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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 7 avril 2018

Extrait d'un shooting

sexy

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Photos : J. Snap

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Julie Christie

julie et warren beatty

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Coco de Mer

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ça c'est bien vrai !

bien vrai3

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Enquête : Mon hashtag, ma bataille : le militantisme à l’ère d’Internet

Par Nicolas Santolaria - Le Monde

#jesuischarlie, #metoo, #balancetonporc... Grâce au Web, certaines causes trouvent un écho mondial en quelques heures. L’engagement militant se fait désormais du fond de son canapé, en partageant un mot-clé, voire plusieurs si on veut être de tous les combats.

Cinquante ans après Mai-68, ce ne sont plus des pavés que l’on expédie pour se faire entendre, mais des volées de hashtags, biseautés sur clavier Azerty. Au cœur de cette ébullition cybermilitante, pas une semaine ne passe sans qu’une nouvelle cause, accolée à son mot-dièse, vienne agiter les réseaux sociaux. Récemment, outre le célèbre #balancetonporc et le très en vogue ­#deletefacebook, qui appelle à quitter la plate-forme de Mark Zuckerberg, est apparu le hashtag #mosquemetoo.

Lancé le 6 février par l’écrivaine et militante féministe américano-égyptienne Mona ­Eltahawy, il invite les femmes musulmanes à dénoncer les comportements de harcèlement qu’elles auraient pu subir durant un pèlerinage ou dans l’enceinte d’un lieu de culte.

« J’ai raconté ce qui m’est arrivé pendant le hadj [le pèlerinage à La Mecque] en 1982 alors que j’avais 15 ans, dans l’espoir que cela aiderait les femmes de confession musulmane à briser le silence et le tabou qui entourent leur expérience de harcèlement ou d’agression », écrivait sur ­Twitter l’auteure de l’ouvrage Foulards et Hymens (Belfond, 2015).

C’est à cette même Mona Eltahawy que l’on doit, quelques jours plus tard, #ibeatmyassaulter, appel non plus seulement à dénoncer mais carrément à cogner les hommes qui se livrent à des tentatives d’agression sexuelle.

Ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une nouvelle forme de militantisme que l’on regroupe, selon les cas, sous l’appellation de « hashtivisme » ou de hashtag activism. « C’est avec le “printemps arabe” qu’on a vu apparaître pour la première fois ce type de mouvement. Avant, la mobilisation avait lieu grâce aux chaînes de SMS », rappelle le chercheur au CNRS ­ Gérôme Truc, auteur de Sidérations. Une sociologie des attentats (PUF, 2016).

De l’outil d’indexation à l’activisme du hashtag

Lancé en août 2007 par Chris ­Messina, designer et avocat spécialisé dans le logiciel libre, le hashtag, composé du signe dièse # (le hash) associé à un ou plusieurs mots-clés (le tag), voit son usage se répandre à la fin des années 2000.

Avec cet outil d’indexation émerge la figure du hashtiviste. « Dans l’ère pré-Internet, il fallait avoir accès aux médias pour faire entendre sa voix. Aujourd’hui, tout un chacun a les moyens de prendre la parole, souligne le chercheur Romain ­Badouard, auteur du Désenchantement de l’Internet. Désinformation, rumeur et propagande (FYP Editions, 2017). Une des principales forces du hashtag est de pouvoir faire émerger une problématique inédite, ce qui est vrai aussi des pétitions en ligne. A partir du moment où l’on atteint un certain seuil de messages, les journalistes vont donner un écho à ces causes émergentes. »

« DANS L’ÈRE PRÉ-INTERNET, IL FALLAIT AVOIR ACCÈS AUX MÉDIAS POUR FAIRE ENTENDRE SA VOIX. AUJOURD’HUI, TOUT UN CHACUN A LES MOYENS DE PRENDRE LA PAROLE. » ROMAIN BADOUARD, CHERCHEUR

Permettant de matérialiser en temps réel des logiques affinitaires, cette radiographie du corps social peut néanmoins s’avérer trompeuse. « Utiliser un hashtag ne veut pas dire qu’on y adhère, nuance Romain Badouard. La plupart des gens qui ont relayé #jesuiskouachi étaient contre. De plus, aujourd’hui, il y a un recours massif aux bots pour diffuser certains hashtags, comme lors de la dernière campagne électorale américaine, ce qui fausse le jeu. »

Particule élémentaire d’un monde innervé par le big data, le hashtiviste n’est donc pas un simple activiste qui aurait troqué sa compil de Zebda et son mégaphone pour une connexion haut débit, mais une figure à l’expressivité complexe. « Ceux qui font cela ne se pensent pas forcément comme activistes », précise le sociologue Fred Pailler, qui a travaillé sur les hashtags #manifpourtous et #mariagepourtous.

