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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 31 mai 2018

Macron sera-t-il le fossoyeur de la V° République?

Par Denis Jeambar 

Si le pays a pu traverser l'épreuve de mai 68, c'est parce que la constitution de 1958 a offert au pays une république moderne, démocratique et efficace qu'il ne faut pas trop triturer.

La révision de la Constitution permettra-t-elle à la Ve de gagner en modernité et en démocratie ? La réponse n'est pas évidenteNICOLAS MESSYASZ/SIPA

Depuis des semaines les acteurs désormais septuagénaires de mai 68 occupent le devant de la scène médiatique pour évoquer, raconter, célébrer ou commémorer mai 68. Tout se passe comme si la France d'aujourd'hui était née il y a cinquante ans et vivait encore sous l'emprise de la génération qui descendit alors dans la rue.

La révolte étudiante fut de fait un événement considérable mais elle ne doit pas occulter l'énorme mouvement ouvrier qui souleva alors le pays, le début de la  grève générale le 13 mai avec des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris alors que la fièvre étudiante commençait, ce jour-là, à retomber avec la réouverture de la Sorbonne, les accords de Grenelle du 27 mai prévoyant une augmentation immédiate de 35% du Smig (le salaire minimum interprofessionnel garanti) et de 10% en moyenne pour tous les autres salaires, puis la décrue du mois de juin après l'éclipse du général De Gaulle à Baden Baden le 29 mai et son tonitruant retour avec un discours à la radio le 30 mai à 16 heures 30, suivi aussitôt d'un immense rassemblement sur les Champs Elysées. Le chef de l'Etat réaffirme alors son autorité, dénonce à nouveau "la chienlit", confirme son soutien au gouvernement Pompidou et annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. L'enchaînement des trois crises, étudiante, sociale et politique, trouve son point final le 30 juin avec le triomphe législatif du parti gaulliste, l'Union pour la Défense de la république, avec  293 sièges sur 487.

Un héritage gaulliste à travers les tempêtes

La victoire, en vérité, est en trompe l'oeil pour De Gaulle. Le lien avec les Français est rompu. Un an plus tard, il met en jeu son mandat dans un référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation. Le 27 avril 1967, le "non" l'emporte avec 52,41% des suffrages exprimés. Juste après minuit, le 28 avril,  un communiqué laconique signe le départ définitif du pouvoir du général de Gaulle : "Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi."

Ces événements sans cesse rappelés ont fini par occulter un autre mois de mai qui compte pourtant beaucoup plus encore dans l'histoire du pays. Il y a 60 ans, en effet, le 29 mai 1958, en pleine tempête algérienne, René Coty, alors président de la République, faisait appel au "plus illustre des Français". Le 1er juin, l'homme du 18 juin 1940, après une traversée du désert de 12 années, était investi président du Conseil par l'Assemblée nationale. De Gaulle sera le dernier chef de gouvernement de la IVe République agonisante. Quatre mois plus tard, le 4 octobre 1958, naît la Ve République après avoir été approuvée par référendum le 28 septembre par 79,25% des Français s'étant exprimés dans les urnes. Six décennies se sont donc écoulées depuis son instauration. Après avoir traversé de multiples tempêtes, connue des révisions qui n'en ont pas fondamentalement changé l'esprit, ces institutions demeurent et constituent sans douter le coeur de l'héritage légué par leur concepteur.

La Ve République, triomphe d'un esprit démocratique

Depuis septembre 1791, la France a connu une instabilité constitutionnelle qu'aucun autre pays n'a subi : n'a-t-elle pas changé 15 fois de loi fondamentale au cours des 227 dernières années ! Certes, cette instabilité a cessé en apparence en 1875. Les lois constitutionnelles de février et juillet de cette année-là ont offert un record de durée à la IIIe République (70 ans) mais l'instabilité gouvernementale en fut la règle. La IVe, née de la Seconde guerre mondiale, a souffert des mêmes maux et n'a pu relever tous les défis qu'elle devait affronter : la reconstruction du pays, son redressement économique, la décolonisation. Elle a fini par sombrer, incapable de dégager des majorités législatives  stables et durables et donc d'offrir au pouvoir exécutif l'assise nécessaire quand survint la guerre d'Algérie. C'est au point que les fondements républicains sont ébranlés et menacés quand le général De Gaulle revient au pouvoir et impose la constitution de 1958 avec l'aide active de Michel Debré.

Cet acte, en vérité, est fondateur et domine tous les événements politiques depuis 60 ans, à commencer par mai 68. Il fait entrer la France dans le club des démocraties modernes. Cette donnée est essentielle et éclaire la résistance du pays à toutes les crises qu'il a traversées par la suite, notamment la fin de la guerre d'Algérie et les révoltes de 1968.  La Ve remplit les trois conditions recensées par le regretté Guy Carcassonne, grand constitutionnaliste, pour définir une démocratie moderne : "1) que les gouvernés choisissent effectivement les gouvernants ; 2) que les gouvernants aient effectivement les moyens de gouverner ; 3) que les gouvernants soient effectivement responsables devant les gouvernés." La combinaison du dispositif institutionnel et du scrutin majoritaire  à deux tours offre de fait un choix clair aux électeurs. Les gouvernants ont les moyens d'agir car l'exécutif a le soutien du législatif et peut le faire plier s'il devient rétif. L'arsenal de l'exécutif est fait de moyens puissants, jusqu'à pouvoir le libérer par des votes contraints des états d'âme de sa majorité. Enfin, dans toute démocratie "moderne", l'alternance  est une donnée de fond. Elle s'est imposée au fil des ans  dans l'histoire de la Ve République. C'est la preuve du triomphe d'un esprit démocratique qui nécessite toujours des soupapes à travers des contre-pouvoirs et l'existence constante d'une solution politique alternative.

Cette conjugaison institutionnelle harmonieuse est la clé la plus importante de l'histoire de la France depuis six décennies et de sa navigation à travers les épreuves. La marque de la Ve République est à la fois la stabilité, l'efficacité du système de gouvernement mis en place si on sait s'en servir et l'alternance. Certes, des révisions ont été adoptées mais, toutes, jusque-là, ont visé à faire encore gagner le pays en démocratie et en modernité : par exemple, le droit de saisine du Conseil constitutionnel ouvert à l'opposition par Valéry Giscard d'Estaing ou la question prioritaire de constitutionnalité voulue par Nicolas Sarkozy.

La centralité du pouvoir favorise les extrêmes

Aujourd'hui, une nouvelle révision se profile qui concerne à la fois la constitution mais aussi les lois organiques, ou ordinaires, régissant le Parlement et le système électoral. Va-t-elle permettre à la Ve de gagner encore en modernité et en démocratie ? La réponse n'est pas évidente tant le projet présenté soulève de questions et de débats. Certes, la petite dose de proportionnelle envisagée peut nuancer la brutalité du système majoritaire mais ne devrait pas en détruire l'efficacité. En revanche, la volonté affichée de réduire le droit d'amendement des parlementaires au nom de l'efficacité et de la rapidité est contestable. D'autant que le Conseil constitutionnel a renforcé son contrôle des amendements et élaboré une théorie nouvelle sur les limites de ce droit en visant les abus manifestes. En outre, l'exécutif a déjà le pouvoir de soumettre le parlement par le vote bloqué (article 44 de la Constitution), d'engager sa responsabilité sans courir de grands risques pour imposer un texte (article 49.3) ou de recourir aux ordonnances (article 38). Aucun gouvernement ne s'est privé depuis 1958 d'utiliser ces moyens pour sortir d'une impasse, d'un blocage ou pour accélérer le tempo de ses réformes.

