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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 16 août 2018

La "solitude positive" ou comment être seul nous fait du bien

Souvent redoutée, la solitude n’est pas forcément mauvaise pour le bien-être intérieur. Utilisée à bon escient elle peut même être bienfaitrice. Deux professionnels nous expliquent comment.

Entre la famille, les amis, le travail, et les réseaux sociaux, nous sommes constamment sollicités et avons peu de temps à consacrer à nous-mêmes, peu de temps pour être seuls. Si la solitude est parfois vue d’un mauvais œil, elle est pourtant bénéfique à plusieurs échelles. Précisions.

Une solitude indispensable

Quand on est constamment avec les autres, on subit en permanence leur influence

Hervé Magnin, psychothérapeute

Vouloir passer du temps avec d’autres personnes est naturel, mais il est important de trouver un équilibre. «Quand on est constamment avec les autres, on se perd dans toutes ces relations, on subit en permanence leur influence», explique Hervé Magnin, psychothérapeute et auteur de La positive solitude (1). Selon le professionnel, notre émancipation s'en trouve même bloquée. «Prendre du temps pour être seul est une source d’épanouissement car on prend de la distance par rapport à ce qu'il se passe dans le monde, dans sa vie. Cela favorise une certaine qualité d’introspection», continue le psychothérapeute. Cela permet ainsi de mieux se connaître et de prendre conscience des «signaux faibles» de son corps. «Il s’agit de sensations corporelles, comme une tension musculaire, une fatigue, ou au contraire un apaisement, que l’on n’écoute pas car on est souvent dans l’action», informe Claire Mizzi, psychologue et co-auteure de Votre meilleur ami c’est vous (2).

Se retrouver seul favorise également la connaissance de ses émotions propres, car «en apprenant à se connaître, on finit par s’apprivoiser et cela permet par la suite d’accepter les choses comme elles viennent. On est plus ouvert aux situations et aux personnes étrangères», précise la psychologue.

Plus de tolérance et de patience qui améliorent par la même occasion la qualité des moments passés en communauté. «Lorsque l’on a l'habitude d'expérimenter des choses seul, on est plus serein et on ne cherche pas à tout prix à les vivre à travers et avec les autres», relate Hervé Magnin. Et surtout, conclut Claire Mizzi, «on se consacre plus à l’instant présent, chose que beaucoup ne font pas puisque l’on est constamment envahi par nos souvenirs et nos appréhensions.»

La mauvaise réputation de la solitude

Pour la société, si l'on est seul c’est que l’on n’est pas sociable

Hervé Magnin, psychothérapeute

Ceci dit, tout le monde n’est pas capable de passer du temps seul. Et pour cause, certains en ont fait une expérience négative dès le plus jeune âge. Il n’est pas rare de dire à un enfant qui fait des bêtises : «tu es puni, tu vas dans ta chambre». Cette phrase universelle prononcée par les parents semble anodine et pourtant, «elle fait une association directe entre la solitude et la punition. Être seul signifie donc chez l’enfant être exclu du cercle familial et social», explique Hervé Magnin. La solitude ne bénéficierait donc que de peu de place à l’âge adulte.

Sans compter le fait que nous sommes des êtres grégaires. «On fonctionne beaucoup en communauté, on a besoin les uns des autres», souligne Claire Mizzi, C'est pourquoi, «la société ne voit pas d’un bon œil la solitude. Si l'on est seul c’est parce que l’on n’est pas sociable. Et pourtant il est naturel d’être centré sur soi, sur ses besoins», complète Hervé Magnin. Alors si vous n’arrivez pas à convaincre votre entourage de passer une semaine en montagne à la fin du mois d'août, pourquoi ne partiriez-vous pas seul ?

(1) La positive solitude, de Hervé Magnin Éd. Jouvence, 4,95 €.

(2) Votre meilleur ami, c'est vous, de Claire Mizzi et du Dr Céline Tran, Éd. L'iconoclaste, 21,90 €.

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Agressions sexuelles : la pression s’accentue sur le Saint-Siège

Par Cécile Chambraud - Le Monde

Le rapport de la justice américaine sur la Pennsylvanie mettant en cause 300 prêtres s’ajoute à une série d’affaires concernant des hiérarques catholiques pendant l’été.

Quelque trente ans après les premiers grands scandales publics, l’Eglise catholique est loin d’en avoir fini avec les affaires de pédophilie et, plus largement, d’agressions sexuelles.

L’atterrant rapport de la justice américaine sur soixante ans d’agressions et de viols commis dans les diocèses de Pennsylvanie par 300 prêtres sur au moins 1 000 enfants et adolescents, publié mardi 14 août, l’a encore montré.

Les auteurs admettent que « beaucoup de choses ont changé depuis quinze ans » dans cette institution, en particulier parce qu’elle est plus encline à saisir la justice. Mais ils constatent que des exactions continuent d’être commises et doutent manifestement que la protection accordée pendant des décennies à leurs auteurs par leur hiérarchie ait totalement disparu : « Jusqu’à ce que cela change, nous pensons qu’il est trop tôt pour refermer le livre des scandales sexuels de l’Eglise catholique. »

« Culture de l’abus »

Le pape François ne peut être en désaccord avec ce constat, lui qui a récemment évoqué la « culture de l’abus » et de la protection des agresseurs par leur hiérarchie. Depuis sa désastreuse visite au Chili, en janvier, et l’accusation de « calomnie » lancée aux victimes d’un prêtre prédateur, cette question domine totalement son pontificat et la pression grandit pour que des décisions soient prises.

Une bonne partie de son emploi du temps est consacrée à trouver comment sauver du naufrage l’Eglise chilienne, dont tous les évêques lui ont remis leur démission en mai. Il a reçu des victimes de prêtres abuseurs et accepté la démission de cinq prélats. Mais plusieurs hiérarques encore en fonction sont accusés d’avoir couvert les agissements des dizaines de clercs soupçonnés ou convaincus d’agressions.

Les critiques visent en particulier le cardinal Francisco Javier Errazuriz, membre du C9, le conseil de neuf cardinaux dont s’est entouré François, et le cardinal Ricardo Ezzati, archevêque de Santiago. Ce dernier est convoqué le 21 août par le procureur qui enquête sur plusieurs affaires d’agressions sexuelles. Le 4 août, le cardinal a annoncé qu’il renonçait à présider, le 18 septembre, le traditionnel Te Deum pour la patrie, événement auquel participe largement le personnel politique.

