que sur ses terres les kangourous sont en « plague proportion » (« dimension épidémique »), l’expression qui revient sans cesse, avec celle de « pest » (« vermine »), pour justifier les abattages nocturnes : « Cette année, avec mon neveu, on a tué 300 bêtes, un chasseur professionnel est venu en tirer 150 de plus en un mois, et on ne voit pas la différence », dit-il.

Il reprend les arguments traditionnels : comme le dingo (chien-loup sauvage d’Australie), qui était le prédateur naturel des kangourous, a été exterminé, ils prolifèrent, d’autant que les pâturages et les réservoirs d’eau aménagés pour le bétail leur offrent des conditions favorables. Les comptages aériens officiels annoncent plus de 47 millions de kangourous : « Près du double du nombre d’habitants [24 millions] », ont aussitôt clamé les médias, sans préciser qu’on recense trois moutons pour une personne dans le pays.

« AUPARAVANT, NOUS ÉTIONS ENTRE FERMIERS. MAINTENANT, DES CITADINS ACHÈTENT DES MAISONS DE CAMPAGNE… ET ILS APPELLENT LA POLICE AU MOINDRE COUP DE FEU »

MITCHELL CLAPHAM

Chapeau du cow-boy australien sur la tête, Mitchell Clapham conduit son pick-up sur ses terres à l’herbe rase que ponctuent quelques bosquets. Chacun des immenses enclos est barré d’une clôture qui coincera les pattes de l’animal s’il prend appui en la sautant. Il pleut à verse depuis ce matin, mais il faudrait plus d’eau pour effacer une sécheresse qui dure. Comme presque tous les fermiers d’Australie, Mitchell estime que les pâturages appauvris ne peuvent supporter la concurrence des kangourous aux dépens du bétail et des moutons. Ce n’est pas qu’il n’aime pas les animaux aux grandes oreilles, ce n’est pas qu’il les aime non plus :

« Mais la manière dont nous produisons ne peut en tolérer plus. »

Ici et là, quelques carcasses noircies se dessèchent sur le sol. Pour commercialiser la viande, Mitchell devrait disposer d’une licence spéciale, « mais c’est trop de bureaucratie ». Sa femme préfère manger du lapin, lui ne jure que par un bon morceau de bœuf. Alors il coupe les cuisses des marsupiaux pour ses chiens et abandonne le reste. On trouve aussi des cartouches de chevrotine vides. Pourtant, un code de « bonne conduite » prévoit, en Nouvelle-Galles du Sud, que le kangourou soit tué d’une balle dans la tête. Difficile, en pleine nuit. « Auparavant, poursuit Mitchell Clapham, il n’y avait pas de controverse, nous étions entre fermiers qui connaissent le terrain. Mais maintenant, des citadins achètent des maisons de campagne, ils n’ont aucun passé paysan. Ils appellent la police au moindre coup de feu. »

Tirés comme des lapins

Diane et Greg Keightley entreraient sûrement dans cette catégorie honnie. Depuis douze ans qu’ils ont quitté les environs de Sydney pour acheter une maison et 200 hectares de forêts près de Lithgow, ils s’opposent au fermier voisin. Bénévoles au sein d’une organisation qui porte secours aux animaux autochtones, ils ont ouvert leur propriété aux kangourous. Ils voulaient aussi accueillir des amoureux de la nature, installer quelques bungalows pour faire de l’écotourisme. Mais le projet est mort sous les balles des chasseurs, qui tirent trop près de leur propriété.

Diane et Greg documentent ces virées nocturnes avec leur caméra. A les voir, si doux et calmes parmi les marsupiaux, on les imagine mal en reporters de guerre qui filment, planqués derrière les arbres, des gens dont certains n’ont pas hésité à viser leur maison. Leurs images en noir et blanc sont les plus dures du documentaire de Kate et Michael McIntyre : des kangourous tirés comme des lapins dans la lumière des projecteurs, qui tressautent sous les coups de feu, des têtes et des membres coupés dans l’herbe, des viscères et des os couverts de mouches.

Le couple prélève les têtes pour prouver que nombre de bêtes ne sont pas tuées d’une balle dans le cerveau, mais agonisent après avoir été touchées plusieurs fois au corps : « C’est le cas de près de 40 % des animaux que nous étudions », affirme Diane – un rapport commandé en 2002 par l’Association des industries du kangourou (KIAA) à une organisation de protection estimait que 96 % étaient abattus correctement.

