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... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

lundi 23 octobre 2017

Agressions sexuelles

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dimanche 22 octobre 2017

Egalité femmes-hommes - Comment l’affaire Weinstein a ouvert la boîte de Pandore des violences faites aux femmes

Par Violaine Morin, Gaëlle Dupont

Dans le sillage des révélations sur le producteur américain, célébrités et anonymes partagent au grand jour leurs témoignages d’agressions sexuelles.

Cette fois, la honte semble vraiment avoir changé de camp. La révélation des accusations de harcèlement sexuel portées contre le producteur américain Harvey Weinstein par le New York Times du 5 octobre a fait l’effet d’une bombe à fragmentation planétaire. Partout dans le monde, des femmes célèbres et anonymes ont dénoncé avoir subi des violences sexuelles de tous types, allant de l’interpellation salace, au harcèlement, à l’agression ou au viol, en pointant l’impunité de leurs agresseurs. Au risque de mettre en cause nommément des hommes qui n’ont pas les moyens de répondre à ces accusations. Mais le plus souvent en ne révélant pas leur identité.

Les vedettes de cinéma Gwyneth Paltrow, Asia Argento, Léa Seydoux, Rosanna Arquette, et d’autres, ont d’abord dénoncé le producteur américain. Puis la chanteuse islandaise Björk a mis en cause un célèbre réalisateur danois. Au Québec, neuf femmes ont témoigné contre le producteur d’humoristes Gilbert Rozon, rendu célèbre en France par sa participation à l’émission « La France a un incroyable talent », qui a démissionné mercredi 18 octobre de ses fonctions et présenté des excuses à « toutes celles et ceux qu’[il a] pu offenser ».

En France, Pierre Joxe, ancien ministre de François Mitterrand, est désormais accusé d’agression sexuelle par l’écrivaine Ariane Fornia, fille de l’ancien ministre Eric Besson, ce que l’intéressé dément. Dans les colonnes du Journal du dimanche du 14 octobre, Isabelle Adjani n’a relaté aucun événement la touchant personnellement, mais a dénoncé « l’impunité et le silence qui entourent encore le harcèlement sexuel » dans son milieu de travail, le cinéma.

« Pour la plupart des gens, si une actrice doit coucher pour y arriver, ça reste naturel, voire normal, selon l’idée qu’il faut bien donner un peu de soi quand on veut obtenir beaucoup, écrit-elle. Et cette question est trop peu souvent considérée sous l’angle du harcèlement et du viol. (…) Dans les maisons de production ou chez les décideurs, j’ai souvent entendu : “Toutes des salopes, toutes des putes de toute façon, ces actrices !” »

Arsenal classique du militantisme

Les célébrités ne sont pas les seules concernées. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #balancetonporc, lancé le 13 octobre par la journaliste Sandra Muller, et #moiaussi, la déclinaison française du #metoo anglais, ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes sur Twitter. « C’est une révolution, une prise de conscience, une incroyable libération de la parole des femmes », observe Fatima Benomar, porte-parole de l’association Les Effrontées, dans un communiqué du 18 octobre.

La mobilisation virale fait désormais partie de l’arsenal classique du militantisme. Mais son ampleur est sans précédent sur un sujet touchant aux droits des femmes. Elle est aussi inédite par sa nature, car elle n’émane d’aucune organisation féministe et dépasse largement les cercles militants. Chacune raconte ce qu’elle a vécu sur son compte Twitter ou Facebook. L’angle d’attaque choisi n’est pas non plus celui d’une campagne de sensibilisation féministe ordinaire.

« Là où une organisation choisira d’alerter sur les réseaux avec un angle précis, comme les transports en commun ou le monde du travail, #balancetonporc est universel. C’est n’importe quel harceleur, n’importe où », analyse Claire Blandin, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-XIII. La prise de parole collective résulte de la convergence de plusieurs facteurs : le climat médiatique créé par l’affaire Weinstein, bien sûr, mais aussi un élément « générationnel ».

« Raconter son agression, avec des détails parfois très intimes, suppose une acculturation aux réseaux sociaux et à leur fonctionnement », poursuit Claire Blandin. Cette mobilisation est en outre intervenue en France dans un contexte particulier. La décision du parquet de Pontoise de poursuivre pour atteinte sexuelle (passible de 5 ans de prison) et non pour viol (passible de 15 ans) un homme de 28 ans ayant eu des relations sexuelles avec une petite fille de 11 ans avait suscité l’indignation.

Tous les milieux concernés

La « Une » que le magazine Les Inrocks consacrait le 11 octobre au chanteur Bertrand Cantat, condamné pour l’homicide de sa compagne, Marie Trintignant a suscité la riposte du magazine Elle, qui faisait savoir le 17 octobre qu’il consacrait son éditorial à Marie Trintignant. « Son visage est devenu celui de toutes les femmes victimes de la violence des hommes, écrit la journaliste Dorothée Werner. Le visage des 123 anonymes tuées par leur conjoint l’an dernier. Celui des 33 inconnues qui, chaque jour, dénoncent un viol en France. Celui des femmes harcelées ou agressées – 216 000 plaintes déposées en 2016. A toutes ces femmes comme aux actrices contre Weinstein, comme à Flavie Flament contre Hamilton, il en faut, du courage. »

C’est comme si un couvercle avait sauté. Les médias s’emparent du sujet, invitant juristes, psychiatres, et militantes féministes à s’exprimer. Un phénomène qui était sous-jacent, banalisé, souvent intériorisé par les victimes, est dénoncé au grand jour. Plus d’une femme sur deux en France (53 %), et plus de six jeunes femmes sur dix (63 %) ont déjà été victimes d’agressions ou de harcèlement sexuel au moins une fois dans leur vie, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro réalisé sur 995 personnes les 18 et 19 octobre.

Chacune, ou chacun peut faire le compte – les hommes sont également concernés (10 % selon le sondage Odoxa), souvent lorsqu’ils sont mineurs. « Le harcèlement sexuel touche tous les milieux, avec une prédilection pour ceux où un rapport de pouvoir s’exerce », affirme au Monde Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail.

