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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

vendredi 13 avril 2018

Enquête - Avoir 20 ans en 2018 : Dieu fait de la résistance

Par Raphaëlle Rérolle - Le Monde

Avoir 20 ans en 2018 (5/5). Cinquante ans après Mai-68, quel rapport la génération d’aujourd’hui a-t-elle à la foi ? Dans notre monde individualiste, l’engagement religieux n’est pas toujours facile pour les jeunes croyants. Même si, pour beaucoup, il donne un sens à leur vie.

Dieu n’est pas mort sur les barricades. Un demi-siècle après Mai-68, on peut même dire qu’il fait de la résistance : 46 % des 18-30 ans interrogés par Opinionway pour La Croix, en juin 2016, considéraient son existence comme « certaine » ou « probable ».

Pour autant, ils vivent dans un monde bien différent de celui qui vit fleurir les espoirs et les colères de ce printemps fiévreux. A l’époque, 20 % des Français se rendaient chaque dimanche à la messe et 80 % d’entre eux se définissaient comme catholiques. C’est contre cet ordre-là, entre autres, que les manifestants brandissaient des slogans comme : « Il est interdit d’interdire » ou « Jouissez sans entraves ».

Cinquante ans plus tard, le paysage a changé : les catholiques pratiquants ne sont plus que 4 %, et les autres 55 %, avec des degrés de croyance très variés. Les jeunes, eux, se sont massivement éloignés des institutions : d’après une étude européenne publiée par l’hebdomadaire La Vie le 22 mars, 23 % des Français de 16 à 29 ans se disent catholiques, et 64 % sans appartenance religieuse.

Les remous de Mai-68 sont passés par là, mais aussi le développement de religions peu représentées dans les années 1950, notamment l’islam et le christianisme évangélique, une branche du protestantisme qui attire aujourd’hui presque le double de moins de 35 ans que les autres ramifications protestantes (sondage Ipsos d’octobre 2017 pour Réforme et la Fédération protestante de France). Chez les juifs, l’arrivée de séfarades en provenance d’Afrique du Nord après les indépendances a revitalisé la pratique religieuse.

Pas de « repli brutal »

Ces groupes n’ont pas été frappés par le grand décrochage dont ont souffert les catholiques après la fin des années 1960. « La génération 68 n’a pas élevé ses enfants dans une perspective religieuse, ou alors elle les a laissés s’en écarter », explique Denis Pelletier, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études et spécialiste de l’histoire du catholicisme. Cet abandon a créé un fossé difficile à combler même si, en dépit d’un déclin continu du nombre de pratiquants, « aucun autre mouvement de repli brutal n’a été enregistré depuis », souligne sœur Nathalie Becquart, responsable du service national pour l’évangélisation des jeunes et les vocations au sein de la Conférence des évêques de France.

Alors, comment croient-ils, les enfants des révoltés de Mai ? Dans un tableau d’ensemble qui varie en fonction des religions, de leurs interprétations et même des situations géographiques, quelques mouvements de fond se dégagent. A commencer par ce qu’Hélène, protestante de 22 ans, définit comme une « quête existentielle dans un monde profondément désenchanté ».

C’est ce qu’exprime Malik, un éducateur de 23 ans, qui vit en région parisienne : « Croire et pratiquer, c’est trouver à la fois une discipline et une raison d’être, bien plus riche que ce que peut offrir la société de consommation. »

Même type de raisonnement chez Nathalie, une infirmière de 21 ans. Baptisée dans le catholicisme, mais éloignée de la religion au point d’avoir ressenti de la « haine et de la rancune envers ce Dieu censé exister », elle a retrouvé le chemin de la foi grâce à un aumônier scout. « Dans une société qui se détache de son passé, explique-t-elle, beaucoup de jeunes veulent retracer leur héritage et trouver un sens profond à leur vie. »

Points de bonne conduite

Les questions métaphysiques font régulièrement surface : Dieu se manifeste dans la vie des croyants, envoie des signes, est sollicité par la prière et, surtout, détient les clés de l’au-delà. La peur de la damnation et la question du rachat des fautes taraudent en particulier les jeunes musulmans des quartiers populaires.

Le sociologue Fabien Truong, professeur à Paris-VIII et auteur de Loyautés radicales, l’islam et les « mauvais garçons » de la nation (La Découverte, 2017), l’a souvent constaté : « Pour beaucoup d’entre eux, la mort est une réalité. Les règlements de comptes sont la première cause de décès des jeunes autour d’eux, ils ont donc souvent perdu des copains. Et leurs parents font partie des catégories sociales de ceux qui disparaissent plus tôt que les autres. »

Dans la vie de Sarah, 16 ans, lycéenne à Trappes (Yvelines), le paradis est une idée toujours présente. « Au jour du Jugement, on marchera sur un fil aussi fin qu’un cheveu et on basculera d’un côté ou de l’autre. » Pour « ne pas tomber en enfer », elle essaie d’accumuler les actions qui lui donneront des points de bonne conduite et consulte chaque jour, sur Instagram, des messages destinés à rappeler des commandements parfois fantaisistes. De mère chrétienne et de père musulman, cette adolescente qui rejette l’extrémisme a choisi l’islam à cause de son environnement. « Si je n’étais pas à Trappes, je ne serais pas musulmane, mais je suis heureuse de cette religion, car Dieu m’aide. »

Le soutien procuré par la foi irrigue tous les témoignages. « C’est un phare dans ma vie, raconte Guillaume, étudiant à Polytechnique. Elle m’apporte sagesse et réconfort et me sert de repère quand je dois prendre une décision qui me taraude du point de vue moral, même si je ne me considère pas comme un bon croyant ou un dévot. » Pour beaucoup, cette consolation se double d’un sentiment de paix, d’amour, voire d’une véritable « joie », mot récurrent dans la bouche des catholiques. « Etre chrétien, c’est commencer par choisir d’aimer et finir par avoir la joie d’aimer », lance Pierre, 23 ans, étudiant à Dauphine.

