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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 23 avril 2017

Les Français en mode commando

Par Nicolas Santolaria

Face au sentiment d’impuissance que génère la menace terroriste, de plus en plus de civils sont conquis par l’esprit paramilitaire. Cross-fit, close-combat et stages d’entraînement connaissent un succès grandissant.

Pour des raisons évidentes de sécurité, j’ai choisi de réaliser mon premier reportage de guerre en zone de paix. J’ai donc rendez-vous en ce radieux dimanche de mars à l’embarcadère de Courseulles-sur-Mer (Calvados), pour participer à la D-Day Race, une course à obstacles organisée en partenariat avec l’armée qui propose de faire revivre le Débarquement de Normandie aux citadins en panne de sensations fortes.

Embarqués dans des Zodiac, les participants sont conduits au large pour ensuite se jeter dans l’eau froide et partir à l’assaut de Juno Beach, une plage mythique où 359 soldats canadiens sont tombés, le 6 juin 1944.

Mixant course à pied et parcours commando, la D-Day Race réunit quelque 4 000 néoguerriers survoltés et s’inscrit dans un climat de remilitarisation, où l’esprit de corps, les plongeons dans la boue et l’imprimé camouflage font leur grand retour.

« Engagez-vous », était-il écrit sur le site Internet de l’événement. La veille, j’ai récupéré mon dossard et un « uniforme » que décore la célèbre maxime de Winston Churchill : « We shall never surrender » (« nous ne nous rendrons jamais »)

De la guerre sans la guerre

Un peu inquiet de ce qui m’attend, j’arrive en trottinant devant une grande estrade où a lieu l’échauffement. Mes camarades et moi ayant rendez-vous à 12 h 18 précises, nous formons désormais une compagnie dénommée « la 12:18 ».

« Allez, les warriors de la “12:18”, on est fiers de ce que vous faites. C’est le moment d’être hargneux, un vrai soldat ! En position gainage », hurle l’animateur pour galvaniser les troupes. Les gars et les filles de ma compagnie n’ont rien à voir avec des « fana mili ». Citadins en majorité trentenaires, ils viennent là tromper l’ennui chronique d’une existence moderne saturée d’interdits.

Dans un monde où plus aucune aventure ne semble possible, la guerre figure désormais ce rituel ordalique où l’instant présent pourrait être rendu à son intensité par la possibilité immédiate de la mort.

Tout cela est bien entendu théâtralisé, puisque aucun Allemand n’est là pour nous cueillir à la mitrailleuse lourde. De la guerre sans guerre, un peu comme le café sans caféine. « On vient là pour voir ce qu’ont vécu ceux qui ont débarqué ici. C’est une façon de leur rendre hommage et aussi de s’évader », m’explique Lucas Hottin, un cariste de 25 ans qui arbore un pantalon de combat.

« La tête décide, les jambes obéissent ! »

Comme il y a une forte houle, j’apprends que la « 12:18 » ne pourra finalement pas monter dans les Zodiac. Trop dangereux. Nous nous contentons d’un simulacre de débarquement en nous jetant en hurlant dans l’eau du port.

Les épreuves s’enchaînent alors, produisant une immédiate émulsion chimique qui fait apparaître l’esprit de corps. Après nous être donné la main pour traverser un tunnel enfumé, avoir tiré en binôme des sacs de sable, sauté du haut d’un bunker, escaladé des murs de béton, nous sommes invités par deux soldats à faire cinq « burpees » (pompes + sauts) devant une immense croix de Lorraine.

Le visage plein de terre, je dois maintenant affronter les terribles « hérissons tchèques » qui se dressent sur la plage centrale, croisillons en métal au milieu desquels il faut se frayer un passage. Vient ensuite un interminable filet blanc de 95 mètres de long figurant des barbelés, sous lequel je progresse péniblement à quatre pattes. Ce long tunnel tissé de filaments soyeux fait penser à une chrysalide qui aurait le pouvoir de transformer des larves civiles en ébauches de combattants.

« Allez, la tête décide, les jambes obéissent ! Bravo, vous êtes un exemple pour la jeunesse », encourage une réserviste de la marine, pendant qu’un autre soldat joue d’un clairon de fortune. Juste après, tout ce joli monde est invité à traverser une rivière marronnasse qui sent fort le lisier.

Nouvelle communion entre l’armée et la nation

Incapable d’avancer, une demoiselle s’attire les railleries de son équipe : « On ne va pas y arriver ! Abattez-la ! » Après avoir passé un dernier mur en bois, un réserviste arrache aux participants un consentement terminal : « Vous êtes en forme ? Alors, faites-moi dix pompes ! » Tout le monde obtempère en riant, avant d’aller recevoir sa médaille. « Félicitations, bonne récup’! », martèle un officier en serrant la pogne de tous ceux qui passent à sa portée.

« ON EST UNE GÉNÉRATION QUI N’A PAS CONNU LA VIE DE CHAMBRÉE, DU COUP ÇA CRÉE UNE ENVIE. » JEAN-CHARLES PAGNOUD, FONDATEUR DE LA D-DAY RACE

Comme la D-Day Race, les courses au succès mondialisé de type Spartan Race (créée par des marines américains) ou The Mud Day instillent dans le corps social cet esprit commando, sorte de nouvelle communion entre l’armée et la nation sur fond de dépassement de soi. Sur la ligne d’arrivée, l’animateur invite d’ailleurs les participants à aller faire un tour au stand de la marine nationale, signe de la porosité croissante entre les univers civil et militaire.

