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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

dimanche 14 octobre 2018

L’hommage aux « femmes de réconfort » hérisse les nationalistes japonais

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Par Philippe Mesmer, Tokyo, correspondance

L’installation à San Francisco, en 2017, d’une statue représentant les esclaves sexuelles de l’armée nipponne pendant la seconde guerre mondiale a entraîné la fin du jumelage de la ville californienne avec Osaka.

Le jumelage entre Osaka et San Francisco, c’est fini. Par une simple lettre adressée le 2 octobre à son homologue américaine London Breed, le maire de la ville de l’ouest du Japon, le très nationaliste Hirofumi Yoshimura, a mis fin au lien qui unissait les deux municipalités depuis 1957.

L’édile n’a pas goûté l’érection, en septembre 2017, dans la ville américaine d’une statue en l’honneur des Coréennes, Chinoises ou encore Philippines et Néerlandaises appelées « femmes de réconfort » par les Japonais, et contraintes à l’esclavage sexuel pour l’armée impériale japonaise du début des années 1930 à la fin de la seconde guerre mondiale.

Ce drame vécu par des dizaines de milliers de femmes à travers l’Asie – soit 200 000 selon des études coréennes, chiffre contesté par Tokyo – empoisonne les relations de l’Archipel avec ses voisins qui, eux, entretiennent le souvenir de cette tragédie, en dressant notamment des statues, dans différents pays. Les premières le furent en Corée du Sud. Il y en aurait aujourd’hui une quarantaine dans le monde, en Allemagne, en Chine, au Canada…

CE N’EST PAS LA PREMIÈRE FOIS QUE LE JAPON VOIT SES DÉMARCHES CONTRARIÉES. EN JANVIER 2017, IL A RAPPELÉ TEMPORAIREMENT SON AMBASSADEUR EN CORÉE DU SUD POUR UNE STATUE INSTALLÉE PRÈS DE SON CONSULAT À BUSAN.
La statue de San Francisco est une initiative des communautés coréenne, chinoise et philippine. En novembre 2017, le maire de l’époque, Ed Lee, en a fait un monument officiel de la Ville. Hirofumi Yoshimura l’avait déploré. « La relation de confiance a été complètement détruite. » Le premier ministre nippon, Shinzo Abe, connu pour ses positions révisionnistes, avait aussi réagi, qualifiant la décision de San Francisco de « profondément regrettable et opposée aux vues du gouvernement japonais ».

« Horreurs de l’esclavage et du trafic sexuels »

Le décès le mois suivant d’Ed Lee avait calmé la polémique. Mais le maire d’Osaka a relancé l’affaire cet été auprès de sa nouvelle collègue de San Francisco, London Breed, avant de décider de mettre fin au jumelage. Car la ville californienne a de son côté réagi en soulignant l’importance de la statue, la décrivant comme « un symbole de la lutte à laquelle font face toutes les femmes qui ont été et sont contraintes de supporter les horreurs de l’esclavage et du trafic sexuels ».

Ce n’est pas la première fois que le Japon voit ses démarches contrariées sur cette question. En janvier 2017, il avait rappelé temporairement son ambassadeur en Corée du Sud pour une statue installée près de son consulat à Busan, dans le sud du pays, en vain. Idem, quand il a protesté auprès de Séoul après que le Parlement sud-coréen eut fait du 14 août le Jour mémorial des victimes dites « femmes de réconfort ».

C’est à la fin des années 1980 que la question, longtemps tue, a été évoquée publiquement par d’anciennes victimes. En 1993, le gouvernement nippon avait reconnu l’existence de maisons closes militaires exploitant des femmes. Des excuses avaient été formulées. Shinzo Abe, qui était alors dans l’opposition, ne l’a jamais accepté. Son cabinet suit un positionnement plus dur. Le Japon, explique le ministère des affaires étrangères, conteste l’affirmation selon laquelle ces femmes furent contraintes. Ce fait n’aurait été confirmé par « aucun des documents identifiés par le gouvernement du Japon sur cette question ».