Maniant un outil agrégatif de mise en forme du refoulé social, le hash­tiviste participe à l’émergence virale d’une émotion qui, justement parce qu’elle n’est pas admise dans la sphère du discours dominant, n’est encore qu’une conviction en devenir.

« C’est grâce à ­Twitter qu’on a pu voir le caractère mondial et massif du harcèlement. #metoo et #balancetonporc ont permis de montrer qu’actrice ou serveuse de bar, nous partagions toutes la même expérience », résume ­Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

Que sa conscience de l’engagement soit encore dans les limbes ou en phase de maturation, le hashtiviste, s’il veut mobiliser efficacement autour de lui, devra d’abord trouver un hashtag fédérateur. Celui-ci sera généralement structuré autour d’un verbe exprimant une protestation, une affiliation, une dénégation, un appel à l’action : #jesuischarlie, #blacklivesmatter, #balancetonporc, #muslimsarenotterrorists, #occupy-wallstreet… « Un hashtag, c’est un slogan : il fonctionne quand il est court, efficace et un peu attrape-tout. Comme ­#notaffraid après les attaques de Londres, qui a réussi à saisir l’esprit du moment », explique le sociologue Gérôme Truc.

Percutant comme une pub

De nombreux hashtags célèbres ont d’ailleurs été conceptualisés par des professionnels de la communication, tel #jesuischarlie, que l’on doit au directeur artistique du magazine Stylist, Joachim Roncin. « Il n’y a pas de différence de fond entre un hashtag militant et un slogan de pub. Les deux expriment toujours une émotion qui m’invite à m’identifier aux autres parce que j’ai les mêmes valeurs qu’eux, décrypte Jean-Charles ­Davin, directeur de la création chez TBWA/Corporate.

De la même manière, Nike, avec son slogan “Just do it”, avait réussi à encapsuler, bien avant les hashtags, une valeur d’engagement, de combativité. » Dans ce souci d’efficacité publicitaire dominante, #rendezvousdemainplacedelabastilleavecmerguezetsloganspourprotestercontrelareformedelasncf sera moins efficace que l’actuel, et très en vue, #jesoutienslagrèvedescheminots, souvent associé à #jenesuispasunmoutonenmarche.

« IL N’Y A PAS DE DIFFÉRENCE DE FOND ENTRE UN HASHTAG MILITANT ET UN SLOGAN DE PUB. » JEAN-CHARLES ­DAVIN, DIRECTEUR DE LA CRÉATION CHEZ TBWA/CORPORATE

« Nous, quand on a lancé le hashtag #wetoo avec le cinéaste Michel ­Hazanavicius, on n’a pas fait appel à des spin doctors, raconte l’essayiste Raphaël Glucksmann. Je pense qu’en la matière il n’y a rien de mieux que la spontanéité. On voulait juste signifier de manière percutante qu’on s’associait à la cause des femmes. A l’inverse, il est vrai que le hashtag, par son format, limite la pensée et ne permet pas une approche complexe. »

L’impact de #wetoo ? Pour l’instant assez flou. Lot commun de nombreuses campagnes, ces répercussions opaques, voire inexistantes, font dire à certains observateurs critiques que le hashtivisme ne serait finalement qu’un « slacktivisme » (contraction de slack, « mou, relâché », et d’activisme), une forme de militantisme feignant, à implication minimale. « Cette accusation est un moyen basique pour délégitimer ces mouvements », conteste le sociologue Fred Pailler.

Un engagement peu contraignant

Ce « guévarisme de canapé » ne servirait-il pas, tout de même, à flatter à moindres frais la bonne conscience de ceux qui le pratiquent ?

