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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

lundi 9 juillet 2018

Le Congrès de Versailles - Discours d'Emmanuel Macron

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La lettre politique de Laurent Joffrin

L'entêté de Versailles

Trop long, comme toujours. Ainsi que dirait Audiard : c’est curieux, chez Macron, ce besoin de faire des phrases… Une heure et demie de discours devant le Congrès réuni à Versailles. Pour un président concentré sur les grandes orientations du pays, voilà une prolixité contre-productive, comme s’il fallait conjurer par l’abondance des mots les critiques et les déceptions exprimées dans le pays. Comme si, au passage, il n’y avait plus de Premier ministre, puisqu’on a assisté au double développement d’un plaidoyer touffu sur l’action passée et d’une description détaillée de la politique à venir, habituellement dévolues au chef du gouvernement. Un chef réduit au rôle ingrat d’exécutant transparent du plan tombé de l’Olympe.

«Je suis humble», dit le président. On pense au mot de Sacha Guitry : «en matière de modestie, je suis imbattable». Celui qui proclame son humilité se met d’autant plus en valeur. Mais au fond, l’intention est bonne. Laissons ce point au président.

Plus sérieux : dans ce mélange de mea culpa et de profession de foi, un point retient l’attention, sur lequel le président s’accroche comme à un credo. Macron n’est pas le «président des riches», dit-il, mais celui qui veut mettre fin aux «inégalités de destin». Louable volonté : c’est un fait que l’inégalité des chances s’est enkystée en France, malgré les efforts de tant de gouvernements. Qui peut se plaindre qu’on tente d’arracher chacun à l’assignation sociale née de son origine, de favoriser la mobilité sociale, de «réparer l’ascenseur social». Chaque homme du rang, tel le soldat de l’an II, a son bâton de maréchal dans sa giberne : quoi de plus républicain ? Mais cet appel à l’émancipation individuelle s’oppose, bien sûr, à l’égalitarisme socialisant du «vieux monde». Aide-toi et la société t’aidera : voilà qui économisera «un pognon de dingue».

Problème : tout le monde ne peut pas être «premier de cordée», même si cette place enviable est ouverte à tous. Macron raisonne comme si, pour ne plus être le «président des riches», mais celui de tous les Français, il suffisait que tous les Français deviennent riches. Version «en marche» du rêve américain, qui est un mythe utile, mais un mythe tout de même. Le bon vieux socialisme professait à l’inverse que chacun, quelle que soit sa place dans la société, en bas, en haut ou au milieu, avait droit à une protection, une dignité, une sécurité, quand bien même ses rêves d’ascension, d’enrichissement, seraient déçus. Il remarquait aussi que «l’inégalité de destin» était souvent déterminée par l’inégalité tout court, celle de la situation d’origine, et que réduire la deuxième, c’était aussi combattre la première. Bref, qu’une politique égalitaire englobait tout l’être social, et pas seulement la capacité à échap per au déterminisme de classe. Mais c’était, il est vrai, la naïve ambition du vieux monde… Place à la compétition, à la concurrence, à la course implacable vers le sommet, du moment que tous soient sur la même ligne de départ. Libéralisme contre social-démocratie : on n’en sort pas.

LAURENT JOFFRIN

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L'ÉDITO de Muriel Pleynet - Le Parisien

Jupiter redescend - un peu - sur terre

C’est un président « résolu » a-t-il dit, qui s’est présenté devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles, mais un président « humble » a-t-il d’emblée tenu à préciser comme pour mieux déminer les critiques qui lui sont adressées. Des critiques qu’Emmanuel Macron aurait donc entendues, lui à qui il est souvent reproché d’être - trop - sûr de lui, inflexible, voire… arrogant. Et le chef de l’Etat de reconnaître dans un rare exercice de modestie : « Je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout… ». Accusé d’être le président des riches, Emmanuel Macron a, par ailleurs, assuré n’aimer « ni les castes, ni les rentes, ni les privilèges »… Et incité les 100 plus grandes entreprises françaises à s’engager en matière d’apprentissage et d’embauches, notamment dans les quartiers en difficulté.Une inflexion sur la forme donc, dans le discours mais… aucun changement de cap. Il ne faut pas s’y tromper, si le président défend le bilan de sa première année de quinquennat, c’est pour mieux dresser la feuille de route de l’an-II. Réformes de l’assurance chômage, des retraites, de l’hôpital… La rentrée s’annonce aussi chargée que compliquée.

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Congrès de Versailles : les dix phrases à retenir du discours d’Emmanuel Macron - Le Parisien

Le chef de l’État a prononcé un long discours devant l’ensemble des parlementaires pour défendre sa politique et faire un premier bilan, plus d’un après son élection.

Une heure trente de discours. Emmanuel Macron s’est exprimé ce lundi après-midi face aux parlementaires réunis en Congrès à Versailles, pour la deuxième année consécutive. Au menu, l’analyse de l’an I du quinquennat, les promesses pour l’an II, et quelques annonces, dont une modification de la Constitution pour pouvoir répondre aux parlementaires lors des prochains Congrès. Ce qu’il faut retenir de ce discours, en dix formules.

« Je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout. »

Emmanuel Macron a assuré n’avoir « rien oublié des peurs, des colères accumulées pendant des années qui ont conduit notre pays à ce choix. Elles ne disparaissent pas en un jour, elles n’ont pas disparu en une année ».

Macron devant le Congrès à Versailles : « Je sais que je ne réussis pas tout »

« Je n’aime ni les castes, ni les rentes, ni les privilèges. »

Emmanuel Macron a plaidé pour un « capitalisme populaire retrouvé » où les salariés soient impliqués financièrement.

« Si l’on veut partager le gâteau, la première condition, c’est qu’il y ait un gâteau. »

Accusé par ses opposants d’être un « président des riches », Emmanuel Macron s’en est défendu et a martelé : « Il est mensonger de défendre les salariés si on ne défend pas les entreprises, il est impossible de prétendre distribuer si on ne produit pas assez. » « Une politique pour les entreprises, ce n’est pas une politique pour les riches. C’est une politique pour toute la nation, une politique pour l’emploi, une politique pour les services publics » et « pour ceux qui restent en marge », a-t-il ajouté.

« Rien ne changera pour les retraités d’aujourd’hui. »

Sur le sujet sensible des retraites, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de « refonder le régime de retraite » mais a assuré que cette réforme n’aurait pas d’impact pour les retraités actuels. Cette annonce a suscité de vives réactions chez certains parlementaires de l’opposition, avec des rires ou de légères huées. « Faire croire que nous voudrions supprimer les pensions de réversion est une rumeur malsaine, visant à faire peur », a-t-il également dénoncé.

« Il y a une voie française vers l’inégalité. »

Emmanuel Macron a estimé qu’il y avait des « inégalités de destin » en France « depuis plus de trente ans ». Pour le chef de l’État, les Français ne doivent pas être aidés à « vivre mieux la condition dans laquelle ils sont nés », mais le but est de leur permettre d' « en sortir ». Et pour cela, la « priorité de l'année qui vient » sera de « construire l'État providence du XXIe siècle ».