« Autant de façons de pratiquer que de pratiquants »

La religion peut aussi être une « source de courage », comme le dit Ali, un musulman de 23 ans. Et, le plus souvent, une incitation à vouloir faire le bien autour de soi, même si le doute existe et la tentation aussi.

« Avec l’avènement des réseaux sociaux, constate Thomas, 17 ans, on est constamment distraits, et cela éloigne souvent de la foi. » Enfin, le sentiment d’appartenir à une communauté protège et rassure. Elle définit une identité, selon Adam, un lycéen juif : « J’aime l’idée d’être relié à ceux qui m’ont précédé par les rituels que l’on pratique dans ma famille, comme le shabbat. »

« CHEZ LES CATHOLIQUES, ON ASSISTE À LA FIN D’UNE PRATIQUE PAR OBLIGATION SOCIALE. DU COUP, LA MINORITÉ PRATIQUANTE EST BEAUCOUP PLUS ENGAGÉE »

DENIS PELLETIER, DIRECTEUR D’ÉTUDES À L’ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES

Bien que respectant la notion d’héritage, la plupart des jeunes croyants se défendent de perpétuer mécaniquement une tradition religieuse. « Chez les catholiques, on assiste à la fin d’une pratique par obligation sociale, souligne Denis Pelletier. Du coup, la minorité pratiquante est beaucoup plus engagée, voire militante, que les générations précédentes. »

La religion des enfants n’est pas tout à fait la même que celle des parents, quelle que soit la confession. Dans le cas de l’islam, la contrainte peut être forte dans certains quartiers, mais « chaque jeune a le sentiment d’y entrer à sa manière, note Fabien Truong. En se rendant meilleur, il devient meilleur que les autres ». Du côté du judaïsme, le développement des écoles confessionnelles, depuis les années 1980, a beaucoup changé la donne, observe Yonathan Arfi, vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) : « Un enfant juif sur trois passe par ces écoles. Ce sont souvent eux qui “rejudaïsent” leurs parents, parfois éloignés de la religion. »

« L’hérédité est une belle chose, mais je ne suis pas le fruit de ma seule éducation, affirme Emmanuel, un étudiant évangélique. Ce qui m’a construit et créé “à nouveau”, c’est d’avoir fait l’expérience d’un Dieu vivant, bien que présenté par le biais d’une lettre morte, la Bible. »

Dans un monde de plus en plus individualiste, la religion ne fait pas exception. La majorité des jeunes revendiquent un lien personnel avec Dieu, jusqu’à pratiquer une sorte de relativisme zen comme Amélie, étudiante en sociologie à Marseille et catholique : « Il y a autant de façons de pratiquer que de pratiquants, et c’est ça qui est beau dans toutes les religions ! Chacun les adapte à sa façon de penser, ses envies… » D’autres, comme Alissa, une étudiante en communication lyonnaise de 25 ans, se sont bricolé une religion bien à eux pour ne pas avoir à choisir entre des parents de confessions différentes : « Je prie toute seule chez moi, mais je me sens aussi à l’aise dans une mosquée que dans une église. »

Pression sociale

Cet aspect très personnel ne met pas les croyants à l’abri d’une question délicate : doit-on parler de sa foi ou la tenir cachée ? Certains ont tranché, comme Ali : « L’islam fixe un cadre à mes interactions avec les autres. En ce sens, il m’apparaît impossible de le pratiquer uniquement dans la sphère privée. » Idem pour Lucile, une étudiante toulousaine de 22 ans : « La foi chrétienne repose sur un commandement : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” Je n’ai donc aucune raison de la vivre uniquement en privé. »

Même ceux-là, pourtant, disent parfois à quel point la religion est mal perçue, difficile à vivre en public. « En France, dire “Dieu”, c’est dire une obscénité. Un peu de pudeur ! », s’exclame ironiquement Gustave, un protestant qui a téléchargé la Bible sur son téléphone portable mais ne fait pas état de ses convictions religieuses au quotidien.

Il faut dire que le regard des agnostiques n’est pas tendre. Non seulement les croyants sont perçus comme des « moutons idiots », regrette Hélier, 22 ans, étudiant catholique à la Sorbonne, mais ils souffrent d’être constamment renvoyés aux images que véhiculent leur religion. Depuis le 11-Septembre et, surtout, les attentats de 2015, l’appartenance religieuse des jeunes musulmans est perçue comme un danger, celle des juifs comme une mise en danger. Pour certains musulmans, « cette pression sociale a même été un facteur de retour vers la religion », note Abdelhak Sahli, président des Scouts musulmans de France.

