Partager sur Face Book

Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mercredi 19 septembre 2018

Emmanuel Macron face à la grogne des retraités

Par Raphaëlle Besse Desmoulières, Cédric Pietralunga, Audrey Tonnelier

Alors que les aînés avaient en 2017 davantage voté pour l’actuel chef de l’Etat que la moyenne des Français, ils sont aujourd’hui une large majorité à se dire déçus de l’action de l’exécutif

« Il faut arrêter d’emmerder les retraités ! » D’habitude réticent à raconter les coulisses du pouvoir, l’Elysée a fait une exception, lundi 17 septembre. Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, le chef de l’Etat a tenu une réunion avec ses conseillers, le même jour, au cours de laquelle il a exclu toute velléité de modifier les droits de succession durant le quinquennat. « On n’y touchera pas tant que je serai là […]. On a demandé des efforts aux retraités. Mais maintenant, arrêtez de les emmerder », aurait cinglé le président, paraphrasant Georges Pompidou qui, en 1966 lorsqu’il occupait Matignon, avait enjoint à ses conseillers de « foutre la paix » aux Français.

L’Elysée ne s’en cache pas, cette sortie était destinée à éviter les spéculations sur un alourdissement des droits de succession. C’est Christophe Castaner, le patron de La République en marche (LRM), qui avait allumé la mèche, vendredi 14 septembre. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement avait annoncé l’ouverture d’une « réflexion sans tabou sur la fiscalité des successions ». Une erreur, selon le président. « On a besoin d’un équilibre dans les efforts, à partir du moment où les retraités ont été mis à contribution, il n’est pas question d’en rajouter », estime un conseiller.

Cette exception à l’habituel mutisme de l’Elysée en dit long sur l’inquiétude que provoque la grogne des retraités au sein de l’exécutif, malgré le choix assumé jusqu’à présent de privilégier les actifs. Gérard Collomb lui-même a mis les pieds dans le plat, mardi 18 septembre dans un entretien à L’Express : « A un moment donné, il ne faut pas charger la barque », a jugé le ministre de l’intérieur.

Hausse de la CSG

Alors que les aînés avaient en 2017 davantage voté pour Emmanuel Macron que la moyenne des Français, ils sont aujourd’hui une très grande majorité à se dire déçus de l’action du gouvernement. Selon le baromètre de l’institut Elabe, publié le 6 septembre, 72 % d’entre eux disent ne pas avoir confiance dans le chef de l’Etat, contre 64 % pour l’ensemble des Français. Ils étaient seulement 44 % en janvier dernier et 35 % lors de l’élection d’Emmanuel Macron, en mai 2017. Dans ces conditions, difficile de faire entendre que le niveau de niveau de vie médian des retraités est légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population.

« Les retraités sont ulcérés de constater que beaucoup de personnes, y compris au sommet de l’Etat, les considèrent comme des nantis », s’emporte Christian Bourreau, président de l’Union française des retraités. Sur le terrain, les parlementaires de la majorité font face aux critiques. « Sur les marchés, les retraités me parlent de la hausse de la CSG, même ceux qui ne l’ont pas subie », déplore Emilie Cariou, député LRM de la Meuse. A cette augmentation de la CSG, entrée en vigueur le 1er janvier 2018 et non compensée pour 60 % des retraités, est venu s’ajouter un quasi-gel des pensions pour 2019 et 2020, annoncé fin août par le premier ministre Edouard Philippe. Si la première mesure avait été détaillée lors de la campagne présidentielle de M. Macron, ce n’est pas le cas de la seconde.

Comme les allocations familiales et les APL, ces prestations ne seront revalorisées que de 0,3 % les deux prochaines années, ce qui devrait permettre à l’Etat d’économiser au total autour de 3 milliards d’euros par an selon le taux d’inflation. « Pour les personnes affectées par la hausse de la CSG et la non-revalorisation de leur pension, cela représente un demi-mois de retraite en moins », assure Valérie Rabault, présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, et ancienne rapporteure du budget.

100 000 RETRAITÉS MODESTES VONT ÊTRE EXONÉRÉS L’AN PROCHAIN DE LA HAUSSE DE 1,7 POINT DE LA CSG

« On ne dit pas assez merci aux retraités, met en garde un membre du gouvernement. Si une partie d’entre eux sont égoïstes et refusent toute idée de solidarité entre générations, de nombreux retraités s’inquiètent au contraire pour leurs enfants et petits-enfants. Ceux-là, il ne faut pas les abandonner, il faut leur expliquer et leur répéter qu’ils sont mis à contribution pour que la vie de leurs descendants s’améliore. »

Preuve de cette préoccupation, l’exécutif a confirmé, mardi, que 100 000 retraités modestes allaient être exonérés l’an prochain de la hausse de 1,7 point de la CSG. Il s’agissait d’un angle mort de la réforme, qui avait dans un premier temps échappé au gouvernement : un certain nombre de conjoints, pour la plupart des femmes, bénéficiaires de petites retraites avaient découvert en début d’année qu’ils subissaient de plein fouet la hausse de la CSG, uniquement parce que le revenu fiscal global de leur couple était au-dessus du seuil d’application de la réforme. Edouard Philippe avait annoncé en mars qu’il fallait « corriger le dispositif », mais Bercy avait tardé à préciser les choses.

