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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 10 avril 2018

Gainsbourg, je t’aime… eux aussi

gainsbourg 90 ans

Par Bruno Lesprit - Le Monde

L’artiste aurait eu 90 ans le 2 avril. Célébré bien au-delà de nos frontières, il fascine toujours autant.

A quoi reconnaît-on un disparu bien vivant ? On marque non seulement l’anniversaire de sa mort mais aussi de celui de sa naissance. Serge Gainsbourg aurait eu 90 ans le 2 avril, s’il n’avait eu la prescience de faire « pas long feu » sous son régime de croisière alcoolo-tabagique. La maison de disques Mercury profite de l’aubaine pour éditer 90 séquences, une compilation en 4 CD. Pour l’« inédit », un DVD bonus offre d’entendre les témoignages de Jane Birkin, Etienne Daho ou Alain Chamfort. Légère impression de déjà-vu.

C’est la Sorbonne qui apporte du neuf. Pendant trois journées, du 9 au 11 avril, son Collegium Musicae organise le premier colloque international consacré à l’artiste, avec une trentaine d’intervenants et un conséquent contingent britanno-américain. Le sujet y est en effet présenté comme « l’auteur-compositeur qui a le plus contribué au rayonnement des musiques populaires françaises à l’étranger depuis la fin de la seconde guerre mondiale ». Ronflante, l’assertion n’en est pas moins exacte.

Depuis sa mort, le 2 mars 1991, le revival Gainsbourg est permanent. Une vingtaine de livres le concernant ont paru, dont deux biographies en anglais. « J’ai l’impression que la place qu’il occupe en France est équivalente à celle des Beatles en Grande-Bretagne et de Bob Dylan aux Etats-Unis », compare Oliver Julien, maître d’œuvre de « Serge G. : An International Conference on Serge Gainsbourg ». « C’est en tout cas par lui qu’a été officialisée en 2010 l’entrée des musiques populaires à l’université, d’un point de vue à la fois sociologique, musicologique et culturel. »

« Là où il passe, il démode tout le monde »

On a peine à croire que son œuvre – en dehors du coup d’éclat, en 1969, de Je t’aime… moi non plus – ait été négligée de son vivant jusqu’à l’album Aux armes et caetera (1979), un premier disque d’or (100 000 exemplaires) obtenu à l’âge de 51 ans. « Aujourd’hui, au moins trois générations l’ont écouté, constate Olivier Bourderionnet, enseignant à l’université de la Nouvelle-Orléans et auteur de Swing Troubadours. Brassens, Vian, Gainsbourg : Les Trente Glorieuses en 33-tours (Summa Publications, 2012). Il faut dire aussi qu’on le trouve partout, dans la chanson et la pop, le jazz et le cinéma, et ce qui me frappe, c’est que là où il passe, il démode tout le monde. »

Exemple avec le premier chef-d’œuvre parmi ses longs formats, Confidentiel (1963), dont le fiasco commercial incita Gainsbourg à retourner sa « veste doublée de vison » au profit de la pop : « Il délaisse alors les arrangements très orchestrés d’Alain Goraguer pour du jazz en toute petite formation et sort de la chanson figée du music-hall. Je ne crois pas connaître de disque en trio guitare-contrebasse-chant à cette époque. »

Confidentiel l’est resté au regard du cultissime Histoire de Melody Nelson (1971), dont les pistes, confectionnées avec le compositeur Jean-Claude Vannier, ont été échantillonnées à tout-va – de De La Soul à Portishead. Un retour à l’envoyeur, lui-même ayant été pionnier en la matière avec Initials B.B. (1968), son « sample » de la Symphonie du nouveau monde de Dvorak et son pastiche de Days of Pearly Spencer de David McWilliams. Normalement, un plagiat vaut vindicte publique. Dans son cas, on voit plutôt dans ses recyclages une preuve supplémentaire de son génie post-moderne. C’est que, loin de se dédouaner, le faussaire revendiqua cette activité. « Entre deux verres, il pique à droite et à gauche. Intelligemment je le reconnais », entend-on dans son film Charlotte for Ever (1986).