« Quelle gloire peut-on avoir avec une politique sociale qui a mené un enfant sur cinq à la pauvreté ? »

Alors que la présentation du plan pauvreté, prévue ce mardi, a finalement été reportée à la rentrée, Emmanuel Macron a promis des « choix budgétaires clairs » pour aider les plus pauvres. Ce ne sera « pas une politique de redistribution classique », a-t-il promis, alors que ce plan sera mis en œuvre « en 2019 ».

« La lutte contre le terrorisme est le travail d’une génération. »

Après les sujets économiques et sociaux, Emmanuel Macron s’est exprimé sur les attentats qui ont frappé la France depuis son élection et a salué les soldats français qui combattent en opération extérieure mais aussi ceux qui « nous défendent sur notre territoire », suscitant une standing-ovation des parlementaires. La lutte contre le terrorisme islamiste est « le combat d’une génération », a-t-il ajouté.

« Qui aurait cru que l’État devrait encore se battre pour que cesse le harcèlement au quotidien ? »

Le chef de l’État s’est exprimé sur le mouvement Metoo, lancé à l’automne dernier pour dénoncer le harcèlement sexuel des femmes. « Ce combat a d’abord surpris », a reconnu Emmanuel Macron, qui s’est aussi réjoui de la loi pour imposer l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. « Nous avons précédé un mouvement mondial », s’est-il vanté.

« La République n’a aucune raison d’être en difficulté avec l’islam. »

Emmanuel Macron a cependant déclaré qu’il « y a une lecture radicale, agressive de l’islam, dont les principes n’obéissent pas à des mots d’ordre religieux ». Le chef de l’État a annoncé la mise en place « dès l’automne » d’un « cadre et des règles garantissant » que l’islam « s’exercera partout de manière conforme aux lois de la République ».

« Jamais la France n’acceptera des déportations à travers l’Europe. »

Emmanuel Macron s’est aussi exprimé sur les migrants, alors que l’opposition l’accuse de ne pas être assez généreuse pour accueillir les réfugiés. « Cette jeunesse qui quitte l’Afrique pour prendre tous les risques, cette jeunesse du désespoir n’a, dans sa majorité, pas le droit à l’asile » a affirmé Emmanuel Macron. « Jamais la France n’acceptera les solutions de facilité, en déportant des étrangers aux portes de l’Europe », a-t-il conclu. « La frontière véritable qui traverse l'Europe est celle aujourd'hui qui sépare les progressistes des nationalistes » a -t-il ajouté.

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Versailles : Emmanuel Macron devant le Congrès pour tenter de se donner un nouvel élan

Par Cédric Pietralunga, Virginie Malingre - Le Monde

Le chef de l’Etat tiendra lundi après-midi un discours de politique générale devant le Parlement, réuni à Versailles. Une partie des parlementaires dénoncent un exercice « monarchique ».

Une heure pour convaincre. Alors qu’il fait face à une défiance inédite dans les enquêtes d’opinion, Emmanuel Macron tiendra, lundi 9 juillet à 15 heures, un discours de politique générale lors du congrès du Parlement, exceptionnellement réuni dans l’aile du Midi du château de Versailles. Quelque 900 députés et sénateurs viendront l’écouter, même si les élus de La France insoumise (LFI), ainsi qu’une petite partie de ceux des Républicains (LR), ont annoncé qu’ils boycotteraient l’événement, dénonçant un exercice de « monarque » où les parlementaires sont réduits à l’état de « pots de fleurs de la communication présidentielle ».

C’était une promesse d’Emmanuel Macron. Chaque année, s’était engagé le candidat d’En marche ! lors de la campagne, le président de la République réunira les chambres de l’Assemblée nationale et du Sénat pour leur faire un point sur l’avancement de son mandat. « Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte », avait-il confirmé lors de sa première allocution à Versailles, le 3 juillet 2017.

Une pratique directement inspirée des Etats-Unis et du discours sur l’état de l’Union, prononcé chaque année à Washington, au cours duquel le président américain présente son programme pour l’année aux membres de la Chambre des représentants et du Sénat. Son intervention sera suivie d’un débat entre les groupes, sans vote final.

Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron travaille son discours. Outre sa plume Sylvain Fort et sa garde rapprochée à l’Elysée, le chef de l’Etat consulte beaucoup. Mercredi 4 juillet, plusieurs députés ont été encore invités au Château pour échanger avec des conseillers sur le sujet. « Mais le président écoute plus qu’il ne dit ce qu’il va faire », assure l’un des habitués de ces discussions à bâtons rompus. Selon son entourage, M. Macron devrait rester enfermé tout le week-end dans la résidence de la Lanterne, à Versailles, afin de peaufiner son texte. « Il y sera seul puisque c’est un lieu où les conseillers ne sont pas autorisés », souffle un proche.

« Raconter le macronisme »

A quarante-huit heures de l’événement, difficile de savoir ce que dira le chef de l’Etat. Beaucoup tablaient sur des annonces en matière de lutte contre la pauvreté. Mais l’Elysée a indiqué, mercredi, que le plan porté par Agnès Buzyn, la ministre des solidarités et de la santé, ne sera présenté qu’à la rentrée. Il pourrait toutefois évoquer sa philosophie en la matière.

En revanche, M. Macron devrait confirmer la tenue d’un sommet social avec les syndicats et le patronat le 17 juillet, pour « évoquer la suite des grandes transformations sociales mises en œuvre à partir de la rentrée », a indiqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’issue du conseil des ministres, qui se tenait exceptionnellement vendredi.

D’autres s’attendent à des précisions à propos de la révision de la Constitution, qui concerne directement les parlementaires. Emmanuel Macron devrait aussi rappeler la logique des réformes qui ont été lancées depuis un an, en insistant notamment sur le dédoublement des classes de CP, la plus consensuelle de ses mesures.

« Le président va faire un bilan, dire l’état du pays, rappeler ce qui a été fait. Et donner les perspectives, avance Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l’Elysée. Mais il ne s’agira pas d’un catalogue La Redoute. Il doit porter un discours de sens, être dans le réel, le concret. Dire ce qu’on a changé et ce qu’on veut encore changer. »

« Les Français ont perçu une succession de transformations. Il y a un lien entre elles : les réformes de la formation et de la SNCF, par exemple, visent toutes deux à permettre une société de la mobilité. Je pense que le président va rappeler la cohérence de cette action », abonde Gabriel Attal, député (LRM) des Hauts-de-Seine. « Quoi qu’on en dise, on n’a pas trouvé mieux que Macron pour raconter le macronisme », veut croire un autre parlementaire.

« Moment républicain »

Avec ce moment très solennel, les partisans d’Emmanuel Macron entendent aussi montrer qu’il y a toujours un capitaine à la tête du navire, malgré les soubresauts et les vicissitudes de l’actualité. « Il y a dans le pays une demande d’autorité voire de bonapartisme qui ne faiblit pas. La mise en scène du discours du congrès peut être l’un des moyens d’y répondre », estime un député de la majorité. « La parole du président de la République doit scander la marche, et la solennité qu’il y a à Versailles en fait en soi un moment républicain », reconnaît-on à Matignon.