Je m’y arrête un instant et récupère quelques prospectus. « Ce qui attire les jeunes aujourd’hui, ce sont surtout les forces spéciales. Comme il y a de plus en plus de reportages là-dessus à la télé, les gens sont influencés par ce qu’ils voient », m’explique le conseiller en recrutement.

Ce n’est donc pas un hasard si la réintroduction du service militaire s’est retrouvée dans le programme de campagne de plusieurs candidats. « On est une génération qui n’a pas connu la vie de chambrée, du coup ça crée une envie, ajoute Jean-Charles Pagnoud, 35 ans, fondateur de la D-Day Race. Mais il n’y a pas que ça : on a tous été percutés par le terrorisme. Les ­attentats nous ont soudain rendus vulnérables, “murderable”, pour reprendre l’expression d’un journaliste anglo-saxon. »

Il convient désormais d’être prêt

Selon une étude de l’institut britannique Demos datant de 2016, plus de 80 % des Français pensaient qu’un nouvel attentat était probable dans les six prochains mois. L’attaque du 20 avril sur les Champs-Elysées leur aura donné raison.

Pas vraiment en guerre, mais pas vraiment en paix non plus, le corps social réagit à sa manière à cet état d’urgence par une forme de mobilisation accrue de ses capacités opérationnelles.

Le film Les Combattants, de Thomas Cailley (2014), restitue parfaitement ce climat où domine l’idée que, face à une menace diffuse (crise environnementale, effondrement du système financier, attaque kamikaze), il convient désormais d’être prêt.

Depuis l’attaque du Bataclan, le 13 novembre 2015, les demandes de formation aux premiers secours ont ainsi augmenté de 40 % en Ile-de-France. La Croix-Rouge a décidé de réintroduire la technique du garrot, absente de ses enseignements depuis plus de dix ans. Et même s’il était déjà en progression auparavant, le nombre de licenciés en krav-maga, ­méthode d’autodéfense de l’armée israélienne, a fait un bond spectaculaire, passant de plus de 12 000 licenciés en 2013 à environ 17 000 en 2017.

« La sueur épargne le sang », peut-on lire sur le site de la Fédération nationale de close-combat, qui met en avant, dans son argumentaire, l’attaque dans le Thalys en août 2015 pour justifier l’apprentissage du corps-à-corps.

Le succès du « cross fit » (une gymnastique spartiate) et plus marginalement du « tac fit » (un entraînement à base de mouvements fonctionnels pour le champ de bataille) participent également de cet esprit général d’aguerrissement. « Les gens ont compris qu’ils devaient être capables de sortir de la sidération. Le monde évolue, il faut évoluer avec lui », résume Marius (Alain Alivon, de son vrai nom) ancien instructeur des commandos marine.

« Gestion du stress »

Alors que les clubs de tir font le plein, les « boot camps » sont devenus le nouvel outil à la mode pour consolider l’esprit d’entreprise. Très en vogue dans les écoles de commerce, ces stages de renforcement inspirés de l’armée américaine ont même fait l’objet d’un récent partenariat entre le Medef et le ministère de la défense.

En ­tenue de combat, de grands patrons ont été conviés à suivre un authentique stage commando pour parfaire leur « gestion du stress », leur « résilience face à l’épreuve », leur « esprit d’équipe » et leur « capacité à exprimer leur leadership dans un univers méconnu ».

Plus de 4 000 personnes ont participé à la D-Day Race organisé dans le Calvados fin mars. | JULIEN POUPART / HUGO EVENTS

Dans un contexte économique et social chaotique, l’armée figure désormais cette structure où l’on apprend à conserver ses capacités d’action intactes malgré le stress.

C’est à ce savoir-faire que Fabien Gardanne, PDG de la société de traitement du bois ACEH, a voulu faire ­appel pour motiver ses commerciaux : « Dans le travail, on finit souvent par s’installer dans un confort dont on a du mal à sortir. Pour pousser mes gars à se dépasser, je les ai inscrits à un stage organisé par des anciens des forces spéciales. On a toujours l’image du militaire bourrin, or ils savent très précisément activer les ressorts qu’il faut pour amener les gens à trouver de nouvelles ressources. Pendant trois jours, on a couru, rampé, fait des pompes, on s’est battus à mains nues… A la fin du stage, quand ils ont reçu leurs médailles, beaucoup avaient les larmes aux yeux. Le mois qui a suivi, le chiffre d’affaires a ­augmenté de 20 %, et le soufflé n’est toujours pas retombé. »

« CHEZ NOUS, LES FILLES PORTENT TOUTES LA MÊME CHASUBLE NOIRE. DU COUP, ELLES NE SE REGARDENT PAS, NE SE COMPARENT PAS. C’EST COMME À L’ARMÉE. » MATTHIEU NOUDELBERG, FONDATEUR DE BOOT CAMP GIRLS

L’armée a même fini par représenter le sanctuaire de valeurs humaines bafouées. Dans un monde structurellement individualiste, le commando serait ce groupe humain forgé dans les épreuves où la solidarité ne se dément jamais.

