Partager sur Face Book

Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

lundi 23 octobre 2017

Travail : Prendre ses aises nuit à la productivité

Par Nicolas Santolaria - Le Monde

Les cadres sont invités à sortir de leur « zone de confort » afin de ne pas s’endormir sur leurs lauriers. Au point que certaines sociétés sont allées jusqu’à imaginer une start-up en interne pour s’auto-concurrencer.

Parmi les expressions cocasses qui rythment la vie d’entreprise, je dois avouer une tendresse particulière pour celle qui invite les cadres à « sortir de leur zone de confort ». Cette formule postule en premier lieu qu’existe quelque part, dans le for intérieur de chaque travailleur, un lieu si moelleux, si accueillant qu’on a envie de s’y pelotonner comme dans les draps satinés d’une grasse matinée éternelle.

S’IL AVAIT EU LA CLIM DANS SA CAVERNE, DES TICKETS RESTO ET UNE APPLI DELIVEROO, IL N’EST PAS CERTAIN QUE L’HOMME PRÉHISTORIQUE SE SERAIT LANCÉ DANS LA PÉRILLEUSE CHASSE AU MAMMOUTH

Selon une croyance répandue, le périmètre de cette fameuse « zone de confort » aurait tendance à s’étendre lorsqu’on est un peu trop sûr de son fait, lorsque la perspective de la prise de risque s’évanouit derrière le voile anesthésiant des process. On finit alors par ne plus faire de différence entre une réunion stratégique et un espace lounge, entre une chaise de bureau et un fauteuil club. Cet immobilisme douillet contamine l’ensemble de notre relation au travail, constituant une sorte d’épicentre marécageux qui risque à terme d’engloutir le devenir même de la structure. Quand la moquette est trop épaisse et le chauffage trop bien réglé, l’entreprise devient un colosse aux pieds d’argile que pourrait balayer le simple éternuement d’une start-up tout juste sortie du néant. A quoi bon partir à la conquête de nouveaux marchés et chercher des solutions innovantes, se dit le salarié, si le quotidien est déjà aussi enchanteur qu’un arc-en-ciel de Dragibus ?

Créer de l’insécurité pour booster la productivité

« Il est parfois nécessaire de créer de l’insécurité ou de l’inconfort pour booster la productivité, car trop de confort endort », écrit Béatrice Gérard dans son ouvrage Oseriez-vous sortir du cadre ? S’il avait eu la clim dans sa caverne, des Tickets Resto et une appli Deliveroo, il n’est pas certain que l’homme préhistorique se serait lancé dans la périlleuse chasse au mammouth. C’est en partant de ce constat assez simple que certaines entreprises envisagent désormais de générer une adversité de synthèse, avec l’objectif affiché de sortir le salarié de son prétendu semi-coma. C’est le cas de Scality, société spécialisée dans le stockage intelligent, qui a eu l’idée de créer en interne une start-up lui faisant concurrence sur son propre marché.

Là où Scality vend des licences, l’autre structure propose des produits open source, un peu comme si Apple décidait de distribuer soudain des iPhone gratuits en créant une sous-marque avec une poire à moitié croquée en guise de logo. Ou comme si un salarié transformait son fauteuil à roulettes en planche à clous. Difficile de savoir si cette forme très en vogue d’auto-concurrence épineuse relève du génie disruptif ou de la totale idiotie (les deux n’étant pas incompatibles), mais une chose est sûre : le sommet du confort est de pouvoir organiser soi-même, à l’envi, presque sur le mode du caprice, ses propres zones d’inconfort.

Posté par jourstranquilles à 06:00 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 22 octobre 2017

Egalité femmes-hommes - Comment l’affaire Weinstein a ouvert la boîte de Pandore des violences faites aux femmes

Par Violaine Morin, Gaëlle Dupont

Dans le sillage des révélations sur le producteur américain, célébrités et anonymes partagent au grand jour leurs témoignages d’agressions sexuelles.

Cette fois, la honte semble vraiment avoir changé de camp. La révélation des accusations de harcèlement sexuel portées contre le producteur américain Harvey Weinstein par le New York Times du 5 octobre a fait l’effet d’une bombe à fragmentation planétaire. Partout dans le monde, des femmes célèbres et anonymes ont dénoncé avoir subi des violences sexuelles de tous types, allant de l’interpellation salace, au harcèlement, à l’agression ou au viol, en pointant l’impunité de leurs agresseurs. Au risque de mettre en cause nommément des hommes qui n’ont pas les moyens de répondre à ces accusations. Mais le plus souvent en ne révélant pas leur identité.

Les vedettes de cinéma Gwyneth Paltrow, Asia Argento, Léa Seydoux, Rosanna Arquette, et d’autres, ont d’abord dénoncé le producteur américain. Puis la chanteuse islandaise Björk a mis en cause un célèbre réalisateur danois. Au Québec, neuf femmes ont témoigné contre le producteur d’humoristes Gilbert Rozon, rendu célèbre en France par sa participation à l’émission « La France a un incroyable talent », qui a démissionné mercredi 18 octobre de ses fonctions et présenté des excuses à « toutes celles et ceux qu’[il a] pu offenser ».

En France, Pierre Joxe, ancien ministre de François Mitterrand, est désormais accusé d’agression sexuelle par l’écrivaine Ariane Fornia, fille de l’ancien ministre Eric Besson, ce que l’intéressé dément. Dans les colonnes du Journal du dimanche du 14 octobre, Isabelle Adjani n’a relaté aucun événement la touchant personnellement, mais a dénoncé « l’impunité et le silence qui entourent encore le harcèlement sexuel » dans son milieu de travail, le cinéma.

« Pour la plupart des gens, si une actrice doit coucher pour y arriver, ça reste naturel, voire normal, selon l’idée qu’il faut bien donner un peu de soi quand on veut obtenir beaucoup, écrit-elle. Et cette question est trop peu souvent considérée sous l’angle du harcèlement et du viol. (…) Dans les maisons de production ou chez les décideurs, j’ai souvent entendu : “Toutes des salopes, toutes des putes de toute façon, ces actrices !” »

Arsenal classique du militantisme

Les célébrités ne sont pas les seules concernées. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #balancetonporc, lancé le 13 octobre par la journaliste Sandra Muller, et #moiaussi, la déclinaison française du #metoo anglais, ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes sur Twitter. « C’est une révolution, une prise de conscience, une incroyable libération de la parole des femmes », observe Fatima Benomar, porte-parole de l’association Les Effrontées, dans un communiqué du 18 octobre.

La mobilisation virale fait désormais partie de l’arsenal classique du militantisme. Mais son ampleur est sans précédent sur un sujet touchant aux droits des femmes. Elle est aussi inédite par sa nature, car elle n’émane d’aucune organisation féministe et dépasse largement les cercles militants. Chacune raconte ce qu’elle a vécu sur son compte Twitter ou Facebook. L’angle d’attaque choisi n’est pas non plus celui d’une campagne de sensibilisation féministe ordinaire.

