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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 22 juin 2017

« Par la culture, on peut réenchanter notre pays » Françoise Nyssen

Par  Maguelone Bonnaud, Éric Bureau et Emmanuel Marolle

Françoise Nyssen nous accueille en musique. « Je vais peut-être couper le disque, non ? » Et Françoise Nyssen, 66 ans, aussi simple que chaleureuse, démarre aussitôt la conversation sur Federico Mompou, compositeur espagnol « très minimaliste, très jazzy », qu’elle adore. Ça tombe bien. Pour sa première véritable interview, la ministre de la Culture a choisi de prendre la parole sur la musique qui sera fêtée un peu partout en France demain.

Vous avez des souvenirs particuliers de la Fête de la musique ?

Françoise Nyssen. Je l’ai toujours suivie à Arles. Et j’ai joué un peu de piano, mais je n’avais pas tellement confiance en moi. J’ai tenté d’apprendre le violoncelle à 50 ans, mais j’ai abandonné faute de temps…

Quelle musique écoutez-vous ?

J’aime toutes les musiques. Dans notre salle d’Arles (NDLR : l’ex-dirigeante de la maison d’édition Actes Sud a ouvert un centre culturel qui comprend une salle de concert), nous sommes spécialisés dans la musique baroque. J’ai une passion pour la musique de chambre. Je me suis fait ma discothèque toute seule. L’une des plus belles chansons du monde pour moi est « Une sorcière comme les autres » écrite par Anne Sylvestre et reprise par Pauline Julien (en 1977), une grande chanteuse québécoise militante.

Vous irez où demain ?

J’irai écouter des jeunes. L’éducation artistique et culturelle est l’un des axes forts pour moi. Elle aide les enfants à se constituer, à prendre confiance en eux, à s’exprimer. Toutes les études sur le cerveau montrent que c’est important d’appréhender la musique dès le plus jeune âge. La culture n’est pas juste un supplément d’âme, elle aide à se construire.

Pourquoi avez-vous accepté d’être ministre ?

Si on a la chance de pouvoir tenter quelque chose pour son pays, ce serait indécent de ne pas la saisir. J’ai rencontré Emmanuel Macron une fois, au Salon du livre. J’ai lu attentivement son programme culturel avant de dire oui. Ce qui m’a le plus convaincue, c’est l’idée que par la culture, on peut réenchanter notre pays.

Quels sont vos projets pour l’école ?

Des projets existent, comme Orchestre à l’école (des orchestres créés avec les élèves d’une même classe) ou Demos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale qui permet aux enfants de jouer dans des orchestres classiques). L’objectif est de faire accéder tous les enfants à des initiatives de ce type. Dès ma nomination, je me suis rapprochée du ministre de l’Education (Jean-Michel Blanquer) pour que nous travaillions ensemble. Je crois beaucoup aux chorales que j’ai testées grandeur nature dans l’Ecole du Domaine du possible, que j’ai créée à Arles. Je suis une ministre travaux pratiques.

Les jeunes écoutent beaucoup de rap qui contient parfois des propos vulgaires, sexistes. Serez-vous vigilante ?

Le ministère de la Culture n’est pas un organisme de contrôle. Mais quand il y a des dérapages, je les condamne. Regardez sur l’affaire Hanouna par exemple (la séquence jugée homophobe sur C 8), j’ai réagi immédiatement en faisant part de ma consternation. La culture hip-hop fait partie de notre paysage culturel. Vendredi, j’ai rendu visite à l’association de cultures urbaines Da Storm (à Bouillargues près de Nîmes). Elle permet à des jeunes de se rassembler, de créer, de s’exprimer. La culture hip-hop, c’est d’abord cela.

Les jeunes consomment de plus en plus la culture gratuitement : de la musique, des films. Comment comptez-vous protéger les artistes ?

La condition de la diversité culturelle, c’est la juste rémunération des artistes et des créateurs. Le piratage est à ce titre un fléau, face auquel on ne peut pas rester les bras croisés. Il faut par ailleurs que toutes les plates-formes numériques contribuent au financement de la création. Je suis mobilisée aux niveaux national et européen.

La loi Hadopi pour lutter contre le piratage ne vous semble pas satisfaisante ?

Il faudra se poser la question de l’évolution de ce dispositif. Nous devrons renforcer les mesures de lutte contre les sites pirates, travailler davantage pour la pédagogie et promouvoir par ailleurs une offre payante attractive.

En quoi consistera la Maison commune de la musique que vous voulez créer ?

Nous avons le projet de rassembler l’ensemble des professionnels, notamment ceux de la musique enregistrée et ceux du spectacle vivant, qui ont beaucoup de défis similaires. Une mission sera lancée dans les jours qui viennent pour en définir le périmètre et les compétences. Attention, il ne s’agit pas d’une énième réflexion sur le sujet ! Je disposerai de recommandations opérationnelles à la fin du mois de septembre.

Où en est le passe Culture annoncé par Emmanuel Macron ?