Quant au catholicisme, il est jugé ringard, au mieux. « En France, on associe souvent les cathos aux réacs, observe Léonard David, 22 ans. Les rares fois où j’ai abordé le sujet avec mes amis à la fac, tu sens qu’ils te regardent bizarrement, et j’ai souvent eu des discours du genre : “Mais tu te rends compte de tout le mal que l’Eglise a fait ?” »

Quelques-uns disent avoir été injustement classés à l’extrême droite ou harcelés dans leur établissement scolaire pour avoir mentionné qu’ils étaient chrétiens. « Est-ce que c’est ça, la laïcité ?, s’interroge amèrement Gabrielle, étudiante en master de littérature. Est-il impossible d’accepter que votre voisin puisse être catholique sans lui faire porter tous les travers de l’Eglise sur ses épaules ? L’Eglise, ce n’est pas Dieu, c’est les hommes… »

Pour essayer de brouiller ces clichés générateurs de discorde, certains mouvements scouts se prêtent à des rencontres interreligieuses. C’est le cas des scouts musulmans, créés il y a vingt-cinq ans. « Nous poussons les jeunes vers des activités avec d’autres scouts, juifs, catholiques ou protestants, notamment pendant les camps d’été, explique Abdelhak Sahli. Pour former des citoyens responsables et imprégnés d’une culture de paix, nous voulons qu’ils puissent s’interroger sur leur identité à travers le regard des autres. » Preuve que l’idée marche : le mouvement refuse des jeunes chaque année, faute de bénévoles en nombre suffisant pour les encadrer. Dieu n’est pas mort, peut-être a-t-il juste changé de visage.

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mardi 11 juillet 2017

150 M€ pour sauver Notre-Dame

Eric Le Mitouard - Source : Le Parisien

La charpente en chêne, édifiée au XIII e siècle pour une partie et l’autre restaurée au XIX e, forme un ensemble sublime sous le toit de Notre-Dame. Un site fermé au public, tant les escaliers qui y conduisent sont étroits. Au-dessus, la flèche de la cathédrale de Paris prend l’eau. De très lourds travaux y seront réalisés dès le mois de septembre.

« C’est la priorité numéro 1. Sur la flèche, les tables de plomb s’usent et certaines sont fendues. Il faut les remplacer et les restaurer pour éviter que la charpente au-dessous ne souffre », précise Marie-Noëlle Didier, conservatrice des monuments historiques. « Ce sera un chantier spectaculaire avec un échafaudage qui culminera à 93 m au-dessus du sol. Cela changera le paysage parisien. »

L’Etat a débloqué 2 M€ par an pour ces travaux estimés entre 6 et 10 M€ et pour une durée de trois ou quatre ans. Pour André Finot, responsable de la communication du monument le plus visité de France, avec ses 10 à 12 millions de visiteurs annuels, il est temps de faire appel au mécénat… américain et français.

une tournée américaine

« L’objectif est d’atteindre 150 millions d’euros en trente ans. Cela ferait 5 millions par an, ce n’est pas si énorme que cela », souligne-t-il. Mais pour y arriver, la cathédrale et le diocèse mettent les bouchées doubles. Une première Fondation Avenir du patrimoine à Paris avec un compte pour Notre-Dame a été créée en avril.

Un mois plus tard, après un premier voyage aux Etats-Unis, une fondation Friends of Notre-Dame de Paris a été montée. Une tournée des grandes villes américaines est, enfin, programmée pour avril 2018. L’enjeu est important. Pour chaque euro rapporté par le mécénat, l’Etat s’engage à débloquer la même somme…

Car il ne s’agit pas seulement de sauver cette flèche avec ses 250 t de plomb. Il faut aussi restaurer les gargouilles médiévales de l’édifice qui ont perdu leur tête, cette balustrade en pierre remplacée par une planche en bois doit être refaite, de même que ces pinacles en ruine renforcés par des câbles.

« Les Américains ont cette culture du don, précise André Finot. Ils sont très attachés à notre patrimoine ancien. Les Français, eux, considèrent qu’ils donnent suffisamment avec leurs impôts. Mais quand ils verront que les Américains se remuent pour Notre-Dame, ils se mobiliseront aussi pour sauver notre patrimoine historique. » Outre la rénovation de la toiture en plomb, les douze apôtres et les quatre évangélistes qui entourent la flèche seront descendus pour restauration. Mgr Patrick Chauvet, l’archiprêtre de Notre-Dame, a eu l’idée de les exposer un temps sous la nef. De quoi inciter les visiteurs à ouvrir leur portefeuille…

Pour les intéressés, les dons sont ouverts en ligne : don.fondationnotredame.fr/fapp-notre-dame

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lundi 12 juin 2017

François, twittos hors normes

Depuis 2012 et le pontificat de Benoît XVI, le compte Twitter du pape, @pontifex, est passé de curiosité folklorique à institution. A travers le monde, et en neuf langues, le compte papal rassemble près de 34 millions de « followers », c’est-à-dire d’abonnés aux déclarations de l’évêque de Rome, pour autant accessibles à l’ensemble du monde connecté. C’est donc un outil d’évangélisation de choix.

Il a fait un bond avec l’arrivée du pape François, qui tweete un message par jour. La première communauté est hispanophone, avec presque 13 millions d’abonnés, suivie des anglophones (près de 11 millions). Viennent ensuite les comptes en italien (4,4 millions) et en portugais (2,6 millions). Les comptes français, latin, polonais tournent autour des 800 000, quand les allemand et arabe sont à 400 000.

Ce canal du Vatican sur le réseau social n’en est pas moins maîtrisé : pas de chats rigolos ni de coups de gueule, mais le message catholique, au gré du calendrier religieux ou des événements d’actualité. Le 15 juillet 2016, le pape a mis en ligne : « Je prie pour les victimes de l’attentat de Nice et les familles. Je demande à Dieu de changer le cœur des violents aveuglés par la haine. » En 2017, une seule photo a été publiée, c’était à Pâques et elle montrait le pape de dos devant une icône de Jésus.

