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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 28 juillet 2018

Hommage à Oksana

Éloïse Bouton

Je suis évidemment choquée par la nouvelle du décès d’Oksana Chatchko.

Choquée parce que je ne lui avais pas parlé depuis plus d’un an et que je n’ai pas cherché à le faire. Depuis mon départ de Femen en février 2014 et le sien quelques mois plus tard, nous n’avons pas vraiment gardé contact. Nous n’avons jamais été très proches.

J’ai rencontré Oksana en septembre 2012 au Lavoir Moderne, deux semaines avant l’inauguration du QG de Femen France. Dès son arrivée, elle avait passé la journée à peindre une gigantesque fresque "Sextremism" pour décorer le lieu. A l’époque, elle parlait très mal anglais. Mais parmi le peu de mots que nous étions parvenues à échanger, elle avait évoqué Marx et August Bebel. Ensuite, pas grand-chose. C’était l’artiste du groupe, l’électron libre, la théoricienne discrète. Celle qui peignait nos torses avant les actions, apportait la touche caustique aux scénarios et résistait aux arrestations comme personne.

Choquée aussi parce qu’à peine 24 heures après l'annonce de sa mort, elle appartient à tout le monde sauf à elle-même. Subitement, plein de personnes la connaissaient, l’ont côtoyée, soutenaient son combat, aimaient son art. On a le droit d’être affecté.e par ce drame, mais j’ai du mal à croire à la sincérité de certains de ces hommages. C’est quoi le projet ? De passer pour quelqu’un de "cool" dans le "feminist game" en disant publiquement "moi aussi je connaissais la co-fondatrice de Femen ?" Indécence, un peu.

Choquée également par certains médias qui s’empressent de parler des dissensions entre les militantes Femen au lieu de parler d’Oksana, à qui on doit l’existence du mouvement et qui a indéniablement contribué à l’histoire internationale du féminisme (que l’on ait été d’accord ou pas avec elle ou avec Femen).

Choquée enfin par moi-même, et par mon incapacité à avoir décelé chez elle une forme de détresse. Oksana est la deuxième membre de Femen qui se suicide en trois ans. La première s’appelait Julia Javel. Cela m’interroge une nouvelle fois sur la nécessité de construire de véritables espaces safe dans les structures militantes, de créer du lien, de débriefer les violences subies hors et dans le groupe (car on le sait bien, les schémas de domination ne restent pas à la porte des associations), d’être bienveillantes, de savoir identifier la souffrance et de savoir comment agir ou ne pas agir en conséquence tout en prenant soin de soi.

Bien que j’aie milité pendant deux ans avec elle, je ne la connaissais pas vraiment. Et c’est sûrement ce qui me choque le plus.

hommage

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lundi 23 juillet 2018

Une fondatrice des Femen retrouvée morte à Paris

L'Ukrainienne Oksana Chatchko, l'une des membres fondatrices du mouvement féministe Femen, a été retrouvée morte ce mardi dans son appartement parisien. Selon les premiers éléments de l'enquête, il pourrait s'agir d'un suicide, la jeune femme ayant souffert de dépression depuis plusieurs années.

Elle aurait déja tenté auparavant par deux fois de mettre fin à ses jours. Et peut avant sa mort, elle avait posté un dernier message sur Instagram, dans lequel on pouvait lire : « tu es faux ». On ne savait pas à qui s'adressait cette phrase. Une autopsie devait être menée pour confirmer la thèse du suicide.

 « La plus courageuse (…) Oksana Chatchko nous a quittés, a déclaré Anna Hutsol, qui a cofondé les Femen avec elle. Avec ses proches et sa famille, nous sommes en deuil et nous attendons la version officielle de la police. Pour le moment, ce que nous savons, c’est que (…) le corps d’Oksana a été retrouvé dans son appartement à Paris. Selon ses amis, elle a laissé une lettre de suicide. »

Artiste de profession, Oksana Chatchko avait fondé les Femen en avril 2008 à Kiev, avec deux autres militantes, Anna Hutsol et Alexandra Shevchenko. Il s'agissait à l'époque de protester contre le harcèlement sexuel que subissaient les étudiantes. Peu à peu, le mouvement a pris de l'ampleur, les Femen s'attaquant à l'exploitation sexuelle des femmes et au tourisme sexuel en Ukraine.

