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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

lundi 24 septembre 2018

"Le sexe des colonies"

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jeudi 13 septembre 2018

Réflexion

andy

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mercredi 12 septembre 2018

La masturbation va-t-elle remplacer le sexe ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Plus disponible, plus efficace, l’onanisme dispose de solides atouts. Mais opposer auto-érotisme et rapport sexuel n’a pas de sens tant les deux sont étroitement imbriqués, relève la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

En septembre dernier, lors de la Sex Expo de New York, la chroniqueuse (moi) observait avec perplexité deux objets curieusement marketés. Le premier, une vaginette géante couleur bleu électrique, était présentée comme un outil de préparation physique, pour s’entraîner avant de « vrais » rapports. Le second, un vibrateur clitoridien, était vendu comme aide au retour à la sexualité pour les femmes venant d’accoucher. En dépit du fait qu’il s’agissait de stimuler ses parties génitales en solitaire afin d’obtenir des orgasmes, aucun des deux concepteurs n’a voulu admettre qu’il s’agissait d’objets masturbatoires.

De fait, l’onanisme implique encore aujourd’hui un imaginaire d’égoïsme, de misère, d’improductivité… et d’énormes godemichets en plastique rose (si vous en possédez, mettez-les sous vitrine, ils commencent tout juste à être vintage).

Alors que certains semblent ne voir la masturbation nulle part (« je vous jure qu’il s’agit d’un facilitateur pour retour de couches, accessoirement destiné à vous faire grimper aux rideaux »), d’autres voient le vice partout. Selon les adeptes de théories apocalyptiques, nous vivons déjà dans une société de la masturbation. Trop de plaisirs, trop accessibles, trop de narcissisme, trop de laisser-aller, dont on tirera les perspectives attendues : fin du couple, désenchantement du monde, métamorphose en robots sans âme, scotchés à nos sextoys et nos smartphones (s’il existe encore une différence).

Vive les effets de l’interaction

Bon. Mettons les pieds dans le plat. Si la masturbation remplaçait le sexe, serait-ce une si mauvaise nouvelle ? Ne serions-nous pas libérés une bonne fois pour toutes du concept de misère sexuelle ? Si les rapports humains sont trop compliqués, conflictuels et décevants, pourquoi ne pas s’en passer ?

La masturbation dispose en effet de solides atouts : tout d’abord, si on s’en tient à une vision comptable de la sexualité, elle est à la fois plus disponible et plus efficace qu’un rapport interpersonnel. Non seulement nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-mêmes, mais nous sommes en libre-service permanent et gratuit (comme la cantine de Facebook). En 2016, le site Cam4 demandait à 8 000 femmes de parler de leurs orgasmes : en termes de plaisir, la masturbation fonctionne mieux que les caresses, les cunnilingus, les pénétrations vaginales ou, tout en bas du classement, les pénétrations anales (à peine un quart d’adeptes en France, contre 70 % d’heureuses branleuses).

Ces jouissances faciles s’expliquent par tout un tas d’excellentes raisons : aucun jugement, aucune obligation de performance, un corps qu’on connaît sur le bout des doigts et, bien entendu, une technique parfaite. C’est peut-être sur ce point que le rapport sexuel classique a du souci à se faire : la masturbation a plus évolué, depuis l’invention du vibrateur, que le missionnaire depuis le temps des cavernes. Qui pourra en outre nous reprocher, en des temps difficiles, un peu d’amour de soi ? La masturbation s’inscrit avec délice dans les prescriptions du body-positivisme, de la bienveillance, du care. Et puis c’est sûr qu’en restant dans sa chambre, on prend moins le risque de tomber sur des pervers narcissiques.

Dans ces conditions, pourquoi faire encore l’amour ? Eh bien, parce que sur les 142 raisons documentées qui nous poussent au crime de fornication (Archives of Sexual Behavior, juillet 2007), la très grande majorité n’a rien à voir avec des questions de plaisir physique, de soulagement ou de confort. Ce sont au contraire les effets de l’interaction qui sont prioritairement recherchés, avec une réjouissante amplitude de motivations. Ces dernières s’étendent de la peur d’être abandonné à la recherche de bénéfices financiers, en passant par la manipulation ou la très compréhensible envie d’exaspérer ses parents.