La question des lendemains de cette mobilisation se pose déjà. Aura-t-elle un impact sur les comportements dans les rues, les entreprises, les universités, les familles ? « Il faut que la prise de conscience continue », espère Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme !. Dimanche 29 octobre, un rassemblement « #metoo, dans la vraie vie », créé sur Facebook, est organisé à Paris. De son côté, le gouvernement a lancé le 16 octobre une concertation avant la présentation en 2018 d’un projet de loi « contre les violences sexistes et sexuelles », qui doit notamment comprendre un volet de lutte controversé contre le harcèlement de rue. La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa dit être ouverte « toute question qui émergera des discussions ». Nul doute que l’affaire Weinstein et ses suites les alimenteront.

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J’Instagram donc tu achètes

Par Elvire von Bardeleben - Le Monde

En postant une vidéo de baskets ou une photo d’une robe noire, les influenceurs sont devenus un relais essentiel entre les marques et les consommateurs. Une puissance 3.0 qui entraîne aussi des excès.

Comment faisait-on la promotion d’un parfum il y a encore cinq ans ? Assez simplement. La marque de cosmétique payait une actrice pour faire « égérie », placardait sa photo dans les Abribus, la filmait dans un spot élégant, subjectif ou abscons, diffusé à la télévision ou au cinéma. Aujourd’hui, cette tactique ne suffit plus : il faut aussi veiller à ce que la promotion soit assurée par des influenceurs – c’est-à-dire des leaders d’opinion sur les réseaux sociaux. Mais ce nouveau mode de communication devenu indispensable pose problème. Tout le monde sait reconnaître une publicité quand elle est affichée dans un panneau JCDecaux. En revanche, lorsqu’elle prend la forme d’une image carrée sur un fil Instagram, ça devient moins clair.

Et le blogueur fut

L’histoire commence au milieu des années 2000, avec l’apparition des blogs de mode et de beauté. Ils mélangent alors les confessions de type journal intime et la recommandation vestimentaire ou cosmétique. Les blogueurs, qui appartiennent pour la plupart d’entre eux à la « génération millennials », née entre 1980 et 1999, représentent alors une sorte de contre-pouvoir aux magazines, dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. Et incarnent aux yeux de leur communauté une personne « authentique », qui donne son avis sur des vêtements ou des parfums de façon désintéressée.

« Je ne savais même pas que je pouvais être payée quand j’ai commencé. J’habitais en Suisse, je n’avais pas une vie folle, je rêvais seulement de m’échapper », se souvient Kristina Bazan, une des influenceuses les plus puissantes de la mode qui cultive un stye de femme fatale légèrement gothique.

« AVANT, J’ÉTAIS BLONDE, JE SOURIAIS TOUT LE TEMPS, J’ÉTAIS AMBITION À FOND. A UN MOMENT, ÇA VA, JE NE FAIS PAS LA PAIX DANS LE MONDE NON PLUS », KRISTINA BAZAN.

Les marques ont d’abord regardé les blogs se multiplier avec perplexité et sans intervenir. Mais la puissance grandissante des réseaux sociaux a changé la donne. Les consommateurs se sont lassés des moyens de communication habituels avec les marques, ont exigé un contact direct, préférant alpaguer une griffe sur Twitter plutôt que de composer un numéro surtaxé pour joindre un service client hermétique. « Les marques ont compris l’intérêt de l’absence d’intermédiaires. Et que pour exister auprès d’une nouvelle cible, elles n’avaient d’autre choix que de collaborer avec ces nouveaux types d’influenceurs », explique Grégoire Hardy, de l’agence de communication Mazarine.

Dans l’histoire de l’influence, 2009 est une année charnière où le luxe, le secteur le plus exclusif, s’est démocratisé via le Net. Dolce & Gabbana place pour la première fois les blogueurs Scott Schuman, Garance Doré, Bryanboy et Tommy Ton au premier rang de son défilé, à côté d’Anna Wintour. Burberry demande à Scott Schuman de photographier son trench emblématique dans la rue façon street style – opération qui a indéniablement rendu l’imperméable plus cool. En parallèle, le luxe se met aux réseaux sociaux. La même année, Louis Vuitton est la première marque du secteur à diffuser son défilé en live sur Facebook.

Cinq stories sinon rien

Cinq années plus tard, en 2014, Instagram s’impose comme le moyen d’expression préféré des blogueurs – désormais appelés « influenceurs » puisque la plupart délaissent leur blog pour les réseaux sociaux – et des marques haut de gamme. La collaboration entre eux est plus ou moins poussée. Sa forme la plus simple est le placement de produits. La « promotion » demande à l’influenceur d’incarner le produit et d’en dire du bien. Encore plus élaborée, la « cocréation de “contenus” » consiste à laisser plus ou moins carte blanche à l’influenceur pour qu’il imagine sa propre campagne de pub.

Si l’influenceur aime le produit, il peut le recevoir et en parler sans percevoir d’argent. Mais en général la rémunération va de 400 euros jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les stars. Car cela dépend aussi du statut de l’influenceur. « On distingue deux catégories : le blockbuster, avec des millions de fans, peut changer l’image d’une marque, un peu comme la “der” [dernière page] d’un journal. Et puis, il y a l’influenceur près de chez vous, avec quelques dizaines de milliers d’abonnés. Lui a un impact plus direct sur le chiffre d’affaires d’une marque : sa communauté est très fidèle et ses recommandations donnent lieu à des achats », explique Eric Briones, auteur de Luxe et digital (Dunod, 2016).

Quel que soit son statut, pour être dans les radars des marques, l’influenceur doit poster au moins cinq images ou « stories » (photos ou vidéos éphémères sur Instagram) par semaine. « A ce rythme, mieux vaut être vraiment passionné par son sujet », estime Ralph Méchin, directeur de la communication de Clarins. Lui gère les influenceuses comme des journalistes : elles participent aux tests de produits, assistent aux présentations de nouveautés et aux conférences de presse, sont invitées aux festivités… et ne sont pas rétribuées. La philosophie de la transparence prônée par Ralph Méchin est pourtant loin de faire l’unanimité.

Bienvenue au Far West

En l’absence de réglementation, le marché de l’influence a vite tourné au Far West. Les influenceurs sont devenus des supports publicitaires déguisés et certains ont multiplié les contrats sans logique, sans s’investir. Beaucoup de marques, pas très à l’aise avec la culture Internet, sollicitent toujours les mêmes influenceurs, en se fondant le plus souvent sur la taille de la communauté. « Pourtant, tout le monde sait que les influenceurs peuvent gonfler leurs chiffres en achetant des followers. Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire auprès des marques », constate Sandrine Plasseraud, présidente de We Are Social. Cette agence conseille plutôt aux marques de regarder « l’engagement », c’est-à-dire le nombre de « like »  et commentaires sur des contenus postés.