Pour les enfants du hip-hop, ce maître du larcin est aujourd’hui le plus respecté parmi les anciens. « Stylé », provocateur, drôle, le lascar a généralisé le talk-over avant l’heure après avoir commis dès 1967 un proto-rap, Requiem pour un con. Son jeunisme, qui ne reculait pas devant la démagogie pour épater les « pisseuses » et les « p’tits gars », agit toujours comme un charme.

Valeur d’exportation durable

Aussi impressionnante que la transmission est l’extension de son domaine géographique, mission que s’est assignée son interprète d’élection, Jane Birkin, qui chante actuellement son répertoire en version symphonique. Fait révélateur, il n’est pas rare de trouver sur YouTube du Gainsbourg sous-titré en anglais, accompagné de commentaires superlatifs dans cette langue. Valeur d’exportation durable, il forme un chaînon manquant, comblant le vide entre le Paris sur fond de Moulin-Rouge de Maurice Chevalier, Edith Piaf ou Yves Montand et la French touch electro-pop de Daft Punk ou Air.

A l’étranger, la fascination naît d’abord pour ce personnage incarnant à la fois l’universalisme républicain par son destin de fils de l’immigration juive russe, un dandysme fin XIXe sur le modèle de Des Esseintes et une caricature du Français moyen avec ses 102 (double pastis 51), ses Gitanes et sa paillardise. « Ce qui l’a fait connaître chez nous, c’est Je t’aime… moi non plus [n° 1 en Grande-Bretagne en 1969], donc le scandale, et sa réputation de bad boy et de French lover », rappelle Peter Hawkins (Université de Bristol), auteur de Chanson (2000, Ashgate/Routledge), une étude des « auteurs-compositeurs français du XXe siècle, d’Aristide Bruant à MC Solaar ». « Quand je chante Je t’aime… moi non plus à mes étudiants, tout le monde connaît. Pour le reste, Gainsbourg est surtout un nom que s’échangent les fans de musique alternative. »

Ainsi de Darran Anderson, auteur en 2013 d’Histoire de Melody Nelson, seul album français à figurer dans la collection « 33 1/3 » de Bloomsbury, dédiée à des jalons de la musique populaire tels Pet Sounds des Beach Boys ou OK Computer de Radiohead. « Au départ, c’est son côté transgressif qui a éveillé mon intérêt », reconnaît cet écrivain irlandais devenu un spécialiste. Pour lui, la reconnaissance internationale est logique : « Gainsbourg est le meilleur passeur de la culture française car son art comporte des choses déjà familières, européennes – le surréalisme et Magritte dans L’Homme à tête de chou – ou liées à la culture pop – la bande dessinée dans Comic Strip. C’est grâce à lui que j’ai pu me plonger dans les univers de Brel et de Barbara. »

Profusion stylistique et mise en scène de soi

A chacun son Gainsbourg. Aucun chanteur français n’offre une telle profusion stylistique – chanson à texte, récréations latinos, jazz sophistiqué, pop à l’anglaise, concept albums littéraires, disco idiot, reggae insoumis, funk classé X anticipant le « porno chic »… –, première explication de ce consensus de revirement. L’enquête sur les connaissances artistiques des Français menée pour le ministère de la culture est en effet édifiante. Parmi trente célébrités, il figurait déjà en troisième position en 1988 pour la notoriété (95 % des sondés déclaraient le connaître « ne serait-ce que de nom »), talonnant Johnny Hallyday et Louis de Funès, devant Mozart ou Molière. Avec Dali, il était surtout le plus clivant : une moitié l’appréciait, l’autre le rejetait. Vingt ans plus tard, sa cote d’amour avait progressé de 22 points.

« Les morts sont tous de braves types », chantait Brassens. Et inoffensifs ? CQFD. Est-on sûr que Lemon Incest, voire Melody Nelson, amours lolitesques et tragiques d’un adulte avec une gamine de « quatorze automnes et quinze étés », passeraient la censure aujourd’hui ? Et, dans le contexte actuel, on ose à peine évoquer les saillies misogynes et les esclandres télévisuels, l’invitation sexuelle faite à Whitney Houston ou l’insulte adressée à Catherine Ringer…

