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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 17 octobre 2017

Le Grand Palais, un colosse aux pieds d’argile

Par Roxana Azimi - Le Monde

Expositions blockbusters et événements prestigieux… Le Grand Palais jongle entre fonds publics et fonds privés. Mais cet équilibre est mis à mal. Alors que la fréquentation accuse une baisse, d’importants travaux s’imposent.

Si les grands marchands étrangers lèvent les yeux au ciel lorsqu’on les interroge sur les raisons de leur présence à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC), ce n’est pas en quête d’un divin secours. Tous pointent du regard l’immense verrière surplombant la nef du Grand Palais, qui abrite du 19 au 22 octobre la foire parisienne. « Vous connaissez un cadre aussi beau ? », entend-on résonner chaque année, en anglais, en espagnol ou en allemand.

Il faudrait être naïf pour croire que des cadors du marché de l’art dépensent jusqu’à 100 000 euros par stand juste pour une coupole. Il n’empêche : sans la magnificence du lieu, la FIAC n’aurait jamais attiré les puissantes galeries de Paula Cooper, David Zwirner ou Larry Gagosian. « Ce bâtiment est un formidable atout, admet Jennifer Flay, directrice artistique du salon. Il nous a beaucoup apporté en termes d’image, en donnant un sentiment de majesté, un ancrage historique, et une lumière aussi. »

Façade en colonnade, coupole de 67 mètres de diamètre culminant à 45 mètres de hauteur : dans la nef de 13 500 mètres carrés, les événements se succèdent à un rythme effréné. Chanel n’hésite pas à ériger pour ses défilés une fusée qui décolle ou une copie de la tour Eiffel. Hermès y organise son fameux « Saut », concours des meilleurs chevaux de jumping, tandis que la maison de vente Bonhams y cède des autos de collection. On y chante même sous la pluie, comme dans la comédie musicale qui démarre le 28 novembre.

Des chefs-d’œuvre du monde entier

Mais, plus encore que sa nef, ce sont les expositions, organisées dans les Galeries nationales adjacentes, qui ont fait la réputation du Grand Palais. Les files d’attente s’étirent parfois tout le long du bâtiment, le public bravant les intempéries pour admirer des chefs-d’œuvre venus du monde entier. Plus de 900 000 personnes s’étaient extasiées devant les toiles de Monet en 2010, près de 800 000 devant « Picasso et les maîtres », en 2008.

Et le succès n’est pas uniquement public. Certaines expositions, faites maison ou coproduites par de prestigieux voisins, comme le Louvre ou Orsay, ont fait date auprès de la critique. C’est le cas de « Mélancolie », qui, en 2005, a sondé les tréfonds de l’âme occidentale. Ou de « Velázquez », qui a présenté le maître espagnol avec une rare intelligence en 2015.

Derrière ces succès, il y a une grosse machine culturelle, la RMN (Réunion des musées nationaux) - Grand Palais : 900 salariés, un chiffre d’affaires annuel de près de 100 millions d’euros, 23,8 millions d’euros de subventions publiques en 2016 et près de 2 millions de visiteurs la même année. Pour qualifier ce mastodonte sans aucun équivalent en France, sa présidente, Sylvie Hubac, parle de « carrousel culturel ».

Couteau suisse serait plus approprié. Le Grand Palais est à la fois un lieu d’exposition et un lieu d’accueil pour foires artistiques, concerts et défilés de mode, un éditeur de catalogues et de produits dérivés vendus dans ses propres librairies-boutiques, dont celles du Louvre et du Musée d’Orsay. Cet esprit, proche de celui du Barbican Centre, à Londres, a fait des émules : le Humboldt Forum, à Berlin, et The Shed, à New York, qui doivent voir le jour en 2019, s’en sont visiblement inspirés.

Ni snobisme ni chasse gardée

La clé de ce modèle : mêler opérations privées et expositions blockbusters. La nef est devenue un écrin pour des événements promotionnels, « La petite veste noire » de Chanel ou « Volez, voguez, voyagez », qui retrace l’histoire de la maison Vuitton, par exemple. « On y met les conditions, assure Sylvie Hubac. Nous sommes attentifs à ce que ces expositions soient scientifiquement de bon niveau. »

Même un rendez-vous comme « Monumenta », qui était consacré aux œuvres monumentales d’artistes tels Anish Kapoor, Christian Boltanski ou les Kabakov, reposait pour moitié sur les fonds apportés ou levés par des galeries privées.