A force de multiplier les contrats, la crédibilité de certains influenceurs en a pris un coup. Un exemple : en 2014, Estée Lauder, marque de cosmétiques plutôt spécialisée dans les sérums antirides, recrute comme égérie Kendall Jenner, mannequin star avec l’un des plus gros comptes Instagram du monde (plus de 80 millions d’abonnés), pour rajeunir son audience. En 2016, la marque lance en grande pompe avec l’Américaine une nouvelle gamme de produits de beauté qui cible les « millennials ».

Mais, malgré les investissements, « Estée Edit » est un échec commercial cuisant, la ligne est arrêtée après seize mois. Estée Lauder a sans doute cru à tort qu’associer le nom de Kendall Jenner à ses mascaras suffirait à capter ses millions de jeunes fans. Par ailleurs, en prêtant son nom à tant de marques disparates (Adidas, Calvin Klein, Pepsi, Fendi, Daniel Wellington, Mango…), Kendall Jenner a perdu de son pouvoir de recommandation.

La clé de l’influence, c’est ce que tous les observateurs du secteur appellent « l’authenticité ». « Le contrat tacite des réseaux sociaux, c’est que tout est sincère. Or, ce pacte a été rompu avec l’arrivée des marques, estime Charlène Santini, directrice générale de l’agence Mazarine. La surchauffe, les dérives et la crise qui se profile tiennent au fait que les frontières soient si floues ». Et que la suspicion de la publicité déguisée plane désormais partout.

« La création spontanée n’est pas compatible avec les contrats qu’imposent les marques, témoigne Kristina Bazan. Il n’y a rien de pire que celles qui indiquent comment photographier le produit et nous disent quoi écrire. Je refuse. Je collabore quand on me demande “comment notre nouvelle gamme de bijoux t’inspire ?” et qu’on me laisse monter le projet de A à Z. Mais de telles opportunités sont rares et la réalisation prend beaucoup de temps. Or les marques apprécient l’immédiateté d’Internet. »

En France, des influenceurs connus comme EnjoyPhoenix ont alerté en 2015 la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes à propos des partenariats dissimulés. Depuis, les sanctions pécuniaires infligées à l’influenceur peuvent aller jusqu’au montant perçu et la marque ayant imposé de dissimuler le partenariat risque jusqu’à 1,5 million d’euros d’amende.

« Il revient à l’agence et à l’annonceur de faire preuve d’exemplarité car si des créateurs de contenus deviennent influents, c’est par passion. C’est l’agence ou l’annonceur qui veut capitaliser sur l’audience de l’influenceur », plaide Marine Montironi, agente d’influenceurs chez We Are Social. Svet Chassol, consultant mode qui gère aussi les partenariats du Gucci Gang, quatre influenceuses parisiennes encore lycéennes, complète : « Les jeunes influenceurs sont naïfs, pas matures. Ils sont approchés par des marques alors qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est le code de la consommation. C’est aux annonceurs d’éduquer. »

Aux suivants !

Les plus jeunes n’ont peut-être jamais entendu parler du code de la consommation, mais ils sont en revanche tout à fait aptes à décrypter les codes des influenceurs. La « génération Z » (née après 2000) non seulement est très réticente envers le marketing traditionnel, mais elle n’hésite pas à se moquer dans des vidéos parodiques des stars d’Instagram un peu plus âgées qu’elle, de leur mise en scène d’une vie parfaite.

« Le luxe et ses formalités ne les intéressent pas. [Les jeunes de cette génération] préfèrent les petites marques peu connues qui ont une histoire », explique Svet Chassol. « Pour eux, luxe est un gros mot marketing qui signifie rendre un produit plus cher que ce qu’il doit être. C’est presque un subterfuge », renchérit Eric Briones. Bien entendu, l’impact de cette défiance sur les ventes se fait encore attendre, et connaît des nuances selon les pays. Mais elle inquiète les marques, qui font beaucoup d’efforts pour séduire les « Z » car ce sont les consommateurs de demain ; leur opinion tranchée pourrait bien déteindre sur leurs aînés.

Même l’influenceuse Kristina Bazan, pourtant de la « génération millennials », est dans une phase de décroissance. Fatiguée par la tournure que prend le business, elle a décidé de se consacrer à la musique, quitte à perdre des followers. « Avant, j’étais blonde, je postais dix photos par jour, je souriais tout le temps, j’étais ambition à fond. J’étais 100 % blogueuse. Et j’avais vingt filles qui m’attendaient à la sortie de mon hôtel. A un moment, ça va, je ne fais pas la paix dans le monde non plus. » Certes.

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vendredi 20 octobre 2017

Egalité femmes-hommes - Une loi sur les violences sexuelles et le harcèlement de rue annoncée pour 2018

Par Gaëlle Dupont - Le Monde

La secrétaire d’Etat Marlène Schiappa a dévoilé les contours d’un projet de loi qui devrait voir le jour au premier semestre 2018 après une consultation citoyenne.

Alors que la mise en cause du producteur américain Harvey Weinstein pour harcèlement sexuel continue à faire réagir des victimes célèbres ou anonymes de tels agissements, l’annonce du gouvernement ne pouvait mieux tomber. La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa annonce dans La Croix du 16 octobre « un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles afin d’abaisser le seuil de tolérance de la société », qui s’attaque en particulier aux actes commis sur les mineurs et au harcèlement de rue.

Le texte, porté conjointement avec la garde des sceaux Nicole Belloubet, sera présenté au premier semestre 2018, après une vaste concertation avec les acteurs du secteur (policiers, magistrats) et une consultation citoyenne dans le cadre du tour de France de l’égalité lancé début octobre. Si les grandes directions sont décidées, les détails de leur mise en œuvre ne sont donc pas encore arrêtés. Mme Schiappa affirme en outre rester ouverte à « toute question qui émergera des discussions ».

Définir un âge pour le consentement des mineurs

Premier axe déjà défini : la lutte contre les agressions sexuelles et viols commis sur les mineurs. « Nous devons inscrire clairement dans la loi qu’en deçà d’un certain âge – qui reste à définir – il n’y a pas de débat sur le fait de savoir si l’enfant est ou non consentant », affirme la secrétaire d’Etat.