Climat anxiogène

Soucieux d’envoyer des signaux aux seniors les plus modestes, le groupe LRM à l’Assemblée nationale a également souhaité travailler à une modulation de cette sous-revalorisation des pensions de retraite, qui pourrait prendre la forme d’une prime exceptionnelle. Mais l’exécutif, qui a dû revoir à la baisse ses prévisions de croissance, ne paraît pas très allant. « Nous regarderons les propositions des parlementaires, mais les engagements du président de la République en matière de dépenses publiques ne sont pas négociables », avertissait la semaine dernière le cabinet de Bruno Le Maire.

Olivier Véran, rapporteur général de la commission des affaires sociales, ne se dit pas non plus « très emballé » par cette idée : « C’est très complexe techniquement pour un rendu qui n’est pas majeur », explique le député LRM de l’Isère.

Les incertitudes pesant sur la réforme des retraites contribuent aussi à rendre le climat anxiogène pour une population qui, ne cesse pourtant de répéter le gouvernement, ne sera pas concernée par ce futur big-bang. Un épisode l’a particulièrement illustré : les ratés de la communication gouvernementale autour du devenir des pensions de réversion ont obligé M. Macron à fustiger, en juillet devant le congrès à Versailles, la « rumeur malsaine » qui fait « croire que nous voudrions supprimer les pensions de réversion ». « Rien ne changera pour les retraités d’aujourd’hui », avait-il martelé.

A l’approche des élections européennes de mai 2019, un scrutin souvent délaissé par les Français, les signaux sont donc au rouge, d’autant que les seniors sont parmi ceux qui votent le plus. « La fracture est profonde, note Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP. Emmanuel Macron prend un risque politique : celui d’un vote sanction et de redonner un souffle extraordinaire à la droite républicaine. » Qui verrait ainsi revenir à elle un électorat qui lui est traditionnellement acquis.

Posté par jourstranquilles à 07:54 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

Contexte explosif autour de l’audition au Sénat d’Alexandre Benalla

Le Sénat va tenter, ce mercredi matin, de dénouer la question de la protection du président, ainsi que le rôle que l’ancien collaborateur du chef de l’Etat a pu y tenir.

« Instrumentalisation politique », volonté de « s’arroger un pouvoir de destitution » du chef de l’Etat, « campagne politique personnelle » du président de la commission d’enquête sénatoriale, le Républicain (LR) Philippe Bas : à l’approche de l’audition d’Alexandre Benalla, les petites piques et les mises en garde de l’exécutif ont fusé. L’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron, mis en examen pour avoir malmené des manifestants en marge des défilés parisiens du 1er-Mai, doit être entendu mercredi 19 septembre à partir de 8 h 30 au Sénat.

Dans la foulée sera auditionné Vincent Crase, chef d’escadron dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, filmé à ses côtés lors de ces incidents, et également mis en examen.

Au moment des faits, les deux hommes étaient respectivement adjoint du chef de cabinet de la présidence et employé du parti présidentiel La République en marche (LRM). Ils ont tous deux été licenciés après la divulgation des événements dans la presse.

Révélée en juillet par Le Monde, l’affaire a été qualifiée de « tempête dans un verre d’eau » par le président Macron. Mais, loin de s’évanouir, elle continue d’occuper le devant de la scène et a donné lieu ces derniers jours à des échanges musclés entre exécutif et sénateurs s’écharpant sur la question de la séparation des pouvoirs.

Aucune question sur l’enquête

La convocation de M. Benalla, 27 ans, devant le Sénat, a elle-même viré au feuilleton. L’ex-chargé de mission a d’abord laissé entendre qu’il souhaitait être auditionné. Puis qu’il ne préférait plus. Avant de finalement céder, « contraint », à la requête des sénateurs, afin d’éviter des « poursuites judiciaires », tout en taxant au passage Philippe Bas de « petit marquis ». Selon des sources parlementaires, elle ne devrait pas être à huis clos, alors que l’avocat d’Alexandre Benalla, Laurent-Franck Liénard, avait évoqué une telle possibilité.

