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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 24 février 2018

Célébration du 75ème anniversaire de la libération de l’Europe à travers les clichés de Robert Capa

Pour célébrer les 75 ans de la libération de l’Europe par les Alliés, la galerie Daniel Blau de Londres expose les clichés du célèbre photojournaliste Robert Capa. Ce sont ses images de conflits comme la guerre d’Espagne, la guerre Sino-japonaise ou la Seconde guerre mondiale qui ont fait la réputation de ce photographe salué pour son savoir-faire et son humanisme. Capa était sur les lignes de front lorsque les Alliés ont libéré l’Italie en commençant par la Sicile en 1943. Les photos que nous avons sélectionnées saisissent cette phase de transition particulière qui a vu les Allemands battre en retraite vers le Nord, à travers toute l’Italie.

Le photographe était sur place pour immortaliser les rencontres entre les soldats Américains et les locaux. Une image saisissante montre un bureau de poste napolitain après un bombardement, résumant le talent de Capa, capable de témoigner d’évènements complexes comme des souffrances individuelles au sein de ce conflit d’envergure mondiale. Ces clichés fascinants mettent en lumière la réalité de la guerre telle que vécue par les civils et les soldats, et confirment le statut de Capa, qui compte parmi les photojournalistes les plus importants du 20ème siècle.

Capa, il y a 75 ans

Du 16 février au 23 mars 2018

Galerie Daniel Blau

51 Hoxton Square, Shoreditch

Londres, N1 6PB

Royaume Uni

www.danielblau.com

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Météo - Glaglagla...

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Une vague de froid venue de Russie va s’étendre sur la France jusqu’au milieu de semaine. Les températures ressenties vont chuter dans certaines régions jusqu’à moins 17 °C.

Une vague de grand froid venue de Sibérie est attendue à partir de dimanche sur une grande partie de la France qui vivra certainement les journées les plus froides de l’hiver, avant de nouvelles chutes de neige en milieu de semaine. Le plan « grand froid » a été réactivé mercredi dans 29 départements, permettant d’ouvrir plus de places d’hébergement pour les sans-abri.

- Les journées les plus froides de l’hiver. Après un début février froid et neigeux, un froid modéré s’est installé sur le pays, avec des températures inférieures de 3 à 7 degrés aux normales de saison. Mais des masses d’air froid intense vont se propager depuis la Sibérie vers toute l’Europe occidentale.

Connu sous le nom de phénomène « Moscou Paris », cet air sibérien doit arriver dimanche après-midi sur le quart nord-est de la France. Lundi, mardi et mercredi devraient être les journées les plus froides de l’hiver, avec des minimales attendues de -5 °C à -10 °C (-2 °C à -4 °C sur les zones littorales), soit 7 à 11 degrés sous les normales. Sur la moitié nord, le froid pourrait durer au moins jusqu’en fin de semaine prochaine.

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Donald Trump

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Patrick Demarchelier (photographe)

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Les détenues de Bettina Rheims, exposées au Château de Vincennes

Elles ont besoin de votre regard ! » Il y a trois ans, Bettina Rheims a dit : « D’accord, essayons, qui dois-je contacter ? » Badinter lui tendit une carte avec un nom. Elle écrivit sa demande, mais rien ne se passa. Six mois plus tard, un rendez-vous lui fut proposé. Elle avait cinq jours pour élaborer son projet ! « J’ai passé des heures sur les blogs d’anciennes détenues », dit-elle. « Et là, j’ai commencé à forger mon approche. Une femme en prison oublie son identité, perd de vue sa féminité, il n’y a plus le regard des hommes et les miroirs sont rares. Pour peu qu’elle ne soit pas aisée financièrement, ce sont les produits de soins, de santé et de maquillages et de nourriture normale qui disparaissent et là, la déchéance commence ! Une femme formidable m’a soutenu durant ces six mois à sillonner les prisons de France : Isabelle Gorce, directrice de l’administration pénitentiaire. A la première réunion, les vingt personnes pressentes soulevèrent des objections. ‘J’aime ce projet ; il se fera conclut-elle !’ Après ce furent six mois à sillonner la France. A la fin, 60 femmes furent photographiées. Toutes sont dans l’exposition et le livre. Qu’ai-je apporté à ces femmes ? Une petite fenêtre de plaisir, une coiffeuse, une maquilleuse et une image qu’elles pourront regarder et envoyer. Celle d’une féminité un temps retrouvé. » Jean-Jacques Naudet

Bettina Rheims, Détenues

Du 9 février au 30 avril 2018

Sainte-Chapelle du Château de Vincennes

2 Cours des Maréchaux

75012 Paris

France

http://www.chateau-de-vincennes.fr/Actualites/Exposition-Detenues-de-Bettina-Rheims

