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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

vendredi 20 octobre 2017

NANTES : Le Lieu Unique à son tour dans le viseur de l'ultra droite

lieu unique

Depuis lundi, le drapeau "He Will Not Divide Us" flotte au-dessus du Lieu Unique à Nantes. C'est une oeuvre d'art politique, en réaction à l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Comme les autres sites où il a été accrochée, le LU a été victime de plusieurs attaques.

C'est au départ une oeuvre d'art contre la division et pour l'unité, un message qui répond à l'élection de Donald Trump aux États-Unis à l'automne 2016. Le drapeau "He Will Not Divide Us" - il ne nous divisera pas - flotte depuis le début de la semaine au-dessus du Lieu Unique à Nantes. Et comme tous les autres sites qui ont voulu relayer ce message, le LU est victime d'intimidations et de menaces de militants d'extrême droite.

Tout a commencé à New York, au museum of the moving image. L'idée de départ, c'était que tous ceux qui le souhaitent puissent prononcer les mots "he wil not divide us" devant une caméra et que les images soient projetées en continu sur un mur hors du musée. Très vite, le débat s'est engagé et le musée a préféré abandonner le projet après avoir eu vent de projets d'attaques. Il a ensuite été transféré à Albuquerque, toujours aux États-Unis, et là, il a été victime d'actes de vandalisme et d'attaques de la part de l'extrême droite. C'est à ce moment-là que l'oeuvre est devenue ce drapeau, accroché dans un lieu tenu secret. Mais encore une fois, les opposants ont réussi à lancer leurs attaques. Même chose de l'autre côté de l'Atlantique, à Liverpool, où le centre d'art FACT avait décidé d'accrocher le drapeau sur son immeuble. Là, un groupe d'homme est monté sur le toit et la direction a préféré tout arrêter.

Un jeune homme arrêté sur le toit du Lieu Unique

"He Will Not Divide Us" a finalement "trouvé refuge" au Lieu Unique de Nantes au début de la semaine. Le petit drapeau blanc flotte au-dessus de la tour LU, filmé en continue, et, là encore, le site a été visé : des intimidations et des appels à passer à l'action sur les forums internet et les réseaux sociaux. Et des appels aussi à décrocher le drapeau sur les réseaux sociaux.

Patrick Gyger, le directeur du Lieu Unique s'attendait à se genre de choses. La sécurité informatique a d'ailleurs été renforcée, même chose pour le bâtiment. "Nous avons aussi sécurisé au maximum les accès au toit et à la coupole avec de la rubalise et des panneaux où il est écrit danger de mort". Parce que c'est ça la plus grand crainte pour l'instant du directeur du LU, que quelqu'un tombe de plusieurs dizaines de mètres et se tue en passant à travers une verrière, par exemple. Un jeune homme a déjà été intercepté à proximité des bureaux administratifs, au dernier étage du bâtiment ce mardi. "Ce n'est pas pour rien que nous avons installé le drapeau avec une grue. C'est qu'on ne peut pas monter là-haut, c'est trop dangereux", poursuit Patrick Gyger.

Notre volonté n'est pas de provoquer mais de donner la parole à des artistes censurés

Pour le reste, "pas question de se laisser intimider", pour le directeur du Lieu Unique. "L'oeuvre restera tant qu'on estime qu'elle le peut dans de bonnes conditions". Et tant pis les avis négatifs s'accumulent sur les sites de notations de voyage comme Trip advisor ou sur le moteur de recherche Google. "Notre volonté, ce n'est absolument pas de provoquer", poursuit Patrick Gyger, "mais de donner la parole à des artistes qui se retrouvent censurés à cause des menaces contre leur oeuvre."

Des messages de soutien du monde entier

Et il préfère mettre en avant toutes les réactions positives que l'installation du drapeau a suscité : "des gens nous écrivent du monde entier pour nous féliciter, pour féliciter les artistes et pour nous dire que, en effet, face à des volontés de division, la population doit rester unie. Que ce soit aux États-Unis avec Donald Trump ou ailleurs dans le monde", conclut-il.

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nantes

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lundi 16 octobre 2017

Quand Emmanuel Macron tente de conjurer le régicide sur TF1

Par Françoise Fressoz - Le Monde

Pour le chef de l’Etat, « la France est un pays de monarchistes régicides ». Pour calmer la grogne, dimanche soir, il a opté pour la pédagogie mais pas pour les concessions, souligne dans sa chronique, Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

Louis XVI n’est jamais loin des monarques qui nous gouvernent. « En forçant le trait, on pourrait dire que la France est un pays de monarchistes régicides, ou encore que les Français élisent un roi mais qu’ils veulent à tout moment pouvoir le renverser », a déclaré Emmanuel Macron dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel publié juste avant son intervention télévisée, dimanche soir 15 octobre sur TF1.

Ce n’est pas la première fois que le vainqueur de 2017 souligne la précarité de la fonction présidentielle, sa dangerosité même. Il l’avait déjà analysée lorsqu’il était en campagne, reprenant à son compte l’analyse de Nicolas Sarkozy qui confessait durant son quinquennat avoir la crainte que d’un coup, tout s’embrase : « La France n’est pas le pays le plus simple à gouverner du monde… Les Français ont guillotiné le roi, au nom d’une mesure symbolique, ils peuvent renverser le pays », répétait-il à ses ministres lorsqu’il voulait calmer le jeu.

