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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 21 mai 2017

Que l'on aime ou pas Macron, ce qui se passe est drôle et jouissif

macronoreillette

Il se passe depuis quelques jours en France un bouleversement politique qui remue le «microcosme parisien» et chacun d’entre nous, ou presque. Ce spectacle inhabituel fait voler en éclats nos certitudes, mais aussi nos réflexes et nos scepticismes. C’est drôle et, si l’on parvient à se détacher de toute étiquette partisane, profondément jouissif.

Un gamin a surgi, qui a cassé nos jeux et, avec assurance, invente de nouvelles règles. Ou plutôt, l’air de rien, retrouve la vérité de la Ve République, d’un président au-dessus des partis, créant le sien, à sa mesure, pour faire voler en éclats ce qui lui a précédé.

Depuis longtemps, nous n’avions pas été à ce point bousculés. N’est-ce pas profondément drôle? Et même jouissif?

Peu importe au fond les jugements, généralement tranchés (à droite ou à gauche? Libéral ou étatiste? Profond ou marketé?), que chacun peut émettre sur Emmanuel Macron. Qu’il séduise ou agace, le personnage tranche radicalement avec ce à quoi la politique nous a habitués. Une ascension fulgurante, beaucoup de chance et autant de talent, pas de chapelle identifiée, un projet plus qu’un programme: en quelques jours, le monde politique a pris un coup de vieux ahurissant, sourire insolent du président en bonus. Dents écartées, on n’ose écrire dents de lait, tant il paraît poupin au regard de ses prédécesseurs.

Une République insaisissable

A droite comme à gauche, dans les rouages des partis, vieux briscards et jeunes ambitieux ne savent comment réagir, voyant tout leur échapper: les discours convenus, les oppositions irréductibles, les postes, le pouvoir. Leur vie.

Pour se protéger, sauver ce qui peut l’être, ils recourent à la panoplie habituelle: langue de bois, exclusions, appels au rassemblement, créations de mouvements au nom procrastinatoire. Rien de tout cela aujourd’hui ne peut être audible. Ce n’est pas ce que réclame l’instant, qui est au grand chambardement. Les ors de la République ne sont plus donnés en héritage aux patients et retors, par alternances et accords plus ou moins secrets.

On dirait que les vieux partis ont vécu. Et ce, même jusqu'aux extrêmes où l'on s’époumone en lendemains amers, rancoeurs de mauvais joueur pour l’un, grisaille de la défaite médiocre pour l’autre. Le risque d’éclatement guette, à droite, à gauche, à l’extrême-droite, à l’extrême-gauche. Qui l’eût cru?

Sigmund Macron

Mais ce bouleversement ne serait rien s’il n’ébranlait les électeurs. La France, du moins ce que j’en lis et entends, s’est couchée sur le divan collectif de la psychanalyse politique. Spectacle étrange qui montre que nous ne valons pas mieux que nos (anciens) représentants. À force de nous morfondre dans notre pays immobile, le mouvement nous fait peur, nous séduit, nous agace, nous perturbe, nous charme ou nous écœure. Nous prenons la nouveauté en pleine gueule. Violence de nous découvrir vieux quel que soit notre âge.

On résiste. Chacun s’accroche à ses certitudes. Au jugement confortable des convictions jamais questionnées. Droite ou gauche, ou UMPS, ou ultra-libéralisme: les grilles de lecture sont là, connues, utiles pour refuser une forme d’inconnu. Nos attachements idéologiques sont profondément ancrés, viscéraux, les repas de famille en témoignent. Y renoncer est douloureux et c’est pourtant ce qui nous est proposé imposé.

Je vous l’avais bien dit, ça ne marchera pas

Le scepticisme bien sûr, est là, qui cherche des rapprochements historiques, des précédents, d’autres grilles de lectures, plus érudites mais aussi vaines. Le scepticisme encore qui prédit déjà l’échec d’un gouvernement le jour où il s’installe. Comme des parents observant chez leurs enfants leurs enthousiasmes d’autrefois, depuis longtemps taris.

Entre les traîtres à leur camp, les «La société civile, ça n’a jamais marché» ou la majorité indécise de la future Assemblée, les prétextes ne manquent pas à qui se veut Cassandre. L’échec serait une satisfaction. On vous l’avait bien dit. La citation de Lampedusa est bien pratique, toujours d’actualité bien sûr, qui pare de vernis intellectuel une pensée figée.

Et puis, les arguments, plus ou moins fondés, les petits cris de rage. On déterre des tweets, les déclarations d'avant, intempestives, comme preuve de la duplicité des ministres, de leur mépris, d'un dessein secret, on exhume livres machistes ou casse-gueule. Et, pêle-mêle, avec cette machine de guerre, tout est en péril: droits des travailleurs, laïcité, écologie, école, croissance… Il manque des ministères, drame. On déplore le poids de l’énarchie, l’âge des ministres, la parité dévoyée, le diktat de Bruxelles ou d’Angela Merkel… Déjà, un sondage, bonheur du rassurant sondage!, prédit la fin de l'état de grâce. Retour à la normale, tout est écrit, forcément.

Rien n’est écrit de manière prévisible

Mais rien, justement, n'est écrit. Incrédules, nous regardons ce spectacle avec une forme de sidération agacée. Pour notre ventricule droit ou notre ventricule gauche, ce curieux assemblage d'inconnus et de «prises de guerre» n'est-il pas voué à l'échec? La vérité est que le pays, dans sa représentation, bouge, et vite. Il ne s’agit pas que d’une simple passation de pouvoirs, qui nous rassurerait, en supporters comblés ou déçus. Nous perdons nos repères, et l’assurance du président revêt une forme d’insolence. Il sait où il va. Il semble savoir où il va. Que sait-il? Nous ne le savons guère. Pour notre pays, nous voulons qu’il réussisse, pour notre confort, il faudrait qu’il échoue. Terrible paradoxe de la France d'aujourd'hui.

Selon les jours et les décisions, nous oscillerons sans doute entre craintes et espoirs. Nous sommes secoués, comme l’action EDF, qui grimpe de 7% lorsque le Premier ministre, ancien salarié d’Areva, est nommé, puis perd 7% le lendemain, lorsqu'arrive Nicolas Hulot.