Côté Galeries nationales, pour être sûr d’attirer le plus large public, le Grand Palais mise sur la variété, tant sur la forme que sur le fond. « J’ai voulu donner le sentiment d’un feu d’artifice permanent », confie en chuchotant Jean-Paul Cluzel, qui fut aux manettes de 2011 à 2016. Son credo ? Ni snobisme ni chasse gardée. Les expositions sont souvent kaléidoscopiques, encyclopédiques, parfois immersives, ainsi de « Dynamo » qui, littéralement, donnait la berlue.

Le spectre est large, du peintre Paul Gauguin au photographe Irving Penn en passant par l’auteur de bande dessinée Hergé ou le couturier Jean Paul Gaultier. « C’est une idée de l’histoire de l’art fondée sur la continuité, et non la rupture, contrairement à beaucoup de musées français », résume Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée d’art moderne de la Ville de Paris et commissaire de l’exposition « Edward Hopper » en 2012 au Grand Palais. Pour se distinguer des autres galeries parisiennes, le Grand Palais opte souvent pour des angles grand public – on a pu le voir avec la récente et réjouissante exposition « Jardins ».

Aucune monnaie d’échange

À chaque fois ou presque, l’établissement parvient à décrocher des prêts hallucinants. Une gageure pour ce lieu qui n’a pas de collection propre et ne dispose donc d’aucune monnaie d’échange. Mais qui sait se trouver des alliés.

Le conservateur du Louvre, Guillaume Kientz, n’a pas ménagé ses efforts pour décrocher une cinquantaine de prêts pour l’exposition « Velázquez » dont il était le commissaire. Un pari fou quand la France ne possède que trois œuvres, plutôt mineures, du maître espagnol. Pas de rétribution monétaire, assure-t-on en haut lieu. Quand le Grand Palais produit seul une exposition, l’entregent de son ex-patron, qui fut notamment directeur de l’Opéra de Paris et PDG de Radio France, est capital.

« LES MUSÉES QUI COLLABORENT AVEC NOUS ONT UNE CERTITUDE DE FRÉQUENTATION. CAR, ICI, LES VISITEURS NE SONT PAS INTIMIDÉS. » JÉRÔME NEUTRES, DIRECTEUR DE LA STRATÉGIE ET DU DÉVELOPPEMENT DU GRAND PALAIS

« Pour “Edward Hopper”, je suis allé voir le directeur du Whitney Museum, sans être prétentieux ou arrogant », raconte benoîtement Jean-Paul Cluzel. Le nom d’un commissaire réputé est un autre précieux sésame. « Les musées prêtent aux gens qu’ils aiment bien, quand ils sentent que le projet va ajouter du sens et qu’il est rigoureux », résume Camille Morineau, commissaire de l’exposition « Niki de Saint Phalle », en 2014.

Reste une dernière botte secrète : le grand public. « C’est notre force, estime Jérôme Neutres, directeur chargé de la stratégie et du développement du Grand Palais. Les musées qui collaborent avec nous ont une certitude de fréquentation. Car, ici, les visiteurs ne sont pas intimidés. » La débauche de décors y contribue bien souvent. Même si pour pallier la laideur des espaces des Galeries nationales, l’institution en fait parfois trop. Qu’importent les lourdeurs muséographiques, tant que le public suit…

L’établissement se retrouve en mauvaise posture

Or la nef a beau tourner à plein régime, la RMN-Grand Palais a accusé un déficit en 2016, avec une chute de 12,9 % de son chiffre d’affaires. Avec 1,8 million de visiteurs, sa fréquentation était sensiblement en baisse en 2016. Les attentats à Paris et à Nice, et l’effondrement du tourisme qui s’ensuivit, sont en grande partie responsables de cette désaffection qui a touché tous les grands musées parisiens. Cette diminution n’a pas seulement concerné la billetterie mais aussi l’activité des librairies-boutiques, tributaire à 80 % des touristes étrangers. Or ces ventes représentent 50 % du chiffre d’affaires de l’institution.

Ajoutez à cela quelques expositions mal pensées, comme « Carambolages » (130 000 visiteurs) – sans doute trop longue, au titre trop énigmatique et aux associations parfois trop faciles –, ou celle, très diplomatique car exigée au plus haut niveau lors de l’année France Corée, consacrée à la céramique coréenne (15 000 visiteurs), et voilà comment l’établissement se retrouve aujourd’hui en mauvaise posture.