S’en tenir à une « vie de prière et de pénitence »

Selon la presse chilienne, le président de la République, Sebastian Pinera, aurait menacé de ne pas s’y rendre en cas de présence du cardinal Ezzati. Pendant ce temps, la justice du pays continue d’enquêter. Mardi, elle a ainsi perquisitionné le siège de la conférence épiscopale. Le 1er août, le procureur national a officiellement demandé à l’Etat du Vatican d’avoir accès aux dossiers canoniques de neuf clercs soupçonnés d’agressions sexuelles.

Le Chili n’est pas le seul cas dont le pape a eu à traiter cet été. Le 30 juillet, François a obtenu la démission d’un archevêque australien, Philip Edward Wilson, condamné le 3 juillet à un an de prison pour avoir couvert des actes de pédophilie, et qui jusqu’à présent avait refusé de démissionner. Les autorités politiques australiennes avaient aussi exercé une pression sur le Saint-Siège pour que des décisions soient prises. « Le temps est venu pour le pape de le limoger », avait déclaré le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, le 19 juillet.

Un autre prélat australien, et non des moindres, attend son procès pour des accusations d’agressions sexuelles. Il s’agit du cardinal George Pell, membre lui aussi du C9 du pape et responsable des affaires économiques du Vatican.

Le 28 juillet, le pape François a accepté la démission du collège des cardinaux de Theodore McCarrick, 88 ans, ancien archevêque de Washington, accusé d’abus sur mineurs et sur de jeunes majeurs. Fait sans précédent, avant même que le procès ait lieu, il lui a demandé de s’en tenir à une « vie de prière et de pénitence ».

« Grave faute morale »

La mise en cause de cette éminente figure de l’Eglise américaine n’a pas fini de soulever des questions gênantes dans la mesure où il semble que sa conduite sexuelle n’était pas précisément un secret pour tout le monde. Le président de la conférence épiscopale américaine, le cardinal Daniel DiNardo, a lui-même reconnu que le fait que des plaintes contre Theodore McCarrick aient été tenues secrètes « pendant des décennies » était une « grave faute morale ».

Aux Etats-Unis, les regards se sont déjà tournés vers le plus haut responsable américain au sein de la curie romaine, le cardinal Kevin Farrell, chef du dicastère (ministère) pour la famille et les laïcs. Ordonné par Theodore McCarrick, il a été son vicaire général à Washington jusqu’en 2006. Interrogé par l’agence Associated Press sur ce qu’il savait de la conduite de son mentor, il a affirmé qu’il n’avait jamais eu ne serait-ce qu’un soupçon et n’avait jamais eu connaissance d’aucune plainte.

Le 20 juillet, enfin, sans explications, le pape a accepté la démission d’un évêque auxiliaire de Tegucigalpa (capitale du Honduras), Juan José Pineda, 57 ans. Le prélat était l’adjoint du cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, lui aussi membre du C9 de François. En 2017, le Vatican avait conduit une enquête sur Juan José Pinera à la suite, semble-t-il, d’accusations concernant sa vie sexuelle.

Les 25 et 26 août, François se rendra en Irlande pour une visite à l’occasion des Rencontres mondiales sur la famille. Dans ce pays où tant de violences sexuelles contre des mineurs ont eu lieu, notamment dans le cadre d’institutions dirigées par l’Eglise, la parole du chef de file des catholiques sur ces questions sera attendue

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Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

L’été, les corps nus des hommes sont partout, mais personne ne les voit. A contrario, celui des femmes est toujours objet de commentaires même sous douze couches de vêtements, remarque Maïa Mazaurette, qui invite les hommes à réfléchir à leur propre érotisation.

Le corps des femmes avait bien mérité sa trêve estivale, mais manifestement, le sexisme ne prend pas de vacances, et profite du hashtag #jesuiscute pour se poser en terrasse. Rappel des faits : la modèle érotique Manny Koshka ironisait la semaine dernière sur la « police des mœurs Twitter » – désignant ces usagers s’improvisant père la morale devant le moindre selfie féminin vaguement dénudé, et dont les recommandations vont du paternalisme (« tu regretteras plus tard ») à la pruderie (« tu en montres trop ») en passant par la protection des mineurs (« des enfants pourraient voir tes seins »). Les propos de Manny Koshka ont été relayés par d’autres femmes, qui ont rappelé preuve à l’appui que leur corps leur appartenait et qu’elles ont le droit de le montrer. La police des mœurs en question n’a pas tardé à réagir : « rhabille-toi », « t’es une pute », et autres noms d’oiseaux…

Mais pendant que Twitter s’écharpe, les hommes exhibent leur torse sur la plage, au sport, dans la rue, au supermarché, lors des festivals, et même sur les réseaux sociaux. Ils montrent leurs fesses en public, pour provoquer ou rigoler. Ils dessinent des pénis sur les murs des bars. Grâce aux hormones/au surpoids/à la gonflette, certains de ces hommes ont des seins. Tous possèdent des tétons. Ces rhabilleurs de femmes ne sont pas les derniers à envoyer des photos de leur sexe à des inconnues (un quart des hommes millenials ont déjà envoyé une dick pic, et plus de la moitié des femmes de cette génération en ont reçu, selon l’institut Yougov en 2017).

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Corps masculins exhibés mais invisibles

Il y a donc un deux poids, deux mesures : nous sommes cernés de corps masculins exhibés et pourtant invisibles, tandis que celui des femmes est toujours visible, toujours objet de commentaires, même sous douze couches de vêtements. Cette dissonance cognitive gangrène les règles d’usage des réseaux sociaux (comme Instagram, qui considère le téton féminin comme le seul problématique), nos perceptions culturelles (des femmes forcément égéries, des hommes forcément artistes) et nos interactions les plus banales (on se coltine des hommes qui ne voient pas leur propre corps dans l’espace public, ni celui des autres mâles). Et quand des trans brouillent les règles du jeu, évidemment, on saute au plafond.

A quoi est dû cet aveuglement sélectif ? La première raison tient de l’homophobie intériorisée. Nos codes contemporains considèrent la séduction comme appartenant aux femmes, par droit naturel. L’art de plaire constitue leur production esthétique exclusive – leur peinture, leur cinéma, leur niche culturelle. Du coup, tout homme s’arrogeant ces compétences « féminines » prend le risque d’être assimilé à une femme, ce qui ferait de lui mathématiquement un homosexuel (si ce raccourci vous semble étrange, bienvenue au club).