Depuis le film, les safaris nocturnes continuent : « La police m’a conseillé de ne pas provoquer les tireurs », poursuit-elle. « Nous avons sollicité le service des parcs chargé de faire respecter les règles d’abattage, mais il nous ignore », ajoute Greg. Quand le soir descend sur la maison en briques, une dizaine de kangourous s’approchent. Il n’y a plus de mâle. Diane raconte les deux big boys de 1,80 m et la trentaine d’autres qui assuraient l’équilibre des groupes : « Ils ont tous été tués, c’est tout ce qu’il reste », regrette Greg. Le couple s’accroche pour que le sanctuaire ne devienne pas cimetière.

Critiques virulentes

On aurait aimé rencontrer un roo shooter, un chasseur de kangourous professionnel, passer une nuit pour parler du métier, raconter la difficulté de viser un cerveau de 70 mm à une centaine de mètres de distance, de sortir les bébés des poches des femelles tuées pour les achever en leur écrasant la tête ou en leur tranchant la gorge. Raconter les carcasses accrochées à l’arrière du pick-up jusqu’à la chiller box (« chambre froide ») après une nuit peu rentable, quand le prix moyen est de 18 dollars par bête. On a envoyé des courriels, téléphoné, frappé à des portes : en vain.

Il y avait bien cette proposition de George Wilson de nous mener en avion dans l’ouest de l’Etat pour rendre visite à un professionnel. Mais il demandait 6 000 dollars, un peu cher le billet… Car George Wilson a plusieurs casquettes : il est pilote commercial (et participe aux comptages aériens des kangourous), il est aussi « environnementaliste », et dirige sa société d’études, qui défend ardemment la consommation de viande de kangourou.

« DES PROPRIÉTÉS GRANDES COMME LA SUISSE AVEC DES CLÔTURES AUTOUR, CELA PERTURBE L’ÉCOSYSTÈME ET RÉDUIT LA BIODIVERSITÉ » ROSIE COONEY, ZOOLOGISTE

Professeur honoraire à l’université, il est l’un des plus virulents critiques du « soi-disant » documentaire, qu’il accuse de faire le jeu des « animalistes ». En s’opposant à l’abattage, estime-t-il, tous contribuent à dégrader l’environnement et la condition animale : à cause de leurs campagnes, les industries de la viande et du cuir sont en crise, les prix chutent, les chasseurs ne gagnent plus leur vie, les tireurs amateurs et maladroits prennent le relais et abandonnent les cadavres, les fermiers se barricadent.

« Des propriétés grandes comme la Suisse avec des clôtures autour, cela perturbe l’écosystème et réduit la biodiversité », explique Rosie Cooney, zoologiste et consultante en matière de faune sauvage comme ressource durable (« sustainable use of wild resources »). Les quatre espèces de kangourous chassées (le rouge, le gris de l’est, le gris de l’ouest et le wallaroo commun) ne sont pas en danger, assure-t-elle. Puisque le marsupial, qui n’est pas un ruminant, produit bien moins de méthane que le bétail, qu’il mange moins d’herbe et boit moins d’eau qu’un mouton, il serait plus judicieux pour l’environnement d’en consommer plus et d’aider les fermiers à y trouver un revenu de complément : « Mais les quotas de prélèvement ne sont même pas atteints parce que les prix ont chuté après la fermeture de certains marchés étrangers », regrette-t-elle.

Une viande qui fait moins recette

Cela fait des années que des ONG anglo-saxonnes s’activent contre la commercialisation du kangourou, dénonçant par exemple les footballeurs qui adorent leurs chaussures au cuir si souple et résistant. En 2002, le quotidien Daily Star affichait les portraits de Michael Owen et de Fabien Barthez sous le titre « Les stars du foot sont les meurtriers de Skippy » et, en 2006, David Beckham préféra opter pour le synthétique (les équipementiers utilisent toujours la peau).

Malgré l’intense lobbying (sonnant et trébuchant) du gouvernement australien, la Californie interdit toute importation. Les Russes, qui achetaient 70 % de la viande produite pour la consommation humaine, ont fermé leurs portes en 2014, pour des raisons sanitaires, cette fois : des tests avaient révélé la présence de bactéries, salmonelle et escherichia coli. Les professionnels ont beau garantir toute l’hygiène nécessaire, les opposants avancent que les carcasses attendent trop longtemps dans la chaleur de la nuit, puis dans les conteneurs réfrigérés, avant qu’un camion ne vienne les collecter.