« Je fais ce que j’ai dit »

Pour conjurer le régicide, Nicolas Sarkozy, l’homme de « la rupture », avait appris à composer. Il dosait les réformes, pactisait avec la CGT, s’arrêtait au point d’équilibre qu’il jugeait acceptable, ce qui avait le don d’énerver son premier ministre, François Fillon, qui aurait voulu aller beaucoup plus loin que lui sur la réforme des régimes spéciaux de retraite ou l’assouplissement des 35 heures par exemple.

Emmanuel Macron, c’est tout le contraire : « Je continuerai au même rythme avec la même détermination. C’est le mandat du peuple français », a-t-il fait valoir dimanche en se glorifiant de mettre en œuvre tout ce qu’il avait annoncé pendant la campagne : « Je fais ce que j’ai dit. »

Ses cinq premiers mois élyséens le confortent. Certes, des résistances sont apparues mais aucune ne s’est révélée suffisamment forte et construite pour l’empêcher : les syndicats sont trop divisés, Jean-Luc Mélenchon trop radical, la droite trop centrée sur sa reconstruction et le PS trop empêtré dans sa déconstruction pour espérer peser.

« Je n’ai pas cherché à humilier »

Alors le président de la République fonce avec pour seul ennemi lui-même, ses déclarations à l’emporte-pièce – « bordel », « fainéants » – qui risquent, à force de s’accumuler, de le faire passer pour un « de la haute », méprisant, coupé du peuple, dépourvu d’affect. « Je n’ai pas cherché à humilier », s’est défendu Emmanuel Macron sans vouloir cependant se dédire, revendiquant le parler cru et dénonçant « le mot sorti de son contexte ».

Pour un roi, le mea culpa est toujours difficile, si ce n’est impossible. Et pourtant, le président de la République l’a senti : il faudra bien qu’il trouve les moyens d’améliorer sa relation au peuple durant cette période délicate d’« un an et demi à deux ans » qu’il s’est donnée avant d’engranger les résultats, de voir repartir la croissance et l’emploi, de prouver que le pays est effectivement « profondément transformable », comme l’annonce le contrat de départ.

Lorsqu’il était en difficulté, Nicolas Sarkozy jouait sur l’affect, Emmanuel Macron est davantage enclin à la pédagogie, un brin technocratique. Mais les causes sont parfois difficiles à plaider, comme celle de la réforme de l’ISF qui ne saurait se résumer à un simple problème de « jalousie ». La force symbolique de cet impôt est telle qu’il faudra plus qu’une intervention télévisée pour l’abattre.

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Sur TF1, Emmanuel Macron joue la pédagogie et se refuse à l’autocritique

Par Bastien Bonnefous, Cédric Pietralunga - Le Monde

Lors d’une première interview télévisée sans grande annonce, dimanche soir, le chef de l’Etat a assuré qu’il allait poursuivre son action « au même rythme » et a dénoncé la « jalousie française » envers les riches.

Pour sa première explication « face aux Français », dimanche 15 octobre sur TF1, Emmanuel Macron a choisi de s’exprimer depuis le bureau d’angle de l’Elysée, qui jouxte son bureau officiel au premier étage du palais. Une pièce qui, dans l’histoire élyséenne récente, a été rebaptisée « le bureau qui rend fou », après le passage mouvementé de ses deux derniers occupants en date, les conseillers spéciaux de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, respectivement Henri Guaino et Aquilino Morelle.

Pendant plus d’une heure, entre une toile du peintre belge Pierre Alechinsky et une « Marianne » stylisée de l’artiste américain Shepard Fairey, dit Obey (qui le suit depuis son QG de campagne pendant la présidentielle), le chef de l’Etat s’est livré à un exercice classique de pédagogie de son action. « Je ne suis pas là pour gérer ou réformer, mais pour transformer en profondeur le pays », a résumé M. Macron qui, depuis son élection en mai, avait préféré les grands discours en tribunes et les entretiens avec la presse écrite aux questions-réponses avec des journalistes en direct à la télévision.

Pour le chef de l’Etat, cette figure imposée de la communication présidentielle devait remplir deux missions principales, alors que s’enclenche la deuxième étape de son action économique et sociale, avec la réforme de l’assurance-chômage après celle, par ordonnances, du code du travail. D’un côté, montrer l’étendue des changements accomplis depuis son entrée en fonction, il y a cinq mois ; de l’autre, tenter de renouer avec la notion de « bienveillance », qui avait été un de ses mantras comme candidat, mais qui semble l’avoir quitté depuis son arrivée à l’Elysée.

« Je continuerai à dire ce que je crois »

Longuement interrogé sur son style et sur ses récentes déclarations polémiques – sur les « fainéants » ou sur ceux qui « foutent le bordel » – M. Macron a refusé de faire son mea culpa et d’avouer la moindre maladresse. Au contraire, le président de la République « assume » et réfute tout mépris ou arrogance de sa part dans ces mots « sortis de leur contexte », selon lui, qui ont pu choquer une partie des Français. « Je n’ai pas insulté qui que ce soit, je considère l’ensemble de mes concitoyens », a-t-il déclaré, revendiquant un langage parfois « populaire », mais « un discours de vérité ».

Décidé à ôter au plus vite cette étiquette de « président des riches » qui commence à lui coller dangereusement à la peau, il a rappelé ses origines sociales et familiales – « je suis un enfant de la province » – et répété son « amour pour le pays ». « Je continuerai à dire ce que je crois », a-t-il affirmé, fustigeant même au passage « nos élites politiques qui se sont habituées à ne plus dire les choses ». Avec la conscience que cette franchise peut s’avérer dangereuse : « Quand on s’approche de la vérité, parfois on se brûle », a-t-il reconnu.

