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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 11 décembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin - On n'est pas sorti de l'auberge

Dilemme traditionnel pour tout mouvement social. Version 1 : nous avons obtenu une partie de ce que nous voulions, la lutte a payé, on arrête. Version 2 : nous avons obtenu une partie de ce nous voulions, la lutte a payé, on continue. Ainsi, le même syllogisme aboutit à deux conclusions opposées. Pour une raison simple : ce n’est pas la logique qui permet de trancher. C’est le rapport de force.

A-t-il évolué ? Un peu. La droite classique, celle des partis, mais aussi une partie de celle qui a manifesté, fait défection. Eric Woerth : «On lève le camp.» Le Figaro : il faut «souhaiter» la fin du mouvement «la raison l’impose, l’intérêt national l’exige». Juppé : il faut saisir «la main tendue», etc. Ce à quoi fait écho la position de certains gilets jaunes «libres», plutôt orientés à droite, qui appellent à plier les gaules. Il faut rappeler que le mouvement comprend un certain nombre de commerçants et de petits entrepreneurs, guère pressés de voir le salaire de leurs employés faire soudain un bond en avant. Et que l’addition (une dizaine de milliards) sera payée par les contribuables ou bien financée par emprunt, ce qui déplaît dans les deux cas à la droite profonde.

Les autres protestataires remarqueront que la hausse de la prime d’activité est seulement avancée (elle était prévue sur cinq ans), que les retraités n’ont pas obtenu la réindexation de leurs pensions, que la diminution de la taxe d’habitation reste programmée aux mêmes dates, etc. Ils peuvent juger qu’une poursuite du mouvement permettra de cocher d’autres cases (mais aussi que de nouvelles violences risquent de retourner l’opinion contre eux). Ils notent surtout qu’en dehors d’annonces générales et plus ou moins lointaines et d’une prime de fin d’année laissée à la discrétion des entreprises, les plus aisés échappent à toute contribution supplémentaire.

Une nouvelle fois, la fiction d’un dépassement du clivage droite-gauche se dissipe. En épargnant les plus hauts revenus et en protégeant le patronat, le Président s’est adressé, pour faire court, à la droite du mouvement et aux conservateurs du pays. Emmanuel Macron leur a même fait un clin d’œil supplémentaire en évoquant la lutte contre le communautarisme et l’immigration (ce que le mouvement ne demandait pas).

Les socialistes, Hamon, Jadot, La France insoumise, continuent de pilonner le gouvernement sur le thème de la justice fiscale et sociale. La majorité elle-même, au cours d’une réunion qualifiée de «houleuse», s’est divisée selon la même ligne de démarcation. Quant à Marine Le Pen, très critique, elle appelle à de nouvelles baisses de taxes, à une nouvelle politique – la sienne – antimondialiste et anti-immigration, mais se garde de parler de hausses de salaires (la revalorisation du smic, d’ailleurs, n’est pas dans son programme). L’extrême droite reste à droite.

Résultante ? Le mouvement continue, de toute évidence. Plusieurs appels à un «acte V» ont été lancés. La frange la plus dure, encouragée par les deux extrêmes du spectre politique, continue de rêver d’une démission du Président ou, à tout le moins, d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Appuyé sur la droite de l’opinion, le gouvernement résistera de toutes ses forces. Sa position s’est améliorée. Il n’est pas tiré d’affaire.

LAURENT JOFFRIN

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Macron : un discours en trompe-l'oeil

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Smic : mais d'où sortent ces «100 euros» ?

Dans son allocution présidentielle, Emmanuel Macron a annoncé lundi soir que «le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019». Une hausse qui ne serait que l’«accélération» d’une promesse de campagne.

Smic : mais d'où sortent ces «100 euros» ?

Les bandeaux des chaînes d’information en continu ont tout de suite titré: «Hausse du Smic de 100 euros». Il faut dire que la phrase d’Emmanuel Macron était alléchante : «Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur», a déclaré le président de la République, lundi soir, lors de son allocution aux Français pour tenter de calmer la colère exprimée par les gilets jaunes.