Seule certitude, ce discours intervient à un moment difficile pour Emmanuel Macron. Depuis plusieurs semaines, le chef de l’Etat accumule les mauvaises séquences et voit sa popularité atteindre un étiage inédit. Selon une étude Kantar Sofres publiée le 6 juillet, seulement 32 % des Français lui font désormais confiance, un recul de six points en un mois et de douze points depuis le début de l’année. Depuis 1981, seul François Hollande a fait pire, avec 27 % à ce stade de son mandat. Autre signe inquiétant pour le chef de l’Etat, les trois quarts des Français estiment aujourd’hui que la politique menée par l’exécutif est injuste, selon un sondage Elabe dévoilé le même jour, et 66 % qu’elle ne permettra pas d’améliorer la situation du pays.

Outre l’accumulation de faux pas de communication (la vidéo sur le « pognon de dingue », les remontrances à un collégien, la blague sur la « mafia des Bretons »…), c’est surtout l’absence de résultats tangibles après quatorze mois de mandat qui expliquerait ce « décrochage affectif », selon des proches du chef de l’Etat. « Au-delà des histoires de jambes gauche et droite, on parle beaucoup de transformations qui n’ont pas encore produit leurs effets », développe Philippe Grangeon, membre du bureau exécutif de La République en marche et visiteur régulier d’Emmanuel Macron.

« Le socle n’est pas fissuré »

Au sein de la majorité, certains élus pointent ainsi avec appréhension la résistance du Rassemblement national (ex-Front national) dans les intentions de vote. Selon un sondage IFOP publié le 29 juin, 19 % des Français disent ainsi avoir l’intention de voter pour la liste RN aux élections européennes de mai 2019, et 23 % pour LRM.

« Quand je fais des déplacements en province, personne ne me parle de la jambe gauche du gouvernement, mais certains disent qu’on n’a rien fait et qu’ils votent toujours Le Pen. Un an après l’élection, c’est un fait, on n’a pas réparé trente ans d’incurie », met en garde un membre du gouvernement.

Jusqu’ici, le camp d’Emmanuel Macron se rassurait en affirmant que « le socle n’est pas fissuré ». Comprendre : les électeurs d’Emmanuel Macron du premier tour de l’élection présidentielle sont toujours là. C’est ce que montraient en tout cas il y a encore peu de temps les études d’opinion, où les sympathisants de LRM se montrent les plus enthousiastes quant aux réformes de l’exécutif.

Mais certains pointent des « signaux faibles » préoccupants. Selon l’IFOP, les électeurs macronistes du 23 avril 2017 ne sont ainsi plus que 66 % à dire qu’ils voteront LRM aux européennes. Soit une perte d’un tiers des électeurs macronistes en un an. De quoi donner des sueurs froides aux stratèges de la majorité.

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dimanche 1 juillet 2018

De l’usage politique du Panthéon, avant l’hommage à Simone Veil

Par Virginie Malingre - Le Monde

Emmanuel Macron honore, dimanche, la mémoire de l’ancienne ministre de la santé, mère de la loi sur l’IVG et rescapée d’Auschwitz.

En décidant de faire entrer au Panthéon, dimanche 1er juillet, Simone Veil et son époux, Antoine Veil, Emmanuel Macron a fait un choix très macronien, qui met en scène les valeurs politiques et morales dont le chef de l’Etat se veut porteur.

Esprit de résistance, engagement européen, modernité, tout dans le parcours de cette femme hors du commun épouse les grands principes qu’il revendique. « Pour le président, c’est un marqueur de la ligne politique et historique dans laquelle il s’inscrit », commente le porte-parole de l’Elysée, Bruno Roger-Petit.

Rescapée de la Shoah, ancienne présidente du Parlement européen, Simone Veil a aussi, à sa manière, su transcender les partis traditionnels et le clivage droite-gauche : la loi sur la légalisation de l’avortement, qu’elle a portée comme ministre de la santé de Valéry Giscard d’Estaing, a été adoptée en 1974 à l’Assemblée grâce aux voix de la gauche.

« Notre mère courage », comme l’a qualifiée Robert Badinter, sera la cinquième femme inhumée dans ce temple de la mémoire républicaine. Quant à Antoine Veil, avec lequel elle a partagé sa vie, il sera le premier homme à y entrer en tant qu’époux. Un symbole, là aussi. « Les combats de Simone Veil s’enracinent dans sa déportation à Auschwitz », précise Sylvain Fort, la plume d’Emmanuel Macron. Ce que le philosophe Paul Ricœur, l’un des maîtres à penser du président de la République, appelait « un événement fondateur en négatif ».

Ce ne sera pas la première fois, dimanche, que le chef de l’Etat se rendra au Panthéon. Il avait tenu à ce que le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage y soit célébré le 27 avril, plutôt qu’au jardin du Luxembourg, où se trouve une stèle commémorative. Ce jour-là, Emmanuel Macron en avait gravi seul les marches, dans une mise en scène qui rappelait l’investiture de François Mitterrand, le 21 mai 1981. Et le 28 mars, c’est de la place des Grands-Hommes qu’était parti le cortège, vers les Invalides, d’Arnaud Beltrame, ce gendarme assassiné lors de l’attentat de Trèbes (Aude) pour s’être substitué à un otage.

« Rite d’incarnation »

« Depuis Mitterrand, la panthéonisation est devenue un rite d’incarnation du président », explique Patrick Garcia, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise, chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent.

Georges Pompidou n’y a jamais eu recours. Pas plus que Valéry Giscard d’Estaing, qui, lors de ses vœux de 1977, invitait les Français à « ne pas se laisser accabler par les rhumatismes de l’histoire ». « Pompidou comme Giscard achevaient un processus mémoriel pour sortir de la guerre, quitte à gommer les parties peu glorieuses de cette histoire. Je vous rappelle que Giscard a supprimé les commémorations du 8-Mai », explique Bruno Roger-Petit.

Avant eux, Charles de Gaulle avait fait entrer Jean Moulin au Panthéon, en 1964, mais il n’honorera pas d’autre « grand homme ». L’ancien fondateur de la France libre y voyait alors une manière de se réapproprier une initiative dont l’opposition de gauche, à l’époque, avait la paternité : c’est un député socialiste de l’Hérault, qui, se faisant le porte-parole des résistants de son département, d’où Moulin était originaire, avait demandé le transfert de ses cendres. C’était aussi une manière pour de Gaulle d’inscrire dans la symbolique son pouvoir présidentiel. « Sous les IIIe et IVe Républiques, les panthéonisations étaient votées par les députés. Sous la Ve, c’est devenu une prérogative du chef de l’Etat », rappelle Patrick Garcia.

C’est François Mitterrand qui signera le retour du Panthéon comme lieu symbolique de la nation. Le 21 mai 1981, le premier président socialiste de la Ve République y pénètre, seul, et disparaît dans la nef avant d’aller déposer une rose rouge sur les tombes de Jean Moulin, Jean Jaurès et Victor Schœlcher. « Contrairement à ses prédécesseurs, Mitterrand a voulu revisiter l’histoire », poursuit M. Roger-Petit.