Au-delà de son vocabulaire, le président de la République a refusé de la même façon toute autocritique au niveau de son action politique. Dans ce domaine aussi, M. Macron continue de se dépeindre, cinq mois après sa victoire, comme l’outsider qui réussit là où tous lui prédisaient l’échec. « Je ne devais pas être élu sans parti. (…) Je ne devais pas avoir de majorité à l’Assemblée. (…) Je ne devais pas y arriver », a-t-il listé dans un rappel à ses contradicteurs, prévenant qu’il « continuerai [t] au même rythme, avec la même détermination ». « Je fais ce que je dis, ça surprend peut être, ça contrarie certains », a-t-il ajouté, comme un résumé de son message global.

Refus de lier son destin à « un seul indicateur »

Une manière pour lui de se différencier encore et toujours de François Hollande, son prédécesseur à l’Elysée, qu’il n’a jamais cité dimanche soir, mais dont il a à plusieurs reprises critiqué le bilan et la méthode. Prudent, il a refusé de lier la réussite de son quinquennat à « un seul indicateur », comme l’avait fait M. Hollande avec « l’inversion de la courbe du chômage ». « On ne juge pas la réussite d’un président à un seul indicateur, c’est l’un des désaccords avec mon prédécesseur », a expliqué M. Macron, qui a renvoyé à plus tard l’effet sur l’emploi de ses choix économiques : « La plénitude des réformes, vous les verrez dans un an et demi, deux ans », a-t-il assuré.

Mais s’il a répété ne faire que mettre en œuvre son programme, le chef de l’Etat a pour autant pris de la distance avec certains de ses engagements de campagne. Alors qu’il avait promis d’élargir sans condition le droit au chômage aux salariés qui démissionnent, il a estimé que la mesure devrait être finalement « encadrée » et que seuls ceux qui ont « un projet » pourront en bénéficier, sans donner plus de précisions. De la même façon, il a déclaré que ce droit à indemnisation serait valable « au bout de cinq ans, six ans, sept ans », alors qu’il s’était engagé sur cinq ans lors de la campagne.

Cet entretien télévisuel devait donner une coloration plus sociale à son action, mais M. Macron n’a pas présenté de mesures fortes en la matière. Certes, il a estimé que « l’entreprise ne peut pas être uniquement le lieu des actionnaires », mais la codétermination, le renforcement de la présence des salariés dans la gouvernance des entreprises défendu par la CFDT et que le candidat Macron avait un temps envisagée, reste toujours lettre morte. Le chef de l’Etat s’est simplement engagé à ouvrir « un vrai débat » en 2018 sur l’intéressement et la participation pour que « les salariés puissent avoir leur part de la réussite ».

Les « passions tristes de la France »

Mais c’est sur la réforme de l’impôt sur la fortune que le chef de l’Etat, lui-même assujetti à l’ISF, s’est montré le plus inflexible et a défendu son évolution censée « favoriser l’investissement dans l’économie » et faire revenir dans l’Hexagone « beaucoup de talents partis à l’étranger ».

Une nouvelle fois, M. Macron a dénoncé à ce sujet « les passions tristes de la France » contre les plus riches. « Je ne crois pas à la jalousie française qui consiste à dire “il y a des riches, taxons-les, nous nous porterons mieux” », a-t-il expliqué. Chargé politiquement, ce pilier fiscal du budget pour 2018 fait inévitablement pencher le balancier de l’exécutif vers la droite, loin du « couple libérer-protéger » vanté par le chef de l’Etat comme « l’esprit des réformes ».

Là aussi, M. Macron assume, faisant appel à une métaphore montagnarde pour soutenir les Français les plus aisés, comparés aux « premiers de cordée » de la société dans son ensemble. « Il ne faut pas jeter des cailloux sur les premiers de cordée, sinon c’est toute la cordée qui dégringole », a-t-il expliqué. Une image qui fait écho au roman à succès de Roger Frison-Roche, Premier de cordée, publié dans les années 1940. Un roman dans lequel un jeune alpiniste est confronté à son propre vertige, et dont la suite littéraire avait eu pour titre… La Grande Crevasse.

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dimanche 15 octobre 2017

Emmanuel Macron donne ce dimanche soir sa première grande interview télé

Emmanuel Macron accordera ce dimanche à 20 heures à TF1 et LCI sa première grande interview télévisée en tant que président. Cet entretien en direct d’une heure lui donnera notamment l’occasion de défendre sa politique budgétaire et sociale. « Nous considérons que c’est un moment opportun pour expliquer son action devant les Français, car c’est un espace charnière : un chapitre se ferme (ordonnances) et un autre s’ouvre (apprentissage, formation, assurance chômage) », a commenté l’Élysée.

Depuis son arrivée, Emmanuel Macron avait choisi de se tenir à distance de la presse en évitant les entretiens télévisés. Il n’avait d'ailleurs pas donné la traditionnelle interview du 14-Juillet. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, il n’a jamais donné non plus de grande conférence de presse.

Le vainqueur de la présidentielle sera interrogé dans son bureau à l’Élysée par David Pujadas, Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau dans un format d’interview classique pour le chef de l’État.

Après sa chute dans les sondages cet été, Emmanuel Macron a finalement décidé de s’exprimer davantage dans la presse depuis la rentrée. Il a accordé fin août une interview fleuve au magazine Le Point pour expliquer son action.