On prend du recul et on rigole (de nous-mêmes)

Avant de m’accuser de macronisme bêlant, essayez, lecteurs, de vous abstraire de vos préjugés politiques. Reculez-vous, prenez la hauteur nécessaire, fumez un joint. Puis, détendus, oubliez la droite, la gauche, le capital, le travail, vos haines et vos enthousiasmes... Regardez le spectacle qui nous est donné. Un personnel politique prié de prendre la porte et qui s’y refuse, sans mesurer l'ampleur du «dégagisme». Des électeurs qui refont le match, s’accrochent à des slogans devenus désuets, contemplant sans l'accepter la bourrasque que leurs votes, multiples, ont provoquée. En nous, le «dégagisme» n'a pas encore produit ses derniers effets. Comme des poulets à qui on vient de couper la tête, nous courons en tous sens pour en trouver une autre de rechange.

Bien sûr, l’exercice du pouvoir effacera cette séduction des premiers instants, la beauté du possible. Il y aura des couacs, des échecs, nul n’est infaillible. La presse s’extasiera bientôt d’un président avec un ordinateur sur son bureau. Puis elle s’en détachera, lorsque surviendront les orages. Mais ces premiers jours auront eu le mérite de mettre en valeur nos crispations, montrant notre difficulté à penser la France et le monde en dehors du cercle confortable de nos préjugés.

Ne serait-ce que pour cela, on a déjà envie de lui dire: Manu, merci pour ce moment!

Jean-Marc Proust - Journaliste

 

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vendredi 19 mai 2017

Bonapartisme managérial par Laurent Joffrin

Macron a tenu parole. Les proportions de la recette gouvernementale par lui définie ont été respectées, à peu de chose près : femmes-hommes, droite-gauche, élus-non élus… L’équipe séduira : tout nouveau, tout beau. Mais on voit aussi s’esquisser un système de gouvernement inédit dans la république, qui a son avers et son revers. C’est l’effet du recours massif – 50% – à la «société civile», ce mantra corollaire du discrédit qui frappe la classe politique. Ces ministres neufs sont sympathiques et excipent d’une compétence indiscutable. Ils ont aussi un point commun un peu gà ªnant dans une démocratie : ils n’ont jamais approché le moindre électeur. Leur légitimité procède du seul président, qui les tient par définition dans sa main puisque aucun parti, aucun courant, aucune aura électorale ne les soutient. Politiquement, ce sont tous des hologrammes. Il en sera de même si d’aventure En Marche remporte une majorité à l’Assemblée. Désignés non par des militants ou des citoyens mais par une commission de ressources humaines arbitrée par le seul Macron, ces élus devront tout à leur manager-président. A l’Assemblée comme au gouvernement, on ne verra qu’une seule tête : celle de Macron. Rarement dans la Ve on n’aura alors érigé un système de pouvoir personnel aussi cohérent.

Les amateurs d’histoire ne manqueront pas de rapprocher cette nouveauté politique d’une ancienne expérience : celle du Consulat, quand un jeune général sans aucune expérience parlementaire se retrouva seul à la tête de la République. Une fois l’élection acquise à la hussarde, une sorte de 18 Brumaire démocratique, le Premier Consul d’En Marche, comme son lointain prédécesseur, compose une équipe disparate recrutée chez les blancs et chez les bleus, dans la Montagne comme dans la Plaine, techniquement compétente, qui procède de lui et de personne d’autre, pour mener au pas de charge les réformes de compromis qui lui paraissent indispensables. «Ni droite, ni gauche», dit Macron, comme Bonaparte disait «ni talon rouge, ni bonnet rouge» (ni aristocrate ni révolutionnaire). Le tout au service d’un centrisme autoritaire qui ramène l’ordre, éteint les foyers de discorde et pose la base d’un régime à la fois égalitaire et hiérarchique. Macron n’a pas pris le pont d’Arcole et il y a peu de chance qu’il organise dans quatre ans un plébiscite pour devenir Empereur. On ne sait encore si l’expérience connaîtra l’efficacité que les historiens reconnaissent, qu’ils soient pour au contre, à l’œuvre du Consulat. La comparaison a ses limites. Mais Bonaparte disait qu’il fallait imposer aux Français le gouvernement qu’ils souhaitent. C’est l’intention de Macron. S’il parvient à ses fins, appuyé sur ce régime de monarchie républicaine en place depuis 1958 dont il souhaite user à plein, on pourra lui donner cette définition d’une antique modernité : le bonapartisme managérial.

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Petite philosophie du macronisme

Par Nicolas Truong

Inspiré par le philosophe Paul Ricœur, rencontré en 1999, le président est marqué par son empreinte. Plongée dans un parcours intellectuel qui éclaire ses choix politiques.

Mais qui est-il ? Ricœur ou Rothschild ? L’héritier de Michel Rocard ou une rock star ? Le président Nouveau Monde ou celui de la fin de l’Histoire ? Est-il la figurine choyée de l’élite déterritorialisée ou la figure réconciliatrice d’une France fracturée, l’homme de la troisième voie ou la tête de pont du capitalisme financier ?

Depuis le sacre du Louvre, dimanche 7 mai, la France se demande de quelle façon Emmanuel Macron relie sa pensée à son action. Depuis sa victoire éclair, le monde s’interroge sur la manière dont cette start-up politique articule le dire et le faire, de quelle manière ce jeune monarque républicain aux allures de chérubin conjugue sa formation philosophique à sa pratique politique.

La réponse est sans doute dans ce « et en même temps » que le nouveau président prononce si souvent. Car Emmanuel Macron se présente à la fois comme de gauche et de droite, social et libéral, soucieux de conjuguer le roman national et l’histoire globale, le sacre de Reims et la Fête de la Fédération, Pierre Nora et Patrick Boucheron, la mémoire et l’oubli, la révolution et la monarchie.

Une source qui ne s’est pas tarie

Ce n’est pas le « ou bien ou bien » kierkegaardien mais le « et » ricœurien, cette façon de penser ensemble des choses hétérogènes, qui le caractérise. « Vouloir par exemple en même temps la libération du travail et la protection des plus précaires, cette manière d’introduire une tension soutenable entre deux énoncés apparemment incompatibles, est vraiment très ricœurienne », explique Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à la Faculté de théologie protestante de Montpellier.