« On ne s’est pas bien préparé à la concurrence, admet Sylvie Hubac. On s’est endormi sur nos lauriers parce que pendant longtemps nous étions dans une situation de monopole. On n’a pas bougé assez vite. Il faut reconquérir ce marché. » Alors que le Grand Palais a traditionnellement plus de mal à attirer les touristes étrangers, qui lui préfèrent le Louvre ou Orsay, il voit aussi émerger de nouveaux rivaux : la Fondation Pinault, prochainement à la Bourse du commerce. Et surtout la Fondation Louis Vuitton, qui, avec 1,2 million de visiteurs en 2016 pour « Chtchoukine », a devancé tous les scores du Grand Palais.

Malgré tout l’entregent du monde, difficile de rivaliser avec ces fondations privées qui ont les moyens logistiques et financiers d’accueillir des œuvres inimaginables pour un musée public. Pour faire face à cette nouvelle conjoncture, le Grand Palais s’est d’abord attaqué à ses boutiques : il a dû licencier, renouveler l’assortiment de ses magasins et partir à la chasse aux nouveaux clients en développant l’e-commerce et en ouvrant un corner aux Galeries Lafayette.

Mais un autre enjeu se fait jour. Hors norme, le bâtiment est aussi hors d’âge. Car tout ou presque est obsolète. « Les monte-charges tombent en panne, il n’y a pas d’accès pour le public handicapé qui doit passer par les caves, admet Sylvie Hubac. Le système de protection incendie doit être modernisé. » Faute de climatisation, on grelotte l’hiver sous la nef et, l’été, on y transpire à grosses gouttes. Aussi le monument fermera-t-il ses portes entre novembre 2020 et 2023 pour se refaire une beauté et gagner de nouveaux espaces. Mais, dans un contexte budgétaire tendu, des voix s’élèvent contre des travaux qui coûteraient 400 millions d’euros. Une situation aux airs de « déjà-vu ».

Des travaux pharaoniques, encore

C’était en 1993. À la suite de la chute d’un rivet de la charpente, la nef ferme ses portes. Nul ne peut plus contester la nécessité des travaux, mais leur coût – 150 millions d’euros – apparaît exorbitant. On questionne soudain l’utilité de ce monstre du Loch Ness jugé ringard face au Carrousel du Louvre ou à la Porte de Versailles. Ne vaut-il pas mieux concéder la nef au secteur privé, qui en financerait la restauration et trouverait bien le moyen de le rentabiliser, murmure-t-on en haut lieu ? Après un long statu quo, le Grand Palais reste dans le giron de l’Etat. Avec son bâtiment classé monument historique in extremis en 2000, il voit ses crédits de rénovation débloqués et rouvrira finalement en 2005.

Douze ans plus tard, ce sera donc au tour des Galeries nationales de fermer leurs portes. L’État devrait contribuer aux travaux pour moitié. Le reste de la somme, l’établissement public compte l’emprunter. Faut-il consacrer autant d’argent à remettre sur pied un bâtiment dont 70 % des recettes proviennent d’activités commerciales, quand tant de monuments historiques et de musées publics, comme Guimet, tirent le diable par la queue ?

Le Grand Palais ne soufflerait-il pas la vedette aux autres équipements parisiens, plus en peine d’organiser des expositions blockbusters ? « Pas du tout, estime Didier Ottinger, du Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Orsay a des espaces d’exposition biscornus. Au Louvre, c’est petit, regardez l’expérience traumatisante de l’exposition “Vermeer” et le mécontentement des visiteurs. Un lieu central, fédérateur comme le Grand Palais est très utile. »

Si utile que la perspective de sa fermeture affole déjà directeurs de foire et galeries. Pour quel choix opter pendant la durée des travaux ? Le Grand Palais et la Ville de Paris ont planché sur plusieurs solutions, parfois farfelues. Un pont éphémère sur la Seine près du pont Alexandre-III ? Trop petit. Une structure temporaire au Champ-de-Mars ou sur le parvis des Invalides ? Trop compliqué. Une issue plus viable se profilerait entre les Tuileries et la place de la Concorde. Et même si l’établissement s’est, ces dernières années, largement ouvert aux opérations privées, c’est encore une fois du public que viendra son salut.