Cet été, il n’avait donné que deux interviews : l’une à huit journaux français et européens (Le Figaro pour la France), centrée sur ses projets de réforme de l’Europe, l’autre à Ouest-France et aux douze quotidiens allemands du groupe Funke.

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lundi 9 octobre 2017

Emmanuel Macron, la solitude du pouvoir

Emmanuel-Macron

Par Solenn de Royer, Bastien Bonnefous - Le Monde

Surexposé, le chef de l’Etat se projette sur tous les fronts, sans boucliers ni paratonnerres. Cette ultraincarnation du pouvoir découle des institutions, mais aussi de la faiblesse du dispositif politique autour du pivot présidentiel.

C’est une vérité que tous les présidents de la Ve République ont intériorisée avant lui : le pouvoir isole. Déjà, durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était préparé à cette solitude suprême, « absolue ».

« Même si je m’efforce d’avoir une méthode collégiale, tu es la clé de voûte. Tu n’as plus de gens à qui tu peux dire les choses innocemment. Et tu ne peux pas avoir une minute de relâche. Il y a une part irréductible de mystère, la nécessité du secret. Tu retrouves une sorte d’épaisseur métaphysique. Ce n’est pas une fonction, c’est un être », expliquait le futur chef de l’Etat à l’écrivain Philippe Besson (Un personnage de roman, Julliard). Confidence prémonitoire.

Six mois plus tard, nous y sommes : Emmanuel Macron est un président seul aux commandes. Une solitude qu’il subit autant qu’il l’organise. Qui l’arrange et qui lui coûte. Et après des débuts où il a tenté de se mettre en surplomb, le voilà désormais sur tous les fronts. La semaine qui s’ouvre, comme les précédentes, en est une fois de plus l’illustration.

Mardi à Francfort, en Allemagne, pour inaugurer la Foire du livre et évoquer avec la chancelière Angela Merkel sa réforme de l’Europe, le chef de l’Etat sera mercredi à Rungis pour faire un point d’étape des Etats généraux de l’agriculture, avant de recevoir, jeudi et vendredi à l’Elysée, l’ensemble des partenaires sociaux pour lancer le deuxième volet de sa refondation sociale, avec la réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle.

Ultraincarnation du pouvoir

Emmanuel Macron est partout, il s’occupe de tout. Surexposé, le moindre de ses mots peut enflammer la lande politique, des « fainéants » au « bordel ».

Cette ultraincarnation du pouvoir découle des institutions, mais aussi de la faiblesse du dispositif politique autour du pivot présidentiel. Au gouvernement, les ministres expérimentés – Jean-Yves Le Drian (affaires étrangères), Bruno Le Maire (économie) ou Gérard Collomb (intérieur) – se comptent sur les doigts d’une main et ils peinent à exister en leurs noms propres.

A Matignon, Edouard Philippe est un premier ministre loyal et actif, mais sans troupes et sans parti, qui ne fait pas d’ombre à l’Elysée. Le casting gouvernemental ne parvient pas, à quelques exceptions près, à occuper le devant de la scène dans l’esprit des Français.

« Les ministres ne font pas assez de terrain, il faut aller voir les gens pour expliquer ce qu’on fait pour eux », répète-t-on à Matignon. D’où le « séminaire gouvernemental » organisé dimanche 8 octobre rue de Varenne, pour détailler la « feuille de route » des ministres jusqu’à la fin de l’année. Et mettre en scène une équipe encore largement méconnue dans l’opinion.

Pas une tête qui dépasse

A l’Assemblée nationale, les députés de La République en marche (LRM) ont, certes, bouleversé le paysage parlementaire des dernières décennies, mais ils restent des apprentis. Le parti présidentiel n’a pas non plus trouvé de figures visibles, ni un discours audible. C’est un handicap pour le pouvoir qui manque ainsi de relais d’opinion parmi les élus comme chez les militants.

« Il y a urgence à retrouver une incarnation au parti. Cela manque, il faut relayer la parole du président », alerte la députée (LRM) des Yvelines, Aurore Bergé. « On a besoin de quelqu’un de capé, d’un émetteur, d’un chef de meute », reconnaît Arnaud Leroy, un des trois animateurs en poste du parti.

Mais même au sein de sa garde rapprochée, Emmanuel Macron ne veut pas une tête qui dépasse. Selon plusieurs sources, il aurait mal supporté de voir son affidé, le député de Paris Benjamin Griveaux, afficher ses ambitions pour la capitale en 2020, et il hésiterait de ce fait à lui confier les rênes du parti présidentiel.

« Plutôt que de le faire élire à la tête du groupe LRM à l’Assemblée, où l’on est un premier ministre bis, ou à la tête du parti, Macron l’a nommé secrétaire d’Etat sans attribution, dernier du gouvernement dans l’ordre protocolaire », note un proche d’Emmanuel Macron, pour qui le chef de l’Etat « ne veut pas laisser grandir quelqu’un de jeune et talentueux, qui a du métier politique et peut contrebalancer son avis. »

« Une garde de petits marquis »

Comme Machiavel qui conquit le pouvoir avec l’aide de sa brigata, « une brigade de jeunes gens affamés de pouvoir et d’amitié », selon les mots de l’historien Patrick Boucheron, Emmanuel Macron s’est entouré à l’Elysée d’une armée de jeunes conseillers dévoués, qui forment autour de lui comme un cordon sanitaire. Au grand dam de certains élus, qui regrettent de ne pas avoir plus d’accès au président. « Sa garde de petits marquis l’isole et verrouille tout », soupire un compagnon de route du chef de l’Etat.