« C’est Ricœur qui m’a poussé à faire de la politique », déclare M. Macron dans un entretien à l’hebdomadaire Le 1 (n° 64, 8 juillet 2015, repris dans Macron par Macron, L’Aube, 136 pages, 9,90 euros). D’où l’importance de remonter à la source, qui ne s’est d’évidence pas tarie.

En 1999, François Dosse, historien, professeur à Science Po et biographe de Paul Ricœur (1913-2005) cherche, à la demande du célèbre philosophe, un jeune doctorant pour vérifier les notes de bas de pages, les références et l’appareil critique de l’œuvre que Ricœur est en train de rédiger, L’Histoire, la mémoire, l’oubli, qui paraîtra aux éditions du Seuil en 2000.

Il propose à Emmanuel Macron, son étudiant « brillant, souriant, affectueux, sensible et conceptuel, pas ramenard ni singe savant » d’entrer en contact avec le maître de l’herméneutique et de la phénoménologie française.

Intenses échanges intellectuels

Peu impressionné en raison de sa « complète ignorance » de l’œuvre de Ricœur, qu’il n’avait pas lu, Emmanuel Macron pousse alors la porte des Murs Blancs, la maison de Châtenay-Malabry que les disciples du philosophe connaissent bien.

De la rencontre entre ce professeur de 86 ans et ce jeune homme de 22 ans naîtra une véritable relation de travail doublée d’une « relation affective du fils adoptif au (grand-)père spirituel », témoigne François Dosse. Souvent mise en doute ou contestée, l’intensité des échanges intellectuels fut réelle (« Macron, un intellectuel en politique ? », Le Monde du 2 octobre 2016).

Les « notes d’orientation » rédigées par Emmanuel Macron et conservées dans les archives du Fonds Ricœur à la Bibliothèque de l’Institut protestant de théologie de Paris, que Le Monde a pu consulter, renseignent sur la nature des apports de l’impétrant.

Macron prodigue à Ricœur des conseils éditoriaux : « Définir plus précisément le concept de chronosophie », écrit-il (à propos de la page 24 du manuscrit du chapitre 1, consacré à la mémoire et aux phénomènes mnémoniques). Il suggère des références bibliographiques : « Ne peut-on pas citer, au sujet de l’événement, Paul Veyne et son discours inaugural au Collège de France ? » (page 35). Et se risque même à quelques appréciations élogieuses ou lapidaires : « Fin très bonne » (p. 41) ou « A refaire. Précisez dès le début que vous présentez des hypothèses, formulez clairement le choix d’une histoire des ­mentalités » (à propos de la page 9 du chapitre 2 dédié à l’épistémologie des sciences historiques).

Densité des discussions

Amie intime de la famille Ricœur et chargée des archives du penseur protestant, Catherine Goldenstein témoigne de la densité des discussions « d’égal à égal » entre les deux hommes.

Celle qui accompagna Simone Ricœur, la femme du philosophe qui « s’éteignait comme une petite chandelle » et qui aida Paul Ricœur à traverser son deuil après sa mort, se souvient de « la délicatesse » de l’étudiant envers le philosophe. De son « autorité » aussi parfois, mêlée à une profonde gratitude.

Dans une lettre inédite, dont nous reproduisons l’intégralité, Emmanuel Macron écrit à Paul Ricœur qu’il ne doit voir « aucune présomption » dans les ­notes et remarques qu’il vient de lui adresser. Et déclare : « Je suis comme l’enfant fasciné à la sortie d’un concert ou d’une grande symphonie, qui martyrise son piano pour en sortir quelques notes ; à force de vous lire, de vous suivre dans l’analyse, j’ai l’envie, l’enthousiasme de m’y risquer ».

Ainsi, « n’en déplaise aux mauvaises langues », relève Olivier Mongin, directeur de la publication de la revue Esprit et ami des deux hommes, il y a bien eu « une rencontre véritable entre le vieux sage et le jeune philosophe qui s’intéresse à Hegel et Marx à l’époque ».

CETTE CAPACITÉ DE L’INDIVIDU À DÉVELOPPER SES PROPRES POTENTIALITÉS, QUI AVAIT ÉTÉ THÉORISÉE PAR PAUL RICŒUR, EST AU CŒUR DU LOGICIEL MACRONIEN

Mais que reste-t-il de Ricœur en lui ? Une « forte empreinte », assure François Dosse, soucieux de faire mentir ceux qui prétendent que cette proximité fut usurpée, voire instrumentalisée.

Tout d’abord une philosophie de la volonté qui vise à « tout faire pour rendre l’homme capable », a déclaré Emmanuel Macron le 16 novembre 2016 à Bobigny, lors de l’annonce de sa candidature.

« Devenir maître de son destin »

Car dans la pensée ricœurienne, la fragilité de « l’homme faillible » n’empêche pas « l’homme capable » d’être en mesure de mobiliser en lui-même des ressources inemployées. A la « capacité d’être lui-même » de l’homme souffrant ou agissant de Ricœur correspond chez Macron la possibilité du citoyen de parvenir à « la libre disposition de soi-même » et de « réaliser ses talents ».

Cette capacité de l’individu à développer ses propres potentialités, qui avait été théorisée par Paul Ricœur, ou bien cette « capabilité » conceptualisée plus tard par l’économiste Amartya Sen, sont au cœur du logiciel macronien. Ainsi, selon Emmanuel Macron, la politique doit « déployer le cadre qui permettra à chacun de devenir maître de son destin, d’exercer sa ­liberté. Et de pouvoir choisir sa vie ».

La force du récit, aussi, est un puissant motif ricœurien chez le président. Un « pouvoir de raconter » qui, comme le disait Ricœur lors de la réception du Kluge Prize, en 2005, « occupe une place éminente parmi les capacités dans la mesure où les événements de toute origine ne deviennent lisibles et intelligibles que racontés dans des histoires ».

Ainsi « l’identité narrative » de Ricœur s’oppose aux identités figées, puisque le récit que l’on fait de sa propre vie, écrit le philosophe, « offre la possibilité de raconter autrement et de se laisser raconter par les autres ». C’est précisément ce qui arrive à Emmanuel Macron, qui met en scène sa propre histoire et le récit de sa généalogie : « J’étais donc un enfant de la province (…). Né dans la Somme, je vivais l’entrée à Paris comme une promesse d’expérience inouïe, de lieux magiques. » (Révolution, 264 pages, 17,90 euros).