« Esthétisation de la guerre »

Fondateur de Boot Camp Girls, un club de « cross training » parisien où les filles s’endurcissent et ­apprennent à se défendre, Matthieu Noudelberg voit dans ces valeurs militaires une réponse aux excès égotistes des individus : « Chez nous, les filles portent toutes la même chasuble noire. Du coup, elles ne se regardent pas, ne se comparent pas. On travaille en binôme, avec un esprit d’entraide. Si l’une manque de souffle, l’autre essaiera de l’épauler. C’est comme à l’armée. Si ton binôme se prend une balle, tu ne vas pas le laisser mourir sur le champ de bataille. »

Quant au bivouac, il matérialise désormais un idéal d’existence frugale, ascétique, presque un repos de l’esprit en ces temps d’hyperchoix. « Vos repas sont même servis sous forme de rations ! », peut-on lire sur le site qui fait la promotion d’un week-end boot camp.

« Il y a aujourd’hui une ludicisation de la chose guerrière. D’un côté, la population est coupée des réalités militaires en raison de la professionnalisation des armées, et de l’autre, on lui présente les forces spéciales et leur matériel high-tech comme quelque chose de sexy, de désirable. C’est une façon de fabriquer un mouvement d’esthétisation de la guerre qui contribue à en faire oublier la réalité », explique le sociologue Laurent Trémel.

Tous ces éléments mis bout à bout dessinent les contours d’un climat paramilitaire aux allures de « wargame » géant, des jeux de guerre qui ont pour particularité d’être aussi futiles que sérieux. Mais, comme le fait remarquer justement un de mes camarades de la « 12:18 » pendant que nous patientons pour prendre notre douche : « On n’est quand même pas en Syrie… »

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mardi 18 avril 2017

Les "non-internautes"

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vendredi 14 avril 2017

12 raisons de ne pas regretter le Vélib’de JCDecaux

Par Olivier Razemon

Une page se tourne à Paris : la reprise du marché des vélos en libre-service a été attribuée mercredi au consortium Smoovengo, au détriment du sortant JCDecaux.

Depuis le 15 juillet 2007, le spécialiste de l’affichage publicitaire JCDecaux avait mis des vélos dans la ville. Le design des Vélib’, leur robustesse, leur petite lumière allumée de jour comme de nuit, les stations et les bornettes, tout ceci fait partie depuis dix ans du paysage parisien. Tout comme les stations vides et les stations pleines, le vandalisme et les voitures garées devant les bornes.

Alors que le marché des vélos en libre-service de Paris et de sa proche banlieue vient d’être raflé par un consortium originaire de Montpellier, Smoovengo, voici 12 raisons de regretter, ou pas, le Vélib’ du sortant JCDecaux, qui a toutefois déposé un recours contre cette décision.

1/Le poids. 22 kg tout de même. Le vélo en libre-service n’a pas grand-chose à voir avec les cycles racés en titane qui permettent de traverser la ville comme une fusée. Sur un Vélib’, on paresse sur le plat, on peine dans les montées. On le pousse même à la main sur les pentes de Ménilmontant ou de la Butte aux cailles. Sans parler des escaliers de Montmartre, où il faut carrément le porter. Smoove promet un nouveau Vélib’ à 20 kg.

2/Gris souris. Un Vélib’ façon zinc, couleur des toits de Paris, imposée par les Architectes des bâtiments de France, explique Mathieu, un excellent connaisseur des transports (on vous le recommande). C’est raccord avec cette ville désespérément grise, où tout le monde s’habille de noir en hiver. Tout de même, un peu de couleur n’aurait pas fait de mal.

3/Stations vides. C’est la hantise des vélibeurs du matin. Après 8 heures, ou 9 heures, selon la saison et l’arrondissement, certaines stations, celles du nord-est de Paris, sont désertes. Reste à atteindre la prochaine borne, ou à consulter les multiples applications, pas toujours performantes, qui indiquent le taux de remplissage des stations. Un phénomène à peine atténué par les stations bonus V +, instituées en 2008.

4/Stations pleines. Le corollaire des stations vides, ce sont les stations pleines. Pas de chance quand on « cherche une place » dans un quartier d’affaires ou à proximité d’une gare. On ne conseille à personne d’emprunter un Vélib’ avant d’avoir un train à prendre. Smoove promet de faire mieux, avec le dispositif overflow, qui permet d’attacher un vélo à un autre, en cas de station pleine (ici en vidéo).

5/Vandalisme. Ces chaînes arrachées, ces pédales détachées, ces pneus crevés, ces roues voilées, sans compter tous ces vélos gris retrouvés au fond du Canal Saint-Martin au moment du récent dragage, début 2016. Le Vélib’ que l’on convoite roulera-t-il correctement ? Les utilisateurs ont rapidement trouvé un moyen de signaler les vélos endommagés : retourner la selle.

6/Stations fermées. Une conséquence du vandalisme. Lorsqu’une station est vandalisée de façon répétée, le concessionnaire décide de la rendre inaccessible. Tant pis pour les usagers. Vélib’ paye d’ailleurs un mensonge originel, portant sur le nombre de vélos disponibles. 24 000 selon le contrat passé entre la Ville et le concessionnaire, mais en réalité de 13 000 (à l’automne) à 18 000 (au printemps) dans les rues de Paris et des communes limitrophes. La raison de cette évolution saisonnière : le vandalisme sévit surtout l’été.