C’est une porte d’entrée dans la culture pour les jeunes. Chacun recevra à ses 18 ans 500 € qu’il consommera comme il l’entend — spectacles, disques, livres, musées… Cette formule a été développée en Italie, où nous irons bientôt voir concrètement comment cela se passe.

Dans quels festivals irez-vous cet été ?

Le terrain est ma priorité. Je suis en quelque sorte la ministre de la Culture pour la cohésion des territoires (rires). Tous les ministres de la Culture vont traditionnellement à Avignon, à Aix-en-Provence, et c’est normal, mais j’aimerais bien ajouter des festivals où l’on va peu, voire jamais, comme les Suds, à Arles.

Que pensez-vous de la Philharmonie de Paris ?

C’est très réussi. Elle réunit aussi bien les habitants des quartiers populaires voisins et le public de l’Ouest parisien qui allait avant à Pleyel. C’est plus qu’une salle, c’est un écosystème qui a vu le jour, avec des initiatives fortes en matière d’éducation artistique et culturelle, et une coopération avec les territoires.

Quand les Français pourront-ils aller à la bibliothèque le dimanche ?

Le plus vite possible. Il n’est pas normal qu’elles soient fermées quand les gens ont le temps d’y aller. Les bibliothèques sont des lieux de vie et d’échange fondamentaux, notamment dans les quartiers populaires où les parents viennent passer des heures avec leurs enfants. Ce changement ne sera pas facile, mais je me suis exprimée la semaine dernière devant l’Association des bibliothécaires de France : ils savent qu’il faut évoluer. Erik Orsenna (nommé ambassadeur de la lecture) sera chargé de mobiliser les collectivités et les agents autour de cet enjeu.

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mercredi 21 juin 2017

Le nouveau gouvernement

Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, a dévoilé la composition du second gouvernement d’Edouard Philippe, mercredi 21 juin. Alors que les ministres MoDem François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard avaient quitté leur poste, deux autres personnalités du parti centriste, Jacqueline Gourault et Geneviève Darrieussecq, ont été nommées.

Au total, onze personnes entrent dans le nouveau gouvernement et une seule change de poste entre le premier et le second gouvernement dirigé par Edouard Philippe. Tour d’horizon.

Ceux qui entrent au gouvernement

Nicole Belloubet, 62 ans, ministre de la justice

Florence Parly, 54 ans, ministre des armées

Stéphane Travert, 47 ans, ministre de l’agriculture et de l’alimentation

Jacqueline Gourault, 67 ans, ministre auprès du ministre de l’intérieur

Nathalie Loiseau, 53 ans, ministre chargée des affaires européennes

Sébastien Lecornu, 31 ans et Brune Poirson, 37 ans, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique.

Jean Baptiste Lemoyne, 40 ans, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’europe et des affaires étrangères

Geneviève Darrieussecq, 61 ans, secrétaire d’Etat auprès du ministre des armées

Julien Denormandie, 36 ans, secrétaire d’Etat auprès du ministre cohésion des territoires

Benjamin Griveaux, 39 ans, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie et des finances

Ceux qui restent à leur poste

Gérard Collomb, 69 ans, ministre d’Etat, ministre de l’intérieur

Nicolas Hulot, 62 ans, ministre d’Etat, ministre de la transition écologique

Jean-Yves Le Drian, 69 ans, ministre de l’Europe et des affaires étrangères

Agnès Buzyn, 54 ans, ministre des solidarités et de la santé

Bruno Le Maire, 48 ans, ministre de l’économie

Françoise Nyssen, 65 ans, ministre de la culture

Jean-Michel Blanquer, 52 ans, ministre de l’éducation nationale

Gérald Darmanin, 34 ans, ministre de l’action et des comptes publics

Frédérique Vidal, 53 ans, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation

Annick Girardin, 52 ans, ministre des outre-mer

Laura Flessel, 45 ans, ministre des sports

Elisabeth Borne, 56 ans, ministre auprès du ministre de la transition écologique chargée des transports

Christophe Castaner, 51 ans, chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement

Marlène Schiappa, 34 ans, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité des femmes et des hommes

Sophie Cluzel, 56 ans, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées

Mounir Mahjoubi, 33 ans, secrétaire d’Etat chargé du numérique

Celui qui change de poste

Jacques Mézard, 69 ans, était ministre de l’agriculture et devient ministre de la cohésion des territoires

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Jupiter contrarié

L'édito de Henri Vernet - Le Parisien

Quelle journée ! Premier jour de l’été, donc jour de la fête de la musique avec ce côté un brin burlesque des orchestres dans la cour de l’Elysée et de Matignon où les caméras guettent le remaniement. Et aussi... premier jour du reste du quinquennat de Macron-Jupiter. Car il n’a plus droit à l’erreur désormais s’il entend pour de bon renouveler la politique. Ce cafouillage magistral à l’occasion du remaniement, avec le départ surprise - et contraint, il ne faut pas s’y tromper - des trois ministres centristes et l’exfiltration du fidèle Richard Ferrand est une tâche sur ce début de mandat. Non seulement parce que ces quatre ministres « tombent » pour cause d’affaires. Mais aussi parce que ce jeune président au sang froid, qui prétendait tout maîtriser, tout contrôler, en maître des horloges ne se laissant pas dicter le tempo par les médias, paraît soudain manquer d’air. Contraint de passer à la trappe des pièces maîtresses de son dispositif alors même qu’aucun - contrairement à la sacro-sainte la jurisprudence Balladur - n’est mis en examen ! A l’évidence, la riposte, en termes de casting gouvernemental notamment, doit être puissante. Descendu de son nuage, Jupiter doit désormais entrer dans le vif du sujet : améliorer le sort des Français.