Emmanuel Macron semble également se tenir éloigné d’instances dont il sait que la plupart sont décrédibilisées aux yeux des Français (partis, élus, médias, etc.). Et s’il multiplie les longs discours, dans des décors à la symbolique forte – au pied du Parthénon, ou à la Sorbonne –, il s’est encore peu expliqué devant les Français, notamment à la télévision, ce que certains de ses proches le pressent de faire.

Cette mise à distance, doublée d’une difficulté manifeste à accepter la contradiction, alimentent un procès en toute puissance, instruit par l’opposition.

« Il y a chez Macron une volonté de tout ramener à lui, comme s’il était à l’origine de tout. C’est dangereux et risqué pour lui », estime le député Nouvelle Gauche de Mayenne Guillaume Garot. « Macron paie le prix de la fragmentation politique. Il est fort, mais dans un champ de ruines, et il est tout seul », analyse à son tour l’ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

« Beaucoup d’instruits, mais peu de rusés »

L’absence patente de voix fortes autour de la figure présidentielle inquiète de plus en plus au sein de l’exécutif. « Il faut se garder de vivre trop longtemps avec un gouvernement non politique », indique un proche du premier ministre Edouard Philippe qui plaide, en privé, pour le retour ou pour l’entrée au gouvernement « de figures que les Français identifient, comme François Bayrou ou Manuel Valls. »

« Autour du président, il faut toujours un mélange d’instruits et de rusés, estime un poids lourd de la majorité. D’un côté, des gens compétents pour ficeler les dossiers techniques. De l’autre, des gens plus madrés, à l’aise dans le combat politique. Pour l’instant, autour de Macron, il y a beaucoup d’instruits, mais peu de rusés. »

Ces inquiétudes font sourire à l’Elysée où l’on balaie à la fois l’omniprésidence et la faiblesse du pack gouvernemental. « Plusieurs ministres pèsent, comme Collomb, Le Drian, Hulot, Castaner, Blanquer, etc. », affirme un conseiller, qui compare même l’équipe Philippe à « la dream team » du premier gouvernement Jospin en 1997.

« Les ministres ont d’abord été choisis pour leurs compétences personnelles », souligne ce proche d’Emmanuel Macron, qui ajoute, ironique : « Les gouvernements sous Hollande étaient remplis de soi-disant poids lourds politiques. Est-ce que ça a été plus efficace au final ? Le président a-t-il été mieux protégé, plus populaire ? Je n’ai pas l’impression. »

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lundi 11 septembre 2017

Fainéants de tous les pays…

L’appel à la manifestation lancé d’Athènes par Emmanuel Macron contre la loi travail est voué à rencontrer un remarquable succès. Voilà un homme qui, s’il n’avait pas été président, aurait fait un grand leader syndical… En fustigeant «les fainéants, les cyniques et les extrêmes» qui s’opposent à lui, il était sûr de réunir dans la rue une vaste coalition de Français. Certes, les cyniques s’abstiendront cyniquement de défiler et les extrêmes étaient extrêmement décidés à y aller de toutes manières. Mais c’est l’adjonction des «fainéants» qui donne à l’appel toute sa vigueur et toute sa profondeur. C’était en tout cas le meilleur moyen de faire nombre…

Après coup, l’entourage s’est répandu pour expliquer que le président n’avait pas visé les manifestants ou les syndicalistes, et encore moins les salariés en général, mais plutôt, comme il l’avait déjà fait, ceux qui, selon lui, n’ont pas fait les réformes, autrement dit ses prédécesseurs, leurs ministres ou leurs conseillers… parmi lesquels on trouve un certain Emmanuel Macron. Mais aujourd’hui lundi, le président lui-même a corrigé la correction – pauvres communicants ! – en déclarant crânement qu’il ne regrettait rien et que le mot «fainéant» visait «tous ceux qui s’opposent aux réformes» et donc, par définition, les manifestants.

Au fond peu importe : en politique, ce n’est pas l’intention qui compte, in fine, c’est l’effet produit. Or, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est désastreux. D’autres «fainéants» l’ont pris pour eux, dont Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, jusque là très modéré. Le chose est logique. L’adjectif fait partie des invectives les plus éculées qu’on entendait dans les cercles bourgeois d’antan, et qu’on entend peut-être encore.

Du coup, l’effet sur la manif de demain est garanti. Viendront bien sûr les «syndicalistes fainéants», qui passent leur temps à distribuer des tracts et à se réunir dans des salles enfumées au lieu de tenir leur poste. Se mobiliseront les «fonctionnaires fainéants» qui se parent de leurs manches de lustrine pour confectionner toute la journée des cocottes en papier. Se joindront encore les «ouvriers fainéants» jetés dans la paresse par les 35 heures ou les «chômeurs fainéants» grassement rémunérés par Pôle emploi, qui se prélassent jour et nuit en envoyant des CV sans réponse ou bien, pour occuper leur temps d’oisiveté, se rendent à des entretiens d’embauche sans résultat. Répondront enfin à l’appel tous les «gens qui ne sont rien», selon l’autre formule présidentielle, guère plus adroite, et qui forment la masse immense et indistincte des ratés, des losers, des bras cassés, des tocards, des sous-doués, des surclassés, de s ratatinés, bref de tous les exclus de la geste héroïque du macronisme triomphant. On voit que cela fait du monde… Mais comme la manifestation sera couverte par une horde archaïque de «journalistes ringards», selon la troisième formule du président délivrée pendant la campagne à son chroniqueur Philippe Besson, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de ces remugles du «vieux monde»…