Philippe Bas et Jean-Pierre Sueur, corapporteur (Parti socialiste) de la commission, martèlent n’avoir qu’un objectif : mettre au jour d’éventuels « dysfonctionnements » des services de l’Etat. Et cela en n’empiétant pas sur les prérogatives de la justice, ce qui serait contraire à la séparation des pouvoirs.

Mais pour Me Liénard, « le champ des interrogations possibles va être très limité » pour les sénateurs, puisque, a-t-il souligné, son client « ne peut pas répondre aux questions qui seraient posées sur l’enquête ; et la commission ne peut pas poser de questions sur l’enquête ». Selon l’avocat, Alexandre Benalla est utilisé par « beaucoup de gens » comme « la torpille à balancer sur Emmanuel Macron ».

La question de la protection du président

Les sénateurs, qui ont déjà procédé à de nombreuses auditions, y compris de proches du chef de l’Etat, entendront également mercredi Yann Drouet, ancien chef de cabinet du préfet de police de Paris. Au centre de leurs préoccupations, la question de la protection du président et le rôle qu’Alexandre Benalla, qui avait intégré l’équipe de sécurité d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, a pu y tenir, en dépit des « règles » établies par les institutions.

La protection du président est en effet « la responsabilité d’un service de l’Etat », martèle M. Bas. Elle est dévolue à deux unités d’élite, le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et, à l’intérieur de l’Elysée, le commandement militaire.

« On s’approche de la reconnaissance » que M. Benalla « jouait bien un rôle en matière de sécurité », déclarait M. Bas à l’issue des dernières auditions. Mais « il y a toujours un refus d’admettre qu’il pouvait avoir un rôle de protection rapprochée », relevait-il. Malgré « un permis de port d’arme » et de nombreuses images où on le voit aux côtés du président.

Posté par jourstranquilles à 07:25 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 18 septembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin - Collomb saute dans un canot

Contrairement à Christophe Colomb, Gérard du même nom, ou presque, l’un des premiers conquistadors macroniens, n’est guère séduit par le nouveau monde. Pas au point de s’y installer, en tout cas. Après une courte escale place Beauvau comme ministre d’Etat du régime, il a tout à trac annoncé son désir de revenir à Lyon, son port d’attache. On dit que la décision était prise de longue main. Peut-être. Après tout, il fut un bon maire de Lyon, il pense que ce passé lui donne un avenir. Mais outre que sa volonté de rempiler pour un quatrième mandat ne fleure guère le renouvellement, il est difficile de ne pas la rapprocher de son commentaire peu amène sur le style affiché depuis un an par l’exécutif : pas assez «humble», a-t-il dit, ce qui n’est guère aimable. Son hubris à lui se déploie sur les bords du Rhône. Bon connaisseur de l’Antiquité, il préfère la capitale des Gaules à celle de la France, et donc Belenos à Jupiter. Il n’empêchera pas les mauvais esprits de penser qu’il quitte un navire qu’il juge perdu dans l’océan du «en même temps».

Du coup, la marche triomphale de LREM commence à ressembler à une débandade. Bayrou empêché et mécontent, Hulot retiré sur l’Aventin de Saint-Lunaire, Collomb sur le départ, une députée LREM qui parle du Titanic et se réfugie sur le rafiot UDI, Flessel qui s’esquive, Nyssen proche de la roche Tarpéienne, Le Maire contesté, Ferrand neutralisé au perchoir, Kohler inquiété, Benalla devant les juges et les sénateurs : poids lourds et poids plumes sont proches du K.O. Après «la poudre de perlimpimpin» chère au Président, la poudre d’escampette, le tout sur fond de sondages en berne. Présidence verticale, chute tout aussi verticale.

La Ve est une assurance-vie : il reste quatre ans pour redresser la barre. Rien n’est encore joué. Les réformes peuvent encore agir, la présidence hautaine se réformer, l’événement, prince de la politique, jouer soudain en faveur du Président. Mais le paysage a changé du tout au tout. On était en marche, on est à la rame. On a comparé les débuts de Macron à ceux de Bonaparte. Après un an de règne, on est désormais plus proche de Waterloo que d’Austerlitz.

LAURENT JOFFRIN

Posté par jourstranquilles à 19:22 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

Affaire Benalla : « Le Sénat apparaît comme le principal contre-pouvoir de notre système présidentialiste »

benalla

Par Olivier Beaud, professeur de droit public à l'Université Panthéon-Assas

Dans le cadre de l’affaire Benalla, la garde des sceaux Nicole Belloubet expliquait dans le « Monde » qu’une commission d’enquête parlementaire ne pouvait pas viser ce qui touchait le président. Un argument contesté dans une tribune par Olivier Beaud, professeur de droit public.