Mais il faudra attendre la première cohabitation pour que Mitterrand apporte directement sa pierre à l’édifice, en décidant la panthéonisation de René Cassin, en 1987, puis de Jean Monnet en 1988, deux des Pères fondateurs de l’Europe. En organisant ces cérémonies quelques mois avant la présidentielle de 1988, décrypte Patrick Garcia, « le président écrase symboliquement son premier ministre et futur rival ».

A l’Elysée, on réfléchit déjà à la suite

De l’usage politique du Panthéon… Jacques Chirac retiendra la leçon. En 2002, six mois après sa réélection, il y fait entrer Alexandre Dumas, fils d’un général révolutionnaire de Saint-Domingue, une façon de célébrer le métissage dans cette France qui l’a élu à 82 % contre Jean-Marie Le Pen. En 2007, il revient au Panthéon pour un hommage aux Justes de France. Douze ans après avoir reconnu la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’ d’Hiv, Jacques Chirac honore ainsi ceux qui sont restés fidèles aux valeurs de la République.

La panthéonisation par François Hollande, en mai 2015, de quatre résistants – Geneviève de Gaulle, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay – participe de cette opération de rééquilibrage de la mémoire nationale. Tout comme celle aujourd’hui de Simone Veil.

A l’Elysée, on réfléchit déjà à la suite. A l’occasion du centenaire de la première guerre mondiale, le président envisage une nouvelle entrée : ce pourrait être l’écrivain Maurice Genevoix, blessé en avril 1915 et qui s’est attaché, dans son grand œuvre, Ceux de 14, à témoigner de la vie des poilus dans les tranchées avec un réalisme qui lui vaudra la censure.

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vendredi 29 juin 2018

Marche des fiertés: François de Rugy va faire flotter le drapeau arc-en-ciel sur l'Assemblée nationale

À Paris comme ailleurs, les marques de soutien à la cause LGBT et contre les violences homophobes se multiplient. La capitale s'est par exemple parée de drapeaux arc-en-ciel sur certains de ses passages piétons. Et l'Assemblée nationale, par le biais de son président François de Rugy s'engage elle aussi.

Le président de la chambre basse a ainsi déclaré ce jeudi 28 juin que le "rainbow flag" flotterait sur l'Assemblée nationale lors de la marche des fiertés qui se déroulera samedi 30 juin à Paris. "C'est un combat qui est souvent passé par l'Assemblée nationale. Qui a parfois été assez agité. Mais aujourd'hui on voit que ce sont plutôt des sujets qui rassemblent. Il y aura, samedi prochain, pour la marche des fiertés, ce pavoisement du palais Bourbon", a détaillé le président de l'Assemblée nationale sur LCP. Un engagement qui fait écho à celui de la mairie de Paris. Plusieurs carrefours du quartier du Marais, où sont concentrés la majorité des bars et boîtes de nuit gays de Paris, ont été ornés de passages piétons aux couleurs multicolores LGBT avant la "Gay Pride". L'un d'entre eux avait été dégradé et recouvert d'insultes homophobes en début de semaine.

Pour répondre à ces dégradations, Anne Hidalgo a annoncé sa décision d'en créer deux supplémentaires et de les rendre permanents.

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mercredi 27 juin 2018

Bons pour le service… minimum

Pour tenir cette promesse de campagne du candidat Macron, le président a dû revoir ses ambitions à la baisse. Ce mercredi, en Conseil des ministres, Edouard Phillippe a présenté les grandes lignes de ce que pourrait être le futur service universel pour les jeunes. Et on est loin de la formule que souhaitait au départ Macron avec un service national obligatoire de trois à six mois, effectué entre 18 et 21 ans et encadré par l’armée et la gendarmerie pour que les jeunes découvrent la vie militaire. Trop compliqué à mettre en œuvre et surtout trop cher. Si les modalités du nouveau service universel ne sont pas encore arrêtées, la période obligatoire ne devrait pas dépasser un mois pour des jeunes âgés de 16 ans. Est-ce que cela permettra de recréer une forme de creuset républicain ? On peut en douter. Mais pour que la formule marche, il faudra déjà convaincre les jeunes eux-mêmes. Une consultation doit être organisée à l’automne. Macron a tout intérêt à en tenir compte s’il ne veut pas se couper d’une jeunesse qui n’aime pas se voir imposer par la contrainte des décisions qui la concernent. Et qui pourrait descendre dans la rue pour contester la réforme  Source : Le Parisien

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Emmanuel Macron chez le Pape François (hier)

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Au Vatican, Macron et le pape font front uni face à la poussée populiste en Europe

Par Virginie Malingre, Rome, envoyée spéciale - Le Monde

François a rappelé au président français que « la vocation des gouvernants » est « de protéger les pauvres » au cours d’une visite chaleureuse.

Faire front contre l’Italie de Matteo Salvini, le groupe de Visegrad et tous les pays européens qui tirent le Vieux Continent vers le repli sur soi. A la veille du conseil européen prévu jeudi 28 et vendredi 29 juin, le pape François et le président de la République Emmanuel Macron ont voulu se sont montrer unis face à la montée des populismes, même si les choses n’ont jamais été dites en ces termes.

Il y a eu les images d’abord. Le souverain pontife a accueilli son hôte au Vatican, mardi 26 juin, avec un sourire engageant, quand il avait réservé un visage plus fermé à François Hollande. A la fin de leur entrevue, Emmanuel Macron lui a pris le bras et les deux hommes se sont longuement étreints. Quant à la rencontre elle-même, elle a duré 57 minutes, ce qui, pour les experts du Vatican, représente une performance française, alors que le souverain pontife n’avait consacré que 29 minutes à Donald Trump et 52 minutes à Barack Obama.

« Il y a eu une réflexion commune sur les perspectives du projet européen », a commenté le Saint-Siège. « Nous avons évoqué la crise politique que traverse l’Europe, mais à aucun moment la situation spécifique de l’Italie n’a été abordée », a précisé Emmanuel Macron. Pas plus que celle de l’Allemagne ou la loi asile-immigration, qui a été adoptée en première lecture au Sénat ce même mardi, sans conteste contraire aux valeurs du pape argentin.

Les élections italiennes et l’affaiblissement d’Angela Merkel sur la scène allemande ont fait converger les deux chefs d’Etat ces derniers jours. Si le pape François a souvent trouvé trop timide la réaction européenne face à l’afflux de migrants en 2015, le risque de voir l’Europe se diviser et se bloquer sous l’effet des souverainismes a pris le dessus. D’ailleurs, jeudi 21 juin, il avait rééquilibré son discours sur les migrants : « on doit », disait-il en rentrant de Suisse, mettre en œuvre quatre concepts, « accueillir, accompagner, organiser, intégrer », mais avec « la prudence » qui est la vertu du gouvernement.

« Nous sommes tous pauvres »

Paris est ainsi devenu un allié naturel. Et puis Emmanuel Macron n’est pas arrivé les mains vides. A ce chef spirituel qui se veut détaché des biens matériels, il a offert une édition en italien de 1949 du Journal d’un curé de campagne, de Bernanos, un écrivain très apprécié du pape.