Ce jugement s’applique avec la même sévérité aux hommes qui cherchent à séduire des femmes avec leur corps. On se moque des « beaux gosses » adeptes de codes ultravirils (gros muscles, gros tatouages), car comme chacun sait, le vrai mâle se contente de séduire par son glorieux intellect. On appelle « frivolité » les savoirs traditionnellement féminins, pour bien délimiter le champ des connaissances légitimes. La parade amoureuse est un truc de gonzesse.

Ne pas se soumettre au désir féminin

Ce constant rappel à l’ordre porte ses fruits : les hommes font implicitement le choix de se soumettre aux codes du masculin plutôt qu’au désir féminin, quitte à perdre des opportunités sentimentales et sexuelles. Faute de moyens physiques de se mettre en valeur, certains finissent par justifier le harcèlement (il n’y aurait pas d’autre moyen d’attirer l’attention des femmes). Et faute de combattants et de transmission, les compétences esthétiques masculines restent limitées : les rues sont grises, les tenues ternes. On n’essaie même pas.

Car dans cet imaginaire masculin curieusement passif, les beaux ont de la chance, les moches manquent de chance. C’est la nature. Y’a rien à faire. Les moins favorisés se moquent avec amertume des mieux lotis, comme ces « incels » (célibataires involontaires) qui appellent les beaux garçons des « Chads ». La tradition féminine, au contraire, considère la génétique comme le début de la conversation. Les femmes peuvent (doivent) toujours faire quelque chose pour s’améliorer (quitte à dépenser des fortunes pour passer sur le billard).

Cette attitude repose sur une autre construction intellectuelle : l’idée que la partie serait perdue d’avance parce que les femmes sont le beau sexe, tandis que les hommes seraient laids et/ou hilarants (quoi de plus rigolo que de montrer son pénis ?). En conséquence de quoi toute séduction physique est inutile. Le French lover est mort, s’il a jamais existé en dehors de la littérature. Le corps masculin serait d’ailleurs si peu érotique que les femmes, pas folles, se ficheraient des apparences masculines. Comme le démontre leur consommation de porno gay, de boy’s bands, ou de films avec Brad Pitt ?

Cette désincarnation des hommes ne relève pas du simple problème théorique : il s’agit d’une négation quotidienne, rabâchée, harassante, du désir féminin, considéré comme « mystérieux ». Le mystère a bon dos ! Cette indifférence à soi-même se retourne en outre contre ses instigateurs. Elle est au moins partiellement responsable des crashs de libido : en l’absence d’autoérotisation des maris, amants, petits amis, rien ne vient remplacer la passion sexuelle des débuts lorsqu’elle s’essouffle. Or on ne peut pas demander les résultats du désir sans susciter le désir, de même qu’on ne peut pas réclamer plus d’interactions charnelles sans considérer sa propre chair. Ces corps uniformes produisent des lassitudes logiques, des cercles vicieux destructeurs (pourquoi s’embêter quand son conjoint ne fait aucun effort ?).

Comble du paradoxe, on a entendu pendant les hautes heures du mouvement #metoo les hommes se plaindre… de ne pas être assez érotisés : « moi, j’adorerais qu’on me harcèle » (à ceux qui ont prononcé ou pensé cette phrase : je vous garantis que non). Du coup, les paresses masculines seraient en fait la faute des femmes (aaaah). Franchement ? Non. Même si les femmes pourraient effectivement investir plus sérieusement le champ de l’érotisation des hommes (par l’art, notamment), c’est aux hommes de faire exister leur corps dans l’espace public. C’est aux hommes de résister contre une forme de sexisme qui sabote leur confiance, leurs opportunités et leur libre individualité. Le moment est parfaitement choisi pour entamer cette révolution : il y a de la place aux côtés des défenseuses de #jesuiscute, et en plus, il fait beau.

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Cirques. Ils ne sont plus à la fête

Les cirques dits traditionnels ont de plus en plus de mal à trouver des communes d’accueil. Pour quelles raisons ? Sont-ils condamnés à évoluer ? Quelques pistes de réflexion pour repartir sur la bonne piste… aux étoiles.

En Bretagne, comme ailleurs en France, de plus en plus de communes refusent - ou se montrent réticentes, comme Rennes - d’accueillir des cirques utilisant des animaux ou pour d’autres raisons. De ce fait, les cirques, quand ils trouvent une terre d’accueil, s’y installent plus longuement ; ce qui, parfois, comme à Saint-Alban (22) est source de conflits.

Bref, la vie n’est pas facile pour les cirques itinérants. « Depuis 30 ans que je travaille dans le cirque, j’ai toujours connu des problèmes pour trouver des emplacements », souligne Christian Caffy, porte-parole du Collectif des cirques. Non sans admettre que tout se complique : « Les communes ont de moins en moins de foncier disponible pour nous. Les places publiques sont pratiquement toutes aménagées. 

De plus en plus, les communes refusent d’accueillir des cirques utilisant des animaux ou pour diverses raisons. Animaux : un prétexte ? Autre élément soulevé par Christian Caffy : « L’assimilation des gens du cirque avec les gens du voyage et des obligations qui vont avec ». « Or, nous sommes des entreprises inscrites au registre du commerce, avec des chapiteaux agréés, des certificats de capacité à accueillir des animaux », précise Solovich Dumas, exploitant du cirque de Rome et membre du Collectif.

Animaux : c’est là que le bât blesse, particulièrement pour les cirques touchés de plein fouet par « la psychose attisée par les associations animalistes… De plus en plus d’élus soulèvent cet argument. Mais s’agit-il de réelles convictions ou d’un prétexte bien pratique pour justifier un refus ? », s’interroge Christian Caffy. Quoi qu’il en soit, le collectif reconnaît que le cirque doit s’adapter à un nouveau contexte. Coûts de déplacement prohibitifs, démontages et remontages pesants, nouvelles habitudes de consommation changent la donne et font que les cirques cherchent à rester sur place plus longtemps : « Ça coûte cher, désormais, de faire une ville par jour. Et puis, on se rend compte que la seconde semaine est plus fréquentée que la première », explique Christian Caffy. Mais encore faut-il décrocher le fameux sésame des élus, encore plus réticents à voir s’installer un cirque pour une longue durée : « C’est normal que les maires se demandent s’ils ont affaire à un cirque sérieux avant de s’engager. C’est pourquoi nous travaillons, à la demande et avec l’Association des maires de France, sur une charte, un outil qui leur permettrait de séparer le bon grain de l’ivraie et de savoir à qui ils ont affaire ».