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vendredi 16 juin 2017

Emmanuel Bonaparte

C’est le thème qui monte et pas seulement en France : la crainte des pleins pouvoirs. Le pont d’Arcole en moins, la razzia d’Emmanuel Macaron sur l’exécutif et bientôt sur le législatif évoque irrésistiblement celle du jeune général Bonaparte après le 18 Brumaire. Nul coup d’Etat cette fois-ci, bien sûr. Mais l’éjection radicale des députés sortants par la vague macronienne rappelle immanquablement la célèbre apostrophe de Murat à Saint-Cloud : «Foutez-moi tout ce monde-là dehors !» En plus courtois, naturellement mais avec le même résultat. Valeurs actuelles, qu’on a connu moins chatouilleux sur les libertés publiques, met les pieds dans le plat en portraiturant le président en Premier consul passant les Alpes sur son cheval blanc (en fait, c’était un âne…) avec ce titre sans ambiguïté : «Macron 1er, les dangers des pleins pouvoirs».

Au vrai, l’affaire a peut-être été lancée… Par le New York Times. Dans un éditorial cinglant, le quotidien new-yorkais fustige le projet d’inscription de l’état d’urgence dans la loi ordinaire, qui lui paraît contraire aux principes constitutionnels. Libération avait précédé le NYT en titrant «Contre l’état d’urgence permanent». Mais, selon Régis Debray, nous sommes déjà américains, ce qui donne un écho plus éclatant aux voix venues des Etats-Unis…

On se gardera de crier au loup : Mussolini ne perce pas forcément sous Macron, restons calmes. Mais tout de même : les projections parlementaires ramènent l’opposition de gauche à une tête d’épingle, ce qui ne suffira pas pour jouer les aiguillons. La droite survivra mais, divisée entre «constructifs» et droitiers impénitents, elle ne pèsera guère. De toute manière, pour paraphraser Audiard, une masse de novices en marche ira toujours plus loin que douze députés assis. D’autant que l’électorat conservateur, peut-être à suite des signaux d’alarme tirés par la presse sur le code du travail et l’état d’urgence, est passé avec armes et bagages chez Macron. A Neuilly et dans le XVIème, la bourgeoisie a déjà choisi : pour que rien ne change, il faut que tout change. Comme le coup de balai en cours épargne soigneusement les intérêts des possédants, il n’y a aucun risque pour Marie-Chantal à rallier la révolution centrist e avec l’ardeur des convertis. Vive Macron, diantre !

 Une presse tenue en lisière

A cela s’ajoute une communication inspirée de celle d’Obama, qui avait domestiqué d’un large sourire la presse américaine. Macron verrouille son expression, elle-même réduite au minimum au nom de la rareté présidentielle. La presse est tenue en lisière et quand une source interne donne des infos aux journalistes, on agite aussitôt la menace d’un procès pour «vol de documents», comme vient de le faire la ministre du Travail. A ce train-là, nous atteindrons bientôt l’idéal de tous les régimes : une information sans journalistes.

Cette concentration des pouvoirs posera problème. Là encore, le parallèle napoléonien plane sur la nouvelle république. Il s’agit de réformer au pas de charge, sans trop s’embarrasser de ceux que Bonaparte appelait «les bavards», c’est-à-dire les députés, en visant sans cesse le centre de l’échiquier politique, ce qui désarme les oppositions. «Ni bonnet rouge, ni talon rouge», disait Napoléon (si sans-culotte, ni aristo). «Ni droite ni gauche», dit Macron. Un Consulat sans les roulements de tambour. On se reportera à l’un des aphorismes les plus signifiants du futur empereur : «Il faut imposer au peuple le gouvernement qu’il souhaite.» Le macronisme est un bonapartisme souriant.

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mercredi 14 juin 2017

Emmanuel Macron au Maroc pour « une visite personnelle »

Par Marc Semo - Le Monde

Le président français rompt avec ses deux prédécesseurs, qui s’étaient d’abord rendus, dès leur élection, en Algérie, grand rival diplomatique du royaume chérifien.

Le candidat Emmanuel Macron s’était rendu en Tunisie en novembre 2016, puis en Algérie en février, mais, faute de temps, n’avait pas pu aller au Maroc, se contentant d’une longue visite au stand marocain du Salon du livre de Paris. Il s’était engagé néanmoins à y aller « très rapidement après l’élection » si les Français lui accordaient leur confiance.