En 2015, le cabinet Abe avait conclu un accord avec l’administration conservatrice sud-coréenne de la présidente Park Geun-hye (2013-2017), qui devait résoudre le différend « de manière irrémédiable et définitive ». Dès l’annonce de sa signature, il avait soulevé une vague d’indignation en Corée. Des victimes et leurs proches déploraient, et regrettent encore, que le Japon n’assumât pas sa responsabilité juridique dans ce dossier. Le président progressiste sud-coréen, Moon Jae-in, élu en mai 2017, a promis lors de sa campagne de revoir cet accord que la « majorité de Coréens du Sud n’approuve pas de cœur ».

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lundi 3 septembre 2018

Le passé trouble des liens entre scientifiques et militaires japonais ressurgit

Par Philippe Mesmer, Tokyo, correspondance - Le Monde

Un chercheur diplômé en 1945 a-t-il utilisé des cobayes humains pour ses travaux ? La question réveille une histoire longtemps taboue.

LETTRE DE TOKYO

L’université japonaise de Kyoto va devoir répondre en septembre à une question délicate. Outre qu’elle ravive un douloureux passé, elle touche au sujet toujours sensible des relations entre science et défense. Le 31 janvier 1945, quand elle était encore l’université impériale de Tokyo, l’institution a accordé un doctorat à un chercheur pour une thèse titrée Sur la capacité de la puce du chien à agir comme vecteur de la peste.

Or le chercheur en question était un médecin militaire appartenant à l’unité 731, de sinistre mémoire pour avoir mené dans les années 1930 et 1940 des expériences létales sur des milliers de civils – dont des femmes et des enfants – chinois, coréens ou encore mongols ainsi que sur des prisonniers de guerre, avec pour but de développer des armes chimiques et bactériologiques.

Cobayes humains

La question est de savoir si l’auteur de la thèse a utilisé des cobayes humains dans ses travaux. Pour Katsuo Nishiyama, professeur émérite de médecine préventive à l’Université de Shiga (Ouest), auteur de Senso to Igaku (Guerre et médecine, Bunrikaku, non traduit, 2014) et créateur en janvier de l’association ayant déposé la demande de révision, c’est une évidence.

La thèse signale que, dans une expérience, des singes « ayant développé des symptômes se plaignent de maux de tête, de forte fièvre et d’une perte d’appétit 6 à 8 jours après la mise en place » de puces infectées. Le texte ajoute qu’un singe « présentait plus de 39 degrés de fièvre pendant cinq jours consécutifs. Il est mort six jours après l’apparition de la maladie ».

Pour M. Nishiyama et son association, outre que les singes se plaignent rarement de maux de tête, il est avéré que, dans leurs publications scientifiques, les chercheurs de l’unité 731 dissimulaient le recours à des cobayes humains en parlant de « singes de Mandchourie ».

L’unité, officiellement nommé le « Département de prévention des épidémies et de purification de l’eau de l’armée de Kwantung » a été créé en 1936 à Harbin en Mandchourie (Chine) par décret de l’empereur Hirohito (1901-1989), sur l’initiative du médecin militaire Shiro Ishii (1892-1959), lui-même diplômé de l’université impériale de Kyoto.

L’essentiel des chercheurs et médecins y ayant exercé, à commencer par Shiro Ishii, ne furent jamais poursuivis après la guerre. Les autorités américaines leur ont secrètement accordé l’immunité en échange de l’accès à leurs travaux. Plusieurs anciens responsables de l’Unité 731 ont mené de brillantes carrières dans la médecine, à l’université ou dans le monde des affaires.

Appui de la police secrète

L’histoire de l’unité fut longtemps tue au Japon. Son existence n’a été officiellement reconnue qu’en 1998 à la faveur d’un procès sur le contenu des manuels d’histoire. Encore aujourd’hui, les cercles nationalistes discutent les exactions qui lui sont attribuées. En mai 2013, le premier ministre Shinzo Abe, connu pour ses prises de position révisionnistes, avait posé dans un avion des forces d’autodéfense portant le numéro 731, suscitant de vives réactions en Chine et en Corée.