« C’est un mode d’engagement peu contraignant, ayant l’avantage de toucher des catégories de population faiblement politisées, analyse le chercheur en sciences de l’information et de la communication Romain ­Badouard. Mais c’est également, à l’inverse, une forme de démocratie push button [presse-bouton], où un clic vous dédouanera de mener en parallèle d’autres types d’actions. Ça favorise une indignation à la petite semaine, pour tout et rien, qui nivelle les causes et risque de déboucher, à terme, sur une apathie militante. »

« ÇA FAVORISE UNE INDIGNATION À LA PETITE SEMAINE, POUR TOUT ET RIEN, QUI NIVELLE LES CAUSES ET RISQUE DE DÉBOUCHER, À TERME, SUR UNE APATHIE MILITANTE. » ROMAIN ­BADOUARD, CHERCHEUR

Cette volatilité des causes qui caractérise le hashtivisme donne tout bonnement le tournis. Qui se souvient qu’en 2015, avec #tousaubistrot, les Français s’étaient pendant quelques semaines mués en Jean Moulin de la happy hour ? Qui a encore en tête l’absurde défi du #icebucketchallenge consistant à se vider un seau de glace sur la tête pour lutter contre la sclérose latérale amyotrophique ?

Ephémère et dispersé, le hashtivisme est également profondément plastique : au fil des mois, la proposition #jesuis est ainsi venue s’accoler à tout un tas de problématiques, donnant par exemple #jesuisphilou, en soutien à un internaute qui fait des GIF de sport dont le compte avait été fermé par Twitter pour des questions de droits télévisés – et a été rouvert depuis. #balancetonporc a lui aussi généré de nombreuses hybridations, dont #balancetonehpad.

Mélange de causes à géométries variables, le hashtivisme apparaît donc comme un mouvement éminemment paradoxal, marqué par le syndrome du « et en même temps » : il est incontestablement un moyen inédit de revivification démocratique, « et en même temps » il constitue une source potentielle d’asphyxie des pratiques militantes, en éludant toute conflictualité concrète et en substituant à l’action un fantasme d’action.

ALEX PARISS

Malgré la forte mobilisation sur les réseaux sociaux, l’échec de la campagne #bringbackourgirls, qui visait en 2014 à faire libérer des lycéennes nigérianes capturées par la secte Boko Haram, en est une criante illustration. Opposer des hashtags – même à l’impératif – à un groupe terroriste, c’est un peu comme vouloir arrêter un missile avec un filet à papillons.

Agir sur le terrain

Pour éviter de voir le hashtivisme se résumer à un simple simulacre politique, certains ont décidé de lui adjoindre un volet pragmatique. C’est le sens des opérations #timesup et #maintenantonagit, ce dernier hashtag ayant eu l’insigne honneur (comme « Merci Johnny ») d’être projeté sur la tour Eiffel.

« Après #balancetonporc, les associations qui aident les femmes dans leurs démarches juridiques concrètes contre les agresseurs ont connu une hausse de 30 % à 40 % des appels. Certains standards submergés ont même dû fermer, confie la présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert. Avec #maintenantonagit, on veut capitaliser sur cette vague d’émotion, de colère, de conscientisation géniale, en récoltant des fonds au profit des associations de terrain. On veut aller plus loin, car Twitter n’est pas un tribunal. »

Si Twitter n’est effectivement pas un tribunal, il a néanmoins tendance à en prendre régulièrement l’apparence. Découpant la population en autant de pôles de souffrances légitimes, le hash­tivisme conduit aujourd’hui à une forme de balkanisation du corps social, une sorte de guerre de tous contre tous qui doit elle aussi être interrogée.

« Beaucoup de ces mobilisations reposent sur une intimidation collective consistant à faire taire l’adversaire par la pression du nombre. Ce sont des méthodes qui étaient celles de l’extrême droite et qui sont aujourd’hui utilisées par ceux qui se veulent progressistes, alerte le chercheur Romain Badouard. Parce qu’elles placent les individus sous la menace d’une disqualification unilatérale, ces campagnes conduisent à ce que l’on appelle le social cooling, une sorte de refroidissement relationnel où, pour ne pas être l’objet de la réprobation de la masse, on finit par ne plus dire ce que l’on pense. »

Palpable chez nous, l’effet de ce social cooling se fait sentir plus encore en Corée du Sud, où le mouvement #metoo a eu des conséquences inattendues : dans les entreprises du pays, de nombreux hommes, craignant d’être accusés de harcèlement, réduisent au maximum les contacts avec leurs collègues de sexe féminin, appliquant la « règle Mike Pence ».