Le président Emmanuel Macron a tenu parole, et il consacrera au royaume chérifien sa première visite dans un pays du Maghreb, mercredi 14 et jeudi 15 juin, afin d’y rencontrer le roi Mohammed VI et partager en famille, au palais royal de Rabat, l’iftar, le repas de rupture du jeûne du ramadan.

Il s’agit d’« une visite personnelle à l’invitation du roi pour une première prise de contact », souligne-t-on à Paris, même si les deux chefs d’Etat s’étaient déjà longuement parlé au téléphone quand Mohammed VI avait appelé le nouveau président afin de le féliciter pour sa victoire. Jusqu’ici, le seul déplacement hors d’Europe d’Emmanuel Macron avait eu lieu au Mali, le 19 mai, pour rencontrer à Gao les troupes françaises de l’opération « Barkhane ». Le signal n’en est que plus fort.

Rencontre « en famille »

Les autorités françaises doivent toujours mener un délicat jeu d’équilibre entre les deux grands frères ennemis du Maghreb. Chaque initiative est commentée, interprétée et surinterprétée à Alger comme à Rabat. Après leur élection, les présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande s’étaient d’abord rendus à Alger. En respectant sa promesse, Emmanuel Macron rompt donc avec cet usage.

Tout est fait, néanmoins, pour ménager l’extrême susceptibilité algérienne. En annonçant ce déplacement, l’Elysée faisait savoir que le président s’était entretenu par téléphone avec son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, et qu’il se rendrait officiellement en Algérie « dans les toutes prochaines semaines ». La date n’est pas encore fixée. Elle dépend aussi de l’état de santé du président algérien. En attendant, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devait se déplacer mardi à Alger pour discuter notamment du dossier libyen.

La visite à Rabat vise avant tout à renforcer la relation entre les deux chefs d’Etat, « afin qu’ils fassent mieux connaissance ». M. Macron n’est pas accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires, ni même de ministres. Juste de son épouse Brigitte Macron. Il s’agira d’une rencontre « en famille ». Le chef de l’Etat n’assistera pas jeudi à l’inauguration, à Kenitra, des travaux de la première tranche de l’usine PSA, l’un des plus grands investissements français dans le pays avec l’usine de Renault déjà en fonction à Tanger.

Coopération et « bons offices »

Il n’y aura pas de rencontre non plus avec des représentants de la société civile, alors même que la contestation contre la corruption et les abus de l’administration, partie de la région du Rif, a gagné la capitale, où quelque 10 000 personnes ont manifesté dimanche.

Mise à rude épreuve dans les premières années de la présidence Hollande, notamment après la plainte, en février 2014, de trois Franco-Marocains contre le directeur du contre-espionnage marocain, Abdellatif Hammouchi, la coopération sécuritaire et judiciaire avait repris il y a deux ans. Elle fonctionne efficacement, comme en témoigne l’aide apportée par le renseignement marocain dans les enquêtes sur les attentats du 13 novembre 2015. Il en est de même, sur le terrain, contre les djihadistes du Sahel.

Lors de leur tête-à-tête, les deux chefs d’Etat devraient aussi aborder la crise dans le golfe Persique. Mohammed VI propose ses « bons offices » pour un compromis entre l’Arabie saoudite et le Qatar – après que Riyad et des pays arabes ont rompu avec Doha, le 5 juin, pour son soutien supposé au « terrorisme » –, une position similaire à celle du président français, lui-même en ­contact avec toutes les parties.

Ménager ses deux partenaires

Dans son message à Emmanuel Macron, Mohammed VI avait évoqué le souhait que, sous sa présidence, le partenariat franco-marocain gagne « en profondeur et en intensité ». Le moment est favorable. « Le pouvoir algérien est aux abonnés absents en raison de la maladie de son président et ce pays ne peut jouer le rôle qu’il voudrait alors que le roi du Maroc, malgré ses difficultés, se montre un acteur visible et engagé dans la région », relève Pierre Vermeren, professeur d’histoire du Maghreb à Paris-I.

L’activisme du Maroc, sa présence croissante aussi bien économique que politique et sécuritaire dans le Sahel et plus généralement en Afrique francophone, notamment depuis son retour au sein de l’Union africaine, irrite de plus en plus l’Algérie, au-delà même de la question du Sahara occidental, vieille pomme de discorde entre les deux pays.

Cela ne simplifie pas l’action de la diplomatie française, qui tient à ménager ses deux grands partenaires. « Maintenir l’équidistance entre l’Algérie et le Maroc est déjà très difficile en temps normal, souligne une fine connaisseuse du dossier. Mais quand leurs relations sont particulièrement mauvaises, comme actuellement, cela tient du véritable casse-tête. »

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Histoire d’un duo fusionnel

Par  Quentin Laurent et Henri Vernet (avec M.E.) - Le Parisien

« Elle, c’est moi, et moi, c’est elle. » Voilà ce que François Bayrou répondit un jour, coupant court à toute critique, à un ancien cadre du MoDem qui s’était risqué à se plaindre de Marielle de Sarnez. La formule résume le côté fusionnel du couple politique le plus en vue du moment. « Dès que ça touche à Marielle, rien n’est négociable », renchérit Jean-Louis Bennahmias, ancienne figure du parti centriste.