« Là où une organisation choisira d’alerter sur les réseaux avec un angle précis, comme les transports en commun ou le monde du travail, #balancetonporc est universel. C’est n’importe quel harceleur, n’importe où », analyse Claire Blandin, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-XIII. La prise de parole collective résulte de la convergence de plusieurs facteurs : le climat médiatique créé par l’affaire Weinstein, bien sûr, mais aussi un élément « générationnel ».

« Raconter son agression, avec des détails parfois très intimes, suppose une acculturation aux réseaux sociaux et à leur fonctionnement », poursuit Claire Blandin. Cette mobilisation est en outre intervenue en France dans un contexte particulier. La décision du parquet de Pontoise de poursuivre pour atteinte sexuelle (passible de 5 ans de prison) et non pour viol (passible de 15 ans) un homme de 28 ans ayant eu des relations sexuelles avec une petite fille de 11 ans avait suscité l’indignation.

Tous les milieux concernés

La « Une » que le magazine Les Inrocks consacrait le 11 octobre au chanteur Bertrand Cantat, condamné pour l’homicide de sa compagne, Marie Trintignant a suscité la riposte du magazine Elle, qui faisait savoir le 17 octobre qu’il consacrait son éditorial à Marie Trintignant. « Son visage est devenu celui de toutes les femmes victimes de la violence des hommes, écrit la journaliste Dorothée Werner. Le visage des 123 anonymes tuées par leur conjoint l’an dernier. Celui des 33 inconnues qui, chaque jour, dénoncent un viol en France. Celui des femmes harcelées ou agressées – 216 000 plaintes déposées en 2016. A toutes ces femmes comme aux actrices contre Weinstein, comme à Flavie Flament contre Hamilton, il en faut, du courage. »

C’est comme si un couvercle avait sauté. Les médias s’emparent du sujet, invitant juristes, psychiatres, et militantes féministes à s’exprimer. Un phénomène qui était sous-jacent, banalisé, souvent intériorisé par les victimes, est dénoncé au grand jour. Plus d’une femme sur deux en France (53 %), et plus de six jeunes femmes sur dix (63 %) ont déjà été victimes d’agressions ou de harcèlement sexuel au moins une fois dans leur vie, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro réalisé sur 995 personnes les 18 et 19 octobre.

Chacune, ou chacun peut faire le compte – les hommes sont également concernés (10 % selon le sondage Odoxa), souvent lorsqu’ils sont mineurs. « Le harcèlement sexuel touche tous les milieux, avec une prédilection pour ceux où un rapport de pouvoir s’exerce », affirme au Monde Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail.

La question des lendemains de cette mobilisation se pose déjà. Aura-t-elle un impact sur les comportements dans les rues, les entreprises, les universités, les familles ? « Il faut que la prise de conscience continue », espère Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme !. Dimanche 29 octobre, un rassemblement « #metoo, dans la vraie vie », créé sur Facebook, est organisé à Paris. De son côté, le gouvernement a lancé le 16 octobre une concertation avant la présentation en 2018 d’un projet de loi « contre les violences sexistes et sexuelles », qui doit notamment comprendre un volet de lutte controversé contre le harcèlement de rue. La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa dit être ouverte « toute question qui émergera des discussions ». Nul doute que l’affaire Weinstein et ses suites les alimenteront.

Posté par jourstranquilles à 08:30 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 20 octobre 2017

NANTES : Le Lieu Unique à son tour dans le viseur de l'ultra droite

lieu unique

Depuis lundi, le drapeau "He Will Not Divide Us" flotte au-dessus du Lieu Unique à Nantes. C'est une oeuvre d'art politique, en réaction à l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Comme les autres sites où il a été accrochée, le LU a été victime de plusieurs attaques.

C'est au départ une oeuvre d'art contre la division et pour l'unité, un message qui répond à l'élection de Donald Trump aux États-Unis à l'automne 2016. Le drapeau "He Will Not Divide Us" - il ne nous divisera pas - flotte depuis le début de la semaine au-dessus du Lieu Unique à Nantes. Et comme tous les autres sites qui ont voulu relayer ce message, le LU est victime d'intimidations et de menaces de militants d'extrême droite.

Tout a commencé à New York, au museum of the moving image. L'idée de départ, c'était que tous ceux qui le souhaitent puissent prononcer les mots "he wil not divide us" devant une caméra et que les images soient projetées en continu sur un mur hors du musée. Très vite, le débat s'est engagé et le musée a préféré abandonner le projet après avoir eu vent de projets d'attaques. Il a ensuite été transféré à Albuquerque, toujours aux États-Unis, et là, il a été victime d'actes de vandalisme et d'attaques de la part de l'extrême droite. C'est à ce moment-là que l'oeuvre est devenue ce drapeau, accroché dans un lieu tenu secret. Mais encore une fois, les opposants ont réussi à lancer leurs attaques. Même chose de l'autre côté de l'Atlantique, à Liverpool, où le centre d'art FACT avait décidé d'accrocher le drapeau sur son immeuble. Là, un groupe d'homme est monté sur le toit et la direction a préféré tout arrêter.

Un jeune homme arrêté sur le toit du Lieu Unique

"He Will Not Divide Us" a finalement "trouvé refuge" au Lieu Unique de Nantes au début de la semaine. Le petit drapeau blanc flotte au-dessus de la tour LU, filmé en continue, et, là encore, le site a été visé : des intimidations et des appels à passer à l'action sur les forums internet et les réseaux sociaux. Et des appels aussi à décrocher le drapeau sur les réseaux sociaux.

Patrick Gyger, le directeur du Lieu Unique s'attendait à se genre de choses. La sécurité informatique a d'ailleurs été renforcée, même chose pour le bâtiment. "Nous avons aussi sécurisé au maximum les accès au toit et à la coupole avec de la rubalise et des panneaux où il est écrit danger de mort". Parce que c'est ça la plus grand crainte pour l'instant du directeur du LU, que quelqu'un tombe de plusieurs dizaines de mètres et se tue en passant à travers une verrière, par exemple. Un jeune homme a déjà été intercepté à proximité des bureaux administratifs, au dernier étage du bâtiment ce mardi. "Ce n'est pas pour rien que nous avons installé le drapeau avec une grue. C'est qu'on ne peut pas monter là-haut, c'est trop dangereux", poursuit Patrick Gyger.

Notre volonté n'est pas de provoquer mais de donner la parole à des artistes censurés

Pour le reste, "pas question de se laisser intimider", pour le directeur du Lieu Unique. "L'oeuvre restera tant qu'on estime qu'elle le peut dans de bonnes conditions". Et tant pis les avis négatifs s'accumulent sur les sites de notations de voyage comme Trip advisor ou sur le moteur de recherche Google. "Notre volonté, ce n'est absolument pas de provoquer", poursuit Patrick Gyger, "mais de donner la parole à des artistes qui se retrouvent censurés à cause des menaces contre leur oeuvre."