LES AUSTRALIENS SONT PEU AMATEURS DE SA VIANDE QUI, LONGTEMPS, FUT CONSIDÉRÉE COMME PAS ASSEZ NOBLE : ELLE FAISAIT PARTIE DE L’ALIMENTATION DES ABORIGÈNES…

D’autant plus ennuyeux que cette viande, que l’on présente comme bio, riche en fer et pauvre en graisse et en cholestérol, ne supporte pas d’être trop cuite. Dans son restaurant, le Monster Kitchen, l’un des meilleurs de Canberra, Sean McConnell, chef aux airs de rocker, vante la queue de kangourou cuisinée en ragoût, mais préfère le wallaby de Tasmanie : « C’est un peu comme l’agneau par rapport au mouton », dit-il en tendant une succulente assiette de viande cuite à basse température, puis grillée.

Pourtant, les Australiens sont peu amateurs. Peut-être pour ne pas manger leur bien-aimé Skippy, plus sûrement parce que la viande fut longtemps considérée comme pas assez noble : elle faisait partie de l’alimentation des Aborigènes méprisés (et massacrés), chasseurs depuis des milliers d’années de cet animal totem qui peuple le Dreamtime (« temps du rêve »), celui des esprits qui créèrent le monde. « En 1864, le premier livre de recettes australien comportait 12 plats de kangourou, mais c’était une viande de remplacement, habituellement réservée aux animaux domestiques, raconte Peter Chen, chercheur à l’Université de Sydney, qui travaille sur les politiques de bien-être animal. Vers 1880, la législation coloniale considéra les kangourous comme nuisibles et offrit des primes pour les abattre. Ainsi l’animal, qui figure sur le blason national, devait être éliminé, tout comme l’émeu, qui fut décimé à la mitrailleuse par l’artillerie royale en 1932. »

Le recensement de la discorde

Dans ses bureaux de Sydney, Lee Rhiannon, sénatrice écologiste, évoque cet élément invariable « dans la psyché australienne, d’une nature à conquérir, à nettoyer, à supprimer ». En mars, elle était à Bruxelles avec l’équipe du documentaire pour tenter de convaincre les Européens de cesser d’importer du kangourou : « La chasse doit être interdite, il est temps de réaliser que nous avons trop détruit dans ce pays… Depuis quatre ans, nous demandons une commission indépendante pour évaluer le recensement des kangourous, en vain. »

C’est le nœud de la discorde. Les quotas de prélèvement (environ 15 % de la population estimée) sont déterminés chaque année en fonction de sondages aériens qui comptent les bêtes sur des sections de territoire, puis élargissent aux autres zones au gré de coefficients assez opaques. Ce mode de calcul obsède Ray Mjadwesch, un jeune biologiste et environnementaliste indépendant. Dans sa maison de Bathurst, jolie ville au pied des Blue Mountains, il s’attable devant l’ordinateur, superpose images satellites et données du ministère de l’environnement – qu’on lui refusait jusqu’à ce qu’il invoque la loi sur la liberté d’information.

LE KANGOUROU GRIS A EN MOYENNE UN BÉBÉ PAR AN, UNE FERTILITÉ TROP FAIBLE POUR CORRESPONDRE AUX TAUX DE PROGRESSION ANNONCÉS OFFICIELLEMENT

Il montre comment le comptage inclut des portions de parcs nationaux (où les kangourous sont protégés) et des forêts avant d’extrapoler vers d’autres zones couvertes par les fermes : « En Nouvelle-Galles du Sud, ils ont même changé le coefficient multiplicateur en 2016, ce n’est pas sérieux », dit-il. Puis il conduit son pick-up le long des prés jaunis en demandant de chercher les kangourous. On en compte dix-sept : « Un rapport de 2014 énonce qu’ici même il y a 52 kangourous au kilomètre carré… Une plaisanterie. »

Cela fait près de dix ans que Ray scrute les chiffres, compile travaux scientifiques et récits historiques. Il essaie de rappeler qu’une vache mange comme 30 kangourous, qu’un mouton avale ce que consomment 2,5 marsupiaux ; que le kangourou gris a en moyenne un bébé par an, une fertilité trop faible pour correspondre aux taux de progression annoncés officiellement ; qu’en cas de sécheresse, la population décline de manière drastique ; que les renards, les voitures et les camions « régulent » la population à la place des dingos ; que si les quotas d’abattage ne sont pas atteints, ce n’est pas à cause de la fermeture du marché russe – les chiffres ont chuté avant – mais tout simplement parce que les chasseurs ne trouvent plus assez de bêtes :

« Personne ne me répond, même pour contester ce que j’avance. J’espère intéresser les chercheurs étrangers face à la chasse gardée de nos prétendus experts. »

Satisfaire les compagnies d’assurance

Hugh Tyndale-Biscoe, biologiste aujourd’hui retraité, fut l’un des grands spécialistes des marsupiaux au sein du CSIRO, l’équivalent de notre CNRS. Dans sa maison de Canberra, il parle toujours avec passion de l’ingéniosité biologique propre aux femelles kangourous, de ses recherches sur l’interruption de leur lactation. Il lui arrive de prendre la plume pour pester contre certaines « sottises sentimentalistes » avancées par les défenseurs des animaux.