Livre publié par Gallimard

39€

http://www.gallimard.fr/

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Exposition : NAOKI URASAWA

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NAOKI URASAWA

Rien n’est jamais tout blanc, ni totalement noir. C’est peut-être l’ambivalence de ces deux couleurs qui contraste le plus justement les thématiques brutales de la fameuse œuvre de Naoki Urasawa, 20th Century Boys, dessinée en noir et blanc. Le maître du manga japonais traite dans cet ouvrage de l’histoire de la secte Aum, considérée comme l’une des plus dangereuses au monde, dont les fondements nourrissent un imaginaire imprégné d’angoisse apocalyptique et salutaire. L’homme fuyant la mort, persécuté par la moralité de ses actes sur Terre avant le jugement dernier, une inspiration intemporelle. L'évènement est une rétrospective originale revenant sur les thématiques récurrentes de l’artiste : l’obsession d’un mal sans visage et sans nom, l’art comme forme supérieure d’aspiration humaine, le dialogue entre l’Orient et l’Occident, ou encore la crainte de la résurgence de dictatures sanguinaires. Amateurs et curieux ont ainsi l’occasion de contempler 500 planches originales de l’artiste à l’Hôtel de Ville. Une finesse du trait et un traitement de la matière si singulier qu’il serait dommage d’y couper.

Paris Rendez-Vous - Hôtel de Ville de Paris

Jusqu'au 31 mars 2018

29 rue de Rivoli, 75004 - M° Hôtel de Ville (1/11)

Du lundi au samedi de 10h à 19h

Entrée libre

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Pour ceux, et celles qui ne le connaissent pas, une petite présentation s'impose : Naoki Urasawa a débuté véritablement sa carrière presque par hasard, grâce à un concours lancé par la maison d’Edition Shogakukan, qu’il remporte à l’âge de vingt-deux ans. Dans les années 1970, il découvre Métal Hurlant et voue dès lors, un culte à Jean Giraud, qu’il considère sans égal. Il devient l’un des premiers auteurs japonais à revendiquer l’influence de la bande dessinée franco-belge. Il est déjà venu à Paris, et même si pour lui, ce qui est important est de transmettre les émotions, cette exposition est très importante pour lui.

Le maître incontesté du manga de genre pour adultes grâce à des séries comme Monster, ou Pluto sorti en huit volumes en janvier aux Editions Kana, est exposé pour la première fois dans la capitale jusqu’au 31 mars à Paris Rendez-Vous, le concept store de l’Hôtel de Ville de Paris dans "L'Art de Naoki Urasawa".

Gratuite, cette rétrospective de son œuvre présente 500 planches originales, choisies parmi 30 000, dont de superbes illustrations en couleur. Les deux premiers chapitres de sa nouvelle série, Mujirushi, une commande du Musée du Louvre, seront également exposés. Et cadeau pour les fans, Naoki Urasawa a signé quelques dessins sur les murs blancs de l'exposition pour remplir le vide qu'il sentait quand il est venu la première fois.

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Reportage photographique : J. Snap

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vendredi 23 février 2018

DJ Snake : Ouverture d’un pop up store « Pardon my French » à Paris

DJ Snake a fait des heureux. Le 23 février (aujourd'hui), veille de son concert événement à l'AccorHotels Arena, il ouvrira une boutique éphémère en plein cœur de Paris. Au sein de ce pop-up store les fans pourront se procurer des vêtements et des goodies de sa marque : Pardon My French.

Fort du succès de sa première expérience en juillet dernier, DJ Snake réitère en ouvrant un deuxième pop-up store parisien. Le rendez-vous est donné à l'Espace Léon Beauboug, au 38 rue Quincampoix dans le 4ème arrondissement de Paris.

https://twitter.com/djsnake

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Minorité rohingya : La vie brisée d’une jeune Rohingya

Par Harold Thibault, camp de Kutupalong, Bangladesh, envoyé spécial - Le Monde

Plus de 688 000 membres de cette minorité musulmane ont fui depuis cinq mois le nettoyage ethnique orchestré par l’armée birmane et s’entassent dans des camps au Bangladesh. Leur rapatriement en Birmanie est prévu sous deux ans.