7/Stationnement gratuit. Des voitures ou des camionnettes devant les stations, des deux-roues motorisés à la place des Vélib’. C’est la même chose depuis dix ans, et jamais la Ville de Paris ni le concessionnaire ne se sont exprimés pour condamner ces comportements. L’auto-école, c’est l’école où on t’apprend à garer ton auto devant une station Vélib’.

8/ L’inanité du blog Vélib’. Sur ce blog animé par la Ville, on parle de tout, sauf de vélo. Les meilleurs cafés de Paris, les expos à ne pas rater, la chasse aux poules de Pâques… Avec ce blog, Vélib’ confirme au fond sa véritable vocation : un outil au service du tourisme, et non un moyen de déplacement. Parallèlement, le comité des usagers, imaginé au départ pour faire émerger les demandes des habitués, a disparu après trois ans d’existence.

9/No data. JCDecaux a longtemps rechigné à délivrer ses données. Jusqu’en 2013, la disponibilité des vélos en temps réel n’était pas accessible officiellement. Heureusement, les données du concessionnaire étaient faciles à craquer, et des hackers, comme ce site v.mat.cc les mettent à disposition du grand public. Aujourd’hui, les données sont publiques.

10/Le vélo, c’est Vélib’. Cela est resté longtemps le credo de la Ville de Paris. Hors de Vélib’, point de vélo. Aujourd’hui encore, la communication de la maire de Paris se focalise sur cet outil, le plus emblématique. Comme s’il était illégitime, ou insensé, de posséder son propre vélo.

11/Le prix. Pour l’usager, c’est peanuts. Seulement 29 euros ou 39 euros par an, moins qu’une bonne paire de chaussures, le mode de transport le moins cher d’Europe ! Les tarifs vont progresser avec le nouveau concessionnaire, mais resteront nettement inférieurs à ceux que pratiquent les villes anglo-saxonnes. C’est pour le contribuable que la facture est salée. Chaque Vélib’ coûte aujourd’hui 4 000 euros par an, un chiffre calculé par l’économiste Frédéric Héran et jamais contesté, faut-il le rappeler, par la Ville de Paris, ni par JCDecaux. Certes, comme l’explique M. Héran, le service constitue finalement une forme d’investissement, puisque les touristes l’adorent.

12/Le mauvais exemple. En matière de déplacements et d’urbanisme, Paris et Lyon donnent souvent le « la ». Pour le meilleur et pour le pire. Vers 2008, de nombreuses villes moyennes ont cru qu’elles pouvaient engager une politique cyclable en se contentant des vélos en libre-service. Sans infrastructures ni carrefours aménagés, et à un coût astronomique. Résultat, loin de Paris, à Chalon-sur-Saône ou à Pau, le vélo en libre-service a été abandonné par les pouvoirs publics. A Caen, « les vélos sont beaucoup trop lourds, le système d’attache est défaillant, les stations ne couvrent que le centre, et il n’y a pas assez de pistes cyclables », indique un utilisateur caennais, pour expliquer le manque d’appétence des habitants pour le système.

Cet article est tiré du blog d’Olivier Razemon, L’Interconnexion n’est plus assurée.

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samedi 1 avril 2017

Et revoilà Miss Paris !

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 La dernière Miss Paris,

Un symbole, vingt ans après la dernière Miss Paris devenue Miss France, Patricia Spehar, en 1997 : il y aura une Miss Paris en 2017, pour la première fois depuis huit ans. Le concours de beauté ressuscite dans la capitale. L’élection se tiendra le 29 juin dans la prestigieuse salle Gaveau, et les candidatures sont ouvertes sur le site www.miss-iledefrance.fr, à la rubrique Devenir Miss.

Une miss France en 1997

Ce concours était en déshérence dans la capitale depuis 2009, annus horribilis. Cette année-là, Kelly Bochenko, dernière Miss Paris en titre, est destituée par Geneviève de Fontenay. Un magazine people avait publié des photos très dénudées et suggestives de la jeune femme, pourtant auréolée du prix de la sympathie au concours Miss France qui s’était tenu début décembre. On se souvient d’elle, en pleurs, dans le bureau de son avocat, entre Noël et Jour de l’An. Un engrenage : la participation, ensuite, de la Miss destituée à la téléréalité « la Ferme Célébrités », à l’invitation de TF 1, avait poussé Geneviève de Fontenay à la démission et à la scission.

Laure Mattioli, à la tête du comité Miss Ile-de-France qui regroupe tous les départements de la région, souhaitait faire revivre ce concours. « Le 75, c’est un département à lui seul. Paris est glamour. Il faut maintenant que les jeunes filles s’intéressent à ce titre », lance cette ancienne Miss Bourgogne. Avec une Miss Univers française, 2017 est peut-être la bonne année pour relancer le concours : la Parisienne, après tout, reste un idéal qui fait rêver le monde entier.

Yves Jaeglé

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Poisson d'avril: la RATP détourne le nom de 11 stations de métro

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Une Bastille pour la gorge? De la Gentilly sur tes fraises? Si j'aurais su, Jaurès pas venu. Qui a éteint la Laumière… Journée du canular oblige, les transports parisiens surprennent les voyageurs en jouant avec les mots.

Prendre le métro devient compliqué! Pour aller à Reste Passy prêt du bord? Changez à Qui a éteint la Laumière? Sans passer par Jussieu j'y reste. Pour la seconde année consécutive la RATP s'est amusée à surprendre les voyageurs en détournant avec humour samedi 1er avril le nom de trois stations du métro parisien (Passy, Laumière et Jussieu), mais également huit autres, parmi lesquelles Simplon, devenue Du Simplon double.