« Le vrai projet patriote »

Le storytelling de meeting a souvent été pointé. Mais sa conception du récit héritée de Ricœur lui fait préférer les appartenances aux essences. Ainsi n’oppose-t-il pas « l’identité heureuse » d’Alain Juppé à « l’identité malheureuse » d’Alain Finkielkraut, mais il propose une histoire ouverte de l’identité de la France.

« Ce que nos adversaires disent, c’est qu’il y a quelques vrais Français, de souche, paraît-il. Moi, je ne sais pas ce qu’est une souche unique ; nous en avons tous de multiples. Donc, ­notre projet, c’est le vrai projet patriote. Parce qu’être patriote, c’est aimer le peuple français, son histoire, mais l’aimer de manière ouverte », déclare Macron à Reims, le 17 mars. « Le projet national français n’a jamais été un projet clos », prolonge-t-il dans le magazine L’Histoire, car la culture nationale s’est construite dans « l’ouverture au grand large ».

Ainsi l’identité narrative est une subtile dialectique du « même » et de l’« autre », et permet à l’individu tout comme à un pays d’ailleurs, d’être pluriel, ouvert, divers : « Soi-même comme un autre », disait Paul Ricœur.

Une pensée de la mémoire enfin, qui éclaire sans doute les débats houleux suscités à ce sujet par les prises de position d’Emmanuel Macron sur la colonisation. Dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000), ouvrage au sein duquel l’ancien étudiant est remercié pour sa « critique pertinente de l’écriture et la mise en forme de l’appareil critique », Paul Ricœur défend l’idée d’une « politique de la juste mémoire ». Entrant de plain-pied dans les controverses hautement sensibles du moment, le philosophe se déclare « troublé par l’inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire – et d’oubli ».

Appartenant à une génération qui, sur le plan ­historique, n’a « ni totems ni tabous », ­ Emmanuel Macron n’a pas hésité à ­mettre la plume dans la plaie lorsqu’il qualifia, à Alger, la colonisation de « crime contre l’humanité » et de « vraie barbarie ». Et il ne faut pas oublier que c’est l’attitude du socialiste Guy Mollet qui, lors de la guerre d’Algérie, poussa Ricœur à quitter la SFIO.

Mais, ici encore, il s’agit de concilier les contraires. Il s’agit pour le président de dire « en même temps » que « la racine du phénomène colonial est mauvaise » et de « reconnaître la souffrance des harkis et des pieds noirs ». Conclusion de Macron dans une formule que n’aurait pas démentie Ricœur : une politique ­digne de ce nom doit aujourd’hui « réconcilier les mémoires ».

« Ethique de la discussion »

Un respect et une reconnaissance des points de vue opposés lorsqu’ils se déploient dans le cadre de l’argumentation rationnelle, comme en témoigne par exemple son souhait de faire applaudir ses adversaires le soir du premier tour, s’inscrivent également dans les pas du philosophe.

« Paul Ricœur disait souvent : “Tous les livres sont ouverts devant moi. Toutes les pensées, tous les points de vue.” Il avait une extraordinaire capacité de comprendre l’altérité, et de ne pas délégitimer le point de vue opposé au sien avant de le critiquer. Emmanuel Macron s’est souvent réclamé de cette éthique de la discussion », fait observer la philosophe ­Monique Canto-Sperber, théoricienne du libéralisme de gauche.

Autre point central pour comprendre la filiation intellectuelle du nouveau président : Ricœur, « c’est l’autre voie de Mai-68 », fait observer Emmanuel Macron (Macron par Macron, p. 22). Non pas celle de la déconstruction, mais celle de l’interprétation ; non pas celle de la révolution, mais celle de la réforme.

Ricœur n’est pas sur les barricades dans ces années de poudre, mais à Nanterre dont il sera le doyen entre 1969 et 1970, un jour même chahuté par des étudiants insurgés de l’université. Ricœur permet donc à Macron de refuser le repli rance des réactionnaires tout comme une certaine outrance des gauchistes libertaires.

C’est pour cela qu’il faut lire jusqu’au bout la phrase d’Emmanuel Macron : « C’est Ricœur qui m’a poussé à faire de la politique, parce que lui-même n’en avait pas fait. » Parce le philosophe était « malheureux de tout ce qu’il n’avait pas dit lors de cette période » et fut, comme beaucoup, intimidé par « la brutalité du moment », poursuit-il. Il faut donc passer de la réflexion à l’action. Non plus seulement dire, mais faire.

Troisième voie

Ainsi Emmanuel Macron fait sienne la célèbre phrase de Karl Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit maintenant de le transformer. » Mais, cette philosophie de l’agir le conduit bien loin de l’insurrection prolétarienne chère au philosophe allemand. Il s’agit d’une « révolution » réformiste qui s’inscrit dans le sillage de Michel Rocard, dont Ricœur était proche et avec qui il dialogua longuement au sein de la revue Esprit (Philosophie, éthique et politique. Entretiens et dialogues, Paul Ricœur, Seuil, 232 pages, 21 euros).

Cette revue fondée en 1932 par Emmanuel Mounier représenta d’ailleurs un précieux « foyer de discussion » tant pour le maître que pour l’élève. Au point qu’Antoine Garapon, juriste et actuel directeur de la rédaction aille jusqu’à percevoir en Emmanuel Macron un « devenir du personnalisme », à savoir un prolongement de la philosophie de Mounier qui, à l’époque, cherchait une troisième voie entre le capitalisme et le communisme à partir d’une morale fondée sur le respect de la personne.

AINSI POURRAIT-ON DIRE QUE LE MACRONISME, C’EST L’UBÉRISATION PLUS LES CARS MACRON, LA FLEXISÉCURITÉ PLUS LA 4G

Entre 2000 et 2011, Emmanuel Macron a publié six articles et comptes rendus d’ouvrages dans la revue Esprit, dont un sur la réforme de l’Etat et un autre sur L’Histoire, la mémoire, l’oubli, tout à fait « remarquables et pour lesquels il n’y avait rien à retoucher » se souvient Marc-Olivier Padis, alors directeur de la rédaction d’Esprit.

Retiré du comité de rédaction dans la foulée de sa candidature, Emmanuel Macron – qui a été membre de son conseil d’administration – demeure aujourd’hui actionnaire de la revue.