La famille d’Hassina n’a jamais su lui expliquer pourquoi un tel sort était réservé aux Rohingya. Son grand-père, un modeste propriétaire terrien, se contentait de lui dire qu’il fallait stocker le moins de riz possible chez eux, par crainte des vols. « Nous nous attendions à une vie de malheur, confie cette femme de 22 ans, mais pas à cela. » « Cela », c’est l’histoire qui la hante depuis des mois et qu’elle évoque d’une voix sombre, le visage éteint, en partie caché par son voile. Assise à ses côtés, sous la tente où elles essaient de survivre, sa belle-sœur Asma la soutient du regard. Dehors s’étend Kutupalong, le plus vaste camp de réfugiés au monde : plus de 688 000 personnes arrivées ici, au Bangladesh, ces cinq derniers mois. A l’horizon se dressent les collines verdoyantes de leur pays, la Birmanie, et plus loin encore, à vingt kilomètres à vol d’oiseau, leur village natal, Tula Toli. Une bourgade de quelques milliers d’habitants où la rivière, un jour de fin d’été, est devenue rouge sang…

L’unique crime d’Hassina Begum, frêle silhouette drapée de beige rosé, est d’être née Rohingya, ces musulmans que les autres Birmans, en majorité bouddhistes, nomment « Bengalis » pour bien montrer qu’ils n’ont pas le statut de citoyen. Le journal officiel Global New Light of Myanmar ne les a-t-il pas comparés à des « puces qu’[ils] abhorr [ent] pour leur puanteur et parce qu’elles [leur] sucent le sang » ? Hassina peut témoigner de cette haine, elle qui n’a jamais connu que la ségrégation.

Dès son enfance, elle est confrontée à cette stricte séparation entre les deux communautés. Bien sûr, il lui arrive de jouer avec des petits bouddhistes, mais ces amitiés se heurtent vite aux frontières religieuses et ethniques. Sa maison et celles des autres musulmans sont distantes de 500 mètres de celles de la minorité bouddhiste locale, les Arakanais. Il n’y a guère qu’au marché que les uns et les autres se côtoient. Pour le reste, les Arakanais sont les maîtres du jeu social : le chef de village est l’un d’eux, tout comme les enseignants ; les Rohingya n’ont pas accès aux emplois de la fonction publique. Il leur est même interdit de se rendre dans les grandes villes du pays comme Mandalay ou Rangoun, la capitale, jusqu’en 2005.

Dès l’adolescence, elle découvre les peurs d’adulte

A Tula Toli, les Arakanais envoient leurs enfants à l’école dès l’âge de 5 ans, tandis que les musulmans préfèrent attendre qu’ils aient 6 ou 7 ans, craignant que les plus fragiles ne soient malmenés en chemin ou dans la cour. En classe, les élèves des deux ethnies s’asseyent séparément, mais l’enseignement est dispensé en langue arakanaise, un handicap de plus pour les Rohingya. « Les parents rêvent de réussite pour leurs enfants mais ceux-ci se retrouvent très vite aux champs », précise Hassina.

Dès l’adolescence, elle découvre les peurs d’adulte. Quand des soldats de l’armée nationale font étape dans les parages, elle sait qu’il est plus prudent, pour les femmes rohingya, de rester à l’abri. Hassina suit tout de même son parcours et se destine au métier de couturière. Quand vient l’âge de se marier, ses parents lui trouvent un époux du même rang social : Shahidul, dont le père exploite six hectares de terres. Le mariage a beau être arrangé, leurs sentiments sont authentiques. Une petite Sohaifa naîtra bientôt de leur union.

Arrive le mois de novembre 2015, marqué par des changements majeurs en Birmanie. Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, emporte la majorité parlementaire. L’icône, Prix Nobel de la paix en 1991, devient ministre des affaires étrangères, et de facto chef du gouvernement. C’est à elle qu’il revient de réduire les fractures internes du pays. « Sa victoire nous a emplis de joie », se souvient Hassina. Les Rohingya veulent alors croire que la démocratisation annonce la fin de la ségrégation. « Nous avons rapidement déchanté », confie-t-elle.

Au quotidien, tout devient prétexte à sanctions

De fait, la situation empire. En octobre 2016, une guérilla affirmant défendre la cause des Rohingya s’en prend à des postes de police, dans le nord-ouest de l’Etat de Rakhine. Dans les régions où vivent de telles communautés, le contexte sécuritaire se durcit. Ainsi, à Tula Toli, Hassina a désormais besoin d’un laissez-passer payant pour franchir les points de contrôle de l’accès aux communes voisines. Pour se rendre dans le village de la famille de sa mère, Shabe Bazar, à 9 km de là, il lui en coûte 3 000 kyats (2 euros), l’équivalent d’une journée de son salaire de couturière. Si elle n’est pas de retour avant la nuit, son père risque d’être conduit au poste de police et frappé.