Leur mode de protestation avait contribué à les faire connaître : elles investissent des lieux à l'improviste, seins nus et des slogans peints sur leurs poitrines. Relocalisées à Paris, les Femen ont mené de nombreuses opérations en France et en Europe, notamment contre Dominique Strauss-Kahn après que ce dernier a été accusé de viol à New York.

Oksana Chatchko s'était installé à Paris en 2013, et avait quitté l'organisation, se consacrant à son métier d'artiste peintre.

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Oksana Chatchko et Inna Chevtchenko au Salon du Livre le 24 mars 2013 - Photo : J. Snap

Oksana Chatchko, parfois écrit Oxana Shachko voire Oksana Shachko1 (ukrainien : Оксана Шачко), née le 31 janvier 1987 à Khmelnytsky en Ukraine et morte le 23 juillet 2018 à Montrouge2, est une militante activiste féministe ukrainienne. Avec Anna Hutsol et Aleksandra Shevchenko, elle est l'une des trois fondatrices du mouvement Femen, créé en avril 2008

http://femen.org/

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dimanche 4 mars 2018

Elections en Italie - Berlusconi/Femen

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samedi 3 mars 2018

Déesses Femen - exposition - save the date

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mardi 26 décembre 2017

FEMEN

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FEMEN

Après une nuit de Noël avec la police du Vatican, nos deux Marie sont libres et de nouveau prêtes à briser le silence !

MARIE FAIT SON #METOO

En ce 24 décembre 2017, pendant la messe de #Noël célébrée par le pape François à Saint Pierre de Rome, Marie brise enfin le silence.

Au cri de "#METOO" et "ASSAULTED BY THE CHURCH" (agressée par l’Eglise), Marie a pris la parole dans la crèche, pour la première fois de sa vie, devant un Joseph médusé.

Alléluiah !

Ce 24 décembre, deux activistes #FEMEN ont tour à tour représenté une Marie libre et moderne, dans l'enceinte du Vatican.

Si Marie prend la parole à cette date symbolique, c’est pour s’insurger contre les violences perpétrées par les institutions religieuses à l’égard des femmes.

Le hashtag #metoo a été une révolution. Il a permis aux femmes de s’exprimer librement. Il a démontré qu’ensemble nous pouvions changer le monde. Il a opéré une prise de conscience collective concernant les violences sexuelles que subissent les femmes quotidiennement.

Marie nous enjoint de ne pas nous arrêter en si bon chemin, et de continuer à dénoncer toutes formes de violences faites aux femmes.

Aujourd’hui, plus de vingt pays à travers le monde interdisent totalement l’avortement (dont le Vatican) et des dizaines d’autres le restreignent.

Marie rappelle que nous ne sommes plus à l’ère chrétienne ni au Moyen - Âge et qu’il serait temps que les femmes puissent disposer librement de leur corps.

Elle demande aussi la libération immédiate de Teodora Vasquez, condamnée à 30 ans de prison au Salvador, après avoir fait une fausse couche, considérée comme un homicide.

Marie demande aussi à l’église catholique de s’occuper de ses petites affaires et non de celles des femmes. Elle exige du gouvernement français qu’il ne cède pas aux pressions des lobbys religieux. C’est à dire de tenir ses promesses et autoriser la #PMA pour les femmes homosexuelles.

Enfin Marie réclame une justice impartiale concernant les trop nombreuses affaires de pédophilie qui éclatent au sein de l’Eglise partout dans le monde. L’Eglise doit sortir de son silence et arrêter de couvrir les crimes immondes qu’elle abrite depuis tant d’années. Les ecclésiastiques ayant abusés d’enfants doivent être jugés comme n’importe quel criminel.

Ce soir Marie nous a ouvert la voie.

Ne laissons pas cet élan de #metoo retomber comme un soufflé et dénonçons ensemble l’oppression des institutions religieuses sur le corps, l’esprit et la voix des femmes.