Le jour où une masturbation sera capable de vous prodiguer une augmentation ou une demande en mariage, d’impressionner vos amis ou de dire merci à votre maîtresse, nous pourrons comparer ce qui est comparable.

Espace de partage et de bienveillance

Mais bien sûr, tout cela n’a de sens qu’en opposant masturbation et rapport sexuel, un raccourci qui nous emmènerait droit dans le mur. Notre propre corps ne cesse pas d’exister au moment où nous ouvrons nos draps à un partenaire : il existe toujours une part de masturbation dans un rapport sexuel, qui peut être plus ou moins assumée, comme le montrent les questions angoissées des internautes sur certains forums (« J’ai l’impression qu’il se masturbe sur moi »). Même lors du missionnaire le plus basique, est-on toujours ensemble ? Ne pense-t-on jamais à autre chose, à une autre personne… ou à rien ?

A l’inverse, est-on jamais seul/e quand on se masturbe ? Si on se caresse en imaginant son patron, peut-on parler de rapport interpersonnel unilatéral ? Si le patron est au courant que vous fantasmez sur ses fesses velues, parce que vous le lui avez signifié par texto, vidéo et télégramme, et qu’il vous demande de continuer mais à plat ventre, est-ce encore strictement de la masturbation ? Et si le patron se situe dans la pièce ?

Comment peut-on circonscrire la masturbation à une activité solitaire, quand on peut être masturbé/e par quelqu’un ? Comment peut-on la limiter à une histoire de plaisir égoïste, quand elle s’inscrit dans le cadre de rapports de pouvoir, de frustration ou d’exhibition entre adultes consentants (pensez au juteux business des cam girls, qui s’adonnent à l’auto-érotisme contre paiement, devant la caméra de leur ordinateur) ?

Le proche futur devrait continuer de brouiller les cartes puisque les teledildonics, ces sextoys à distance dont le concept existe depuis 1975 (ça ne nous rajeunit pas), permettent à des couples séparés de faire l’amour en simultané (dans le cas d’un rapport hétérosexuel, imaginez un godemichet et une vaginette interconnectés, répercutant mutuellement les informations ayant trait à la vigueur d’un coup de rein où à la vibration d’un orgasme).

L’ARGUMENT D’UNE MASTURBATION TRIOMPHANTE COMME PREUVE DE L’INDIVIDUALISME CONTEMPORAIN NE TIENT PAS LA ROUTE

Jusqu’à la semaine dernière, le plein déploiement de cette technologie restait entravé par une sombre histoire de propriété intellectuelle abusive, mais le brevet vient de tomber. Vous ne devriez donc pas tarder à entendre vos voisins ahaner même quand madame est en voyage d’affaires au Tadjikistan (si l’impatience vous consume, pensez aux versions déjà existantes des teledildonics, comme l’œuf télécommandé).

Du coup, l’argument d’une masturbation triomphante comme preuve (rayez les mentions inutiles) de l’individualisme contemporain, de l’incapacité à aimer, d’un hédonisme forcené, d’une immaturité rampante, du réchauffement climatique, ne tient pas la route. Justement parce qu’elle déborde du cadre étroit qui lui était assigné, la masturbation rend cette distinction privé/public obsolète. Peut-être, effectivement, nous transformons-nous en créatures égocentriques. Mais si la masturbation, dans le même mouvement, devient un espace de partage et de bienveillance, aura-t-on réellement perdu au change ?

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dimanche 2 septembre 2018

L'artiste Déborah de Robertis arrêtée après s'être exhibée nue dans le sanctuaire de Lourdes

La performeuse luxembourgeoise Déborah de Robertis a été arrêtée vendredi soir pour exhibition sexuelle.

La foule des pèlerins n’a pas dû en croire ses yeux en voyant, vendredi vers 17h40, une drôle d’apparition en plein milieu du sanctuaire de Lourdes. Déborah de Robertis, artiste performeuse luxembourgeoise âgée de 34 ans, se trouvait entièrement nue devant une assemblée de croyants et de religieuses. Ses cheveux seuls étaient recouverts d’un voile bleu de madone. Dans une vidéo postée sur YouTube, on voit des catholiques intervenir pour recouvrir sa nudité.