Ce code de conduite s’inspire du très prude vice-président américain, qui refuserait de dîner en tête-à-tête avec une autre femme que la sienne. Ecartées des voyages d’affaires, des virées au bar et des soirées karaoké, les salariées coréennes vivent, dès lors, une inquiétante double peine où à la dénonciation du harcèlement fait écho le spectre de la fantomatisation sociale. Sans faire assaut de pessimisme, pas sûr qu’un nouveau hashtag, même bien senti, réussisse à régler le problème.

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Nakid Magazine

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vendredi 6 avril 2018

Nécrologie : La longue carrière de Jacques Higelin, artiste fantasque et bondissant

higelin

Par Yann Plougastel - Le Monde

« Le monde est trop grave pour qu’on le prenne avec gravité », disait le chanteur et poète, mort à l’âge de 77 ans, qui a mené carrière pendant plus de cinquante ans.

Acteur et surtout chanteur, Jacques Higelin, né le 18 octobre 1940 à Brou-sur-Chantereine, en Seine-et-Marne, est mort vendredi 6 avril à Paris. Saltimbanque libre et fantasque, arlequin jubilant, poète flamboyant, funambule noctambule, ce rêveur impénitent a toujours pratiqué l’école buissonnière et avançait dans la vie « le cœur ouvert, la tête ailleurs, en état d’apesanteur ». En plus de cinquante ans de présence sur scène, Higelin a fait voltiger les mots, les mélodies, les rythmes, les sons, tour à tour facétieux ou sauvage comme un pur-sang. Toujours à rebours de toute cette gravité qui plombe l’air ambiant.

« Le monde est trop grave pour qu’on le prenne avec gravité, l’existence trop dramatique pour qu’on la vive dramatiquement, l’amour trop tragique pour qu’on le traite comme une tragédie », expliquait-il, sourire en coin, la voix gouailleuse et narquoise, ébouriffant sa chevelure de neige pour qu’une mèche retombe sur ses yeux, comme s’il fallait cacher une furtive mélancolie. La démarche bondissante, des éclats de rire en bandoulière, le regard à la fois perçant et naïf, shooté à la soif de vivre, au désir printanier et aux transports amoureux, il parlait toujours avec une jubilation de voyou qui collectionnerait les pieds de nez.

Chez Jacques Higelin, tout était permis, même le bonheur, surtout le bonheur. Il fut un temps, à ses débuts, où il jouait au faraud, au dandy rockeur. A 43 ans, au temps du rock qui lui évitait de devenir adulte, il chantait : « Hey/Je suis né dans un spasme/dans un grand brasier haletant/le ventre de ma mère a craché/un noyau de jouissance/et je n’ai/jamais perdu/le goût de/ça » (Est-ce que ma guitare est un fusil ?, sur l’album BBH 75). Les années passant, son royaume se peupla de mélodies toutes simples. Au plus près d’une certaine légèreté. Comme Charles Trenet, bien sûr, chanteur d’une époque à jamais disparue, dont Jacques restera sans doute le seul héritier.

Issu d’une famille modeste, qui vit à Chelles, en Seine-et-Marne, dans un petit pavillon avec jardin, au 28 de l’avenue Jean-Jaurès, où l’on chante tout le temps, Jacques Higelin est poussé très tôt par son père cheminot vers le monde du spectacle. Enfant, sous le nom de Jacky, il interprète des chansons de Maurice Chevalier et de Charles Trenet dans les cinémas, pendant l’entracte, entre les actualités et le grand film.

Fascination pour Trenet

Autant Chevalier l’agace, autant le swing et la poésie de Trenet le fascinent. A son écoute, il découvre le jazz : « Je viens de là. De ces gens-là. J’aimerais les citer tous, Billie Holiday, Bessie Smith, Robert Johnson, John Lee Hooker, Johnny Guitar Watson, Taj Mahal, Mahalia Jackson, Big Bill Broonzy… Leurs voix, leurs musiques me prenaient au ventre. Le jazz m’a formé. Il m’a ouvert les oreilles, et les portes du blues, du gospel… De toutes les musiques. »

A la fréquentation de l’école, il préfère les promenades en solitaire le long du ruisseau qui coule au bout de la rue, à regarder le ciel.