Dans une récente tribune [Le Monde des dimanche 16 et lundi 17 septembre], la garde des sceaux met en doute la compétence de la commission d’enquête parlementaire du Sénat pour traiter de l’affaire Benalla. Mme Belloubet propose une interprétation restrictive du champ d’intervention des commissions d’enquête en se fondant sur la Constitution, sur l’ordonnance du 7 novembre 1958 et sur le principe de la séparation des pouvoirs. Interprétation qu’on peut contester.

La première objection concerne l’argumentation portant sur le cas du chef de l’Etat. La ministre de la justice s’attache à restreindre au maximum la portée des articles 24 et 51-2 de la Constitution en estimant que le président de la République, à la différence du gouvernement, ne pourrait faire l’objet d’un contrôle du Parlement. Elle se fonde donc sur le caractère « bicéphale » (président et gouvernement) du pouvoir exécutif pour affirmer que, à l’évidence, le président n’est pas le gouvernement.

Décalage avec la pratique de la Ve République

Mais une telle interprétation littérale de la Constitution est en décalage complet avec la pratique de la Ve République dans laquelle le président gouverne au mépris de l’article 20, qui attribue au gouvernement la direction de la politique de la nation. Cette interprétation est semblable à celle de François Mitterrand qui, en 1984, dispensa son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, d’aller s’expliquer devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale dans l’affaire dite des « avions renifleurs ». Succombant à un bel anachronisme, il invoqua la « tradition parlementaire » des IIIe et IVe Républiques, en vertu de laquelle le chef de l’Etat, irresponsable politiquement, devait être soustrait à tout contrôle du Parlement.

La garde des sceaux invoque également les articles 67 et 68 de la Constitution, dont on peut cependant faire une lecture diamétralement opposée. En effet, le premier article interdit d’imposer au chef de l’Etat de « témoigner » devant « aucune juridiction ou autorité administrative française » (art. 67). Or, une commission d’enquête n’est ni l’une ni l’autre. Par ailleurs, l’article 68, dans sa nouvelle version de 2008, a introduit un embryon de responsabilité politique du chef de l’Etat pouvant conduire à une éventuelle destitution. Il est donc loin d’être évident que l’interprétation de 1984 soit encore valable aujourd’hui.

L’argument le plus contestable de la ministre est celui du principe de séparation des pouvoirs : il offrirait des « garanties procédurales » au chef de l’Etat et à ses collaborateurs, alors que le citoyen y verrait plutôt un privilège de l’exécutif. Un tel principe ne peut plus servir aujourd’hui à empêcher le contrôle parlementaire de l’ensemble des activités de l’exécutif, auquel le président est pleinement agrégé. On semble oublier ici l’autre face de ce principe, la collaboration des pouvoirs, qui fonde le régime parlementaire et permet au Parlement de demander des comptes aux gouvernants.

Rapport de force politique

Enfin, Mme Belloubet s’appuie sur l’article 6 de l’ordonnance de 1958 qui prévoit « qu’il ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours ». Or, cette règle n’a pas empêché, dans la pratique, d’avoir des cas où une enquête judiciaire et une enquête parlementaire ont cheminé de concert, sans dommages ni pour l’un ni pour l’autre. Le cas du sang contaminé en est un bel exemple, l’affaire d’Outreau en est un autre. Surtout, si elle était appliquée strictement, une telle règle priverait le Parlement de tout droit à ouvrir ou maintenir une commission d’enquête car il suffirait au pouvoir exécutif, qui contrôle le parquet, de laisser ouvrir une information judiciaire sur un sujet controversé pour faire obstacle au contrôle parlementaire.

« QUAND LES PARLEMENTAIRES APPARTIENNENT À LA MAJORITÉ PRÉSIDENTIELLE, LEUR INTERPRÉTATION DES TEXTES EST, COMME PAR HASARD, DÉFAVORABLE AUX DROITS DU PARLEMENT »

En réalité, la résolution du problème d’interprétation de la Constitution dépend du rapport de force politique. Quand les parlementaires appartiennent à la majorité présidentielle, leur interprétation des textes est, comme par hasard, défavorable aux droits du Parlement. Ainsi, en 1985, Louis Mermaz, président de l’Assemblée nationale, avait sagement obéi à François Mitterrand dans l’affaire des avions renifleurs, comme Henri Emmanuelli, à l’époque de l’affaire Habache (1992) ; tandis qu’en 2009, le bureau de l’Assemblée nationale déclara irrecevable la demande de création d’une commission d’enquête sur les sondages de l’Elysée.

Aujourd’hui, le président du Sénat (Gérard Larcher, LR) et celui de la commission (Philippe Bas, LR) sont plus rétifs : ils interprètent donc les textes en faveur du contrôle parlementaire de l’entourage présidentiel. Avec succès, semble-t-il, puisque ni le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler, ni le directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, n’ont refusé de venir s’expliquer devant la commission, alors même qu’une information judiciaire avait déjà été ouverte.