Et il reste encore beaucoup à découvrir sur les recherches menées par les scientifiques nippons à l’époque. Pour le professuer Nishiyama, qui s’attelle à cette tâche et a obtenu en avril la liste quasi exhaustive de 3 607 membres de l’unité 731, cette structure « n’était que la partie émergée de l’iceberg ». « Toute la communauté médicale japonaise a participé aux efforts de guerre », déclarait-il fin août au quotidien Asahi.

L’unité 731 disposait de plusieurs laboratoires en Chine et bénéficiait d’importants moyens et de l’appui de la Kempeitai, la police secrète qui fournissait une partie des cobayes. Mais d’autres expérimentations auraient été menées sur des humains, notamment à Mindanao, aux Philippines, comme l’a révélé en 2006 Akira Makino, ancien médecin.

Créé en 1937 à Tokyo, le laboratoire Noborito réunissait de son côté un millier de chercheurs sur un site secret de 350 000 m² qui travaillaient sur des substances toxiques destinées à décimer les récoltes et le bétail. Expérimentées à Tokyo sur des animaux, elles le furent aussi sur des êtres humains par l’Unité 731. Au lendemain de la défaite de 1945, les documents et installations du laboratoire Noborito furent détruits. Ceux qui y travaillaient ont « disparu ».

Boycotter la recherche militaire

Outre l’ambition d’éclairer quelque peu cette page sombre de l’histoire du Japon, l’initiative du professeur Nishiyama intervient au moment où le gouvernement japonais, qui souhaite développer une industrie militaire, pousse la communauté scientifique à engager des recherches ayant des applications à la fois civiles et militaires. Le budget alloué augmente chaque année. Il est passé de 300 millions de yens (2,3 millions d’euros) en 2015 à 11 milliards de yens (84 millions d’euros) en 2017. Certaines universités, confrontées à des baisses de dotations publiques, accepteraient de tels financements.

Elles le feraient malgré la décision prise par le Conseil japonais pour la science (CJS), organisation indépendante quoique sous la juridiction du premier ministre et représentant quelque 850 000 chercheurs. En mars 2017, le conseil a appelé les scientifiques à boycotter la recherche militaire et le gouvernement à maintenir cette branche hors des campus. A sa création en 1949, le CJS s’était donné pour mission de tirer les leçons de la guerre et s’était engagé à « ne jamais accepter des recherches scientifiques pour faire la guerre ».

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samedi 11 août 2018

Site du Bégo - Commune de Plouharnel

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lundi 6 août 2018

Il y a 73 ans, la première bombe atomique de l'histoire dévastait Hiroshima.

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dimanche 5 août 2018

L'ancien résistant Arsène Tchakarian est mort à l'âge de 101 ans. Il était le dernier survivant du "groupe Manouchian".

Arsène Tchakarian est né en Turquie en plein génocide arménien. Pendant la seconde guerre mondiale, il a fait partie du "groupe Manouchian", l'un des mouvements les plus actifs de la Résistance. Ce groupe avait été la cible d'une célèbre campagne d'affichage du gouvernement de Vichy et 22 de ses membres ont été fusillés en février 1944.

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L’Affiche rouge, tract de propagande placardé en France à plus de 15 000 exemplaires par le régime de Vichy sous l’Occupation, contre les résistants du FTP-MOI, dont faisaient partie les membres du groupe Manouchian exécutés au Mont-Valérien.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affiche_rouge

L’Affiche rouge est une affiche de propagande placardée en France à plus de 15 000 exemplaires par le régime de Vichy et l'occupant allemand, dans le contexte de la condamnation à mort de 23 membres des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d'Œuvre Immigrée (FTP-MOI), résistants de la région parisienne, suivie de leur exécution, le 21 février 1944.

Nécrologie : L’ancien résistant Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Manouchian, est mort

Par Dominique Buffier - Le Monde

Arsène Tchakarian est mort samedi à l’âge de 101 ans, a annoncé sa famille. Il faisait partie d’un groupe de résistants dont 22 membres avaient été exécutés par les nazis en février 1944.