Mais surtout, le souverain pontife savait, quand le président est arrivé, que le cas du Lifeline et de ses 234 migrants, bloqué au large de Malte, était réglé. La veille au soir, « j’ai eu une visite privée avec [Giuseppe] Conte [le président du conseil italien] », explique Emmanuel Macron, au cours de laquelle des contacts ont été pris avec Berlin et La Valette qui ont permis de ne pas rééditer l’affaire de l’Aquarius. La France, comme cinq autres pays européens, accueillera une partie des migrants qui étaient sur le navire humanitaire.

Parmi les signaux adressés au Vatican, le chef de l’Etat français avait également choisi de prendre son petit-déjeuner au Palais Farnèse – l’ambassade – avec la communauté Sant’Egidio, qui organise des couloirs humanitaires pour les réfugiés syriens et irakiens. Il avait surtout invité Véronique Fayet à l’accompagner. La présidente du Secours catholique, qui a eu des mots très durs contre la politique du gouvernement dans le domaine de l’immigration, a même été la seule personnalité de la délégation à avoir été conviée à partager le Falcon présidentiel lundi. « Le président veut dépasser les tensions, non pas les masquer », commente l’avocat Jean-Pierre Mignard, qui était également du voyage.

« Le pape est un chef d’Etat différent, a commenté Emmanuel Macron, Mais sa plus grande singularité, c’est qu’il ne cherche aucun rapport de force. C’est très rare, je fais moi-même partie de ces jeux de rapport de force. »

Pour autant, le pape n’hésite pas à faire passer des messages quand il le juge nécessaire. A son hôte français, il a offert un médaillon de Saint Martin, ce légionnaire romain qui avait, selon la légende, divisé son manteau en deux pour donner la partie lui appartenant à un pauvre (l’autre moitié étant la propriété de Rome). Un symbole d’altruisme et de solidarté avec les plus faibles, pour un chef d’Etat parfois accusé d’être le président des riches. « C’est la vocation des gouvernants de protéger les pauvres, lui a fait remarquer le pape, avec un regard appuyé, en remettant son présent. Nous sommes tous pauvres. »

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mardi 26 juin 2018

Première rencontre entre Emmanuel Macron et le pape François

rencontre pape

Source : CNews

Par Virginie Malingre, Cécile Chambraud - Le Monde

Le président de la République se rend au Vatican pour la première fois, aujourd'hui. L’accueil des migrants et la situation des chrétiens d’Orient devraient être au centre des discussions privées.

Emmanuel Macron ? « Je ne sais vraiment pas d’où il vient. » Interrogé lors d’une conférence de presse le 29 avril 2017, le pape François avait ainsi justifié le fait de ne pas être en mesure d’éclairer le choix des électeurs catholiques avant le second tour de l’élection présidentielle française, qui opposait la candidate du Front national Marine Le Pen à l’ancien ministre de l’économie de François Hollande. « Je ne comprends pas la politique intérieure française », s’était encore excusé le pontife argentin. Mardi 26 juin, le chef de l’Eglise catholique aura enfin l’occasion de faire la connaissance de ce politique de fraîche date, le chef de l’Etat devant lui rendre ce jour-là la première visite de son quinquennat.

Depuis son élection, l’Eglise catholique en France aura eu le temps de faire remonter au Saint-Siège des informations sur son hôte, qui se présente comme agnostique mais avait demandé le baptême à l’âge de 12 ans. Sa vision de la place des religions dans le débat public, telle qu’elle ressort des discours prononcés depuis un an devant les représentants des différents cultes, aura sans doute rassuré un pape qui, par le passé, a fait une « petite critique » à la France, celle « d’exagérer la laïcité », comme il l’avait dit dans un entretien au quotidien La Croix, le 17 mai 2016.

Les catholiques ont apprécié l’allocution prononcée par le président de la République le 9 avril au Collège des bernardins, à l’invitation de la Conférence des évêques de France (CEF).

« Nous avons entendu la main tendue du président de la République aux catholiques, résume Olivier Ribadeau Dumas, le secrétaire général de la CEF. Dans son discours, il y avait la reconnaissance de la place du catholicisme dans notre pays comme une évidence historique et l’affirmation que les catholiques ont un rôle à jouer dans la cohésion sociale. »

Il n’y a pas d’ordre du jour à proprement parler à cet entretien privé, prévu pour durer une demi-heure. Mais sur plusieurs sujets, les deux hommes peuvent avoir des intérêts convergents. La réaction décidée d’Emmanuel Macron après la décision de Donald Trump de sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, le 1er juin 2017, avait été appréciée par le premier pape à avoir rédigé une encyclique sur l’écologie, Laudato si’, publiée en juin 2015. Les deux hommes s’étaient parlé par téléphone le lendemain de l’annonce du président américain.

Protection du patrimoine des minorités

La grande préoccupation de Rome sur le sort des chrétiens d’Orient conduit aussi le Saint-Siège à rechercher le soutien des diplomaties actives dans la région. Le président français fera d’ailleurs coïncider sa visite au Vatican avec l’annonce d’une mission confiée à Charles Personnaz, haut fonctionnaire impliqué dans l’Œuvre d’Orient, l’association de l’Eglise catholique consacrée à l’aide aux chrétiens d’Orient. M. Personnaz sera chargé de proposer une stratégie pour renforcer l’action de la France dans les domaines de la protection du patrimoine des minorités du Moyen-Orient et du soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région, qui scolarisent en français près de 400 000 élèves.

D’autres sujets sont davantage facteurs de tensions entre le Vatican et Paris. Trois semaines après le refus du gouvernement italien d’autoriser les réfugiés de l’Aquarius à débarquer sur son sol, le silence observé dans un premier temps par l’exécutif français n’est pas passé inaperçu, dans une Eglise dont le chef plaide inlassablement pour l’accueil de ces migrants depuis le début de son pontificat.

« Sur la question des migrants, les dirigeants font en ce moment preuve de cynisme et d’indécence », estime Olivier Ribadeau Dumas. Emmanuel Macron devra s’employer à convaincre son interlocuteur du bien-fondé de sa politique et de la stratégie européenne sur le sujet au moment où les Vingt-Huit sont plus divisés que jamais.

Le chef de l’Etat rencontrera la communauté catholique de Sant’Egidio, qui participe à des « couloirs humanitaires » permettant à des réfugiés syriens d’être accueillis en Europe, et qui est en contact étroit avec le Vatican. Il a aussi eu l’habileté d’inviter dans sa délégation Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, qui n’a pas eu de mots assez durs contre la loi asile et immigration, en navette devant le Parlement, et contre la circulaire du ministre de l’intérieur sur les contrôles dans les centres d’hébergement d’urgence.

« Cette invitation me donnera l’occasion de demander [à Emmanuel Macron] une stratégie de lutte contre la pauvreté ambitieuse », commente Véronique Fayet. Vatican News, le portail d’informations du Saint-Siège, a publié lors du premier anniversaire de l’élection du président français, un entretien avec Dominique Quinio, la présidente des Semaines sociales, duquel il ressortait que, accusé d’être le « président des riches », « le chef de l’Etat n’a pour le moment pas montré de politique sociale claire malgré les nombreuses réformes engagées ».