La jeune femme a été interpellée, et placée en garde à vue pour exhibition sexuelle, selon une source policière interrogée par le JDD. Cette dernière est déjà connue des services de police pour ce type de délit. L’artiste féministe utilise en effet sa nudité pour des performances ; elle avait par exemple posé nue, les jambes écartées, devant la Joconde au musée du Louvre à Paris. Le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamnée à 35 heures de travail d’intérêt général pour avoir mordu au bras un gardien, mais elle avait été relaxée du chef d’exhibition sexuelle.

Le 29 mai 2014, la performeuse avait tranquillement reproduit la pose du modèle de L’Origine du monde de Courbet, tableau exposé au musée d’Orsay. Déborah de Robertis, ancienne membre des Femen, dit questionner la place des femmes dans la société, à travers ses happenings. Lors de ses précédentes comparutions devant la justice, elle avait dit sa volonté de recommencer, c’est selon elle son rôle d’artiste.

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vendredi 31 août 2018

Ernest Hemingway

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jeudi 30 août 2018

Puissante série de photos...

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La première image concerne la pédophilie au Vatican. La seconde aux abus sexuels infantiles des touristes en Thaïlande, la troisième concerne la guerre en Syrie. La quatrième image concerne le trafic d'organes sur le marché noir, où la plupart des victimes d'enfants des pays pauvres, la cinquième concerne le libre accès aux armes aux États-Unis. Et enfin, la sixième image se réfère à l'obésité, en accusant les grandes compagnies de Fast-Food.

La série produite par l'artiste cubain Erik Ravelo ART, intitulée "Les Intouchables", représente des photographies d'enfants crucifiés par leurs oppresseurs, chacun pour une raison différente avec un message clair qui cherche à réaffirmer le droit des enfants à être protégés en particulier dans les pays comme le Brésil, la Syrie, la Thaïlande, les États-Unis ou le Japon.

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samedi 25 août 2018

Fantasmes sadomasochistes et théorie des cordes : qui rêve de cuir ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Les désirs de bondage et de soumission, très largement répandus, montrent que nous n’en avons pas terminé avec une culture érotique obsédée par les enjeux de pouvoir, estime la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

Vous pensiez ne plus jamais entendre parler de Cinquante nuances de Grey ? Bien tenté, camarades, bien tenté. Cependant, outre que la trilogie a désormais dépassé le milliard de dollars de recettes au cinéma et les 125 millions d’exemplaires vendus sur papier, nous restons imbibés de culture BDSM (bondage, domination, discipline, sado-masochisme). L’érotisation du pouvoir ne relève plus de la bizarrerie mais de la norme écrasante : selon une nouvelle et très solide étude américaine, à peine 4 % des femmes et 7 % des hommes rapportent n’avoir jamais eu ce genre de fantasmes. Un raz-de-marée qui questionne les récentes avancées politiques !

Selon cette même étude, parue le mois dernier sous forme de livre (Tell Me What You Want, par le docteur Justin Lehmiller, aux éditions Da Capo Lifelong), la catégorie BDSM se taille – avec les fantasmes orgiaques – la part du lion de nos envies secrètes. Au point que plus d’un quart des personnes interrogées mentionnent la domination comme fantasme principal.

Et ça n’est pas une spécificité américaine ! Ce score particulièrement élevé corrobore des statistiques canadiennes, où 65 % des femmes et 54 % des hommes aimeraient être dominés, la moitié seraient partants pour sortir les menottes, tandis qu’environ un tiers expérimenterait volontiers avec la douleur (Université de Montréal, 2014). En France, un tiers des femmes aimeraient être dominées pendant l’amour, un quart fantasment à l’inverse sur le rôle de dominante – mais attention à l’effet générationnel, car chez les moins de 25 ans, les chiffres sont respectivement de 70 % et 56 % (Ipsos, 2014). Presque une jeune femme sur deux apprécie les jeux de bondage !

