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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 19 octobre 2017

La une de Libération de demain matin

 

Danielle Darrieux est morte mardi à 100 ans. Nous lui rendons hommage dans le journal de demain. #danielledarrieux #rip Photo Archives du 7e Art. Photo12



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lundi 16 octobre 2017

La une de Libération ce matin

 

Instagram post by Jacques Snap * Oct 16, 2017 at 12:24am UTC



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mardi 10 octobre 2017

La une de Libération de ce matin

 

 

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dimanche 8 octobre 2017

La une de Libération de demain lundi 9 octobre

 

https://twitter.com/libe

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Référendum en Catalogne

Reportage - Le réveil de la « majorité silencieuse » catalane

Par Sandrine Morel, Madrid, correspondance, Feriel Alouti, Barcelone, envoyée spéciale - Le Monde

Les opposants à l’autodétermination, de tous bords politiques, doivent se retrouver dimanche à Barcelone sous le slogan « Stop, retrouvons le bon sens ».

Chacun a ses excuses pour avoir gardé le silence ces dernières années : trop de pression sociale, pas assez de cohésion entre les non-indépendantistes, pas non plus de sentiment d’urgence. Au fond, ceux qui, en Catalogne, s’opposaient à l’indépendance, ne pensaient pas que le président de la région, Carles Puigdemont, serait prêt à aller si loin : forcer l’organisation d’un référendum illégal le 1er octobre, et peut-être déclarer l’indépendance de manière unilatérale, mardi 10 octobre, comme l’ont annoncé les anticapitalistes de la Candidature d’union populaire (CUP).

La donne a changé : les petites manifestations contre l’indépendance se sont multipliées à Barcelone ces derniers jours, et dimanche 8 octobre, ceux qui sont contre l’autodétermination devaient se retrouver dans la capitale catalane, sous le slogan : « Stop, retrouvons le bon sens » à l’appel de la Société civile catalane (SCC).

Une effervescence inhabituelle règne dans les locaux de cette association anti-indépendantiste, ce 5 octobre. « Le téléphone sonne sans cesse, les dons affluent, les demandes de journalistes aussi. On va même devoir changer le parcours de la manifestation », s’enthousiasme le président Mariano Goma, un quinquagénaire au visage joufflu et au crâne dégarni.

« Pas un bloc homogène »

Ce rassemblement entend défendre « l’unité de l’Espagne, la Constitution et la loi », explique M. Goma. A la tête de la SCC depuis sa création, en 2014, il veut faire de cette mobilisation « une journée historique ». Pour cela, il espère mobiliser « la majorité silencieuse ». Autrement dit, « ceux qui restent à la maison parce qu’ils espèrent que la situation s’arrange et ceux qui ne se mobilisent pas parce qu’ils ont peur ». Mais « tout cela est fini », veut croire cet architecte.

Jusqu’à présent, les « unionistes » n’ont pas réussi à occuper la rue aussi bien que les indépendantistes. Selon Gabriel Colomé, professeur en sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone, l’une des raisons est qu’« ils ne constituent pas un bloc homogène alors qu’ils représentent la majorité de la population catalane ». Les partis en faveur de l’indépendance ont obtenu, aux dernières élections régionales, en septembre 2015, la majorité des sièges au Parlement. Mais, avec 47,8 %, ils n’ont pas remporté la majorité des voix. « La SCC est perçue comme une société de droite conservatrice, explique le chercheur. Dès lors, quand elle convoque une manifestation, il y a peu de monde. Mais cette fois-ci, le climat est si tendu qu’il est possible que des gens de tous bords manifestent. »

Une trentaine d’intellectuels et de personnalités politiques, de droite, du centre et de gauche, sont attendus en tête de cortège. L’écrivain péruvien installé à Madrid Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de littérature en 2010, la réalisatrice Isabel Coixet ou encore Josep Borrell, ex-président du Parlement européen, devraient prendre la parole.

Ce dernier n’a jamais été silencieux. Auteur d’un essai sur les mensonges du discours indépendantiste, M. Borrell manifestera cependant pour la première fois dans la rue : « La tension appelle la tension, l’action appelle la réaction, et le ras-le-bol est immense. » Le Parti socialiste de Catalogne (PSC), dont il est issu, a en revanche douté jusqu’au dernier moment. « En Catalogne, manifester avec le Parti populaire [PP, droite] est compliqué, reconnaît Josep Borrell, c’est un parti stigmatisé, et pas seulement par les indépendantistes. Il est considéré anticatalaniste. Au contraire, les indépendantistes n’ont pas ce genre de considération : les anticapitalistes s’allient sans complexe avec la bonne bourgeoisie libérale, si c’est pour la cause. »

Pour éviter que des militants d’extrême droite, phalangistes et néofranquistes, ne viennent perturber la manifestation comme souvent, la SCC a mobilisé un service de sécurité de 300 personnes.