Question : est-il vraiment nécessaire de renforcer encore l'emprise de l'exécutif ? La question mérite d'autant plus d'être posée que l'alternance n'est pas, de toute évidence, dans les gènes du pouvoir tant il développe avec méthode une stratégie pour la rendre impossible sauf à risquer le pire avec les extrêmes. Une situation que, de manière prémonitoire, Guy Carcassonne décrivait ainsi : "Si le pouvoir a été exercé par un vaste magma politique, auquel ne sont étrangers que des formations extrémistes, les électeurs n'ont pas de véritable choix, et les sortants se trouvent reconduits, dans des proportions, qui varient faiblement, par résignation plus que par désir".

C'est bien la situation actuelle du pays. La centralité du pouvoir, cherchant sans cesse à conquérir des renforts sur ses ailes de droite et de gauche, favorise la seule opposition des extrêmes. Ses postures radicales dans la conduite des réformes contribue aussi à un combat bloc à bloc qui ne laisse guère de place aux autres formations républicaines et démocratiques très affaiblies. Scénario inédit et préoccupant car si, par malheur, la résignation succède un jour ou l'autre à la ferveur macronienne, que le désir d'alternance n'existe plus, il est probable que la solide Ve République doive alors affronter des soubresauts jusque là inconnus.

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lundi 21 mai 2018

Macron : les limites d’une diplomatie jupitérienne

Par Marc Semo - Le Monde

Emmanuel Macron n’avait que peu d’expérience en politique extérieure au moment de son élection. Servi par son image, il a exercé une diplomatie proactive et pragmatique. Paradoxalement, c’est en Europe que le président est aujourd’hui le plus à la peine.

« France is back ! », aime à répéter Emmanuel Macron. Il lança la formule au Forum économique mondial de Davos, le 24 janvier et, la veille, à Versailles, s’adressant en anglais aux grands patrons américains de la nouvelle économie, en partance pour la station des Alpes helvétiques. Apôtre d’une francophonie « décomplexée », le président français manie volontiers la langue de Shakespeare pour vanter une France ouverte aux défis de la mondialisation.

L’élection surprise, le 7 mai 2017, de ce jeune et brillant technocrate aux convictions européennes assumées constituait déjà en soi un changement. D’où le rapide et indéniable succès d’image du nouveau président, même s’il se retrouve parfois en porte-à-faux, à force de vouloir concilier l’inconciliable.

Un an plus tard, le retrait de Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien, après celui sur le climat, malgré la relation affichée d’« amitié » entre les deux chefs d’Etat, représente un incontestable revers pour un président très attentif à son image.

Pour 55 % des Français, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info, il est perçu comme trop aligné sur le locataire de la Maison Blanche. Dresser le bilan de la politique extérieure d’Emmanuel Macron est prématuré, mais il est déjà possible de déceler les lignes de force et les failles de son action diplomatique.

Le jupitérien

Encore candidat, Emmanuel Macron déclarait dans l’hebdomadaire Challenges, en octobre 2016 : « La France a besoin d’un président jupitérien. » En s’installant à l’Elysée, il a rappelé que, selon la Constitution de la Ve République, le chef de l’Etat est le véritable maître d’œuvre d’une politique étrangère. Si le jeune président a fait de la personnalisation extrême de la fonction une marque de fabrique, elle est souvent ressentie comme de l’arrogance, notamment au sein de l’Union européenne (UE). Surtout, elle l’expose.

Avec un Donald Trump imprévisible, une Theresa May engluée dans le Brexit et une Angela Merkel affaiblie, Emmanuel Macron bénéficiait d’un exceptionnel alignement de planètes pour émerger sur la scène internationale. Il a très bien su en jouer.

« Le simple fait que, partout, il soit considéré comme un vrai président, et que la parole de la France soit à nouveau prise au sérieux, est déjà un vrai résultat, remarque l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine. Même s’il surjoue l’amitié et les contacts personnels, il affirme un style se démarquant clairement de celui de ses prédécesseurs. Maintenant, il doit transformer l’essai après ce démarrage réussi. »

Pour sa part, Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), avertit : « Ce retour est très frappant dans toutes les arènes internationales, mais cela peut aussi retomber très vite, comme l’effet Trudeau », évoquant la déconvenue après les débuts prometteurs du jeune premier ministre canadien.

Cet alignement de planètes, qui était la chance de M. Macron, est en passe de devenir son principal problème. Le président américain fait peu de cas des positions françaises. La chancelière allemande traîne les pieds sur ses ambitieux projets européens. La première ministre britannique ne s’occupe que de sa survie politique. Il est donc bien seul.

Avec la sortie américaine de l’accord nucléaire iranien, le chef de l’Etat affronte sa première crise diplomatique majeure. Conscient des lacunes du Plan d’action global commun (PAGC, JCPOA en anglais), signé en juillet 2015 à Vienne (Autriche), il proposait, dès septembre 2017, de le compléter, notamment sur le programme balistique de l’Iran, et sur les dangers de la politique régionale hégémonique de Téhéran. Au risque de paraître trop ­aligné sur Washington. « Vis-à-vis de Trump, Macron a pris la place laissée vacante par le Royaume-Uni. Il joue une stratégie britannique : se rapprocher pour influencer », note Bruno Tertrais, le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Désormais, Paris s’active aux côtés de Berlin et Londres pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Mais l’Europe pourra-t-elle – et, surtout, voudra-t-elle – suppléer aux conséquences économiques du retrait américain, pour convaincre Téhéran de continuer à respecter l’accord ? La polarisation croissante au Moyen-Orient entre les « axes » sunnite et chiite rend toujours plus indispensable, mais aussi plus difficile, le rôle de médiateur auquel prétend Emmanuel Macron.

Le bon élève

Enarque passé par Bercy, puis la banque Roth­schild, le président français n’avait a priori, en s’installant à l’Elysée, pas d’expérience en politique extérieure, même si, en tant qu’ancien secrétaire général adjoint à l’Elysée et sherpa de François Hollande, il avait participé à la préparation de sommets du G7 et du G20.

Cette relative ignorance fut paradoxalement un atout. « Il n’était pas prisonnier de vieux schémas ni d’a priori idéologiques, il a donc su voir vite le monde tel qu’il est, après les bouleversements des dernières années sur la scène géopolitique », relève un diplomate. Il a surtout appris très rapidement. « Emmanuel Macron s’inscrit à la fois dans une continuité assumée, avec ce que fut la diplomatie de la Ve République, avec un côté bon élève qui connaît son histoire de France, tout en affirmant un style très particulier par sa réactivité et sa rapidité. C’est un comportement très connoté start-up », précise Thomas Gomart, coordinateur avec Marc Hecker de « Macron an I. Quelle politique étrangère ? », une étude de l’IFRI, parue en avril, qui évoque son « classicisme agile ».

