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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 14 octobre 2018

"Symbole d'autorité", contrainte "ridicule"... Pourquoi la cravate n'est plus dans le coup

Longtemps considérée comme un accessoire indispensable dans de nombreux secteurs professionnels afin d'incarner le sérieux et l'élégance, la cravate est de plus en plus laissée au placard.

En 2010, la révélation d'un dress code strict dans la banque UBS avait fait scandale. Parmi les instructions destinées aux salariés contenues dans ce "document proprement hallucinant", selon Rue89, le port "absolument impératif" de la cravate pour les hommes. Près de dix ans plus tard, la cravate s'efface petit à petit du monde du travail, sans fracas.

Depuis juillet 2017, le port de la cravate et de la veste n'est plus obligatoire pour les députés français. En juillet 2018, c'est le cabinet d'audit PwC (PricewaterhouseCoopers), spécialisé dans les missions d'audit, d'expertise comptable et de conseil, qui a aboli tout code vestimentaire pour ses salariés. Une contrainte que de plus en plus d'entreprises et d'administrations, en France, ont décidé d'abandonner.

"Un symbole d'autorité et de respect"

Inexorablement, la cravate perd de sa superbe. Un "abandon progressif" constaté par Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste du luxe et de la mode : "On l'impose de moins en moins de manière systématique à tout le monde au sein d'une entreprise." Toutefois, il existe des secteurs qui résistent à la tendance. "Dans le monde de la finance, dans la haute administration, la cravate reste quelque chose de statutaire, estime Serge Carreira. C'est un symbole d'autorité et de respect vis-à-vis de ses interlocuteurs, de ses clients..."

Un formalisme qui n'est pas toujours très bien compris par les principaux intéressés. Josselin travaille pour une banque d'entreprise, il est analyste crédit, il n'est pas en contact avec les clients et, pourtant, il doit se plier à une règle qu'il juge "ridicule".

Il faudrait m'expliquer en quoi le costume-cravate est nécessaire pour passer sa journée devant des tableaux Excel.

Josselin, employé d'une banque d'entreprise à franceinfo

Cet été, en raison des fortes chaleurs et "après négociations", le jeune homme a obtenu le droit de tomber veste et cravate. "Mais avant la rentrée de septembre, mon supérieur m'a rappelé qu'il fallait les remettre en m'expliquant qu'il s'agissait d'une question de bienséance..." poursuit Josselin, dubitatif. Une "contrainte" aussi pour Aymeric, fiscaliste qui n'est pas non plus en contact avec des clients. "Le costume-cravate représente un budget, mais dans le secteur financier, on s'y conforme. C'est un mélange entre obligation et mimétisme", décrit-il.

"Etre en costume-cravate, c'est un peu comme le bleu de travail, ça rend les gens neutres", souligne aussi Aymeric, qui évolue dans un univers professionnel essentiellement masculin. C'est justement pour "casser les codes" et montrer qu'on peut être "bien habillé et professionnel sans tous se ressembler en costume-cravate gris ou bleu" que Nicolas, collaborateur parlementaire, a décidé de s'émanciper. "Ça a été remarqué, mais je suis soutenu par ma hiérarchie, c'est une petite liberté qui compte beaucoup au quotidien", poursuit-il.

"La fin de l'uniforme professionnel"

Mais pour lâcher la cravate, il a fallu "de l'assurance et de la légitimité" à Nicolas. Au début de sa carrière, lors d'un stage dans un ministère, il respectait strictement le costume-cravate "pour être pris au sérieux malgré l'âge" et "pour ne pas offrir une fenêtre de tir sur sa crédibilité."

Si vous venez d'arriver dans un ministère, que vous êtes jeune et qu'en plus, vous vous faites remarquer pour votre façon de vous habiller, le risque est grand qu'on juge moins votre travail que votre personne. Donc je mettais tout le temps une cravate.

Nicolas, collaborateur parlementaire à franceinfo

Même si elle "tend à s'estomper", la cravate reste donc "un signe extérieur de sérieux, d'autorité et de compétence", explique Thomas Chardin, fondateur et dirigeant de l'agence Parlons RH (ressources humaines). Il pointe un paradoxe : "Vous ne ferez pas confiance à votre banquier s'il vous reçoit en T-shirt, short et tongs. Pour autant, ce n'est pas parce qu'il porte une cravate, qu'il sera compétent." Toutefois, Thomas Chardin constate un "recul de ces normes, du standard et de tout ce qui se rapporte à une forme d'uniforme professionnel. L'entreprise s'ouvre pour être en résonance avec la société."

Dans le monde du travail aujourd'hui, on va privilégier l'autonomie et la responsabilité en matière vestimentaire.

Thomas Chardin, dirigeant de Parlons RH à franceinfo

Et lors de l'entretien d'embauche ? "La cravate est certes moins incontournable, mais il faut garder à l'esprit que l'obligation de la porter ou non est liée à la culture de l'entreprise, elle peut incarner une forme de respect de l'autre, par exemple", explique Guillaume Pestier, directeur commercial de CCLD Recrutement, cabinet de recrutement commercial et distribution. "Dans le doute, il vaut mieux en mettre une, quitte à l'enlever ultérieurement", conseille-t-il.

"La dictature du cool"

Et lorsqu'ils sont libres de leur choix, les salariés laissent leur cravate au placard. Deux raisons principales : l'abandon d'une contrainte et l'image vieillotte de l'accessoire. "Porter une cravate, cela demande un effort : il faut faire un nœud, ça impose de mettre une chemise, avec le bon col, c'est une coordination de plus en couleurs, en matières..." énumère Marc Beaugé, journaliste mode de M Le Monde et directeur de L'Etiquette, nouveau magazine consacré à la mode masculine. Davantage de confort et de simplicité donc, et l'abandon d'un accessoire "qui n'est plus synonyme de succès, mais de ringardise", souligne Marc Beaugé.

On est dans une époque où les grands puissants, ceux qui entreprennent, à la tête des Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), portent des T-shirts.

Marc Beaugé, journaliste mode à franceinfo

Dans certains secteurs, on assiste même à une surenchère. On ne doit pas paraître sérieux, car ce terme est synonyme d'austérité et de manque de créativité, on doit faire preuve d'audace. C'est ce que Thierry, directeur conseil dans une grosse agence de communication parisienne, appelle "la dictature du cool". "Dans mon milieu professionnel, les baskets ont une symbolique bien plus puissante que la cravate", note le trentenaire.

Résultat : s'il fait parfois le choix d'en porter une, c'est "par plaisir, pour l'élégance et le chic, et, parfois face à des clients importants". Mais la situation est assez rare pour que "cela devienne un sujet de conversation à l'agence", s'amuse Thierry.

Dans l'univers des start-ups ou dans les milieux créatifs, la cravate peut clairement apparaître antinomique.

Guillaume Pestier, directeur commercial de CCLD Recrutement à franceinfo

Journaliste, Jérôme fait lui aussi figure d'intrus avec une cravate au sein de sa rédaction. Un choix qu'il a effectué au début de sa carrière pour se démarquer de ses confrères, notamment lors des conférences de presse. "Les journalistes sont habillés de la même façon, jeans-T-shirt ou chemise et baskets. Au moins, si on oubliait mon nom ou mon média, mes interlocuteurs pouvaient se dire : 'Ah oui, le mec avec la cravate'", raconte-t-il.

La cravate n'a donc pas tout à fait dit son dernier mot. "Elle est sortie de la sphère de l'uniforme pour devenir un accessoire de mode à part entière", estime Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po Paris. "Les nouvelle générations portent des cravates très fines qui sortent du schéma classique avec un costume. Elle est plus rock, comme le fait par exemple le créateur Hedi Slimane", note le spécialiste de la mode.