Ils sont unis pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur : leur entrée conjointe au gouvernement, lui garde des Sceaux, elle aux Affaires européennes. Mais aussi, plus embarrassant, l’enquête judiciaire sur les emplois supposés fictifs du MoDem, l’« enfant » politique de Sarnez et Bayrou.

Rencontre d’un idéologue et d’une tacticienne

Entre ces deux-là, l’histoire remonte aux années Giscard. « Et leur collaboration démarre aux états généraux de l’UDF en 1989, dont François Bayrou est l’un des concepteurs », détaille un proche. Ce dernier est alors bluffé par les talents d’organisatrice de la jeune militante ; elle est séduite par « un homme politique pas comme les autres, plaçant ses convictions et ses idées avant le carriérisme ». « François est un vrai idéologue, Marielle une tacticienne », décrit un ex-député européen centriste. Lorsque Bayrou devient, à la faveur de la cohabitation de 1993, ministre de l’Education de Balladur, il l’appelle immédiatement à ses côtés, d’abord conseillère spéciale puis directrice de cabinet.

Dans les périodes fastes comme dans celles de disette, elle partage chaque décision que prend François Bayrou. « Il ne se confie en réalité qu’à deux cercles, témoigne un fidèle : sa famille, Babeth et les enfants ; et Marielle de Sarnez. » Exemple, lorsqu’en 2002 le patron de l’UDF refuse de rallier l’UMP de Chirac elle est à ses côtés.

« L’histoire du MoDem, c’est la leur »

Pourtant, ce « niet » coûte cher au centriste, qui aurait pu viser Matignon… mais entame à la place une aventure solitaire. Au nom de sa conviction, héritée de Giscard, qu’il faut à tout prix faire exister le centre, seul capable de rassembler « deux Français sur trois ».

C’est de là que viendra, plus tard, la création du MoDem, en 2007, que Bayrou veut totalement indépendant de la droite. Là encore, le couple imprime sa marque. « L’histoire du MoDem, c’est la leur », confirme Bennahmias. « Ils monopolisaient tout, de la ligne politique aux comptes du parti… auxquels je n’ai jamais pu avoir accès malgré mes demandes répétées », témoigne l’ancienne ministre centriste Corinne Lepage.

« En général, au MoDem, on adore Bayrou autant qu’on déteste Sarnez », confie un « ex » du parti. « Elle a un côté autoritaire. Centralisatrice au possible, humiliante en public, elle n’a rien de la rondeur de François Bayrou », se souvient un élu centriste. Un proche du duo tempère : « Elle assume ce rôle de bad cop (NDLR : méchant flic), car c’est une façon de préserver François. Et contrairement à ce que beaucoup croient, elle lui apporte aussi de la sagesse, apaise souvent son côté sanguin, gascon. »

Les grandes décisions prises à deux

Côté politique, « ils peuvent être en désaccord, mais à la fin ils trouvent toujours un accord ». Exemple, elle est plus proeuropéenne que lui. Comme tout responsable politique français, même centriste, Bayrou a parfois la tentation de tacler Bruxelles. Sur des thèmes de société comme le mariage pour tous, « elle est plus libérale », dit un proche. « Elle ne partage pas toutes ses décisions… mais garde toujours pour elle ses réserves », abonde-t-il.

C’est dans le huis clos du tandem que sera aussi prise la décision, entre les deux tours de la présidentielle de 2012, de soutenir Hollande contre Sarkozy. Ce qui vaudra au MoDem nombre de départs.

Bayrou Rallie Macron : Sarnez est dans le coup

Lorsqu’en février dernier, au bout d’un long suspense, Bayrou propose son « aide » à Emmanuel Macron, Sarnez est encore dans le coup. Bayrou prend alors sur son ego, renonçant à son rêve de devenir président, car il croit que Macron peut réussir là où lui a toujours échoué. D’autres voient dans ce ralliement une explication beaucoup plus prosaïque. Au fil des déconvenues électorales, le MoDem s’est peu à peu vidé de ses troupes, de ses cadres et a vu ses caisses se tarir. « Pour financer ses campagnes présidentielles, Bayrou avait l’habitude d’hypothéquer le prestigieux siège du 133, rue de l’Université (Paris VII e) », témoigne un compagnon de route qui a depuis claqué la porte. Pas de problème tant qu’il était assuré de dépasser la barre des 5 % des voix synonyme de remboursement des frais de campagne — comme ce fut le cas en 2002, 2007 et 2012. Mais là, avec la percée de Macron sur les plates-bandes centristes, le pari devenait franchement risqué. « En clair, traduit l’ancien compagnon, le duo redoutait, du coup, de perdre le 133 ! »

Le tandem agace le président

Il n’empêche, cet accord « est une opération extraordinaire pour François Bayrou et une résurrection pour le MoDem », salue, non sans amertume, Jean Arthuis, ex-ministre et ancien soutien de Bayrou à la présidentielle de 2007. Le coup est d’autant plus réussi que dimanche soir, à l’issue du deuxième tour des législatives, le parti qui ne comptait que deux sortants pourrait se retrouver avec une cinquantaine de nouveaux députés.