François a laissé avant-hier après-midi son dernier message représentatif de la très grande majorité d’entre eux, toujours à méditer : « La vie ne peut survivre que grâce à la générosité d’une autre vie… » J.S.

pape F

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jeudi 8 juin 2017

Dans la tête des kamikazes

Par Soren Seelow

« Le Monde » a étudié la façon dont des djihadistes justifient leurs attentats dans des lettres à leurs proches ou face aux enquêteurs.

Après chaque attentat commandité ou inspiré par l’organisation Etat islamique (EI), cette dernière publie un message exposant ses « éléments de langage ». Elle y martèle l’idée que ses opérations extérieures constituent une réponse aux bombardements de la « coalition internationale » en Syrie et en Irak, qui fragilisent son assise territoriale et la subsistance même du Califat autoproclamé.

Cette lecture, parfaitement encadrée par ses organes de propagande, constitue l’argument central de l’EI pour légitimer les attentats de Paris, Bruxelles, Manchester ou Londres, et susciter de nouvelles vocations.

Mais comment les candidats au martyre intègrent-ils ce mot d’ordre ? Comment justifient-ils auprès de leurs proches le massacre de civils ? Quels sont les ressorts qui les convainquent, in fine, de sacrifier leur vie à cette cause ?

Un tissu complexe

Le Monde a analysé la façon dont les terroristes de Paris et de Bruxelles avaient justifié leurs missions en confrontant des lettres laissées à leurs proches, les déclarations des rares membres de cette cellule à avoir été interpellés et des éléments de propagande. Entre considérations géopolitiques, impératifs religieux et rêveries mystiques, leurs propos forment un tissu complexe décrivant le processus de fabrication d’un kamikaze.

Un argumentaire ambigu, dans lequel le « djihad défensif » glisse insensiblement vers sa version offensive, la protection des musulmans désinhibant le désir d’une victoire finale de l’islam contre la « mécréance ».

Sur cette base idéologique martelée par la propagande de l’EI se greffent des causes plus intimes : un sentiment de culpabilité qui, transcendé par la promesse d’un au-delà purificateur, achève de les convaincre de consentir au sacrifice ultime.

Parmi les documents retrouvés par les enquêteurs figurent trois lettres manuscrites adressées par Salah Abdeslam à sa mère, à sa sœur et à sa petite amie. Les policiers ont également exhumé d’un ordinateur des fichiers enregistrés par les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, qui se sont fait respectivement exploser à l’aéroport de Zaventem et dans le métro de Bruxelles, le 22 mars 2016. Là encore, les kamikazes s’adressent à des femmes : mère, sœur et compagne.

Le « djihad défensif » : la défense des opprimés

Le document le plus élaboré de cette correspondance est un enregistrement sonore de trente-trois minutes, réalisé par Ibrahim El Bakraoui, intitulé « Pour ma mère ». Dans ce message posthume, l’aîné de la fratrie anticipe les condamnations de responsables religieux et présente le djihad comme une réponse à l’oppression dont seraient victimes les musulmans.

« Donc voilà, maman, tu vas entendre tout et n’importe quoi de la part des gens, donc je voudrais clarifier une ou deux situations (…). Il y a des personnes qui ont des barbes de deux mètres, qui connaissent Ie Coran par cœur, voilà, qui pratiquent, euh, I’islam on va dire ça comme ça. Mais ils mentent sur Allah et son Messager (…). Ils vont nous traiter de monstres, euh, de non-musulmans. Malgré qu’on a pas de science, malgré qu’on connaît pas Ie Coran par cœur, on a un cœur qui vit et (…) lorsqu’on voit les musulmans qui sont persécutés depuis des décennies (…) et que ces gens-là n’ont jamais déclaré Ie djihad dans Ie sentier d’Allah, mais qu’ils se permettent de critiquer les gens qui combattent, (…) notre rendez-vous avec eux Ie jour de la résurrection et devant Allah, exalté soit-il, on verra les arguments qu’ils vont avancer. »

L’engagement djihadiste d’Ibrahim El Bakraoui, tel qu’il l’exprime, trouve son origine dans un sentiment de révolte et d’humiliation. A en croire les déclarations aux enquêteurs d’un de ses complices, Mohamed Abrini, cette colère sourde préexistait à la création de l’EI. « Ce genre de détermination, je l’avais déjà avant quand je voyais Ie massacre en Palestine », explique le seul membre du commando à ne pas avoir déclenché sa bombe à l’aéroport de Bruxelles.

Le Califat, promesse de réparation historique

Ce sentiment d’impuissance face aux souffrances des musulmans a atteint son acmé avec le déclenchement de la guerre civile syrienne. Il trouvera concomitamment une issue avec la proclamation du « califat », le 29 juin 2014, perçu comme une promesse de réparation des humiliations passées.