Le huitième président de la Ve République paie de sa personne. Il a effectué un nombre record de visites à l’étranger dans sa première année de présidence : 43 voyages, dont 26 dans les pays de l’UE, et quelque 170 000 kilomètres parcourus. Incarnée par ce jeune président proactif, la diplomatie française est à nouveau audible sur les grands dossiers. « Ce changement d’image de la France, avec un président incarnant la modernité, représente déjà en soi un succès majeur », se félicite Bruno Tertrais.

Pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron s’appuyait sur Jean-Yves Le Drian, le tout-puissant ministre de la défense du quinquennat Hollande, aujourd’hui installé au Quai d’Orsay. Les deux hommes ont une vision et une priorité communes : « La sécurité des Français est la raison d’être de ­notre diplomatie », martelait Emmanuel Macron le 29 août 2017, lors de sa première conférence aux ambassadeurs, assurant que sa priorité est « la lutte contre le terrorisme islamiste ».

M. Le Drian sait rester discret, tout en fournissant nombre d’éléments de langage au chef de l’Etat, mettant aussi à sa disposition ses réseaux personnels, en Afrique comme au Proche-Orient, notamment dans les Emirats arabes unis, en Arabie saoudite et en Egypte. Outre les diverses réunions hebdomadaires (conseil des ministres, conseil de défense restreint, etc.), ils se rencontrent pour un petit-déjeuner tous les mardis matin, afin de faire le point.

Le gaullo-mitterrandien

Le président Macron se revendique volontiers du « gaullo-mitterrandisme », socle d’une diplomatie française indépendante, amie et alliée des Etats-Unis, mais non alignée sur la politique de Washington. Une ­façon de se différencier de l’autre grande sensibilité de la politique extérieure ­française, plus atlantiste et « interventionniste », suivie par Nicolas Sarkozy puis par François Hollande.

« Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans, déclarait-il lors de ses vœux au corps diplomatique, en janvier. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur, à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak, et elle a eu raison. Elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. »

Bien réelle dans les années 1960-1970, l’opposition entre ces deux courants ne correspond plus à grand-chose, à l’heure du retrait américain des affaires du monde amorcé par Barack Obama, et accéléré par Donald Trump. « Le contexte géopolitique ne ressemble en rien à celui d’il y a un demi-siècle, et ces étiquettes détournent le regard des enjeux qui structurent les opinions aujourd’hui », souligne Justin Vaïsse, directeur du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay, dans un article publié par la revue Esprit en novembre 2017.

« Emmanuel Macron n’est pas un “néocon” [néoconservateur], il ne veut pas l’être et c’est très clair dans sa tête, même si la réalité est parfois plus compliquée, relève Hubert Védrine. Se dire gaullo-mitterrandien – qui est un mot-valise – lui permet de se démarquer de manière commode de ses prédécesseurs. »

Cela n’a pas empêché le chef de l’Etat de proclamer des « lignes rouges » en Syrie, à propos de l’acheminement des aides humanitaires, et, surtout, de l’emploi des armes chimiques. L’armée française a ainsi participé activement aux frappes du 14 avril, aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni, en représailles au bombardement chimique de Douma, le 7 avril, par Damas, mais non pour renverser le régime syrien. Si Emmanuel Macron répète volontiers que ce sera aux Syriens de décider du sort de Bachar Al-Assad, il rappelle aussi que les dirigeants de Damas devront être jugés pour leurs crimes. Ce qui n’est pas très différent de ce que disait Hollande. Il en est de même pour la lutte contre le djihadisme au Sahel.

« Il est facile de montrer les éléments de continuité par rapport au quinquennat précédent, et plus difficile de trouver des actes montrant une rupture. Il y a seulement eu quelques inflexions », souligne Bruno Tertrais. Un constat que partage, pour le déplorer, Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, soulignant que, sur la plupart des dossiers, « les éléments de continuité sont même ­incroyables, par rapport aux idées que l’on se faisait sur les intentions d’Emmanuel Macron, il y a un an ».

Le néoréaliste

Emmanuel Macron a des intuitions et un sens aigu des rapports de force. Pragmatique avant tout, il assume que la diplomatie soit faite pour défendre les intérêts d’un pays, et que négocier implique de parler, y compris avec ceux qu’on considère comme des adversaires.

Pour lui, la vocation de la France est d’être « une puissance d’équilibre ». « Il ne peut pas être pour autant un pur réaliste en matière de politique internationale, comme le furent de Gaulle ou François Mitterrand, car il doit tenir compte de l’opinion et de l’air du temps », constate Hubert Védrine. « Sa vision du monde, fondée sur les rapports de force, est en quelque sorte néoréaliste. La démocratie et les droits de l’homme ne sont pas un objectif en soi, mais ils doivent être placés dans le cadre d’une stratégie du possible », ajoute Bruno Tertrais de la FRS. D’où un verbe à géométrie variable. Si la diplomatie française pourfend les bombardements russes en Syrie, elle est beaucoup plus discrète sur ceux de l’aviation saoudienne au Yémen.

Recevant à l’Elysée, le 24 octobre 2017, le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi, dont le bilan en matière de droits de l’homme est au moins aussi désastreux que celui d’Hosni Moubarak, Emmanuel Macron se refuse, lors de la conférence de presse, « à donner des leçons hors de tout contexte ».

A l’Elysée, comme au Quai d’Orsay, on explique que ces questions, y compris des cas précis, sont plus efficacement traitées dans la discrétion. Vieux leitmotiv de la diplomatie française. Cela n’empêchera pas Emmanuel Macron de se lancer, le lendemain, devant la Cour européenne des droits de l’homme, dans un hymne aux libertés. « En tant que professeur, je lui donne 18/20 sur les intentions affichées, mais nettement moins que la moyenne pour les travaux pratiques », note Bertrand Badie avec une amère ironie.

La diplomatie très proactive d’Emmanuel Macron n’a pas encore donné de résultats concrets. Mais un an, c’est peu. Ainsi, impulsée par Paris, la toute première rencontre, en juillet 2017, à La Celle-Saint-Cloud, entre les deux hommes forts de la Libye, le premier ministre Fayez Al-Sarraj et le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, a permis de poser un jalon pour une stabilisation du pays… qui reste encore bien lointaine.

Les négociations sur la Syrie sont au point mort. Quant au conflit israélo-palestinien, il reste dans l’impasse : le président français s’est résigné à laisser faire Trump, tout en critiquant sa ­ politique de boutefeu. Compte tenu de la réalité des rapports de force à l’échelle mondiale, et du poids de la France, il était difficile d’espérer mieux.

Le philosophe

Celui qui fut l’assistant du philosophe Paul Ricœur pour La Mémoire, l’histoire, l’oubli (Le Seuil, 2003) a conscience du « tragique » de l’histoire, et en pressent le retour. Mieux, il y voit une ­occasion pour l’Europe d’échapper au « nihilisme » et « à l’insignifiance après trente ans de postmodernité mal digérée ». « Ce vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel entre dans une nouvelle aventure, où le tragique s’invite », confie-t-il, dans un accès d’exaltation, lors d’un entretien à la NRF.