Des pratiques et des intentions diverses

Que nous démontre ce spectaculaire succès ? Eh bien, que nous n’en avons pas terminé avec une culture érotique obsédée par les enjeux de pouvoir. Sauf à nous cloîtrer loin de tout musée, toute littérature, toute mythologie ou toute religion, il paraît impossible d’éviter cette influence. Mais si nous avons effectivement hérité de cet imaginaire, nous sommes encore capables de décider qu’en faire – sans angélisme ni abandon de notre esprit critique. Et manifestement, nous prenons le parti d’assumer ! Nous maintenons des rapports hiérarchiques érotisés, notamment entre hommes et femmes, sous des formes multiples : la galanterie, la préférence affichée pour les alpha-mâles, la célébration des zones grises comme seuls espaces de réelle jouissance (il faut le dire vraiment vite)...

Sommes-nous fous, pervers, au moins irresponsables ? En fait, vraiment pas : les personnes qui pratiquent le BDSM sont plus extraverties, moins névrosées, plus ouvertes aux expériences nouvelles, plus conscientes, plus épanouies intimement que les autres (Journal of Sex Medicine, août 2013). Ces désirs ne sont d’ailleurs aujourd’hui plus considérés, médicalement, comme des pathologies.

Et si certains adeptes trouvent leur satisfaction dans l’abandon d’une partie de leur contrôle, quitte à se transformer en véritables jouets sexuels, d’autres apprécieront l’aspect élitiste ou folklorique de ces fantasmes. Pour d’autres encore, le monde du BDSM permet l’expression d’un amour sans faille et d’une confiance totale – l’imaginaire fleur bleue s’accorde sans peine aux petits hématomes laissés par les envolées lyriques des amants.

Cependant, de quoi parle-t-on exactement ? Le pack BDSM recouvre des pratiques et des intentions diverses, auxquelles un acronyme ne rend pas justice. En l’occurrence, c’est le bondage qui est plébiscité (il est mentionné par les trois quarts des personnes interrogées). Sa facilité de mise en œuvre favorise cette pole position : peu ou pas de connaissances requises, pas de matériel spécifique indispensable (deux cravates et un cerveau feront l’affaire). Les adeptes de discipline sont moins nombreux (un peu plus de la moitié des sondés).

Ensuite viennent les désirs de soumission et de domination qui, contrairement à ce qu’on pourrait présumer, ne nécessitent pas de choisir son camp : ils sont assez largement appréciés... et par les mêmes personnes, qui peuvent s’imaginer dans les deux rôles. Cela dit, la soumission est un peu plus fréquente, sans doute parce qu’il paraît humain, lors de ses loisirs, de vouloir se débarrasser de ses responsabilités (pour l’effet inverse, choisissez la bureaucratie). Même fluidité dans le sado-masochisme, partagé (avec une prévalence légèrement supérieure pour le masochisme) par les mêmes « fantasmeurs ». Quant à la relation à la douleur, elle reste sous contrôle : l’immense majorité des personnes concernées précisent qu’elles rêvent de morsures gentilles ou de coups de fouet portés sans agressivité et sans laisser de marques.

Une épineuse tension entre désirs privés et publics

Venons-en maintenant aux sujets qui fâchent : quels liens ces désirs BDSM entretiennent-ils avec la réalité des dominations subies ? Un historique de problèmes sexuels, de manque de confiance en soi, et/ou de victimisation, constituent en effet de légers facteurs favorables. Mais comme le note le docteur Lehmiller, « il ne s’agit pas de personnes désireuses de revivre des traumatismes passés, au contraire, il paraît bien plus probable qu’on ait affaire à un mécanisme servant à (...) temporairement alléger l’anxiété entraînée par les abus passés. »

Pas question donc de tirer des conclusions expéditives ! La sexualité forcée constitue d’ailleurs un fantasme fréquent pour une population dépassant largement le nombre des victimes de viols : les deux tiers des femmes, et plus de la moitié des hommes, mentionnent ce désir. Lequel, évidemment, n’est attirant que comme construction imaginaire (simple rappel à l’attention des 21 % de Français qui estiment que les femmes aiment être forcées, et aux 19 % qui pensent qu’elles disent non quand elles pensent oui, enquête Ipsos / Mémoire Traumatique de décembre 2015).