Mais comme souvent depuis le début du quinquennat avec ce gouvernement, quand il en va des gestes en faveur des plus modestes, il faut regarder ce que cachent les chiffres… Qu’y a-t-il donc derrière ces «100 euros dès 2019» pour une personne au Smic ? Déjà, il ne s’agit pas d’une revalorisation exceptionnelle du salaire minimum comme le réclamaient certains partis de gauche et des syndicats comme FO ou la CGT. Si le chef de l’État a tenu à préciser «sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur», c’est qu’il compte procéder autrement, via une hausse de la prime d’activité.

«13e mois» promis

L’exécutif a d’ailleurs commencé à emprunter ce sentier ouvert en 2016 par François Hollande et le gouvernement de Manuel Valls. Pour arriver à sa promesse présidentielle «d’un 13e mois de salaire, soit 100 euros nets de plus chaque mois» pour «tous les smicards», le chef de l’État avait prévu de «revaloriser» cette aide issue de la fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité : 20 euros de plus chaque année de 2018 à 2021, soit 80 euros d’ici la fin du quinquennat, auxquels s’ajoutent 20 euros issus de la suppression des cotisations salariales (chômage et maladie) dont ont bénéficié tous les salariés du privé.

En 2018, pour des raisons budgétaires, le gouvernement a déjà dû en rabattre sur ses ambitions. S’il a maintenu la revalorisation traditionnelle du mois d’avril, indexée sur l’inflation, il a modifié à l’automne le mode de calcul de la prime pour réaliser des économies. Résultat la «revalorisation exceptionnelle» de 20 euros attendue en octobre s’est transformée, pour une personne au smic, en une augmentation de… 8 euros. Sur l’ensemble de l’année 2018, pour ce même salarié, la hausse de la prime d’activité a été d’environ 13 euros.

30 euros déjà votés pour 2019

Pour 2019, l’exécutif a d’abord tenté de faire des économies sur une prestation en constante augmentation (6 milliards d’euros budgétés pour l’an prochain après 5,6 milliards de dépenses estimées pour 2018 par la Caisse nationale des allocations familiales). Ainsi, le Parlement a voté la suspension pour deux ans de la traditionnelle revalorisation du printemps, celle liée à l’évolution des prix. Et s’il a maintenu sa promesse d’une «nouvelle bonification» de 20 euros pour les personnes au salaire minimum, elle n’aurait, au départ, pas été versée avant octobre. Finalement via un amendement déposé discrètement en première lecture du projet de loi de finances à l’Assemblée, le gouvernement a, d’une part, augmenté le montant de cette revalorisation exceptionnelle (30 euros), et, d’autre part, avancé son versement au printemps.

Avant même l’annonce de Macron lundi soir, l’exécutif avait donc déjà prévu d’atteindre l’an prochain plus des deux tiers du chemin de la promesse de campagne. Il ne restait plus qu’à «revaloriser» cette prime d’activité de 20 euros en 2020 et de la même somme en 2021. Selon plusieurs sources ministérielles, l’annonce du chef de l’État ce lundi soir correspond à une «accélération» de cette promesse présidentielle. Cela ne signifie donc pas «100 euros» de plus en 2019 mais seulement 70 euros dont 30 euros déjà votés : donc un effort de 40 euros supplémentaires, dès 2019, par salarié au smic. Et encore, si ces «100 euros» dont a parlé Emmanuel Macron lundi soir tiennent compte de l’augmentation légale du salaire minimum au 1er janvier – que le Premier ministre mercredi dernier à l’Assemblée a chiffré à «+ 1,8 %» – la dépense supplémentaire ne serait pas au niveau ronflant qu’a voulu faire croire le chef de l’État. Lequel ne ferait finalement pas «plus» mais «plus tôt».

A Edouard Philippe et ses ministres Agnès Buzyn (Solidarités) et Gérald Darmanin (Action et Comptes publics) de préciser désormais les contours de ces «100 euros». Le chef du gouvernement en aura l’occasion ce mardi devant les députés. Puis aux services de l’exécutif de traduire cela très vite : pour que les mesures entrent en vigueur au 1er janvier, il faut que tout soit bouclé avant le vote définitif du budget à l’Assemblée nationale. C’est-à-dire, en fin de semaine prochaine.