Pourtant, lui qui fut longtemps membre du National Advisory Committee on Kangaroos, chargé de déterminer les quotas à éliminer, le reconnaît : « Les choses étaient politiques, pour satisfaire le lobby des fermiers. » Puisqu’il dirigea un centre de recherche sur les nuisibles, estime-t-il que le kangourou en est un ? Il réfléchit un instant : « Non… Les rats, les lapins peuvent devenir trop abondants, pas les kangourous. » S’il était responsable politique, lancerait-il des campagnes d’abattage ? Nouvelle réflexion, nouvelle gorgée de thé : « Non… Avec le fusil, nous ne contrôlons pas le nombre de kangourous, nous alimentons un marché. »

Dans son quartier verdoyant, il n’est pas rare que des kangourous se hasardent sur les pelouses bordant les trottoirs : « Ici, l’herbe est bonne, l’eau abondante et les bébés survivent », dit-il. La « capitale du bush », construite à l’intérieur des terres en 1913 par des aménageurs qui ont voulu des parcs et des réserves, serait, elle aussi, victime des kangourous qui, trop nombreux, dégraderaient l’écosystème et menaceraient la survie de deux espèces de lézards.

Depuis 2009, les pouvoirs publics locaux mènent un programme d’abattage (3 253 bêtes tuées cette année) et tentent la contraception depuis deux ans (145 femelles traitées). Ce qui agace les militants d’Animal Liberation, qui passent leurs nuits à perturber les chasses surtout destinées, disent-ils, à satisfaire les fermiers et les compagnies d’assurances (90 % des accidents de la route seraient provoqués par les marsupiaux). Hugh Tindale-Biscoe estime qu’elles sont indispensables. Mais, ajoute-t-il, « l’expansion urbaine est plus coupable de la fin des lézards que les kangourous… Et, après tout, cette terre était la leur… »

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Bretagne

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VINGT ANS APRÈS SA MORT, LE SUD CHANTE À NOUVEAU NINO FERRER

Par Jean-Manuel Escarnot Correspondant à Toulouse, Photo Ulrich Lebeuf. Myo

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Mercredi à la Taillade, la maison familiale de Nino Ferrer dans le Lot. Photo Ulrich Lebeuf.Myop  

Nino Agostino Arturo Maria Ferrari, dit Nino Ferrer, né le 15 août 1934 à Gênes, en Italie, et mort le 13 août 1998 à Saint-Cyprien, dans le Lot en France. 

De nombreux artistes se réuniront lundi à Montcuq, dans le Lot, pour rendre hommage au chanteur, vingt ans après sa mort.

C’est une belle bâtisse fortifiée datant du XVe siècle plantée sur le sommet d’une colline du Lot, surplombant le petit village de Saint-Cyprien. La lourde porte en chêne massif de la demeure s’ouvre sur une cour carrée, desservant les pièces aux larges murs de pierres blanches. La lumière du soleil couchant du mois d’août illumine la façade. Autour, le parc planté de cèdres centenaires au milieu duquel trône une grande table dressée pour une vingtaine de convives. De la grange attenante à la bastide s’échappe le son rond comme une caresse d’un orgue Hammond et celui des cuivres accompagnant la voix d’une chanteuse. Quand elle se tait, on entend le chant des cigales.

Nous sommes à la Taillade, le domaine acheté par Nino Ferrer - né Nino Agostino Ferrari le 15 août 1934 à Gênes - avec les royalties d’un de ses plus grands succès : le Sud, vendu à plus d’un million d’exemplaires en 1975, date de sa sortie en 45-tours. Un titre que Magali Pietri, ex-choriste de Nino Ferrer, a choisi d’interpréter pour le concert organisé lundi à Montcuq (Lot). Vingt ans jour pour jour après le suicide du chanteur le 13 août 1998, c’est ainsi que sa famille a voulu lui rendre hommage. Sans fleur ni couronnes mais avec de la musique et de la lumière : au pied de la tour cathare de Montcuq, une smala d’artistes parmi lesquels Eric Lareine, Matthieu Chedid et Sanseverino, y reprendront son répertoire sur la scène en plein air installée pour l’occasion.