Alors que l’armée a perdu du terrain sur la scène politique nationale, la traque de l’« ennemi intérieur » lui permet de s’inventer un nouveau rôle. Et de renforcer le contrôle des Rohingya : interdiction d’entourer leur maison d’une palissade, afin de les empêcher de dissimuler quoi que ce soit ; interdiction de passer la moindre nuit hors du domicile… Dans le même temps, les vols de bétail se multiplient sur l’exploitation du beau-père d’Hassina, sans qu’il puisse s’en plaindre. « Auprès de qui aurions-nous pu le faire ? », demande la jeune femme.

Au quotidien, tout devient prétexte à sanctions. Ainsi, début 2017, son beau-frère tarde à déclarer la naissance de son fils à l’état civil. Pour cette faute, le grand-père du bébé est contraint de payer une amende de 50 000 kyats (30 euros). L’été venu, c’est une étrange affaire d’agression qui inquiète Hassina : Younous, un employé de son beau-père, ne se présente plus sur son lieu de travail. Il faudra attendre plusieurs jours pour qu’il donne signe de vie et raconte comment des miliciens arakanais l’ont enlevé, ligoté à un arbre, battu puis abandonné en pleine forêt. Un mois plus tard, il sera tué, de même qu’une grande partie des siens.

L’armée birmane lance des « opérations de nettoyage »

Le 25 août, Hassina apprend que la guérilla, désormais baptisée Armée du salut des Rohingya de l’Arakan, s’en serait pris à une trentaine de postes de gardes-frontières et de commissariats, tuant douze policiers. L’armée birmane riposte en lançant ce qu’elle appelle des « opérations de nettoyage ». Des coups de feu claquent dans les bourgs alentour. Ici et là, des maisons sont incendiées. A Tula Toli, l’armée et la milice arakanaise convoquent les musulmans au centre du village pour un recensement. Certains manquant à l’appel, les soldats se font menaçants : si un seul d’entre eux est absent au prochain appel, toute la communauté se mettra en danger. Puis, aidés des miliciens, ils entreprennent d’inspecter chaque logement. Ils disent chercher les couteaux, et en saisissent trois dans la cuisine d’Hassina. Au passage, ils raflent des effets personnels et quelques bijoux :

« Ils ont vidé mon tiroir, mis tous mes vêtements par terre et sont partis avec le panneau solaire qui fournit de l’électricité à la maison. Nous ne pouvions rien dire. »

Quarante-huit heures passent. De nouveaux tirs retentissent, de l’autre côté de la rivière. De l’endroit où elle se trouve, Hassina aperçoit des habitants du village voisin, Dual Toli, tenter de fuir l’avancée de l’armée. A l’aube du jour suivant, les rafales se font de plus en plus proches, comme si les soldats étaient désormais à deux pas. Tout en s’occupant du petit-déjeuner familial, la jeune maman sent bien que sa fille, âgée de 1 an et 4 mois, et les trois autres enfants de la maisonnée, sont terrorisés. Il y a ces détonations, toujours plus fortes, et maintenant ces nuages de fumée noire au-dessus des foyers d’incendie. Par crainte d’être piégés par les flammes, les neuf occupants de la maison décident de sortir. Comme leurs voisins, ils se réfugient sur la rive. Une voie sans issue où les attendent les soldats.

Commence alors un massacre méthodique des Rohingya. Les hommes, d’abord. Les femmes, elles, doivent s’asseoir au bord de la rivière, de l’eau jusqu’aux hanches, comme si les soldats voulaient les garder pour plus tard et leur infliger le spectacle des tueries. Tout au long de la journée, Hassina, sa belle-sœur et bien d’autres les voient abattre tous ceux qui sont conduits sur la plage, des centaines de personnes, selon l’organisation Human Rights Watch (HRW). Des heures et des heures d’une exécution massive, orchestrée, planifiée. « Ils donnaient des coups de machette partout, sur la nuque, dans le dos, dans le ventre, témoigne Hassina. Lorsqu’une personne bougeait encore, ils lui tiraient dans la tête. »

Les soldats les mitraillent sans répit

Les miliciens se chargent de creuser trois fosses où les corps sont entassés puis brûlés à l’aide de feuillages et de gasoil. Certains tentent bien de fuir par la rivière mais rares sont ceux qui savent nager. Les soldats les mitraillent sans répit, en les visant jusqu’au moment où ils sont hors de vue. « Par endroits, l’eau est devenue rougeâtre, poursuit Hassina, spectatrice impuissante de ces heures de tuerie. J’étais comme déjà morte. »

Elle s’interrompt, puis reprend son récit entre deux sanglots. Les images suivantes sont à jamais gravées en elle. Un soldat s’approche et remarque sa petite Sohaifa au creux de ses bras. Il la frappe pour s’emparer de l’enfant qu’elle refuse de lâcher. « Où l’emmenez-vous ? », lui crie-t-elle. Il s’éloigne, en tenant la fillette, pour la jeter dans le brasier quelques mètres plus loin. Combien d’enfants de Tula Toli ont-ils été assassinés de la sorte ? Le témoignage d’Hassina n’est pas isolé : d’autres parents ont survécu qui relatent des scènes effroyables d’enfants brûlés, fracassés au sol ou jetés à la rivière.