Marc Beaugé refuse également d'enterrer la cravate. "J'aimerais qu'on la porte par plaisir, qu'on se rende compte que c'est cool d'être bien habillé", espère le "monsieur mode" du Monde. S'il regrette l'effacement progressif de la cravate, le journaliste estime "qu'il vaut mieux pas de cravate qu'une cravate mal portée" : "Quand elle est mise sous la contrainte, elle est souvent très mal portée." Lyrique, Marc Beaugé assure que le costume-cravate reste "le vêtement ultime, l'absolu du vêtement". "Cela fait 300 ans qu'il existe en l'état, très peu de vêtements traversent les époques à ce point, constate-t-il. Même s'il y a des hauts et des bas, il y aura toujours des hommes en costard-cravate."

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samedi 13 octobre 2018

Livres audio, podcasts... Les Français ont la tête dans le casque

Par Catherine Rollot - Le Monde

Des classiques de la littérature aux créations originales, les histoires s’écoutent désormais autant qu’elles se lisent. Une nouvelle façon de s’immerger dans un récit, d’apprendre, de ressentir aussi.

C’est un rituel bien rodé qui commence avant même de fermer la porte d’entrée. Chaque matin, Carmelina Collado prépare sa dose littéraire. Démêler et brancher les écouteurs, vérifier où reprendre pour n’avoir qu’à appuyer sur le ­petit triangle « play », et plonger, en dévalant les escaliers, dans son livre audio. La voilà partie pour trente-cinq minutes d’immersion, le temps de trajet vers son bureau parisien, dans un roman en espagnol, un polar en anglais ou une saga en français. « Ma bulle de calme dans le tumulte du métro – qui ne m’empêche pas de m’excuser si je marche sur le pied du voisin. »

Déjà cinq ans que cela dure. Cette ­polyglotte, cadre dirigeante dans un grand groupe hôtelier, a attrapé le virus en vacances. La réverbération du soleil qui brouille la vue, les grains de sable dans les pages, le sac trop chargé pour accueillir un poids supplémentaire, autant de bonnes raisons qui lui ont fait tester « le livre qui parle ».

Résultat : « Les trois tomes de Millénium sur une plage brésilienne en trois semaines, s’amuse-t-elle. Je venais de découvrir la puissance de la voix pour entrer dans un récit, l’émotion de l’écoute. Depuis, je n’ai jamais plus arrêté. Au contraire, je complète à d’autres moments avec des podcasts. »

Génération Marlène Jobert

Relever la tête de l’écran pour se laisser bercer par des mots, écouter le récit d’un écrivain, les péripéties d’un aventurier ou la sagesse d’un moine bouddhiste… ils sont de plus en plus nombreux à ouvrir grand leurs oreilles. Et à faire le plein d’histoires en écoutant des livres mais aussi des podcasts ou « balados », comme les appellent les Québécois, ces programmes (issus d’émissions diffusées sur des antennes ou podcasts dits « natifs », des créations originales) que l’on peut télécharger gratuitement puis consommer à tout moment depuis son mobile ou sa tablette.

Le format a déjà sa vitrine, le Paris Podcast Festival, qui se déroulera du 19 au 21 octobre à la Gaîté-Lyrique. Quant au livre audio, il attend lui aussi son salon, prévu à l’été 2019.

Qui l’aurait cru ? Les enfants et petits-enfants de la génération du Petit Prince lu par Gérard Philipe, des contes de Marlène Jobert et des K7 du Père Castor, ne cessent de grossir les rangs du club des lecteurs casqués.

A l’heure du numérique, les encombrants coffrets de cassettes, puis de CD, ont cédé la place à des enregistrements en MP3. Le développement de l’iPod puis du smartphone a dépoussiéré un format catalogué pour les tout-petits, les personnes âgées ou les malvoyants. Hors de ces catégories, le lecteur auditeur a longtemps été méprisé en France. La faute à une vision trop scolaire de la lecture. Le livre devait se mériter, le décodage faisait partie du processus. Des a priori dépassés par le besoin de mobilité et le changement des habitudes culturelles.

« CE FORMAT PERMET ­D’ALLER CHERCHER DES GENS PLUS JEUNES, QUI SE CULTIVENT AUTREMENT QUE PAR LE CANAL TRADITIONNEL DE LA LECTURE » JULIE CARTIER, DIRECTRICE DE LIZZIE

Dans sa mesure toute suédoise, Ulf Nilsson, consultant dans la high tech, ne se formalisait plus des piques de ses amis français qui s’étonnaient de le voir « écouter des classiques ». Aujourd’hui, les mêmes lui demandent des conseils pour trouver la meilleure plate-forme de téléchargement. Au pays de la social-démocratie, le livre parlant est un objet culturel comme les autres. « Les pays scandinaves et l’Allemagne ont une forte habitude de l’oralité, explique Valérie Lévy-Soussan, PDG d’Audiolib, filiale d’Hachette et d’Albin Michel, lancée en 2008. La mobilité joue aussi. Aux Etats-Unis, les longs trajets en voiture favorisent l’écoute. »

En France, le marché ne représente que 1 % du chiffre d’affaires des éditeurs, contre 12 % en Suède et 10 % outre-Atlantique, mais ce segment se porte bien. Il est même devenu un relais de croissance pour les éditeurs et diffuseurs, qui à l’image d’Audible, propriété d’Amazon, ou de Lizzie (marque audio du français Editis), ­d’Actes Sud, ou encore de Kobo (associé à Orange), s’y sont récemment engouffrés.

Pour Julie Cartier, directrice de Lizzie, lancé en juin et proposant 200 titres en CD et en numérique, « ce format permet ­d’aller chercher aussi des gens plus jeunes, qui se cultivent autrement que par le canal traditionnel de la lecture. Ils vont retrouver dans le livre audio l’immersion qu’ils apprécient dans le podcast ou les séries ».

Cet engouement ­relève de la même quête, celle d’une narration orale, teintée de nostalgie. « Il y a un vertige de l’écoute, une émotion qui nous renvoie à quelque chose de très primitif, à l’enfance, au souvenir du parent, de la maîtresse ou du maître, qui nous racontait une histoire », décrypte Silvain Gire, cofondateur et directeur éditorial d’Arte Radio, qui depuis 2002 ne propose que des créations originales.

L’appli rose, une série audio érotique

En mars 2017, Audible a voulu comprendre les rapports que les Français entretiennent avec les contenus audio parlés ­(sondage OpinionWay réalisé auprès de 2 003 personnes). Un sur deux se souvient des lectures lues à haute voix par ses parents. Le souvenir est encore plus fort parmi les plus jeunes (64 % des 18-25 ans).

L’écoute se fait chez soi, dans son salon, dans son lit, mais aussi beaucoup dans les transports. « Ce qu’on veut, quand on veut, où l’on veut, l’audio libère les mains et les yeux, c’est sa grande force », explique Constanze Stypula, directrice d’Audible France, qui, à côté de son ­catalogue de 250 000 titres de livres audio, dont 9 000 en français, investit tous azimuts autour du son, en sponsorisant et distribuant « le meilleur du podcast natif français » mais aussi en se lançant dans des créations originales, comme L’appli rose, une série audio érotique de dix épisodes.

La tête dans le casque, le son permet aussi de se consacrer à autre chose, sans perdre le fil. « C’est ma routine du dimanche midi, en faisant la cuisine, j’écoute mes programmes favoris, sur des sujets liés au genre, au féminisme, à la masculinité », confie ­Annabelle Chauvet, jeune journaliste free-lance de 25 ans.

Au menu, un assortiment de valeurs sûres : La Poudre ou Quoi de meuf (Nouvelles Ecoutes), Les Couilles sur la table (Binge audio). Et des découvertes plus récentes comme Entre, un podcast produit par Louie Media, dans lequel Justine, 11 ans, ­raconte son entrée au collège et sa sortie de l’enfance, ou Mon prince viendra (Arte Radio), une fiction sentimentalo-rigolote sur la quête de l’amour sur les sites de rencontres.