Un écho à la culture digitale, où les détournements humoristiques d'objets ou de marques font le bonheur des internautes, gambergé par la Régie des transports parisiens. Rhabillée la station de la ligne A du RER dans le IXe arrondissement qui devient une tartine Aubert salé. Et aussi De la Gentilly sur tes fraises? Quand y'en a plus Iéna encore! Une Bastille pour la gorge? En tout, onze noms de stations ont été détournés dans le métro parisien pour l'opération #StationdAvril.

Cette fois-ci, les usagés sont largement invités à participer en faisant preuve de créativité avec leurs propres détournements de noms de stations partagés sur Facebook, Twitter ou Instagram Stories via le mot-dièse «StationdAvril». Les meilleures idées retenues feront l'objet d'une création personnalisé et seront mises en ligne en temps réel sur les différents réseaux sociaux de la RATP tout au long de la journée.

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dimanche 26 mars 2017

Le troisième sexe devant la Cour de cassation

Par Gaëlle Dupont

La « binarité sexuelle » homme-femme a été disséquée mardi devant la plus haute juridiction française. Un intersexe âgé de 66 ans a demandé que la mention « sexe neutre » figure sur son état civil.

« Sexe : N ». Comme neutre. Voilà ce que Gaëtan (le prénom a été modifié) souhaiterait voir inscrit sur ses papiers d’identité. Mardi 21 mars, la Cour de cassation était appelée à examiner la possibilité de reconnaître l’existence d’un troisième sexe.

Gaëtan est né voilà 66 ans avec des organes sexuels indéterminés, comme environ 200 bébés qui présenteraient chaque année des variations du développement sexuel. Comme ses parents voulaient un garçon, ils l’ont déclaré et élevé comme tel. Mais il ne s’est pas coulé dans ce moule, et son corps non plus. Ses organes génitaux ont conservé des aspects à la fois masculins (micropénis) et féminin (vagin rudimentaire).

« Il n’est ni homme ni femme, ne se sent ni homme ni femme, ne peut devenir ni homme ni femme et ne veut devenir ni homme ni femme », a résumé Bertrand Périer, qui défendait Gaëtan devant la Cour de cassation.

Revendiquant une identité intersexuée, ce dernier souhaite la voir reconnue à l’état civil. Le 20 août 2015, le tribunal de grande instance de Tours lui avait donné raison, une première en France. La décision a été invalidée par la cour d’appel d’Orléans en mars 2016.

Droit au respect de la vie privée

« On nous oppose que [Gaëtan] a l’apparence physique d’un homme, a poursuivi son avocat. C’est faux. Il n’a pas d’organes sexuels reproducteurs. Seul un traitement contre l’ostéoporose lui a conféré une apparence masculine artificielle. Il s’est marié avec une femme et a adopté un enfant, mais n’a en aucune façon renoncé à être ce qu’il est. De plus, le mariage et l’adoption n’ont depuis la loi de mai 2013 [sur le mariage pour tous] plus rien à voir avec la différence des sexes. On nous dit que la reconnaissance du sexe neutre pourrait créer des troubles chez les personnes concernées. Mais qui mieux que [Gaëtan] sait ce dont il a besoin ? C’est ériger des peurs pour s’abriter derrière. »

Les promoteurs du sexe neutre mettent en avant l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui garantit à chacun le droit au respect de sa vie privée. « L’identité sexuée est un élément fondamental de ce droit, affirme Benjamin Moron-Puech, docteur en droit à l’université Panthéon-Assas. De plus, plusieurs états comme l’Allemagne ou Malte se sont prononcés récemment en faveur de la reconnaissance d’une identité non binaire. »

« L’indisponibilité et l’immutabilité de l’état civil existent pour des raisons de sécurité, afin de permettre l’identification fiable des personnes », a répondu le premier avocat général de la Cour Philippe Ingall-Montagnier en demandant le rejet du pourvoi.

Le changement de sexe à l’état civil est permis pour les personnes transsexuelles ou transgenres, selon des critères redéfinis par la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle de novembre 2016, sous le contrôle du juge. Mais il s’agit toujours de passer d’un sexe à l’autre. La loi ne définit pas de troisième sexe.

« On va y arriver »

« La demande vise un objet qui n’existe pas, a poursuivi M. Ingall-Montagnier. Il s’agit de créer une nouvelle catégorie de personnes. C’est du domaine de la loi, non du législateur. Une réponse positive serait source de risque et susciterait une multiplication inconsidérée de demandes, qui recevraient des réponses différentes selon le tribunal saisi. » « La nature n’est pas binaire, pourquoi le droit le serait ? », a riposté Bertrand Perier.

« Je suis serein, je sais qu’on va y arriver, a commenté Vincent Guillot, président de l’Association internationale intersexe. Si ce n’est pas devant cette juridiction, ce sera devant une autre. » M. Guillot milite pour la reconnaissance des personnes intersexes et l’arrêt des opérations effectuées sur les enfants, jusqu’à ce qu’ils soient en âge de donner leur consentement. Si Gaëtan n’a pas été opéré, M. Guillot a subi à plusieurs reprises des actes de chirurgie destinés à l’assigner au sexe masculin qui le font toujours souffrir.