L’actualité confère à l’article intitulé « Les labyrinthes du politique. Que peut-on ­attendre pour 2012 et après ? » (Esprit, mars-avril 2011) une saveur tout à fait particulière. Critiquant la polarisation du temps politique sur la préparation de l’élection, qualifiée de « spasme présidentiel », Macron estime que « le débat idéologique » est la condition même de la « restauration de l’action politique », trop souvent contrainte d’adopter des lois dans l’urgence et « la pression médiatique qui impose une quasi-transparence, en temps réel, de la décision ». (« Dans l’Esprit d’Emmanuel Macron », Le Monde de 1er septembre 2014).

Un progressisme libéral

Mais quelle est donc son idéologie ? En voulant rassembler des personnalités de droite et de gauche, l’ancien ministre de l’économie a choisi la coexistence d’éléments en apparence divergents plutôt que l’opposition des contraires.

M. Macron préfère donc le dialogique à la dialectique. Mais le président bipartisan n’en est pas moins le théoricien d’un dépassement des contradictions par une synthèse nouvelle. A l’opposition gauche-droite, Emmanuel Macron veut substituer celle entre progressistes et conservateurs. Ainsi le président oppose-t-il la « mise en mouvement » contre le cloisonnement (des idées comme des villages).

C’est en ce sens que « la mobilité physique est loin d’être anecdotique », dit-il. Lénine disait que « le communisme, c’est les soviets plus l’électricité ». Ainsi pourrait-on dire que le macronisme, c’est l’ubérisation plus les cars Macron, la flexisécurité plus la 4G. C’est pourquoi le macronisme est un progressisme libéral.

« Un libéralisme pragmatique et optimiste », précise son ami Jacques Attali, qui lui fit rencontrer François Hollande et l’invita à devenir rapporteur général adjoint de la Commission sur la libéralisation de la croissance française, en 2007-2008. Un libéralisme politique qui se rapproche davantage de celui de John Stuart Mill (1806-1873) que de celui d’Alexis de Tocqueville (1805-1859), notamment parce que l’économiste britannique associait non pas le conservatisme, mais le socialisme et le féminisme à son libéralisme.

Selon Thierry Pech, directeur général du groupe de réflexion Terra Nova, Emmanuel Macron fait la synthèse de trois courants politiques : social-démocrate, ­libéral-social et chrétien-démocrate. La social-démocratie est présente dans sa volonté de mettre en place une flexisécurité, un accompagnement social de la « société du risque », selon l’expression du sociologue Ulrich Beck (1944-2015), à l’image des pays qui, comme la Suède, associent la flexibilité du travail à la sécurité du parcours des travailleurs. Le libéralisme social ou encore le « centrisme radical » offre, lui, un cadre à « la société des individus », ainsi que l’a théorisé le sociologue Anthony Giddens et tel que Tony Blair l’a appliqué au Royaume-Uni.

Enfin la démocratie chrétienne est à la fois présente dans l’aspiration spirituelle et dans le sérieux budgétaire. Le macronisme serait donc une nouvelle synthèse de ces familles politiques parfaitement compatibles. Le libéralisme bien compris et l’économie du microcrédit : « Tocqueville + Amartya Sen, voilà le chemin du progrès ! », résume Thierry Pech.

« Candidat de la volonté »

Les néoréactionnaires dominaient la scène intellectuelle, les néoconservateurs enchaînaient les pamphlets à succès, « on commençait à raser les murs », se souvient Thierry Pech, l’auteur d’Insoumissions. Portrait de la France qui vient (Seuil, 240 pages, 18 euros).

Et voici qu’un progressiste libéral « terrasse le dragon ». Il a su à la fois répliquer aux antimondialistes de droite et aux antiglobalisations de gauche, renchérit Jacques Attali, en affichant un « libéralisme et un cosmopolitisme décomplexé ». Car Macron n’a pas de complexe avec le succès. Pour lui, « il ne faut pas s’excuser de réussir », renchérit Attali.

Dans la politique et dans la vie, « il y a ceux pour qui le scandale c’est la richesse, et ceux pour qui le scandale c’est la pauvreté, poursuit-il. Macron n’aime pas les rentes et les professions réglementées. Il préfère ceux qui font de l’argent plutôt que ceux qui en ont ».

C’est « le premier président libéral à l’optimisme entrepreneurial », assure l’historien et philosophe Marcel Gauchet. Tout d’abord sceptique devant ce « personnage énigmatique » qu’il rencontra à l’Elysée au début du quinquennat de François Hollande, Marcel Gauchet le trouva, cinq ans plus tard, beaucoup plus « consistant ». Celui qui n’était qu’un « technocrate étriqué, désinvolte et arrogant » il y a quelques années s’est transformé en un « candidat de la volonté », en un président du « réformisme social ». Non pas en intellectuel, mais en « politicien cultivé ».

L’exemple de sa politique scolaire résume bien sa philosophie. Selon Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques et auteur de L’Esprit de la Ve République (Perrin, 250 pages, 19,90 euros), François Fillon, c’était le retour des blouses grises et du roman national ; Benoît Hamon, l’extension de l’école unique et la disparition des filières élitistes, comme les classes bilangues. Macron, c’est aider les zones d’éducation prioritaires (ZEP), « et en même temps » rétablir le latin et le grec.

Il s’agit donc pour M. Macron de « rendre les conditions de la compétition équitable », explique Philippe Raynaud. Ce n’est pas le retour de l’Ancien Régime, mais celui de la Révolution de l’année 1789, celle qui disait aux citoyens : la carrière est ouverte aux talents ! » Pourtant, il y a quelque chose de troublant et d’éclairant dans ses dires et son comportement.

Le roi est mort, vive le roi !

En 2015, Emmanuel Macron expliquait qu’il y a dans la démocratie « un absent ». Et que cet absent est la « figure du roi », dont il est persuadé que « le peuple français n’a pas voulu la mort ». Même si la France a tenté de « réinvestir le vide » avec Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle, poursuit-il, l’espace reste vacant. Et « ce que l’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction ». Le roi est mort, vive le roi ! La République serait ainsi hantée par une ombre portée et une figure monarchique regrettée.