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vendredi 6 octobre 2017

Spring-Summer 2018 Ready-to-Wear CHANEL Show

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mardi 3 octobre 2017

Défilé CHANEL au Grand Palais - les gorges du Verdon

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samedi 30 septembre 2017

Exposition Irving Penn au Grand Palais

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mercredi 27 septembre 2017

L'incroyable exposition photo d'Irving Penn au Grand Palais

Irving Penn, c’est le siècle passé qui défile sous nos yeux, transfiguré par le regard d’un maître. Qu’il photographie les « hommes de boue » de Nouvelle-Guinée, un peintre, un écrivain, un boxeur, une star, des mégots de cigarettes ou une assiette de bouillabaisse à Barcelone, il va au-delà des apparences. C’est un entomologiste qui capture l’âme des êtres et des choses. Son travail sur la lumière semble interrompre le temps. Sa vision du monde a marqué la mode, la publicité. Elle s’est inscrite dans l’histoire de l’art. Une superbe rétrospective lui rend hommage en ce moment au Grand Palais, à Paris, après un triomphe au Metropolitan Museum de New York. Un monument à la gloire de l’éphémère devenu éternel.

« Je ne photographie pas ce que je vois. Cela ne m’intéresse pas. Je ne photographie que ce qui m’intrigue. » Ces mots sont d’Irving Penn lui-même, un jour d’automne 1991, lors d’une rencontre à New York. D’entrée, le ton est donné. Irving Penn est alors l’un des photographes contemporains les plus exigeants, sinon les plus torturés, les plus perfectionnistes. Sa rétrospective actuelle au Grand Palais de Paris est probablement l’exposition la plus complète jamais réalisée. Le catalogue une somme de trois cent soixante douze pages et trois cent soixante cinq photographies. L’histoire de l’œuvre d’un des plus grands photographes du siècle dernier.

Irving Penn est un personnage à part dans la photographie. Loin du bruit et de la fureur new-yorkais, il vit à l’époque retiré dans une ferme de Long Island. Deux ou trois jours par semaine, il se rend dans son studio du bas de la cinquième Avenue, « l’hôpital », comme l’appellent ses assistants et les rédactrices de mode. Là, il officie depuis trente ans de la même façon appliquée, scrupuleuse, tantôt dans le silence absolu, rephotographiant à l’infini une image jusqu’à sa perfection. De temps en temps, une dame très belle, l’accompagne, Lisa Fonssagrives, sa femme depuis quarante ans, l’un des plus grands top-models des années 1950 qu’il découvrit sur un plateau d’une de ses photos et dont il tomba immédiatement amoureux. Ils se marièrent trois ans plus tard, en 1950, et eurent un fils, Tom. La séance terminée, ils repartent dans leur ferme où Lisa ne cultive que des fleurs. Parfois – et c’est un honneur – Penn s’attarde dans son studio et invite un visiteur à partager ses sandwiches ou quelques pâtisseries dont il raffole. Rien n’intéresse autant Penn que l’image fixe. Il est entré en photographie comme on entre en religion. Il en a appris tous les dogmes avec ferveur, et il n’est pas rare qu’il s’enferme alors dans son laboratoire des jours entiers pour améliorer l’un de ses fameux tirages au platine.

Irving Penn est né le 16 juin 1917, il y a tout juste cent ans, à Plainsfield, dans le New Jersey. De son enfance, il n’a jamais parlé. Cinq ans plus tard nait son petit frère Arthur, qui deviendra cinéaste. Il étudie le design avec Alexey Brodovitch, le mythique gourou de l’histoire de la photographie. Avec l’argent de ses premiers croquis vendus, il achète un Rolleiflex, mais c’est la peinture qui l’obsède. En 1942, il part un an au Mexique peindre et dessiner. A son retour, il détruit tout son œuvre. Penn s’engage alors dans l’armée, où il fera campagne en Italie et aux Indes. A son retour à New York, il devient l’assistant d’Alexander Liberman, le directeur de Vogue. C’est le début d’une longue, constante et profonde amitié qui ne se démentira jamais. Il est chargé de dessiner les projets de couverture. Un jour, sur les conseils de Liberman, il commence à photographier lui-même ses projets. Le photographe vient de naître.