Nuages

En 1977, l’auteur de Mirza, du Téléfon, des Cornichons, ou encore de Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! décide de «s’exiler» avec sa femme, Jacqueline Monestier, dite Kinou, avec qui il aura deux fils, Pierre, né le 5 septembre 1973, et Arthur, né le 14 février 1979. A la Taillade, loin de Paris et du show-business qu’il déteste, Nino mène sa barque à sa manière, exigeant, indépendant, parfois colérique. Il élève des chevaux. Dans le studio installé dans le salon de sa forteresse, il enregistre et produit cinq albums concept, explorant des pistes rhythm ’ n’blues et rock progressif, à milles lieues de l’image de «chanteur rigolo» qui lui colle à la peau. Il se remet aussi à la peinture, des tableaux surréalistes peuplés de femmes nues, de serpents et de ciels bleus parfois traversés par des nuages radioactifs de mauvais augure… Certains d’entre eux sont exposés à la mairie de Montcuq. D’autres, plus anciens, - des gouaches «redécouvertes» par Kinou «en fouillant dans les cartons rangés dans le grenier» - sont présentés à la galerie du Lion d’or, dans le centre du village. Des criques du bout du monde, des souvenirs de séjours en Nouvelle-Calédonie où, diplômé d’archéologie, le jeune «capitaine Nino», tel que l’avait dessiné Hugo Pratt dans l’une des aventures de Corto Maltese, se voyait en explorateur avant de devenir chanteur à succès. Sur l’un des murs de la galerie, une série d’autoportraits au fusain et crayon, réalisés par Nino quatre ans avant sa mort, révèle un visage figé au regard perçant. «Un regard dur sur le monde, dit Pierre, son fils aîné, décorateur de cinéma. Son visage est très animal. On le sent de façon très forte. Quand il peignait, il était calme et serein. Il pouvait s’exprimer seul, de façon plus simple et plus immédiate que dans la musique, sans luttes quant au contrôle final sur son travail.»

Retour dans la grange de la Taillade, transformée en studio de répétition. Des copains d’Arthur forment le groupe qui accompagne les artistes. Eric Lareine, natte d’Indien cheyenne et voix grave de fumeur de blondes, a choisi d’interpréter Je voudrais être noir pour rendre hommage à Nino : «Il a fait cette chanson en 1966 au moment de la lutte des Noirs pour leurs droits civiques aux Etats-Unis. Il y a de la sueur, du groove, c’est James Brown ! Il était inscrit dans son temps. C’est la même chose pour les Cornichons, c’est les vacances mais c’est aussi la bouffe, l’accumulation de biens terrestres.» Dans un registre plus jazzy, Magali Pietri reprend le Sud. «J’avais 16 ans lorsque j’ai rencontré Nino à la Taillade, lors d’une visite avec ma mère et son compagnon. Je jouais de la guitare et je chantais. Il m’a demandé de lui jouer quelque chose. J’ai repris un morceau de Crosby, Stills, Nash and Young. Il m’a proposé de devenir sa choriste. C’était magique. Mes parents m’ont donné leur accord et je suis partie en concerts avec lui, puis j’ai participé à trois de ses albums. C’était quelqu’un de généreux dans ce qu’il donnait, de ce qu’il était et dans ce qu’il nous amenait à donner. Par moments, il semblait relié à quelque chose de plus vaste, un endroit plus grand que ce monde», se souvient-elle en souriant.

Brise

Venu «en voisin», Jean-Jacques Lala, chanteur d’opéra, reprend Agata, un tango : «Nino, c’est l’icône de la région. Quand j’étais gamin, on savait qu’il habitait là. C’était un énorme musicien. C’est très technique. J’ai bossé ce morceau comme un opéra sauf que je n’ai pas la partition. J’ai travaillé à l’oreille. J’ai pris beaucoup de plaisir à m’approprier cette chanson. Ça représente la richesse de Nino. C’est ce que je retiens de lui : cette bonté, cette générosité dans son répertoire et chez les gens qui sont là. C’est aussi ce que respire ce lieu où il a vécu.» Dans le parc, une brise d’été accompagne la fin de journée. La nuit tombée, le soir autour de la table, on entend des rires.

Concert hommage au pied de la tour de Montcuq (Lot). Lundi 13 août à 20 h 30.

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Maurizio Cattelan

maurizio

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