Il y a une part d’injustice dans cette affaire : Emmanuel Macron, avant sa sortie devant les Français de l’étranger, avait fait un bon discours sur l’Europe. Plusieurs propositions neuves y figuraient, notamment cette idée de présenter des listes transnationales, qui bouleverserait le jeu habituel des élections au Parlement de Strasbourg. Un seul mot a tout balayé. Mais c’est le revers d’une autre médaille : la parole transgressive, qui focalise le débat public. Emmanuel Macron doit précisément à ses transgressions, sur les 35 heures, sur les «illettrés», sur l’ISF («Cuba sans le soleil»), son émergence sur la scène politique. Comme souvent, le président qui vient d’être élu considère que sa méthode est la bonne (puisqu’il a été élu…) Du coup, il poursuit dans la même veine, quoi qu’en disent ses conseil lers en communication. Nicolas Sarkozy avant lui avait continué comme président à s’exprimer comme il faisait quand il était candidat (le «Kärcher», «j’y pense, pas seulement en me rasant», etc.). Mais une fois à l’Elysée, ce qui semblait provocation salutaire devient gaffe ravageuse. Vérité en deçà de l’élection, erreur au-delà… Laurent joffrin - Libération

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vendredi 25 août 2017

Emmanuel Macron en quête d’une communication présidentielle

Bucarest. De notre envoyé spécial - Source : Ouest France

La campagne fut rude, l’été ne le fut pas moins. Mais pour d’autres raisons. Après la débauche médiatique de l’élection, Emmanuel Macron avait choisi, sitôt élu, de raréfier la parole présidentielle. Certes, on l’a entendu au Congrès. Et on l’a vu un peu partout depuis mai. Avec Trump, avec Poutine. À Bruxelles, Versailles et Berlin. Mais pas question de commenter son action avec les journalistes, comme le faisait François Hollande. Macron veut rompre avec ses prédécesseurs pour redonner du lustre à la fonction. Raréfier la parole, c’était le mot d’ordre. Du moins, jusqu’à maintenant. Car si la séquence internationale a été réussie, le jeûne médiatique a montré ses limites. L’été a apporté son lot de coups politiques inattendus. Affaire Ferrand, démission de Bayrou, couac des APL, ruades des Insoumis. Les sondages étant en baisse, un besoin d’explication s’impose. De « pédagogie », diton à l’Élysée.

Une causerie au coin du feu ?

D’où le tournant opéré mercredi à Salzbourg par Emmanuel Macron dans sa communication. Il avait promis de ne pas parler de politique intérieure lorsqu’il était en déplacement à l’étranger. Depuis mercredi, il n’a cessé de faire référence aux sujets sensibles de la rentrée française. Il a longuement plaidé pour la cohérence de sa politique sociale à propos des travailleurs détachés. Il l’a expliqué hier à Bucarest.« Cette tournée européenne me permet d’expliquer la cohérence entre l’agenda français et l’agenda européen. » Sa posture réformatrice en politique intérieure et proactive à l’échelon européen offre un terrain propice. Le voyage en Autriche, Roumanie et Bulgarie a lieu, d’ailleurs, dans les trois pays qui assureront successivement, à partir du 1er janvier 2018, la présidence de l’Union européenne. Le Président invite ainsi ses ministres à occuper le terrain. S’adressera-t-il très prochainement plus directement aux Français ? À l’Élysée, après avoir rompu avec la tradition de l’entretien télévisé du 14 juillet, on réfléchit à une nouvelle formule, à échéance régulière. Permettant d’expliquer l’action gouvernementale et de la remettre en perspective. Cela pourrait être une fois par mois. Voire deux. En s’inspirant des causeries radiophoniques au coin du feu que le président Roosevelt avait rendu populaires avant la guerre. Pierre Mendès France en avait repris la formule dans les années 1950. Macron va-t-il la relancer à la radio ? À la télévision ? Sur Internet ? On sera bientôt fixé, tant la nécessité de s’adresser plus souvent à l’opinion est désormais une évidence. En trois mois, Emmanuel Macron a touché du doigt toute l’ambivalence de la fonction présidentielle. Le président est pour la Constitution de 1958 un arbitre, mais l’introduction du suffrage universel direct en 1962 en a aussi fait un acteur. Jouer sur les deux registres est délicat. L’excès de présence médiatique est dangereux pour l’arbitre. Trop d’abstinence peut être létal pour l’acteur. En trois mois, il vient de faire l’expérience de ces deux limites. Cela s’appelle, en démocratie, rendre des comptes. Article de Laurent MARCHAND. Ouest France.

bucarest

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samedi 29 juillet 2017

Quand des ex-gloires de la politique déchantent du macronisme

Par Cédric Pietralunga

Des personnalités qui avaient apporté leur soutien au candidat d’En marche ! se heurtent aux projets, méthodes parlementaires et pratiques du « nouveau monde ».

Il fut un temps où ils étaient reçus au QG de campagne d’Emmanuel Macron, où ils pouvaient s’afficher avec le candidat en déplacement, où une place leur était réservée au premier rang des meetings. Mais depuis l’élection présidentielle, c’est le désenchantement parmi ces soutiens du chef de l’Etat, souvent des ex-gloires de la politique qui pensaient trouver une seconde jeunesse dans le macronisme et se heurtent aux pratiques du « nouveau monde ».