Titre de chanoine

Alors que le mariage pour tous avait empoisonné les relations entre François Hollande et le Saint-Siège pendant les premières années de son quinquennat, il n’est pas certain que la question de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes se pose de façon aussi brûlante pour son successeur. Le Vatican a vu d’un œil intéressé l’organisation des Etats généraux de la bioéthique en France. Et les catholiques présents aux Bernardins ont bien compris que, si Emmanuel Macron a dit vouloir « réparer le lien » entre l’Eglise et l’Etat qui a été « abîmé », il a aussi prévenu qu’il ne trancherait pas toujours en leur faveur.

Un autre combat porté avec insistance par le pape François pourrait aussi préoccuper la diplomatie française. Il touche à la dissuasion nucléaire, base de la doctrine française de défense. Si le Saint-Siège a condamné depuis longtemps l’emploi d’armes de destruction massive, Jean Paul II avait admis, au début des années 1980, qu’« une dissuasion basée sur l’équilibre » pouvait « être jugée comme moralement acceptable » comme « une étape sur la voie du désarmement progressif ». Avec le pape François, la condamnation morale de l’Eglise catholique semble s’étendre désormais à la « possession » même d’armes nucléaires. Le Saint-Siège ne se contente pas de mots : il s’est beaucoup investi dans l’adoption, par 122 pays sur 192, du traité sur l’interdiction des armes nucléaires à l’ONU, en juillet 2017. Il a été l’un des premiers Etats à le ratifier.

Emmanuel Macron se rendra dans l’après-midi à Saint-Jean-de-Latran pour recevoir le titre de chanoine (laïc) d’honneur de cette basilique, distinction symbolique qui revient automatiquement au chef de l’Etat français selon une tradition qui remonte au roi Henri IV – même si Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande ne sont pas venus en prendre possession.

pape

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samedi 2 juin 2018

Emmanuel Macron chute dans les sondages...

chute

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lundi 21 mai 2018

Macron : les limites d’une diplomatie jupitérienne

Par Marc Semo - Le Monde

Emmanuel Macron n’avait que peu d’expérience en politique extérieure au moment de son élection. Servi par son image, il a exercé une diplomatie proactive et pragmatique. Paradoxalement, c’est en Europe que le président est aujourd’hui le plus à la peine.

« France is back ! », aime à répéter Emmanuel Macron. Il lança la formule au Forum économique mondial de Davos, le 24 janvier et, la veille, à Versailles, s’adressant en anglais aux grands patrons américains de la nouvelle économie, en partance pour la station des Alpes helvétiques. Apôtre d’une francophonie « décomplexée », le président français manie volontiers la langue de Shakespeare pour vanter une France ouverte aux défis de la mondialisation.

L’élection surprise, le 7 mai 2017, de ce jeune et brillant technocrate aux convictions européennes assumées constituait déjà en soi un changement. D’où le rapide et indéniable succès d’image du nouveau président, même s’il se retrouve parfois en porte-à-faux, à force de vouloir concilier l’inconciliable.

Un an plus tard, le retrait de Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien, après celui sur le climat, malgré la relation affichée d’« amitié » entre les deux chefs d’Etat, représente un incontestable revers pour un président très attentif à son image.

Pour 55 % des Français, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info, il est perçu comme trop aligné sur le locataire de la Maison Blanche. Dresser le bilan de la politique extérieure d’Emmanuel Macron est prématuré, mais il est déjà possible de déceler les lignes de force et les failles de son action diplomatique.

Le jupitérien

Encore candidat, Emmanuel Macron déclarait dans l’hebdomadaire Challenges, en octobre 2016 : « La France a besoin d’un président jupitérien. » En s’installant à l’Elysée, il a rappelé que, selon la Constitution de la Ve République, le chef de l’Etat est le véritable maître d’œuvre d’une politique étrangère. Si le jeune président a fait de la personnalisation extrême de la fonction une marque de fabrique, elle est souvent ressentie comme de l’arrogance, notamment au sein de l’Union européenne (UE). Surtout, elle l’expose.

Avec un Donald Trump imprévisible, une Theresa May engluée dans le Brexit et une Angela Merkel affaiblie, Emmanuel Macron bénéficiait d’un exceptionnel alignement de planètes pour émerger sur la scène internationale. Il a très bien su en jouer.

« Le simple fait que, partout, il soit considéré comme un vrai président, et que la parole de la France soit à nouveau prise au sérieux, est déjà un vrai résultat, remarque l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine. Même s’il surjoue l’amitié et les contacts personnels, il affirme un style se démarquant clairement de celui de ses prédécesseurs. Maintenant, il doit transformer l’essai après ce démarrage réussi. »

Pour sa part, Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), avertit : « Ce retour est très frappant dans toutes les arènes internationales, mais cela peut aussi retomber très vite, comme l’effet Trudeau », évoquant la déconvenue après les débuts prometteurs du jeune premier ministre canadien.

Cet alignement de planètes, qui était la chance de M. Macron, est en passe de devenir son principal problème. Le président américain fait peu de cas des positions françaises. La chancelière allemande traîne les pieds sur ses ambitieux projets européens. La première ministre britannique ne s’occupe que de sa survie politique. Il est donc bien seul.

Avec la sortie américaine de l’accord nucléaire iranien, le chef de l’Etat affronte sa première crise diplomatique majeure. Conscient des lacunes du Plan d’action global commun (PAGC, JCPOA en anglais), signé en juillet 2015 à Vienne (Autriche), il proposait, dès septembre 2017, de le compléter, notamment sur le programme balistique de l’Iran, et sur les dangers de la politique régionale hégémonique de Téhéran. Au risque de paraître trop ­aligné sur Washington. « Vis-à-vis de Trump, Macron a pris la place laissée vacante par le Royaume-Uni. Il joue une stratégie britannique : se rapprocher pour influencer », note Bruno Tertrais, le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Désormais, Paris s’active aux côtés de Berlin et Londres pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Mais l’Europe pourra-t-elle – et, surtout, voudra-t-elle – suppléer aux conséquences économiques du retrait américain, pour convaincre Téhéran de continuer à respecter l’accord ? La polarisation croissante au Moyen-Orient entre les « axes » sunnite et chiite rend toujours plus indispensable, mais aussi plus difficile, le rôle de médiateur auquel prétend Emmanuel Macron.

Le bon élève

Enarque passé par Bercy, puis la banque Roth­schild, le président français n’avait a priori, en s’installant à l’Elysée, pas d’expérience en politique extérieure, même si, en tant qu’ancien secrétaire général adjoint à l’Elysée et sherpa de François Hollande, il avait participé à la préparation de sommets du G7 et du G20.