Dans son message à sa mère, Ibrahim El Bakraoui présente ainsi l’EI comme un espoir de revanche historique : « Maintenant, nous, gloire à Dieu, depuis des centaines d’années, on a perdu l’Andalousie, on a perdu la Palestine, on a perdu, euh, tous les pays musulmans en fait, l’Afghanistan, l’lrak, la Syrie, Ie Maroc, il est gouverné par un tyran, la Tunisie, l’Algérie tous les pays, gloire à Dieu, il y a un Etat islamique qui a été créé. »

Cette fierté retrouvée de l’oumma (la communauté des musulmans), près d’un siècle après l’abolition du dernier califat ottoman, en 1924, Khalid El Bakraoui tente de l’expliquer à son épouse dans une lettre d’adieu manuscrite : « Sache Nawal qu’il y a toujours eu des Etat islamique. Le dernier a été detruit début des annes 1920, mais ensuite les gens ont abandonner le djihad et Allah depuis n’a cesser de nous humilier (…) Mais aujourd’hui nous avons un Etat islamique qui a remporter beaucoup de victoir. »

« Œil pour œil, dent pour dent »

Les promesses du nouveau « califat » seront rapidement contrariées, deux mois seulement après sa création, par la formation d’une coalition internationale visant à endiguer sa propagation. Les membres de cette offensive militaire deviennent aussitôt une cible privilégiée de l’EI. A compter de cette date, l’organisation multiplie les appels à frapper les pays occidentaux, au premier rang desquels la France.

Cette lecture des attentats comme une réponse aux bombardements est développée devant les enquêteurs par Osama Krayem, qui affirme avoir renoncé à la dernière minute à déclencher sa bombe dans le métro de Bruxelles : « Tant qu’il y aura des coalitions et des bombardements contre I’Etat islamique, iI y aura des attentats. Il y aura une riposte de la part de I’Etat islamique. Ils ne vont pas offrir des fleurs ou du chocolat », explique-t-il.

« Le “djihadisme”, comme vous I’appelez, moi j’appelle cela I’islam », insiste-t-il, avant de présenter le meurtre d’innocents comme une réponse aux victimes civiles de la coalition : « C’est triste parfois de dire qu’on peut faire la même chose à une population parce que leur gouvernement fait la même chose avec notre population. Les civils en Syrie, ce ne sont pas des combattants. C’est là que I’Etat [islamique] dit : “Œil pour œil et dent pour dent”. »

Si le nombre de civils tués par la coalition en Irak et en Syrie est impossible à établir de façon précise, il a été estimé par l’ONG indépendante Airwars dans une fourchette comprise entre 3 530 et 5 637 victimes depuis le début de l’intervention, en août 2014. Cette réalité est abondamment exploitée par les cercles djihadistes sur les réseaux sociaux – photos de corps déchiquetés à l’appui – pour justifier la campagne d’attentats visant l’Occident.

Le djihad « offensif » : la soumission des mécréants

Cette approche « militaire » du djihad défensif permet aux sympathisants de l’EI de tuer sans remords : ils ne se vivent pas comme des terroristes, mais comme des soldats. A les lire plus en détail, cependant, le mobile affiché de leur combat dérive insensiblement vers une issue plus radicale : la soumission des mécréants.

C’est là que se glissent toute l’ambiguïté et la perversité de l’idéologie de l’EI. L’argument humanitaire sert à toucher au « cœur » les nouvelles recrues ; la propagande fait ensuite son œuvre pour les transformer en armes de destruction. Dans les lettres laissées par les kamikazes, le sentiment d’une fierté retrouvée des musulmans glisse systématiquement vers un désir de conquête.

« Donc nous les musulmans, I’islam, c’est une religion de paix, comme ils ne font que Ie répéter, explique Ibrahim El Bakraoui à sa mère. Mais les musulmans, c’est pas des serpillières. Les musulmans, quand tu leur donnes une claque, ils te donnent pas I’autre joue, au contraire, ils répondent agressivement », poursuit-il, avant de conclure sur cet avertissement : « Tant que la loi d’Allah elle n’est pas respectée, les musulmans ils doivent se lancer de toute part et combattre pour I’islam. »

Il développe ensuite le sentiment profond qui sous-tend son engagement : « Ces gens-là, on doit avoir une haine envers eux parce que ce sont des mécréants. Ils veulent pas croire en Allah (…). Premièrement, on doit les détester, et deuxièmement, on doit leur faire la guerre (…). En fait, une fois qu’on aura Ie dessus sur eux, là on leur propose les trois conditions : soit ils acceptent l’islam, soit ils payent la jizya [taxe imposée aux gens du livre], c’est-à-dire qu’ils s’humilient de leurs propres mains, comme Allah, exalté soit-il, a dit dans Ie Coran, soit ils nous combattent. »

L’extension du « djihad défensif » – initialement cantonné à la défense des terres musulmanes – à des attaques visant des pays non musulmans n’a pas toujours été de soi. Cette dérive a longtemps suscité un vif débat au sein de la mouvance djihadiste. Elle a été popularisée par Al-Qaida à la fin des années 1990, avant d’être adoptée et amplifiée par l’EI.

« La défense des pays musulmans occupés a toujours fait consensus dans la mouvance djihadiste, explique Kévin Jackson, chercheur au Centre d’analyse du terrorisme. Les attentats hors du champ de bataille sont en revanche plus difficiles à justifier d’un point de vue théologique et stratégique, et moins mobilisateurs en termes de recrutement. Les groupes djihadistes ont donc construit toute leur propagande autour du djihad défensif, y compris lorsqu’il s’agit de justifier des attentats dans des pays en paix. »

« Pourquoi nous vous haïssons »

Cette exportation du « djihad défensif » vers l’Occident sert aujourd’hui d’alibi à un « djihad offensif » qui ne dit pas son nom, l’objectif affiché de protection de l’islam devant, à terme, mener à sa propagation. Ce glissement a été formalisé par l’EI dans un article intitulé « Pourquoi nous vous haïssons, pourquoi nous vous combattons », publié par l’organe de propagande Dabiq, en juillet 2016.