Lilian Alemagna - Libération

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Analyse : Emmanuel Macron concède aux « gilets jaunes » sans rien céder

Par Françoise Fressoz

Le président de la République a annoncé plusieurs mesures immédiates sur le pouvoir d’achat mais ne renonce pas à la politique qu’il a mise en œuvre depuis son arrivée à l’Elysée.

Il fallait un symbole : les travailleurs au smic verront leur revenu augmenter de 100 euros par mois dès 2019, a annoncé Emmanuel Macron, lundi 10 décembre, dans son allocution télévisée aux Français. Cent euros de plus pour tenter de répondre au mouvement des « gilets jaunes « qui, a reconnu le chef de l’Etat, appelle « l’état d’urgence économique et sociale ». La mesure était faite pour surprendre car, quelques heures plus tôt, les membres de son gouvernement assuraient qu’il n’était pas question de toucher au salaire minimum. En réalité, tout le monde a un peu raison : c’est en réalité la prime d’activité qui augmentera afin que l’Etat prenne en charge l’intégralité du surcoût et que cela ne coûte rien aux entreprises.

LE CHEF DE L’ETAT VEUT BIEN LÂCHER DU LEST MAIS IL N’EST PAS PRÊT POUR AUTANT À RENONCER À LA POLITIQUE À LAQUELLE IL CROIT

Ce tour de passe-passe expliqué quelques minutes plus tard par Muriel Pénicaud, la ministre du travail, sur le plateau de France 2, dit tout de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron : pour « répondre à la détresse » de ceux qui ont des difficultés à boucler les fins de mois, le chef de l’Etat veut bien lâcher du lest mais il n’est pas prêt pour autant à renoncer à la politique à laquelle il croit et qu’il a mis en œuvre à son arrivée à l’Elysée. C’est si vrai que l’impôt sur la fortune (ISF), autre symbole fort, qu’il a supprimé au début de son mandat, ne sera pas rétabli. Il l’a dit et redit ces derniers jours. Et si, face à la nouvelle donne sociale, il est désormais question de faire payer les grandes entreprises et les plus gros contribuables, Emmanuel Macron s’est bien gardé d’annoncer le détail de la facture. Hors de question de concéder une quelconque victoire idéologique à ses opposants politiques.

Plutôt que de manger son chapeau, Macron concède

Au lendemain du quatrième samedi de mobilisation des « gilets jaunes », le président de la République continue d’évoluer sur une ligne de crête. Il lâche quatre mesures immédiates sur le pouvoir d’achat :

la hausse du revenu des travailleurs au smic ;

la défiscalisation des heures supplémentaires qui ne seront l’an prochain ni imposées ni soumises aux prélèvements sociaux ;

la prime de fin d’année que les entreprises pourront verser mais à la seule condition qu’elles le souhaitent ;

ou encore l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000 euros par mois.

Mais à aucun moment il ne parle de « tournant » ni ne remet fondamentalement en cause la philosophie de sa politique, insistant au contraire sur la nécessité de poursuivre la transformation du pays à travers la réforme de l’Etat, celle de l’assurance-chômage ou celle des retraites. Même la limitation de vitesse à 80 km/h est maintenue, comme un signal d’appui à son premier ministre.

Plutôt que de manger son chapeau, le président de la République concède. Ce faisant, il prend le risque de voir le conflit perdurer, en tablant sur le pourrissement et la radicalisation du mouvement, alors que le soutien de l’opinion publique tend à fléchir. Son pari consiste à dissocier ceux qui sont animés par « la juste colère » des meneurs politiques qui veulent le destituer. Mais pour réussir encore faut-il que son mea culpa personnel paraisse sincère. Costume noir, ton grave, le président de la République n’a pas lésiné sur le repentir : « Je prends ma part, j’ai pu en blesser certains. » Sans garantie de succès car cela fait plusieurs semaines déjà qu’il tente en vain ce genre de correction.

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L'intervention télévisée d'Emmanuel Macron....

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Synthèse

Les annonces de Macron : smic, prime de fin d’année, heures supplémentaires défiscalisées…

Lors d’une allocution télévisée après plusieurs semaines de crise des « gilets jaunes », le président de la République a dit vouloir décréter « l’état d’urgence économique et sociale ».