Signe que ce combat commence à porter, François Hollande a estimé, vendredi 17 mars, lors d’une cérémonie à l’Elysée que « l’interdiction des opérations chirurgicales subies par des enfants intersexes, de plus en plus largement considérées comme des mutilations » faisait partie des « nombreux combats à mener » pour les droits des personnes LGBT (lesbiennes gays bi et trans).

La délégation aux droits des femmes du Sénat s’est de son côté prononcée, mardi 7 mars, en faveur de l’indemnisation des personnes ayant souffert des conséquences d’opérations mais estime que le corps médical a « pris conscience des problèmes éthiques soulevés par les opérations systématiques ». Elle ne s’est pas prononcée sur la reconnaissance du sexe neutre, « un vrai défi au regard du droit français, fondé sur la binarité des sexes ». La Cour de cassation rendra sa décision le 4 mai.

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samedi 25 mars 2017

Paris, parmi les dix métropoles les plus chères du monde

Par Marie de Vergès

Selon une étude parue mardi, la capitale française est la seule ville de la zone euro à figurer dans le « top 10 » des métropoles les plus chères du monde.

C’est une performance qui dure depuis quinze ans et n’a pas spécialement de quoi réjouir les Parisiens : la capitale française paradait une fois encore, en 2016, dans le « top 10 » des métropoles les plus chères du monde, selon le classement publié mardi 21 mars par The Economist Intelligence Unit (EIU), filiale du célèbre hebdomadaire britannique.

La palme 2016 revient à Singapour, pour la quatrième année d’affilée, suivie de Hongkong et de Zurich. Au septième rang, ex aequo avec Genève et juste devant New York, Paris est la seule ville de la zone euro à figurer dans le peloton de tête.

« La capitale française reste structurellement extrêmement chère à vivre, seuls l’alcool et le tabac y offrent un meilleur rapport qualité-prix que dans les autres villes européennes », souligne EIU dans son étude, réalisée en calculant, dans quelque 140 villes, le prix moyen en dollars de 160 biens de consommation et services (pain, vêtements, frais de scolarité, loyers…).

Les Parisiens pourront se consoler en découvrant que le coût de la vie s’y est quand même un peu modéré au fil du temps : il y était 50 % plus élevé qu’à New York il y a cinq ans, ce différentiel n’est désormais plus que de 7 %. Dans le classement, la Ville Lumière est descendue de deux crans par rapport à l’année 2015 et même de six si on compare avec 2014 : elle était alors sur la deuxième marche du podium.

Conséquences du Brexit

Certaines métropoles ont enregistré des déclassements autrement plus marqués.

En Chine, par exemple, où les accès de faiblesse du yuan – la monnaie locale – ne sont pas restés sans effets : Pékin, la capitale de la deuxième puissance mondiale, a perdu seize places, pour se retrouver… au 47e rang seulement.

C’est encore plus vrai au Royaume-Uni post-Brexit : avec la chute de la livre, Londres a été rétrogradée de la 6e à la 24e place du palmarès. Et Manchester a dégringolé de vingt-cinq échelons, jusqu’au 51e rang. Pour autant, les prix pourraient vite recommencer à grimper outre-Manche : une fois le Brexit validé, note l’étude, le Royaume-Uni devra payer plus cher les biens européens importés.

Dans une période particulièrement troublée, ce scénario risque de se répéter ailleurs. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis « est peut-être le signal de grands bouleversements dans les accords commerciaux et les relations internationales qui pourraient pousser à la hausse le prix des importations et des exportations autour du monde », note l’étude. Avec, à la clé, des chamboulements à prévoir dans le prochain classement…

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mardi 21 mars 2017

Les adolescents sont de plus en plus exposés à la pornographie sur Internet

Selon un sondage de l’IFOP révélé par « Le Figaro », le taux d’exposition des jeunes aux contenus pornographiques est en forte hausse.

Les jeunes sont de plus en plus confrontés à la pornographie, dans des proportions importantes. Selon un sondage réalisé par l’IFOP fin février et dévoilé dans Le Figaro lundi 20 mars, la moitié des adolescents de 15 à 17 ans (51 %) indique avoir déjà surfé sur des sites pornographiques en 2017, contre 37 % en 2013, soit une augmentation de 14 points. 68 % d’entre eux voient leur premier film X entre 13 et 15 ans.

La proportion de filles ayant accédé à ce type de vidéos a quant à elle doublé. 37 % des adolescentes ont surfé sur un site pornographique début 2017, contre 18 % fin 2013.

53 % des garçons estiment qu’ils étaient trop jeunes lorsqu’ils ont vu leur premier film pour adultes, contre 59 % des filles. Plus de 50 % d’entre eux ont raconté être tombés sur un extrait vidéo à caractère pornographique par hasard. 45 % de garçons et 43 % de filles ont tenté de reproduire des pratiques qu’ils avaient vues en ligne, selon l’étude, réalisée pour l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN).

Bloquer l’accès a priori

Une journée de réflexion doit avoir lieu mardi 21 mars avec la ministre des familles Laurence Rossignol, des juristes, des opérateurs et des fournisseurs d’accès, pour tenter d’enrayer ce phénomène, qui se développe depuis l’apparition des smartphones.