Des messages de soutien du monde entier

Et il préfère mettre en avant toutes les réactions positives que l'installation du drapeau a suscité : "des gens nous écrivent du monde entier pour nous féliciter, pour féliciter les artistes et pour nous dire que, en effet, face à des volontés de division, la population doit rester unie. Que ce soit aux États-Unis avec Donald Trump ou ailleurs dans le monde", conclut-il.

lieu unqisue22

nantes

Posté par jourstranquilles à 19:09 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 13 octobre 2017

"Information is not knowledge"

Posté par jourstranquilles à 07:56 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 9 octobre 2017

Emmanuel Macron, la solitude du pouvoir

Emmanuel-Macron

Par Solenn de Royer, Bastien Bonnefous - Le Monde

Surexposé, le chef de l’Etat se projette sur tous les fronts, sans boucliers ni paratonnerres. Cette ultraincarnation du pouvoir découle des institutions, mais aussi de la faiblesse du dispositif politique autour du pivot présidentiel.

C’est une vérité que tous les présidents de la Ve République ont intériorisée avant lui : le pouvoir isole. Déjà, durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était préparé à cette solitude suprême, « absolue ».

« Même si je m’efforce d’avoir une méthode collégiale, tu es la clé de voûte. Tu n’as plus de gens à qui tu peux dire les choses innocemment. Et tu ne peux pas avoir une minute de relâche. Il y a une part irréductible de mystère, la nécessité du secret. Tu retrouves une sorte d’épaisseur métaphysique. Ce n’est pas une fonction, c’est un être », expliquait le futur chef de l’Etat à l’écrivain Philippe Besson (Un personnage de roman, Julliard). Confidence prémonitoire.

Six mois plus tard, nous y sommes : Emmanuel Macron est un président seul aux commandes. Une solitude qu’il subit autant qu’il l’organise. Qui l’arrange et qui lui coûte. Et après des débuts où il a tenté de se mettre en surplomb, le voilà désormais sur tous les fronts. La semaine qui s’ouvre, comme les précédentes, en est une fois de plus l’illustration.

Mardi à Francfort, en Allemagne, pour inaugurer la Foire du livre et évoquer avec la chancelière Angela Merkel sa réforme de l’Europe, le chef de l’Etat sera mercredi à Rungis pour faire un point d’étape des Etats généraux de l’agriculture, avant de recevoir, jeudi et vendredi à l’Elysée, l’ensemble des partenaires sociaux pour lancer le deuxième volet de sa refondation sociale, avec la réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle.

Ultraincarnation du pouvoir

Emmanuel Macron est partout, il s’occupe de tout. Surexposé, le moindre de ses mots peut enflammer la lande politique, des « fainéants » au « bordel ».

Cette ultraincarnation du pouvoir découle des institutions, mais aussi de la faiblesse du dispositif politique autour du pivot présidentiel. Au gouvernement, les ministres expérimentés – Jean-Yves Le Drian (affaires étrangères), Bruno Le Maire (économie) ou Gérard Collomb (intérieur) – se comptent sur les doigts d’une main et ils peinent à exister en leurs noms propres.

A Matignon, Edouard Philippe est un premier ministre loyal et actif, mais sans troupes et sans parti, qui ne fait pas d’ombre à l’Elysée. Le casting gouvernemental ne parvient pas, à quelques exceptions près, à occuper le devant de la scène dans l’esprit des Français.

« Les ministres ne font pas assez de terrain, il faut aller voir les gens pour expliquer ce qu’on fait pour eux », répète-t-on à Matignon. D’où le « séminaire gouvernemental » organisé dimanche 8 octobre rue de Varenne, pour détailler la « feuille de route » des ministres jusqu’à la fin de l’année. Et mettre en scène une équipe encore largement méconnue dans l’opinion.

Pas une tête qui dépasse

A l’Assemblée nationale, les députés de La République en marche (LRM) ont, certes, bouleversé le paysage parlementaire des dernières décennies, mais ils restent des apprentis. Le parti présidentiel n’a pas non plus trouvé de figures visibles, ni un discours audible. C’est un handicap pour le pouvoir qui manque ainsi de relais d’opinion parmi les élus comme chez les militants.

« Il y a urgence à retrouver une incarnation au parti. Cela manque, il faut relayer la parole du président », alerte la députée (LRM) des Yvelines, Aurore Bergé. « On a besoin de quelqu’un de capé, d’un émetteur, d’un chef de meute », reconnaît Arnaud Leroy, un des trois animateurs en poste du parti.

Mais même au sein de sa garde rapprochée, Emmanuel Macron ne veut pas une tête qui dépasse. Selon plusieurs sources, il aurait mal supporté de voir son affidé, le député de Paris Benjamin Griveaux, afficher ses ambitions pour la capitale en 2020, et il hésiterait de ce fait à lui confier les rênes du parti présidentiel.

« Plutôt que de le faire élire à la tête du groupe LRM à l’Assemblée, où l’on est un premier ministre bis, ou à la tête du parti, Macron l’a nommé secrétaire d’Etat sans attribution, dernier du gouvernement dans l’ordre protocolaire », note un proche d’Emmanuel Macron, pour qui le chef de l’Etat « ne veut pas laisser grandir quelqu’un de jeune et talentueux, qui a du métier politique et peut contrebalancer son avis. »

« Une garde de petits marquis »

Comme Machiavel qui conquit le pouvoir avec l’aide de sa brigata, « une brigade de jeunes gens affamés de pouvoir et d’amitié », selon les mots de l’historien Patrick Boucheron, Emmanuel Macron s’est entouré à l’Elysée d’une armée de jeunes conseillers dévoués, qui forment autour de lui comme un cordon sanitaire. Au grand dam de certains élus, qui regrettent de ne pas avoir plus d’accès au président. « Sa garde de petits marquis l’isole et verrouille tout », soupire un compagnon de route du chef de l’Etat.

Emmanuel Macron semble également se tenir éloigné d’instances dont il sait que la plupart sont décrédibilisées aux yeux des Français (partis, élus, médias, etc.). Et s’il multiplie les longs discours, dans des décors à la symbolique forte – au pied du Parthénon, ou à la Sorbonne –, il s’est encore peu expliqué devant les Français, notamment à la télévision, ce que certains de ses proches le pressent de faire.

Cette mise à distance, doublée d’une difficulté manifeste à accepter la contradiction, alimentent un procès en toute puissance, instruit par l’opposition.

« Il y a chez Macron une volonté de tout ramener à lui, comme s’il était à l’origine de tout. C’est dangereux et risqué pour lui », estime le député Nouvelle Gauche de Mayenne Guillaume Garot. « Macron paie le prix de la fragmentation politique. Il est fort, mais dans un champ de ruines, et il est tout seul », analyse à son tour l’ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

« Beaucoup d’instruits, mais peu de rusés »

L’absence patente de voix fortes autour de la figure présidentielle inquiète de plus en plus au sein de l’exécutif. « Il faut se garder de vivre trop longtemps avec un gouvernement non politique », indique un proche du premier ministre Edouard Philippe qui plaide, en privé, pour le retour ou pour l’entrée au gouvernement « de figures que les Français identifient, comme François Bayrou ou Manuel Valls. »

« Autour du président, il faut toujours un mélange d’instruits et de rusés, estime un poids lourd de la majorité. D’un côté, des gens compétents pour ficeler les dossiers techniques. De l’autre, des gens plus madrés, à l’aise dans le combat politique. Pour l’instant, autour de Macron, il y a beaucoup d’instruits, mais peu de rusés. »

Ces inquiétudes font sourire à l’Elysée où l’on balaie à la fois l’omniprésidence et la faiblesse du pack gouvernemental. « Plusieurs ministres pèsent, comme Collomb, Le Drian, Hulot, Castaner, Blanquer, etc. », affirme un conseiller, qui compare même l’équipe Philippe à « la dream team » du premier gouvernement Jospin en 1997.