Sa parole était très attendue après un nouveau week-end de mobilisation des « gilets jaunes ». Emmanuel Macron a annoncé plusieurs mesures fortes, lundi 10 décembre, lors d’une allocution télévisée enregistrée au palais de l’Elysée. « Nous voulons une France où on peut vivre dignement de son travail, sur ce point nous sommes allés trop lentement, a estimé le chef de l’Etat dans une allocution de treize minutes. Je demande au gouvernement et au parlement de faire le nécessaire afin qu’on puisse vivre mieux de son travail dès le début de l’année prochaine. »

Le revenu d’un travailleur au smic augmenté de 100 euros par mois

Disant constater « un état d’urgence économique et social » dans le pays, le chef de l’Etat a demandé au gouvernement de « faire le nécessaire afin qu’on puisse vivre mieux de son travail dès le début d’année prochaine ». « Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur », a-t-il affirmé.

Emmanuel Macron n’a pas apporté de précision sur cette hausse, qui s’ajoute à l’augmentation de 1,8 % prévue en janvier. Plusieurs sources contactées par Le Monde estiment que seule une hausse via la prime d’activité aurait un coût nul pour les entreprises.

Le président s’était déjà engagé à ce que cette prime d’activité, dont bénéficient quelque 2,6 millions de personnes, augmente de 30 euros en avril 2019 et de 20 euros en 2020. Ce « coup de pouce » serait donc une accélération et une amplification de sa politique. Il correspond à un complément de salaire pour ceux qui sont rémunérés entre 0,5 et 1,2 smic.

Le smic mensuel brut est de 1 498,47 euros, soit 1 184,93 euros net. Avec la revalorisation automatique, il devait passer à 1 210 euros net en janvier, avait indiqué récemment Mme Pénicaud.

La hausse de la CSG annulée pour les retraités touchant moins de 2 000 euros par mois

L’augmentation de la contribution sociale généralisée (cotisation sur tous les revenus finançant la Sécurité sociale), « subie cette année » (en 2018), va être annulée pour les retraités touchant moins de 2 000 euros par mois. Jusqu’ici, le seuil de hausse de CSG pour les retraités était de 1 280 euros (ou 1 394 euros pour les moins de 65 ans).

Depuis le 1er janvier, cette population a vu sa CSG passer (sauf taux réduit) de 6,6 % à 8,3 % des pensions. Contrairement aux actifs et aux fonctionnaires, les seniors n’ont pas reçu de compensation pour cette mesure, censée rapporter en net 4,5 milliards d’euros à l’Etat cette année.

Une prime de fin d’année demandée aux employeurs « qui le peuvent »

Le gouvernement va également « demander à tous les employeurs qui le peuvent de verser une prime de fin d’année à leurs employés », qui sera défiscalisée. Le premier ministre, Edouard Philippe, puis son ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, et son homologue des comptes publics, Gérald Darmanin, s’étaient déjà prononcés, jeudi 6 décembre, en faveur d’une prime exceptionnelle versée par les entreprises à leurs salariés.

Les heures supplémentaires défiscalisées

Les heures supplémentaires seront « versées sans impôts ni charges dès 2019 » alors qu’elles devaient initialement être « désocialisées » (pas de cotisations) en septembre 2019. Cette mesure avait déjà été mise en place sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, avant d’être abrogée par François Hollande.

Les heures supplémentaires correspondent au temps travaillé au-delà de la durée légale des 35 heures, et sont rémunérées davantage. Cette majoration de salaire est généralement de 25 %, mais peut être réduite à 10 % par un accord d’entreprise.

Pas de retour sur la suppression de l’ISF

Le chef de l’Etat a écarté tout retour de l’impôt sur la fortune (ISF), supprimé au début du quinquennat au profit de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Lutte contre l’évasion fiscale

Les dirigeants des grandes entreprises françaises devront verser « leurs impôts en France ». Le président fait allusion à la mise en place d’une taxe GAFA, visant les géants du Web comme Facebook et Google, qui réalisent des bénéfices en France.

Ces mesures seront présentées mercredi à l’Assemblée par le premier ministre Edouard Philippe. Celles-ci représentent un coût de 8 à 10 milliards d’euros pour les finances publiques, a annoncé sur BFMTV Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’action et des comptes publics.