Mme Rossignol envisage qu’un contrôle parental soit « installé par défaut sur les ordinateurs et les téléphones. Ce serait aux utilisateurs qui n’en ont pas besoin de le désactiver, et non l’inverse », confie-t-elle au Figaro. Il serait aussi envisageable d’impliquer la plateforme Pharos du ministère de l’intérieur, qui permet de signaler les contenus illicites sur Internet.

Fiche technique : le sondage de l’IFOP a été réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 005 personnes âgées de 15 à 17 ans résidant en France, du 21 au 27 février.

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lundi 20 mars 2017

Bon dimanche au Bon Marché

Le grand magasin parisien ouvre désormais 7 jours sur 7, comme le BHV et les Galeries Lafayette. Les salariés et les clients y trouvent leur compte.

Par  C.H. et M.-A.G.

Et un de plus ! Depuis hier le Bon Marché, et sa Grande Epicerie, sont désormais ouverts 7 jours sur 7. Après le BHV et les Galeries Lafayette, c’est le troisième grand magasin parisien qui ouvre le dimanche dans le cadre de la loi Macron et l’instauration des zones touristiques internationales (lire encadré). Les six magasins Fnac rejoindront cette liste dès dimanche prochain et le Printemps boulevard Haussmann (IX e) à partir du mois de juin.

Au Bon Marché (groupe LVMH, propriétaire du « Parisien »), la direction a profité de ce changement pour proposer une nouvelle organisation du travail. « Il est prévu que les collaborateurs travaillent 35 heures du lundi au dimanche, avec la possibilité de travailler 4 ou 5 jours par semaine au choix et, bien sûr, sur la base du volontariat », explique la direction des ressources humaines. 150 postes en CDI ou CDD, à temps plein ou à temps partiel, ont été créés.

Hervé est employé dans cette enseigne depuis seize ans. Vendeur au rayon mode femme, ce quinqua sans enfant s’est mis sur les rangs pour travailler le dimanche. « Lorsque les discussions se sont engagées, j’avais des craintes, comme tout le monde, mais finalement, j’ai compris que c’était une opportunité. Et puis, il faut bien vivre avec son temps », concède-t-il. Hervé a choisi de travailler quatre jours par semaine. « Cette nouvelle organisation va me permettre d’avoir plus de temps libre en semaine, pour aller voir des expositions par exemple, et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle », confie-t-il.

Le dimanche, les volontaires sont payés double et le samedi est majoré pour ceux qui travaillent tout le week-end.

Hier matin, sur les stands de mode, les vendeurs n’étaient pas débordés par la clientèle. Mais les promeneurs qui avaient choisi de faire une sortie shopping semblaient apprécier ce calme. « Je savais qu’il y avait des promotions. Plutôt que de passer en coup de vent en semaine, je me suis dit que j’aurais plus de temps pour faire mes achats un dimanche. Il n’y a pas trop de monde : c’est parfait ! », se félicite Véronique, au rayon maroquinerie.

A l’heure du déjeuner, c’est plutôt du côté de la Grande Epicerie que la clientèle se pressait. « C’est un peu comme faire son marché du dimanche mais avec les rayons épicerie en plus », sourit Dominique.

@leparisien_75

le bon marché

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Internet va-t-il tuer votre vie sexuelle ?

Par Maïa Mazaurett

Et si nos smartphones, télévisions et ordinateurs étaient tout simplement plus addictifs que les autres plaisirs ? La chroniqueuse de La Matinale Maïa Mazaurette souligne que, même si les pratiques se libèrent, le nombre de rapports sexuels décline.

Au pays des moutons noirs et des pattes blanches, Internet est roi ! Nous avons depuis vingt ans accusé les réseaux d’à peu près tous les maux possibles et imaginables : le débordement du travail sur nos vies privées, nos insomnies, nos solitudes, notre malaise devant la vie parfaite des mangeurs de quinoa, le déferlement de peste bubonique (bientôt sur vos écrans)… Qu’on ait raison ou pas, que certains faits soient prouvés ou invalidés, nous étions au moins d’accord sur une chose : Internet était le royaume du sexe. Bon ou mauvais.

Sous son influence, les jeunes avaient accès plus tôt à l’information sexuelle, nous adultes trouvions plus facilement des partenaires sexuels, nous obtenions toujours en deux clics des contenus « motivants » pour nous inspirer les soirs d’ennui, nous pouvions consulter les sites médicaux pour nos petits bobos et grosses débandades, nous avions toujours quelqu’un avec qui partager nos fantasmes les plus secrets… bref, nous avions accès au parfait catalogue sexuel – selon la très fameuse règle 34 d’Internet, qui veut que « si une chose existe, alors Internet en propose une version pornographique ».

Mais si c’était l’inverse ? Car les chiffres s’accumulent en ce moment qui montrent un déclin du nombre de rapports sexuels. Selon l’université de San Diego (citée dans les Archives of Sexual Behavior) et sur les quinze dernières années environ, les couples mariés sont par exemple passés d’une galipette et demie par semaine à seulement un rapport. Une réduction d’un tiers ! Parmi les raisons avancées par les chercheurs à cette déprime sexuelle généralisée, choisissez votre némésis personnelle : l’augmentation du nombre de célibataires (un aspect qui ne concerne pas les couples mariés, évidemment), la prise d’antidépresseurs et… tadam, Internet. Vous me direz : ça se passe aux Etats-Unis, alors qu’ici, nous sommes de chauds lapins – sauce chasseur.