« Les ministres ont d’abord été choisis pour leurs compétences personnelles », souligne ce proche d’Emmanuel Macron, qui ajoute, ironique : « Les gouvernements sous Hollande étaient remplis de soi-disant poids lourds politiques. Est-ce que ça a été plus efficace au final ? Le président a-t-il été mieux protégé, plus populaire ? Je n’ai pas l’impression. »

Posté par jourstranquilles à 07:31 - Politique - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 7 octobre 2017

Pourquoi n’avons-nous plus vraiment peur de la bombe ?

bombe1

Par Catherine Vincent

Donald Trump et Kim Jong-un raniment le spectre de la guerre nucléaire. Ce péril, qui n’a jamais été aussi grand depuis la fin des années 1980, n’est pourtant guère présent dans les esprits.

« Homme-fusée », « vieux fou » : depuis quelques semaines, les noms d’oiseaux ne cessent de jaillir entre Donald Trump et Kim Jong-un, et ce qui pourrait n’être qu’une surenchère verbale entre deux hommes en colère prend une autre gravité lorsqu’ils ont le doigt sur le bouton rouge. Mi-août, le leader de la Corée du Nord a ouvertement évoqué un projet de tir de missiles près du territoire américain de Guam, dans le Pacifique. Le 21 septembre, à la tribune de l’ONU, le président des Etats-Unis a répondu au maître de Pyongyang en menaçant son pays de « destruction totale ».

Soixante-douze ans après les premiers – et uniques – bombardements atomiques, menés en août 1945 sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, voilà que ressurgit le spectre de la guerre atomique, et derrière lui son cortège d’images apocalyptiques. Une perspective inouïe, terrifiante, que l’on a un peu vite reléguée à l’arrière-plan avec la fin de la guerre froide.

Banalisation

Les spécialistes, pourtant, ne cessent de le répéter : le risque d’une attaque nucléaire est aussi grand aujourd’hui qu’à la fin des années 1980 – si ce n’est plus. Pourquoi alors un tel déni de réalité ? Les peuples et les chefs d’Etat auraient-ils estompé dans leur imaginaire le pouvoir mortifère de cette arme de destruction massive ? Et le vrai danger ne réside-t-il pas précisément là, dans cette banalisation de la bombe atomique ?

En 1945, après la capitulation du Japon, l’Amérique en est seule détentrice. Mais, en août 1949, l’URSS procède à ses premiers essais d’arme nucléaire : aux Etats-Unis, la peur succède à la stupeur. L’administration produit des campagnes de recommandations pour « survivre à une attaque atomique », les maisons des nantis se dotent d’abris antinucléaires, les affiches des années 1950 s’ornent d’ogives et de champignons nuageux. Entre Soviétiques et Américains, la course aux missiles nucléaires se poursuivra jusqu’à la fin des années 1980, au cours desquelles George W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev signeront plusieurs accords de désarmement. Dans le monde entier, les populations respirent.

A tort, estiment les experts, pour qui la menace du nucléaire militaire n’a jamais disparu. « Aujourd’hui, le danger d’une catastrophe nucléaire est plus important que pendant la guerre froide, et la plupart des gens l’ignorent avec joie », affirme même William J. Perry. Secrétaire américain à la défense de 1994 à 1997, ce démocrate a publié My Journey at the Nuclear Brink (Stanford University Press, 2015, non traduit en français), ouvrage dans lequel il détaille les menaces actuelles. Parmi elles : une guerre nucléaire régionale entre l’Inde et le Pakistan – avec des impacts mondiaux dévastateurs. Et les dangers se sont encore intensifiés depuis la publication de ce livre.

Moscou et Washington modernisent et renforcent leur domination nucléaire, la Corée du Nord est devenue le neuvième pays dans le monde à posséder l’arme atomique, l’Iran est technologiquement en mesure d’être le dixième… A quoi s’ajoute l’éventualité d’un conflit « non conventionnel », au cours duquel des armes nucléaires échapperaient aux contrôles étatiques et internationaux.

Pensée fondatrice

Dès lors, comment expliquer que ce risque soit si peu débattu ? Que la peur de l’atome militaire ne soit pas plus palpable ? « Cet aveuglement est dû avant tout à l’énormité des conséquences qu’aurait une guerre nucléaire », répond Jean-Pierre Dupuy. Cet ingénieur général des Mines devenu philosophe rappelle la pensée fondatrice de l’Allemand Günther Anders (1902-1992) au sortir de la seconde guerre mondiale : lorsque le mal devient énorme, nous ne pouvons plus nous le représenter.

« ON SAIT QU’UNE DESTRUCTION NUCLÉAIRE INTÉGRALE EST POSSIBLE D’UN POINT DE VUE ABSTRAIT, MAIS LE NÉANT EST LA CHOSE LA PLUS DIFFICILE À SE FIGURER », ABONDE LE PHILOSOPHE MICHAËL FŒSSEL

« On sait qu’une destruction nucléaire intégrale est possible d’un point de vue abstrait, mais le néant est la chose la plus difficile à se figurer », abonde le philosophe Michaël Fœssel. A cette explication, l’auteur d’Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique (Seuil, 2012) en ajoute une autre, plus conjoncturelle : compte tenu des accidents survenus sur les centrales de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011), c’est désormais le nucléaire civil qui est à l’avant-plan des représentations de la catastrophe – à quoi s’ajoutent le dérèglement climatique et la menace terroriste.

« La capacité humaine à la peur étant – et c’est heureux – limitée, ces menaces plus tangibles font reculer notre perception du risque de guerre nucléaire, note-t-il. Et ce n’est évidemment pas de savoir que Trump va peut-être nous annoncer la fin du monde par Twitter, avec une émoticône, qui concourt à nous faire prendre cette menace au sérieux – même si nous devrions le faire. »

Dernier argument avancé pour expliquer notre inconscience face à ce danger planétaire : la confiance accumulée au fil du temps vis-à-vis de la dissuasion nucléaire. « Les seules bombes atomiques larguées sur des populations l’ont été pour mettre fin à la guerre, et c’était il y a près de trois quarts de siècle, rappelle le sociologue David Le Breton, spécialiste des conduites à risques. Nous savons que ce sont avant tout les chefs d’Etat qui ont le pouvoir d’appuyer sur le bouton, et nous avons tendance à penser qu’aucun d’entre eux n’osera prendre la responsabilité de détruire une partie du monde. »

« A un cheveu de l’apocalypse »

Une confiance qui ne convainc guère Jean-Pierre Dupuy, pour qui le sens des responsabilités de ceux qui nous gouvernent n’empêche pas toujours l’accident. « Lorsque vous avez affaire à deux fous ou prétendus fous qui s’affrontent, la probabilité a priori d’un accident terrible est beaucoup plus forte qu’[avec des chefs d’Etat] qui se tiennent à carreau », affirme l’auteur de l’ouvrage Pour un catastrophisme éclairé (Seuil, 2004).