L’article développe son titre en six points. Les trois premiers ont trait à la nature de l’Occident : « Nous vous haïssons, d’abord et avant tout parce que vous êtes des mécréants » ; « Nous vous haïssons parce que vous vivez dans des sociétés libérales et sécularisées qui autorisent ce qu’Allah a interdit » ; « Pour ce qui concerne la frange athée, nous vous haïssons et vous faisons la guerre parce que vous ne croyez pas en l’existence de notre Seigneur ». Les trois points suivants font référence aux actions prêtées à l’Occident : les « crimes contre l’islam », les « crimes contre les musulmans » et « l’invasion » des terres musulmanes.

La liste se conclut sur cette clarification : « Ce qu’il est important de comprendre ici, c’est que même si certains assurent que votre politique extérieure est à l’origine de notre haine, cette cause est secondaire, raison pour laquelle nous ne l’exposons qu’en fin de liste. En réalité, même si vous cessez de nous bombarder, de nous emprisonner, de nous torturer, de nous diffamer, de prendre nos terres, nous continuerons à vous détester parce que la cause principale de cette haine ne cessera pas tant que vous n’aurez pas embrassé l’islam. »

Le ressort psychologique : impuissance et culpabilité

Ainsi la propagande de l’EI fait-elle insensiblement dériver ses soldats d’un combat humanitaire vers sa finalité totalitaire : l’annihilation de toute altérité. La seule paix envisagée est la pax islamica. Ce basculement ne séduit cependant qu’une minorité de candidats, mettant en lumière les ressorts psychologiques propres au processus de radicalisation. Une dimension intime évidemment rejetée par les intéressés.

« Quel était I’état d’esprit des EI Bakraoui ?, demande à Osama Krayem la juge belge chargée de l’enquête sur les attentats de Bruxelles.

– Ce sont des gens ordinaires. D’ailleurs lbrahim me disait que sans cette coalition, ces

musulmans qui se font opprimer là-bas, il aurait eu une vie ordinaire avec des enfants. Je crois qu’à un certain moment il a changé de comportement. (…) Khalid El Bakraoui, sa femme était enceinte. (…) Le terrorisme n’est pas une personnalité, en fait. Vous pouvez lire l’histoire des musulmans, à aucun moment ce sont les musulmans qui ont pris l’initiative d’attaquer ou de faire du mal. »

Osama Krayem affirme que le terrorisme n’est pas « une personnalité ». Mais qu’est-ce qui a finalement convaincu Ibrahim El Bakraoui de renoncer à sa « vie ordinaire » et son frère Khalid d’abandonner sa femme enceinte pour se faire exploser ? Comme nombre de candidats au djihad, les frères El Bakraoui étaient des délinquants, très éloignés de la religion, avant leur conversion à l’islam radical.

« Beaucoup de délinquants se sentent en réalité coupables, explique le psychanalyste Fethi Benslama, auteur d’Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman (2016, Seuil). Or, les religions monothéistes jouent sur la culpabilité. En arabe, religion se dit din, qui signifie “dette”. Leur entrée dans le djihad peut atténuer ce sentiment en leur offrant une cause. Il s’opère ensuite ce qu’on pourrait appeler un renversement moral de culpabilité : l’hostilité intérieure se transforme en hostilité extérieure et autorise l’agression d’autrui dans un sentiment de toute- puissance. »

« Plus musulmans que les vrais musulmans »

A travers ses publications, l’EI ne cesse de jouer sur ce ressort à l’intention des musulmans vivant en Occident, leur reprochant de préférer le confort de leur vie matérielle au combat sur le sentier d’Allah. Une culpabilisation qui porte parfois ses fruits : « Maintenant, nous, comment on peut rester chez nous à la maison, manger et boire alors que les musulmans n’ont pas trouvé un morceau de pain, explique Ibrahim El Bakraoui à sa mère. Comment est-ce qu’on peut rester chez nous à la maison en train de dormir, faire comme si de rien n’était ? »

Devant les enquêteurs, Mohamed Abrini a analysé, avec une distance étonnante, l’évolution de ses amis de quartier qui se sont fait exploser à Paris et à Bruxelles. Il explique comment une réalité perçue – l’injustice faite aux musulmans – s’articule avec des causes plus intimes dans l’engagement djihadiste.

« Concernant leur changement d’attitude, je pense qu’une chose se passe chez beaucoup de jeunes avec tout ce qui se passe dans Ie monde. Ces gens-là n’ont jamais prié de leur vie, ils n’ont jamais été à la mosquée et ils ont perdu tout un temps à faire des péchés (…). Quand ils rentrent dans la religion, pour moi ces gens-là veulent se rattraper. Ils veulent être plus musulmans que les vrais musulmans. Il y en a, ça leur travaille la conscience. Ils voient tous les péchés commis. Et ils savent que Ie martyre efface tous les péchés à partir de la première goutte de sang qui tombe sur Ie sol. »

La voie du martyre : une place au paradis

Parmi les membres de la cellule des attentats de Paris et Bruxelles, seuls trois candidats au martyre ont renoncé ou ont échoué à se faire exploser : Salah Abdeslam à Paris, Mohamed Abrini à l’aéroport de Zaventem et Osama Krayem dans le métro bruxellois. A en croire ce dernier, c’est leur plus faible religiosité qui serait susceptible d’expliquer ces échecs :

« Salah Abdeslam et Abrini, ils ne sont pas au même niveau que les frères El Bakraoui, explique-t-il à la juge.