Cette prise de position intervient après la décision très controversée du parquet de Pontoise de poursuivre pour atteinte sexuelle (cinq ans de prison maximum) et non pour viol (passible de vingt ans) un homme de 28 ans ayant eu des relations sexuelles avec une enfant de 11 ans. L’auteur des faits n’ayant pas utilisé de menace ou de contrainte, le parquet a considéré que la petite fille était implicitement consentante.

Cette interprétation a suscité un tollé parmi les associations féministes et de protection de l’enfance, qui estiment que l’écart d’âge entre un majeur et un mineur implique forcément une contrainte morale, et que leur jeune âge empêche les enfants de consentir de façon éclairée.

Le sujet apparaît plutôt consensuel. Quatre parlementaires de toutes tendances politiques ont récemment déposé des propositions de loi allant dans ce sens. L’Union syndicale des magistrats (majoritaire) y est favorable. Toutefois, la détermination de la limite d’âge pourrait faire débat. Faut-il fixer le seuil à 15 ans, comme le souhaite l’ancienne ministre (PS) de la famille Laurence Rossignol dans son texte, déposé vendredi 13 octobre ? Ou plus bas, à 13 ans, comme le préconise le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Allonger les délais de prescription des crimes sexuels

Deuxième chantier ouvert, qui devrait être plus contesté, celui de la prescription des crimes sexuels commis sur les mineurs de moins de 15 ans. Elle est aujourd’hui de vingt ans après la majorité de la victime, qui a donc jusqu’à ses 38 ans pour porter plainte. Marlène Schiappa souhaite ouvrir un débat sur l’allongement à trente ans à compter de la majorité, auquel elle serait favorable à titre personnel. C’était la préconisation formulée en avril par la mission de consensus pilotée l’animatrice de télévision Flavie Flament et l’ancien magistrat Jacques Calmettes, chargée par Laurence Rossignol de faire des propositions sur ce sujet.

C’est une nouvelle fois un fait divers qui avait poussé les autorités à lancer cette mission. En octobre 2016, Flavie Flament relatait dans un livre, La Consolation (JC Lattès), avoir été violée à l’âge de 13 ans par un photographe de renom. David Hamilton, dont l’identité a fini par être révélée, s’est suicidé le 25 novembre. ­Flavie Flament n’a pas porté plainte, car, au moment où elle a révélé les faits, elle avait 42 ans.

De nombreuses associations réclament un allongement du délai de prescription, voire l’imprescriptibilité. « Ces crimes sont commis sur des enfants, le plus souvent par des proches, dans un climat d’emprise, expliquait en janvier au Monde ­Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. La victime est en état de sidération et met en place des mécanismes psychologiques de sauvegarde. Il faut être beaucoup plus âgé, plus solide, pour réveiller ces souvenirs. » L’imprescriptibilité, réservée aux crimes contre l’humanité, est écartée par Mme Schiappa. « Elle ne passerait sans doute pas le filtre du Conseil constitutionnel », estime la secrétaire d’Etat.

Cependant, les magistrats estiment que la prescription actuelle est adaptée. Pour condamner des auteurs, des preuves sont nécessaires. Or, ces dernières se raréfient avec le passage du temps. Ils estiment que permettre de porter plainte quarante ou cinquante ans après les faits pourrait donner de faux espoirs aux victimes.

Sanctionner le harcèlement de rue

Le dernier axe de la future loi est déjà connu : le gouvernement souhaite sanctionner le harcèlement de rue. Il s’agit d’actes isolés, qui vont du commentaire non souhaité sur l’apparence physique, en passant par les sifflets, les regards appuyés, ou le fait de suivre une femme jusqu’à chez elle.

Exercés par une multitude d’auteurs, ils peuvent avoir un impact négatif important sur le quotidien, notamment dans les transports en commun, et contraindre certaines femmes à modifier leur tenue, leur itinéraire, leur horaire de sortie… Reste à caractériser l’infraction. « Je pense, à titre personnel, que siffler une femme dans la rue ne relève pas du harcèlement, mais que c’est le cas lorsqu’on la suit dans le métro, estime Mme Schiappa. Dans ce cas le stress, voire l’intimidation, sont évidents. »

Faire constater l’infraction par les forces de l’ordre ne sera pas simple, puisqu’elles ne peuvent être présentes derrière chaque mis en cause. Le président de la République Emmanuel Macron a annoncé dimanche 15 octobre que la verbalisation du harcèlement de rue ferait partie des priorités de la future police de proximité. Le gouvernement vise aussi un effet pédagogique : même si seulement quelques procès-verbaux sont dressés, le grand public serait informé que de tels comportements sont répréhensibles.

Dans une tribune publiée par Libération le 26 septembre, plusieurs chercheurs, dont le sociologue Eric Fassin, reprochaient à cette potentielle nouvelle infraction de viser « les jeunes hommes des classes populaires et racisées [victimes de racisme, qui] subissent déjà, plus que d’autres, le contrôle policier et les violences des forces de l’ordre », écrivaient-ils. « Ce n’est pas le sujet, répond Mme Schiappa. L’origine ne doit être ni un facteur aggravant ni une circonstance atténuante. »

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jeudi 19 octobre 2017

Scooters, vélos en location… une offre sans bornes

Par Philippe Jacqué - Le Monde

A Paris, Lille et bientôt à Metz, Reims ou Nice, les offres de deux-roues sans borne se multiplient.

C’est enfantin. Après avoir téléchargé sur son smartphone l’application et ouvert son compte, il suffit de pointer la caméra vers un « QRcode » présent sur le vélo ou le scooter en libre-service, et hop !, le cadenas se débloque. Le véhicule peut être utilisé et reposé ensuite n’importe où. A Paris, Lille et bientôt à Metz, Reims ou Nice, les offres de deux-roues sans borne se multiplient. Le salon Autonomy, organisé à Paris du jeudi 19 au samedi 21 octobre, a choisi de mettre en valeur ces nouveaux acteurs de la mobilité douce.