Jean-Pierre Dupuy relate ce passage du documentaire The Fog of War (2003), dans lequel Robert McNamara, l’ancien secrétaire d’Etat à la défense du président Kennedy, confie au cinéaste Errol Morris que l’humanité est passée « 20 ou 30 fois à un cheveu de l’apocalypse » au plus fort de la guerre froide, notamment pendant la crise des missiles de Cuba (1962). « C’est ce que les Grecs appelaient le tragique : quelque chose que personne ne veut, mais qui arrive », rappelle le philosophe.

Un scénario noir dont la probabilité, à ses yeux, ne peut qu’augmenter à mesure que la peur recule. Et dont le président américain, avec sa rhétorique « retenez-moi ou je fais un malheur », a au moins le mérite de nous rappeler la possible réalité.

bombe2

Posté par jourstranquilles à 03:15 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 2 octobre 2017

Réflexion...

Posté par jourstranquilles à 07:56 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 16 septembre 2017

LIBERATION : Les néonazis redonnent du brun à moudre

Par Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar et Ariane Debernardi

Les nostalgiques d’Adolf Hitler sortent de plus en plus de l’ombre, lors de rassemblements spectaculaires, comme aux Etats-Unis, ou dans la vie politique, en Slovaquie ou en Grèce. Une résurgence largement alimentée sur Internet.

Voilà comment tombe un tabou : début septembre, lors d’un meeting de l’AfD (parti d’extrême droite antimigrants), un dirigeant politique allemand a réclamé le «droit d’être fier des performances» de l’armée nazie entre 1939 et 1945. Une déclaration publique inouïe, révélée dans une vidéo jeudi soir (lire ci-contre), alors même que le parquet de Munich, après deux ans de procédure, venait de requérir mardi la réclusion criminelle à perpétuité contre Beate Zschäpe, seule survivante d’un trio néonazi responsable d’une série d’assassinats racistes visant des immigrés turcs. Les auteurs de ce que la presse allemande a surnommé «die Dönermorde» (les «meurtres des kebabs») étaient membres du Nationalsozialistischer Untergrund («parti national-socialiste souterrain») et avaient ensanglanté sept villes allemandes, en commençant par la ô combien symbolique Nuremberg. Mi-août déjà, la justice allemande avait ouvert une enquête sur une soirée nazie (au programme : saluts hitlériens, foot avec une tête de porc et hard rock facho) organisée sur un champ de tir par des soldats des forces spéciales. A Berlin, 500 nostalgiques du IIIe Reich étaient de sortie, toujours mi-août, pour célébrer le trentième anniversaire de la mort de Rudolf Hess, grand camarade de Hitler.

Début septembre, en Angleterre cette fois : dans les environs de Birmingham, la police arrêtait, en vertu de la loi antiterroriste, quatre soldats suspectés d’être membres de l’organisation néonazie National Action, récemment interdite.

La Grèce, elle, se débat depuis deux ans avec le procès de 69 militants et députés du parti néonazi Aube dorée, accusés d’avoir «formé une organisation criminelle».

En Suède, les fascistes en chemises blanches et cravates noires du Mouvement de résistance nordique (MNR) entendent à nouveau défiler, le 30 septembre, cette fois devant une synagogue de Göteborg, le jour de Yom Kippour, avec la bénédiction des autorités.

En Pologne, dans une relative indifférence médiatique, les phalanges du Camp national-radical, groupuscule prohibé par les autorités et connu pour brûler des effigies de juifs hassidiques en public, ont paradé par centaines dans le centre de Varsovie, en chemises brunes et brassards verts courant avril. Pour les médias polonais, il s’agissait du premier défilé nazi dans la capitale depuis 1945.

Et puis, de l’autre côté de l’Atlantique, il y a eu à Charlottesville. Ce grand raout raciste à deux heures de route de Washington DC conclu, le 12 août, par la mort de Heather Heyer, militante antiraciste, passée sous les roues de la voiture bélier d’un sympathisant de Vanguard America, groupe ouvertement nazi. Réunie sous le large parapluie de l’«alt-right», mouvance identitaire longtemps cantonnée à l’activisme en ligne et qui a fait de Trump son champion, l’extrême droite la plus radicale, du Ku Klux Klan aux néoconfédérés, en passant par les adorateurs du Führer, a marché dans les rues de cette bourgade universitaire avec flambeaux, boucliers et armes automatiques. Et les Américains de découvrir sur leurs écrans des jeunes hommes criant «sang et sol !» et «les juifs ne nous remplaceront pas !» sans que leur Président ne parvienne à choisir un camp entre manifestants à svastika et groupes antifas venus les confronter. Et ce alors que les associations antiracistes américaines, à l’instar du Southern Poverty Law Center, alertent l’opinion sur l’augmentation «incroyable» des «crimes haineux» dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. Le 12 septembre, le Congrès a sommé le président américain d’approuver officiellement une résolution rejetant le «nationalisme blanc» et la «suprématie blanche».

Miroir

Certes, l’accumulation de faits divers et d’épiphénomènes spectaculaires ne fait pas une tendance. Mais les événements de Charlottesville ont tendu un miroir à la Vieille Europe, et la question de la résurgence de ces groupuscules se pose à nouveau. La montée des populismes et des sentiments antimigrants en Europe, comme aux Etats-Unis, symbolisés notamment par l’accession au pouvoir de Trump, ont-ils poussé les cliques néonazies à se remettre en lumière ?

«Il est vrai que l’homme le plus puissant du monde est quelqu’un auquel une partie de la droite radicale et identitaire européenne trouve des vertus, concède le spécialiste de l’extrême droite européenne Jean-Yves Camus. A partir du moment où Trump a été choisi [par le Parti républicain, ndlr], il y a eu des groupes qui se sont dit : "Tout est possible." Mais dire qu’il est le vecteur d’une certaine évolution du néonazisme en Europe, c’est pousser le raisonnement trop loin.» Pour l’auteur de Droites extrêmes en Europe (Seuil, 2015, avec Nicolas Lebourg), il convient de nuancer : «Charlottesville, les néonazis et le KKK, ce n’est compréhensible que dans un contexte américain. C’est impensable en Europe.» Même s’il existe en Allemagne «une scène néonazie assez active» (lire aussi pages 4-5), Camus souligne la forte répression des autorités à l’échelle du continent envers ces groupes et leur développement historiquement «en dents de scie».