Lorsque Jacques Higelin a 12 ans, Bob, un cascadeur ami de son père, lui met le pied à l’étrier et lui décroche un rôle de Sioux dans la comédie musicale Nouvelle-Orléans, au Théâtre de l’Etoile, avec Sidney Bechet en vedette. A 14 ans, il prend des cours de piano et de chant, tout en courant les radio-crochets. A 16 ans, pour devenir comédien, il s’inscrit au Cours d’art dramatique de René Simon, qui, à la première audition, lui lance : « Un jour, tu joueras les hérauts. »

Sous le nom d’Igelin, il obtient quelques petits rôles au cinéma dans Nathalie, agent secret d’Henri Decoin, avec Martine Carol, Dany Saval et Dario Moreno, ou La Verte Moisson, de François Villiers avec Claude Brasseur et Pierre Dux. Au théâtre, il apparaît dans Bon week-end Monsieur Bennett, mis en scène par Michel Vitold, aux côtés de Denise Grey, qui tricote pendant toute la pièce, et de Guy Bedos. Au début des années 1960, Marcel Moussy, le dialoguiste des 400 Coups de Truffaut, l’engage dans Saint-Tropez Blues, où il chante en duo avec Marie Laforêt.

Le tournage à Nantes du film d’Henri Fabiani Le bonheur est pour demain marque un tournant important tant dans sa vie que dans sa carrière. Il y rencontre son premier grand amour, l’actrice Irène Chabrier, qui sera la destinataire des Lettres d’amour d’un soldat de vingt ans, recueil de sa correspondance pendant la guerre d’Algérie, publié en 1987. Il y découvre également Pierre Goupil, un des grands chefs opérateurs de la Nouvelle Vague et le père de Romain Goupil.

Surtout, Jacques Higelin fait la connaissance d’Henri Crolla, un musicien d’exception, ami de Jacques Prévert et accompagnateur d’Yves Montand. En lui apprenant quelques accords de guitare, Crolla le rassure, mais surtout lui glisse que, plus tard, il sera un grand chanteur. A la fin du tournage, Crolla meurt, à 40 ans, d’un cancer des poumons. Higelin perd un mentor mais a compris grâce à lui où son étoile allait briller.

Etre musicien, comme Henri Crolla

La guerre d’Algérie, à laquelle il participe comme appelé, matricule 28 475, à Bône puis à Tébessa, le marque très profondément et l’éloigne deux ans du monde du spectacle. Pendant cette sombre période sous les drapeaux, il rencontre deux personnages clés de son univers, le futur réalisateur Marco Pico, qui lui présentera Nicole, la mère d’Arthur H., et le musicien Areski Belkacem, qui deviendra le complice et compagnon de Brigitte Fontaine.

Démobilisé, Higelin refait du théâtre dans des comédies de boulevard, expérience qui le déçoit, mais aussi au sein de la troupe d’avant-garde de Marc’O, où il se lie avec les comédiens Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clémenti, Valérie Lagrange. Après tout ce qu’il a vécu en Algérie, être acteur lui semble dérisoire. Il veut être musicien. Comme Henri Crolla. Il arpente les cabarets de la Contrescarpe et de Saint-Michel, à Paris, où il se lie d’amitié avec Georges Moustaki, qui lui propose d’être son guitariste sur scène.

La période est joyeuse. Le cinéma lui ouvre à nouveau les bras, et il interprète avec succès le rôle d’un puceau un tantinet crétin dans Bébert et l’omnibus d’Yves Robert (1963). Mais Jacques Higelin s’interroge. Est-ce vraiment cela qu’il veut ? Comment épancher son trop-plein de fantaisie et de créativité ? C’est le début de la grande époque du café-théâtre, où une nouvelle génération, avec trois fois rien, invente des sketchs et improvise des situations souvent surréalistes.

LA RUMEUR SE RÉPAND DANS PARIS : DANS UNE SALLE DERRIÈRE LA GRANDE MOSQUÉE, IL Y A UN DOUX DINGUE, MOITIÉ POÈTE RIVE GAUCHE, MOITIÉ CHANTEUR BEATNIK, QUI IMPROVISE PENDANT DES HEURES

Un soir, à La Vieille Grille, une ancienne épicerie convertie en café-théâtre, près du Jardin des plantes, par le truculent Maurice Alezra, Higelin se lance. Il est minuit, le spectacle s’achève, il monte sur scène et lance aux spectateurs : « Attendez ! Ne partez pas ! J’ai quelque chose à vous dire ! » Il se met à raconter des histoires, à chanter, à faire rire… Personne ne part. Au petit matin, Alezra offre café et croissants à tout le monde. Et engage Jacques.