Nous aboutissons donc à une épineuse tension entre désirs privés et publics, volontiers utilisée comme argument réactionnaire : peut-on se considérer comme un citoyen responsable après quatre heures de visionnages pornographiques sado-masochistes ? Comment lutter contre le harcèlement dans l’espace collectif, contre le viol conjugal, pour l’émancipation féminine, tout en demandant au cher et tendre de nous attacher au radiateur ? Peut-on échapper aux clichés millénaires ? A l’Histoire ?

Seulement, le pessimisme n’est pas toujours bon conseiller. Car s’il paraît inimaginable d’incorporer à son imaginaire une domination concrète et quotidienne, le fait de pouvoir jouer, ensemble, dans la concertation, sans violence, au maître et à l’esclave... démontre paradoxalement que la menace a reculé. Sans aller jusqu’à affirmer que le BDSM est un luxe de couples égalitaires (cette égalité-là reste piégeuse), voyons le verre de rosé à moitié plein : la propagation des cordes et du fouet pourrait bien révéler une réelle horizontalisation des pouvoirs.

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vendredi 24 août 2018

"Il en faut peu pour être heureux..."

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jeudi 23 août 2018

La culture est-elle encore une affaire d’Etat ?

culture

En arrière-plan, l'immeuble abritant le ministère français de la culture, à Paris le 26 juin 2014. Photo Pablo Porciuncula. AFP

Si dans les coulisses du pouvoir on se bagarre pour occuper la fonction ministérielle, on ne trouve personne aujourd'hui pour imaginer à quoi peut ressembler une administration culturelle nationale, digne de la patrie des Lumières.

D’où vient cette impossibilité dans notre pays de repenser sereinement les rapports entre l’art et le pouvoir ? Mais s’ils sont nombreux à les commenter aucun artiste et homme politique vivant n’imagine les reformuler sans l’existence de ce totem qu’est le ministère de la Culture. Comme si la France éternelle sommeillait en son sein, rassurée de savoir que l’Etat et la Nation ne font qu’un.

Pourtant cette administration républicaine imaginée en 1881 (l’artiste Antonin Proust fut le tout premier secrétaire d’Etat aux Beaux-arts) souffre en silence de douter de son utilité ; de ne jamais savoir si sa mission est anecdotique, mystique ou politique. Elle étouffe maintenant dans une technostructure digne de Kafka sans que personne en haut lieu ne s’en offusque. Quant à l’art qui tout de même la justifie il y a belle lurette que son épanouissement et son accès empruntent d’autres voies que celles imaginées en son temps par André Malraux, premier ministre d’Etat chargé des affaires culturelles sous la Ve République.

Artistes, intellectuels, et professionnels de la culture, conscients des vertus de l’action artistique dans un monde si consumériste et matérialiste, s’agitent régulièrement pour plaider une grande politique publique de la culture. On dirait juste que plus personne n’y croit. Que par le jeu d’un marché protéiforme et débridé l’art et la création se sont affranchis des valeurs de la République ; que la capacité des œuvres à permettre le «dépassement» n’est plus sollicitée par le sommet de l’Etat. Parfois dans le regard de ceux qui nous gouvernent, l’objet même de culture est devenu extravagant. Alors on fait comme si. Comme confier à l’actuelle ministre de la Culture un portefeuille amputé de la tutelle du livre et auprès de qui des personnalités éclairées comme Erik Orsenna ou Stéphane Bern jouent, sans moyens, les «ministres bis» dans leurs couloirs de compétences respectifs.

On «oublie» même de nommer à la tête des grandes administrations des Archives, du Patrimoine ou de la Création artistique du ministère des directeurs de plein exercice. Comment un chef de l’Etat apparemment préoccupé par les choses de l’esprit peut-il, sans y réfléchir à deux fois, réduire une politique culturelle à un «pass culture» dont chacun sait qu’il est le moyen le plus insidieux de favoriser plus encore la consommation de divertissements chez les plus jeunes ?