Bombe

Pour le spécialiste suédois du «nationalisme radical» et contributeur à la publication antiraciste Expo Jonathan Leman, son pays fait actuellement face à un réel pic de fièvre brune. Ragaillardi, le MNR, aussi connu sous le nom de «Nordfront», se fait de plus en plus visible et bruyant, y compris chez les voisins finlandais et norvégiens, et notamment en ligne. «Le mouvement a réussi à unifier la mouvance néonazie scandinave en radicalisant ce milieu suprémaciste blanc, commente Leman. Ils se revendiquent révolutionnaires, plus enclins à la violence.» Cet hiver, des membres du MNR se sont distingués dans trois attaques à la bombe visant un «bar gauchiste» et deux refuges pour migrants à Göteborg, blessant gravement un employé des services de l’immigration. Leman pointe les liens entre le Nordfront et l’alt-right américaine, dont certains membres ont collaboré au Daily Stormer (lire pages 6-7) et au site Alt-Right.com de Richard B. Spencer, inventeur autoproclamé du terme et figure de proue du mouvement. En mai, BuzzFeed révélait que Spencer avait l’intention de s’associer à deux entrepreneurs proches des néonazis suédois (l’un détenant une maison d’édition d’ésotérisme nationaliste, l’autre un serveur de podcasts racistes) pour lancer un «Breitbart (1) en plus idéologique» à l’international.

Il serait néanmoins faux de penser que l’alt-right a insufflé une nouvelle vie aux mouvements néonazis et identitaires européens : l’influence agirait plutôt en sens contraire. Les nébuleuses les plus extrêmes du Vieux Continent ont servi de modèle aux nouveaux avatars du suprémacisme américain, autant sur le plan organisationnel que doctrinaire. Dans le documentaire remarqué de Vice News sur les événements de Charlottesville, Matthew Heimbach, fondateur en 2003 du groupe suprémaciste Traditionalist Youth Network, calqué sur les Français de Génération identitaire, explicitait ce lien : «Nous suivons principalement l’exemple européen d’Aube dorée, du MNR et d’autres organisations pionnières parmi les nationalistes du monde.» En retour, l’alt-right a structuré un ensemble de codes de reconnaissance visuelle (Pepe the Frog, l’émoticône «bouteille de lait» ou encore le signe «OK» avec la main droite pour signifier «WP», comme «White Power»). Un lexique suprémaciste «trollesque», adapté à la conversation numérique et jouant sur l’ambiguïté. Au point d’être repris par le fils du Premier ministre israélien, Yaïr Nétanyahou, qui a récemment choqué le pays en relayant une caricature complotiste aux références antisémites pour attaquer la presse progressiste de l’Etat hébreu. Le rejeton du leader du Likoud s’était déjà illustré cet été en se disant plus inquiet, après Charlottesville, par la gauche antiraciste que les néonazis américains…

L’Europe fascisante exporte ainsi ses bases idéologiques (des écrits racialistes de l’Italien Julius Evola aux classiques de la Nouvelle Droite, comme le Camps des Saints de Jean Raspail) ; l’Amérique invente une façon plus moderne de communiquer. Comme en témoigne le nom d’une des phalanges présentes à Charlottesville, Identity Evropa, il s’agit plus une d’européanisation du nationalisme américain qui se joue que l’inverse. D’autant que, comme le rappelle Jean-Yves Camus, «l’anti-américanisme reste une composante structurelle de nombreux groupes de droite radicale européenne - les Etats-Unis représentent pour eux la finance, le melting-pot et une hyperpuissance qui bride quelque part les Etats d’Europe».

Paramilitaire

Une influence globale, voire virtuelle, qui ne se traduit cependant pas politiquement pour la majorité des groupes radicaux. «Je ne vois pas pour le moment, en Europe de l’Ouest, de groupes néonazis susceptibles d’entrer au Parlement d’un pays», relativise Camus. En France, comme en Scandinavie, les partis d’extrême droite, du FN aux Démocrates de Suède, ont percé dans les urnes en purgeant (ou en faisant mine de) les éléments les plus caricaturalement racistes et antisémites en faveur d’un populisme en apparence moins ethnique et plus «antisystème», concept attrape-tout. Un constat qui n’est valable que pour l’ouest du continent, alors qu’une dynamique inverse semble s’exercer en Europe centrale et orientale. Il en va ainsi au Parti populaire - notre Slovaquie (LSNS) ou au Jobbik en Hongrie, au poids politique réel dont les doctrines «s’inscrivent dans la continuité des mouvements d’extrême droite des années 30», souligne Camus. Ces derniers opèrent en public grâce à leur façade politique mais continuent d’entretenir des milices affiliées.

Ainsi le Jobbik (fondé en 2003 sur les bases d’un mouvement étudiant ultranationaliste) a créé en 2007 une organisation de type paramilitaire, la «Garde hongroise», tout en s’implantant durablement au Parlement hongrois malgré l’existence d’un parti d’extrême droite plus mainstream, le Fidesz, dont le leader de Jobbik, Gábor Vona, est d’ailleurs issu. En 2014, Jobbik obtenait 20 % aux législatives (et 23 sièges) avec une rhétorique anti-roms et son vieux fond antisémite. En Slovaquie, LSNS raflait en 2016 aux dernières législatives 14 des 150 sièges, surfant sur la popularité de son leader négationniste de 36 ans, Marian Kotleba, crâne rasé et fine moustache, adepte de l’uniforme fasciste. Ce nostalgique de l’Etat slovaque clérical-fasciste de Tiso, allié des nazis, a été élu en 2013 président de la région de Banská Bystrica. En Ukraine, le régiment Azov (à l’origine une milice largement composée de hooligans et de néonazis formée au moment de Maidan) a été incorporé au sein de la Garde nationale ukrainienne pour combattre les forces prorusses à l’Est, malgré leurs uniformes ornés de l’alphabet runique cher aux SS. Ses vétérans ont fondé un parti politique et une «ONG», qui organise désormais des camps scouts pour enfants, régulièrement comparés aux Jeunesses hitlériennes pour leur teneur nationaliste et guerrière. Sans aucune, ou presque, loi limitant la liberté d’expression ou les incitations à la haine raciale, l’espace post-soviétique est ainsi un terreau fertile pour les groupuscules néonazis, dont l’apparition coïncide avec l’effondrement de l’URSS. «En Europe occidentale, il y a eu une césure très nette en 1945 du fait de la culpabilité liée aux crimes nazis, commente Jean-Yves Camus. En Europe de l’Est, le communisme était censé éradiquer le fascisme, mais ces idées ont subsisté. Elles ne revêtent pas le même caractère inacceptable et transgressif qu’en Europe de l’Ouest. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mobilisation contre, mais il n’y a pas le même degré d’ostracisme.»