À plus long terme, le collectif considère que l’avenir du cirque traditionnel passe, à l’instar du cirque contemporain ou du théâtre de rue, par des partenariats avec les acteurs locaux (écoles, associations…) : « Ce qui demande évidemment du temps et de travailler en amont ». Pour le collectif, l’un des fondamentaux de ces actions pédagogiques et de découverte repose sur les animaux : « Non pas dans un esprit de ménagerie ou de zoo ambulant mais de relation privilégiée, sur la base de la confiance et de l’affection, entre l’homme et l’animal, en s’appuyant sur la richesse et un savoir-faire que les gens du cirque ne soupçonnent pas », précise Christian Caffy. Ce qui fera sans doute bondir les militants de la cause animale, qui estiment que « les cirques ne peuvent satisfaire aux impératifs des animaux, qui souffrent notamment de troubles du comportement »

Le débat est ouvert (l’est-il vraiment ?). De son issue mais aussi de ceux qui sont encore nombreux à aller au cirque, dépend l’avenir du « nouveau cirque classique ».

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mardi 14 août 2018

Pourquoi les tubes de l’été se ressemblent-ils tous ?

Le « New York Times » a analysé quarante ans de hits estivaux. Des chansons dansantes qui ont tendance, depuis la fin des années 1990, à adopter la même formule gagnante.

« Les tubes de l’été, c’est toujours la même chose : de la soupe. » Mélomane arrogant, neurasthénique allergique aux dancefloors ou rockeur inquiet de la disparition des guitares, la remarque revient inlassablement toutes les quatre saisons. Le New York Times s’est donc posé sérieusement la question : les hits estivaux sont-ils tous semblables ?

Pour y répondre, le quotidien américain a analysé les chansons présentes au Billboard Hot 100, qui répertorie aux Etats-Unis les cent premiers titres en termes de ventes de singles et de diffusions radio, de juin à août de chaque année, et depuis près de cinquante ans. Les journalistes se sont fondés sur des algorithmes de la plateforme de streaming Spotify, qui attribuent à chaque chanson plusieurs critères, par la suite utilisés pour recommander des titres aux auditeurs selon leurs goûts. Pour chaque tube, on peut ainsi mesurer sa puissance (le volume moyen de la chanson), son énergie (à quel point la chanson est rapide et bruyante), son potentiel dansant (fondé sur la vigueur et la régularité du tempo), son acoustique (la vraisemblance que la chanson utilise des instruments acoustiques), et enfin son pouvoir d’attraction (à quel point la chanson est joyeuse).

Conclusion : si la fin des années 1980 signait la consécration de la diversité musicale dans les charts estivaux, le second millénaire a bien vu émerger des chansons commerciales plus uniformisées.

Ainsi, l’été 1984 consacrait le Glory Days de Bruce Springsteen, 1995 voyait le groupe de R’n’B TLC rafraîchir les vacanciers avec ses Waterfalls et les rappeurs de Bone Thugs-N-Harmony ne quittaient pas leurs lunettes de soleil dans Tha Crossroads en 1996. Puis les radios se sont mises à diffuser des pop-songs toujours plus entêtantes. Backstreet Boys, Britney Spears et Bruno Mars… depuis les années 2000, les étés musicaux se suivent et se ressemblent.

Katty Perry, Lady Gaga, Kesha

Preuve par l’exemple : le site américain nous offre l’opportunité de réécouter trois tubes de l’été 2010 : California Gurls de Katty Perry, Your Love Is My Drug de Kesha ou Alejandro de Lady Gaga. Ces trois chansons répondent aux mêmes critères, leurs courbes ne mentent pas :

Le New York Times avance plusieurs éléments pour expliquer cette uniformisation, graphiques à l’appui. D’abord, depuis 1992, les chansons qui parviennent à grimper dans le top 10 entre juin et août sont moins nombreuses, ce qui « laisse moins de place à la diversité musicale ». Ceci pourrait s’expliquer notamment par le fait que le Billboard Hot 100 ait modifié, en 1991, sa façon de calculer les ventes.

Ensuite, seul un petit nombre d’auteurs-compositeurs se partagent désormais la plupart des plus grands hits estivaux. Ainsi, à 47 ans, le producteur suédois Max Martin est à l’origine de 22 titres classés n° 1 aux Etats-Unis depuis la fin des années 1990. De Britney à Taylor Swift en passant par Maroon 5, le faiseur de tubes a semble-t-il trouvé la formule chimique permettant de graver une musique dans la tête des auditeurs.

Mais ces calculs mathématiques finiront-ils par s’effondrer ? Les tubes de cet été offrent une certaine variété de rythmes, entre le hip-hop vaporeux de Post Malone, le rap latino de Cardi B et le r’n’b de Drake. 2018, année à part ou espoir pour la diversité musicale ? Réponse l’été prochain.

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dimanche 12 août 2018

Ne pas se parfumer à outrance, ne pas annexer l’accoudoir : petit guide du bon usage des transports collectifs

Par Guillemette Faure - Le Monde

Le monde bouge, la bienséance avec. Tout l’été, « M » dispense ses règles du savoir-vivre au XXIe siècle. Cette semaine, comment préserver la civilité mise à si rude épreuve dans les transports modernes.

En train, en bus, en avion… Les voyages ont toujours été un terrain complexe pour les bonnes manières puisque s’y mêlent les sphères publiques et privées, au grand dam de certains passagers qui préféreraient les voir démêlées : « On ne parle pas de ses affaires intimes aux parents, aux amis qui voyagent avec nous, en présence d’inconnus », prévenait la Baronne Staffe en 1889 dans son livre Usages du monde : règles du savoir-vivre dans la société moderne. Et encore, lorsqu’elle quittait son pavillon de Savigny-sur-Orge, elle n’était pas entourée de smartphones au bout desquels sont désormais attachés certains voyageurs.

C’est l’un des paradoxes de la vie moderne. L’époque qui a vu les open spaces devenir de plus en plus silencieux est aussi celle qui voit de plus en plus d’individus téléphoner, voire tenir des « conference calls » dans les transports en commun. Au point que l’on se demande si certains n’achètent pas de billets de train pour y passer des coups de fil. A ce propos, rappelons que placer sa main courbée devant sa bouche tout en parlant dans son portable ne fait pas baisser le son de la voix et donne au mieux l’impression d’utiliser un cure-dents. Les options mains libres, haut-parleurs, perches à selfie ne doivent en aucun cas être utilisées dans les bus, trains, avions : elles ont été développées dans la Silicon Valley, par des ingénieurs qui ne prennent jamais les transports en commun notoirement déficients de leur région.