En 1947, Vogue envoie Irving Penn photographier à Milan, Naples et Rome toutes les personnalités italiennes du monde des arts et de la littérature. Pour l’aider dans ce pays ravagé par la guerre, on lui donne pour guide Edmonde Charles-Roux, la jeune rédactrice en chef du Vogue français. Le voyage durera trois semaines. Pour Edmonde Charles-Roux, ce fut une révélation. « Penn réalisa cinquante portraits formidables. Il contrôlait tout. Pas le moindre clin d’œil, sourire, mimique au modèle. Il était dans un état de transe permanent. » Edmonde Charles-Roux le retrouvera un an plus tard, à Paris, pour la fameuse série des petits métiers. Fasciné par les mille et un marchands ambulants de l’après-guerre, Penn a fait louer un studio de l’école de photo de la rue de Vaugirard. Mais, problème : la timidité et la barrière du langage le rendent incapable d’aller chercher lui-même ses modèles. Qui peut s’en occuper ? Robert Doisneau et son complice, Robert Giraud, seront chargés de la tâche. Pendant un mois, Doisneau et Giraud sillonnèrent Paris dans une somptueuse Packard, attrapant et véhiculant le rémouleur, la marchande de ballons, les ramoneurs… Doisneau raconte encore alors : « C’était un spectacle étonnant, la rencontre de cet Américain en transe et de ces Parisiens déconcertés. Il les regardait fixement. Ils étaient pétrifiés. Sans dire un mot, il les installait puis se précipitait sur son appareil. Celui-ci était muni d’un viseur métallique. Invariablement, à la fin de la journée, son arcade sourcilière était en sang. Beaux moments, beaux souvenirs d’un très grand monsieur, par ailleurs d’une gentillesse rare. »

C’est dès cet instant que Penn va dédoubler son travail entre Vogue et ses recherches personnelles. Le commercial ne lui suffit plus. Il ne le reniera jamais et y apportera toujours la même application quasi-mystique. Mais il veut s’exprimer par lui-même. Pour Vogue, il photographie les plus jolies femmes du monde. Alors, pour lui-même, il photographiera des nus de grosses femmes qu’il ne montrera que trente-cinq ans plus tard. Accompagné de Lisa, d’un assistant et d’un studio mobile, il parcourra à la fin des années 1960 le Dahomey, le Népal, le Cameroun, la Nouvelle-Guinée, le Maroc. Il en sortira un superbe livre, Worlds in a small room, publié en 1974. Là, Penn se rapproche enfin de son Graal : le contrôle absolu et la maîtrise de la lumière. « Pendant mes premières années de photographie, mon studio se trouvait dans un immeuble de bureaux, dans un espace fermé, sans fenêtre, où les lampes électriques simulaient la lumière du ciel. Dans cet endroit, je me prenais souvent à rêver d’être déposé magiquement, avec un studio idéal orienté vers le nord, parmi les aborigènes en voie de disparition, dans les endroits les plus lointains de la Terre. Ces étrangers remarquables m’approchaient, se mettaient devant mon appareil et, dans cette lumière du nord, je faisais des documents sur leur existence physique. »

De plus en plus, Irving Penn s’implique dans ses recherches. Là commence alors une étonnante exploration de son monde intérieur. Lui qui déteste les cigarettes, il photographie les mégots. Lui dont le studio est une clinique suisse, il y amoncelle pour ses travaux personnels des sacs à ordures collectés dans les rues. Deux seuls intermèdes plus souriants dans cette descente aux Enfers : en 1984, il réalise un livre sur les fleurs, et en 1988 un ouvrage sur les vêtements d’Issey Miyake. Bien sûr, il n’oublie pas son travail commercial. Docteur Irving et Maître Penn ont toujours la même approche passion pour l’image fixe. Les critiques, qui l’ont longtemps boudé, noteront à peine cette obsession du temps qui passe, cette angoisse des choses qui s’enlaidissent, cette appréhension de la mort. Si le propre des artistes est cette recherche absolue de la perfection dans l’angoisse, la torture et l’obsession du temps qui passe, alors Irving Penn est l’un des rares photographes à mériter cette appellation.

Jean-Jacques Naudet

Irving Penn

21 septembre 2017 – 29 janvier 2018

Grand Palais

3 Avenue du Général Eisenhower

75008 Paris

France

http://www.grandpalais.fr/

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jeudi 21 septembre 2017

Irving Penn au Grand Palais

L'année 2017 marque le centenaire de la naissance d'Irving Penn. Le photographe américain est en effet considéré comme l'un des plus grands photographes de mode du XXe siècle.