Pour la mise en scène de soi et le narcissisme, Gainsbourg avait en tout cas une sacrée longueur d’avance sur les réseaux sociaux. A cette modernité, on ajoutera la confusion des genres qu’il cultiva avec Jane Birkin, ainsi que le raconte Véronique Mortaigne, ancienne journaliste au Monde, dans Double Je (Equateurs, 256 pages, 20 euros), récit sensible de la symbiose de ce couple improbable. Travaillé par « l’ambiguïté androgyne », le pygmalion façonna sa belle en « adorable garçonne », en la poussant à chanter comme « un garçon d’église, très haut ». Elle, de son côté, féminisa l’énergumène, cheveux allongés pour cacher les feuilles de chou, diamants aux poignets, ballerines Repetto aux pieds… Une métamorphose qui sera accomplie avec le travesti posant en 1984 devant l’objectif de William Klein pour la pochette de Love On the Beat. Soit Gainsbourg en icône queer avant même que le mot n’apparaisse en France.

90 séquences, 4 CD et un DVD, Mercury/Universal.

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lundi 19 mars 2018

Serge Gainsbourg

serge

serge33

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vendredi 9 mars 2018

Serge Gainsbourg et Bambou

gains et bambou

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vendredi 2 mars 2018

In memorem Serge Gainsbourg

gains

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lundi 19 février 2018

Serge Gainsbourg

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lundi 8 janvier 2018

Serge Gainsbourg

gainsbour

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samedi 30 décembre 2017

Serge Gainsbourg

gainsbourg maison

gainsbourg verneuil

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vendredi 1 décembre 2017

Serge Gainsbourg

gainsbourg bambou

gainsbourg22

gainsb

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dimanche 23 juillet 2017

Porno tous azimuts

Par Frédéric Joignot

Les « porn studies » s’interrogent sur l’expansion  de l’accès à la pornographie : autre forme de socialisation sexuelle ou nouvelles normes violentes ?

En 2012, le site Web YouPorn reconnaissait 100 millions de pages vues par jour, celui de XVideos en affiche 4,46 milliards par mois – et cela, sans tenir compte des visites depuis les portables. En janvier, dans son documentaire Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe, la réalisatrice Ovidie évoquait « 100 milliards de pages vues par an ».

La pornographie, « la pornoculture », comme l’appelle le sociologue de l’imaginaire Vincenzo Susca, est devenue omniprésente et populaire. En un mot : incontournable.

Le terme de « pornographie » dérive du grec pornographia, associant pornê (prostituée) et graphein (écrire, et plus largement décrire, représenter). Dans son essai Le Sexe et l’effroi, (Gallimard, 1994), l’écrivain Pascal Quignard explique que ce mot ­désignait la peinture d’une prostituée en action par un pornographos, un peintre – Parrhasios d’Ephèse, d’après Pline l’Ancien, fut le plus connu d’entre eux.

« Un ­objet d’étude légitime »

Mais, si on appréciait cette pornographia sur les fresques des maisons de quelques riches Grecs, celle d’aujourd’hui n’a plus le même sens : elle s’est « démocratisée » dans des proportions colossales.

Et plus encore depuis les années 1980, avec l’arrivée des cassettes vidéo et du magnétoscope. Voilà pourquoi la pornographie, comme le rappelle Emilie Landais, doctorante en sciences humaines sur ce thème, « tend progressivement à s’extirper des griffes du jugement ou de l’opinion pour devenir un ­objet d’étude légitime : les “porn studies” ».

C’est en Californie, à l’université Berkeley, que ces premières études ont apparu. Elles ont été inaugurées par Linda Williams, professeure de rhétorique et de cinéma. En 1989, cette admiratrice des études sur la sexualité de Michel Foucault publie Hard Core : pouvoir, plaisir et  « la frénésie du visible » (University of California Press, édition augmentée, 1999, non traduit).

Elle y analyse les règles cinématographiques du genre hard, retrace son histoire et montre comment il participe « au discours contemporain sur la sexualité ». Les années suivantes, avec ses étudiants, elle continue de ­défricher l’univers en expansion du X d’un point de vue critique, historique, esthétique, sociologique, s’intéressant au porno mainstream, gay, sadomasochiste, interracial.

Une approche transdisciplinaire

En 2004, Linda Williams dirige la publication de l’ouvrage collectif Porn Studies (Duke University Press, non traduit). Quinze auteurs y participent : les uns étudient comment la tradition de la pin-up a influencé le X et le succès des mangas explicites pour jeunes femmes au Japon. D’autres questionnent les clichés de la sexualisation selon les origines ethniques et décortiquent l’hypocrisie du rapport du procureur Kenneth Starr sur l’affaire Bill Clinton-Monica Lewinsky [l’ex-stagiaire de la Maison Blanche à l’origine de la procédure en destitution du président démocrate de 1998].