La garde des sceaux semble d’ailleurs admettre ce rapport de force défavorable lorsqu’elle reconnaît aux seules instances parlementaires le pouvoir « d’apprécier si leurs travaux risquent d’empiéter ou non sur le champ de l’enquête judiciaire ». En effet, il n’y a pas de tiers possible pour résoudre le conflit d’interprétation entre le Sénat et le gouvernement (et le président de la République). On doit même ajouter que le Conseil constitutionnel n’étant pas une cour constitutionnelle, il n’est pas compétent pour trancher les litiges entre organes constitutionnels, ce qui n’est pas plus mal tant sa jurisprudence en matière institutionnelle est contestable.

Dans ce bras de fer entre la présidence de la République et le Sénat, ce dernier aura probablement le dernier mot car nul ne peut le contraindre à céder. Comme du temps du général de Gaulle, le Sénat apparaît ainsi comme le principal contre-pouvoir de notre système présidentialiste. L’éventuel échec du projet de révision constitutionnelle, actuellement pendant, viendra peut-être confirmer cette leçon.

Posté par jourstranquilles à 07:41 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le complot contre Fillon

Il faut revenir sur le cas Fillon. Depuis que sa mise en examen l’a privé de l’Elysée, un discours para-complotiste a prospéré. Ha, voilà bien la manipulation ! dit-on. Une presse militante et une justice partisane lui accrochent une casserole en pleine campagne. Il tombe. Dix-huit mois plus tard, il n’est toujours pas jugé, ni même renvoyé devant le tribunal. Preuve qu’on l’a crucifié pour des broutilles, tout cela dans l’intérêt de Macron. Le candidat lui-même avait allumé la mèche, en jurant qu’un «cabinet noir» hollandais était à la manœuvre, qu’il avait la preuve du complot, qu’il livrerait «les dates et les noms». Les supplétifs ont suivi.

Pas de chance : les extraits de la procédure révélés par le Journal du Dimanche ruinent cette pieuse théorie. La justice a fait son travail. Les juges ont cherché les indices démontrant que Pénélope Fillon avait travaillé pour son mari. Ils n’ont rien trouvé. Ou plutôt si : deux notes détaillant le discours qu’elle devait tenir sur l’affaire, qui ressemblent furieusement à une liste d’éléments de langage destinés à soutenir une thèse acrobatique. Au passage, on en apprend un peu plus sur les liens étranges noués entre le candidat de la droite et Robert Bourgi, généreux donateur de costumes Arnys. Quant au «cabinet noir», il a disparu dans les limbes, tout comme «les noms» des manipulateurs de l’affaire.

Cela ne veut pas dire que Fillon sera condamné. La justice peut encore estimer que les preuves sont insuffisantes, qu’il faut prouver un non-travail, tâche difficile, ou que la pratique était courante et que le cas Fillon n’est pas pendable. En revanche les éléments mis à jour par le Canard Enchaîné ont été validés par l’enquête et les habitudes financières de Fillon restent étranges, sinon illégales. Ce qui a suffi à provoquer sa chute. Il n’y a pas plus de complot contre lui que de traces du labeur au long cours de Pénélope Fillon. Seulement une opinion exigeante qui a écarté de la présidence un candidat douteux.

LAURENT JOFFRIN

Posté par jourstranquilles à 05:00 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 15 septembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin - Au fond du trou

macron22

Sondage angoissant, à tous égards, sur les intentions de vote aux européennes. Bien entendu, il n’augure pas du résultat final à neuf mois du scrutin et bien avant que la campagne ait démarré. Mais il donne une idée de l’air du temps politique. Premier enseignement, le Rassemblement national, en dépit de ses ennuis judiciaires, des tribulations de Marine Le Pen, du discrédit personnel qui pèse sur elle depuis le débat calamiteux de la présidentielle, se retrouve au coude à coude avec LREM en tête du classement, à 21%. Cette résilience illustre évidemment la force du courant xénophobe et antimusulman en France, d’autant qu’on peut y ajouter le score de Nicolas Dupont-Aignan – 6%, dont le discours est tout aussi raide que celui du RN.

On remarquera aussi, à travers un test éclairant, que le lepénisme sans Le Pen progresse au sein de la droite classique. La moitié des élus LR au Parlement européen n’a pas voté l’application à la Hongrie de l’article 7 du traité européen. Une esquive qui revient à ratifier les innombrables atteintes aux libertés publiques perpétrées par le gouvernement Orban, justement sanctionnées par la grande majorité des députés européens. La droite n’est pas seulement identitaire: elle commence à pencher vers les démocraties «illibérales», c’est-à-dire autoritaires, non démocratiques, potentiellement fascisantes. C’est le penchant naturel du nationalisme, qui fait passer les «droits de la nation» avant les droits humains. Les Républicains de Wauquiez, naguère force dominante, plafonnent à 14%, tiraillés ent re centre et extrême droite, eux aussi identitaires mais en mal de respectabilité européenne.