Il voit paradoxalement dans ce retour du tragique des raisons d’être optimiste. « Sa vision du monde est cohérente, et construite en amont de son engagement politique », analyse Brice Couturier, auteur de Macron, un président philosophe (Ed. de l’Observatoire, 2017), tout en regrettant « l’abîme entre l’ampleur de ses conceptions et les impératifs de la gestion politique au jour le jour ».

Emmanuel Macron se fait volontiers le héraut d’un « multilatéralisme fort ». Devant l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2017, comme devant le Congrès américain à Washington, le 25 avril, il rappelle que « fermer la porte au monde n’arrêtera pas son évolution ». Un discours interrompu par une cinquantaine d’ovations debout, alors même que sa vision du monde est aux antipodes de celle du président américain, chantre de « l’Amérique d’abord ». Il rappelle aussi qu’il appartient aux Etats-Unis, principaux artisans à la fin de la seconde guerre mondiale de ce multilatéralisme, d’œuvrer à sa réinvention.

Le président est par ailleurs conscient du besoin de protestation des peuples. « Sa force est d’incarner une mondialisation raisonnée, disant clairement les choses sur les risques d’une mondialisation incontrôlée et, face au triangle stratégique Etats-Unis, Chine, Russie, il peut occuper un réel espace avec le ralliement des puissances moyennes », note Thomas Gomart, qui rappelle toutefois que, « la France pesant à peine 2,5 % du PIB mondial, elle ne peut pas faire grand-chose seule ».

Le disruptif

Emmanuel Macron casse volontiers les codes, et il incite son équipe diplomatique, globalement très jeune, à « faire des coups ». Son plus gros succès en la matière reste le sauvetage politique du premier ministre libanais, Saad Hariri. En novembre 2017, celui-ci avait annoncé, contraint et forcé, sa démission depuis Riyad (Arabie saoudite), où il était retenu, semble-t-il, contre son gré. Une médiation du président français, qui, à son retour des Emirats arabes unis, s’étant arrêté à l’aéroport de la capitale saoudienne, avait permis de résoudre la crise, tout en instaurant « un lien personnel fort » avec le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, qui fut accueilli avec faste à Paris, le 10 avril.

« Emmanuel Macron est une personnalité à la fois empathique et dure, qui aime la complexité », note un de ses anciens conseillers de campagne. Il affiche aussi facilement qu’ostensiblement son « amitié » pour nombre des grands dirigeants internationaux qu’il rencontre, qu’il s’agisse du tout-puissant numéro un chinois Xi Jinping ou en même temps du nationaliste indien Narendra Modi, grand rival de la Chine en Asie.

Benyamin Nétanyahou aussi est un « ami ». Il a d’ailleurs été le premier chef de gouvernement israélien invité aux cérémonies de commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv de 1942. Un style personnel et direct, inauguré avec Donald Trump et la poignée de main musclée de près de dix secondes entre les deux hommes, le 25 mai 2017 à Bruxelles, lors d’un sommet de l’OTAN.

« La relation personnelle qui s’incarne avec mes interlocuteurs est une adaptation permanente qui ne vaut que si elle est au service d’une stratégie », précisait-il le 6 mai dans un entretien au Journal du dimanche, l’un de ses canaux préférés de communication. L’amitié n’empêche pas d’aborder les points de désaccord.

Sur le climat et le nucléaire iranien avec Donald Trump, comme sur la Syrie, les campagnes médiatiques du Kremlin ou l’empoisonnement de l’ex-agent double Skripal, avec Vladimir Poutine. Avant son voyage à Saint-Pétersbourg, prévu les 24 et 25 mai, le président français rappelle cependant avec insistance l’importance de la Russie, « qui est aussi l’Europe, même si elle n’a presque jamais connu la démocratie telle que nous la vivons ».

L’Européen

En politique étrangère, l’Europe est son sujet préféré, celui qu’il connaît le mieux, et qui est, de son point de vue, le plus important. « Il nous appartient particulièrement en tant qu’Européens, de défendre les biens communs du monde libre que sont la démocratie, la paix, le climat. La France doit permettre à l’Europe de devenir le leader du monde libre », expliquait-il dans une longue interview à l’hebdomadaire Le Point, le 31 août 2017.

Ces thèmes ont également été, durant le mois de septembre 2017, au cœur de ses discours d’Athènes et de la Sorbonne, où il a longuement développé sa vision du projet européen. Aux yeux de Washington, comme des capitales des pays émergents, Macron incarne désormais l’UE. Or, c’est paradoxalement en Europe que le président français est aujourd’hui le plus à la peine.

« Son leadership sur l’Europe, comme auparavant celui d’Angela Merkel, existe avant tout par défaut, remarque Hubert Védrine. Comment le transformer, alors qu’il ne reçoit guère de soutiens des Etats membres et que celui de Merkel reste ­limité ? C’est son défi pour les prochains mois. » Ses propositions pour un Parlement ou un ministre de la zone euro ont été retoquées. Il en a été de même du projet, qui lui était particulièrement cher, de listes transnationales aux élections européennes de 2019, pour les sièges laissés vacants par les Britanniques.

Emmanuel Macron a beaucoup misé sur le soutien d’Angela Merkel, mais celle-ci, politiquement affaiblie, doit tenir compte de son aile droite, fermement opposée aux conceptions du président français, notamment sur la zone euro.

« IL AVAIT RÉUSSI À SE GLISSER DANS LES INTERSTICES D’UN SYSTÈME POLITIQUE FRANÇAIS BLOQUÉ, MAIS EN EUROPE CE PARI TIENT DE LA ­GAGEURE », NOTE UN DIPLOMATE

L’Europe du Nord est encore plus réticente à ses propositions. Les partis populistes continuent à avoir le vent en poupe, y compris dans des pays auparavant très europhiles comme l’Italie. Enfin, les ­démocraties illibérales prospèrent à l’Est. La conception très verticale du pouvoir d’Emmanuel Macron ne passe pas dans un système européen horizontal et fondé sur le compromis. « Il avait réussi à se glisser dans les interstices d’un système politique français bloqué, mais en Europe ce pari tient de la ­gageure », note un diplomate.

La transformation de l’Europe, son affirmation en tant que puissance, aussi bien sur le plan diplomatique que sur celui de la sécurité, sont pourtant plus nécessaires que jamais. Emmanuel Macron est conscient de l’enjeu.

Devant le Parlement européen, le 17 avril, il affirmait haut et fort « ne pas vouloir appartenir à une génération de somnambules », évoquant les dirigeants de 1914, aussi aveugles qu’irresponsables et incapables d’enrayer l’engrenage vers le pire.

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lundi 7 mai 2018

Emmanuel Macron, entre autorité présidentielle et autoritarisme

Par Julie Clarini - Le Monde

Auteur de l’ouvrage « Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ? », le philosophe Jean-Claude Monod décrypte la politique et la posture du président de la République.

Spécialiste de philosophie allemande et de philosophie politique, Jean-Claude Monod a publié en 2012 un ouvrage intitulé Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ? (Seuil), réédité en poche en 2017 avec une postface inédite (Points). Un an après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, il revient sur sa manière de gouverner et d’incarner le pouvoir.

On se demandait si François Hollande arriverait à s’imposer à la tête de l’Etat un an après son investiture. La question ne se pose pas, à la même échéance, pour Emmanuel Macron… En revanche, tout en endossant la fonction d’un chef de l’Etat de la Ve République, ne donne-t-il pas parfois le sentiment de surjouer le rôle ?