Voilà des années que les héritiers de Malraux, enivrés par le symbole et la noblesse de la tâche, se cassent les dents devant ce qui les attend. Depuis le début de la Ve République ils sont très exactement vingt ministres à avoir été possédés par le dessein de mener à bien une politique culturelle. Ou tout au moins de permettre à la France et aux Français de s’enorgueillir de ses créateurs et, pour ceux qui en ont les moyens, d’accéder à leurs bienfaits. Mais au nom de quel principe un ministère de la Culture aurait-il à célébrer un talent qui pour l’essentiel a été déniché voire financé par d’autres et qui parfois ne doit rien à personne ? Il en faut du sentiment patriotique, assumé ou non, pour accepter que l’Etat récupère à son compte les milliers d’actions artistiques qui fleurissent sur le territoire national.

Pour relativiser l’importance du ministère de la Culture, rappelons que De Gaulle installa son «ami génial» à sa tête pour, avant tout, le savoir à ses côtés. Sa présence le rassurait et permettait au demeurant à la République gaulliste de faire bon ménage avec le monde des artistes pour l’essentiel inféodés au parti communiste d’alors. Mai 68 mettra fin à cette chimère. Depuis, le ministère de la Culture n’aura tressailli qu’une seule fois : en 1981, quand la gauche mitterrandienne, persuadée qu’elle allait «changer la vie», constate qu’un ministre issu du sérail théâtral prend au mot ce slogan électoral et se met à œuvrer. Jack Lang aura été le dernier à incarner ce que Malraux appelait en son temps «le royaume farfelu de la rue de Valois». Malgré le talent de quelques-uns de ses successeurs, le ministère de la Culture s’est épuisé à administrer ce qui pouvait l’être, gérer des programmes en lieu et place des hommes et des idées, pire encore laisser croire qu’il disposait d’un pouvoir supranational pour faire battre en retraite les pourvoyeurs de loisirs télévisuels mondialisés. Malgré une impuissance politique constatée, on se bagarre encore dans les coulisses du pouvoir pour occuper la fonction, mais on ne trouve personne pour se préoccuper de sa raison d’être et, mieux encore, d’imaginer à quoi peut ressembler aujourd’hui une administration culturelle nationale digne de la patrie des Lumières. Et s’il était désormais impossible de mener une politique culturelle d’Etat ?

Tout semble aujourd’hui le laisser penser et ce, pour au moins cinq raisons : parce qu’en cinquante ans l’Etat a paradoxalement beaucoup fait et qu’il est difficile d’en faire plus ; que les institutions culturelles créées par sa volonté sont si réglementées qu’il s’avère impossible de les faire évoluer ; que dans son ensemble l’activité artistique et culturelle nationale relève d’une économie où les collectivités territoriales, des PME ou associations dédiées et des entreprises mécènes en sont les acteurs primordiaux ; que l’industrie culturelle et audiovisuelle planétaire est si dominante, si intrusive que plus aucune contrainte nationale ne l’empêchera désormais de faire ce qu’au siècle dernier la philosophe Hannah Arendt prédisait à savoir «transformer l’art en divertissement» ; qu’enfin et c’est peut-être l’essentiel, aucun président de la République depuis François Mitterrand ne pense plus sérieusement qu’une augmentation du budget du ministère de la Culture réglera le problème d’une absence de politique culturelle.

Puisque l’Etat a un bilan ; que dans leur grande majorité les créateurs sont désormais dans une économie artistique si diversifiée qu’elle échappe à une tutelle nationale ; que les institutions culturelles n’ont d’autres préoccupations que de retrouver des marges de liberté pour se renouveler, qu’enfin ce monde-là souffre plus que d’autres de ne jamais en finir avec les querelles d’ego, les guerres picrocholines et les effets d’annonces, pourquoi ne pas en profiter pour suggérer à l’Etat d’appliquer au pied de la lettre cette formule habile de Régis Debray : «Ce qui nous rassemble est ce qui nous dépasse» ? On verra alors qu’il y a matière à se surpasser.

Jean-Michel Djian est l’auteur de la Politique culturelle, la fin d’un mythe, Folio/Gallimard, 2005.

Jean-Michel Djian journaliste et essayiste

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lundi 20 août 2018

Réflexion

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