La recette du succès tient dans l’intimité tissée entre le narrateur, le sujet et l’auditeur. « Le “je” fait le podcast, résume Silvain Gire. Notre plus grand succès ? Crackopolis, les ­confidences d’un dealer de crack recueillies par Jeanne Robet, un feuilleton en quinze ­épisodes. C’est du costaud, un sujet difficile, mais il y a une vérité du terrain, du témoignage qui emporte tout. »

Un loisir passionnant et chronophage

Le format audio de poche répond aussi à un autre besoin, celui d’optimiser les moments de creux, de vide. De transformer les corvées en plaisir. « Attendre chez le médecin, dans une file, dans une administration n’est plus aussi pesant, constate Hélène, ­professeure des écoles. Parfois même, je me surprends à regretter d’être interrompue dans mon bouquin quand vient mon tour. »

Estelle Elbourg Grava, chargée de la communication au sein de Willa, un incubateur qui accompagne les femmes créatrices de start-up, est « tombée dedans il y a un an ». A raison de cinq ou six épisodes par semaine, elle avale des ­sujets de fond, d’autres plus légers, de la ­ fiction comme du documentaire, « avec ­pourtant l’impression de faire une pause ».

Selon Samia Bendodo, cadre dans l’assurance, le podcast vient étancher une soif d’apprendre. L’envie d’approfondir des sujets hors du flux superficiel de l’actu ou peu explorés dans les médias traditionnels. Un loisir passionnant mais chronophage.

Et un brin addictif. « Tu commences avec une émission sur Colette, tu continues avec un programme de géopolitique et tu te retrouves à écouter un podcast sur la photographie, confie la quadragénaire. Et là, tu te surprends à être accrochée, sans voir, mais simplement par la ­ puissance d’évocation des mots, bien supérieure à celle de l’image. »

Un « Netflix du podcast »

Pouvoir de la voix, espace infini de création, sentiment de liberté absolue… Côté podcasteurs, les ressorts de l’intérêt sont les mêmes. Vincent Hazard, qui a financé sa série Timide en faisant appel à du financement participatif, se réjouit d’avoir créé une « fiction ­sonore comique indépendante » en huit épisodes, hors des contraintes de la production ­radio.

L’histoire de Luc, un garçon timide mais moins gentil qu’il n’y paraît, réalisée avec des professionnels (acteurs, ingénieur du son…) défrayés grâce aux 6 000 euros de dons, racontée sur le ton de l’humour, relève de l’expérimentation pour cet auteur réalisateur, habitué à travailler entre autres pour Radio France.

« C’est un plaisir de maîtriser toute la chaîne, de l’écriture à la réalisation. Mais cette page blanche a un revers ; la difficulté à émerger dans l’océan des productions diffusées sur les plates-formes de podcasts. » Un flot qui ­engloutit aussi les utilisateurs, car aucun ­sujet ne paraît échapper à ces pastilles sonores dont on ignore le nombre total.

D’où l’idée de répertorier les contenus audio existants selon les centres d’intérêt de chacun sur une application payante par abonnement. Carine Fillot, ancienne de Radio France, y croit. D’ici quelques semaines, elle espère avoir réuni les fonds pour lancer son projet baptisé Elson. D’autres start-up – comme Magellan, lancée par l’ancien patron de Radio France Mathieu Gallet – travaillent sur l’idée d’un « Netflix du podcast ». La voix, saison 1.

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Climat : 80 mobilisations citoyennes prévues samedi, en France et en Europe

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Les initiatives sont rassemblées autour de la plate-forme « ilestencoretemps.fr », lancée après la marche pour le climat organisée, le 8 septembre, dans plusieurs villes de France.

Sous le slogan « Il est encore temps », près de quatre-vingts marches citoyennes sont prévues samedi 13 octobre, en France mais aussi en Suisse, au Luxembourg ou encore en Belgique, pour appeler à une prise de conscience sur les dangers du réchauffement climatique.

L’avertissement publié lundi par les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, qui prévient que le monde doit engager des transformations « sans précédent » s’il veut limiter le réchauffement à 1,5 °C, a contribué à relancer les revendications citoyennes sur les questions environnementales.

A Paris, Lyon, Nantes, Pau ou Papeete, des comités locaux, rassemblés sur la plate-forme « ilestencoretemps.fr », se sont approprié l’initiative prise le 8 septembre par un Parisien, Maxime Lelong, en réaction à la démission surprise de Nicolas Hulot du poste de ministre de la transition écologique et solidaire. Des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées pour demander plus de volontarisme politique dans la lutte contre la hausse globale des températures.

« On redescendra dans la rue »

Avec d’autres militants, Maxime Lelong a participé à la plate-forme « ilestencoretemps.fr ». Elle relaie des campagnes d’ONG, comme celle montée contre la Société générale pour qu’elle arrête de financer des énergies fossiles ou pour une initiative appelant à changer de mode de vie en 90 jours.

A terme, les internautes choisiront trois actions qu’ils jugeront prioritaires. Elles seront présentées à l’Elysée, « qui s’engage à donner une réponse », assure Maxime Lelong. « Si cette réponse ne nous convient pas, on redescendra dans la rue. »

La page Facebook du mouvement a déjà rassemblé 60 000 abonnés en un mois. En parallèle, 700 bénévoles travaillent sur des thématiques précises via le forum de discussion. La plate-forme a aussi constitué un « Kit de lancement » pour faciliter les démarches et la communication au moment de la création d’événements dans chaque ville.

Vingt youtubeurs ont aussi lancé à leurs millions d’abonnés, souvent jeunes, un appel assurant qu’on « peut agir pour éviter le pire du changement climatique ». « On voulait montrer l’éventail des actions possibles pour accélérer la réflexion et l’action », souligne le vidéaste Ludovic Torbey, qui a coécrit cette vidéo pour YouTube et la chaîne Osons causer . « La température monte aussi dans nos têtes !, déclare Maxime Lelong. Marcher, c’est très bien mais ça ne résout rien. Si on veut avancer, il faut mettre en place des solutions concrètes. »

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mardi 9 octobre 2018

France : première mobilisation syndicale de la rentrée contre la politique sociale de Macron

Plusieurs centrales syndicales manifestent mardi pour la première fois depuis la rentrée. Elles protestent contre la politique sociale d'Emmanuel Macron, qui selon elles "fragilise les plus faibles, les précaires et les plus démunis".

Lycéens, étudiants, salariés et retraités sont appelés mardi 9 octobre à faire grève et manifester dans toute la France, pour la première fois depuis la rentrée, afin de protester contre la "destruction du modèle social" du gouvernement et avec l'espoir d'organiser d'autres mobilisations par la suite.

La CGT, Force ouvrière, Solidaires, l'Unef, la Fidl et l'UNL sont derrière cet appel interprofessionnel, lancé fin août. "Un constat s'impose et se renforce, écrivent les organisations syndicales, celui d'une politique idéologique visant à la destruction du modèle social." Pour elles, "cette politique, ainsi que les mesures encore récemment annoncées par le gouvernement, relèvent d'une logique d'individualisation mettant à mal la solidarité et la justice sociale", "fragilisant une fois de plus les plus faibles, les précaires et les plus démunis".

Philippe Martinez, le numéro un de la CGT, et Pascal Pavageau, son homologue de FO, vont marcher côte à côte à Paris, comme le 28 juin, une journée qui avait peu mobilisé pour défendre, déjà, "le modèle social et républicain", avec à Paris 15 000 manifestants selon les syndicats, 2 900 selon la police.

Cette fois, les syndicats restent prudents quant à l'ampleur du mouvement. Philippe Martinez reconnaît qu'il "n'est pas facile de mobiliser" et prévient d'ores et déjà que le "succès" de la manifestation "ne se résumera pas au nombre de manifestants". Même prudence côté FO, Pascal Pavageau n'attendant "rien du tout en termes de nombre" mais "un mouvement significatif".