On ne garde pas son casque audio

« En wagon ou dans tout autre lieu public, les gens bien élevés n’engagent jamais de conversation avec des inconnus », peut-on lire dans Usages du monde. A sa décharge, la Baronne Staffe ne savait pas que les TGV InOui développaient une appli de chat permettant d’échanger avec d’autres passagers. Elle n’avait jamais pris Blablacar non plus. La plate-forme de covoiturage permet, certes, d’indiquer le niveau de conversation attendu (bla, blabla et blablabla), mais même si l’on s’est présenté sur son profil comme peu bavard (bla), on est tenu de converser un minimum.

On peut toujours demander ou donner un renseignement « mais ensuite on fait bien d’ouvrir un livre, un journal pour ne pas continuer l’entretien », suggérait la Baronne en guise de retraite. Ce qui revient, en covoiturage, à enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles. Le geste, nous apprend la communication de Blablacar, fait partie des comportements les plus souvent déplorés dans les commentaires : on ne garde pas davantage son casque audio en Blablacar qu’en cheminant parmi des pèlerins sur la route de Compostelle. Seule solution pour échapper à un conducteur trop bavard : s’endormir. Les chauffeurs préfèrent les passagers qui font la sieste à ceux qui écoutent leur musique, l’indifférence des premiers ne semblant pas intentionnelle.

GUERRE POUR LE TRAÇAGE DE LA LIGNE DE PARTAGE DES ACCOUDOIRS, POUR L’ANGLE D’INCLINAISON DES FAUTEUILS, POUR LA GESTION DU VOLET DU HUBLOT.

« Ne vous parfumez pas à outrance, car cela peut incommoder sérieusement vos voisins », recommandait la Baronne Staffe. A en juger encore par cette synthèse de Blablacar sur les griefs les plus fréquents, il semblerait que certains auraient intérêt à se parfumer un peu plus. Au chapitre « Les riens qui rendent insupportables », elle cite aussi ces gens qui « lèveront leurs mains et en rabattront la paume sur le bras du fauteuil ». Elle était, là, en avance ; les guerres de territoire de faible intensité se sont multipliées dans les transports en commun depuis l’apparition des compagnies low cost. Guerre pour le traçage de la ligne de partage des accoudoirs, pour l’angle d’inclinaison des fauteuils, pour la gestion du volet du hublot. La bonne éducation impose de ne pas s’arroger tous les avantages.

bienseance sncf

S’il n’y a qu’une prise électrique pour deux – l’objectif d’équipement des TGV en seconde classe –, celui qui profite de l’accoudoir renoncera à brancher son chargeur. Et celui qui est côté fenêtre cédera son droit à l’accoudoir pour gagner celui de baisser le pare-soleil à sa guise. Au cas où il y aurait trois sièges côte à côte, le passager du milieu compense le drame de sa situation en profitant des deux accoudoirs.

Celui qui a utilisé la prise le premier aura la délicatesse de la laisser à son voisin une fois sa batterie à 50 %. C’est à lui de le suggérer spontanément. Mais on ne demande pas : « Vous êtes à combien de pourcent ? » Lorgner de trop près le pourcentage de batterie des autres est aussi grossier que de ne pas regarder ses amis dans les yeux dans un camp naturiste.

AUJOURD’HUI, IL VEILLERA EN PLUS À ÉVITER LE « MANSPREADING », CE « SYNDROME DES COUILLES DE CRISTAL » QUI SEMBLE OBLIGER LES HOMMES À S’ASSEOIR JAMBES ÉCARTÉES.

« N’oublions pas non plus de recommander à l’hôte de pourvoir l’invité de quelques provisions au départ, conseillait la Baronne Staffe. Il y a des maîtresses de maison qui se font un plaisir de préparer des paniers de voyage très confortables, très complets. » Plutôt qu’un pique-nique, on pourra fournir un câble avec chargeur de voyage pour que notre visiteur en partance s’évite le ridicule d’être assis par terre, collé à son rectangle électronique, en cas de retard de train ou d’avion, quand chacun se jettera sur les prises disponibles en salle d’embarquement ou d’attente. Répartition de l’espace encore, « un homme demande pardon aux femmes dont il froisse la robe, dont il effleure le pied, en gagnant la place à occuper », écrit la Baronne. Aujourd’hui, il veillera en plus à éviter le « manspreading », ce « syndrome des couilles de cristal » qui semble obliger les hommes à s’asseoir jambes écartées.

Enfin, « l’habitude d’arrêter les gens inconnus, dans la rue, pour leur demander du feu est d’origine américaine ; une mauvaise éducation seule permet d’agir ainsi », s’alarme la Baronne. « Cependant, ce service ne se refuse pas. » Il est impoli – et interdit – aujourd’hui de fumer dans les transports, sur les transports, sous les transports, hors des transports, et si l’on se trouve dans le rayon de 400 kilomètres d’un autre être humain. Seule exception, le wagon de tête de la ligne Paris-Meaux-Château-Thierry que ses passagers maintiennent fumeur au nez et à la barbe de la SNCF. Ils y sont aussi d’une prévenance exquise, s’aidant les uns les autres à porter bagages et poussettes tout en asphyxiant les non-fumeurs au bord du malaise. Preuve que le savoir-vivre reste une notion très personnelle et toujours en mouvement.

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jeudi 9 août 2018

Argentine-Avortement: Le Sénat rejette la légalisation de l’IVG

Alors que le texte avait été adopté de justesse en juin par les députés argentins, les sénateurs ont rejeté le projet de loi légalisant l’avortement dans les 14 premières semaines de grossesse.

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Droit à l’avortement en Argentine : « Ce vote est une honte. Les sénateurs n’ont rien compris »

Par Angeline Montoya, Christine Legrand, Buenos Aires, correspondante - Le Monde

Les sénateurs argentins se sont prononcés, jeudi matin, contre la légalisation de l’IVG, mais le camp prochoix se félicite d’avoir fait avancer sa cause.