Avec la mort d’Arsène Tchakarian le samedi 4 août à l’âge de 101 ans, disparaît le dernier survivant du groupe Missak Manouchian, dont 22 membres furent exécutés par les nazis le 21 février 1944 au Mont-Valérien. Après le décès d’Henri Karayan, le 2 novembre 2011, à Paris, à l’âge de 90 ans, celui d’Arsène Tchakarian renvoie la mémoire et la relation précise de cet épisode, à la fois magnifié et propice à certaines polémiques, à la seule responsabilité des historiens.

Il y a peu, Arsène Tchakarian, alerte nonagénaire, recevait encore au rez-de-chaussée de son pavillon de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) donnant sur un petit jardin. Là, au milieu de livres et de documents, il rappelait avec fougue l’action du groupe Manouchian dans la Résistance. Jusqu’à la fin de sa très longue vie, il n’aura cessé d’apporter à ce sujet son témoignage personnel, intervenant dans les établissements scolaires – où il a tenu des centaines de réunions depuis le milieu des années 1960 –, les institutions civiles et militaires, les émissions de télévision et de radio et bien sûr les commémorations annuelles.

Ses souvenirs par écrit

Il a aussi réuni par écrit ses souvenirs dans plusieurs livres : d’abord Les Francs-Tireurs de l’Affiche rouge (Ed. sociales, 1986), puis Les Fusillés du Mont-Valérien (Ed. Comité national du souvenir des fusillés du Mont-Valérien, 1991) et enfin, avec Hélène Kosséian, Les Commandos de l’Affiche rouge (Ed. du Rocher, 2012). De manière significative, ce dernier ouvrage a pour sous-titre La Vérité historique sur la première section de l’Armée secrète. Son dixième chapitre revient en effet sur la polémique suscitée en 1985 par la sortie du documentaire Des terroristes à la retraite, de Mosco Boucault.

Arsène Tchakarian rejette la thèse de ce documentaire selon laquelle le groupe Manouchian aurait été « lâché », voire « sacrifié » par la direction clandestine du Parti communiste. Il assure être définitivement parvenu à la certitude d’une trahison dans ses rangs, comme le suggérait la lettre adressée avant son exécution par Missak Manouchian à sa compagne Mélinée, dans laquelle le chef du groupe dit pardonner à tous sauf « à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus ».

Pour Arsène Tchakarian, l’auteur de cette trahison ayant mené aux arrestations de novembre 1943 est Boris Holban, mort en 2004 à l’âge de 96 ans, qui avait créé en mars 1942 et dirigé le groupe parisien des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans de la main-d’œuvre immigrée). Cette thèse du « traître », qui était aussi défendue par Henri Karayan, est cependant loin de faire l’unanimité, de même que l’accusation précisément portée contre Boris Holban. Des historiens de renom spécialistes de cette période, comme Denis Peschanski ou Claude Pennetier, n’y adhèrent pas. Pour Denis Peschanski, le travail de filature réalisé par la police de Vichy suffit à expliquer les arrestations.

Apatride jusqu’en 1958

Arsène Tchakarian est né le 21 décembre 1916 en Turquie, à Sabandja, ville à 80 kilomètres au sud d’Istanbul, dans la région de Bursa. A l’exemple de nombreuses familles arméniennes sur le territoire turc, les bouleversements de la première guerre mondiale et les suites du génocide de 1915 conduisent les Tchakarian sur les routes de l’exil, et tout d’abord en Bulgarie.

En 1928, la famille Tchakarian acquiert le « passeport Nansen ». Ce document d’identité créé à l’initiative de Fridtjof Nansen, premier haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des nations, est destiné aux apatrides, principalement russes et arméniens. Un statut d’apatride qu’Arsène Tchakarian conservera jusqu’en… 1958, date à laquelle il obtiendra la nationalité française.