L’ancienne ministre Corinne Lepage, dont le ralliement avait été mis en scène en janvier, est ainsi partie en guerre contre La République en marche (LRM), une formation dont elle assimile le fonctionnement à du « centralisme démocratique ».

L’ex-députée européenne a apporté son soutien à l’action en justice intentée par des adhérents du mouvement du chef de l’Etat pour reporter la modification de ses statuts. « J’ai la parole libre, ce n’est pas parce que je soutiens l’action du président de la République que je vais me taire quand quelque chose ne va pas », justifie Mme Lepage.

Absence d’une « parole libre » au sein de LRM

Déçu lui aussi, le sénateur (Mouvement des progressistes) du Val-d’Oise Robert Hue, qui avait rallié M. Macron en mars, dénonce de son côté la baisse des aides personnalisées au logement (APL) décidée par le gouvernement, une mesure « particulièrement indécente [qui] touchera des familles et des jeunes dont on connaît bien les difficultés ». Un coup de rabot également fustigé sur Twitter par Matthieu Orphelin, député (LRM) du Maine-et-Loire et ancien porte-parole de l’écologiste Nicolas Hulot.

D’autres ne cachent plus leur énervement devant les méthodes des parlementaires macronistes, qui mépriseraient les anciens élus. Le député (LRM) du Calvados Alain Tourret, un des rares invités à suivre M. Macron en campagne à La Réunion, a dénoncé l’absence de « parole libre » au sein du mouvement.

Jean-Louis Bourlanges, député (MoDem) des Hauts-de-Seine et autre soutien, a carrément quitté l’Hémicycle en plein débat sur le projet de loi de moralisation de la vie publique, mardi 25 juillet, excédé qu’on refuse de le laisser s’exprimer.

Sincères ou surjoués, ces coups de blues sont en tout cas surveillés de près par l’opposition, qui ne désespère pas de récupérer ces parlementaires macronistes déçus. « Certains n’en peuvent déjà plus et nous font des appels du pied pour revenir au bercail », assure ainsi un membre de la nouvelle direction du Parti socialiste.

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mardi 25 juillet 2017

Sondages : Macron face à ses premières difficultés

Par Cédric Pietralunga - le Monde

Si les débuts du nouveau président avaient été appréciés, notamment concernant l’international, cela ne semble plus suffire, à l’heure des premières mesures. Et la dégringolade semble rapide.

C’est une chute inédite pour Emmanuel Macron. En tout cas depuis son élection à la présidence de la République. Selon le baromètre Ifop publié dimanche 23 juillet par le JDD, le chef de l’Etat a perdu dix points de popularité en un mois. Désormais, 54 % des Français se disent satisfaits de son action, contre 62 % lors de son arrivée à l’Elysée et 64 % il y a un mois.

Jamais chef d’Etat n’avait subi une dégringolade aussi rapide avant lui, hormis Jacques Chirac, qui avait perdu quinze points entre mai et juillet 1995. A l’aube de son troisième mois de mandat, Emmanuel Macron est même moins apprécié que son prédécesseur François Hollande, pourtant présenté comme l’anti-modèle : le président socialiste disposait encore de 56 % d’opinions favorables à la même période.

Si l’Elysée refuse de commenter ce reflux, plusieurs proches du chef de l’Etat assurent ne pas être surpris par son ampleur. « Cette chute est normale, parce qu’on rentre dans le dur, estime François Patriat, sénateur (LRM) de la Côte-d’Or. Les gens voient qu’ils vont devoir faire des efforts et s’interrogent. Dès que les résultats seront là, ça remontera. » « Les mauvais sondages n’ont rien d’étonnant, abonde Arnaud Leroy, ancien député et porte-parole de LRM. On est obligé d’en passer par là si on veut réformer le pays. »

« LES GENS VOIENT QU’ILS VONT DEVOIR FAIRE DES EFFORTS ET S’INTERROGENT. DÈS QUE LES RÉSULTATS SERONT LÀ, ÇA REMONTERA »

ARNAUD LEROY, ANCIEN DÉPUTÉ ET PORTE-PAROLE DE LRM

Selon l’Ifop, les raisons de cette embardée sont à chercher du côté des premières mesures annoncées par l’exécutif. Hausse de la CSG le 1er janvier, gel du point d’indice et retour du jour de carence pour les fonctionnaires, réforme du code du travail par ordonnances… Autant de décisions qui inquiètent. La valse-hésitation autour de la suppression de la taxe d’habitation, reportée avant d’être maintenue, a pu aussi donner le sentiment qu’Emmanuel Macron ne tiendrait pas ses promesses de campagne, comme ses prédécesseurs.

Si les débuts du nouveau locataire de l’Elysée ont été appréciés, notamment ses premiers pas à l’international – et ses rencontres savamment mises en scène avec des chefs d’Etat étrangers comme Donald Trump ou Vladimir Poutine –, cela ne semble plus suffire. La démission forcée du général Pierre de Villiers, le 19 juillet, a pu également être interprétée comme un acte d’autoritarisme plus que d’autorité. « La séquence n’a pas aidé, même s’il est sain de commencer le nouveau quinquennat avec un nouveau chef d’état-major », reconnaît un parlementaire macroniste.