Légitimation

Idem en Grèce, patrie du phénomène Aube dorée. «Jusqu’à la guerre en Yougoslavie, le nationalisme n’était pas condamnable, il était même inculqué dans le système éducatif dès la maternelle, et se retrouvait ensuite dans les partis», rappelle Angélique Kourounis, et auteure du documentaire Aube dorée, une affaire personnelle (2015). C’est ainsi que le parti néonazi (qui compte 18 députés depuis leur percée au Parlement grec en 2012) a la même devise, «la Grèce aux Grecs», que le premier slogan des socialistes d’Andréas Papandréou. La mue d’Aube dorée, de groupuscule adepte des ratonnades à troisième force politique du pays, en a fait un exemple partout dans le monde. «Pour les néonazis, Aube dorée fascine car c’est un parti qui "va au bout des choses" [jusqu’au meurtre, parfois publiquement revendiqué] et garde la même ligne politique depuis sa création», analyse Angélique Kourounis.

Sur ce modèle, le MNR suédois (qui a créé son bras politique en 2015), prétend aux élections de 2018 en misant sur la dédiabolisation du parti xénophobe des Démocrates de Suède, qu’ils espèrent repoussoir pour ses électeurs les plus radicaux. Une autre formation néonazie, le Svenskarnas, avait également fait ce pari, sans succès, en 2014, avant de se dissoudre.

Néanmoins, ce qui réussit le mieux aux néonazis, ce sont les élections européennes. En 2014, des partis ont pu accéder pour la première fois au Parlement européen, notamment le Parti national-démocrate allemand (un élu) et Aube dorée (trois). Le Jobbik y est présent depuis 2009. Outre la légitimation problématique offerte par Bruxelles, se pose la question du financement par l’Union européenne : «Aube dorée a dû obtenir pas loin de 300 000 euros grâce aux élections», estime ainsi Angélique Kourounis. Des limites de la démocratie.

(1) Un média américain pro-Trump.

Guillaume Gendron , Mathieu Ait Lachkar , Ariane Debernardi

Posté par jourstranquilles à 10:47 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

Sur les murs du métro parisien, la cause animale rêve de cirques 100% humains

tigre

Une association lance une campagne d’affichage contre la captivité des bêtes sauvages. L’objectif : pousser la capitale à la bannir, comme l’ont déjà fait plusieurs villes d’Europe.

Paris ne doit plus accueillir que des cirques 100 % humains. Tel est, en substance, le message de la campagne qui s’affiche depuis ce mercredi dans les couloirs du métro parisien. Lancée par l’association Paris Animaux Zoopolis et financée par Lush (une société anglaise de produits cosmétiques engagée dans la cause animale), elle doit se poursuivre jusqu’au 26 septembre.

«Athènes, Amsterdam, Barcelone, Bruxelles, Madrid, Vienne, Bucarest, mais aussi New York et Los Angeles se sont déjà prononcés contre la présence sur leur territoire de cirques utilisant des animaux dressés et emprisonnés à vie, argumente la cofondatrice et présidente de l’association, Amandine Sanvisens. Il serait navrant que Paris soit la dernière capitale à accueillir de tels spectacles, d’autant que la Fédération des vétérinaires d’Europe recommande désormais aux autorités d’interdire l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques itinérants.»

«Excès»

Une pétition diffusée sur Change.org a déjà réuni plus de 26 000 soutiens. L’objectif : pousser la Ville de Paris à ne plus accueillir de spectacles utilisant des animaux. «Le Conseil de Paris a créé une mission sur la condition animale qui, à travers une série de consultations, examine de nombreuses thématiques, et notamment celle des animaux dans les cirques, poursuit Amandine Sanvisens. J’espère que d’ici la fin de l’année, la mairie aura pris une position claire dans ce dossier. Paris pourrait devenir un exemple en France, sachant qu’un nombre croissant de villes se positionnent sur ce thème.»

Une cinquantaine de communes françaises se sont déjà prononcées contre l’accueil sur leur territoire de cirques détenant des animaux sauvages. «Et ce nombre continue d’augmenter, avec une accélération ces derniers mois, confirme Samuel Airaud, responsable de Politique et Animaux, un site créé par l’association L214 qui recense les prises de position des partis et des personnalités politiques sur la protection animale. Le sujet est évoqué de plus en plus souvent au sein des conseils municipaux, et des villes de toutes tendances se positionnent désormais contre l’accueil de cirques détenant des animaux sauvages.»

La situation inquiète le monde du cirque qui, le 4 septembre, a monté un collectif regroupant environ 250 structures pour défendre une «profession dénigrée par des groupuscules animalistes». «Nous avons déjà attaqué devant le tribunal administratif une dizaine de villes pour excès de pouvoir, et nous comptons bien faire de même avec toutes les communes ayant pris des arrêtés visant à bannir les cirques détenant des animaux», avertit l’avocat du Collectif des cirques, Cyrille Emery. Selon lui, les édiles ne seraient pas compétents en la matière : «En tant que président de l’Association des maires de France, François Baroin l’a rappelé dans une lettre aux élus en janvier : la compétence de police pour autoriser ou interdire ces cirques relève du préfet, pas du maire.»

Delphinariums

L’Etat semblerait moins catégorique : en avril, une lettre du ministère de l’Intérieur au corps préfectoral des Bouches-du-Rhône préconisait «le dialogue et la concertation préalables entre les professionnels et les municipalités», tout en évitant de «remettre en cause les compétences de l’autorité municipale».Selon la spécialiste du droit animal Me Hélène Thouy, les contours du sujet restent flous : «Les juridictions administratives n’ont pour l’instant pas annulé les décisions municipales dont il est question. Selon moi, les pouvoirs de police des maires leur permettent de prendre de telles décisions s’ils estiment que la présence de ces cirques peut générer un risque en termes de salubrité ou de sécurité publique.» Pour Amandine Sanvisens, «à terme, il faudra une loi. Mais dès à présent, à l’instar de ce qui a été récemment décidé pour les delphinariums, il faut interdire la reproduction d’animaux dans les cirques».

Le sujet a déjà surgi à l’Assemblée nationale, à l’occasion d’une question écrite publiée le 15 août. Son auteure, la députée LREM de l’Eure Claire O’Petit, interrogeait le gouvernement quant aux dispositions qu’il comptait prendre afin d’interdire les animaux sauvages dans les cirques, précisant que près de la moitié des Etats membres de l’UE l’avaient déjà fait.

Quelques jours avant, Nicolas Hulot avait déclaré sur France Inter qu’il n’était «pas favorable à la captivité des animaux, pas favorable à l’idée qu’on fasse du spectacle avec cette activité-là». Le ministre de la Transition écologique et solidaire répondait à une question sur la reproduction des dauphins et des orques dans les parcs aquatiques, mais cette déclaration a sonné comme une sombre menace aux oreilles des professionnels du cirque.

Posté par jourstranquilles à 10:27 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le clitoris, clé du plaisir féminin

femme

Pour la plupart des femmes, le plaisir est clitoridien et non vaginal. La meilleure façon de savoir ce qui donne la jouissance à une femme est de lui poser la question, explique notre chroniqueuse Maïa Mazaurette.