– Que voulez-vous dire par “pas Ie même niveau” ?, demande la magistrate.

– Je parle de la foi. C’est la foi qui pousse les gens à résister. Les gens qui atteignent un certain niveau dans la foi sont prêts à rentrer dans l’ennemi sans peur, et je crois que les frères El Bakraoui y étaient. Salah et Abrini je ne crois pas. Les frères El Bakraoui avaient atteint un certain degré dans la foi et étaient prêts à mourir. »

Dans son message à sa mère, Ibrahim El Bakraoui évoque, avec force détails, l’histoire d’un compagnon du Prophète tué lors d’une bataille contre les « mécréants ». Ce récit mystique vise à lui faire comprendre que le martyr est « Ie bien-aimé d’Allah » et gagnera sa place au paradis : « Y a encore plein d’autres compagnons, on pourrait rester des heures à parler d’eux, mais pour que t’as un exemple, Hamza Abou Taleb, on I’appelle Ie lion d’Allah, Jafar Ibn Abou Taleb, on I’appelle I’homme aux deux ailes. Allah, exalté soit-il, va Ie doter de deux ailes au paradis car il a perdu ses deux bras dans une bataille et ainsi de suite on en a plein, je te jure, on a en plein. »

« Cette vie d’ici-bas est un test »

Si Salah Abdeslam ne s’est pas fait exploser à Paris, les trois lettres découvertes dans une planque du quartier bruxellois de Forest, le 15 mars 2016, attestent de son intention de mourir en martyr.

Nettement moins élaborés que ceux des frères El Bakraoui, ses courriers sont empreints d’un mysticisme rudimentaire. A sa sœur, il explique que « cette vie d’ici-bas est un test » visant à départager le croyant, promis au paradis, de l’incroyant, voué à l’enfer : « Comment pourrai-je échanger cette vie d’ici-bas contre l’au-delà ? Le paradis est meilleur », conclut-il.

La lettre adressée à sa mère, longue de deux pages, comporte dix-sept mentions du mot « Allah » ou « Dieu » : « Si tu crois au destin tu comprendras qu’Allah m’a guidée et choisie parmi ses serviteurs, écrit-il. Dieu a acheté des croyants, leur personne et leurs biens, en échange du paradis (…) Allah dit aussi : “Et ne dites pas de ceux qui sont morts dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts, au contraire ils sont vivants mais vous en êtes inconscients.” J’ai moi aussi pris ce chemin car il est celui de la Vérité. Qui s’en écarte aura pour refuge l’enfer. »

La peur de l’enfer apparaît ici comme un levier décisif du passage à l’acte : c’est en payant de sa vie que le martyr s’acquitte de sa « dette » (« Dieu a acheté des croyants ») et accède à l’au-delà. Par son sacrifice, l’ancien pécheur devient l’élu.

Loin de se réduire à un nihilisme, le djihadisme est une aspiration inquiète : le kamikaze ne désire pas tant le néant qu’une autre vie, augmentée, soulagée de l’angoisse du châtiment. En traversant une mort qui n’est qu’apparente, il accède à la « vérité ».

L’au-delà : une promesse de jouissance éternelle

La vision de l’au-delà véhiculée par l’EI ne se résume cependant pas à sa vertu purificatrice : elle est avant tout une promesse de félicité éternelle. Dans sa lettre à sa femme, Khalid El Bakraoui insiste ainsi sur le réconfort garanti aux martyrs : « Allah nous dit dans Ie Coran : “La jouissance de la vie présente ne sera que peu de chose, comparée à Au-delà”. »

Cette « jouissance » peut être interprétée de façon littérale, c’est-à-dire sexuelle. En avril 2014, l’EI avait ainsi publié l’interview vidéo d’un combattant français qui a entrevu le paradis après avoir été grièvement blessé au combat. L’entretien est intitulé « Abou Yassin raconte ce qu’il a vu dans son rêve ! » :

« Raconte-nous ce que tu as vu lorsque tu as été blessé ?, demande le « journaliste » de l’EI.

– J’ai vu une houri [vierge du paradis, récompense des bienheureux]. Elle était belle, mes frères, je vous jure, elle était belle, raconte Abou Yassin.

– Allah Akbar !

– Elle avait de grands yeux noirs, j’ai vu sa poitrine, excusez-moi… [Rires du « journaliste ».] Forte, très forte, mon ami.

– A la grâce de Dieu !

– Elle était belle, je vous jure, elle était très belle, je voyais tout, elle portait un hidjab bleu.

– Un hidjab bleu, qui couvrait ses cheveux ?

– Oui, bleu. Belle mon ami, très belle, j’ai vu, excusez-moi, ses fesses, belles, tout était beau, je jure que… [Rires du « journaliste »] Je voulais la prendre, je suis tombé cinq fois de suite dans l’extase, je me suis réveillé de mon intervention, et j’ai vu que sur mon pantalon…

– Allah Akbar ! [Rires.]

– Je me suis réveillé de mon intervention, et j’ai vu du sperme sur mon pantalon.

– Hum… Allah Akbar ! (…)

– Ecoute mon ami, Dieu est généreux, je te jure que j’étais mort et j’ai vu défilé toute ma vie devant moi. Toute ma vie, c’est une catastrophe…

– Depuis que tu étais petit ?

– Oui, j’ai vu tous les péchés devant moi.