Si Emmanuel Macron a une réelle estime pour le chef centriste et lui sait gré de l’avoir rejoint à un moment où sa campagne flottait, il a appris « à se méfier des ruades du Béarnais ». Et de Sarnez, redoutable négociatrice, lors des discussions sur les investitures. Un épisode a marqué la garde rapprochée de Macron. « Il fallait trouver une place à Paris pour la candidature de Benjamin Griveaux, raconte un ténor de la République en marche (LREM). Sarnez s’est alors mise à siffler, méprisante : C’est quoi Griveaux, c’est qui ? Et ça, Emmanuel n’a pas aimé… » Le jeune président, qui a dû accepter l’entrée au gouvernement de l’eurodéputée en plus de celle de Bayrou, est de plus en plus agacé par la tendance du tandem à « jouer perso ». « Comme s’ils étaient une enclave MoDem au sein du gouvernement », poursuit ce responsable LREM. A deux, et c’est tout.

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L’EMBARRASSANT FRANÇOIS BAYROU

Par  Myriam Encaoua - Le Parisien

La situation ne manque pas de sel… Ce matin, en Conseil des ministres, le garde des Sceaux, François Bayrou, va présenter un projet de loi sur la moralisation de la vie publique, alors que son propre parti est sous le coup d’une enquête préliminaire ! Le parquet de Paris cherche à savoir si le MoDem a eu recours à des emplois fictifs via des emplois d’assistants parlementaires d’eurodéputés. Une situation est sans précédent sous la V e République.

François Bayrou serait-il l’arroseur arrosé ? Le ministre de la Justice est, en tout cas, dans une position délicate. Il y a son nouveau statut de patron de la chancellerie, garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire, et il y a le contexte : l’exigence d’exemplarité des Français. Sans compter que François Bayrou a fait de ces sujets — l’intégrité, la probité, la transparence — sa signature en politique.

Il faut se souvenir des batailles qui ont jalonné toute sa carrière. Ses combats contre le « scandale d’Etat » de l’affaire Tapie. Sa violence vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, « l’enfant barbare » au goût immodéré pour l’argent. C’est encore lui qui faisait de la moralisation pendant la campagne la condition de son alliance à Emmanuel Macron. Trois mois plus tard, il se voit reprocher une forme de mélange des genres, et même de pression, quand il relaie sur les réseaux sociaux un tweet de son bras droit, la ministre Marielle de Sarnez, qui se défend alors qu’elle est visée dans cette enquête préliminaire. Quand il passe directement des coups de fil aux rédactions pour se plaindre du traitement de cette affaire. Ou quand, comme hier matin sur CNews, il dénonce une opération politique , mettant en cause Anne Hidalgo, la maire de Paris, à travers l’un de ses « collaborateurs directs ».

Lui assume sa liberté de parole. Sauf qu’Edouard Philippe le lui a rappelé hier : « Quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. » « Je ne suis pas le muet du sérail », lui a répondu Bayrou, se rendant ainsi responsable du premier couac du quinquennat.

Depuis sa nomination, François Bayrou semble vouloir n’en faire — un peu — qu’à sa tête. Son coup de colère au lendemain de l’élection présidentielle — parce que les investitures de la République en marche ne faisaient pas, selon lui, la part assez belle au MoDem — en disait long sur sa capacité à ruer dans les brancards. L’épisode avait déjà instruit le président. La fameuse indépendance dont il se réclame depuis toujours pourrait très vite se révéler ingérable.

@myriamencaoua

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lundi 5 juin 2017

Après l’attentat de Londres, l’Elysée assure que Macron est « aux commandes »

Par Cédric Pietralunga

Prévenu dès la survenue de l’attaque, le chef de l’Etat s’est entretenu dimanche avec la première ministre britannique ainsi qu’avec les familles des victimes françaises.

Un président « aux commandes ». Depuis l’attaque de Londres, qui a provoqué dans la soirée de samedi 3 juin la mort de sept personnes dont un Français, et en a blessé 48 autres dont sept Français, Emmanuel Macron multiplie les interventions et les prises de parole.

Tenu informé « heure par heure » de la situation et de l’enquête, selon son entourage, le chef de l’Etat tient à montrer qu’il est à la hauteur de l’événement, alors qu’il affronte le premier attentat touchant des Français depuis son élection le 7 mai.