Chrétiennes, athées, bouddhistes, musulmanes, agnostiques, juives : soulevons-nous toutes ensemble contre ces violences tout aussi insidieuses qu’inadmissibles !

#ASSAULTEDBYTHECHURCH

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lundi 25 décembre 2017

MARIE FAIT SON #MeToo pendant la messe de minuit, à Saint Pierre de Rome, en plein office du Pape François

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MARIE FAIT SON #MeToo pendant la messe de minuit, à Saint Pierre de Rome, en plein office du Pape François aux cris : Assaulted by The Church !

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MARIE BALANCE L'ÉGLISE !

Hier soir, en pleine messe, 2 activistes #FEMEN se sont hissées dans la crèche du Vatican, à Saint Pierre de Rome, en arborant sur leurs torses : "#MeToo, Assaulted by church".

Drapées en sainte vierge, elles se sont placées, tour à tour, à proximité de l'enfant Jésus, pendant la messe du pape François, dénonçant ainsi les exactions faites aux femmes au sein des institutions religieuses.

Sous le regard médusé de Joseph, face aux 3 mages et entre le bœuf et l'âne, Marie a pu enfin s'exprimer, réclamant aussitôt le droit à la #PMA pour les femmes homosexuelles, l'incarcération de tous les prêtres pédo-criminels, l'IVG pour toutes, et la libération de #TeodoraVasquez.

Marie nous a aussi, toutes exhorté à briser le silence, en refusant la victimisation et à porter plainte contre nos agresseurs.

La mère de Dieu place sa foi dans les femmes ! Pour preuve, elle est à nos côtés en balançant l'Eglise et tous ses saints !

Levons nous toutes : croyantes et non-croyantes, et refusons ensemble les violences religieuses patriarcales !

PAS D'ABSOLUTION !

#AssaultedByChurch

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lundi 13 novembre 2017

Naked War : Bettina Rheims a photographié les Femen

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Lorsque la photographe Bettina Rheims rencontre les Femen, ça donne une exposition, « Naked War », et surtout un autre point de vue, artistique et esthétique, sur l'action de ces militantes féministes.

"Délivrez-nous du mâle". "Les seins nourrissent la révolution". "L'avortement est sacré". Des slogans provocateurs sur des corps nus... Et sur les murs d'une galerie d'art du Marais, à Paris. Le message des Femen peut-il infiltrer l'art contemporain ? Pour Bettina Rheims, la réponse est oui. La photographe expose ses clichés d'une vingtaine de militantes du groupe féministe, ces "héroïnes modernes" qu'elle a convaincues, il y a quelques mois, de poser devant son objectif dans son studio parisien.

"Jusque-là, je rencontrais des femmes et j'en faisais des guerrières. Cette fois-ci, j'ai rencontré des guerrières, et j'ai eu envie de leur donner un visage, de les incarner, de souligner leur féminité, explique la portraitiste, qui voit ce projet comme une sorte d'aboutissement. J'ai eu l'impression que tout le travail que je mène depuis quarante ans autour des femmes s'incarnait en elles."

Défier les institutions

Inna Shevchenko, la présidente des Femen, a vite compris l'intérêt d'une telle "expérience" : "Faire entrer ces slogans dans une galerie, un lieu où de tels messages sont rarement présents, c'était une opportunité, un moyen de partager notre propos auprès d'un public moins politisé, peut-être moins féministe. Les droits des femmes doivent s'infiltrer partout, surtout là on ne les voit pas d'habitude." Les Femen n'ont jamais fait l'unanimité - encore récemment, un livre du journaliste Olivier Goujon, Femen : histoire d'une trahison (éd. Max Milo, 384 pages), les critiquait avec virulence.

Mais depuis leur naissance en Ukraine il y a près de dix ans, on s'est habitués à les voir défier les institutions (politiques, religieuses...), dans la rue, les seins barrés de formules chocs. "Pour cette collaboration avec Bettina Rheims, on savait qu'il s'agissait de son regard à elle posé sur nous, mais on a exigé qu'elle nous prenne telles que nous sommes, avec nos propres poses et nos propres slogans, souligne Inna Shevchenko. Cela reste très différent de ce qu'on fait d'habitude, lorsqu'on met en avant le contenu de nos messages, leur sens politique. Là, c'était un travail en studio, avec toute une équipe attentive à l'aspect esthétique de notre action. Ça donne des images plus glamour que d'habitude, et peut-être que certaines de nos militantes ne se sont pas complètement reconnues. Mais moi, je ne vois aucune contradiction entre le fait d'être féminines et le fait d'être des guerrières."