Coup de massue

Dimanche, Alessandro, « à la fois espagnol et catalan », descendra dans la rue pour « la première fois ». « Pendant trop longtemps, la société catalane a eu peur de parler, même sortir avec un drapeau espagnol dans la rue est impossible », regrette cet entrepreneur de 39 ans. C’est pourquoi il veut désormais « montrer au monde entier que des Catalans aiment l’Espagne ». Craint-il que l’indépendance devienne réelle ? « Ce n’est pas une option, mais ce qui nous faisait rire hier devient sérieux aujourd’hui. » « Nous avons eu du mal à nous mobiliser jusque-là, car il existe une pression sociale très forte contre une pensée unique [l’indépendantisme] qui s’est imposée dans les médias publics locaux et l’administration », assure Marisa, infirmière. « Il est très dur de lutter contre les chimères qu’ils racontent », ajoute Fernando, maître d’école. « Nous, Catalans qui nous sentons espagnols, nous ne sortons pas de chez nous par confort, affirme Carlos Brugeros, 41 ans, analyste financier. Mais ils sont allés trop loin. »

Des grandes entreprises, jusque-là silencieuses, ont déjà délocalisé leur siège : la compagnie d’énergie Gas natural a annoncé son départ à Madrid vendredi 6 octobre, dans le sillon de la banque Caixa, partie à Valence, ou encore de la banque Sabadell, à Alicante… Un véritable coup de massue pour les indépendantistes, qui observeront sans doute la manifestation de dimanche avec attention, eux qui, depuis cinq ans, ont profité du silence de l’autre pour se présenter comme le seul représentant du poble, le peuple catalan.

Sandrine Morel et Feriel Alouti

Mariano Rajoy pourrait suspendre l’autonomie de la région Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, n’écarte pas, dans un entretien au quotidien El Pais, dimanche 8 octobre, de suspendre l’autonomie dont jouit la Catalogne si ses dirigeants ne renoncent pas à leur menace de déclaration d’indépendance. « Je n’écarte rien », dit-il au journal qui l’interroge sur l’application de l’article 155 de la Constitution, permettant de suspendre cette autonomie. « Mais je dois faire les choses en temps voulu (…) J’aimerais que la menace de déclaration d’indépendance soit retirée le plus vite possible. L’idéal serait de ne pas devoir prendre des mesures drastiques, mais pour cela il faut des rectifications » de la part de l’exécutif catalan, précise M. Rajoy dans cet entretien.

Il assure que pour les dirigeants catalans, « il est encore temps » de faire machine arrière pour éviter le déclenchement d’une réponse musclée, réitère son refus de « discuter de l’unité du pays » et martèle que, dans tous les cas, « on ne parle pas sous la menace », alors que l’hypothèse d’une déclaration d’indépendance en différé serait l’une des options sur la table en Catalogne. Que cela soit « le lendemain » ou « assortie d’une suspension » ou « en différé », cela « n’a absolument aucune importance », rétorque M. Rajoy. « Soyons sérieux : on ne peut rien construire si la menace contre l’unité nationale ne disparaît pas », ajoute-t-il. M. Rajoy écarte les propositions de médiation et affirme que la seule négociation prioritaire doit se tenir au Parlement régional catalan, entre séparatistes et opposition.

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samedi 16 septembre 2017

LIBERATION : Les néonazis redonnent du brun à moudre

Par Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar et Ariane Debernardi

Les nostalgiques d’Adolf Hitler sortent de plus en plus de l’ombre, lors de rassemblements spectaculaires, comme aux Etats-Unis, ou dans la vie politique, en Slovaquie ou en Grèce. Une résurgence largement alimentée sur Internet.