Emmanuel Macron s’est en partie construit en opposition à la figure du « président normal » incarnée par François Hollande. Conscient des attentes majoritaires du pays, celles d’un chef plus affirmé, il a théorisé la métaphore jupitérienne et l’a appliquée de manière relativement efficace, me semble-t-il.

La Ve République a été pensée pour le général de Gaulle, dont la légitimité historique et le charisme personnel étaient vraiment exceptionnels. Emmanuel Macron cherche donc à habiter cette fonction, en retrouvant de la solennité et de la distance.

Il recherche aussi la rareté, cette fois plutôt par contraste avec Nicolas Sarkozy qui saturait l’espace public. C’est une idée que l’on trouve déjà chez certains dirigeants en Grèce ancienne. Périclès ménageait ses apparitions, il rendait sa parole rare pour qu’elle reste frappante. Une certaine économie de la parole et de la présence est un élément assez classique de prestige. Evidemment, le risque est que toute cette attitude bien pensée ne se retourne contre Emmanuel Macron, que le ridicule ne l’emporte ou qu’il s’avère trop ­ « petit » pour la fonction.

Mais le pari de sa présidence est bien de coller à un certain esprit de la Ve République qui investit beaucoup dans cette figure présidentielle, y compris dans ce qu’elle a de monarchique. S’il est vrai qu’il y a dans la Ve République une articulation entre démocratie et monarchie, au sens de l’incarnation de l’autorité dans un homme, je ne suivrais sûrement pas le diagnostic que M. Macron a développé en 2015, selon lequel la France a la nostalgie d’un roi. Il y avait dans la royauté l’idée d’une différence de nature entre le souverain et les sujets, qui nous est devenue insupportable.

Le charisme du chef est-il une qualité naturelle, personnelle, ou une construction ?

Le charisme politique est toujours construit, mais il ne l’est pas ex nihilo. Celui de Barack Obama, par exemple, était très construit. Bien sûr, au départ, il y avait chez lui un ethos, une certaine attitude, mais des agences de communication ont affiné tout cela. Chez M. Macron aussi, il y a des qualités intrinsèques, comme un art de l’argumentation, une certaine agilité intellectuelle, une capacité à aller au débat…

A mon sens, ce n’est pas un très bon orateur – ses discours ne transportent pas les foules –, mais c’est un excellent débatteur. Ce genre de qualités est ensuite beaucoup retravaillé. On sait d’ailleurs qu’il a fait appel à des agences de communication qui avaient étudié le cas de Barack Obama.

Comment cerner le type de chef que veut incarner M. Macron ? Il ne joue ni sur la corde patriarcale ni sur la corde viriliste…

Il y a un mélange chez lui d’autorité et de discours moderniste. Il conjugue un registre néolibéral – la « start-up nation », la confiance dans les marchés, etc. – avec une posture d’ordre et d’autorité assumée. Ce n’est pas inédit, c’est ce qu’on pourrait appeler un « libéralisme autoritaire ».

CE QUI EST CERTAIN, C’EST QU’EMMANUEL MACRON NE JOUE PAS AU PÈRE DE LA NATION OU TRÈS PEU, PRÉFÉRANT INCARNER UN CERTAIN DYNAMISME, JOUANT SUR SA JEUNESSE…

Il y a à cet égard un air de famille avec Margaret Thatcher, l’ancienne première ministre du Royaume-Uni [1979-1990], même si – heureusement, dirais-je – l’idéologie ­macronienne cherche en principe un équilibre avec l’Etat protecteur.

On songe aussi au Valéry Giscard d’Estaing [président de la République de 1974 à 1981] des débuts : un président jeune, de droite, européiste, qui a d’ailleurs pris des mesures sociétales progressistes, comme l’abaissement de la majorité à 18 ans ou la dépénalisation de l’avortement – sans équivalent chez M. Macron !

Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron ne joue pas au père de la nation ou très peu, préférant incarner un certain dynamisme, jouant sur sa jeunesse… A part le général de Gaulle [1958-1969] et François Mitterrand [1981-1995], les présidents de la République ont peu investi la figure paternelle.

Quant à la dimension phallocratique du chef, elle n’est pas tout à fait désactivée – on le voit défilant sur un char ou rappelant l’armée à l’ordre –, mais elle est minorée car le personnage « privé » tel qu’il se construit – et tel qu’il est construit par les médias – inverse le schéma classique de l’homme âgé avec une femme plus jeune. Et les rumeurs d’homosexualité qui ont couru pendant la campagne ont contribué à installer un registre plus ambigu.

Lors d’une conférence à Abou Dhabi, en mars, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République française, a déclaré que « les démocraties détruisent les leaderships ». Qu’en pensez-vous ?

Ce serait donc, si l’on en croit Nicolas Sarkozy, du côté de la Chine et de la Russie qu’on observerait des leadeurs authentiques. Mais ce type de pouvoir ne pose précisément pas la question du leadership dans les bonnes coordonnées, puisqu’il n’a pas à faire ses preuves auprès des citoyens ; il mine les possibilités d’expression du dissensus. La réflexion de l’ancien chef de l’Etat s’installe dans une vision du leadership où seuls rentrent en ligne de compte les critères d’autorité et ­d’« efficacité » de la décision.

Il semble tout de même étrange, après un siècle d’expériences totalitaires et de culte du chef, que le refus du chef tout-puissant ne soit pas posé comme point de départ. Ce qu’il est important de penser, au contraire, c’est ce que doit être spécifiquement un chef démocratique, avec les limitations que cela implique.

On peut donner des exemples de leaderships démocratiques dans l’histoire, de chefs qui ont eu de véritables capacités d’action, comme Franklin Delano Roosevelt, Charles de Gaulle ou Léon Blum. Ce dernier avait développé, avant d’être élu président du ­Conseil, toute une réflexion sur la nécessité du chef, preuve que cette dernière a eu lieu à gauche comme à droite.

Car on entend souvent dire que le chef est une figure de droite, mais c’est faux. La gauche a aussi beaucoup réfléchi sur la capacité d’action du chef en lien avec la délibération, les contre-pouvoirs, etc. C’est quand on détruit cette articulation qu’on bascule vers l’extrême droite ou l’extrême gauche, avec la figure du chef léniniste. Mais de manière générale, il y a une méconnaissance des tentatives pour penser la question du chef en démocratie.

L’historien résistant Marc Bloch [1886-1944] médite, pendant la guerre, sur ce que serait le chef républicain, celui qui entraîne par la raison un peuple dans son projet, débattu, objet d’un accord provisoire. Et surtout, rappelons que le chef démocratique est celui qu’on peut congédier. Vladimir Poutine, en muselant toute vraie opposition, a fait en sorte de ne plus pouvoir être congédié : il est aberrant de le présenter comme un modèle.

Emmanuel Macron, dans sa fonction actuelle de président, est-il proche de cette figure du chef en démocratie que vous tentez de cerner dans vos réflexions ?