Cherchant à s’appuyer sur les mouvements – Charles de Gaulle aurait dit les rassemblements – contre les partis, la rhétorique macronienne assume la monarchie républicaine. Et fait, selon Philippe Raynaud, écho au général de Gaulle qui, à propos de la Constitution de 1958, se demandait : « Vais-je saisir l’occasion historique que m’offre la déconfiture des partis pour doter l’Etat d’institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis cent soixante-neuf ans ? » Cent soixante-neuf ans auparavant, autrement dit… depuis 1789.

Fin de l’homme normal et du pouvoir horizontal, retour du monarque et de la décision verticale. Voilà qui ne va pas calmer les contempteurs d’Emmanuel Macron, ­régulièrement campé en roitelet des marchés financiers.

Car le questionnement des proches ou des partisans ne doit pas faire oublier les innombrables critiques dont il est l’objet. Comme celle, particulièrement acerbe, de Frédéric Lordon, selon qui Macron « est le spasme d’un système » oligarchique « qui repousse son trépas, sa dernière solution ». (« La Pompe à phynance », blog du Monde diplomatique, 12 avril 2017).

Président de la « post-politique » pour l’historien des idées François Cusset, ancien candidat de la « post-histoire » pour Michel Onfray, les critiques de ceux qui ne sont pas Macron sont légion parce qu’il serait l’incarnation du « cercle de la raison ».

Pour l’heure, le macronisme est un syncrétisme. Aussi bien un bonapartisme ­social qu’un progressisme libéral, aussi bien un dégagisme oligarchique qu’un libéralisme transcendantal. Mais qui l’a fait roi ? Sa bonne étoile et l’extraordinaire alignement des planètes formé par les forfaits et les rebondissements d’une campagne folle ? Nul ne le saura. Car, comme l’écrivait Paul Ricœur, « on ne sait jamais ce qui est hasard et ce qui est destin ».

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mardi 16 mai 2017

Retard à l’allumage

Il faudra donc attendre encore 24 heures avant de connaître le gouvernement d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Un délai qui n’a rien d’inhabituel, si ce n’est que le nouveau chef de l’Etat l’avait annoncé pour aujourd’hui. Après la nomination du Premier ministre retardée de plusieurs heures lundi, ce nouveau contretemps peut donner un sentiment de flottement, voire d’amateurisme. Le casse-tête pour composer cette équipe gouvernementale new look avec ses paramètres multiples (parité, dosage droite-gauche et société civile) se révèle sans doute plus complexe que prévu. Et puis, transparence oblige, il y a cette nécessité de vérifier que sur le plan patrimonial ou fiscal, les ministres pressentis n’ont rien à se reprocher. Pas question pour Macron de se retrouver avec un psychodrame à la Thomas Thévenoud. Le nouveau président, qui a réussi un sans-faute pour la séquence de son investiture, ne tient pas à rater les premiers pas de son gouvernement. Quitte à paraître laborieux sur sa mise en place. Le Parisien

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Esprit de la Ve République, es-tu (encore) là ?

Par Françoise Fressoz

Emmanuel Macron est un adepte du régime né en 1958 et veut en retrouver l’esprit – efficacité et rassemblement. Mais est-ce encore possible, alors que la fonction présidentielle s’est dégradée sous ses prédécesseurs ?

Ce qu’il y a d’un peu magique dans les institutions très régaliennes de la Ve République, c’est qu’à chaque nouvel arrivant, on se plaît à croire à un nouveau départ. Parce que le style, c’est l’homme, Emmanuel Macron a rompu, dès la passation des pouvoirs, avec les travers de ces prédécesseurs. Il n’a pas exposé sa famille à l’excès, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait en 2007. Il n’a pas revendiqué d’être un « président normal », comme s’y était risqué François Hollande en 2012.

Ces présidents-là étaient humains, trop humains. Lui non. Ce qu’il a voulu d’emblée, c’est réarmer la fonction avant d’entamer son ambitieux projet de « transformation » et de « refondation ».

Emmanuel Macron n’a pas le droit à l’erreur, il le sait, il le dit. « Faire » président tout de suite était son grand souci. Non seulement pour compenser son jeune âge, mais aussi pour rompre avec tout ce qui avait nui à ces prédécesseurs : le manque de verticalité, l’excès de quotidienneté, le trop plein de verbe qui masquait l’absence de dessein.

Contrairement aux candidats de gauche qui rêvaient d’une VIe République, le nouveau président est un adepte de la Ve. Il veut en retrouver l’esprit – efficacité et rassemblement – au moment où beaucoup osent la comparaison avec 1958. Mais il y a du chemin à refaire, tant la fonction présidentielle s’est dégradée.

Contrairement à ses deux prédécesseurs, le nouveau président a pu observer de près le fonctionnement de l’Elysée avant d’être élu, puisqu’il y a exercé pendant deux ans la fonction de secrétaire général adjoint. Auprès de François Hollande il a vu comment un président perdait de sa substance en devenant « le débiteur des actions du quotidien ».

Présidence césarienne

Il a mesuré aussi l’inextinguible capacité de résistance de la haute fonction publique. Tout son vade-mecum en découle. Sous son quinquennat, promet-il, les directeurs d’administration centrale devront faire allégeance. Une révolution que Nicolas Sarkozy avait envisagée, avant de renoncer.

Le nouvel élu assure vouloir reconquérir le « temps long » et « maîtriser le cap », ce qui est une gageure à l’heure des chaînes d’information en continu. Il jure qu’il laissera son premier ministre gouverner, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Chacun des ministres sera régulièrement évalué, ce que François Fillon, alors premier ministre, avait tenté de faire sans grand résultat. Le chef de l’Etat ira lui-même rendre compte une fois par an devant le congrès, alors que Nicolas Sarkozy et François Hollande ne s’y étaient exprimés qu’une seule fois.

Emmanuel Macron veut lutter par tous les moyens contre l’impuissance publique, c’est pourquoi il ne réclame pas seulement un exécutif qui rende compte, il veut aussi une majorité absolue à l’Assemblée nationale.

On le comprend, mais déjà certains le soupçonnent de vouloir exercer une présidence césarienne peu en phase avec les aspirations participatives du XXIe siècle. « Les citoyens auront droit au chapitre, ils seront écoutés », a- t- il promis, dimanche 14 mai. Mais comment ?