Toutefois, les syndicats espèrent d'autres mobilisations, afin de peser sur les négociations ou réformes sociales en préparation, comme celles des retraites ou de l'assurance chômage. Mais ils se gardent d'évoquer une nouvelle date.

Les retraités défileront aussi

Les jeunes (Fidl, UNL, Unef) battront aussi le pavé pour protester contre le fait que des lycéens "soient laissés sur le banc de touche à cause de la sélection Parcoursup", se retrouvant "sans solution d'inscription".

Cette date du 9 octobre avait préalablement été choisie par des organisations de retraités pour protester contre la revalorisation de leurs pensions, jugée trop faible, une mesure qui touchera des personnes déjà mises à contribution l'année dernière avec l'augmentation de la CSG. Des retraités défileront donc mardi.

Près d'une centaine de manifestations sont prévues en France, dès le matin, à Lyon notamment, Nice, Marseille, Tours, Rennes ou à Bayonne. À Paris, le cortège partira à 14 h de Montparnasse, direction porte d'Italie.

Au sein de la fonction publique, la FSU et la Fédération autonome se sont jointes à l'appel, notamment pour le dégel du point d'indice, qui sert de base au calcul des salaires, ou encore pour la défense des missions publiques.

Avec AFP.

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Première mobilisation syndicale de la rentrée contre la politique sociale de Macron

Lycéens, étudiants, salariés et retraités sont appelés à faire grève et battre le pavé ce mardi dans toute la France.

Lycéens, étudiants, salariés et retraités sont appelés ce mardi 9 octobre à faire grève et manifester dans toute la France, pour la première fois depuis la rentrée, afin de protester contre la « destruction du modèle social » du gouvernement. La CGT, FO, Solidaires, l’UNEF, la FIDL et l’UNL sont derrière cet appel interprofessionnel, lancé fin août.

Pour ces organisations, « cette politique, ainsi que les mesures encore récemment annoncées par le gouvernement, relève d’une logique d’individualisation mettant à mal la solidarité et la justice sociale », « fragilisant une fois de plus les plus faibles, les précaires et les plus démunis ».

Il ne devrait pas y avoir de perturbations dans les transports en commun, la direction de la SNCF tablant sur un impact « quasi nul », quand la RATP prévoit un trafic « normal ».

Prudence sur l’ampleur du mouvement

Philippe Martinez, le numéro un de la CGT, et Pascal Pavageau, son homologue de FO, vont marcher côte à côte à Paris. Mais, les syndicats restent prudents quant à l’ampleur du mouvement.

M. Martinez prévient d’ores et déjà que le « succès » de la manifestation « ne se résumera pas au nombre de manifestants ». Même prudence à FO, Pascal Pavageau n’attendant « rien du tout en termes de nombre », mais « un mouvement significatif ».

Toutefois, les centrales espèrent d’autres mobilisations, afin de peser sur les négociations ou réformes sociales en préparation, comme celles des retraites ou de l’assurance chômage.

Les jeunes battront aussi le pavé pour protester contre le fait que des lycéens « soient laissés sur le banc de touche à cause de la sélection Parcoursup », se retrouvant ainsi « sans solution d’inscription ».

Cette date du 9 octobre avait préalablement été choisie par des organisations de retraités pour dénoncer la revalorisation de leurs pensions, jugée trop faible, une mesure qui touchera des personnes déjà mises à contribution l’année dernière avec l’augmentation de la CSG.

Des syndicats divisés

Près d’une centaine de manifestations sont prévues en France, dès mardi matin, à Lyon, Nice, Marseille, Tours, Rennes ou à Bayonne. A Paris, le cortège partira à 14 heures de Montparnasse, direction porte d’Italie.

Mais les syndicats montrent leur division, la FSU, traditionnelle alliée de la CGT, n’appelant pas à manifester, pas plus que la CFDT, la CFE-CGC ou la CFTC.

« Le côté “on se réunit fin août et on fait une mobilisation [en] octobre contre la politique du gouvernement”, ce n’est pas notre conception de l’utilité du syndicalisme et de son efficacité », a taclé début septembre Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.

La division s’explique aussi par les élections professionnelles de la fin de l’année dans la fonction publique, où la CFDT espère ravir la première place à la CGT, un exploit déjà atteint dans le privé en 2017.

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jeudi 27 septembre 2018

Manspreading

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samedi 22 septembre 2018

Techno Parade = 20 ans

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L’« happycratie » ou la dictature du bonheur

Par Nicolas Santolaria - Le Monde

On le cultive, on le théorise, on en fait un business, des livres, des cours… Il est même le nouveau carburant de la productivité. En société et au travail, le bonheur est devenu une injonction.

La présence de plus en plus fréquente de crocodiles Haribo sur votre lieu de travail ne doit pas être prise à la légère. Loin de se réduire à un simple élément de décor, ces sauriens multicolores sont la manifestation tangible d’une nouvelle forme de gouvernement des conduites centrée sur les émotions positives. Dans Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies (Premier Parallèle, 260 p., 21 €), le docteur en psychologie Edgar Cabanas et la sociologue Eva Illouz décryptent cette nouvelle obsession venue d’outre-Atlantique qui, selon eux, balafrerait nos existences d’un sourire de plus en plus obligé. « Kratia en grec, c’est le pouvoir. Happycratie, c’est le pouvoir par l’injonction au bonheur », résume Eva Illouz.

Une nouvelle idée fixe

Aujourd’hui, cette invitation est partout, empreinte de la même sollicitude envahissante que celle de l’ami qui a entrepris de vous tirer énergiquement de votre dépression chronique, alors que vous vous en accommodiez fort bien. En 2013, le titre Happy, du chanteur américain Pharrell Williams, véritable hit planétaire, offrait une bande-son survitaminée à cette nouvelle idée fixe. A moi le bonheur ! L’art de rayonner de l’intérieur (Larousse, 283 p., 16,95 €), 50 activités pour un enfant heureux (De Boeck, à paraître en octobre), Le Bonheur sans illusions (Flammarion, 2017), Les tout petits bonheurs (Larousse, 168 p., 15 €), Journal intime d’un touriste du bonheur (La Martinière, 288 p., 16,90 €) : encombrant les présentoirs, les livres de développement personnel, censés nous aider à mieux vivre, sont quant à eux un genre florissant.

Activement investi dans la chasse aux perturbations du mental, l’ancien avocat d’affaires Jonathan Lehmann s’est lui aussi positionné sur ce front incandescent, proposant à ses 177 000 followers Facebook des méditations guidées, « Les Antisèches du bonheur ». Après tout, se dit-on, quel problème y a-t-il à vouloir être heureux ?

PORTÉE PAR L’IDÉE D’UN CAPITAL ÉMOTIONNEL À FAIRE FRUCTIFIER, L’« HAPPYCRATIE » EST INTIMEMENT LIÉE AUX AVANCÉES (CONTESTABLES POUR CERTAINS) DE CE QUE L’ON APPELLE LA « SCIENCE DU BONHEUR »

Que le bonheur soit une obsession ne veut pas forcément dire qu’il constitue le rouage d’un vaste système de domination, non ? « C’est vrai, concède Eva Illouz. Mais, chez Aristote, on ne peut séparer la vertu du bien-être. Le bien-être découle du fait que nous faisons la chose bonne. Chez Spinoza, le bonheur est inséparable de la raison et de la connaissance de la vérité. La quête contemporaine du bonheur n’a plus rien à voir avec le discours des vertus ou de la raison. Elle a été remplacée par la vision de l’être humain proposée par la psychologie positive, un être qui vise à maximiser des utilités. »

Portée par l’idée d’un capital émotionnel à faire fructifier, l’« happycratie », lointaine héritière de l’utilitarisme du philosophe Jeremy Bentham (1748-1832), est en effet intimement liée aux avancées (contestables pour certains) de ce que l’on appelle la « science du bonheur ». C’est sous l’influence du chercheur Martin Seligman, ancien président de l’American Psychological Association, que la psychologie positive s’est affirmée il y a une vingtaine d’années en champ d’étude reconnu, influençant de nombreuses disciplines – économie, neurosciences, marketing – et imposant un nouveau paradigme centré non plus sur la pathologie, mais sur ce qui va bien chez l’individu.