Je dirais qu’il l’est en surface mais pas en profondeur. Il y a aujourd’hui une sorte de crise de l’art de gouverner démocratique. Cette crise se traduit par une poussée de leadeurs nationalistes faisant appel à des valeurs de repli et d’exclusion de l’étranger, de Viktor Orban en Hongrie, à Donald Trump aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, il me semble que M. Macron a quelque dimension d’un chef démocratique puisque, au moins dans sa campagne, il n’a pas joué sur les ressorts xénophobes ; il a essayé de construire un récit de progrès, d’ouverture…

PEUT-ÊTRE Y AURA-T-IL, APRÈS LA DÉRÉGULATION, LA PROTECTION ? C’EST CE QU’ON NOUS PROMET.

Ce sont des dimensions de la démocratie moderne, héritées des Lumières avec leur horizon rationnel et cosmopolitique. Il n’en reste pas moins que sa pratique est tout autre, peu favorable au progrès de l’égalité, et très à droite : la loi sur l’asile et l’immigration est extrêmement répressive ; sa politique fiscale est profondément favorable aux intérêts des plus riches ; il y a eu plus de CRS dans les universités qu’il n’y en a jamais eu dans toute l’histoire de la Ve République… Mais peut-être y aura-t-il, après la dérégulation, la protection ? C’est ce qu’on nous promet.

Vos propos laissent penser que le chef démocratique est forcément de gauche. Doit-il nécessairement prendre en charge le sort des dominés ?

La démocratie, c’est le pouvoir du plus grand nombre, donc le chef en démocratie doit gouverner en étant profitable au plus grand nombre et pas seulement à une minorité. Dire cela n’est a priori ni de gauche ni de droite. On peut citer des gouvernements de droite qui ont fait des choses qui sont favorables à l’intérêt général. Mais les mesures fiscales prises depuis la présidence d’Emmanuel Macron ne sont favorables qu’aux plus riches, et non à la majorité du peuple – sauf à croire à la théorie du ruissellement et du premier de cordée, laquelle ne trompe plus grand monde.

Aristote disait déjà que la démocratie était le régime qui favorisait la plupart, donc les pauvres. Il ne le disait d’ailleurs pas en bonne part, alors qu’à mon sens on peut en faire un trait positif de la démocratie et une attente légitime à l’égard d’un chef authentiquement démocratique. Je ne cache pas qu’il s’agit plutôt d’une interprétation de gauche de la démocratie, mais elle me semble pouvoir faire l’objet d’un accord plus large.

ON A L’IMPRESSION D’UNE SURDITÉ FACE À DES FORMES DE CONTESTATION OU D’EXPÉRIMENTATIONS POLITIQUES, COMME LA ZAD DE NOTRE-DAME-DES-LANDES, D’UNE VOLONTÉ DE PASSAGE EN FORCE POUR SES RÉFORMES.

Et puis, est-ce qu’un chef démocratique ne devrait pas œuvrer à accroître la capacité d’expression du peuple dans sa pluralité ? Je pense que si. Or, le projet de réforme constitutionnelle semble tendre au contraire à amoindrir le pouvoir du Parlement. Par ailleurs, la gestion de la majorité est extrêmement caporalisée.

En somme, Emmanuel Macron est sur une ligne de crête entre la réhabilitation d’une certaine autorité présidentielle et l’autoritarisme. On a l’impression d’une surdité face à des formes de contestation ou d’expérimentations politiques, comme la ZAD de Notre-Dame-des-Landes [Loire-Atlantique], d’une volonté de passage en force pour ses réformes.

Or, Paul Ricœur [le philosophe présenté par M. Macron comme l’un de ses maîtres] notait ceci dans un entretien intitulé « Pour une éthique du compromis » [revue ­Alternatives non violentes, 1991] : « Le compromis est ce qui empêche la société de tomber en morceaux. Le conflit majeur résulte (…) de ce que tout, actuellement, appartient à l’ordre marchand. [Or] il y a des biens qui ne sont pas des marchandises, comme la santé, l’éducation, la citoyenneté… Le compromis s’inscrit entre les exigences rivales venant de ces ordres différents. »

Or, les contestations actuelles sont plus profondes que des contestations juste ponctuelles : elles engagent d’autres horizons de sens et d’usage, elles portent le projet d’organisations sociales qui seraient moins dans la logique marchande. Ce constat n’est pas présent à l’esprit d’un gouvernement qui fait vite donner la troupe.

Que pensez-vous de la figure que M. Macron joue sur la scène internationale ?

C’est le domaine le plus convaincant. Autant on peut être choqué par un certain nombre de décisions intérieures, autant au plan international, M. Macron cherche à transformer l’Europe, à faire de la France la garante d’engagements internationaux pour le climat…

Une dimension intéressante est son parler franc : il noue des liens sans renoncer à des inflexions démocratiques, il montre de la considération pour les peuples et les pays, mais tient un discours de vérité aux gouvernants – à géométrie variable cependant, voir la complaisance envers l’Arabie saoudite.

COMMENT SE FAIRE RECONNAÎTRE COMME INTERLOCUTEUR DANS LES REGISTRES PROPRES DE DIRIGEANTS COMME TRUMP ET POUTINE SANS ADOPTER LES CODES DE LA « POLITIQUE DES GRANDS SINGES » THÉMATISÉE PAR LES ÉTHOLOGUES ?

Il a reçu le représentant de la Russie, Vladimir Poutine, avec égards, mais il a dénoncé devant lui l’usage russe de médias et de campagnes sur Internet à des fins de déstabilisation des démocraties.

Mais cette fois encore, il est sur une ligne de crête : comment se faire reconnaître comme interlocuteur dans les registres propres de dirigeants comme Donald Trump et Vladimir Poutine sans adopter les codes de la « politique des grands singes » thématisée par les éthologues ? Sans rentrer dans la démonstration de force des mâles dominants ?

Car c’est ce qui frappe dans la mise en scène des rencontres. Faut-il en passer par là pour être un interlocuteur respecté ? Jouer le bras de fer au sens littéral ? C’est assez consternant sur l’état du monde politique. On pouvait imaginer être beaucoup plus avancé dans la déconstruction de ces postures de virilisme. On a affaire à des figures qui assument les traits les plus archaïques du pouvoir.

Emmanuel Macron est-il un objet d’analyse intéressant pour un philosophe ?

Certainement. Mais j’en profite pour soulever un point qui m’importe : la réforme Blanquer de l’enseignement au lycée fragilise la philosophie. Je trouve paradoxal qu’une telle marginalisation ait lieu sous le mandat du président le plus formé en philosophie de toute la Ve République.

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samedi 21 avril 2018

Les Femmes votent...

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lundi 16 avril 2018

Face à Plenel et Bourdin, Macron se dit à l’écoute « des colères du pays »

Par Bastien Bonnefous - Le Monde

Le président a réfuté, sur BFMTV, RMC et Mediapart, l’idée d’une « coagulation » des mécontentements en France. Dans une interview à l’atmosphère parfois électrique.

A quelques jours du premier anniversaire de son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron s’est offert comme cadeau, dimanche 15 avril, un entretien télévisé d’un type inédit. Dans l’enceinte du Théâtre national de Chaillot, avec la tour Eiffel en arrière-fond, il a été confronté pendant plus de deux heures et demi aux questions souvent abruptes de deux journalistes, Jean-Jacques Bourdin (BFMTV et RMC) et Edwy Plenel (Mediapart). Au point qu’à plusieurs reprises, l’exercice a viré à un débat d’opinions au cours duquel le chef de l’Etat a reproché à ses interrogateurs leurs « questions orientées » ou à leur « démagogie ».