Après avoir débuté sa collaboration avec Vogue au début des années 1940, Irving Penn va rapidemment s'intéresser au portrait. Son travail, toujours en studio, se caractérise par une élégante simplicité et instaure toujours avec son modèle anonyme ou connu une véritable intimité. Il réalisera à partir de 1951 de nombreux portraits de célébrités telles que Pablo Picasso, Yves Saint Laurent, Audrey Hepburn, ou encore Alfred Hitchcock,

Lieu : Galeries nationales - Grand Palais

Sous-Rubrique : Photographie Réserver

Date de début : 21 septembre 2017

Date de fin : 29 janvier 2018

Horaires et tarifs

Date de début : 21 septembre 2017   Date de fin : 29 janvier 2018

Programmation : Tous les jours (sauf mar) 10h-20h, mercredi jsq 22h

Tarifs : entrée 13€, tarif réduit 9€.

Galeries nationales - Grand Palais

Adresse : 3 avenue du Général-Eisenhower

75008 Paris 8e

Métro : Champs-Élysées - Clémenceau (1/13)

Réservation : 01.44.13.17.30

Site web : www.grandpalais.fr

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vendredi 7 juillet 2017

Fall-Winter 2017/18 Haute Couture CHANEL Show

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mardi 4 juillet 2017

Fashion Week - Défilé CHANEL - Comment faire entrer la Tour Eiffel au Grand Palais ? Karl l'a fait ! Bravo !

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lundi 27 mars 2017

La verdure envahit le Grand Palais

Par Florence Evin

Le musée parisien propose un parcours enchanteur jalonné de quelque trois cents œuvres sur le thème du jardin.

L’exposition « Jardins », au Grand Palais, à Paris, ne propose pas une promenade odorante entre des parterres fleuris. Elle met en scène un conservatoire éphémère, plongé dans la pénombre en raison de la fragilité des documents, où œuvres d’art et science dialoguent dans un parcours conçu pour surprendre le visiteur, l’éblouir ou le terrifier. Jusqu’à le perdre dans un labyrinthe où il va de merveille en merveille, découvrant comment l’homme a su préserver le plus simple comme le plus complexe des spécimens de la nature pour l’étudier, le contempler, voire l’imiter, afin de se l’approprier.

La première salle nous invite au cheminement, cette phrase d’Aragon en tête : « Tout le bizarre de l’homme, et ce qu’il y a en lui de vagabond, et d’égaré, sans doute pourrait-il tenir dans ces deux syllabes : jardin. » Ces mots surplombent une fresque restaurée venue de la Maison du bracelet d’or (30-35 après J.-C.) à Pompéi (Italie). Avec ses masques de théâtre suspendus comme des plantes vertes, sa fontaine dont on croit entendre la musique et les Ménades allongées pour un culte dionysiaque dans un fouillis de palmes, on se dit que le poète n’est pas loin.

A côté, figure un petit dessin à la plume et à l’encre bistre aquarellée d’Albrecht Dürer (1471-1528), La Madone des animaux, prêté par l’Albertina de Vienne, et un bouquet de violettes si parfait qu’on se penche pour en humer le parfum. Leur fait face l’immense composition graphique de Giuseppe Penone, « frottage » de feuilles d’automne, dont les stries occupent tout l’espace, baptisé Vert de la forêt avec chemise, pour la délicate combinaison d’un autre temps accrochée au tableau comme elle le serait à un arbre, alors que la belle se rafraîchit à la rivière.

Parcours dense en sensations

D’entrée, tout est là de la démarche du commissaire Laurent Le Bon (président du Musée Picasso à Paris). Sa manière si particulière de mélanger les arts et les époques, comme il l’a fait, en 2010, pour l’exposition inaugurale « Chefs-d’œuvre », du Centre Pompidou Metz, dont il était directeur. Au Grand Palais, ses jardins jettent des passerelles entre artifice et réalité, dans un dialogue qui va de la Renaissance à nos jours – exception faite de Pompéi.