Une exposition qui coïncide avec l'affaire Weinstein

Bettina Rheims l'admet, elle a été troublée par la coïncidence entre l'ouverture de l'exposition et le contexte de libération de la parole des femmes suite à l'affaire Weinstein : "'Délivrez-nous du mâle' , le slogan que porte Sarah Constantin (qui est également une collaboratrice de Grazia, ndlr) sur la photo que j'ai faite d'elle, prend un autre sens, une autre force. C'est incroyable." Les Femen savent qu'elles sont attendues sur le sujet.

"Nous avons nos plans", confirme leur porte-parole, avant de conclure tristement : "Certains se demandent pourquoi les femmes ne prennent la parole que maintenant. Mais elles parlent depuis longtemps ! Ce qui a changé, c'est que la société est désormais prête à les entendre. Notre objectif reste de tirer la sonnette d'alarme sur les nombreux sujets que la société continue d'ignorer." La guerre nue n'est pas finie.

"Bettina Rheims. Naked War", jusqu'au 25 novembre à la galerie Xippas, Paris 3e.

Voir mon reportage en cliquant ICI

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mardi 7 novembre 2017

Femen

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mardi 31 octobre 2017

Mobilisation féministe contre la venue de Roman Polanski à la Cinémathèque

Par Laurent Carpentier - Le Monde

Une centaine de personnes se sont réunies lundi soir pour protester contre la rétrospective que consacre l’institution au réalisateur poursuivi pour viol sur mineures.

Elles sont arrivées calmement à la nuit tombée, ont déballé leurs pancartes – « Si violer est un art : donnez à Polanski tous les Césars. » « Femmes dans la rue, le patriarcat se pisse dessus. » – et sorti le mégaphone. Des trentenaires pour la plupart, représentatives de cette nouvelle génération de militantes féministes qui a émergé ces dernières années et a trouvé dans la récente affaire Harvey Weinstein l’étincelle qui devrait enfin, espèrent-elles, réveiller les consciences.

À l’appel d’Osez le féminisme, du Collectif féministe contre le viol et de La Barbe, elles sont une petite centaine ce lundi 30 octobre devant la Cinémathèque française à Paris à manifester contre la tenue d’une rétrospective consacrée au réalisateur Roman Polanski, aujourd’hui accusé par cinq femmes – aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et en Suisse –, d’agressions sexuelles lorsqu’elles étaient mineures dans les années 1970 et 1980.

Une centaine, c’est peu ? « Il y a dix ans, on aurait été trois pelées et deux tondues », sourit satisfaite une vieille militante. Ce soir-là, le réalisateur a été invité à présenter en avant-première son nouveau film, D’après une histoire vraie, tiré du roman de Delphine de Vigan. Malaise dans la file qui, pour accéder à la salle, serpente entre les manifestantes. On n’y cache pas sa solidarité avec les revendications féministes et dans le même temps son admiration pour le cinéaste. « Complices ! Complices ! », crie la petite foule.

Refus de dissocier l’homme et l’artiste

« Il ne s’agit pas de réclamer une quelconque immunité de l’artiste. Mais faut-il condamner une œuvre dont on se demande bien en quoi elle fait l’apologie du sexisme, du viol ou de la pédophilie ? Faudra-t-il aussi brûler les œuvres de tous ceux dont la vie n’a pas toujours été un modèle de vertu ? », s’interroge Wassim Béji, le producteur du film de Polanski.

« Nous ne croyons pas à la dissociation de l’homme et de l’artiste que la Cinémathèque revendique », s’agace l’une des porte-parole du groupe Osons le féminisme. « La Cinémathèque n’a pas pris la mesure de la question. Elle vit dans une bulle à part ; 89 % de ses rétrospectives ont été consacrées à des cinéastes hommes », argumente-t-elle.