En France, le pionnier du free floating, l’offre de moyens de transport en libre-service et sans point d’attache, est Cityscoot. Après avoir levé 15 millions d’euros, la jeune pousse, qui emploie 120 salariés, a déployé en 2016 ses 1 600 scooters en Ile-de-France. « Nous comptons 55 000 inscrits à notre service. Fin juin, un an après notre lancement, nous totalisions déjà 500 000 trajets, confie Vincent Bustarret, le directeur marketing de cette société. Trois mois plus tard, nous dépassions le million. »

Fort de ce succès, Cityscoot, qui se lancera à Nice à la fin janvier, prépare une nouvelle levée de fonds pour poursuivre son expansion. Mais ses engins bleu et blanc voient arriver la concurrence. L’allemand Coup, filiale de Bosch, a installé 600 scooters électriques rondouillards, à la carrosserie vert et gris, dans la capitale.

« Ça va être de la folie »

« A Paris, il existe à la fois une vraie culture du scooter et un véritable soutien des pouvoirs publics pour des moyens de transport alternatifs afin de lutter contre la pollution atmosphérique et les embouteillages, explique Maureen Houel, sa directrice en France. Avec le free floating, nous promouvons le transport de porte à porte. »

Et ce n’est pas fini. Dans les mois qui viennent, quatre autres services s’annoncent, parmi lesquels l’espagnol Cooltra et la californienne Scoot. « Ça va être de la folie, prévient un acteur de la mobilité. On pourrait se retrouver bientôt avec 5 000 ou 6 000 scooters en libre-service d’ici à l’an prochain. Soit 5 % du nombre de scooters de la capitale ! »

Les amateurs de la petite reine sont eux aussi servis. Alors que le système Velib’ change de prestataire, passant de Cyclocity (JCDecaux) à Smoovengo, ce qui entraîne une réduction de la flotte disponible, de nouveaux acteurs privés des vélos en libre-service (VLS) arrivent dans l’Hexagone, dix-sept ans après l’Allemagne et le système Call a Bike de la Deutsche Bahn.

Lundi 16 octobre, la start-up de Hongkong Gobee.bike, dirigée par le Français Raphaël Cohen, a déployé ses vélos verts à Paris et Lille avec un prix très attractif de 50 centimes la demi-heure de location. « Après Hongkong, nous privilégions l’Europe : Paris, Lille, Reims, puis l’Italie et la Belgique », précise Arthur-Louis Jacquier, l’un des dirigeants de cette start-up créée au printemps.

Arrivée en trombe de nouveaux acteurs

Mardi, Indigo, le premier gestionnaire mondial de parkings, a dévoilé son offre Indigo Weel (des vélos blanc et mauve) destinée en priorité à Metz, puis d’autres agglomérations. A terme, le groupe veut mettre en place 80 000 bicyclettes dans une centaine de villes en Europe… Enfin, le chinois Ofo, présent dans 180 villes à travers la planète, devait annoncer, jeudi 19 octobre, son arrivée dans une demi-douzaine de cités françaises d’ici à la fin de l’année.

Avec ses 10 millions de VLS et ses 25 millions de trajets assurés chaque jour, Ofo est l’un des mastodontes mondiaux avec Mobike, autre acteur chinois. Ils ont levé ces dernières années près d’un milliard de dollars (848 millions d’euros) chacun pour coloniser la planète. « On a les moyens de nos ambitions », dit simplement Laurent Kennel, le patron d’Ofo France. A côté, Gobee.bike fait figure de petit calibre, avec ses 9,5 millions de dollars levés notamment auprès d’Alibaba, le géant de la tech chinoise.

Alors que les villes se désintoxiquent doucement de la voiture, ces nouveaux acteurs arrivent en trombe, quitte à secouer l’écosystème du transport urbain public. A commencer par les concessions de VLS avec bornes comme Velib’, V’Lille et autres Vélo’v… Plus abordable et surtout plus pratique, le free floating peut-il mettre à bas ces offres publiques ? « Je pense que nous sommes complémentaires des solutions actuelles, estime Laurent Kennel. Nous allons aider au développement de la pratique du cycle en ville. »

« Si un opérateur privé de bus lançait à Paris des bus au nez et à la barbe de la RATP, lui prendrait-il des clients ? Sans aucun doute. Ces acteurs vont affaiblir Velib’», juge pour sa part un observateur de l’écosystème de mobilité. A la Mairie de Paris, on reste pour l’instant circonspect. « On observe cette nouvelle offre, confie Christophe Nadjovski, l’adjoint aux transports de la maire de Paris. C’est une bonne nouvelle pour les mobilités douces, cependant, il ne faut pas que cela vampirise l’offre publique de Velib’. »

La question des places de parking

Et puis, quid du modèle économique ? Une fois l’investissement initial consenti pour assurer, acheter et déployer leur flotte, ces sociétés peuvent-elles être rentables, sachant que la maintenance, le remplacement des vélos dégradés ou volés et les coûts marketing restent durablement élevés ?

« S’il existe pour les scooters, je doute que cela soit le cas pour la location de vélos, pense un spécialiste. Ensuite, regardez ce qui s’est passé dans différentes villes. L’encombrement des trottoirs ou de certaines places à Amsterdam ou Munich a obligé les municipalités à restreindre le champ d’action des start-up. » Une situation que la Mairie de Paris prend au sérieux : « Il va falloir organiser cela, poursuit M. Nadjovski. A terme, la question d’une redevance d’occupation de l’espace public se posera sans doute. »

« Aujourd’hui, la ville manque de places de parking pour les scooters. Tant que cela n’est pas réglé, la question d’une redevance est à mon sens problématique », ajoute Vincent Bustarret, de Cityscoot. Les sociétés de location de vélos souhaitent, elles, « définir avec les mairies les meilleurs endroits pour garer les bicyclettes », assure Malone Gampel, de Gobee.bike.

En attendant, ces nouveaux acteurs doivent aussi éduquer le grand public. Les premiers utilisateurs de Gobee n’hésitent pas à cadenasser ces vélos ou à les mettre dans leur cour ou leur jardin, explique M. Jacquier : « Nous avons décidé de contacter les utilisateurs pour leur rappeler que le principe du système est le partage. »

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mercredi 18 octobre 2017

Entretien : « Quand les victimes de harcèlement sexuel parlent, cela se passe mal pour elles »

Par Gaëlle Dupont - Le Monde

Après l’affaire Weinstein et le succès du hashtag #balancetonporc, Marilyn Baldeck déléguée générale de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes au travail, estime que « le harcèlement sexuel touche tous les milieux ».

Marilyn Baldeck est déléguée générale de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes au travail, la principale association française de défense des victimes des violences sexuelles dans le cadre professionnel, qu’elle accompagne juridiquement.