L’Elysée avait auparavant souligné que la France ne remettait pas en cause son objectif de maîtrise de la dépense publique et que l’objectif initial de déficit public pour 2019 hors CICE laissait « un peu de marge » pour la construction du budget.

Des mesures jugées insuffisantes, à droite comme à gauche. Marine Le Pen , présidente du Rassemblement national, a estimé sur Twitter que « Macron recule pour mieux sauter ! ». Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a reconnu que le président avait fait des « constats justes » mais déploré qu’il ne s’attaque pas à la baisse de la dépense publique. A gauche, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI), a affirmé que « toutes les mesures qu’il a annoncées seront payées par les contribuables et les assurés sociaux, aucune par les grandes fortunes et les profits ». « On attend une vraie redistribution des richesses », a abondé sur BFM-TV le fondateur du mouvement Génération.s, Benoît Hamon. En revanche, de nombreux députés La République en marche (LRM) se disaient rassurés par l’ampleur des mesures présentées. « Ce ne sont pas des mesurettes mais des mesures significatives qui vont clairement changer la vie des gens », affirme ainsi la député LRM de Paris, Laetitia Avia.

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vendredi 7 décembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin - Démocratisme contre démocratie

Il arrive un moment où l’excès de démocratie tue la démocratie. On l’a dit plusieurs fois : les revendications sociales des gilets jaunes sont légitimes et méritent une négociation nationale sur les bas revenus, les petites retraites, la fiscalité, etc. En revanche la méthode soi-disant démocratique dont ils usent confine à la farce surréaliste.

Pris plus ou moins au hasard, leurs représentants écument les plateaux télévisés. Souvent leur parole est juste et raisonnable. Mais souvent aussi on découvre que ces représentants qui ne veulent représenter personne représentent en fait tout autre chose que le mouvement initial. L’un des porte-parole autodésignés est en fait un militant éprouvé de La France insoumise. L’autre est un activiste d’extrême droite bruni sous le harnais. Le troisième est un farceur qui pousse une association que personne ne connaît. L’autre encore est un fonctionnaire territorial plutôt bien payé qui n’a pas de mission et touche son salaire sans rien faire, autrement dit un oisif prospère pour représenter les travailleurs pauvres. N’importe qui venu de n’importe où pour dire n’importe quoi.

Le résultat de ce refus de toute délégation s’étale sous nos yeux : des manifestations négociées avec personne qui s’éparpillent, se rétractent en nombre et augmentent en violence (même en 1968, les leaders étudiants négociaient les itinéraires de manifestation avec le préfet Grimaud et les syndicats réussissaient à encadrer la grève générale) ; un gouvernement qui prend le chemin de la discussion mais qui ne trouve pas d’interlocuteur et finit par lâcher des concessions sans que personne n’en fasse le compte ni même ne réponde pour demander plus ou autre chose. Les syndicats, qui ne sont pas moins représentatifs de la société que les gilets jaunes, proposent une négociation globale, mais celle-ci tournera à vide si aucun délégué du mouvement n’y participe. Ses résultats, même s’ils sont appréciables, apparaîtront comme des faveurs tombées d’en haut.

Tout cela a une origine : le refus maladif de toute politique, au sens le plus large du terme, c’est-à-dire, comme le mot l’indique, le refus de toute discussion sensée sur l’avenir de la cité. Le gouvernement, qui a déclenché ce mouvement vindicatif à force de maladresse verbale et de réformes trop favorables à la classe dirigeante, porte une lourde responsabilité. Mais le démocratisme confus qui sert de doctrine au mouvement en porte une également. Sauf à se réunir sur une agora géante qui devrait contenir des millions de personnes, la démocratie d’aujourd’hui suppose la représentation. Rien n’empêche de l’organiser, grâce à la ductilité des réseaux sociaux. Certains gilets jaunes l’ont proposé mais on ne voit rien venir. Arrivera un moment où l'opinion, lasse de la cacophonie, exigera un pouvoir fort et un leader autoritaire. Voilà une aporie dangereuse, sur laquelle les thuriféraires de la démocratie directe devraient réfléc hir.