Sur le fond, M. Macron a surtout cherché à soigner son image d’un président de la République qui se dit à l’écoute « des colères du pays », alors que les mécontentements sociaux se multiplient à la SNCF, chez les retraités, dans les universités et dans le milieu hospitalier, mais inflexible sur sa volonté de réformer. « Mon objectif reste de réconcilier le pays, mais on ne le fera pas par l’inaction en cédant à la tyrannie de certaines minorités », a-t-il prévenu.

Onze mois après son élection, le chef de l’Etat, qui a retrouvé plusieurs fois au cours de l’émission son ton de la campagne présidentielle, « conteste une logique de coagulation des mécontentements » et dit toujours vouloir « entraîner les Français dans des réformes de structure profondes » propres à la « société de transformation » globale qu’il promeut dans le secteur privé comme dans les services publics.

« Pris personne en traître »

Point par point, M. Macron a donc défendu le bilan de sa première année de mandat, assurant n’avoir « pris personne en traître » et avoir appliqué son programme de candidat. S’il « assume les gestes fiscaux » faits en direction des Français les plus aisés, avec notamment la réforme de l’impôt sur la fortune, il récuse en revanche être « le président des riches ». « Mes priorités de réduction fiscale sont pour les classes moyennes » et pour « les vulnérables de la nation », a-t-il répondu, alors que la CSG a augmenté pour une partie des retraités, quand la suppression de la taxe d’habitation n’est toujours pas entrée en vigueur.

A l’image de son prédécesseur François Hollande qui avait pâti dès les premiers mois de son mandat d’une cassure avec les Français sur la question fiscale, M. Macron souhaite circonscrire au plus vite ce potentiel incendie. « Il n’y aura pas de création d’un nouvel impôt local, ni d’un impôt national, il n’y aura pas d’augmentation de la pression fiscale » durant son quinquennat, a-t-il promis.

Engagé à dépenser dans plusieurs domaines

Un engagement risqué alors qu’il reste encore quatre ans de mandat. D’autant qu’en parallèle, le chef de l’Etat s’est engagé à dépenser dans de nombreux domaines. Il a ainsi confirmé que l’Etat reprendrait « à partir du 1er janvier 2020 » et « progressivement » une partie de la dette de la SNCF, sans toutefois avancer de montant. Il a également promis d’« investir massivement » dans les Ehpad et de ne pas faire d’économies supplémentaires « sur l’hôpital dans le quinquennat ».

Pour la première fois, M. Macron a même évoqué la possibilité d’un « cinquième risque » concernant la dépendance des plus âgés, pris en charge par la sécurité sociale. Avec quels financements ? La ministre de la santé Agnès Buzyn a soulevé récemment l’idée d’une deuxième journée travaillée non payée. « C’est une piste intéressante », a commenté le président de la République.

Maintien de « l’ordre républicain »

Pas question en revanche pour M. Macron d’apparaître trop libéral en matière de maintien de « l’ordre républicain ». Ainsi a-t-il jugé « pas légitime » la colère des opposants à l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. « La colère de qui ? Des gens qui depuis des années bloquaient un endroit où on faisait construire un aéroport qu’on ne construit pas et qui aujourd’hui viennent continuer à protester ? », a-t-il reproché aux zadistes, assurant que « tout ce qui devra être évacué [à Notre-Dame-des-Landes] le sera » à l’issue du nouveau délai de régularisation laissé par le gouvernement aux occupants illégaux.

De même, M. Macron a de nouveau contesté le bien-fondé du mouvement dans certaines facultés, répétant que la mobilisation était moins le fait des étudiants « bien souvent minoritaires » que de « professionnels du désordre ».

« J’ai la légitimité démocratique »

Devant autant de sujets à risque, quelle peut être la force d’entraînement du chef de l’Etat auprès des Français ? Des sondages récents ont montré que sa popularité s’érode dangereusement au sein des classes populaires et moyennes, mais reste élevée dans les catégories supérieures. De même, son parti La République en marche apparaît de plus en plus comme un parti de droite, en rupture avec son positionnement équilibré « et de droite, et de gauche » lors de la campagne présidentielle.

Comment, dans ce cas, convaincre une large majorité de Français de la nécessité de ses réformes ? « J’ai la légitimité démocratique », a rappelé dimanche soir M. Macron. Une légitimité qu’il tire des résultats de l’élection présidentielle de mai 2017, même si son score a bénéficié du vote utile face à Marine Le Pen, et plus encore de ceux, sans appel, des législatives un mois plus tard. « Les Français ont donné une majorité au projet que je porte », a expliqué le président de la République qui réfute toute « faiblesse congénitale » à son socle social et électoral dans le pays.

Face à des oppositions toujours dispersées, M. Macron est persuadé d’être encore central sur l’échiquier politique, un an après sa victoire. Au point d’évoquer déjà la suite. Les Français pourront « juger de mes actes dans cinq ans ou dans dix ans », a-t-il ainsi précisé dimanche soir. Une manière de glisser incidemment qu’il s’imagine bien candidat à un second mandat.

 

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dimanche 15 avril 2018

Emmanuel Macron - ce soir face à la Presse

macron

Macron poursuit sa tentative de reconquête de l’opinion, dimanche, sur BFMTV, RMC et Mediapart

Par Bastien Bonnefous - Le Monde

Après le 13 heures de TF1 jeudi, le chef de l’Etat sera interrogé ce soir par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. Les questions internationales devraient être davantage abordées, au lendemain des frappes en Syrie.

L’offensive médiatique d’Emmanuel Macron continue, avec un deuxième entretien télévisé accordé en quatre jours pour défendre le bilan de la première année de son quinquennat. Dimanche 15 avril, le président de la République sera interrogé dans la soirée sur BFMTV, RMC et Mediapart, après son entretien spécial, jeudi 11 avril, sur TF1, dans le journal de 13 heures.

Deux interviews, deux ambiances. Interrogé sur TF1 par Jean-Pierre Pernault depuis une salle de classe d’une école primaire d’un village normand, à Berd’huis (Orne), le chef de l’État sera confronté dimanche soir, depuis le Théâtre national de Chaillot, à Paris, aux deux journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, réputés pour leur pugnacité.

Jusqu’à présent économe de sa parole à la télévision, Emmanuel Macron multiplie les interventions au moment où les premières tensions sociales de son quinquennat s’amplifient, à la SNCF, dans les universités ou dans les maisons de retraite. Près d’un an après son élection à la présidence de la République, le chef de l’État connaît un décrochage dans les sondages, notamment auprès des classes populaires et moyennes. Mal protégé par un gouvernement peu connu des Français, Emmanuel Macron est donc contraint de monter lui-même en première ligne pour expliquer son action.

Sur TF1, le chef de l’etat n’a reculé ni sur le rythme des réformes, ni sur leur contenu, mais il a pris soin d’adopter un ton plus empathique que par le passé. Un exercice de communication destiné en priorité aux Français retraités et/ou provinciaux – les principaux téléspectateurs du JT de Jean-Pierre Penault – alors qu’Emmanuel Macron doit effectuer un nouveau déplacement la semaine prochaine, mercredi 18 avril, dans les Vosges, sur le thème de la ruralité.