Voilà comment tombe un tabou : début septembre, lors d’un meeting de l’AfD (parti d’extrême droite antimigrants), un dirigeant politique allemand a réclamé le «droit d’être fier des performances» de l’armée nazie entre 1939 et 1945. Une déclaration publique inouïe, révélée dans une vidéo jeudi soir (lire ci-contre), alors même que le parquet de Munich, après deux ans de procédure, venait de requérir mardi la réclusion criminelle à perpétuité contre Beate Zschäpe, seule survivante d’un trio néonazi responsable d’une série d’assassinats racistes visant des immigrés turcs. Les auteurs de ce que la presse allemande a surnommé «die Dönermorde» (les «meurtres des kebabs») étaient membres du Nationalsozialistischer Untergrund («parti national-socialiste souterrain») et avaient ensanglanté sept villes allemandes, en commençant par la ô combien symbolique Nuremberg. Mi-août déjà, la justice allemande avait ouvert une enquête sur une soirée nazie (au programme : saluts hitlériens, foot avec une tête de porc et hard rock facho) organisée sur un champ de tir par des soldats des forces spéciales. A Berlin, 500 nostalgiques du IIIe Reich étaient de sortie, toujours mi-août, pour célébrer le trentième anniversaire de la mort de Rudolf Hess, grand camarade de Hitler.

Début septembre, en Angleterre cette fois : dans les environs de Birmingham, la police arrêtait, en vertu de la loi antiterroriste, quatre soldats suspectés d’être membres de l’organisation néonazie National Action, récemment interdite.

La Grèce, elle, se débat depuis deux ans avec le procès de 69 militants et députés du parti néonazi Aube dorée, accusés d’avoir «formé une organisation criminelle».

En Suède, les fascistes en chemises blanches et cravates noires du Mouvement de résistance nordique (MNR) entendent à nouveau défiler, le 30 septembre, cette fois devant une synagogue de Göteborg, le jour de Yom Kippour, avec la bénédiction des autorités.

En Pologne, dans une relative indifférence médiatique, les phalanges du Camp national-radical, groupuscule prohibé par les autorités et connu pour brûler des effigies de juifs hassidiques en public, ont paradé par centaines dans le centre de Varsovie, en chemises brunes et brassards verts courant avril. Pour les médias polonais, il s’agissait du premier défilé nazi dans la capitale depuis 1945.

Et puis, de l’autre côté de l’Atlantique, il y a eu à Charlottesville. Ce grand raout raciste à deux heures de route de Washington DC conclu, le 12 août, par la mort de Heather Heyer, militante antiraciste, passée sous les roues de la voiture bélier d’un sympathisant de Vanguard America, groupe ouvertement nazi. Réunie sous le large parapluie de l’«alt-right», mouvance identitaire longtemps cantonnée à l’activisme en ligne et qui a fait de Trump son champion, l’extrême droite la plus radicale, du Ku Klux Klan aux néoconfédérés, en passant par les adorateurs du Führer, a marché dans les rues de cette bourgade universitaire avec flambeaux, boucliers et armes automatiques. Et les Américains de découvrir sur leurs écrans des jeunes hommes criant «sang et sol !» et «les juifs ne nous remplaceront pas !» sans que leur Président ne parvienne à choisir un camp entre manifestants à svastika et groupes antifas venus les confronter. Et ce alors que les associations antiracistes américaines, à l’instar du Southern Poverty Law Center, alertent l’opinion sur l’augmentation «incroyable» des «crimes haineux» dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. Le 12 septembre, le Congrès a sommé le président américain d’approuver officiellement une résolution rejetant le «nationalisme blanc» et la «suprématie blanche».

Miroir

Certes, l’accumulation de faits divers et d’épiphénomènes spectaculaires ne fait pas une tendance. Mais les événements de Charlottesville ont tendu un miroir à la Vieille Europe, et la question de la résurgence de ces groupuscules se pose à nouveau. La montée des populismes et des sentiments antimigrants en Europe, comme aux Etats-Unis, symbolisés notamment par l’accession au pouvoir de Trump, ont-ils poussé les cliques néonazies à se remettre en lumière ?

«Il est vrai que l’homme le plus puissant du monde est quelqu’un auquel une partie de la droite radicale et identitaire européenne trouve des vertus, concède le spécialiste de l’extrême droite européenne Jean-Yves Camus. A partir du moment où Trump a été choisi [par le Parti républicain, ndlr], il y a eu des groupes qui se sont dit : "Tout est possible." Mais dire qu’il est le vecteur d’une certaine évolution du néonazisme en Europe, c’est pousser le raisonnement trop loin.» Pour l’auteur de Droites extrêmes en Europe (Seuil, 2015, avec Nicolas Lebourg), il convient de nuancer : «Charlottesville, les néonazis et le KKK, ce n’est compréhensible que dans un contexte américain. C’est impensable en Europe.» Même s’il existe en Allemagne «une scène néonazie assez active» (lire aussi pages 4-5), Camus souligne la forte répression des autorités à l’échelle du continent envers ces groupes et leur développement historiquement «en dents de scie».