Dès la survenue de l’attaque, M. Macron a été prévenu par la cellule diplomatique de l’Elysée, racontent ses proches. Après avoir réuni les premiers éléments sur les circonstances, en liaison avec les autorités britanniques, il a envoyé un tweet à 2 h 55 du matin. « Face à cette nouvelle tragédie, la France est plus que jamais aux côtés du Royaume-Uni. Mes pensées vont aux victimes et à leurs proches », écrit-il. Un communiqué de presse, personnellement validé par le président de la République, a aussi été envoyé aux médias à 7 h 50.

L’exécutif mobilisé

Dimanche midi, il a eu un entretien téléphonique – en anglais, précise l’Elysée – avec la première ministre britannique, Theresa May. Les deux responsables « ont fait le point sur la situation des victimes et les premiers éléments de l’enquête », selon l’entourage de M. Macron. « Les autorités britanniques se sont engagées à donner toutes les informations sur les victimes [françaises] et à assurer et garantir la sécurité » des Français résidant à Londres, qui votaient dimanche pour les élections législatives en France.

Dans l’après-midi, enfin, M. Macron a appelé au téléphone les familles des Français victimes de l’attaque. « Le président a voulu par ce geste montrer sa proximité avec les familles et leur apporter son soutien très fort », indique l’Elysée.

Selon une source, le chef de l’Etat a aussi lancé des « commandes » précises aux services de renseignement français, afin de préparer le conseil de défense prévu mercredi 7 juin, avant le conseil des ministres. Et il a demandé qu’une minute de silence soit observée avant la finale du Top 14, qui voyait s’affronter Clermont-Ferrand et Toulon dimanche soir au Stade de France, où M. Macron était présent pour assister au match.

Outre le chef de l’Etat, Edouard Philippe s’est également impliqué dans la crise, afin de montrer la mobilisation de l’exécutif. En déplacement privé en région parisienne samedi soir, le premier ministre est rentré à Matignon dès qu’il a été informé de l’attaque, assure son entourage. L’ancien maire du Havre a ensuite travaillé jusque tard dans la nuit, en liaison notamment avec Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée. « L’ambiance était lourde, raconte un de ses proches. Mais il n’a pas été surpris, il mesurait le poids de sa tâche en prenant ses fonctions. »

À la demande de l’Elysée, M. Philippe s’est rendu dimanche midi au centre de crise du Quai d’Orsay, qui assure la liaison avec les autorités britanniques et les familles des ressortissants français impliqués dans l’attaque. « Le premier ministre a été marqué par le professionnalisme du Quai et par l’engagement des bénévoles de la Croix-Rouge » qui sont en contact avec les familles, fait-on savoir à Matignon.

Volonté de « ne pas surréagir »

Le chef du gouvernement devrait également effectuer lundi un déplacement en France illustrant la lutte contre le terrorisme, tandis que Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, se rendra à Londres pour rencontrer les autorités britanniques ainsi que les victimes françaises, après un déplacement en Tunisie lié également à la lutte contre le terrorisme. Ce déplacement à Londres se fera « à la demande du président de la République », précise l’Elysée.

« LA MORT HABITE LA FONCTION PRÉSIDENTIELLE »

L’attaque de Londres est le premier attentat touchant des Français auquel M. Macron est confronté depuis son entrée en fonction. Pour préparé qu’il soit, il s’agit toujours d’une épreuve pour un chef d’Etat, naturellement considéré comme responsable de la sécurité de ses concitoyens. Les attentats de janvier 2015, contre la rédaction de Charlie Hebdo et des clients d’une supérette casher, qui avaient provoqué la mort de 17 personnes, avaient fortement marqué François Hollande.

Le président socialiste avait été lui-même confronté au drame lors des attentats du 13 novembre 2015, qui avaient tué 130 personnes : il se trouvait au Stade de France, pour assister au match France-Allemagne, lorsque trois explosions avaient retenti aux abords de l’enceinte, tuant un chauffeur de car et blessant une dizaine d’autres personnes. « La mort habite la fonction présidentielle », confiera quelques mois plus tard François Hollande à ses proches.

Conformément à l’image de « président jupitérien » qu’il entend incarner, M. Macron n’a pas souhaité commenter son état d’esprit à la suite de l’attaque de Londres. « Le président est concentré et organisé », a seulement confié son entourage au Monde, expliquant que le chef de l’Etat avait la volonté de « ne pas surréagir » mais qu’il « surveillait » l’évolution de la situation. « Le président veut montrer qu’il est dans le sang-froid mais aussi dans l’émotion, en appelant lui-même les familles », ajoute une proche du locataire de l’Elysée, assurant que M. Macron s’était « préparé durant toute la campagne » à vivre de tels moments.

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jeudi 1 juin 2017

Emmanuel Macron en Bretagne

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Pour Fabrice Nicolino, c'est clair : "Hulot ne fera rien qui ne se puisse faire dans un gouvernement pareil."

Hulot est un homme d’une rare naïveté, pour rester poli

Nicolas Hulot a passé une vingtaine d’années auprès de Chirac, Sarkozy, puis Hollande sans que rien ait fondamentalement changé à la « destruction organisée des écosystèmes », rappelle l’auteur de cette tribune. Pour qui le nouveau ministre du gouvernement Philippe n’aura aucune marge de manœuvre.

Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo, où il a été blessé dans l’attentat du 7 janvier 2015. Il s’exprime aussi sur son blog, Planète sans visa, et a publié Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture. Cette tribune est publiée simultanément dans le numéro de Charlie Hebdo du mercredi 24 mai.

Fabrice Nicolino.

La nomination de Hulot à « la Transition écologique » n’est hélas pas une blague à la Charlie. Mais avant de continuer, précisons pour cause de déontologie prurigineuse que je connais ce garçon, que je l’ai défendu il y au moins vingt ans face à divers molosses, et que j’ai de l’estime pour lui et sans doute un peu d’affection. Mais là, il ne se contente pas de déconner, il abuse, il attige.

Le gouvernement Philippe est pourri jusqu’à la gueule de lobbyistes forcenés, qui du nucléaire, qui des exportations d’armes, qui du business « français ». Macron lui-même est à fond pour le traité Ceta entre l’Europe et le Canada, et favorable sur le principe au Tafta. Rappelons aux oublieux que le commerce mondial, que défend Macron corps et âme, est le moteur à réaction du dérèglement climatique. Car il faut pour entretenir la mécanique produire des milliards de milliards de colifichets, qui émettent bien sûr des gaz.

La cause est dans la structure d’un système global

Hulot ne fera rien qui ne se puisse faire dans un gouvernement pareil, mais en excellent communicant qu’il est, le fera savoir d’une manière telle qu’elle désarmera la frange de l’opinion la plus crédule. Voyons rapidement. Pour sûr, il a dealé sur Notre-Dame-des-Landes, et tant qu’il sera ministre, il n’y aura pas d’aéroport. Probablement aura-t-il gain de cause sur d’autres sujets symboliques, reproduisant des scènes du passé 1.000 fois vues. Par exemple Mitterrand renonçant en 1981 à l’extension du camp militaire du Larzac et à la construction de la centrale nucléaire de Plogoff. Par exemple Jospin, après accord avec les Verts de Voynet et Cochet, laissant tomber le canal Rhin-Rhône et le monstrueux surgénérateur Superphénix. Ce que cela a changé à la destruction organisée des écosystèmes ? Rien du tout.

Hulot va vite tomber sur des os qu’il ne pourra digérer. Dans le vaste domaine unissant l’agriculture industrielle et l’agroalimentaire, il se heurtera sans surprise au plus puissant des lobbies français, avec d’un côté le couple maudit Avril (ex-Sofiprotéol)-FNSEA, et de l’autre l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), cette dernière prétendant défendre 500.000 emplois non délocalisables. Hulot ne pourra évidemment rien faire contre l’empoisonnement universel par la chimie de synthèse, et sera donc contraint de clamer victoire s’il obtient au moins l’interdiction d’un perturbateur endocrinien sur 500. Car la cause est dans la structure d’un système global, pas dans la psychologie de tel ou tel personnage.

On verra déjà plus clair à propos du misérable projet de mine d’or en plein cœur de la forêt guyanaise, entre les mains d’une société russe. Macron, qui n’a pas oublié son tropisme probusiness, est déjà allé sur place, où l’opposition est grande, pour défendre le projet, qui serait selon lui celui d’une « mine responsable ». Hulot mangera-t-il là son premier chapeau ? Et que fera-t-il face aux bagnoles truquées et aux dizaines de milliers de morts de la pollution industrielle ? Aurait-il déjà oublié le Macron de l’été 2016, vantant les incomparables mérites du diesel, ce tueur de masse ? Douteux.

Le comique de répétition a ses limites, place à la tristesse

Ajoutons encore par cruauté que Hulot ne s’est jamais mouillé pour le loup ou l’ours en France, dont la survie tient à un fil. Qu’il n’a jamais, alors que c’était à sa portée, défendu l’idée d’une rupture globale avec le système agricole. Que sa Fondation, ceci expliquant en partie cela, a comme partenaire le groupe Avril cité plus haut, cœur de réacteur de l’agro-industrie. Que sa Fondation, bis repetita, a pour partenaire Vinci, le groupe de BTP derrière Notre-Dame-des-Landes. Bref.

Pourquoi tout cela ? J’ai bien une explication, mais elle est psychologique, et je la garde. Hulot est un homme d’une rare naïveté, pour rester poli. Il a été l’ami et le confident de Chirac — des dizaines d’heures de tête-à-tête —, sans résultat. Il a marché dans la si lourde combine du Grenelle de l’Environnement de Sarkozy, en 2007. Il a été l’Envoyé spécial pour le climat de Hollande, s’enorgueillissant du dérisoire Accord de Paris, signé en clôture de la funeste COP21. Le comique de répétition a ses limites, place à la tristesse. Tout bien considéré, il ne dépare pas dans le gouvernement d’un lobbyiste — Édouard Philippe — du nucléaire.

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