LE SEXE SELON MAÏA

Le plaisir féminin est mystérieux, on nous l’a bien expliqué. Trop de zones érogènes ! Trop de sentiments ! De fait, les différentes combinaisons du physiologique et du psychologique rendent les préférences individuelles si variables qu’on a longtemps jeté l’éponge devant toute théorie unificatrice concernant « ce que veulent les femmes ». A quoi s’ajoutaient d’autres freins : la pudeur a souvent empêché les scientifiques de faire leur travail, et même quand ils se sont attelés à la tâche, leurs propres préjugés ont pu leur faire rater le clitoris. Les femmes sont peut-être compliquées, d’accord… mais étudier le plaisir en laissant de côté l’organe du plaisir, c’était se mettre de sérieux bâtons dans l’éprouvette.

La bonne nouvelle de la rentrée sera donc la simplification des savoirs, par une démarche scientifique des plus directes : laisser tomber les capteurs et courbes d’excitation pour poser la question aux principales intéressées – « qu’est-ce qui vous donne du plaisir ? » Mille femmes ont répondu, de tout âge, anonymement (sans craindre donc les regards potentiellement désapprobateurs des sondeurs). L’étude a été publiée dans le Journal of Sex & Marital Therapy.

Du côté de la mécanique, c’est le clitoris qui rafle la mise. Moins d’une femme sur cinq atteint l’orgasme par la pénétration seule. Les femmes qui n’ont jamais d’orgasmes, ou rarement, sont deux fois plus nombreuses chez les adeptes du pur rapport vaginal – autant de « frigides » qui seraient sans doute moins réfrigérées en diversifiant leurs pratiques. Pour les trois quarts des femmes interrogées, toucher le clitoris est soit une condition absolue de la jouissance, soit la condition d’une meilleure jouissance (tous les orgasmes ne se valent pas). La toute-puissance du pénis en prend pour son grade, certes, mais il ne s’agit pas de jeter la pénétration par la fenêtre. Plus les zones érogènes stimulées sont nombreuses, mieux ça marche : il faudrait au contraire repenser un rapport au corps moins artificiellement fragmenté, en sortant du discours « tout vaginal » ou « tout clitoridien » (une distinction qui n’a de toute manière aucun sens, puisque les pieds du clitoris enserrent le vagin).

Routine ou surprise

Le clitoris, donc. Mais comment ? Les opinions sont ici moins tranchées : désolée, Messieurs, il n’existe toujours pas de recette magique applicable à toutes les femmes (soyons raisonnables, vous n’allez de toute façon pas coucher avec TOUTES les femmes). Les deux tiers des sondées aiment être caressées directement sur la partie émergée du clitoris, et 45 % à proximité immédiate (à peine 5 % préfèrent que vous évitiez le bouton). Les mouvements préférés sont le frottement de haut en bas (64 % des femmes), circulaires (51 %), de gauche à droite (30 %), mais certaines femmes aiment être tapotées, pressées, tirées, caressées en diagonales, en pulsations ou en larges ovales.

Au niveau du rythme, difficile de rater son approche : si la répétition est appréciée par 82 % des jouisseuses, les trois quarts aiment aussi les changements de mouvements et/ou de vitesse, et 70 % sont adeptes de la guerre des nerfs (faire durer le plaisir en ralentissant ses caresses, en évitant les zones clés ou en prétendant pénétrer le vagin, mais sans y aller). Routine ou surprise, régularité ou sorties de route ? Tout fonctionne.

L’INVISIBILISATION CULTURELLE DU CLITORIS RESTE D’UNE STUPÉFIANTE ACTUALITÉ

Côté psychologique, une grande tendance ressort : les gentils gagnent à la fin. C’est vrai dans les gestes (à peine une femme sur dix aime les frottements intenses sur le clitoris, la majorité préfère une pression faible ou modérée), c’est également vrai dans l’attitude. Quand on demande aux femmes ce qui améliore leurs orgasmes, la technique se révèle secondaire : la durée du rapport est ainsi mentionnée par moins d’une femme sur cinq (vous pouvez cesser de culpabiliser sur la solidité de vos érections), et la stimulation anale pointe à 10 % d’adeptes.

Les trois quarts des sondées évoquent en revanche la nécessité de rapports moins expéditifs, avec plus de temps passé à construire le désir. 43 % n’aiment pas se sentir pressées. Même demande d’humanité dans la connexion : plus de la moitié plébiscite l’intimité émotionnelle et l’attention que le partenaire porte à leurs préférences. Le même constat émergeait d’ailleurs le mois dernier d’une étude britannique : sur 5 000 personnes interrogées, les problèmes les plus fréquemment affrontés par les femmes étaient, à 84 %, le manque d’intimité, et à 75 % le manque de communication. Le dysfonctionnement sexuel n’atteignait même pas les 2 %.

Aveuglement

Revenons maintenant à notre bien moins mystérieux plaisir féminin : s’il s’agit « seulement » de caresser le clitoris (à peu près n’importe comment) et d’avoir confiance en son partenaire, ça ne demande pas exactement un doctorat en sexe. D’autant moins que les aspects physiques et psychologiques vont de pair ! En effet, dans une culture qui persiste à prétendre que toute femme est par défaut vaginale, révéler qu’on n’est pas cette femme-là reste problématique – la connexion émotionnelle permet de dire les préférences, la confiance permet l’accès au clitoris.

Il faudrait cependant se demander pourquoi nous évoluons toujours, en 2017, dans une construction sexuelle qui fait de la pénétration vaginale l’alpha et l’omega de la sexualité. Les informations s’affinent, mais elles ne sont pas nouvelles. Cela fait des décennies que les recherches montrent que la pénétration purement vaginale laisse sur le carreau l’immense majorité des femmes.

Pourquoi une telle surdité ? Certainement parce qu’on refuse d’entendre. L’école peine à parler de plaisir, les représentations artistiques peinent à le représenter. L’invisibilisation culturelle du clitoris reste d’une stupéfiante actualité. Bien sûr, changer de normes est compliqué. Le statu quo ne heurte aucun sentiment (jusqu’au jour où trop frustrée, la libido féminine part en Ouzbékistan). Il y a des femmes qui ne disent pas ce qu’elles préfèrent, et des hommes qui sont contents de faire comme s’ils tombaient toujours sur des vaginales. Nous simulons à l’échelle civilisationnelle : les femmes simulent l’orgasme vaginal, les hommes simulent la crédulité.

Beaucoup de raisons pourraient expliquer notre aveuglement. J’en citerai trois essentielles. Tout d’abord, nous sommes horriblement paresseux, et/ou nous estimons que la sexualité est un faux sujet (tiens donc). Ensuite, l’efficacité du clitoris rend la pénétration dispensable : notre idéal de fusion sexuelle s’écroule… en entraînant au passage notre idéal de fusion amoureuse (aïe). Enfin, nous refusons de parler du clitoris parce qu’il faudrait alors redéfinir la place du pénis dans l’orgasme – et peut-être au passage, la place des hommes. Combien de temps pourrons-nous refuser d’avoir cette conversation ? C’est peut-être là que se trouve le plus grand des mystères.

Posté par jourstranquilles à 04:18 - Réflexion - Commentaires [0] - Permalien [#]