LAURENT JOFFRIN

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jeudi 6 décembre 2018

Un négationniste en «gilet jaune» en une de Paris Match : «consternant» pour la Licra

paris match

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La lettre politique de Laurent Joffrin : «Qu'ils viennent me chercher !» disait Macron, ils viennent

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L’angoisse est générale. La fièvre du samedi après-midi – jour de la nouvelle manifestation des gilets jaunes – s’est emparée des gouvernants, de nombre de responsables politiques ou syndicaux et d’une partie de l’opinion. Une nouvelle flambée de violences ? La menace est évidente. Une partie des protestataires ont compris que les concessions lâchées par Edouard Philippe sont le résultat direct des événements du week-end dernier. La vindicte anti-Macron faisant le reste, la tentation est forte de se lancer dans une nouvelle confrontation pour obtenir plus. A cela s’ajoutent les heurts anormalement brutaux qui opposent policiers et lycéens. Plusieurs fois soulignée dans cette lettre, la tentation insurrectionnelle est bien là. «Qu’ils viennent me chercher», avait dit Emmanuel Macron dans une envolée fier-à-bras post-affaire Benalla. Ils viennent.

La répétition des mêmes scènes d’émeute serait fatale au gouvernement Philippe. On entrerait alors dans un inconnu politique. Mais elle peut aussi inspirer aux éminences de LREM un calcul plus cynique : tabler sur des affrontements largement télévisés pour provoquer un décrochage de l’opinion et un début d’isolement des gilets jaunes. Privé du soutien massif dont il bénéficie encore aujourd’hui, le mouvement s’effilocherait sans gagner plus que l’annulation des taxes sur le carburant. Le désordre peut même susciter au sein des Français une aspiration à un pouvoir plus fort, plus autoritaire. Tel Pompidou en 1968, la macronie chercherait alors à se sauver en surfant sur la peur du vide et le désir du retour à l’ordre. A moins que d’autres forces politiques n’en profitent. Sinistre perspective.

Il existe une autre porte de sortie. Les syndicats de salariés ont fait leur jonction aujourd’hui pour chercher une réponse commune. Leurs revendications – smic, retraite, ISF – recoupent en partie celles des gilets jaunes. Ils appellent à une manifestation dans le calme, samedi à Paris, à la faveur de la «marche pour le climat» prévue de longue date, «en convergence» avec celle des gilets jaunes. Cette jonction des mouvements, ce retour dans le jeu des forces syndicales classiques, pourrait être une planche de salut pour le gouvernement. Ainsi serait remise à l’honneur la proposition initiale de Laurent Berger, un «grenelle» social et écolo, qu’Edouard Philippe avait écarté d’un revers de main et qui, sans jeu de mots, doit maintenant s’en mordre les doigts.

Cette réunion se tiendrait après que le gouvernement a annoncé à l’avance qu’il serait prêt à des concessions de pouvoir d’achat. Elle comprendrait aussi une délégation de gilets jaunes, à supposer qu’ils arrivent enfin à désigner des représentants capables de parler pour le mouvement. Tout cela coûterait de l’argent et exigerait une révision budgétaire pour 2019. Certes. Mais à court terme, on voit mal comment la protestation pourrait s’éteindre sans des avancées sonnantes et trébuchantes. L’Union européenne, par la voix de Pierre Moscovici ce jeudi matin sur France Inter, a déjà donné un blanc-seing implicite. Et pour une fois, l’effort financier irait aux classes populaires et non aux plus favorisés. Il arrive un moment où le social doit passer avant la finance. Surtout quand la maison brûle.

LAURENT JOFFRIN

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mercredi 5 décembre 2018

La lettre politique de Laurent Joffrin

Le vaisseau fantôme de la macronie

Telle une coque de noix ballottée par les vagues, le gouvernement tangue et roule dans la tempête. Après avoir clamé partout qu’il «maintenait le cap», il a abandonné soudain ses projets de hausse des taxes sur les carburants. Libération le raconte ce matin : le «moratoire» annoncé hier figurait déjà dans le texte du discours présidentiel de la semaine dernière. Il a été biffé au dernier moment, sans doute par crainte de mettre à mal le budget 2019. Erreur, selon toutes probabilités : annoncé une semaine plus tard, le même recul concédé trop tardivement n’éteint pas la contestation. Avec un président muet, un Premier ministre semi-zombiesque, des députés amateurs qui chancellent sous les coups, l’équipe macronienne a tout du vaisseau fantôme.