– Gloire à Dieu !

– On me disait que soit dans trois mois, ou trois ans, je vais tomber en martyr.

– Si Dieu veut, dans trois mois », l’encourage le « journaliste ».

« L’islamisme entretient, à travers le paradis, l’imaginaire phallique d’un lieu de jouissance absolue pour les hommes, sans manque, sans loi, donc sans péché, interprète le psychanalyste Fethi Benslama. Cette promesse a notamment pour fonction de les inciter à sacrifier leurs pulsions dans le bas monde, dans l’espoir d’une compensation complète dans l’autre monde. La mort n’est plus la mort. Elle est un triomphe total sur l’ennemi extérieur, mais aussi intérieur : le surmoi, cette instance qui surveille, critique et contraint, source de la morale et de la culpabilité. »

Le songe d’Abou Yassin aux portes de l’au-delà décrit le stade ultime de la fabrication d’un kamikaze. Une fois intégré l’argumentaire politico-religieux légitimant le djihad, c’est la garantie d’une place au paradis qui achève de convaincre le candidat au martyr. Le sentiment d’impuissance face aux injustices a laissé place à un fantasme de toute-puissance, la culpabilité à une promesse de jouissance licite et sans limite.

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dimanche 16 avril 2017

Aujourd'hui c'est Pâques...

resurection

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dimanche 9 avril 2017

Aujourd'hui : Dimanche des Rameaux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dimanche_des_Rameaux

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samedi 24 décembre 2016

Messes de Minuit avant l'heure...

RELIGION Les offices annonçant la Nativité ont lieu de plus en plus tôt. Rares sont ceux qui se termineront ce soir après minuit. Les fidèles préfèrent réveillonner après.

Par   Vincent Mongaillard

Dans les églisesde France, le petit Jésus naît de plus en plus tôt. Noël après Noël, les « vraies » messes de minuit deviennent en effet plus rares. Ce soir, la majorité des offices annonçant la Nativité s’achèveront avant 23 heures, avant donc le passage au 25 décembre, qui marque solennellement l’arrivée du « Sauveur ». Une petite entorse à la tradition pour garnir davantage les bancs des édifices.

C’est que les mœurs religieuses sont en pleine évolution. « Cela répond à un besoin des familles, qui veulent commencer la soirée par la messe pour poursuivre avec le réveillon. Avant, c’était l’inverse », décrypte Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris, qui se souvient que, lorsqu’il était gamin, la veillée débutait à minuit. « Ce décalage horaire conduit à poser une question : qu’est-ce qui est prioritaire, le réveillon ou l’office ? » sourit l’historien des religions Odon Vallet, qui voit d’autres raisons qui incitent les paroisses à avancer l’heure. « Il y a dans les églises un public âgé qui est difficile à déplacer tard », estime l’auteur du livre « les Religions dans le monde » (Flammarion). « La dimension de l’insécurité, dans un contexte d’attentats, joue aussi », enchaîne-t-il.

Dans la capitale, plus de 250 célébrations auront lieu aujourd’hui entre 16 heures et 23 heures contre une quarantaine qui entendront sonner les douze coups de minuit. Ces dernières années, les messes des familles entre 17 et 19 heures, qui permettent aux enfants de chanter « Douce nuit sainte nuit », se sont développées. « Tout en maintenant les symboles, il faut savoir intégrer les nouveaux modes de vie, sinon on perd tout le monde. La tradition, c’est quelque chose de vivant », explique le père Laurent Berthout, qui officie à Caen (Calvados). Ce soir, il dira deux messes, l’une à 19 heures à l’église Saint-Jean, l’autre à 21 h 30 à l’abbaye aux Dames. « Je suis très satisfait parce qu’il va y avoir une belle ambiance familiale. C’est vrai, je regrette de ne pas célébrer plus tard. Mais je ne serais pas suivi », confie ce curé âgé de 52 ans.

Dans les campagnes, on entonne encore moins le cantique « Minuit, chrétiens » à la bonne heure. Les prêtres étant à la tête de plus en plus de clochers, il faut étaler dans la soirée les consécrations. « Ils ont aussi plus de kilomètres à faire, il faut leur éviter d’être sur les routes trop tardivement », souligne l’ecclésiastique, par ailleurs délégué épiscopal à l’information au diocèse de Bayeux. Si les curés sont moins nombreux qu’autrefois à enfiler l’aube à minuit, les communautés religieuses, à l’instar des carmélites ou des bénédictines, restent, elles, fidèles à la tradition. Il faut dire qu’elles peuvent célébrer à domicile la venue au monde du Messie.

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jeudi 8 décembre 2016

Procession dans mon quartier à l'occasion de l'Immaculée conception

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samedi 24 septembre 2016

Pape François

pape

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jeudi 15 septembre 2016

Vatican. Le pape évoque le « martyre » du père Hamel

Depuis la chapelle moderne de la résidence Sainte-Marthe au Vatican, où il célèbre la messe tous les jours à 7 h, le pape François a évoqué, hier, « le martyre » de Jacques Hamel, ce prêtre français égorgé en juillet dans son église par des jihadistes. « Comme il serait bon que toutes les confessions religieuses proclament que tuer au nom de Dieu est satanique », a déclaré le pape dans son sermon, en présence d'environ 80 pèlerins du diocèse de Rouen. Ses propos sur le martyre du prêtre laissent envisager une procédure en béatification dans les prochaines années, mais c'est au diocèse qu'il revient de réunir le dossier.

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