Après la mise en cause du producteur américain Harvey Weinstein, le hashtag #balancetonporc a connu un grand succès sur Twitter. Peut-on parler de libération de la parole au sujet du harcèlement sexuel ?

Des femmes se lâchent sur Twitter et c’est tant mieux, même si elles ne représentent pas toutes les femmes victimes de harcèlement sexuel. Ce sont surtout des journalistes qui témoignent, donc des personnes qui ont plutôt l’habitude de s’exprimer.

Ce hashtag me paraît surtout révélateur du désert auquel les victimes sont confrontées quand elles cherchent du soutien concret. Dénoncer ces agissements au moment où ils sont commis expose à de tels risques qu’il vaut mieux le faire sur Twitter, dans la plupart des cas sans citer l’agresseur, de sorte qu’il n’y aura pas de conséquences.

Les faits dénoncés sont souvent passés. Pourquoi les femmes ne portent-elles pas plainte au moment des faits ?

Quand les victimes parlent, cela se passe mal pour elles. Elles sont couvertes d’opprobre par leur employeur, souvent par leurs collègues. Il leur est extrêmement difficile par la suite de rester dans leur entreprise. Certaines y laissent leur santé, leur vie de famille, leur avenir. Donc beaucoup préfèrent se taire ou parler quand les risques sur leur carrière professionnelle s’éloignent.

On leur reproche toujours de ne pas dénoncer au bon moment, c’est trop tôt ou trop tard, de ne pas avoir exprimé leur refus clairement, d’être seule… Mais quand elles sont plusieurs à témoigner on agite la théorie du complot. Alors que parler ensemble est sécurisant pour les victimes, qui se sentent plus légitimes.

Les mises en cause d’hommes célèbres, comme Dominique Strauss-Kahn, Denis Baupin, ou Harvey Weinstein poussent-elles plus de femmes à faire cette démarche ?

Pas forcément, car les femmes retiennent que ces hommes sont rarement inquiétés par la justice et que les victimes en prennent plein la figure.

En réalité, les suites judiciaires ne sont pas anodines. Les plaintes contre Denis Baupin ont été classées sans suite mais seulement en raison de la prescription. Dominique Strauss Kahn a été civilement condamné pour proxénétisme par la cour d’appel de Douai (Nord) en juin 2016. Le maire [Les Républicains] de Draveil (Essonne), Georges Tron, poursuivi pour viols et agressions sexuelles par deux anciennes employées municipales, sera jugé devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis en décembre.

Depuis l’affaire Baupin en mai 2016, votre association est davantage sollicitée.

Incontestablement. Nous avons ouvert 179 dossiers en 2016, soit 70 de plus que l’année précédente, ce qui est énorme car nous sommes une petite structure et que les moyens n’ont pas suivi. Et sur les trois premiers mois de 2017, nous avons trois fois plus de dossiers que sur les trois premiers de 2016, avant l’affaire Baupin.

La demande ne décroît pas. Plus de femmes nous saisissent parce que, du fait de la médiatisation du harcèlement sexuel, elles entendent parler de notre association.

Certains milieux professionnels sont-ils davantage concernés ?

Le harcèlement sexuel touche tous les milieux, avec une prédilection pour ceux où un rapport de pouvoir s’exerce. Le milieu médical par exemple. Nous sommes saisis par beaucoup de secrétaires médicales, infirmières, aides-soignantes, qui dénoncent des médecins.

C’est le cas aussi du monde politique. Les collectivités locales sont très concernées. Les petites mairies sont particulièrement à risque, du fait de l’emprise que le maire peut avoir sur tous les aspects de la vie des agents de la municipalité : emploi, logement, etc. Le secteur du nettoyage, les emplois à domicile sont également très touchés.

Les femmes de toutes les catégories sociales sont concernées ?

Les affaires Baupin ou Weinstein remettent en cause les stéréotypes sur les victimes de harcèlement, qui peuvent être des femmes puissantes et célèbres, et pas seulement situées au bas de l’échelle sociale, immigrées, précarisées.

Le risque, c’est de donner une image biaisée. Nous avons affaire à toutes les catégories de femmes, avec une prédominance de celles issues de milieux populaires. Elles ont davantage le réflexe de l’action collective et veulent un procès, là où les cadres vont plutôt se tourner vers un avocat et seront peut-être plus enclines à négocier une transaction avec leur employeur.

Le nombre de plaintes et de condamnations augmente-t-il ?

Le nombre de plaintes est stable à environ un millier par an. Les condamnations restent très rares, moins d’une centaine chaque année. Les parquets considèrent que les faits ne sont pas assez graves pour poursuivre, ou que les preuves sont insuffisantes, alors que nous estimons avoir de très bons dossiers. C’est une question de priorités pénales.

Devant les conseils de prud’hommes, l’entrée en vigueur de la nouvelle définition du harcèlement sexuel en 2012 – elle est beaucoup plus précise qu’auparavant –, n’a pas fait bouger les chiffres, mais elle permet d’obtenir des condamnations d’employeurs qui autrefois n’auraient pas été inquiétés.

Un arrêt de la cour d’appel d’Orléans a par exemple reconnu, en février, l’existence d’un « harcèlement sexuel environnemental ». La victime n’était pas visée directement par les agissements des mis en cause, qui faisaient des commentaires salaces sur les femmes, etc. Cette décision a été très commentée. La prévention du harcèlement sexuel est une obligation légale.

Les entreprises sont-elles plus sensibilisées à la faveur de la médiatisation du sujet ?

Probablement, si l’on en croit le nombre de demandes de formations que nous recevons, principalement depuis l’affaire Baupin. L’essentiel de ces demandes provient encore du secteur public (ministères, collectivités, universités…). Mais de quelques entreprises privées également. En général, ces structures ont eu en leur sein des cas de harcèlement sexuel qu’elles n’ont pas su gérer.

Les organisations syndicales s’y sont également mises depuis quelques années (la CFDT suivie par la CGT, l’UNSA, Solidaires) et elles forment désormais leurs équipes à la prise en charge des victimes.

 

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dimanche 15 octobre 2017

Harcèlement sexuel : avec le hashtag #balancetonporc, des centaines de femmes témoignent sur Twitter

La parole se libère sur les réseaux sociaux. Après que de nombreux témoignages accusant le producteur Harvey Weinstein de harcèlement, d'agressions sexuelles et de viols ont été rendus publics, un hashtag a émergé sur Twitter : #balancetonporc. "Toi aussi, raconte un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot", demande l'internaute à l'origine de la tendance, vendredi 13 octobre.