Responsables de notre état intérieur

D’objectivable (grâce notamment à des projets internationaux de mesure, tels que « Track Your Happiness »), le bonheur en est devenu par extension productible, et reproductible. Petit à petit, l’idée que l’on est tous pleinement responsables de son état intérieur a fait son chemin, comme je l’ai découvert cet été, en embarquant une jeune auto-stoppeuse finlandaise dans ma Xantia à bout de souffle. « J’ai beaucoup d’amis qui sont déprimés, qui n’ont pas confiance en eux, me confiait alors Saima, 20 ans, en envoyant nerveusement des textos à son père. Moi aussi, j’étais mal dans ma peau auparavant, et j’ai compris il y a quelques années que je pouvais avoir une influence positive sur mon propre bonheur, si je le décidais. »

Le succès actuel du yoga ou de la méditation en pleine conscience participe de cette idée normative selon laquelle le bonheur est un pétrole émotionnel que nous devons activement faire surgir, et non plus un état qui déboule à l’improviste, un peu comme un copain poète. Diffusant ce credo, le cours intitulé « Psychology and the Good Life », lancé en janvier à l’université Yale, a connu un succès sans précédent, obligeant les organisateurs à déménager les 1 200 étudiants dans le plus vaste amphi du campus.

Il augmente la productivité de 12 %

La force, la pureté apparente, le caractère quasi incontestable de cette aspiration forment le cœur énergétique éminemment ambigu de l’happycratie. Comme l’exposaient déjà Barbara Ehrenreich, dans Smile or Die (2009, non traduit), ou encore William Davis, dans son ouvrage The Happiness Industry : How the Government and Big Business Sold Us Well-Being (2015, non traduit), ce n’est pas le bonheur en soi qui pose problème, mais le fait qu’il tend à se substituer à d’autres grilles de lecture. Puisque, finalement, tous les problèmes ont vocation à se régler à l’échelle du moi, pourquoi s’embêter avec ce vieux truc contraignant qu’est la politique ? En un mot, si vous n’êtes pas heureux, ce n’est pas parce que vous êtes victimes d’injustice, que vous appartenez à une classe défavorisée ou à un genre ostracisé, mais parce que vous vous laissez dominer par vos émotions.

« A 38 °C DE FIÈVRE, UN COLLABORATEUR QUI SE SENT BIEN PROFESSIONNELLEMENT VIENDRA MALGRÉ TOUT TRAVAILLER »

LA FABRIQUE SPINOZA, THINK-TANK

Le Bhoutan, qui s’est fait connaître en faisant entrer dans sa Constitution l’indice du bonheur national brut (BNB) comme alternative au produit national brut (PNB) en 2008, est un bon exemple de cette dynamique viciée où l’évaluation subjective d’une humeur prend le pas sur les indicateurs objectifs. Tshering Tobgay, le premier ministre de ce petit royaume himalayen, regrettait que cette excessive focalisation sur le bonheur ait détourné son pays des « problèmes réels », chômage, pauvreté, corruption. Même si certains pionniers font grise mine, cela n’empêche pas gouvernements et institutions internationales d’embrasser à pleine bouche cette souriante utopie. En 2012, l’ONU faisait du 20 mars la Journée internationale du bonheur, érigeant cet état émotionnel un peu fourre-tout au rang d’« objectif universel ».

Chez nous, ce nouveau mode subtil de gouvernement des subjectivités s’inscrit dans une dynamique où la quête de sens personnelle répond, en un écho presque parfait, aux nécessités fonctionnelles des entreprises. Corroborant les visées de cet utilitarisme affectif, une étude menée par l’université de Warwick, au Royaume-Uni, a mis en lumière le fait qu’être heureux permettrait d’augmenter la productivité de 12 %. Sur le site de La Fabrique Spinoza, le « think-tank du bonheur citoyen », on peut lire : « A 38 °C de fièvre, un collaborateur qui se sent bien professionnellement viendra malgré tout travailler. A une époque de recherche de compétitivité, le chemin du bien-être (…) offre une opportunité inexplorée. »

La menace de l’« happycondrie »

Cette approche techniciste et instrumentale du bonheur s’appuie, in fine, sur l’idée que la récompense fonctionnera toujours mieux que la punition pour obtenir ce que l’on attend des gens. « Certaines organisations se disent effectivement qu’elles vont favoriser le bonheur de leurs collaborateurs pour augmenter la productivité, mais ça ne doit pas être l’objectif premier, juste une conséquence induite. Le bonheur sous forme cosmétique ne génère pas de véritable performance, il sert juste à faire du happy-washing », nuance le fondateur de la Fabrique Spinoza, Alexandre Jost, qui attribue à son capital génétique hors norme le fait d’être « plus heureux que la moyenne ». L’objectif véritable, c’est donc la maîtrise du « vrai » bonheur.

« L’INJONCTION AU BONHEUR CRÉE UNE NOUVELLE FORME DE RESPONSABILISATION DES INDIVIDUS, QUI SONT DÉSORMAIS COUPABLES DE SE SENTIR HEUREUX OU MALHEUREUX »

EVA ILLOUZ, SOCIOLOGUE

Encore confidentielle en France, la figure du Chief Happiness Officer (« responsable du bonheur ») traduit de façon emblématique cette psychologisation galopante des enjeux sociaux. « Si ces nouvelles exigences de bien-être ne sont pas prises en compte, il faut alors accepter les burn-out, les dépressions, les départs ou la non-implication personnelle dans une fonction, explique Arnaud Collery, responsable du bonheur dans de grands groupes internationaux et auteur de Mister Happiness (Larousse, 260 p., 15 €). Dans notre profession, nous ne pouvons pas forcer le bonheur, mais nous pouvons contribuer à une émergence de cet état. » Comment ?

Simplement grâce à un mélange empirique de techniques de stand-up made in Los Angeles et d’humeur épidémique. « Même s’il est nécessaire de générer des événements ludiques suscitant la joie, il faut savoir que les baby-foot, les couleurs au mur et les “happy drinks” du vendredi soir ne représentent que 5 % à 10 % du métier. Pour moi, le storytelling est le premier outil nécessaire à toute transformation. Comme j’ai aussi pu en faire l’expérience avec des tribus en Tanzanie, raconter son histoire à l’autre ou aux autres a un effet libérateur. J’expérimente à chaque fois ce processus lorsque je coache quelqu’un et qu’il prend ensuite la parole sur scène. Quelque chose de magique opère », assure celui qui se définit comme « 90 % chaman, 10 % showman ».

Considéré par ses zélateurs comme éminemment contagieux, le bonheur a désormais ses rendez-vous incontournables (le World Happiness Summit), ses stars (le moine Matthieu Ricard, le psychiatre Christophe André, le philosophe Bertrand Russell), ses labels (notamment « Happy at Work », qui répertorie les entreprises où il fait bon travailler). Signe de cette nouvelle portée stratégique, le Coca-Cola Happiness Institute a ouvert des antennes dans de nombreux pays, avec pour mission de publier des baromètres de l’humeur nationale (et, très accessoirement, de vendre du soda).

Mais l’ingénierie des émotions n’étant pas sans risque, le bonheur se conçoit aujourd’hui en corrélation avec sa pathologie émergente : l’happycondrie, soit l’angoisse de n’être jamais assez heureux. « L’injonction au bonheur s’accompagne de l’idée selon laquelle nous sommes tous capables de bonheur, si seulement nous savons activer de la positivité. Cela crée une nouvelle forme de responsabilisation des individus, qui sont désormais coupables de se sentir heureux ou malheureux », indique la sociologue Eva Illouz.