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lundi 15 mai 2017

Le coût du risque

edouard-philippe

L'édito  de Didier Micoine - Le Parisien

Edouard Philippe a sans doute bien pesé le pour et le contre, et calculé les risques de sa décision. Accepter le poste de Premier ministre que lui a offert Emmanuel Macron est en tout cas un sacré pari pour le maire LR du Havre. Certes, il avait appelé le nouveau chef de l’Etat à oser la transgression, et il est donc cohérent en plongeant lui-même dans le bain. Mais à un mois des élections législatives dont le résultat est imprévisible, cela ressemble à un saut dans le vide. Si la droite l’emporte le 18 juin, les dirigeants des Républicains ne voudront certainement pas laisser les clés de Matignon à celui qu’ils considèrent désormais comme un traitre. François Baroin, qui aura mené la bataille, réclamera la place. Et vu la façon dont Macron a imposé sa candidature à l’Elysée (contraignant au final Hollande à renoncer à se représenter), on peut penser que le nouveau président n’hésitera pas beaucoup à sacrifier son tout récent Premier ministre. Pour qu’Edouard Philippe aille au-delà du mois d’essai à Matignon, il faudra vraiment que La République en Marche casse la baraque aux législatives.      

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dimanche 14 mai 2017

« M. Macron, soyez un président littéraire » - Par Eric-Emmanuel Schmitt, de l’académie Goncourt

La France se distingue par sa tradition littéraire. Certains des présidents de la Ve République ont affiché ouvertement leur attachement aux lettres. Emmanuel Macron doit renouer avec ce passé, considère, dans sa tribune, Eric-Emmanuel Schmitt.

Bientôt, un nouveau président s’installera aux commandes de la France. Je lui souhaite très sincèrement de réussir car je nous souhaite, à tous, violemment, de réussir. Sa chance sera la nôtre. Emmanuel Macron, jeune (ça ne dure pas), intelligent (ça dure), doué (ça aide), humaniste (ça se cultive), modeste (ça s’oublie facilement), ambitieux (du moment que c’est pour la France et pas pour lui), dégage un dynamisme optimiste que j’espère contagieux et dans lequel nous gagnerions à nous reconnaître. Je voudrais attirer son attention sur ce qui, aujourd’hui, semble anecdotique, mais se révèle, avec le recul, symbolique et significatif : le rapport du président à la littérature.

La France est un pays littéraire. Littéraire parce qu’on y lit beaucoup et qu’on y écrit encore plus. Littéraire car on se nourrit de La Fontaine, de Saint-Exupéry ou de Marcel Aymé à la mamelle. Littéraire parce que l’on y traverse l’adolescence avec Verlaine, Rimbaud, Baudelaire. Littéraire car on appelle la langue celle de Molière. Littéraire parce que la nation rayonne par ces écrivains et penseurs dans le monde, de Voltaire à Lévi-Strauss. Littéraire car elle médiatise ses auteurs qui sont reconnus, salués, fêtés dans les rues, des rues qui portent souvent le nom de romanciers, de poètes ou de dramaturges. Littéraire parce qu’il y a autant de prix littéraires que de fromages ou de jours dans l’année. Littéraire car tout le monde veut écrire un livre, même ceux qui se contentent de le signer. Littéraire parce qu’y règne l’idée que la littérature ennoblit : à la différence des médias qui écrivent sur l’eau, elle s’imprime sur le papier et se grave dans le marbre, défiant l’usure des ans. Littéraire car ses écrivains demeurent, même quand leur génération s’est éteinte. Littéraire tant elle aime flirter avec l’éternel.

Il fut un temps où les présidents de la République française affichaient leur lien avec la littérature. Charles de Gaulle ne se contenta pas de lire, il se montra un mémorialiste magistral. Georges Pompidou, agrégé de lettres, composa une Anthologie de la Poésie qui servit de bréviaire à mes jeunes années. Valéry Giscard d’Estaing cria son amour pour Maupassant et siège désormais à l’Académie française. François Mitterrand se régala de façon fine et gourmande des ouvrages, multipliant les rencontres avec les écrivains qu’il savourait, tel Michel Tournier.

L’homme qui lit atteint l’universel

Après eux, le moule s’est cassé. Non que Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, soient dépourvus de culture, mais nous constatons de manière euphémique que, de la littérature, ils ont une curiosité ponctuelle, pas la passion. Or, de façon concomitante, la fonction présidentielle a perdu de son autorité et de son prestige. N’y aurait-il pas un lien ?

Aimer la littérature, c’est dépasser les clivages, les lobbys et les camps. Aimer la littérature, c’est s’intéresser autant aux ouvriers que décrit Zola qu’à la Princesse de Clèves, autant aux paysans de Sand qu’aux aristocrates de Proust, autant aux libertins de Laclos qu’aux âmes souffrantes de Bernanos, autant au christianisme de Bossuet qu’à sa critique par Diderot. Aimer la littérature, c’est non seulement dépasser les idéologies figées mais franchir les frontières : c’est devenir russe en lisant Dostoïevski, japonais avec Mishima, italien avec Moravia, allemand avec Mann, égyptien avec Mahfouz. La littérature enjambe même les frontières du temps puisqu’elle m’a permis de vivre au Ve siècle av. J.-C. avec Sophocle ou à la renaissance avec Shakespeare et Cervantes.

L’homme qui lit atteint l’universel. Il n’incarne plus un seul groupe, des intérêts précis, une classe sociale, un étage de la société, non, il transcende les définitions et ne connaît plus rien d’étranger. Il épouse le multiple dans sa complexité. Et qu’est-ce qu’un président, sinon celui qui épouse le multiple dans sa complexité ?

Emmanuel Macron éprouve cet amour de la littérature : il entreprit des études de lettres, de philosophie et souhaita, me dit-on, devenir écrivain. A son emploi de la langue, à son goût de la précision, à son bonheur de s’appuyer sur l’adjectif bien choisi, je perçois l’éventuel président littéraire. Soyez-le sans honte, Monsieur Macron, avec éclat. En étant un président littéraire, vous serez le Président de tous.

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jeudi 9 février 2017

Le dernier procureur vivant du procès de Nuremberg évoque Trump, Le Pen et le Brexit

Repéré sur The Guardian

Benjamin Ferencz a jugé les Nazis coupables de crimes contre l'humanité en 1945. Dans une interview, il revient sur son expérience et sur le monde actuel.