La macronie ramenée à 21,5% paie l’irritation suscitée par la personnalité du président et la multiplication des faux pas pendant l’été, autant que l’assombrissement brusque des perspectives économiques. Mais ce n’est pas la gauche qui en bénéficie: tout compris, elle plafonne à moins de 27%, divisée de surcroît en cinq morceaux épars: 12,5% pour la France insoumise, 5% pour les écologistes, 4,5% pour le PS, 4% pour Génération.s de Benoît Hamon, et 1,5% pour le PCF.

Elle se retrouve ainsi devant un dilemme: s’agréger autour de Jean-Luc Mélenchon, qui a passé son costume de rassembleur, ou bien jouer la résurrection d’une force de gauche réformiste. La deuxième hypothèse, que les commentateurs affectent de juger invraisemblable, serait logique. Il existe un électorat entre Macron et Mélenchon, constatation électorale triviale. Il existe surtout un espace d’idées et de projets entre dégagisme et libéralisme de centre droit. Petit à petit, le patrimoine politique de la gauche de gouvernement se reconstitue. Elle gouverne au Portugal et en Espagne, elle persiste au Royaume-Uni, elle se développe aux Etats-Unis à la gauche du Parti démocrate. Plusieurs livres témoignent d’un renouveau, tel celui de Yascha Mounk, en passe de remporter un succès mondial. L’écologie, qui suppose la régulation collective de l’économie de marché, est naturellement socialisante. Bref les morceaux du puzzle réformiste peuvent encore se rassembler. Au fond du trou, il y a encore un peu de lumière. Encore faut-il un projet fédérateur et une représentation politique crédible. Pour l’instant, en France, cette représentation est éparse, pour ne pas dire en miettes. Mais les militants, les électeurs, les élus savent au fond d’eux-mêmes que dans la situation présente, ils devront choisir entre dégagisme, libéralisme et nationalisme. Perspective déprimante: on attend un catalyseur. LAURENT JOFFRIN

Posté par jourstranquilles à 10:09 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 8 septembre 2018

Bon courage !

IMG_0503

IMG_0505

Posté par jourstranquilles à 09:02 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 6 septembre 2018

Face à son impopularité croissante, Macron veut « tenir »

IMG_0492

IMG_0499

Par Cédric Pietralunga - Le Monde

Le président a mis en scène un gouvernement au travail, mercredi, en ouvrant les portes du conseil des ministres à la presse. Et il ne souhaite pas changer de cap, malgré les turbulences.

Emmanuel Macron l’a souvent dit : il n’aime pas « montrer les coulisses ». Le chef de l’Etat a pourtant fait une exception, mercredi 5 septembre, et accepté d’ouvrir à la presse le Salon Murat, à l’Elysée, pour assister au début du conseil des ministres ; le premier pour François de Rugy, le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, qui se tenait à la droite du chef du gouvernement Edouard Philippe, mais aussi pour Roxana Maracineanu, la nouvelle titulaire du portefeuille des sports, placée entre Christophe Castaner et Stéphane Travert, deux des fidèles grognards de la Macronie.

Objectif de la mise en scène : montrer que le gouvernement repart du bon pied, après le choc de la démission surprise de Nicolas Hulot et la valse-hésitation autour du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.

« Le semestre qui s’ouvre ne sera pas plus tranquille ni plus oisif que celui qui précède, avec du sens à donner, avec des transformations concrètes à conduire », a ainsi déclaré Emmanuel Macron lors d’un propos introductif, sous l’œil des caméras. « Beaucoup de choses ont été faites mais beaucoup de choses sont encore à faire », a ajouté le chef de l’Etat.

La stratégie du « tapis de bombes »

« Le gouvernement est là, il est au complet, il est au boulot », a abondé Edouard Philippe quelques heures plus tard, à l’issue d’un séminaire gouvernemental organisé lui aussi à l’Elysée. Prévue le 24 août, la réunion avait dû être reportée suite au départ de M. Hulot. « L’essentiel, ça n’est pas le bruit médiatique (…), il ne doit pas masquer la réalité des transformations profondes qui sont engagées », a insisté le premier ministre, qui se montre en privé agacé par les procès en hésitation. « Nous allons maintenir le cap et l’intensité des transformations », a-t-il ajouté à l’intention de ceux qui le voient procrastiner.