Smiley obligatoire

En happycratie, à défaut de véritablement nager dans le bien-être, il faudra au moins sourire aussi énergiquement que si une décharge de Taser venait de vous dérider les zygomatiques. Signe de votre « intelligence émotionnelle », le bonheur doit pouvoir s’extérioriser, sinon il n’a aucune valeur. « Dans les start-up, le smiley est omniprésent, qu’il soit dessiné ou qu’il ponctue chaque échange par mail. Il est devenu un standard pour exprimer ses émotions ou même ses intentions ; une communication qui n’en comporte pas paraît immédiatement suspecte », souligne Mathilde Ramadier, auteure de Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up (Premier Parallèle, 2017).

« EN ENTREPRISE, ON NE VEUT PAS VOTRE BONHEUR POUR VOTRE BONHEUR, MAIS POUR VOUS FAIRE TENIR, POUR QUE VOUS RESTIEZ BIEN PRODUCTIF »

MATHILDE RAMADIER, AUTEURE

Durant ses années passées à travailler dans une jeune pousse berlinoise, Mathilde Ramadier a pu éprouver les effets concrets de l’happycratie. Elle a vite compris que le bonheur qu’on exigeait d’elle ne consistait pas à se vautrer dans une félicité contemplative à la Alexandre le Bienheureux, mais à participer à une vaste comédie de bureau, pas si éloignée de Truman Show (Peter Weir, 1998). « La DRH connaissait notre date d’anniversaire et s’occupait d’organiser une “surprise” le jour J, en général un gâteau au chocolat décongelé accompagné d’un coupon de réduction Amazon, se souvient-elle. En réalité, il n’y avait aucune spontanéité ni même de sincérité derrière tout cela. Les apéros hebdomadaires et autres activités étaient également inévitables, pour ne pas dire obligatoires. En entreprise, on ne veut pas votre bonheur pour votre bonheur, mais pour vous faire tenir, pour que vous restiez bien productif. Tout cela n’est en somme qu’un bonheur factice, un peu comme le bien-être procuré par la consommation d’antidépresseurs. »

Cette fiction contraignante ne se cantonne pas à la sphère professionnelle, ayant trouvé avec les réseaux sociaux un puissant vecteur de contamination des consciences. Abreuvés au quotidien d’images de vacances idéales et d’apéritifs édéniques, nous nous retrouvons dès lors à portée de tir du bonheur de chacun. Une étude menée par Mai-Ly Steers, chercheuse de l’université de Houston, a montré que le fait d’être exposé, par le biais de Facebook, au bonheur des autres accentuerait même, en raison de la tendance à se comparer socialement, le risque de dépression.

Au final, si l’on y réfléchit un peu, personne ne nous a vraiment demandé si nous voulions de ce bonheur-là, de cette pseudo-transcendance émotionnelle poussivement suscitée par des bouquins de parcours de vie à la typographie enfantine et par de déprimantes soirées karaoké passées à chanter Y’a d’la joie. Dans une série d’entretiens accordés à Noël Simsolo, en 1982, Serge Gainsbourg déclarait : « L’idée du bonheur m’est étrangère, je ne la conçois pas, donc je ne le cherche pas. » No comment.

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lundi 17 septembre 2018

Reportage : La flamme vacillante du Burning Man

Par Stéphanie Chayet - Le Monde

Chaque été, une foule hallucinée converge dans le désert du Nevada pour une semaine d’excentricités. Fondé sur des principes anticommerciaux et écologiques, le Burning Man est devenu un rituel de rentrée pour les millionnaires de la Silicon Valley.

La semaine avait mal commencé, par l’une de ces tempêtes de poussière qui peuvent durer dix minutes ou, en l’occurrence, toute une journée. La visibilité quasi nulle avait exigé la fermeture des portes, immobilisant huit heures durant l’interminable caravane de voitures, de camions et de camping-cars qui se pressait devant l’entrée, toutes fentes calfeutrées.

A l’intérieur du périmètre, les bourrasques soulevaient de furieux tourbillons de particules fines comme du talc, secouant les villages en construction, piquant les yeux, s’infiltrant dans les tentes, les sacs de couchage, les provisions. Et puis le vent a fini par tomber, révélant le décor étincelant d’un lac asséché depuis dix mille ans, encerclé de montagnes aux reflets argentés. Quelques cyclistes en monokini, en tutu ou en haut-de-forme sont sortis de leurs campements.

« Dégustation de whisky et cornichons pour fêter le retour du soleil ! », a craché le mégaphone d’un homme aux cils blanchis par la poussière. De toutes parts, des véhicules mutants en forme de requin, de téléphone à cadran, de méduse, de soucoupe volante, d’île tropicale ou de galion se sont élancés, à la vitesse maximale autorisée de 8 kilomètres-heure, en direction de la playa, comme on appelle ici l’immense piste aux étoiles de ce cirque imaginé par de grands enfants dans un désert inhospitalier.

Tentes, yourtes, caravanes, tipis

Bienvenue à Black Rock City. « Welcome home », disent les hôtes, qui vous serrent dans leurs bras à l’entrée, avant de vous demander de vous rouler par terre, un ­baptême de la poussière réservé aux newbies, les non-initiés. Attention, vous n’êtes pas dans un festival : créé en 1986 par l’Américain Larry Harvey, mort en avril d’un AVC à l’âge de 70 ans, le Burning Man se définit comme une rencontre artistique, un mouvement culturel, une ville éphémère, le rassemblement annuel d’une communauté.

D’après la légende, c’est pour surmonter une déception amoureuse que le fondateur incendia pour la première fois un mannequin en bois, l’« homme en feu » éponyme, sur une plage de San Francisco, entouré d’amis et de badauds. Une cérémonie païenne jugée dangereuse par les pompiers californiens, qui l’obligent à déménager, en 1990, dans un désert du Nevada.

LE BURNING MAN EST GOUVERNÉ PAR DIX COMMANDEMENTS, DE L’AUTOSUFFISANCE À LA PROMESSE DE NE PAS LAISSER DE TRACE

Au fil des années, la manifestation devient une ville de tentes, yourtes, caravanes, tipis et autres bulles géodésiques, dotée de services publics (des urgences médicales et un poste de police) et d’un plan en amphithéâtre romain. Elle est gouvernée par dix commandements, allant de l’autosuffisance « radicale » à la promesse de ne pas laisser de trace, en passant par le don, l’inclusion et la libre expression. Les « burneurs », comme ils se désignent, apportent leur toit, leurs vivres et leur contribution désintéressée au bien-être général, puis repartent avec leurs déchets, y compris leur eau de vaisselle. Inutile de prendre son portefeuille : on ne peut rien acheter sur place, à part des sacs de glaçons et du café.

D’abord repaire de hippies plus ou moins dénudés, le Burning Man devient l’aire de jeux privilégiée de la Silicon Valley après la parution, en 1996, d’un reportage dans le mensuel Wired, la bible des nerds. De 8 000 personnes cette année-là, la ­fréquentation bondit à 25 000 en 2000, 51 000 en 2010 et jusqu’à 70 000 aujourd’hui, le maximum autorisé par le Bureau of Land Management (BLM), l’agence fédérale qui gère les parcs nationaux. En mars, les entrées – 425 dollars pièce (environ 365 €) – se sont envolées en une demi-heure sur Internet. Les billets contrefaits sont légion.

Amplifié par un afflux récent de jeunes milliardaires du Web et autres DJ célèbres, ce succès jette le trouble dans la vieille institution, désormais privée de son « philosophe en chef », le titre que Larry ­Harvey s’était attribué. « Depuis peu, certains problèmes menacent le tissu de notre communauté », regrette le Manuel de survie 2018 publié par les organisateurs, citant notamment les milliers de vélos abandonnés sur le site l’année précédente, « un nombre alarmant de shootings de mode sur la playa » et un appétit croissant pour les œuvres et performances tape-à-l’œil.