Pour ces chercheurs, l’enjeu est d’inscrire les porn studies au sein des cultural studies anglo-saxonnes, qui développent une approche transdisciplinaire pour étudier des objets culturels mal vus par la recherche universitaire : la télévision, les médias, les arts dits mineurs, la culture populaire, l’érotisme grand public. En lançant ces recherches, les porn studies se positionnent en dehors de ce qu’on a appelé la porn war (ou sex war) qui déchire alors les féministes américaines.

D’un côté, les opposantes résolues à la pornographie, qui réclament son interdiction : la juriste Catharine MacKinnon ou l’essayiste Andrea Dworkin, pour qui cette représentation de la sexualité doit être considérée comme une forme de « discours de haine », d’« insulte » envers les femmes au même titre que les insultes racistes – elles sont blessantes, constituent des formes d’« acte », suivi d’effets.

Pour ­elles, la maltraitance des actrices et l’escalade dans la brutalité sur les plateaux de tournage révèlent la vérité intrinsèquement dégradante du porno.

Face à elles, les féministes « pro-sexe » ou « sex-positives », comme la performeuse Annie Sprinkle, la philosophe Judith Butler ou l’anthropologue Gayle Rubin, dénoncent le puritanisme des opposantes à la pornographie.

Pour Sprinkle, la réponse au porno machiste n’est pas « plus de porno du tout, mais un meilleur porno ». Selon Butler, il nous faut vivre dans une société « respirable », où les minorités sexuelles doivent pouvoir s’exprimer, dans le X y compris. D’après Rubin, les féministes antiporno confondent à dessein les scènes sadomasos avec des viols, alors qu’il s’agit d’actes consentis.

Réaction de « panique morale »

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les chercheurs des porn studies, pour qui la problématique n’est plus d’être pour ou contre le porno. « Ils nous invitent à penser au-delà de cette dichotomie », soulignent les sociologues Mathieu Trachman et Florian Vörös dans leur étude « Pornographie », parue dans l’Encyclopédie critique du genre (La Découverte, 2016).

Car la pornographie ne se contente pas d’inspirer les arts ­visuels – cinéma, pop art, photographie, publicité ; elle influence aussi nos comportements, et suggestionne notre imaginaire. Il s’agit de l’étudier avec le plus grand sérieux, de façon transdisciplinaire, pour en comprendre l’impact en profondeur sur nos sociétés.

En 2016, une étude de l’éditeur d’antivirus Bitdefender, menée aux Etats-Unis et dans six pays européens, révélait que 22 % des mineurs fréquentant des sites X ont moins de 10 ans, 36 % entre 10 à 14 ans, 42 % entre 15 à 18 ans. Autrement dit : les digital natives sont nourris de porno. Beaucoup de parents, de politiques, d’associations s’en alarment.

En 2012, la sénatrice (Union des démocrates et indépendants) de Paris Chantal Jouanno a publié un rapport étayé s’inquiétant de « l’hypersexualisation » des filles de 8 à 12 ans. « Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien », écrit-elle.

On comprend alors pourquoi des porn studies neutres, désengagées, sérieuses deviennent si importantes : il faut éviter les réactions irrationnelles devant une telle inflation d’images sexuelles, sans en nier l’influence quotidienne normative. Des chercheurs tels le philosophe Ruwen Ogien ou le sociologue Michel Bozon se demandent, par exemple, si Chantal Jouanno ne cède pas à une réaction de « panique morale », face à des comportements de jeunes gens dont elle ne comprend plus les codes.

Mais, de son côté, Ovidie constate, dans son film-enquête A quoi rêvent les jeunes filles ? (2014) que le cinéma X ­induit chez beaucoup d’adolescentes des normes de performance angoissantes, des obligations sexuelles mal assumées, des injonctions corporelles contraignantes (sexe rasé, seins refaits, etc.). Il était donc grand temps que les porn studies nous aident à réfléchir à cette nouveauté absolue : un monde baigné de pornographie.

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mercredi 12 juillet 2017

Serge Gainsbourg - rue de Verneuil - Street Art

verneuil

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