Reprenant la stratégie du « tapis de bombes » qui lui avait réussi en début de mandat, l’exécutif a dévoilé son agenda de réformes. Sans surprise, il s’annonce chargé.

Comme Emmanuel Macron s’y était engagé devant le Congrès le 9 juillet, la priorité sera donnée aux sujets économiques et sociaux. Le plan pauvreté, initialement attendu en juillet, sera présenté le 13 septembre. Cinq jours plus tard, ce sera le tour du plan hôpital. En octobre, une « réunion de synthèse » aura lieu sur la réforme des retraites et des « groupes de travail » seront lancés sur la prise en charge de la dépendance, avec pour objectif d’aboutir à deux projets de loi en 2019 sur ces sujets.

« La réforme constitutionnelle demeure une priorité »

Edouard Philippe a également confirmé qu’un plan prisons sera dévoilé le 12 septembre et que le projet de loi de programmation sur la justice sera examiné par le Sénat en octobre. Les réflexions engagées par le président de la République sur la révision des lois de bioéthique et sur la « structuration de l’islam de France » devraient quand à elles aboutir respectivement à la fin de l’année et au début de la suivante. Une « grande concertation » sur le service national universel devrait enfin être engagée « à l’automne ».

Signe qu’il n’y aura pas de reculade malgré les avanies, l’ancien maire du Havre (Seine-Maritime) a assuré que « la réforme constitutionnelle demeure une priorité », alors que les discussions sur le sujet ont été interrompues en juillet à la suite de l’affaire Benalla. Selon M. Philippe, la réforme sera réinscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale « au plus tard cet hiver (…) tout début janvier ou fin janvier ».

Cette avalanche de nouvelles réformes suffira-t-elle à redonner de l’air à l’exécutif ? Dans les sondages, le chef de l’Etat atteint un étiage inquiétant. Selon le baromètre IFOP-Fiducial publié le 4 septembre, les Français ne sont plus que 31 % à se dire satisfaits de l’action du locataire de l’Elysée, une chute de dix points en un mois. Non seulement une majorité des personnes interrogées dit ne plus croire à l’efficacité de la politique économique d’Emmanuel Macron (68 %, en hausse de six points) mais 53 % estiment désormais qu’il ne renouvelle pas la fonction présidentielle, alors que c’était jusqu’ici l’une de ses forces.

« Course contre la montre »

A l’Elysée, si l’on reconnaît une mauvaise passe, on veut croire que les Français seront redevables au chef de l’Etat de sa « cohérence » et de sa « détermination », et que leur opinion se modifiera à mesure de l’amélioration de la situation économique, même si celle-ci pourrait prendre plus de temps du fait de la conjoncture.

« Rien de ce que nous entreprenons depuis quinze mois n’est fait pour l’immédiat ou sous la pression de l’immédiat », a lui-même rappelé M. Macron en préambule du conseil. « Il faut tenir », a-t-il ajouté à l’intention de ses ministres.

« C’est le pari d’Emmanuel Macron : être impopulaire aujourd’hui et tout mettre sur la politique de l’offre pour espérer des retombées avant la fin du quinquennat, analyse Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP. Mais c’est une course contre la montre car les précédents montrent que s’il est facile d’engranger de l’impopularité, la remontée est un chemin de longue haleine. Il faut six à huit mois pour que l’opinion commence à adhérer à l’idée que la situation économique s’améliore. La pesanteur est là. »

En attendant, Emmanuel Macron aurait tiré une première leçon de la succession de mauvaises séquences de cet été. Selon Les Echos, la communication de l’Elysée, pointée du doigt à plusieurs reprises, devrait être reprise en main par Sylvain Fort, l’ancien directeur de la communication de la campagne de M. Macron et actuel conseiller chargé des discours du chef de l’Etat. Objectif : retisser le lien distendu avec les médias. Interrogé, l’Elysée a refusé de confirmer, renvoyant le sujet à la réorganisation des services de la présidence, attendue d’ici à la fin de l’année.

Posté par jourstranquilles à 07:28 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 4 septembre 2018

La Chine va mettre fin à sa politique de contrôle des naissances

Pékin prépare un code civil ne faisant aucune référence à une limitation du nombre d’enfants, selon un journal officiel. La fin de quarante années de strict planning familial.

Après quatre décennies d’un contrôle drastique des naissances, Pékin s’apprête à renoncer à sa politique de planning familial. Selon un journal juridique officiel, un code civil est en préparation en Chine et ne devrait pas faire référence à la limitation du nombre d’enfants.

Affolé par le vieillissement de sa population, le pays avait officiellement abandonné fin 2015 sa politique dite de « l’enfant unique ». Depuis, tous les couples mariés sont autorisés à avoir un deuxième enfant… mais pas davantage. Le code civil actuellement en préparation doit être adopté lors d’un vote en 2020 par l’Assemblée nationale populaire, chambre d’enregistrement législative du régime.