Le Sénat argentin a raté le rendez-vous avec l’Histoire. Cette fois, la pression de la rue n’aura pas suffi. Malgré les centaines de personnes (2 millions, selon les organisatrices) bravant la pluie et le froid dans Buenos Aires, malgré, également, la pression internationale, seuls 31 sénateurs ont voté pour la légalisation de l’avortement, aux premières heures du jeudi 9 août, et 38 ont voté contre. « Il faut plutôt dire qu’ils ont voté pour l’avortement clandestin, fustigeait l’actrice Alejandra Flechner, en marge d’une conférence de presse de l’Association des actrices argentines, qui se sont beaucoup mobilisées pour le projet. Ce vote est une honte. Les sénateurs n’ont rien compris, ils ont méprisé deux millions de personnes dans la rue, mais le coût politique sera énorme pour eux. » Des incidents mineurs ont éclaté à la fin du rassemblement, vers 3 heures du matin, et huit personnes ont été arrêtées.

Punir ces « dinosaures » lors des prochaines élections d’octobre 2019, tel était le mot d’ordre chez les militantes prochoix après le vote des sénateurs, jeudi matin, faisant suite à seize heures de débats. « Cette journée a rendu évident le hiatus entre le Sénat, réactionnaire, et la population, qui est majoritairement acquise à la légalisation de l’avortement, soutient la journaliste Ximena Schinca. La différence entre la mobilisation dans la rue et ce qui s’est dit dans l’hémicycle est flagrante. »

Une des dernières oratrices a été l’ancienne présidente Cristina Kirchner (2007-2015), qui s’est toujours dit opposée à la légalisation de l’avortement, mais a voté pour. Pendant ses deux mandats, le projet a été présenté six fois, en vain. Elle a attribué son changement aux « milliers de jeunes filles qui sont sorties dans la rue ».

« Dépénalisation sociale »

Le texte de loi qui prévoyait le libre recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à la quatorzième semaine de gestation, a par ailleurs mis en évidence des divisions au sein de la coalition au pouvoir, après le vote historique des députés en faveur de la loi le 14 juin.

Mais les militantes de la Campagne nationale pour le droit à l’avortement, ce collectif de 500 ONG à l’origine du projet de loi, ne s’avouent pas vaincues. « Cela fait treize ans que la Campagne existe, et nous n’avions jamais réussi à aller aussi loin, explique une de ses membres, Martha Rosenberg. Nous avons déjà obtenu une chose : la dépénalisation sociale de l’avortement, la majorité des Argentins sont pour, et ce n’est qu’une question de temps à présent, pour que notre projet soit voté. »

« Aujourd’hui, ce n’est pas une défaite, c’est un triomphe monumental, a semblé lui répondre le sénateur de Buenos Aires Pino Solanas. Personne ne pourra arrêter la marée de la nouvelle génération ! » La jeunesse s’est en effet particulièrement mobilisée ces derniers mois pour le droit à l’IVG. Une jeunesse qui, aujourd’hui, se presse pour prendre des selfies avec les référentes historiques de la Campagne nationale, comme Martha Rosenberg, 81 ans, ou Nelly Minyersky, 89 ans. Cette psychanalyste et cette avocate sont deux des auteures du projet de loi en discussion au Sénat. Pour Mme Minyersky, « la Campagne est devenue le symbole de la démocratie ».

La journée de mercredi a montré, encore une fois, la division de la société argentine sur l’avortement, dont la pratique clandestine fait une quarantaine de mortes par an. La place du Congrès était coupée en deux, à l’image du pays. Moins nombreux que les prochoix, ils étaient tout de même des centaines de milliers à répondre à l’appel commun des églises catholique et évangéliques, qui avaient été plutôt discrètes jusqu’au vote à la Chambre des députés. Dès l’après-midi, le ton était à la victoire. « Cette loi infanticide ne passera pas, grâce à Dieu !, se réjouissait Gladys, 60 ans. Si les femmes ne veulent pas d’enfants, elles n’ont qu’à se faire une hystérectomie. Une femme qui n’a pas d’enfants n’est pas une vraie femme. »

Un chapelet sur le Congrès

Symbole de la victoire de l’Eglise : avant même le vote des sénateurs, une messe a été célébrée en grande pompe dans la cathédrale de Buenos Aires, réunissant des milliers de « provida ». Des slogans dénonçant la « complicité » de l’Eglise catholique avec la dictature militaire (1976-1983) ont cependant fusé dans le camp des foulards verts, symbole du droit à l’IVG, quand un chapelet géant est soudain apparu, flottant dans le ciel, au-dessus du Congrès. « L’Eglise ne s’émouvait pas quand la dictature torturait une femme enceinte », affirmait le panneau d’un jeune manifestant.

La loi fixe un délai d’un an après un rejet pour qu’un nouveau projet soit réexaminé par le Parlement. Reste à savoir si les partis politiques seront prêts à faire de l’IVG un des thèmes de leur campagne électorale.

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Réseaux sociaux : La fin de l’âge d’or pour les réseaux sociaux

Par Vincent Fagot - Le Monde

Snapchat a publié, mardi, des résultats trimestriels en demi-teinte, et les titres de Facebook et Twitter ont été sanctionnés en Bourse en juillet.

Un chiffre d’affaires de 262 millions de dollars (225 millions d’euros) sur le dernier trimestre, en progression de 44 % par rapport à 2017, des pertes limitées à 353 millions de dollars soit

– 20 %, et une audience pour la première fois en recul (– 2 % par rapport au premier trimestre de leur exercice fiscal). Dans une période où les principaux réseaux sociaux occidentaux sont chahutés en Bourse, les résultats trimestriels publiés par Snapchat, mardi 7 août, sont trop contrastés pour rassurer les marchés.

Leur annonce intervient dans la foulée de la dégringolade des titres Facebook et Twitter. Le premier a vu son cours s’effondrer de plus de 19 %, jeudi 26 juillet, à la suite de la publication de résultats trimestriels décevants. Ceux du second, le lendemain, n’ont pas davantage plu aux investisseurs : en deux séances, l’action Twitter a perdu près de 25 % de sa valeur. Cet enchaînement, inattendu, fait depuis planer une interrogation : le modèle économique des réseaux sociaux a-t-il vécu ?

Une chose est sûre, leur image s’est globalement dégradée ces deux dernières années. Campagne de désinformation pendant le référendum sur le Brexit puis pendant l’élection présidentielle américaine, prolifération de messages haineux, fuites de données massives (affaire Cambridge Analytica) ont mis en lumière les côtés sombres des réseaux sociaux – Facebook et Twitter en tête.

Inquiétude des marchés

Leur modèle économique, fondé sur l’exploitation des données personnelles des utilisateurs pour dégager des revenus publicitaires, est également contesté. Entré en vigueur en Europe au mois de mai, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) vise justement à redonner davantage de contrôle aux utilisateurs de ces plates-formes, qui peuvent désormais récupérer toutes les données amassées par ces services ou refuser de faire l’objet de publicités ciblées.