Coup porté aux classes populaires

Signe que c’est la politique du chef de l’Etat et pas nécessairement son image qui est mise en cause, le premier ministre dévisse lui aussi dans les sondages. Selon Ifop, 56 % des Français sont satisfaits de l’action d’Edouard Philippe, c’est huit points de moins qu’il y a un mois. « Le pays est dans un état difficile et cela implique des décisions d’économies qui sont par définition impopulaires, reconnaît-on à Matignon. Mais cela ne doit pas nous arrêter car les Français sont en attente d’action, pas de procrastination. »

Reste que certains s’interrogent sur la communication d’Emmanuel Macron, qui refuse de répondre aux journalistes – et donc de se servir des médias pour expliquer son action. « Au début, j’appréciais le côté jupitérien, maintenant je trouve que ça tourne en rond, ils veulent juste ne pas faire comme les autres, ça ne marche plus », regrette un élu LRM. Toujours désireux de façonner son image de « French Obama », Emmanuel Macron a prévu de rencontrer les chanteurs Bono et Rihanna cette semaine à l’Elysée.

L’alerte est d’autant plus sérieuse que le sondage Ifop a été réalisé avant que n’éclate, dimanche, la polémique sur les aides personnalisées au logement (APL). Matignon a beau marteler que « tout le monde doit faire des efforts », la mesure a de fortes chances d’être perçue comme un nouveau coup porté aux classes populaires.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, certains plaident dès maintenant pour un abandon de la mesure. « 5 €/mois, pour les étudiants les plus précaires, ce n’est pas neutre. Trouvons d’autres moyens pour les aider spécifiquement », a ainsi tweeté Matthieu Orphelin, député LRM du Maine-et-Loire et ancien porte-parole de Nicolas Hulot.

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lundi 24 juillet 2017

Macron en fait-il trop ?

Par  Myriam Encaoua

Attention à l’effet saturation ! Emmanuel Macron est partout depuis son élection, sur tous les fronts et toutes les images. Boxeur sur les quais de Seine pour défendre la candidature de Paris aux JO de 2024 il y a deux semaines, commandant de sous-marin nucléaire au large de l’île Longue au lendemain du Congrès de Versailles, pilote de chasse façon « Top Gun » sur la base aérienne d’Istres jeudi dernier… Le président donne l’impression d’enfiler les tenues de combat plus vite que son ombre. Au point de déclencher les rires sur les réseaux sociaux.

« Le chef de l’Etat se déguise, analyse le spécialiste de la communication Philippe Moreau Chevrolet. L’uniforme lui permet de se présidentialiser rapidement et de construire un style à la fois moderne et autoritaire. Mais, ajoute-t-il, en injectant en permanence ce type d’image aux Français, il peut donner l’impression d’un jeu de rôle. »

les visites de chefs d’état s’enchaînent

Attention donc à la posture… D’autant que les militaires n’apprécient guère cet effet de mise en scène. « Ça fait gadget, c’était gentil jusqu’à présent, mais là ça ne passe plus, grince le colonel Michel Goya, se remettant difficilement de la démission du général Pierre de Villiers mardi dernier. S’habiller de la sorte en pleine crise avec l’armée et nous dire après que c’est le chef d’état-major qui s’est mis en scène ! Il fallait oser ! » s’indigne-t-il.

Les hauts gradés ruminent encore les propos de Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, estimant que le général cinq étoiles a été « déloyal dans sa communication » en claquant la porte.

Mais l’omniprésence du président ne s’arrête pas aux images. Trump, Poutine, Netanyahou, les visites de chefs d’Etat s’enchaînent à l’Elysée, à Versailles, sur les Champs, à la tour Eiffel… Les interventions sur le front intérieur aussi. Mardi dernier, le président s’est invité à la dernière minute dans les jardins du ministère des Relations avec le Parlement, rue de Varenne, où Christophe Castaner conviait les députés de la majorité à prendre un verre. De cette visite surprise, on retiendra un message à double tranchant : « Il n’y a pas de caporalisme, pas d’ordre jupitérien, il y a une exigence commune », leur a dit le président. En clair, soyez libres… mais pas trop.

La promesse de ne pas intervenir sur tout semble loin

Emmanuel Macron occuperait-il tous les rôles, y compris celui de chef de la majorité, en lien direct avec ses troupes, essayant de contenir les premiers couacs ? Il donne en tout cas le sentiment de vouloir être partout. Lundi, le Premier ministre ouvre la conférence territoriale au Sénat… mais le président la conclut et se réserve les annonces principales. Jeudi, Macron devait aussi clôturer les états généraux de l’alimentation à Bercy. Cette fois, il n’est pas passé derrière Edouard Philippe. Un faux bond présidentiel inhabituel ou le signe que l’Elysée réalise que Matignon a besoin d’un peu d’air ? « Il est possible que cette petite musique soit remontée à la présidence », lâche prudemment un conseiller.

La promesse présidentielle de ne pas intervenir sur tout semble loin. Macron impose son agenda et son rythme… au risque de se priver du bouclier utile de Matignon en cas de difficulté. Les ministres sont priés de tenir bon malgré la fatigue qui pointe. « Nous sommes là pour réformer le pays », claironne un membre du gouvernement avant d’avouer que « la campagne a quand même duré plus d’un an »… L’hyperprésident devrait continuer à se démultiplier jusqu’au dernier Conseil des ministres le 9 août. D’ici là, il y aura d’autres images. A l’affiche de la semaine prochaine : la visite du chanteur Bono et de la chanteuse Rihanna à l’Elysée.

@myriamencaoua

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