Moins de joints, plus de textos

Auquel cas je vous opposerai un chiffre, tiré du Monde en décembre 2016 et qui concerne nos petits Français : « La proportion d’élèves ayant eu des rapports sexuels en 4e et en 3e reste modérée (respectivement 9 % et 18 %), et régresse par rapport à 2010. » Une tendance générale, puisque en Europe, 29 % des garçons et 23 % des filles de 15 ans avaient eu des rapports en 2010 – nous sommes désormais à 24 et 17 % respectivement.

Pourquoi se préoccuper à ce point des habitudes sexuelles des jeunes ? Parce que si nous réfléchissons à l’impact d’Internet sur nos vies sexuelles, ceux qui ont grandi bercés aux smartphones se trouvent évidemment en première ligne. Il n’est d’ailleurs pas innocent que cette semaine soit tombée du ciel une autre étude, concernant un autre Grand Interdit, mais étrangement similaire : selon le très sérieux New York Times, les jeunes se droguent moins, notamment les 12-17 ans, qui passeraient la bagatelle de six heures et demie par jour devant leur écran.

La cigarette et l’alcool ont décliné de moitié en dix ans sur cette population spécifique. En soirée, les jeunes laissent passer le joint pour envoyer des textos. Encore une fois, inutile d’imaginer que ce soit mieux « chez nous » : en France, les collégiens atomisent les jeunes Américains du haut de leurs… sept heures et quarante-huit minutes d’écrans par jour.

Corrélation n’est pas causalité : des corrélations qu’on aligne pourtant sans cesse. Le viol qui déclinerait à mesure qu’Internet se répand ? Le retour de certaines maladies vénériennes ? Les pratiques qu’on supposait rares et qui s’approchent de la norme – la sodomie, la bifle, l’échangisme, le BDSM (pour « bondage, discipline, sado-masochisme »), les poupées en silicone ? Faute de métadonnées vraiment fiables, on n’en sait rien. Il est tout simplement trop tôt pour que nous puissions tirer des conclusions.

Etalage tue-l’amour

Trop tôt pour donner des réponses, mais pas pour poser des questions. Et si Internet prenait la place d’autres addictions ? Et si nos smartphones, télévisions et ordinateurs étaient tout simplement plus addictifs que les autres plaisirs – une seule prise, et vous voilà à tout jamais condamnés ? Des chercheurs se penchent actuellement sur les circuits de récompense propres à nos « innocents » loisirs numériques : selon les derniers chiffres dont nous disposons, nous consultons nos smartphones en moyenne 221 fois par jour. Bon courage pour arriver à fumer autant de cigarettes…

Et si notre série préférée présentait plus de rebondissements que nos matelas, des personnages plus attachants et complexes que nos conjoints ? Et si les plages horaires consacrées à ces feuilletons entamaient, comme par hasard, le temps normalement dévolu aux rapports sexuels (plutôt en fin de semaine, plutôt de 23 heures à 2 heures du matin) ?

Quid encore de la pornographie – tue-t-elle nos libidos à petit feu, à force de les désincarner ? On sait déjà que les pratiques et formats irréalistes du X (du moins la plupart des productions appartenant à ce genre) ont un impact négatif sur l’image que nous avons de nos corps et de nos performances (sans vouloir insister : notamment quand nous sommes jeunes et sans autres repères). Mais, même d’un point de vue esthétique, on pourrait se demander si cette sexualité tout accessible n’est pas un tue-l’amour plus efficace que la dernière vidéo d’abattage de bovins.

Soyons honnêtes un instant : quand on arrive sur la page d’accueil des tubes de pornographie, l’étalage flanque parfois la pétoche. Les premiers résultats proposent des gros plans pas piqués des hannetons – justement parce que ces images sont spectaculaires ou choquantes, elles « remontent » en première ligne. Et nous exposent à des contenus moins ragoûtants qu’on le voudrait…

Pas d’alarmisme

Au point que certaines explorations semblent nous plonger droit dans le monde du fait divers : l’herpès sous tous les angles, le montage Photoshop ignoble, et puis évidemment la contrainte, les corps marqués, les visages crispés, les pratiques extrêmes. Un peu comme si lorsque nous tapions « roman » sur Google, nous tombions en premier lieu sur les descriptions les plus graphiques de crimes de tueurs en série. Ce dont nous sommes, au passage, responsables : ces contenus sont populaires… et parfois, ce qui nous fascine, c’est justement que ce soit moche.

Mais ne nous arrêtons pas au champ sexuel, ni à celui de la fiction. Et si les informations étaient trop anxiogènes pour laisser place au désir ? Et si nos flux Twitter nous déprimaient ? Et si les e-mails de boulot consultés vite fait avant de se coucher nous trottaient dans la tête ? C’est tout à fait possible.

Cela dit, pas d’alarmisme ! Déjà, parce que poser des questions ne donne aucune réponse – et aucune valable universellement. Ensuite parce que la quantité de rapports sexuels n’est pas connectée à la satisfaction. Et même, rêvons un instant ! Peut-être qu’en cessant de considérer la quantité comme barème absolu, nous nous concentrons mieux sur la qualité. Absolument aucune donnée scientifique ne permet d’étayer mon optimisme, mais je vous prierais de ne pas ruiner ma journée – sinon la semaine prochaine, je vous préviens, je me venge.

Posté par jourstranquilles à 07:47 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]