A l’extérieur, on reproche au Burning Man son bilan carbone désastreux et son manque de diversité (1 % des participants se classe parmi les Afro-­Américains). A l’intérieur, on s’inquiète de son embourgeoisement et de la recrudescence des sparkle ponies, les poneys à paillettes, ces beautés surlookées au bénéfice d’Instagram. Que reste-t-il de la contre-culture si l’on aperçoit, comme cette année, l’héritière Paris Hilton et la pop star Katy Perry sur la playa ?

Parades de licornes et « yoga alcoolisé »

Burneur depuis 2007, Tim Bragg, alias Shan Man, ne boude pas son plaisir. « Il y a ici deux lois infaillibles, commence-t-il, lancé sur un vélo festonné de guirlandes lumineuses (la nuit, tout le monde clignote comme un sapin de Noël), ses longs dreadlocks blonds ramassés en couettes. La fin de la semaine arrive en un clin d’œil, et on passe à côté de la ­majorité des trucs. » La première année, ce plombier de Santa Cruz n’a pas fermé l’œil, et il a quand même eu l’impression de tout rater : trop de rencontres à faire, de sculptures à escalader…

Thérapie de choc contre la FOMO – pour Fear of missing out, cette peur contemporaine de ne pas être au bon endroit au bon moment –, la ville regorge à toute heure d’innombrables happenings et séminaires, sets de DJ, ateliers de respiration holotropique, parades de licornes, initiations chamaniques, cours de macramé, de « yoga alcoolisé » ou de reiki.

On peut se rendre fou avec un programme ou bien lâcher prise et suivre le courant ; par exemple, s’éclipser d’une séance de méditation rendue inopérante par le dubstep de la sono voisine et se voir aussitôt proposer un bain de pieds à la lavande ou le vernissage d’un ongle – un seul – en rose fluo. Tout se paye en étreintes chaleureuses. Avec un peu de chance, un cocktail apparaîtra sur le chemin du retour, à moins que ce ne soit un bol de soupe miso, préparée par un campement de Japonais. « Playa provides », disent les burneurs : ayez confiance, la playa vous donnera ce qu’il vous faut.

« ICI, LES GENS S’INTÉRESSENT À QUI VOUS ÊTES, NON À CE QUE VOUS FAITES »

TIM BRAGG, PARTICIPANT DE L’ÉDITION 2018

Elle a procuré à Tim Bragg sa fiancée, la belle Emily Bondor, une apicultrice de 30 ans partageant sa connaissance de la danse classique et son penchant pour la nudité, rencontrée en 2013 devant le Costco Soulmate Exchange, un campement qui propose de vous trouver l’âme sœur après un long questionnaire de personnalité. Dès le lendemain, Blondor – son nom de playa – enfilait l’uniforme rouge du village de Tim, le Black Rock City Animal Control, pour aller capturer des burneurs déguisés en lapin lors de leur défilé annuel, la « Million bunny march ». Comme d’autres offrent des cupcakes, des bières, des massages, l’Animal Control se donne en spectacle, jouant la même petite pièce absurde tous les ans sur la playa.

Fondé en 2000, le campement a permis le maintien de liens affectifs étroits entre des membres géographiquement dispersés entre la Californie, Seattle, Denver et New York. Nombre d’entre eux ont de brillantes carrières dans des ­entreprises high-tech – chez Facebook ou Microsoft –, mais on y croise aussi des cracheurs de feu, un créateur de bijoux, une infirmière. « Ce sont des gens qui s’intéressent à qui vous êtes, non à ce que vous faites », commente Tim, vêtu d’une nappe en tissu provençal et d’une casquette de base-ball.

Au fil des ans, ils ont constitué une infrastructure, dont la pièce maîtresse est un semi-remorque équipé de lits superposés et d’une douche à pédale – la « batcave » – qui reste toute l’année dans la région avec les vélos et le gros matériel. Tous les membres retroussent leurs manches quand vient l’heure de remballer.

Campements clés en main

Katya n’aura pas besoin de plier sa tente. Le campement de cette avocate d’origine russe est assemblé puis démonté par une entreprise, un arrangement de plus en plus courant, même s’il contrevient au décalogue de Larry Harvey. Tentes climatisées, douches extérieures, cuisine industrielle avec chambre froide, « vanity room » pleine de miroirs, costumes et accessoires, eau fraîche à volonté : elle est arrivée les mains dans les poches, mais non sans obligations, comme tenir le bar ou préparer certains repas en équipe. « Une bonne façon de rencontrer des gens intéressants », dit-elle.

Fondé par une petite bande comprenant un ex-PDG de MTV et le propriétaire d’un célèbre gratte-ciel de Manhattan, le camp est réputé pour sa tente de méditation décorée de gongs tibétains, ses deux bolides à la Mad Max et ses fêtes à tout casser. Plus haut encore sur l’échelle sociale, les controversés « plug and play » sont des villages clés en main, avec Wi-Fi (un sacrilège dans ce désert numérique), sherpas, cuisiniers et camping-cars de luxe, comme sur les tournages de cinéma.

Leurs clients se posent en avion sur l’aérodrome temporaire de Black Rock City, munis de tableaux Excel détaillant leur calendrier mondain comme pour un Davos dans le désert. Il y a deux ans, le White Ocean, l’un de ces campements pour les 1 % les plus riches, a été vandalisé. Le début d’une lutte des classes ?

« On reste égaux face à la poussière », philosophe Chris, alias Brimstone, un programmeur et DJ new-yorkais, amateur de vestes à brandebourgs et bandanas colorés. Malgré les foulards, les masques de chantier, les lunettes de ski que tout burneur doit avoir sur soi, les whiteouts – ces fameux tourbillons blancs – ­provoquent des crises de nerfs, voire des départs anticipés. Autre nuisance égalitaire : le bruit. Les énormes « sound camps » et leurs sonos à 1 million de dollars ont beau être confinés aux marges de la ville, les tympans sont assaillis à toute heure dans cette rave extravagante (le bon côté des choses : il est théoriquement possible de danser non-stop pendant une semaine sur de l’excellente musique).

« L’EXPÉRIENCE VOUS POUSSE À LA LIMITE. VOUS EN ÉMERGEZ PLUS CENTRÉ, PLUS HONNÊTE – PLUS VOUS-MÊME »

CHRIS, ALIAS BRIMSTONE, DJ

Sans compter le bourdonnement des milliers de groupes électrogènes, les journées brûlantes, les nuits froides, les levers de soleil à ne rater sous aucun prétexte, le travail manuel, les longues distances à vélo : le manque de sommeil fait partie du lot. « Le Burning Man est censé vous épuiser, vous briser », poursuit Brimstone. Pour Tim, « l’expérience vous pousse à la limite, physique et mentale, ce qui entraîne souvent un débordement émotionnel. Vous en émergez plus centré et plus honnête – plus vous-même ».

Il avait raison, la semaine est passée en un clin d’œil. Samedi, en milieu d’après-midi, les véhicules mutants ont commencé à prendre position autour du colosse à brûler, disposés en cercle comme une caravane du Far West. Les nouveaux magnats de la tech collectionnent apparemment ces chars de carnaval comme les modèles réduits de leur enfance : leur nombre augmente si vite que même les burneurs vétérans en découvrent à chaque fois des dizaines. Aucun jouet n’est trop grand, pas même ce Boeing 747 arraché à un cimetière d’avions pour entamer une carrière de boîte de nuit dans le désert grâce à l’argent d’un capital-risqueur.

Un crash de locomotives, une féerie de drones, une forêt de tubes LED, une longue enfilade de cerceaux lumineux synchronisés à de la musique, une énorme boule disco : jour et nuit, la playa en met plein les yeux.