La France, le jeune Arsène la découvre à l’âge de 14 ans à la fin de l’année 1930 en débarquant à Marseille. Après un séjour à Decazeville, dans l’Aveyron, où son père a trouvé du travail dans les mines, il rejoint Paris et devient tailleur. Passionné par l’actualité politique, il participe en 1936 aux manifestations du Front populaire et adhère à la CGT, où il rencontre pour la première fois Missak Manouchian, intellectuel, poète et militant communiste en même temps qu’ouvrier.

Distribution de tracts antihitlériens

En 1937, alors que les menaces de conflit en Europe ne cessent de grossir, Arsène Tchakarian a tout juste 21 ans. Il est appelé au service militaire dans le 182e régiment d’artillerie lourde de Vincennes. Il participe en 1939 et 1940 aux combats des Ardennes et de la Meuse. A l’issue de la défaite de la France, il est démobilisé à Nîmes le 5 août 1940. Dès novembre 1940, il se lance, à Paris, avec Missak Manouchian dans la distribution de tracts antihitlériens. Les deux jeunes gens, comme d’autres militants ou sympathisants communistes, anticipent ainsi l’entrée en résistance du Parti, qui ne s’effectuera qu’après la rupture du pacte germano-soviétique, en juin 1941. Leur activité politique se radicalisera progressivement jusqu’à l’organisation d’actions violentes.

En 1943, Manouchian et ses camarades, dont Arsène Tchakarian, font partie des FTP-MOI de Paris, qui organisent des actions armées contre l’occupant. Le 17 mars, ils se livrent à leur première opération en attaquant à Levallois-Perret une vingtaine de Feldgendarmes, des policiers militaires allemands.

En mai 1943, Manouchian est nommé responsable provisoire de la première section parisienne de l’Armée secrète, dénomination désignant une structure de coordination de différentes composantes de la Résistance. En juin 1943, après l’attaque d’un autocar de la Kriegsmarine près de l’église d’Auteuil, Arsène Tchakarian est nommé chef de la première section des « triangles commandos ». Une formation qui aurait, selon les communiqués de l’Armée secrète, réalisé près de cent quinze actions réussies entre juin et septembre.

Lorsqu’il commentait cette période, Arsène Tchakarian disait :

« Nous n’étions pas des héros. Il ne faut pas croire que nous n’avions pas peur. Nous avons résisté parce que nous en avions la possibilité : pas de famille, pas de travail. Et parce que nous aimions la France. Elle nous avait adoptés. »

Mais, à la mi-novembre 1943, la sécurité allemande et la police de Vichy réalisent une série de coups de filet, arrêtant d’abord Manouchian et seize autres membres de son groupe (qui en comptait « près de quatre-vingts », confiait Arsène Tchakarian au Monde en 1984), puis complétant leur tableau de chasse avec d’autres arrestations. Jugés par un tribunal militaire où étaient conviés les journaux de la collaboration, tous seront condamnés à mort, puis fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. La seule femme parmi les condamnés, Olga Bancic, sera décapitée en Allemagne le 10 mai 1944.

« Echapper aux griffes de la police nazie »

C’est en hommage à ces exécutions que Louis Aragon devait écrire, en 1955, le poème Strophes pour se souvenir. Texte qui sera mis en musique et chanté, en 1959, par Léo Ferré sous le nom de L’Affiche rouge, référence à la couleur de l’affiche de propagande placardée par les nazis au moment des exécutions et traitant les membres du groupe d’« armée du crime ».

Ayant, comme Henri Karayan, échappé à la rafle, Arsène Tchakarian est recherché activement en décembre 1943 par les policiers du commissaire David de la Brigade spéciale n° 2. Il se cache à Paris, au deuxième étage du 3, rue Frédéric-Sauton, dans le Quartier latin. « La protection de Léon Navar, commissaire de Montrouge, et celle de la police résistante de la Préfecture de Paris m’ont permis d’échapper aux griffes de la police nazie », affirmait-il au soir de sa vie. En mai 1944, grâce à son expérience militaire et à son action de résistant, il est envoyé à Bordeaux afin de fournir des informations en vue de préparer le bombardement du camp d’aviation de Mérignac par les Alliés.