Le Parti communiste (PCC) avait commencé à imposer la politique de l’enfant unique en 1979 afin d’enrayer la forte poussée démographique du pays le plus peuplé du monde. Appliqué au prix d’avortements forcés, d’amendes et de stérilisations, ce strict contrôle des naissances est décrié en raison des déséquilibres provoqués : vieillissement de la population et baisse de la proportion de femmes, nombre de familles préférant avoir un garçon.

Vieillissement accéléré de la population

Avant le changement de politique de 2015, cinquante millions de femmes bénéficiaient cependant déjà du droit d’avoir deux enfants, en raison de plusieurs exceptions accordées aux minorités ethniques, aux familles rurales dont le premier enfant était une fille, ainsi que, plus récemment, aux couples dont au moins un membre était enfant unique.

Mais la nouvelle loi peine à porter ses fruits : le nombre de naissances a stagné en 2017, avec 17,23 millions de bébés. De nombreux couples rechignent à avoir un second enfant, mettant en avant l’envol des prix de l’immobilier, les coûts de l’éducation et l’impact sur leurs carrières professionnelles. Les naissances devraient cependant repartir à la hausse cette année, à 20 millions, selon les prévisions officielles.

Dans ce contexte, le vieillissement accéléré de la population devient une bombe démographique à retardement pour le géant asiatique, qui compte actuellement environ 1,38 milliard d’habitants. La population en âge de travailler (de 16 à 59 ans) a chuté de près de 5,5 millions en 2017, déclinant pour la sixième année consécutive, tombant à 902 millions (65 % de la population totale).

Selon des estimations du gouvernement, le nombre de personnes âgées de 60 ans ou davantage devrait atteindre 487 millions en 2050, soit 35 % de la population contre 241 millions (17,3 % de la population) fin 2017.

Posté par jourstranquilles à 04:26 - Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 3 septembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin - Festival de gaffes

Les emmerdes, disait poétiquement Jacques Chirac, volent toujours en escadrille. S’agissant d’Emmanuel Macron, ce n’est plus une escadrille mais une flotte aérienne. Une liste de noms propres symbolise cet été politiquement meurtrier : Benalla, Borloo, Aquarius, Hulot, Darmanin, Gaulois, Besson, Saal, Bern… Ouf ! On dit que c’est le retour de la scoumoune qui a empoisonné les prédécesseurs du président. Pas tout à fait. Cette malchance a été puissamment aidée par les gaffes, les boulettes et les bévues commises en haut lieu, sous le signe de la contradiction.

On promet une présidence irréprochable mais on nomme, puis on protège, un Rambo amateur chargé de la sécurité rapprochée du président ; on commande à Jean-Louis Borloo un «plan pauvreté» dont on savait qu’il serait ambitieux et donc dispendieux (l’auteur du rapport ne s’en cachait pas) puis on l’écarte d’un revers de main faute de crédits ; on refuse d’accueillir un bateau de migrants, puis on reproche la même chose au gouvernement italien, qui fait remarquer que l’Italie a accueilli dix fois plus de réfugiés que la France ; on nomme un ministre de la Transition écologique emblématique puis on le désavoue dans une série de dossiers sensibles, ce qui provoque son départ ; on annonce le prélèvement des impôts à la source, puis on s’avise que la réforme pourrait indisposer les contribuables et on entre dans une valse-hésitation ; on nomme un écrivain ami consul à Los Angeles au risque d’alimenter l’accusation de copinage  ; on stigmatise les «Gaulois réfractaires au changement» en oubliant que les mêmes réfractaires ont voté pour un président qui promettait un changement radical ; on plaide la promotion au mérite et on promeut une dame condamnée en justice, qui reçoit une mission, un grade et une belle augmentation de salaire ; on nomme un «Monsieur Patrimoine» mais on mesure chichement ses moyens et on pond un projet de loi sur le logement qui déclenche son ire en réduisant les prérogatives des architectes des bâtiments de France. Dans cet inventaire à la Prévert, qui mêle questions de fond et anecdotes, il ne manque que le raton laveur.

Par son intensité, cette série de pas de clerc a quelque chose d’inquiétant. Certes, le président est protégé par la Constitution – il fera cinq ans quoi qu’il arrive. Mais dans quel équipage ? Un exécutif si prématurément affaibli risque l’aboulie, ce qui n’est pas rassurant pour le pays. Avec ces deux questions qui planent sur la présidence : a-t-on élu la bonne personne ? Sa stratégie de libéralisation est-elle juste ? Jupiter tonnant ou Jupiter vacillant ?

LAURENT JOFFRIN

Posté par jourstranquilles à 18:11 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]