Lors du procès de Nuremberg, en 1945-1946, Benjamin Ferencz était le procureur en chef du coté des États-Unis. À 27 ans, l’ancien sergent s’est donc retrouvé face à 22 nazis responsables de la mort de millions de personnes. The Guardian a rencontré cet homme au parcours atypique, et l'a interrogé sur le monde d’aujourd’hui.

Et rien ne semble affecter son humeur. Trump, Poutine, le Brexit ou le sort réservé aux réfugiés n’ont pas raison de son optimisme. Il affirme ainsi au journaliste:

«Je me sens toujours très bien. Vous savez pourquoi? Parce que j’ai conscience des alternatives.»

Diplômé de droit à l’université d’Harvard, Ferencz entre très vite dans l’armée et ressort de la Seconde Guerre mondiale décoré, «pour ne pas avoir été tué dans les plus grandes batailles s’étant déroulées en Europe».

Comme il le confiait dans une interview accordée au Washington Post, il est ensuite chargé de récolter des preuves pour Nuremberg, et se rend donc dans les camps de Buchenwald, Mauthausen ou encore Flossenbürg. Ce qu’il voit là-bas et ce à quoi il assiste, Ferencz peine à le décrire autrement que par ce mot, auquel les humains ont dû s’habituer depuis un moment: «l’horreur».

«Il y avait là-bas 3.000 hommes qui, pendant deux ans, ont assassiné d’autres personnes, y compris des enfants.»

Vingt-deux commanditaires de crimes contre l’humanité sont à Nuremberg. Ils ont été choisis selon leur rang et leur éducation.

«Pourquoi seulement 22? Et bien, il y avait seulement 22 places sur le banc des accusés. C’était ridicule, mais symbolique.»

Certains coupables s’en sortiront avec une lourde peine de prison, parfois à perpétuité. D'autres seront condamnés à mort.

«N'abandonnez pas»

De cette expérience, Benjamin Ferencz en a conclu plusieurs choses. D’abord, que les pays ne sont jamais aussi forts qu’unis. À propos du Brexit, il avance

«À un moment, ils regarderont en arrière et se diront: “Mon Dieu, comment avons-nous pu être aussi arriérés?” […] Nous sommes tous frères et sœurs, la Grande-Bretagne, avec l'empire colonial qu'il a eu, devrait le reconnaître.»

Il critique au passage la volonté de Theresa May de sortir de la Cour européenne des droits de l'homme après 2020. Son slogan: «law not war», le droit, pas la guerre. Ce dont le monde a besoin, ce sont des lois très claires, un tribunal pour juger de leur application et des moyens pour s'assurer qu'elle est respectée. Un dernier critère qui fait défaut pour cet invité régulier de la Cour de justice internationale de La Haye.

Pour faire face au nationalisme de Trump, Farage ou Le Pen, il prône la compassion, le courage et la capacité de faire des compromis. Un positivisme qu’il explique ainsi:

«Des choses fondamentales comme le colonialisme et l’esclavage, les droits des femmes, l’émancipation sexuelle, marcher sur la lune, tout ça était inconcevable il n’y a pas si longtemps. Mais les miracles peuvent arriver.»

Ses trois conseils pour la jeunesse:

«Un, n’abandonnez pas. Deux, n’abandonnez pas. Trois, n’abandonnez pas.»

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lundi 16 janvier 2017

La lettre de campagne de Laurent Joffrin

Primaire : les deux gauches

Les choses sont de plus en plus claires : malgré la multiplicité des candidats, il y a bien deux gauches qui s’affrontent dans la primaire socialiste. Celle de Matignon et celle de Frangy. Manuel Valls incarne la première, jouant la crédibilité, l’expérience et la prudence coupante de ceux qui se font fort de gouverner, c’est-à-dire de choisir, quitte à laisser le rêve au vestiaire.

Hamon en premier lieu, Montebourg ensuite, incarnent celle de Frangy, quand ils furent tous deux débarqués du gouvernement Valls pour divergence publique. Cette gauche-là veut des projets audacieux, des ruptures, des envolées, quitte à franchir, ici et là, la frontière du possible. La première aime le pouvoir, quitte à y sacrifier le socialisme. La deuxième aime le socialisme, quitte à ne jamais arriver au pouvoir. La première sans la deuxième est infidèle. La seconde sans la première est impuissante. Sur un mode plus affirmé, Macron et Mélenchon, comme dans une extension sur les deux ailes, vont plus loin dans chacune des deux logiques. Tout l’art politique, dans ces circonstances, consiste à réunir ces deux sensibilités. Vincent Peillon tient ce discours. On ne l’écoute pas encore, mais son idée chemine. La gauche française n’a jamais gagné sans concilier les inconciliables. C’est en mariant l’eau et le feu que Mitterrand, Jospin ou Holl ande sont arrivés au pouvoir. Quel qu’il soit, le vainqueur de la primaire devra endosser le costume de ses prédécesseurs. A moins de considérer que l’élection est déjà perdue et de donner tout de suite à François Fillon son billet pour l’Elysée.

C’était aussi hier

• Le débat des primaires de la «Belle Alliance populaire» a attiré 1,470 million de spectateurs, soit moitié moins que le premier. Mais on avait vu l’audience de la primaire de la droite subir la même baisse de moitié lors du deuxième débat sur les chaînes d’information continue, dont la puissance est moindre. En fait, l’intérêt pour cette compétition reste au même niveau.

• Filoche soutiendra Montebourg dans la primaire. Un atout ?

• Marine Le Pen a confirmé qu’elle introduirait, si elle est élue, un «délai de carence» pour que les immigrés en situation régulière puissent bénéficier d’aide sociale ou d’éducation gratuite pour leurs enfants. Mesures parfaitement discriminatoires : les immigrés en situation régulière cotisent comme les autres et paient les mêmes impôts ; mais ils n’auront pas les mêmes droits.

• Samedi, François Fillon a rappelé l’impératif d’unité qui échoit aux leaders de la droite. C’est bien que le problème se pose, en tout cas avec les sarkozystes. Il a aussi déclaré que son projet serait le même mais qu’il sera «enrichi». Il sera donc modifié.

LAURENT JOFFRIN

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vendredi 13 janvier 2017

La Primaire de la Gauche

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