Autant de vents contraires qui n’avaient étrangement pas semblé affecter jusque-là lesdites sociétés. Lors de la présentation de leurs précédents résultats financiers, en avril, Facebook et Twitter enregistraient encore une croissance significative du nombre de leurs utilisateurs (respectivement + 13 % et + 10 %, sur un an). Quant à l’action Facebook, elle semblait imperméable à toutes les affaires, atteignant un plus haut historique à plus de 218 dollars le 25 juillet – contre un peu plus de 180 dollars en début d’année.

TWITTER A ANNONCÉ LA PERTE D’ENVIRON UN MILLION D’UTILISATEURS ACTIFS MENSUELS

Depuis, un indicateur en particulier semble avoir suscité l’inquiétude des marchés : celui des utilisateurs actifs. Ainsi Facebook a vu le nombre de ses utilisateurs actifs quotidiens progresser de seulement 1,44 %, au dernier trimestre, un plus bas historique. En Europe, il a même baissé d’un million.

La situation est plus critique pour Twitter, qui a annoncé la perte d’environ un million d’utilisateurs actifs mensuels, due en particulier à une vaste opération de fermeture de comptes ne respectant pas les règles d’usage du site. Une décision assumée par son patron, Jack Dorsey.

Mais la question de l’acquisition de nouvelles audiences ne se pose pas de manière similaire pour Facebook, Twitter et Snapchat. Car avec ses 2,23 milliards d’utilisateurs mensuels actifs, la marge de progression de Facebook est mathématiquement plus réduite que celle de ses deux concurrents, dont les communautés s’élèvent à respectivement 335 millions et 188 millions.

Incertitudes sur la capacité à monétiser l’audience

Ceux-ci ont bien tenté d’améliorer leurs produits : Twitter en faisant passer la limite du nombre de caractères par Tweet de 140 à 280 caractères en septembre 2017 ; Snapchat en modifiant l’interface de son application en février 2018. Mais ces initiatives ne se sont pas traduites par un rebond significatif de leur audience. Pendant ce temps, Snapchat continue à accumuler les pertes, et les premiers bénéfices de Twitter, enregistrés lors des trois derniers trimestres, sont trop récents pour affirmer qu’il s’agit là d’un succès commercial.

INCERTITUDES SUR LA CAPACITÉ DE CES RÉSEAUX SOCIAUX À MONÉTISER LEURS AUDIENCES

Avec plus de 5 milliards de dollars de bénéfice au dernier trimestre, Facebook a l’avantage de disposer de relais de croissance avec les autres services du groupe que sont les applications de messagerie WhatsApp et Messenger et le réseau de partage d’images Instagram, qui a franchi en juin le cap du milliard d’utilisateurs actifs (+ 100 % en deux ans) et pèse déjà pour près de 20 % de son chiffre d’affaires. Autant de canaux que la firme de Mark Zuckerberg cherche à faire fructifier pour gonfler ses bénéfices, comme en témoigne le lancement récent de services payants sur WhatsApp (1,5 milliard d’utilisateurs).

Mais le contexte actuel nourrit les incertitudes sur la capacité de ces réseaux sociaux à monétiser leurs audiences. Facebook comme Twitter se sont lancés dans de vastes entreprises d’assainissement de leur plate-forme pour restaurer la confiance des utilisateurs et des annonceurs. Dans les deux cas, cela entraîne des dépenses importantes qui affectent leurs résultats.

Le directeur financier de Facebook a ainsi annoncé que « la hausse des dépenses [liées à ces nouvelles préoccupations] sera supérieure à celle du chiffre d’affaires » en 2019, conduisant à une réduction de la marge opérationnelle. Quant aux conséquences de long terme de l’instauration de législations comme le RGPD, elles pourraient réduire la capacité des réseaux sociaux à tirer profit des revenus issus de publicités ciblées. Conscients de cette nouvelle donne, les marchés se prennent à penser qu’un certain âge d’or est peut-être derrière eux. « Avec Facebook, on s’était habitués à des taux de croissance très élevés, mais ça ne pouvait pas durer éternellement », concède ainsi Scott Wren, un responsable de Wells Fargo, cité par l’agence Bloomberg.

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mardi 7 août 2018

Paris Plages, une incongruité dans le monde urbain

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Pour le sociologue Benjamin Pradel et l’urbaniste Gwendal Simon, l’événement estival au cœur de la capitale constitue « un tiers-lieu innovant ».

Des parasols en bord de la Seine, des palmiers à deux pas de Notre-Dame, des corps en maillot de bain sur les quais parisiens : en transformant, le temps d’un été, la ville en station balnéaire, Paris Plages tente, depuis 2002, de transposer au cœur de la ­capitale l’atmosphère estivale et détendue que l’on associe volontiers au littoral. Avec un succès qui ne se dément pas : tous les ans, des millions de Parisiens et de touristes fréquentent ce décor de théâtre qui reconstitue l’imaginaire du bord de mer.

Le défi est immense : si le corps dénudé est la norme sur la plage, il est perçu comme une incongruité dans le monde urbain. « Rares sont les lieux qui permettent de bronzer, allon­gé, immobile, gratuitement, longtemps et en partie dénudé, en dehors des parcs, jardins ­publics et berges des rivières qu’occupent des citadins héliotropes, constatent le sociologue Benjamin Pradel et l’urbaniste Gwendal Simon, en 2014, dans la revue Mondes du tourisme. A ce titre, les plages urbaines – et Paris Plages en particulier – semblent constituer des tiers-lieux innovants. »

Comment orchestrer ce que ces deux auteurs qualifient de « dévoilement inédit des corps en ville » ? Comment faire coexister, dans l’espace urbain, des salariés pressés en costume-cravate et des corps immobiles dénudés ? En encadrant avec minutie le bal du dénudement. « Le comportement du public doit être conforme à l’ordre public, entendu comme le bon ordre, la tranquillité et la sécurité publics », précise la Mairie de Paris. Edictées dès les premières éditions de Paris Plages, des règles tentent de désamorcer les tensions qui pourraient naître de l’exposition, en pleine ville, de corps en maillot de bain.

Une amende forfaitaire contre le monokini

La semi-nudité – notamment le monokini – peut ainsi être sanctionnée par une amende forfaitaire de 38 euros : les premières contraventions pour « topless » sont tombées en 2012. Chaque année, pour éviter que le ­dénudement s’étende au-delà de Paris Plages, la Préfecture de police rappelle par ailleurs que le maillot de bain est interdit dans les parcs et les jardins parisiens.