Bombe

Pour le spécialiste suédois du «nationalisme radical» et contributeur à la publication antiraciste Expo Jonathan Leman, son pays fait actuellement face à un réel pic de fièvre brune. Ragaillardi, le MNR, aussi connu sous le nom de «Nordfront», se fait de plus en plus visible et bruyant, y compris chez les voisins finlandais et norvégiens, et notamment en ligne. «Le mouvement a réussi à unifier la mouvance néonazie scandinave en radicalisant ce milieu suprémaciste blanc, commente Leman. Ils se revendiquent révolutionnaires, plus enclins à la violence.» Cet hiver, des membres du MNR se sont distingués dans trois attaques à la bombe visant un «bar gauchiste» et deux refuges pour migrants à Göteborg, blessant gravement un employé des services de l’immigration. Leman pointe les liens entre le Nordfront et l’alt-right américaine, dont certains membres ont collaboré au Daily Stormer (lire pages 6-7) et au site Alt-Right.com de Richard B. Spencer, inventeur autoproclamé du terme et figure de proue du mouvement. En mai, BuzzFeed révélait que Spencer avait l’intention de s’associer à deux entrepreneurs proches des néonazis suédois (l’un détenant une maison d’édition d’ésotérisme nationaliste, l’autre un serveur de podcasts racistes) pour lancer un «Breitbart (1) en plus idéologique» à l’international.

Il serait néanmoins faux de penser que l’alt-right a insufflé une nouvelle vie aux mouvements néonazis et identitaires européens : l’influence agirait plutôt en sens contraire. Les nébuleuses les plus extrêmes du Vieux Continent ont servi de modèle aux nouveaux avatars du suprémacisme américain, autant sur le plan organisationnel que doctrinaire. Dans le documentaire remarqué de Vice News sur les événements de Charlottesville, Matthew Heimbach, fondateur en 2003 du groupe suprémaciste Traditionalist Youth Network, calqué sur les Français de Génération identitaire, explicitait ce lien : «Nous suivons principalement l’exemple européen d’Aube dorée, du MNR et d’autres organisations pionnières parmi les nationalistes du monde.» En retour, l’alt-right a structuré un ensemble de codes de reconnaissance visuelle (Pepe the Frog, l’émoticône «bouteille de lait» ou encore le signe «OK» avec la main droite pour signifier «WP», comme «White Power»). Un lexique suprémaciste «trollesque», adapté à la conversation numérique et jouant sur l’ambiguïté. Au point d’être repris par le fils du Premier ministre israélien, Yaïr Nétanyahou, qui a récemment choqué le pays en relayant une caricature complotiste aux références antisémites pour attaquer la presse progressiste de l’Etat hébreu. Le rejeton du leader du Likoud s’était déjà illustré cet été en se disant plus inquiet, après Charlottesville, par la gauche antiraciste que les néonazis américains…

L’Europe fascisante exporte ainsi ses bases idéologiques (des écrits racialistes de l’Italien Julius Evola aux classiques de la Nouvelle Droite, comme le Camps des Saints de Jean Raspail) ; l’Amérique invente une façon plus moderne de communiquer. Comme en témoigne le nom d’une des phalanges présentes à Charlottesville, Identity Evropa, il s’agit plus une d’européanisation du nationalisme américain qui se joue que l’inverse. D’autant que, comme le rappelle Jean-Yves Camus, «l’anti-américanisme reste une composante structurelle de nombreux groupes de droite radicale européenne - les Etats-Unis représentent pour eux la finance, le melting-pot et une hyperpuissance qui bride quelque part les Etats d’Europe».

Paramilitaire

Une influence globale, voire virtuelle, qui ne se traduit cependant pas politiquement pour la majorité des groupes radicaux. «Je ne vois pas pour le moment, en Europe de l’Ouest, de groupes néonazis susceptibles d’entrer au Parlement d’un pays», relativise Camus. En France, comme en Scandinavie, les partis d’extrême droite, du FN aux Démocrates de Suède, ont percé dans les urnes en purgeant (ou en faisant mine de) les éléments les plus caricaturalement racistes et antisémites en faveur d’un populisme en apparence moins ethnique et plus «antisystème», concept attrape-tout. Un constat qui n’est valable que pour l’ouest du continent, alors qu’une dynamique inverse semble s’exercer en Europe centrale et orientale. Il en va ainsi au Parti populaire - notre Slovaquie (LSNS) ou au Jobbik en Hongrie, au poids politique réel dont les doctrines «s’inscrivent dans la continuité des mouvements d’extrême droite des années 30», souligne Camus. Ces derniers opèrent en public grâce à leur façade politique mais continuent d’entretenir des milices affiliées.