L’hésitation est révélatrice. Le gouvernement se retrouve devant le dilemme classique de tout pouvoir confronté à un vaste mouvement social (classique ne veut pas dire facile à résoudre). Tenir ? C’est courir le risque de nouvelles manifestations et des violences qui peuvent les accompagner, c’est encourager une extension du mouvement. Les gilets jaunes veulent continuer. Les syndicats de routiers se joignent au mouvement, ceux la fonction publique annoncent une grève reconductible, les blocages de lycées se multiplient

Céder encore ? C’est sacrifier plusieurs milliards supplémentaires, risquer sortir des clous européens, mécontenter le patronat par une augmentation du smic, et, surtout, rentrer dans rang des gouvernements humiliés par la bronca sociale, Chirac 1986, Juppé 1995, Villepin 2016, etc. Une bande de «fainéants» qui ne réforment pas par peur de l’opinion, comme dirait Macron. Sans être sûr, pour autant, que le mouvement s’arrêtera.

On ne voit guère, aujourd’hui, comment le gouvernement évitera des concessions de pouvoir d’achat. Les manifestants se battent depuis trois semaines, confortés par la solidarité qui se noue entre eux, toujours soutenus par l’opinion malgré les violences de samedi dernier. Comment délégitimer des Français aux maigres revenus qui demandent une rallonge leur permettant de faire face à des fins de mois difficiles ? Avec une difficulté supplémentaire : ce mouvement spontané formule des exigences que tout le monde comprend, mais ne parvient pas à s’organiser un tant soit peu pour participer à une négociation sérieuse. Ambiguïtés de ces gilets jaunes dont les revendications sociales sont convaincantes mais dont la défiance envers toute représentation confine au nihilisme politique. Mouvement égalitaire, progressiste dans sa face sociale, mais tirant vers un poujadisme très «ancien monde» dans sa détestation de la classe politique (renaissance du vieux «tous pourris»…) et dans son allergie paranoïaque dès qu’il s’agit de discuter (voir les menaces de mort qui frappent tous ceux des gilets jaunes qui font mine d’engager le dialogue), sur fond de complotisme larvé et de «fake news» complaisamment répandues (Macron «prépare la guerre», l’ONU dans une réunion à Marrakech prévoit de rendre l’immigration obligatoire, etc.).

Bientôt l’évidence s’imposera : le Président qui pour l’instant rase les murs devra bien monter en première ligne pour proposer une solution à la crise. Quand on est la cible principale, on ne peut pas rester immobile.

LAURENT JOFFRIN

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« Gilets jaunes » : pour l’opposition, le recul du gouvernement est un « piège », ou « trop peu, trop tard »

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moratoire

Par Enora Ollivier - Le Monde

Pour la droite et l’extrême droite, le moratoire sur le taxes sur le carburant n’est pas suffisant. A gauche, PS, LFI et PCF envisagent de déposer une motion de censure.

L’occasion est trop bien belle. Pour l’opposition dans son ensemble, le recul accordé mardi 4 décembre par l’exécutif sur trois mesures fiscales n’est pas une raison pour laisser se refermer la faille inédite ouverte dans le macronisme par la crise des « gilets jaunes ».

Certes, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé un moratoire sur l’augmentation, notamment, des taxes sur le carburant, ce qui était considéré comme un « préalable » par la plupart des partis. Mais ce n’est « pas suffisant », s’est-on empressé de dénoncer unanimement, à droite, à gauche et aux extrêmes. Les Républicains (LR), le Rassemblement national (RN), le Parti socialiste (PS) ou La France insoumise (LFI) réclament maintenant, au moins, l’annulation pure et simple de ces taxes.

« Nous demandons la suppression immédiate des taxes au 1er janvier 2019 mais aussi ce qui suit sur la trajectoire, c’est-à-dire celles qui sont prévues pour 2020, 2021 et 2022 », a ainsi exhorté le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Christian Jacob.

Les annonces de M. Philippe ? « Trop peu, trop tard », a lancé lors d’une houleuse séance de questions au gouvernement, comme le Palais-Bourbon sait en produire en temps de crise, son collègue Damien Abad. Le député de l’Ain a reproché au chef du gouvernement de ne pas avoir « pris conscience de l’urgence de la situation ». Il a réclamé « un changement de cap » en « augmentant le pouvoir d’achat des classes moyennes » et en « renonçant à la politique fiscale anti-retraités ».