Cette relative ignorance fut paradoxalement un atout. « Il n’était pas prisonnier de vieux schémas ni d’a priori idéologiques, il a donc su voir vite le monde tel qu’il est, après les bouleversements des dernières années sur la scène géopolitique », relève un diplomate. Il a surtout appris très rapidement. « Emmanuel Macron s’inscrit à la fois dans une continuité assumée, avec ce que fut la diplomatie de la Ve République, avec un côté bon élève qui connaît son histoire de France, tout en affirmant un style très particulier par sa réactivité et sa rapidité. C’est un comportement très connoté start-up », précise Thomas Gomart, coordinateur avec Marc Hecker de « Macron an I. Quelle politique étrangère ? », une étude de l’IFRI, parue en avril, qui évoque son « classicisme agile ».

Le huitième président de la Ve République paie de sa personne. Il a effectué un nombre record de visites à l’étranger dans sa première année de présidence : 43 voyages, dont 26 dans les pays de l’UE, et quelque 170 000 kilomètres parcourus. Incarnée par ce jeune président proactif, la diplomatie française est à nouveau audible sur les grands dossiers. « Ce changement d’image de la France, avec un président incarnant la modernité, représente déjà en soi un succès majeur », se félicite Bruno Tertrais.

Pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron s’appuyait sur Jean-Yves Le Drian, le tout-puissant ministre de la défense du quinquennat Hollande, aujourd’hui installé au Quai d’Orsay. Les deux hommes ont une vision et une priorité communes : « La sécurité des Français est la raison d’être de ­notre diplomatie », martelait Emmanuel Macron le 29 août 2017, lors de sa première conférence aux ambassadeurs, assurant que sa priorité est « la lutte contre le terrorisme islamiste ».

M. Le Drian sait rester discret, tout en fournissant nombre d’éléments de langage au chef de l’Etat, mettant aussi à sa disposition ses réseaux personnels, en Afrique comme au Proche-Orient, notamment dans les Emirats arabes unis, en Arabie saoudite et en Egypte. Outre les diverses réunions hebdomadaires (conseil des ministres, conseil de défense restreint, etc.), ils se rencontrent pour un petit-déjeuner tous les mardis matin, afin de faire le point.

Le gaullo-mitterrandien

Le président Macron se revendique volontiers du « gaullo-mitterrandisme », socle d’une diplomatie française indépendante, amie et alliée des Etats-Unis, mais non alignée sur la politique de Washington. Une ­façon de se différencier de l’autre grande sensibilité de la politique extérieure ­française, plus atlantiste et « interventionniste », suivie par Nicolas Sarkozy puis par François Hollande.

« Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans, déclarait-il lors de ses vœux au corps diplomatique, en janvier. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur, à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak, et elle a eu raison. Elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. »

Bien réelle dans les années 1960-1970, l’opposition entre ces deux courants ne correspond plus à grand-chose, à l’heure du retrait américain des affaires du monde amorcé par Barack Obama, et accéléré par Donald Trump. « Le contexte géopolitique ne ressemble en rien à celui d’il y a un demi-siècle, et ces étiquettes détournent le regard des enjeux qui structurent les opinions aujourd’hui », souligne Justin Vaïsse, directeur du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay, dans un article publié par la revue Esprit en novembre 2017.

« Emmanuel Macron n’est pas un “néocon” [néoconservateur], il ne veut pas l’être et c’est très clair dans sa tête, même si la réalité est parfois plus compliquée, relève Hubert Védrine. Se dire gaullo-mitterrandien – qui est un mot-valise – lui permet de se démarquer de manière commode de ses prédécesseurs. »

Cela n’a pas empêché le chef de l’Etat de proclamer des « lignes rouges » en Syrie, à propos de l’acheminement des aides humanitaires, et, surtout, de l’emploi des armes chimiques. L’armée française a ainsi participé activement aux frappes du 14 avril, aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni, en représailles au bombardement chimique de Douma, le 7 avril, par Damas, mais non pour renverser le régime syrien. Si Emmanuel Macron répète volontiers que ce sera aux Syriens de décider du sort de Bachar Al-Assad, il rappelle aussi que les dirigeants de Damas devront être jugés pour leurs crimes. Ce qui n’est pas très différent de ce que disait Hollande. Il en est de même pour la lutte contre le djihadisme au Sahel.

« Il est facile de montrer les éléments de continuité par rapport au quinquennat précédent, et plus difficile de trouver des actes montrant une rupture. Il y a seulement eu quelques inflexions », souligne Bruno Tertrais. Un constat que partage, pour le déplorer, Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, soulignant que, sur la plupart des dossiers, « les éléments de continuité sont même ­incroyables, par rapport aux idées que l’on se faisait sur les intentions d’Emmanuel Macron, il y a un an ».

Le néoréaliste

Emmanuel Macron a des intuitions et un sens aigu des rapports de force. Pragmatique avant tout, il assume que la diplomatie soit faite pour défendre les intérêts d’un pays, et que négocier implique de parler, y compris avec ceux qu’on considère comme des adversaires.

Pour lui, la vocation de la France est d’être « une puissance d’équilibre ». « Il ne peut pas être pour autant un pur réaliste en matière de politique internationale, comme le furent de Gaulle ou François Mitterrand, car il doit tenir compte de l’opinion et de l’air du temps », constate Hubert Védrine. « Sa vision du monde, fondée sur les rapports de force, est en quelque sorte néoréaliste. La démocratie et les droits de l’homme ne sont pas un objectif en soi, mais ils doivent être placés dans le cadre d’une stratégie du possible », ajoute Bruno Tertrais de la FRS. D’où un verbe à géométrie variable. Si la diplomatie française pourfend les bombardements russes en Syrie, elle est beaucoup plus discrète sur ceux de l’aviation saoudienne au Yémen.

Recevant à l’Elysée, le 24 octobre 2017, le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi, dont le bilan en matière de droits de l’homme est au moins aussi désastreux que celui d’Hosni Moubarak, Emmanuel Macron se refuse, lors de la conférence de presse, « à donner des leçons hors de tout contexte ».

A l’Elysée, comme au Quai d’Orsay, on explique que ces questions, y compris des cas précis, sont plus efficacement traitées dans la discrétion. Vieux leitmotiv de la diplomatie française. Cela n’empêchera pas Emmanuel Macron de se lancer, le lendemain, devant la Cour européenne des droits de l’homme, dans un hymne aux libertés. « En tant que professeur, je lui donne 18/20 sur les intentions affichées, mais nettement moins que la moyenne pour les travaux pratiques », note Bertrand Badie avec une amère ironie.

La diplomatie très proactive d’Emmanuel Macron n’a pas encore donné de résultats concrets. Mais un an, c’est peu. Ainsi, impulsée par Paris, la toute première rencontre, en juillet 2017, à La Celle-Saint-Cloud, entre les deux hommes forts de la Libye, le premier ministre Fayez Al-Sarraj et le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, a permis de poser un jalon pour une stabilisation du pays… qui reste encore bien lointaine.

Les négociations sur la Syrie sont au point mort. Quant au conflit israélo-palestinien, il reste dans l’impasse : le président français s’est résigné à laisser faire Trump, tout en critiquant sa ­ politique de boutefeu. Compte tenu de la réalité des rapports de force à l’échelle mondiale, et du poids de la France, il était difficile d’espérer mieux.