Un homme taciturne a beau faire remarquer (avec un « on peut le déplorer » pacifique), que ce n’est que la représentation exacte de l’histoire « machiste » du cinéma, pas sûr qu’il soit audible dans ce contexte. « On ne dit pas d’un boulanger violeur, il fait de bonnes baguettes », a écrit une jeune femme sur une affichette.

Un service de sécurité, mais quelques CRS décontractés. Les organisatrices ont promis à la préfecture de ne pas perturber l’événement lui-même… Pas les Femen. Au moment où Roman Polanski, entouré de gros bras traverse le hall, deux de ces militantes surgissent, soudainement, torse nu et bariolé en criant : « Bras d’honneur pour les violeurs ». Dehors l’ambiance est donnée. L’on gueule et l’on discute.

Mathilde a 35 ans, elle enseigne la littérature à l’université. « Je veux bien que l’on sépare l’œuvre de l’artiste. J’étudie Céline dans mes cours. Là, le problème, c’est que c’est un personnage vivant. Je n’ai rien contre le fait que l’on voie ses films, pas qu’on lui rende aujourd’hui hommage. C’est comme pour Bertrand Cantat. Que les gens achètent ses disques, oui ; que les Inrockuptibles le mettent en “une”, je trouve ça symboliquement hyper-violent. Dans le contexte de l’affaire Weinstein, cette rétrospective de la Cinémathèque est un acte politique : une manière de dire que l’insupportable est supportable. »

Un lieu « fidèle à son indépendance »

Le tableau est d’un contraste saisissant à l’intérieur de la Cinémathèque où quelque 600 personnes installées dans les deux salles pleines s’apprêtent à assister à la projection.

« Depuis 1974, Polanski vit et travaille à Paris, sa ville natale, et sa présence est une source de fierté pour le cinéma français tout entier, déclare en introduction son président, Costa-Gavras. Nous sommes persuadés que les films de Polanski sont plus que jamais indispensables à notre compréhension du monde et du cinéma. Il n’a pas été question une seconde de renoncer à cette rétrospective sous la pression de je ne sais quelle circonstance étrangère à la Cinémathèque comme à Polanski, et des amalgames des plus douteux et les plus injurieux. La Cinémathèque est fidèle à son indépendance à l’égard de tous les pouvoirs et de tous les lobbies, fidèle à ses valeurs et à sa tradition qui est d’être la maison commune des cinéastes. »

Car c’est là ce qui soude et effare du côté de la Cinémathèque : que les manifestantes féministes en appellent à la censure, à l’intervention de l’Etat pour un lieu qui se définit comme celui des audaces, de l’auteurisme, de la parole singulière, celle qui se joue des codes, défie la morale et les frontières, et qui, comme chez Polanski, explore les rivages tortueux de la perversion.

Standing ovation quand le petit homme aux cheveux hirsutes apparaît : « Je suis ravi d’être ici, de montrer tous mes films, des films qui vont rester j’espère, annonce le réalisateur. La Cinémathèque sert à [les] conserver, et c’est possible maintenant pour l’éternité. A l’époque on pouvait les brûler, comme Hitler brûlait les livres. Au tout début, les copies de films, c’était sur du nitrate, ça brûlait vachement bien. Je me rappelle quand j’étais jeune, on faisait des bombes avec ça. Aujourd’hui, c’est tout numérique et pour ça que mes films sont perpétués en dépit de certains zinzins. »

Le mot d’ordre : « Résistance »

Devant le bâtiment construit par Frank Gehry dans le parc de Bercy, les militantes féministes continuent de scander : « Ce que nous voulons ? L’extradition ! » « Les hommes de pouvoir se protègent les uns les autres. Ici, c’est franchement un cas de figure », analyse Anne-Laure, du collectif La Barbe.