« Grenelle des impôts »

LR ne veut pas « pratiquer la politique du pire en jetant de l’huile sur le feu », selon un communiqué rédigé après la tenue, mardi soir, d’un bureau politique extraordinaire. Le parti de Laurent Wauquiez se dit prêt à « renouer le fil du dialogue » mais pose pour cela deux conditions : outre l’abandon définitif des taxes, LR demande « un Grenelle des impôts et des taxes » qui aborderait « la CSG [contribution sociale généralisée] sur les retraités et l’indexation des pensions de retraite », « la fiscalité de l’impôt sur le revenu et le calcul du quotient familial » et « la différence entre les revenus du travail et ceux de l’assistanat ».

A gauche, le PS continue aussi de demander, comme il le fait depuis le début de la crise, l’organisation « d’états généraux du pouvoir d’achat et du financement de la transition écologique ». Il peut se targuer d’avoir vu plusieurs de ses revendications entendues par l’éxécutif : le parti voulait non seulement un moratoire sur la hausse des taxes mais aussi un débat au Parlement, lequel aura bien lieu, mercredi, à l’Assemblée.

Cependant, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a dénoncé mardi le « piège » de l’exécutif consistant, selon lui, à montrer du doigt la fiscalité écologique. Le premier ministre « dit : “Vous voulez plus d’écologie ? Ce sera plus de taxes. Moins de taxes ? Ce sera moins d’écologie” », a-t-il souligné sur la chaîne LCP. « J’aimerais qu’on parle ISF [impôt de solidarité sur la fortune] et “flat tax” », a-t-il poursuivi, estimant que ces deux dispositifs représentent « 5 milliards [d’euros] de cadeaux aux riches ».

M. Faure a d’ailleurs fait un pas vers le dépôt d’une motion de censure avec les élus de LFI et du PCF, comme en juillet au moment de l’affaire Benalla. La décision, a-t-il expliqué, sera prise à l’issue du débat prévu mercredi après-midi : « Nous ne pouvons pas accepter le “deal” du premier ministre, qui est une façon de prolonger un cap (…) qui n’est pas le bon. »

« Cédez ou partez ! »

« Rien n’a été annoncé sur la situation sociale actuelle des Français : pas de réforme de l’impôt et des taxes, pas de hausse du salaire minimum, a de son côté regretté Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué. La priorité du pouvoir reste donc de protéger les ultra-riches pour lesquels le rétablissement de l’ISF n’est toujours pas à l’ordre du jour. »

Le chef de file de LFI a réitéré son appel à la dissolution de l’Assemblée, « si le pouvoir ne veut pas prendre la mesure » de la « révolution citoyenne qui est commencée ». « Cédez ou partez ! », a résumé la députée « insoumise » de Meurthe-et-Moselle Caroline Fiat, mardi, lors des questions au gouvernement.

Unanimes aussi sont les oppositions au calendrier proposé par Edouard Philiippe. Une suspension de six mois des taxes renvoie en effet le dossier à l’après-élections européennes de mai 2019. Une « manœuvre » pour le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, de l’« enfumage » pour Caroline Fiat.

« Six mois ? Six mois… Sûrement un hasard si ça nous porte juste quelques jours après les élections », a commenté de son côté, faussement ingénue, Marine Le Pen sur Twitter. Le moratoire annoncé par M. Philippe « n’est évidemment pas à la hauteur des attentes et de la précarité dans laquelle se débattent les Français », a jugé la présidente du Rassemblement national (RN). Si le premier ministre et le président s’en contentent, a-t-elle écrit, « ce sera la preuve qu’ils ne se conçoivent pas comme les dirigeants d’un Etat-Nation qui doit la protection au peuple, mais comme des patrons de banque qui accordent un échelonnement à leurs clients surendettés ».

Le RN profitera-t-il de la crise ? Interrogé sur cette éventualité sur LCI, M. Mélenchon a prophétisé : « Ça se terminera entre eux et nous. Ceux que vous voyez à l’extrême centre sont dans une impasse idéologique, personnelle, historique. »

Posté par jourstranquilles à 07:13 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]