A ces contraintes réglementaires s’ajoutent sur place de subtils arbitrages implicites. « Ces règles internes au site et aux participants organisent la proximité des corps balnéaires entre eux, soulignent Benjamin Pradel et Gwendal Simon. En édictant tacitement les agencements possibles ou incompatibles, ce dispositif régit la possibilité du dévoilement. » Les corps les plus dénudés s’installent à l’avant-scène de la plage, évitant spontanément la zone située au pied du mur de soutènement où se pressent les familles qui se consacrent à des activités calmes (pique-nique, lecture, jeux de cartes).

Dans ce ballet corporel, moins libre et spontané qu’on ne le croit, les regards organisent l’autodiscipline collective. « Ils deviennent les signaux des règles internes et implicites aux promeneurs se rapprochant de la plage », poursuivent les chercheurs. Les promeneurs habillés qui ne respectent pas les distances minimales ou posent des regards insistants ou déplacés sur les « plageurs » dénudés sont ainsi promptement rappelés à l’ordre par une myriade de coups d’œil réprobateurs.

Par Anne Chemin

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Avec #MyCameraIsMyWeapon, des Iraniennes dénoncent les abus de la police des mœurs

Par Charlotte Herzog - Le Monde

Utilisé par des femmes pour dénoncer le harcèlement qu’elles subissent suite à leur refus de porter le voile, le mot-clé est devenu viral sur les réseaux sociaux.

Elles n’aiment pas couvrir leurs cheveux. Elles veulent y sentir le vent. Ne pas avoir à aller à l’étranger pour cela. Vous n’êtes pas d’accord ? Vous êtes de la Gasht-e-Ershad (brigade de la police des mœurs) ? Cela ne change rien. Les Iraniennes protestent et contestent le compulsory hijab (hijab obligatoire).

Vous avez les moyens de les dénoncer ? De les arrêter ? Les faire incarcérer au motif qu’elles « perturbent l’ordre public » ? Qu’elles « corrompent » les lois de la charia ? Cela ne change rien. Les Iraniennes persévèrent dans leur révolution contre le port du voile obligatoire, instauré par la République islamique d’Iran, en 1979. Loin d’être à bout de souffle, elles sont résolues à « aller chercher leur liberté elles-mêmes » :

#MyCameraIsMyWeapon est un mouvement lancé le 15 avril sur Twitter et Facebook par la célèbre militante Masih Alinejad. La fondatrice de la campagne #WhiteWednesdays et de la page My Stealthy Freedom sur Facebook, encourage les Iraniennes à filmer les scènes de la vie quotidienne où elles se font harceler sexuellement, agresser ou arrêter pour ne pas porter le voile ; puis à publier leurs vidéos sur les réseaux sociaux.

Exposer les abus de la police des mœurs

L’objectif est d’exposer publiquement les agissements et abus de la police des mœurs, à l’égard des femmes non ou « mal » voilées en Iran. De montrer qu’en dépit de la crise économique que traverse le pays, « la seule préoccupation du gouvernement semble être le hijab des femmes. Les gens descendent dans la rue pour manifester contre la détérioration de leurs conditions de vie mais la République islamique gaspille l’argent des contribuables en des actions futiles telles que la police des mœurs », comme l’annonce en sous-titre cette vidéo. Ou bien celle-ci, dans laquelle deux hommes tentent de « retirer un arbre pour le remplacer par une statue pro-hijab, alors que l’Iran affronte la désertification, l’érosion des sols et de graves pénuries d’eau ».

Que révèlent également ces vidéos sur ce que vivent celles qui ne portent pas le hijab, ou pas « convenablement » le voile ? « Mettez-vous sur le côté, animal ! » : dans l’une des premières vidéos devenues rapidement virales – suite à sa publication le 18 avril sur le compte au 1,5 million d’abonnés de Masih Alinejad –, c’est ce que crie une policière à une jeune fille considérée comme « mal voilée », qui sera saisie par une fonctionnaire de police de la vertu, puis secouée à plusieurs reprises, avant d’être jetée à terre, toujours par cette même femme en tchador noir, comme le traduit le site des Observateurs de France 24.

Et puis l’on a vu des scènes dans le bus. Et puis dans la rue, dans leur voiture ou à la plage…

Elans de solidarité

Masih Alinejad est journaliste à la télévision, et reconnaissable grâce à sa chevelure – flamboyante par sa liberté, et par les feux qu’elle ne saurait allumer, en portant ainsi ses cheveux libres –, dans laquelle est toujours glissée une petite fleur au-dessus de son oreille gauche. Elle se bat depuis son adolescence pour les droits des femmes, contre les ayatollahs qui règnent en Iran, et contre le port du voile obligatoire. Elle a fait de la prison, et a dû fuir son pays avant de s’exiler à Londres.

Celle qui a « trop de cheveux, trop de voix et qui est trop femme pour les autorités iraniennes », a sans conteste permis au combat contre le port du voile de devenir visible sur les réseaux sociaux dès 2014, en créant la page My Stealthy Freedom, où les Iraniennes viennent gagner un peu de leur liberté, aussi furtive soit-elle, en partageant des photographies d’elles sans foulard, de dos ou de face, en expliquant ou en justifiant ce choix.

Sur les réseaux sociaux, il n’est pas rare que naissent des élans de solidarité. Comme le 8 mars, lorsque des Turques, Arméniennes et Pakistanaises ont, elles aussi, pris des risques pour soutenir les Iraniennes et donner de la voix à leur protestation : « Restez dévouées et courageuses dans votre combat ! » Ou plus récemment, le juriste parisien de 34 ans Anton Struve, qui s’est intéressé au mouvement des femmes iraniennes qui se dévoilent, lorsqu’il a découvert My Stealthy Freedom. Depuis, il traduit les vidéos à ce sujet et les relaie toutes sur son compte Twitter sous le hashtag #NousSommesLeursVoix.

Quand au début de l’année les autorités minimisaient l’importance de cette contestation – « il s’agit d’une affaire insignifiante qui n’a rien de préoccupant », avait déclaré le procureur général de la République islamique, Mohammad Jafar Montazeri –, Masih Alinejad publiait, fin juillet, une vidéo d’un responsable du régime qui leur (re) servait tout bonnement leur slogan sur un plateau (télévisé), en déclarant : « Aujourd’hui, leur portable est devenu leur arme. »

Posté par jourstranquilles à 06:46 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]