Le martyre d’Hassina n’est pas terminé pour autant. Dans l’après-midi, les soldats répartissent les survivantes en petits groupes. Sept d’entre eux choisissent sept femmes, dont la jeune couturière et sa belle-sœur Asma, et les entraînent vers une maison vide, à la toiture de feuilles et de tiges de bambou. Les soldats les rouent de coups et commencent à les violer. Hassina résiste tant à son agresseur qu’il s’énerve et lui donne un coup de barre de fer. Le choc est si violent – elle en garde les cicatrices, à la mâchoire et sur le crâne – qu’elle perd connaissance. Les tortionnaires quittent les lieux après avoir mis le feu à la maison. La chute de morceaux de toiture enflammés finit par la réveiller. Selon des images satellitaires visualisées par HRW, les 746 bâtiments de la partie musulmane de Tula Toli et de Dual Toli ont été réduits en cendres ces jours-là, tandis que les habitations des Arakanais n’ont pas été touchées.

Des sept femmes enfermées dans cette maison, seules Hassina et Asma ont survécu. Elles ont réussi à se cacher pour la nuit dans un verger puis à parvenir, quatre jours après, au Bangladesh, vivantes mais brisées, condamnées à la misère d’un camp dont elles ne peuvent pas sortir et craignant d’être renvoyées de force dans l’enfer birman. Un accord conclu en janvier entre les deux gouvernements prévoit le rapatriement, dans les deux ans à venir, de tous les réfugiés.

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Extrait d'un shooting - portrait

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jeudi 22 février 2018

Assad le gagnant

Il fallait «parler avec Assad». Il fallait d’abord «battre l’Etat islamique» et dans cette lutte, Assad était un allié et un moindre mal. Ceux qui ont préconisé cette realpolitik – une partie de la droite française, d’autres adeptes du «réalisme», sans parler de l’extrême droite unanime – devraient s’expliquer plus avant. Comme il le fait depuis le début du conflit, Assad ne recule devant rien pour retrouver l’emprise traditionnelle de son clan sur la Syrie. Bombardements aveugles de quartiers ou de villes entières, massacres de civils, usage des bombes chimiques prohibées depuis les années 30 dans le monde entier : il faut avoir les nerfs solides et la conscience bien endormie pour défendre le bourreau de la Ghouta, ce faubourg de Damas aujourd’hui menacé d’un «cataclysme humanitaire», selon les mots du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

La lutte contre Daech ? Elle fut l’œuvre des Kurdes, des Irakiens et de la coalition emmenée par les puissances occidentales mais aussi approuvée par nombre de pays arabes. Lesquels Kurdes sont maintenant remerciés par un abandon sans cérémonie de la part des puissances qu’ils ont épaulées, souvent en première ligne. Assad a fait très peu contre Daech, qu’il a utilisé comme repoussoir pour justifier son maintien en place. Certes, il bénéficie du soutien de minorités syriennes qui craignent plus que tout les islamistes. Certes, il arrive qu’une dictature vaille mieux qu’une situation d’anarchie guerrière encore plus dommageable aux populations civiles. Mais le relâchement de la pression sur le régime laisse libre cours à ses penchants les plus cruels. Asssad veut punir ses opposants, les moins islamistes en tête, dans la mesure où ils étaient à l’origine les plus dangereux, pour la bonne raison que leur cause était juste.

Pour avoir reculé devant des sanctions sérieuses quand la ligne rouge des bombardements chimiques a été franchie par le régime de Damas en 2013, les démocraties doivent maintenant contempler, impuissantes, le martyre des populations qui ont soutenu l’opposition syrienne. L’Iran et la Russie ont repris la main dans la région. Où est la victoire géopolitique dont on se gargarisait au départ ? Au fond, les «réalistes» se trompent aussi souvent, sinon plus, que les supposés «droit-de-l’hommistes». On a accepté le déshonneur de l’abstention face à Assad pour éviter un conflit encore plus sanglant. On a maintenant les deux.

LAURENT JOFFRIN - Libération

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