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Affaire Weinstein

#Balancetonporc : après l’affaire Weinstein, la parole se libère sur Twitter

Après les accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles à l’encontre du producteur américain, des Françaises ont décidé de témoigner sur le réseau social.

Le premier tweet #balancetonporc a été publié vendredi 13 octobre. Depuis, des milliers de messages reprenant le hashtag ont envahi Twitter. Alors que le scandale Harvey Weinstein continue de défrayer la chronique – le magnat du cinéma ayant été exclu de l’Académie des Oscars samedi – Sandra Muller, journaliste pour la Lettre de l’audiovisuel, a lancé cet appel à témoignages, incitant les femmes à raconter et dénoncer un harcèlement sexuel dont elles ont été victimes « en donnant le nom et les détails ».

Elle a décidé de montrer l’exemple en relatant, en 140 caractères, les commentaires lubriques d’un ancien patron : « “Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit” (...) #balancetonporc ».

Cette libération de la parole intervient après les nombreuses révélations sur Harvey Weinstein, accusé de viols et d’agressions sexuelles. Encore samedi, une cinquième actrice, la Britannique Lysette Anthony, a accusé le producteur américain déchu de l’avoir violée, rapporte le Sunday Times.

Dans le sillage de l’affaire qui ébranle Hollywood, des femmes ont décidé d’élargir le débat, au-delà de l’industrie cinématographique, et de dénoncer des actes odieux sur les réseaux sociaux. Une première initiative avait été lancée par l’écrivaine canadienne Anne T. Donahue, avec le hashtag #MyHarveyWeinstein, le 5 octobre. « Quand avez-vous rencontré VOTRE Harvey Weinstein ? Je serai la première : j’étais une étudiante-stagiaire de 17 ans, et il a insisté pour me masser les épaules pendant que je tapais à la machine », a-t-elle écrit.

Le monde de l’audiovisuel se lâche

Depuis, les témoignages se multiplient sur Twitter et le monde de l’audiovisuel et des médias a particulièrement réagi en France. Toutefois, devant le risque de poursuites pour diffamation, la consigne de départ – donner le nom – a été peu respectée, les tweets n’accablant très souvent que des intitulés, comme « ex-patron » ou « un rédacteur en chef ».

Journaliste radio, @valeria-e raconte son calvaire : « Grande radio, grand chef qui qq années avant avait tenté de me violer, me dit “J’ai pourtant toujours été sympa avec toi” #balancetonporc ».

« “Avec ta voix de chaudasse tu devrais songer à faire autre chose que de la radio, si tu vois ce que je veux dire” #balancetonporc », écrit Linda Achour, journaliste à Montréal.

Les témoignages de stagiaires sont également légion. Anne Denet, aujourd’hui correspondante RMC et BFMTV, raconte : « 1er stage de journalisme à Paris, j’avais 18ans. Le red chef m’embrasse de force. Il venait d’etre jeune papa. #balancetonporc ».

D’autres secteurs sont également ciblés, comme la politique, l’éducation ou l’édition. « #balancetonporc le chef de secteur de chez Hachette qui m’a plaquée contre sa voiture pour m’embrasser de force j’avais 20 ans ! », dit @LifeandChris.

Plus de 5 000 utilisations

Avec plus de 5 000 utilisations, le hashtag #balancetonporc est ainsi devenu, dans la nuit de samedi à dimanche, un des plus fréquents sur Twitter France, derrière #DALS et #ONPC (qui concernent les émissions télévisées du samedi soir « Danse avec les stars » et « On n’est pas couché »). Des personnalités ont notamment apporté leur soutien à cette libération de la parole. L’animateur Mouloud Achour a notamment écrit : « Triste à souhait. Soutien inconditionnel aux victimes. #balancetonporc ».

Ces témoignages, souvent occultés et ignorés car considérés comme banals, ébranlent la communauté Twitter. Les hommes sont nombreux à exprimer leur surprise, leur soutien ou raconter un harcèlement dont ils ont été témoins. Nils Wilcke, journaliste pour Alternatives économiques, raconte : « Une politique en plateau dit : “Je pousse un cri pour l’Europe”. Le directeur de la chaîne, en régie : “Oh oui, cris ma chérie” #balancetonporc ».

D’autres prennent même peur pour le futur de leur progéniture. C’est le cas de Yoann Simboiselle, qui publie « Lire les tweets #BalanceTonPorc, et se mettre à chercher des cours de self-défense pour petite fille d’un an ».

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jeudi 12 octobre 2017

Dix fois plus d’enfants obèses en quarante ans

En 2016, 124 millions de jeunes de 5 à 19 ans dans le monde étaient considérés comme obèses, contre seulement 11 millions en 1975.

Le nombre d’enfants et d’adolescents obèses dans le monde a été multiplié par plus de dix depuis 1975, mais ceux en insuffisance pondérale restent encore plus nombreux, selon une étude publiée mercredi 11 octobre, qui appelle à lutter de front contre ces « deux fléaux » de la malnutrition.

Si les tendances observées ces dernières années se poursuivent, l’obésité juvénile surpassera l’insuffisance pondérale d’ici à 2022, prédisent toutefois les auteurs de cette étude, publiée dans la revue médicale britannique The Lancet.

Toutes les régions du monde sont concernées

En 2016, 124 millions de jeunes de 5 à 19 ans étaient considérés comme obèses, contre seulement 11 millions en 1975, évalue l’étude, conduite par l’Imperial College de Londres et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le phénomène concerne toutes les régions du monde. Les pays les plus touchés sont certaines îles de Polynésie (plus de 30 % des 5-19 ans touchés aux îles Cook, par exemple), tandis que ce taux atteint ou dépasse 20 % aux Etats-Unis, en Egypte ou encore en Arabie saoudite. Si cette prévalence semble plafonner depuis quelques années dans les pays riches, elle continue à grimper dans les pays à revenu faible ou moyen.

Le nombre d’enfants et d’adolescents en insuffisance pondérale diminue, lui, lentement depuis 2000 – sauf en Asie du Sud et du Sud-Est et en Afrique du Centre, de l’Est et de l’Ouest.