La rencontre avec Brigitte Fontaine

La rumeur se répand dans Paris : dans une salle derrière la Grande Mosquée, il y a un doux dingue, moitié poète rive gauche, moitié chanteur beatnik, qui improvise pendant des heures. Jacques Canetti, le découvreur de Brassens, Brel ou Gainsbourg, fait le déplacement et, impressionné, lui propose d’enregistrer un 45-tours de chansons de Boris Vian, qu’il chantera ensuite aux Trois Baudets. Nous sommes en janvier 1966. Ce n’est qu’un début.

Ensuite, il y a la rencontre avec la chanteuse Brigitte Fontaine et le comédien Rufus, avec qui, à l’aube des événements de Mai-68, il monte à La Vieille Grille Maman j’ai peur, une suite de saynètes loufoques autour de la peur et de la lâcheté, qu’ils jouent pendant un an. Mais Jacques Higelin se lasse de ce genre de spectacles « underground ». Direction la chanson. D’abord, en duo avec Brigitte Fontaine pour l’album 12 chansons d’avant le déluge, produit par Jacques Canetti, puis pour le morceau Cet enfant que je t’avais fait, qui sert de générique à un film oublié, Les Encerclés, et va devenir un classique.

Poussé par son copain Areski Belkacem et Brigitte Fontaine, Higelin rejoint la bande autour de Pierre Barouh, qui a fondé le label Saravah, au slogan demeuré célèbre : « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire. » Là, en une poignée d’années, grâce à des gens comme David McNeil, Pierre Akendengué, Jean-Roger Caussimon, va naître le nouveau souffle de la chanson française. En 1969, Jacques sort l’album Higelin et Areski, avec le titre aujourd’hui culte Remember, autour de la mort, deux ans auparavant, de l’actrice Françoise Dorléac. Il s’y révèle un auteur-compositeur épris d’ouverture musicale et un délirant vocaliste.

Rétif à tous les dogmes

En 1971, Crabouif, son premier album sous son nom, confirme sa singularité avec des morceaux aujourd’hui entrés au panthéon de la chanson française, comme Je suis mort qui dit mieux, I Love The Queen, Tiens j’ai dit tiens.

Lors d’un rassemblement à la fac de Jussieu pour fêter le centième anniversaire de la Commune de Paris, son interprétation très dylanesque de L’Internationale provoque une bronca chez les étudiants. Higelin a certes le cœur à gauche, mais c’est avant tout un homme libre, rétif à tous les dogmes, d’où qu’ils viennent. Les canons de la bonne chanson française commencent à lui peser.

Il s’éloigne et s’installe avec sa nouvelle compagne, Kuelan Nguyen, la mère de son second fils, Kên, dans une communauté où vivent des artistes comme Elisabeth Wiener, Valérie Lagrange, Catherine Le Forestier. Epoque oblige, il cède quelque peu à la tentation des psychotropes, ce qui ne l’empêche pas de tourner, au côté de Marthe Keller, Elle court, elle court la banlieue, un film de Gérard Pirès, en 1973.

Cette même année, après deux ans d’errance en camionnette, avec femme et enfant, à travers la France, il rencontre le rock par l’intermédiaire d’un jeune guitariste dandy, Simon Boissezon. Vive Marc Bolan et David Bowie ! Higelin porte désormais jeans et blouson de cuir.

Il passe à l’Olympia en première partie de Sly and the Family Stone, un groupe funk, et sort l’année suivante, en 1974, BBH 75, un album rageur, délibérément électrique et urbain. Cigarette, Mona Lisa Klaxon, Est-ce que ma guitare est un fusil ? et surtout Paris-New York, New York-Paris deviennent immédiatement des standards. Il se rase les sourcils. Comme un guerrier. Et reprend le chemin des concerts. Partout. Granges. Salles de patronage. Cinémas désaffectés. Clubs de strip-tease. Fêtes de journaux (L’Huma, Libé, Rouge), de partis politiques (de gauche, bien sûr), d’associations diverses et variées.

Lassé du train-train rock

Les radios et les télévisions le boudent ? Peu importe. Il se produit devant un auditoire de plus en plus large, galvanisé par l’énergie de ce rebelle et la dimension épique de ses shows. Un œil sur la bagarre. Un autre, sur la guitare. En 1975, Irradié, où joue Louis Bertignac, le futur Téléphone, confirme cette orientation furieuse et carrée.