« Jusqu’au bout » de la réforme de la SNCF

Jeudi, le président de la République s’est voulu rassurant en expliquant qu’il entendait « les inquiétudes » des retraités mécontents de la hausse de la CSG et des habitants des zones rurales préoccupés par la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires et le difficile accès aux services publics. Mais il n’a rien cédé sur le fond, en affirmant notamment qu’il ira « jusqu’au bout » de la réforme de la SNCF, en dépit de la grève discontinue des cheminots depuis deux semaines. Sa prestation a été particulièrement suivie, réunissant 6,4 millions de téléspectateurs, soit plus d’un sur deux à cette heure d’antenne, selon Médiamétrie.

En sera-t-il de même dimanche soir sur BFMTV, RMC et Mediapart ? Interrogé vendredi 13 avril par l’AFP, Hervé Béroud, le rédacteur en chef de BFMTV, a assuré que l’émission sera « très différente et complémentaire de celle de jeudi ». Le choix de ces trois médias devrait permettre à Emmanuel Macron de s’adresser à un public plus urbain et plus actif, du fait notamment du créneau horaire tardif.

Les questions internationales devraient être davantage abordées, au lendemain de la participation de la France aux frappes aériennes en Syrie. Outre le conflit syrien, devraient être également évoquées la situation en Europe, les relations de la France avec les Etats-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine, mais aussi des sujets plus nationaux, comme le mécontentement social, les choix économiques du gouvernement, sa politique d’asile et d’immigration, le rapport à la laïcité du chef de l’Etat ainsi que son style de présidence.

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jeudi 12 avril 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin - Pernaut et perlinpinpim

Avec une héroïque impavidité, Emmanuel Macron a résisté aux assauts furieux de Jean-Pierre Pernaut, fait d’interpellations assassines et de relances meurtrières. Cette joute haletante a permis au président de livrer le fond de sa pensée : il ne change rien. Et si l’on cesse d’ironiser, Emmanuel Macron a répondu aux demandes, aux revendications aux protestations non par des concessions mais par de la communication politique stricto sensu. La réduction de l’ISF était justifiée, dit-il, la réforme de la SNCF ira jusqu’au bout, la hausse de la CSG pour les retraités était légitime – elle est gratifiée d’un remerciement solennel – les zadistes n’ont rien à faire à Notre-Dame-des-Landes, les facs occupées le sont indûment et les étudiants doivent penser à leurs examens plutôt qu’à la réforme Parcoursup. Un discours sans annonces. Pernaut et perlimpinpin…

Alain Juppé était droit dans ses bottes, Macron est droit dans ses studios. Pour le reste, le Président s’est adressé comme prévu à la France rurale, ou «périphérique», selon la formule consacrée, avec beaucoup d’empathie et de précision, rappelant son ascendance cheminote, son enfance amiénoise et même la dangerosité du tronçon de route L’Aigle-Argentan. Il y a du caméléon dans cet homme-là, dont il maîtrise les facettes avec un brio incontestable : intello avec les intellos, catho avec les cathos, bobo avec les bobos, prolo avec Pernaut. Cela ne calmera pas la colère des cheminots ni l’ire de certains étudiants. Derrière les explications, il y a une détermination, maintes fois affirmée. «J’irai jusqu’au bout», répète-t-il comme on le fait d’un mantra. C’est bien possible. Mais cette fermeté risque de se solder par l’humiliation des battus et la mise hors-jeu des corps intermédiaires. Un bonapartisme souriant : c ’est peut-être la marque du «nouveau monde» promis par En marche.

LAURENT JOFFRIN

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Le maître d’école

Sur la forme, l’exercice est plutôt réussi. Emmanuel Macron et Jean-Pierre Pernaut sont très bien, assis face à face dans une salle de classe de l’école de Berd’huis (Orne). Une jolie classe, avec de beaux dessins aux murs, dans une école connectée modèle. Cela fait de bien meilleures images que si le président était allé dans une école de banlieue, comme celle de Chanteloup-les-Vignes, incendiée il y a dix jours… Cette interview télévisée du chef de l’Etat – la première depuis le début de l’année- visait à faire de la pédagogie. Le professeur Macron s’y est employé, avec un ton mesuré, sans les formules provocatrices qu’il utilise parfois. Sur le fond, le message est simple et clair : pas question de changer de ligne ou de modifier le rythme des réformes. « Je fais ce que je dis et j’irai jusqu’au bout », a martelé le chef de l’Etat. C’est le cas pour la SNCF malgré la grève des cheminots, la hausse de la CSG des retraités ou la baisse de la vitesse à 80 km/h (pour une période d’essai de deux ans) sur les routes départementales. Aucun changement à attendre non plus en ce qui concerne l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il s’agit de faire respecter l’ordre républicain face aux « fauteurs de trouble », dit-il, et aux « agitateurs professionnels » qui selon lui bloquent un certain de nombre d’universités. Bref, le chef de l’Etat est droit dans ses bottes pour « remettre en marche le pays ». Alors cet exercice sur TF 1 a-t-il été profitable ? S’il s’agissait de convaincre les Français, on peut en douter. Mais le président revient pour un nouvel oral dimanche soir, cette fois sur BFMTV, RMC et Mediapart. Le Parisien.    

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lundi 9 avril 2018

Save the date ...

mediapart

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dimanche 8 avril 2018

François Hollande pense que "l'illusion macronienne va se lever", selon un proche

À l'approche de la sortie du livre de l'ancien chef de l'État, mercredi prochain 11 avril, ses proches se confient dans les colonnes du Parisien. Selon eux, François Hollande prédit à Emmanuel Macron "réveil très violent".

François Hollande en a gros sur la patate, selon ses fidèles amis. Interrogées par nos confrères du Parisien  à l'approche de la sortie de son livre, Les leçons du pouvoir (Stock), le 11 avril 2018, où il revient sur ses 5 ans passés à l'Élysée, leurs langues se délient. Et le moins que l'on puisse dire est que son ancien poulain, Emmanuel Macron, en prend pour son grade.

"François pense que l’illusion macronienne va se lever et que le réveil sera très, très violent. C’est un animal politique, il sent l’humus", confie ainsi un proche de l'ancien président de la République. Alors que l'actuel chef de l'État est dans la tourmente avec la mobilisation des cheminots, François Hollande semble prêt à frapper fort. "Pêché d'orgueil", "arrogance"... ses fidèles préparent déjà le terrain.

 François Hollande, bientôt de retour ?

De son côté, son successeur ne l'a pas ménagé non plus. Emmanuel Macron a reçu le couple Sarkozy à dîner à l'Élysée, a rendu visite à Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac, mais n'a pas eu de geste pour son prédecesseur. Il n'a pas non plus pris soin de le mettre sur la liste des invités lors des commémorations des attentats. "Une attitude méprisante est toujours une erreur", remarque un proche de François Hollande.

Ses vieux amis avouent enfin que le président sortant n'en a pas fini avec la France. "Il n'a renoncé à rien", confient-ils. L'un d'eux va plus loin : "s'il arrête, il est mort. Il n'y a que ça qui le tient ! ". De là à se représenter à la magistrature suprême ?

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