Rappelé à Paris début juin 1944, il est envoyé alors à Montargis dans le maquis de Lorris sous le commandement du capitaine Bourgeois. Nommé lieutenant, il commande une vingtaine de résistants et après de durs combats entre dans Montargis où il occupe la Kommandantur installée à l’Hôtel des Postes.

Après la Libération, il sera nommé sous-lieutenant le 13 juillet 1948, puis obtiendra la Croix de combattant de la guerre 1939-1940 et la Médaille d’argent du ministère de la défense. En 2005, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Lors de la cérémonie de remise des insignes d’officier de la Légion d’honneur à Arsène Tchakarian, le 8 mars 2012, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, déclarait :

« A travers vous, aujourd’hui, la République rend hommage à un groupe d’hommes et de femmes qui ont donné leur vie pour la France, à ce groupe Manouchian que l’occupant appelait “l’armée du crime” et dont l’arrestation fait connaître à tous les Français leur rôle dans l’Armée de libération. »

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samedi 17 mars 2018

Auschwitz - Czesława Kwoka, 14 ans

Wilhelm Brasse

Données clés

Naissance        3 décembre 1917

Décès  23 octobre 2012 (à 94 ans)

Nationalité        Polonaise

Profession      photographe

Activité principale       

1940-1945

Wilhelm Brasse, né le 3 décembre 1917 à Żywiec et mort le 23 octobre 2012 dans la même ville, est un photographe polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie

Brasse est d'origine mixte autrichienne-polonaise et a étudié la photographie à Katowice. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Brasse refuse de signer le "Volksliste" qui lui est accordé en raison de son origine germanique, et de rejoindre l'armée allemande. En 1939, il travaille pendant un certain temps dans un laboratoire de photos à Krynica-Zdrój, puis tente de traverser la frontière avec la Hongrie pour rejoindre l'armée polonaise.

Photo prise par Wilhelm Brasse ; elle montre Czesława Kwoka, 14 ans, morte en 1943 à Auschwitz

Il est arrêté le 31 août 1940 et envoyé au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. Dès 1941, il est employé pour photographier les prisonniers nouvellement arrivés dans le camp. Brasse fait de chaque prisonnier une série de trois images : la coiffure, de face et de chaque côté. Il quitte Auschwitz en janvier 1945 avec le dernier convoi de prisonniers et est transféré au camp de concentration de Mauthausen et plus tard au sous-camp de Melk, où il est libéré par les Américains.

Après avoir photographié environ 50 000 prisonniers, il n'a plus jamais pris la caméra après la guerre.

En 2005, le documentaire Portrecista (le portraitiste) de Ireneusz Dobrowolski, porte sur Brasse et son travail à Auschwitz.

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Czesława Kwoka, 14 ans

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jeudi 15 mars 2018

In memorem - AUSCHWITZ

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Ces photos Czesława Kwoka prise dans le camp d'Auschwitz en 1943 ont été colorisée par l'artiste brésilienne Marina Amaral. — DR - Marina Amaral

Le 12 mars 1943, Czesława Kwoka, une adolescente polonaise de 14 ans a succombé, à Auschwitz (Pologne), à une injection de phénol dans le cœur. « Selon le témoignage d’un survivant [du camp de concentration et d’extermination], Wilhelm Brasse, (…) elle a été battue par l’un des gardes », précise le Mémorial d’Auschwitz qui a posté mardi sur Twitter, soixante-quinze ans après sa mort, des portraits de la jeune fille photographiée juste après qu’elle a été rouée de coups.