Le philosophe

Celui qui fut l’assistant du philosophe Paul Ricœur pour La Mémoire, l’histoire, l’oubli (Le Seuil, 2003) a conscience du « tragique » de l’histoire, et en pressent le retour. Mieux, il y voit une ­occasion pour l’Europe d’échapper au « nihilisme » et « à l’insignifiance après trente ans de postmodernité mal digérée ». « Ce vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel entre dans une nouvelle aventure, où le tragique s’invite », confie-t-il, dans un accès d’exaltation, lors d’un entretien à la NRF.

Il voit paradoxalement dans ce retour du tragique des raisons d’être optimiste. « Sa vision du monde est cohérente, et construite en amont de son engagement politique », analyse Brice Couturier, auteur de Macron, un président philosophe (Ed. de l’Observatoire, 2017), tout en regrettant « l’abîme entre l’ampleur de ses conceptions et les impératifs de la gestion politique au jour le jour ».

Emmanuel Macron se fait volontiers le héraut d’un « multilatéralisme fort ». Devant l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2017, comme devant le Congrès américain à Washington, le 25 avril, il rappelle que « fermer la porte au monde n’arrêtera pas son évolution ». Un discours interrompu par une cinquantaine d’ovations debout, alors même que sa vision du monde est aux antipodes de celle du président américain, chantre de « l’Amérique d’abord ». Il rappelle aussi qu’il appartient aux Etats-Unis, principaux artisans à la fin de la seconde guerre mondiale de ce multilatéralisme, d’œuvrer à sa réinvention.

Le président est par ailleurs conscient du besoin de protestation des peuples. « Sa force est d’incarner une mondialisation raisonnée, disant clairement les choses sur les risques d’une mondialisation incontrôlée et, face au triangle stratégique Etats-Unis, Chine, Russie, il peut occuper un réel espace avec le ralliement des puissances moyennes », note Thomas Gomart, qui rappelle toutefois que, « la France pesant à peine 2,5 % du PIB mondial, elle ne peut pas faire grand-chose seule ».

Le disruptif

Emmanuel Macron casse volontiers les codes, et il incite son équipe diplomatique, globalement très jeune, à « faire des coups ». Son plus gros succès en la matière reste le sauvetage politique du premier ministre libanais, Saad Hariri. En novembre 2017, celui-ci avait annoncé, contraint et forcé, sa démission depuis Riyad (Arabie saoudite), où il était retenu, semble-t-il, contre son gré. Une médiation du président français, qui, à son retour des Emirats arabes unis, s’étant arrêté à l’aéroport de la capitale saoudienne, avait permis de résoudre la crise, tout en instaurant « un lien personnel fort » avec le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, qui fut accueilli avec faste à Paris, le 10 avril.

« Emmanuel Macron est une personnalité à la fois empathique et dure, qui aime la complexité », note un de ses anciens conseillers de campagne. Il affiche aussi facilement qu’ostensiblement son « amitié » pour nombre des grands dirigeants internationaux qu’il rencontre, qu’il s’agisse du tout-puissant numéro un chinois Xi Jinping ou en même temps du nationaliste indien Narendra Modi, grand rival de la Chine en Asie.

Benyamin Nétanyahou aussi est un « ami ». Il a d’ailleurs été le premier chef de gouvernement israélien invité aux cérémonies de commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv de 1942. Un style personnel et direct, inauguré avec Donald Trump et la poignée de main musclée de près de dix secondes entre les deux hommes, le 25 mai 2017 à Bruxelles, lors d’un sommet de l’OTAN.

« La relation personnelle qui s’incarne avec mes interlocuteurs est une adaptation permanente qui ne vaut que si elle est au service d’une stratégie », précisait-il le 6 mai dans un entretien au Journal du dimanche, l’un de ses canaux préférés de communication. L’amitié n’empêche pas d’aborder les points de désaccord.

Sur le climat et le nucléaire iranien avec Donald Trump, comme sur la Syrie, les campagnes médiatiques du Kremlin ou l’empoisonnement de l’ex-agent double Skripal, avec Vladimir Poutine. Avant son voyage à Saint-Pétersbourg, prévu les 24 et 25 mai, le président français rappelle cependant avec insistance l’importance de la Russie, « qui est aussi l’Europe, même si elle n’a presque jamais connu la démocratie telle que nous la vivons ».

L’Européen

En politique étrangère, l’Europe est son sujet préféré, celui qu’il connaît le mieux, et qui est, de son point de vue, le plus important. « Il nous appartient particulièrement en tant qu’Européens, de défendre les biens communs du monde libre que sont la démocratie, la paix, le climat. La France doit permettre à l’Europe de devenir le leader du monde libre », expliquait-il dans une longue interview à l’hebdomadaire Le Point, le 31 août 2017.

Ces thèmes ont également été, durant le mois de septembre 2017, au cœur de ses discours d’Athènes et de la Sorbonne, où il a longuement développé sa vision du projet européen. Aux yeux de Washington, comme des capitales des pays émergents, Macron incarne désormais l’UE. Or, c’est paradoxalement en Europe que le président français est aujourd’hui le plus à la peine.

« Son leadership sur l’Europe, comme auparavant celui d’Angela Merkel, existe avant tout par défaut, remarque Hubert Védrine. Comment le transformer, alors qu’il ne reçoit guère de soutiens des Etats membres et que celui de Merkel reste ­limité ? C’est son défi pour les prochains mois. » Ses propositions pour un Parlement ou un ministre de la zone euro ont été retoquées. Il en a été de même du projet, qui lui était particulièrement cher, de listes transnationales aux élections européennes de 2019, pour les sièges laissés vacants par les Britanniques.

Emmanuel Macron a beaucoup misé sur le soutien d’Angela Merkel, mais celle-ci, politiquement affaiblie, doit tenir compte de son aile droite, fermement opposée aux conceptions du président français, notamment sur la zone euro.

« IL AVAIT RÉUSSI À SE GLISSER DANS LES INTERSTICES D’UN SYSTÈME POLITIQUE FRANÇAIS BLOQUÉ, MAIS EN EUROPE CE PARI TIENT DE LA ­GAGEURE », NOTE UN DIPLOMATE

L’Europe du Nord est encore plus réticente à ses propositions. Les partis populistes continuent à avoir le vent en poupe, y compris dans des pays auparavant très europhiles comme l’Italie. Enfin, les ­démocraties illibérales prospèrent à l’Est. La conception très verticale du pouvoir d’Emmanuel Macron ne passe pas dans un système européen horizontal et fondé sur le compromis. « Il avait réussi à se glisser dans les interstices d’un système politique français bloqué, mais en Europe ce pari tient de la ­gageure », note un diplomate.

La transformation de l’Europe, son affirmation en tant que puissance, aussi bien sur le plan diplomatique que sur celui de la sécurité, sont pourtant plus nécessaires que jamais. Emmanuel Macron est conscient de l’enjeu.

Devant le Parlement européen, le 17 avril, il affirmait haut et fort « ne pas vouloir appartenir à une génération de somnambules », évoquant les dirigeants de 1914, aussi aveugles qu’irresponsables et incapables d’enrayer l’engrenage vers le pire.

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lundi 30 avril 2018

François Hollande

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