Pourtant, rien ne prépare à la démesure de la cérémonie postmoderne du « man burn », avec ses néons par milliers, sa cacophonie, ses danseurs du feu, ses rayons laser, ses explosions pyrotechniques et son énorme brasier final, dont on n’ose imaginer le coût en CO2. « Ils utilisent des lance-flammes à essence », commente Troy Sandal, alias Focus, un ingénieur en informatique de San Francisco qui a longtemps été ranger, et qui participe au périmètre de sécurité autour des feux. Troy concède que l’événement n’est « pas très écolo », mais il revient depuis quinze ans pour la bienveillance, les mille actes de gentillesse que l’on y observe au cours d’une journée. « Je suis venu la première fois après une visite des champs de la mort au Cambodge, et le Burning Man a restauré ma foi en la nature humaine. »

« Bad trip » au Zendo

Alors que la fête bat son plein sur la playa, une bénévole du Zendo Project, une association de réduction des risques liés à l’usage de substances psychédéliques, débarque au poste de secours, un survêtement à la main. On la conduit vers un jeune homme pâle, nu et désorienté, sanglé sous une couverture de survie argentée. Lorsque les rangers l’ont trouvé, il avait perdu son vélo, ses vêtements et la mémoire. « C’est drôle, tu as un œil qui regarde vers le haut et l’autre vers le bas », dit-il à sa visiteuse, qui le libère de la civière pour l’escorter vers le QG de l’association, une grande yourte en carton plantée à quelques pas.

« ICI, ON M’A PROPOSÉ DES CARAMELS AUX CHAMPIS, DE L’ACIDE, DE LA MESCALINE, DE LA KÉTAMINE, DE LA MDMA ET DU GAZ HILARANT » KATYA, PARTICIPANTE DE L’ÉDITION 2018

Les burneurs en bad trip sont les bienvenus à toute heure dans ce cocon tapissé de tentures et de coussins, où des bataillons de nounous sont aux petits soins. « Les gens prennent des drogues psychédéliques dans un but récréatif, mais l’euphorie n’est pas toujours au rendez-vous dans cet environnement, qui peut être anxiogène, explique la psychologue Sara Gael, qui dirige l’opération depuis ses débuts, en 2012, et forme les bénévoles, au nombre de trois cents cette année. Ailleurs, on les assomme avec des sédatifs, mais nous préférons les rassurer et les accompagner. Ces expériences difficiles offrent une occasion ­thérapeutique qu’il serait dommage de rater. »

Blotti sous trois couvertures, le jeune homme raconte qu’il a pris du LSD avec tout son campement avant de s’égarer sur la playa, « prisonnier d’une spirale ». Selon Mitchell Gomez, directeur de Dance Safe, une association connue pour intervenir dans les raves, la consommation actuelle de cet hallucinogène de synthèse surpasse le record de 1967, l’année du célèbre « summer of love ». L’Amérique vit ce qu’il est désormais convenu d’appeler une renaissance psychédélique, dont le Burning Man est l’épicentre.

« Depuis que je suis arrivée, on m’a proposé des caramels aux champis, de l’acide, de la mescaline, de la kétamine, de la MDMA et du gaz hilarant », énumère Katya, qui a tout refusé, « trop flippée ». Officiellement hostiles à tout usage de substances illégales, les organisateurs ont fini par tenir compte de l’ampleur du phénomène : après avoir longtemps relégué le Zendo Project aux marges de Black Rock City pour ne pas compromettre la réputation de l’événement, ils l’ont installé cette année aux premières loges sur l’esplanade, juste à côté des rangers, avec qui l’association travaille main dans la main.

Hommages, prières, et dons pour la MDMA

Logiquement, c’est aussi au Burning Man que la MAPS (Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies), la compagnie pharmaceutique à but non lucratif qui finance toute la recherche scientifique mondiale sur la MDMA, vient remplir ses caisses. « J’ai rencontré nos principaux donateurs ici », commente son fondateur, Rick Doblin, un charismatique docteur en science politique de Harvard qui a consacré sa vie à la réhabilitation de cette molécule interdite en 1985 après sa conquête des dance floors sous le nom d’ecstasy.

Si Wall Street carbure à la coke, la Silicon Valley préfère les drogues psychédéliques, qu’elle considère comme des outils de développement personnel, et le prouve avec des chèques : la MAPS se targue d’avoir levé 27 millions de dollars pour l’­imminente troisième phase d’essais cliniques de la MDMA dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique, dernière étape avant sa probable autorisation par la Food and Drug Administration américaine. Reste à trouver 9 millions pour l’étude requise par l’Agence européenne des médicaments, censée commencer à l’été 2019. « L’Europe est intéressée par ce traitement pour soigner les réfugiés traumatisés par la guerre », révèle Doblin lors d’un panel au campement Burners sans frontières. Ovation sous le chapiteau.

Très réussi cette année avec sa structure ajourée en forme de vortex, le temple destiné à être brûlé à la fin du Burning Man s’est rempli de mémentos. « Voulez-vous un peu d’argile pour sculpter un objet à y déposer ? », demande Bonnie, une baby-boomeuse aux airs de Farrah Fawcett, sourire Ultrabrite sous cheveux emmêlés, à un homme en tenue de patinage artistique. Il n’a pas le temps de répondre que le cube de glaise est dans sa main, qui le pétrit comme par réflexe. Partout, des hommages à Larry Harvey, des photos de défunts, des prières – « Maman, s’il te plaît, vis encore un an » –, des regrets, des offrandes, des robes de mariée à immoler et des gens qui méditent ou déambulent les yeux mouillés.

L’incendie cathartique de l’édifice, qui clôt les festivités le dimanche soir, offre « un contrepoint spirituel et silencieux » à la bacchanale de la veille, estime Troy Sandal, qui y déposa en 2014 une lettre à son père, disparu sans qu’il ait pu lui dire adieu. Une fois les morts pleurés, les campements démontés, le désert ratissé, cette humanité en mal de rite, de lien et de jeu reprend la longue route de l’exode pour retrouver « la vie par défaut », comme on l’appelle ici. A l’aéroport de Reno, un agent au sol d’American Airlines enferme avec un air dégoûté les bagages blanchis dans de grands sacs en plastique, expédiant la poussière de Black Rock City dans le monde entier.

Burning Man 2018 - aerial view - 4k from Philippe Meicler on Vimeo.

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dimanche 16 septembre 2018

«Pas pipi dans Paris»... Le clip de la mairie de Paris moqué sur les réseaux sociaux

« Honte totale », « malaise », « blague »… Un clip humoristique, commandé par la Mairie de Paris pour sensibiliser les habitants à la propreté dans les rues de la capitale, a suscité un flot de moqueries et de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. Intitulé « Pas pipi dans Paris », cette vidéo réalisée par la youtubeuse et blogueuse Swann Périssé a été postée ce mercredi sur YouTube.

Le clip, qui dure près de 4 minutes, affichait déjà ce samedi plus de 65.000 vues. On y voit quatre comédiens habillés de jaune et de noir se mettant en scène dans des situations plutôt cocasses… avec des rouleaux de papier toilette, des brosses pour cuvette ou encore des boissons de couleur jaune, pour inciter les Parisiens et les touristes à éviter d'uriner​ dans les rues de la capitale. « Je dis merci, un grand et sincère merci à ceux qui ne font pas pipi dans Paris »

« Je sors dehors et je respire la brise. C’est là qu’alors, je suis surprise car aujourd’hui, dans Paris faites du bruit. C’est vrai oui ça ne sent pas le pipi. Je dis merci, un grand et sincère merci à ceux qui ne font pas pipi dans Paris », peut-on ainsi entendre dans le refrain du clip.

Avec cette vidéo décalée, la Mairie de Paris explique avoir voulu « sensibiliser des publics plus jeunes moins touchés par les canaux de communication traditionnels […] grâce à l’humour ». Sur Twitter, de très nombreux internautes ont fait part de leur « malaise » face à une telle initiative. « La Hidalgo’s band au sommet de l’art de la communication. On croit que c’est une blague, mais non ! », a notamment tweeté un internaute.

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