Une série de clichés qui a été colorisée par l’artiste brésilienne Marina Amaral. Cette dernière s’est également exprimée sur Twitter : « Czesława Kwoka avait seulement 14 ans, mais elle était plus courageuse que je ne le serai jamais. Si je me fais une petite coupure au doigt, c’est la fin du monde. Elle, a été tabassée par un kapo, mais elle a l’air si forte. Cela m’est apparu encore plus réel et puissant après que j’ai colorisé les ecchymoses et le sang sur son visage. »

Sur la version en couleur de l’image, le triangle cousu sur la tenue de la jeune fille est rouge. « Czesława était considérée comme une prisonnière politique car elle vivait à Zamosc. Elle est restée dans le camp seulement trois mois avant d’être tuée – moins d’un mois après sa mère, Katarzyna Kwoka, qui a connu le même sort », informe Marina Amaral.

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« Regardez les yeux de Czesława »

« Je crois fermement au pouvoir que revêt le fait de voir des visages comme celui de Czesława en couleurs, explique l’artiste. Comme je l’ai souvent dit, il est bien plus facile de s’identifier à ces personnes une fois que l’on comprend et qu’on les VOIT comme de vrais êtres humains. Cela peut paraître absurde. Mais s’il est nécessaire d’en passer par là pour apprendre quelque chose et se sentir plus intimement concerné, alors, qu’il en soit ainsi. (…) Cela n’a rien à voir avec moi ou mon travail mais avec le pouvoir qu’ont les couleurs de nous faire comprendre que ces gens qui vivaient des centaines d’années avant nous avaient aussi des familles, des amis et des rêves et ont vécu des moments difficiles – tout comme nous. Regardez les yeux de Czesława. »

Le tweet du Mémorial d’Auschwitz a suscité des centaines de commentaires, a été retweeté plus de 7.500 fois et "favorisé" par plus 36.400 personnes. Les réactions confirment ce qu’explique Marina Arabal. « Absolument déchirant », avance une internaute quand un autre compare ces images à celles, actuelles, « du génocide des Rohingyas, des crimes de guerre syriens, de la brutalité policière envers les Afro-Américains. Ce regard est obsédant.

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L’artiste signale que si elle a pu faire ce travail de colorisation, c’est parce que cette photo est tombée dans le domaine public et qu’elle ne réitérera l’expérience que si elle a la permission de le faire. Marina Amaral s’est fait une spécialité de faire passer à la couleur des photographies historiques, qu’il s’agisse d’un portrait de Lincoln ou d’images du Débarquement.

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samedi 3 mars 2018

Arromanches - port artificiel D Day

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mercredi 7 février 2018

Vestiges des défenses du Mur de l'Atlantique - Seconde Guerre Mondiale

Trois vestiges de la guerre ont ressurgi à Kerminihy

Un pieu de défense est sorti du sable et semble observer le banc de sable formé, suite aux tempêtes. La porte belge dont on aperçoit les rouleaux qui lui permettaient d’être transportée. En bas, le sommet d’un tétraèdre, qui avec les portes belges, les asperges de Romell et des fils barbelés recouvraient les plages pour faire barrière aux débarquements des Français. En 2007, d’autres portes belges et tétraèdres avaient ressurgi et avaient été répertoriés par le musée.

Depuis début janvier, la mer et le vent ont complètement transformé la plage de Kerminihy, faisant apparaître trois vestiges de la Seconde Guerre mondiale.

L’histoire

« C’est étonnant, le paysage a complètement changé depuis mon dernier passage, en novembre », déclare un vacancier venu sur la plage admirer le banc de sable. Celui-ci a changé d’apparence en devenant beaucoup plus vaste depuis les dernières tempêtes.

Pas très loin, un cône de béton est posé sur le sable. « Il s’agit du haut d’un tétraèdre, une structure sur trois pieds servant d’obstacle aux ennemis », explique Grégory Nabat, animateur du musée des thoniers d’Étel.

Un peu plus loin, on découvre une imposante structure en métal rouillé, tombée sur son côté. « C’est un élément de Cointet, aussi appelé porte belge. Sorte de portail fermé, qui faisait, lui aussi, parti de l’arsenal de défense positionné tout au long du mur de l’Atlantique, par les Allemands ». Disposés en alignements, les portes belges et les tétraèdres se relayaient sur les plages, accompagnés des fameuses asperges de Romell, de gros pieux en bois ou en fer, sur lesquelles bien souvent des mines étaient en place.