Ainsi le Jobbik (fondé en 2003 sur les bases d’un mouvement étudiant ultranationaliste) a créé en 2007 une organisation de type paramilitaire, la «Garde hongroise», tout en s’implantant durablement au Parlement hongrois malgré l’existence d’un parti d’extrême droite plus mainstream, le Fidesz, dont le leader de Jobbik, Gábor Vona, est d’ailleurs issu. En 2014, Jobbik obtenait 20 % aux législatives (et 23 sièges) avec une rhétorique anti-roms et son vieux fond antisémite. En Slovaquie, LSNS raflait en 2016 aux dernières législatives 14 des 150 sièges, surfant sur la popularité de son leader négationniste de 36 ans, Marian Kotleba, crâne rasé et fine moustache, adepte de l’uniforme fasciste. Ce nostalgique de l’Etat slovaque clérical-fasciste de Tiso, allié des nazis, a été élu en 2013 président de la région de Banská Bystrica. En Ukraine, le régiment Azov (à l’origine une milice largement composée de hooligans et de néonazis formée au moment de Maidan) a été incorporé au sein de la Garde nationale ukrainienne pour combattre les forces prorusses à l’Est, malgré leurs uniformes ornés de l’alphabet runique cher aux SS. Ses vétérans ont fondé un parti politique et une «ONG», qui organise désormais des camps scouts pour enfants, régulièrement comparés aux Jeunesses hitlériennes pour leur teneur nationaliste et guerrière. Sans aucune, ou presque, loi limitant la liberté d’expression ou les incitations à la haine raciale, l’espace post-soviétique est ainsi un terreau fertile pour les groupuscules néonazis, dont l’apparition coïncide avec l’effondrement de l’URSS. «En Europe occidentale, il y a eu une césure très nette en 1945 du fait de la culpabilité liée aux crimes nazis, commente Jean-Yves Camus. En Europe de l’Est, le communisme était censé éradiquer le fascisme, mais ces idées ont subsisté. Elles ne revêtent pas le même caractère inacceptable et transgressif qu’en Europe de l’Ouest. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mobilisation contre, mais il n’y a pas le même degré d’ostracisme.»

Légitimation

Idem en Grèce, patrie du phénomène Aube dorée. «Jusqu’à la guerre en Yougoslavie, le nationalisme n’était pas condamnable, il était même inculqué dans le système éducatif dès la maternelle, et se retrouvait ensuite dans les partis», rappelle Angélique Kourounis, et auteure du documentaire Aube dorée, une affaire personnelle (2015). C’est ainsi que le parti néonazi (qui compte 18 députés depuis leur percée au Parlement grec en 2012) a la même devise, «la Grèce aux Grecs», que le premier slogan des socialistes d’Andréas Papandréou. La mue d’Aube dorée, de groupuscule adepte des ratonnades à troisième force politique du pays, en a fait un exemple partout dans le monde. «Pour les néonazis, Aube dorée fascine car c’est un parti qui "va au bout des choses" [jusqu’au meurtre, parfois publiquement revendiqué] et garde la même ligne politique depuis sa création», analyse Angélique Kourounis.

Sur ce modèle, le MNR suédois (qui a créé son bras politique en 2015), prétend aux élections de 2018 en misant sur la dédiabolisation du parti xénophobe des Démocrates de Suède, qu’ils espèrent repoussoir pour ses électeurs les plus radicaux. Une autre formation néonazie, le Svenskarnas, avait également fait ce pari, sans succès, en 2014, avant de se dissoudre.

Néanmoins, ce qui réussit le mieux aux néonazis, ce sont les élections européennes. En 2014, des partis ont pu accéder pour la première fois au Parlement européen, notamment le Parti national-démocrate allemand (un élu) et Aube dorée (trois). Le Jobbik y est présent depuis 2009. Outre la légitimation problématique offerte par Bruxelles, se pose la question du financement par l’Union européenne : «Aube dorée a dû obtenir pas loin de 300 000 euros grâce aux élections», estime ainsi Angélique Kourounis. Des limites de la démocratie.

(1) Un média américain pro-Trump.

Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar , Ariane Debernardi

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samedi 19 août 2017

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lundi 14 août 2017

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vendredi 11 août 2017

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lundi 7 août 2017

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mardi 1 août 2017

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