« J’avais adoré Le Bal des Vampires quand j’étais petite, raconte cette directrice artistique freelance de 41 ans en ajustant sa barbe postiche, signe de reconnaissance de ce groupuscule d’intervention. J’ai montré récemment le film à ma fille de 13 ans, elle a trouvé ça dégoûtant, plein de sous-entendus, les filles n’y sont représentées que comme des amusements et les mecs y sont des gros débiles queutards. Ma fille avait un regard critique que je n’avais pas du tout à son âge. Il y a un truc qui s’est passé. Les générations qui viennent sont moins soumises à la séduction, à la domination. On les a élevées différemment. »

Béatrice, elle est éditrice. Ce qui lui « fait le plus mal », explique-t-elle, c’est « que cela vienne de la gauche, de gens qu’a priori on estime. Lorsque j’ai vu il y a quelques années le nom d’Agnès Varda – que j’admire – au bas d’une pétition de soutien à Polanski, je ne pouvais pas le croire. »

« Résistance ! », martèlent les féministes. « Résistance ! », répondent sur le même ton les programmateurs de la Cinémathèque qui ont prévu de consacrer en janvier une rétrospective à Jean-Claude Brisseau. Le réalisateur controversé de Noce blanche – condamné en 2005 pour harcèlement sexuel sur deux actrices lors d’auditions pour Choses secrètes et l’année suivante, en appel, pour agression sexuelle sur une troisième actrice –, doit en effet sortir à cette date un nouveau film attendu. Son titre : Que le diable nous emporte.

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jeudi 12 janvier 2017

Femen relaxée...

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La première Femen condamnée pour « exhibition sexuelle » relaxée en appel

Il s’agit de la première décision de relaxe en appel. La militante a toutefois été condamnée à 600 euros d’amende pour avoir dégradé une statue de cire de Vladimir Poutine.

La première militante des Femen à avoir été condamnée en France pour exhibition sexuelle a été relaxée, jeudi 12 janvier en appel de ce délit, mais a, en revanche, été condamnée à 600 euros d’amende pour avoir dégradé une statue de cire du président russe, Vladimir Poutine.

« La jurisprudence se construit », s’est félicitée son avocate, Marie Dosé. A travers cette décision, la justice « autorise » les femmes à « utiliser leur corps comme une arme politique », a-t-elle estimé.

L’avocate envisage toutefois un pourvoi en cassation contre la condamnation pour dégradations. Outre l’amende, la cour d’appel a confirmé la condamnation de Iana Zhdanova à verser au musée Grévin 3 004 euros de dommages et intérêts pour le préjudice matériel et 1 000 euros pour le préjudice moral.

« Surprise, mais dans le bon sens », la jeune Ukrainienne de 28 ans, réfugiée politique, a salué une « victoire » non seulement pour elle, mais « pour toutes les femmes ». Elle avait, lors d’une action seins nus le 5 juin 2014, attaqué à coups de pieu la statue de cire de Vladimir Poutine au musée Grévin à Paris. Elle avait été condamnée le 15 octobre 2014 à 1 500 euros d’amende pour dégradations et exhibition sexuelle, condamnation dont elle a fait appel.

D’autres militantes Femen poursuivies

Si trois Femen avaient déjà été relaxées en première instance à Lille du délit d’exhibition sexuelle pour une action lors de l’arrivée de Dominique Strauss-Kahn au procès de l’affaire dite du Carlton, il s’agit de la première décision de relaxe prononcée par une cour d’appel.

Lors du procès en appel de Iana Zhdanova, l’avocat général avait requis 1 000 euros d’amende pour les dégradations et s’en était remis « à la sagesse de la cour » pour le délit d’exhibition sexuelle.

D’autres militantes Femen sont poursuivies pour exhibition sexuelle. « On s’étonne » que ces poursuites subsistent après ces relaxes, a déclaré l’avocate de plusieurs d’entre elles, qui doivent comparaître le 25 janvier, Valentine Rebérioux.

Eloïse Bouton attend le 15 février la décision de la cour d’appel de Paris, mais d’une autre chambre, après avoir été condamnée en première instance à un mois de prison avec sursis pour une action à la Madeleine. Peine dont la confirmation a été requise par l’accusation, selon son avocat, Tewfik Bouzenoune, qui espère obtenir une relaxe et une « homogénéisation de la jurisprudence ».

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