« La porte belge qui vient d’être découverte est la 4e dans son genre sur cette plage que l’on a pu répertorier », souligne Grégory Nabat.

Le musée aimerait que ces éléments de défense soient conservés au titre du patrimoine local. « Mais ce n’est pas évident de récupérer une telle structure, et de la stocker. On y réfléchit ».

La découverte qui intrigue, le plus, l’animateur du musée est le troisième élément sorti du sable, qui semble être un pieu de défense. « On dirait qu’il a été fabriqué à partir d’un rail, peut-être provenant du train de sable qui courrait des dunes du Bégot jusqu’au port d’Étel », s’interroge Grégory Nabat. C’est en tout cas le premier du genre répertorié par le musée.

Photos : J. Snap

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vendredi 2 février 2018

Le Sénat polonais adopte une loi controversée sur la Shoah

Elle punit par des amendes ou des peines de prison ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat » des crimes commis par les nazis en Pologne occupée.

Le Sénat polonais a voté dans la nuit du mercredi 31 janvier au jeudi 1er février une loi controversée sur la Shoah. Pour entrer en vigueur, celle-ci doit encore être signée par le président Andrzej Duda. Destinée à défendre l’image du pays, la mesure a irrité Israël et fait l’objet d’un sérieux avertissement des Etats-Unis.

Ce texte risque d’avoir des « répercussions » sur « les intérêts et les relations stratégiques de la Pologne », a mis en garde la porte-parole du département d’Etat américain Heather Nauert, estimant que d’éventuelles divisions entre alliés « ne profiteraient qu’à nos rivaux ». Elle a appelé la Pologne « à réexaminer la loi à la lumière de ses possibles conséquences sur la liberté d’expression et sur notre capacité à être de bons partenaires ».

La loi punit par des amendes ou des peines de prison allant jusqu’à trois ans de réclusion ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat polonais » des crimes commis par les nazis en Pologne occupée. Aux yeux des conservateurs au pouvoir dans le pays, il s’agit en priorité d’empêcher qu’on utilise l’expression « camps de la mort polonais » à propos de ceux installés par le IIIe Reich dans le territoire.

La loi « conduit à falsifier l’Histoire »

Les responsables israéliens s’émeuvent surtout d’un passage où ils voient une tentative de nier la participation de certains Polonais à l’extermination des Juifs, voire la possibilité de poursuivre des survivants de la Shoah qui évoqueraient de tels cas.

Après l’adoption du projet de loi par la chambre basse, vendredi, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a vivement protesté : « Nous ne tolérerons pas qu’on déforme la vérité et qu’on réécrive l’Histoire ou qu’on nie l’Holocauste. » Mais en Pologne, le Sénat a voté le texte sans le modifier.

A Varsovie, une centaine d’artistes, de journalistes et de politiques polonais – parmi lesquels la réalisatrice Agnieszka Holland ou encore l’ancien président de gauche Aleksander Kwasniewski – ont signé un appel demandant que le texte soit amendé afin d’en éliminer la pénalisation des expressions blessantes pour la Pologne. Ils ont exhorté l’opinion publique à « maîtriser les émotions, pour le bien commun que sont la vérité et le dialogue polono-israélien depuis un quart de siècle ».

Un groupe de Juifs polonais a également publié une lettre ouverte pour dénoncer une loi qui « peut conduire à pénaliser ceux qui disent la vérité sur les délateurs polonais et ces citoyens polonais qui assassinaient leurs voisins juifs ». Les contributeurs estiment qu’elle « limite non seulement la liberté d’expression, mais avant tout conduit à falsifier l’Histoire ».

6 700 Polonais « Justes parmi les nations »

La Pologne occupée par l’Allemagne nazie fut le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux Juifs était passible de la peine de mort. Le site du mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dédié à la mémoire de la Shoah, recense 6 700 Polonais distingués comme « Justes parmi les nations ». Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués pendant la seconde guerre mondiale.

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