Le parcours est scandé de phrases-clés. « Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’éternité », a écrit Gilles Clément. Ce propos est illustré par l’installation de Koichi Kurita pour l’exposition « Terre Loire » au château de Chambord en 2016. Le Japonais a suivi le fleuve, de sa source à la mer, pour prélever sur ses berges 400 poignées de terre. Humus qu’il a tamisé et disposé, dans la chronologie de son déplacement, en autant de petits carrés sur du papier de riz. Sobre diagramme invitant à la méditation. Après la terre, le ciel, la course des nuages : deux études de John Constable (vers 1821) venues de New Haven (Etats-Unis) ; et un film de 1929, La Croissance des végétaux, de la collection Albert Kahn, font la transition avec l’approche scientifique du propos.

Ainsi va le parcours, dense en émotions et en sensations, qui croise les regards et les époques. Viennent les raretés historiques, disposées dans une enfilade de cabinets de curiosités, pour affirmer, comme Michel Foucault : « Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde, et puis c’est la totalité du monde. » Marc Jeanson, responsable de l’Herbier du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), commissaire associé de l’exposition avec Colline Zellal, a apporté ses trésors. Il a choisi les plus belles planches provenant du « moussier » de Jean-Jacques Rousseau (1769-1770), de celui des poilus, ou celles des pèlerins de Jérusalem. Il y a ajouté des vélins, délicats parchemins de veau peints à la gouache par Nicolas Robert, les fleurs en majesté avec leurs spécificités botaniques.

Ainsi cohabitent l’authentique et l’artifice : les grandes cires, citrons et courges, prêtées par le Musée d’histoire naturelle de Florence (Italie) et le MNHN, les fleurs en verre de Léopold et Rudolf Blaschka, des trésors de l’université Harvard (Etats-Unis). Il y a là encore un bouquet en porcelaine de Sèvres, des couronnes funéraires en perles venues du MuCem à Marseille, ou une fragile composition florale en papier mâché, face aux subtiles photographies d’algues d’Anna Atkins, auteure d’une traduction anglaise de L’Histoire des mollusques, de Jean-Baptiste de Lamarck, dont elle a exécuté les gravures.

Pari gagné

Ce florilège est enrichi par les tirages noir et blanc des arabesques épurées de cucurbitacées signées Karl Blossfeldt, en 1928, l’un des pionniers, à Berlin, du mouvement de la Nouvelle Objectivité en photographie. Lequel situe les fondements de l’art dans les formes produites par le vivant. Tandis que les plaques au gélatino-bromure d’August Sander (vers 1930), comme l’étrange Essai sur une physionomie des plantes, figurant une empreinte de feuillage imprimée au naturel, tel un négatif, tirage anonyme en noir daté de 1786, montrent la diversité des démarches.

Après avoir interrogé le monde végétal, l’homme l’organise à sa main. Les grands plans méticuleux d’André Le Nôtre le disent sans détour, imaginant, à Versailles, les parterres de broderies pour Louis XIV, et dans la France entière à la demande de la cour du Roi-Soleil. Puis, le jardinier intervient, avec une panoplie d’outils détonnants. Enfin, l’exposition déroule un tapis de verdure picturale avec un très large panorama de la production des artistes, au fil des décennies. Ils sont tous là, une centaine au total, de Bruegel à Robert, Monet, Bonnard, Morisot, Caillebotte, Klimt, Richter, Cézanne, Redon, Dubuffet, Magritte, Giacometti ou encore Picasso.

« Cela fait trente ans que je m’intéresse au jardin, une œuvre vivante et contradictoire avec l’espace muséal, dit Laurent Le Bon. Si on pouvait contredire cette contradiction… J’ai voulu me tenir là, entre l’intérieur et l’extérieur. » Pari gagné, avec brio. Tous azimuts, les expériences fascinent et passionnent. « Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut », assurait Cicéron. L’homme interroge sans fin les mystères de la nature. Cette quête résonne dans l’œuvre omniprésente des artistes contemporains qui jalonnent le parcours. Jusqu’à cette fleur postnucléaire, Symbiose (1972), de Tetsumi Kudo, qui glace les sangs. Que restera-t-il de cette folle course de l’homme ? Deux minuscules pyramides de pollen de fleur de châtaignier, répond, en 2015, Wolfgang Laib.

Grand Palais, Galeries nationales, square Jean-Perrin, Paris 8e, jusqu’au 24 juillet. Tous les jours, de 10 à 20 h, sauf le mardi. Les mercredis, vendredis et samedis jusqu’à 22 h. Entrée de 9 à 13 euros. Grandpalais.fr

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samedi 25 mars 2017

Visite exposition Centenaire Rodin au Grand Palais- Paris -

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