Pourtant Higelin doute et se lasse du train-train rock, des tournées frénétiques, des excès en tout genre. Installé au château d’Hérouville (Val-d’Oise), où le compositeur de musiques de films Michel Magne a créé un studio d’enregistrement, il côtoie David Bowie, Iggy Pop, Elton John, et surtout se promène dans la campagne environnante. Il y puise l’inspiration de son nouvel album, Alertez les bébés !, révolté mais joyeux, qui, en 1976, marque une nouvelle orientation, moins acerbe, plus ironique, voire rêveuse, avec Demain ça s’ra vachement bien ou Aujourd’hui la crise !, chantés d’une voix gouailleuse. Après un long détour, il revient donc à la chanson française, plus apte à mettre en valeur sa mythologie personnelle, pétrie de démesure contrôlée et de tendresse exacerbée.

En 1978, No Man’s Land – même si, dans un premier temps, Jacques rejette ce disque, qui sera sa meilleure réussite commerciale – illustre bien cette nouvelle tendance, avec des morceaux comme Pars (son premier véritable tube, repris ensuite par Grace Jones), L… comme beauté, Lettre à la p’tite amie de l’ennemi public no 1, Denise ou Banlieue boogie blues. L’année suivante, le double album Champagne pour tout le monde, caviar pour les autres, enregistré à La Nouvelle-Orléans, laisse éclater, avec notamment Tête en l’air, un Higelin fantasque et souriant, héritier électrique et imprévisible d’un fou chantant nommé Trenet.

Shows colorés et énergiques

Ses shows colorés et énergiques attirent les foules au Pavillon Baltard, à Mogador, au Casino de Paris, au Cirque d’hiver (où il monte Jacques Joseph Victor dort), au Rex. Son sens de l’improvisation, sa façon de jouer, toute surréaliste, avec les mots ou les situations, de miser à quitte ou double, de mordre puis de séduire, d’être farceur puis songeur, plaît à un public de plus en plus nombreux à tomber sous le charme de ce garçon dégingandé qui fait le Jacques sur scène.

En 1986, à Bercy, il a le flair d’inviter la fine fleur de la world music africaine, Youssou N’Dour, Mory Kanté, Salif Keita. Mais il a vu trop grand et se plante financièrement dans les grandes largeurs. Il a un grand moment de doute et songe sérieusement à tourner la page.

Malgré le succès de Tombé du ciel, en 1988, où éclate une nouvelle fois l’ambivalence de Jacques Higelin oscillant entre insouciance à la Trenet et décochage d’uppercut, les disques suivants (Illicite, 1991, Aux héros de la voltige, 1994, Paradis païen, 1998) déçoivent. Higelin a sans doute la tête ailleurs. Il s’est séparé de Kuelan Nguyen et vit désormais avec Aziza, une danseuse rencontrée pendant une tournée. Il a 50 ans lorsque naît, le 24 septembre 1990, Izïa, sa troisième enfant, sa première fille. Il s’éloigne peu à peu de la scène pour se consacrer à sa petite déesse, qui deviendra une rockeuse rugissante. Sa maison de disques en profite pour le licencier.

Après plusieurs années de méditation, près de Chevreuse, en pleine nature, au côté de Mahut, son percussionniste, compagnon de fortune et d’infortune, il rebondit en 2004 grâce à Charles Trenet, auquel il consacre tout un spectacle, Higelin réenchante Trenet, en reprenant La Mer ou Je chante, seul au piano. Il a retrouvé l’inspiration et en 2006 Amor doloroso, puis, en 2010, Coup de foudre, permettent au phénix de renaître de ses cendres, de nouveau libre comme l’air, insaisissable, apôtre de la dérision et du grinçant.

Epique et sentimental, l’album Beau repaire (2013), peut-être son meilleur, doit s’entendre comme un hymne incandescent à la vie qui va et aux menus plaisirs du quotidien, avec quelques fantômes se promenant entre les rimes, dont celui de la chanteuse Barbara.

Ultime album, fou et effréné, Higelin 75, sorti en 2016, avec ses longs morceaux où les mots crépitent comme des rafales de mitraillette, ressemble aux concerts théâtraux et rageurs que Jacques donnait dans les années 1970. La boucle est bouclée. L’artiste peut s’éloigner. A la question « Comment aimeriez-vous mourir ? », il répondait : « Vivant. » Qui dit mieux ?

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Presse - Ilona Smet

ilona

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Miles Aldridge

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