En 2016, on comptait encore 192 millions d’entre eux en sous-poids modéré ou sévère, ajoutent les auteurs, qui ont analysé des données portant sur 31,5 millions de jeunes dans 200 pays. Les deux tiers habitent en Asie du Sud-Est, notamment en Inde. Un poids trop faible augmente notamment les risques de maladies infectieuses.

L’insuffisance pondérale en ligne de mire

« Il y a toujours besoin de politiques qui encouragent la sécurité alimentaire dans les pays et les foyers à faible revenu. (…) Mais nos données montrent que la transition de l’insuffisance pondérale vers le surpoids de l’obésité peut se produire rapidement », avertit le Pr Majid Ezzati de l’Imperial College de Londres, qui a coordonné leurs travaux.

Le spécialiste de santé environnementale met en garde en particulier contre le risque de « mauvaise transition alimentaire, avec une augmentation des aliments à forte teneur énergétique mais pauvres en nutriments ». « Très peu de politiques et de programmes essayent de rendre accessibles aux familles pauvres les aliments sains, tels que les céréales complètes et les fruits et légumes frais », a-t-il déploré, dans un communiqué accompagnant l’étude.

Cela entraîne des inégalités sociales face à l’obésité et limite les possibilités de réduire ce fardeau, souligne le chercheur.

L’obésité provoque des risques accrus de maladies chroniques, telles que le diabète, et de maladies cardiovasculaires.

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Pourquoi les hommes aiment-ils tant les seins ?

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Aaah, les hommes et les seins, une très longue histoire, qui remonte à des milliers d'années. Déjà, homo sapiens, dans sa caverne, entre autres dessins, dessinait des seins sur les murs. Aujourd'hui, rien n'a vraiment changé. Que ce soit pour vendre un parfum, une voiture ou encore à l'approche des fêtes, les abribus sont régulièrement couverts d'affiches publicitaires mettant la poitrine féminine à l'honneur et en valeur.

Que vous soyez un lecteur ou une lectrice, une chose est d'abord incontestable : les seins font partie de ces attributs féminins les plus admirés et les plus glorifiés à travers les âges. De tous temps, on leur trouve des qualités, qu'lis soient petits ou gros, en forme de poires, de pommes, de citrons ou même de mangues. Et la liste des comparaisons est évidemment encore bien plus longue ! Sans doute parce que chez une femme, c'est le premier attribut féminin qui soit visible de prime abord, sans compter que pendant des siècles, c'était aussi le seul attribut typiquement féminin que les tenues vestimentaires rendaient visibles, dans toutes les couches de la société.

Les seins sont valorisés depuis des millénaires

Cela vient bien évidemment de leur fonction première, l'allaitement des enfants, indissociable de la maternité, d'où d'ailleurs l'expression "sein maternel", que l'on retrouve reprise plusieurs dizaines de fois dans l'Ancien Testament, puis plus tard, dans la littérature, non seulement en Occident mais aussi au Moyen-Orient et en Asie.

Dés lors, nul doute que l'attirance que ressentent les hommes pour les seins est aussi bien innée qu'acquise. Innée, car la recherche du sein pour pouvoir têter est un réflexe chez le bébé, quel que soit son sexe. Acquise, car l'attirance des hommes pour les seins, devenus mâtures sexuellement, les renverrait au souvenir inconscient et enfoui du sein maternel et de la libération d'ocytocine, l'hormone de l'amour et de l'attachement, libérée pendant la tétée. Et si bébé devenu homme n'a en fait jamais têté, c'est à nouveau du côté de l'inné qu'il faut chercher la raison qui l'attire vers les seins de sa partenaire.

Mais à tout cela vient s'ajouter bien évidemment le conditionnement culturel. Une culture, une religion, qui contraindrait les femmes à masquer leur poitrine, non seulement dans leur tenue vestimentaire, mais aussi dans l'alcôve, freinerait en quelques générations l'appétance masculine pour les seins.

Littérature, peinture, sculpture, cinéma : les seins sont partout

À l'inverse, et en particulier en Occident, peinture, sculpture, littérature, puis plus tard, la mode vestimentaire, et pas seulement la lingerie, mais aussi celle des vêtements de tous les jours, ont presque toujours mis en en valeur la poitrine féminine. Pour ceux qui en douteraient, il n'y a qu'à revoir quelques tableaux des grands maîtres de la Renaissance, puis les images des pin-ups apparues dans les années 40 et qui pendant plusieurs décennies ont symbolisé la femme idéale, tant aux États-Unis qu'en Europe. Au XVIIe comme au XXe, les seins ne sont jamais très couverts, ni non plus masqués par le décor, ou un quelconque objet ou accessoire.

L'apparition du bikini sur les plages après-guerre, rapidement adopté par les femmes, puis, à la fin des années 60, le passage au monokini et donc aux seins nus sur la plage, n'ont fait que renforcer les seins dans leur rôle premier de symbole de la féminité.

Ajoutez à cela la publicité, qui utilise le corps féminin, et bien souvent, la poitrine, pour vanter les mérites d'un produit ou simplement attirer l'attention du consommateur.

Saupoudrez le tout de milliers de scènes de cinéma qui, sans pour autant être interdites aux - de 12 ans, laissent apparaître des corsages entrouverts, quand les seins ne sont pas tout simplement montrés sans détour. On en trouve même dans des dessins animés pour enfants...

Terminez avec les publicités de lingerie qui apparaissent régulièrement sur les panneaux publicitaires 4x3, au dos des bus ("Regardez-moi dans les yeux, j'ai dit... les yeux" demandait Eva Herzigova en 1994), ou maintenant sur une page d'ordinateur ou de smartphone, en plein milieu de la lecture d'un article sur le budget 2018 ou sur la politique étrangère de Donald Trump. Et vous comprenez aisément pourquoi les hommes sont programmés génétiquement et conditionnés socialement pour aimer les seins...

Les seins, zone érogène à ne pas oublier

On en oublierait presque d'écrire ici que les hommes, du moins les plus attentionnés ou les plus habiles, ont aussi compris qu'il s'agit d'une zone érogène particulièrement sensible chez les femmes. Et que des préliminaires amoureux n'en sont que plus réussis si l'on prend le temps de s'attarder sur les seins en les caressant et les embrassant, et plus, si affinités.

En résumé, vous l'avez compris, les raisons pour lesquelles les hommes sont attirés par les seins sont nombreuses, aussi bien héritées de l'histoire de notre évolution, que déterminées par notre éducation et notre civilisation. Autant de bonnes raisons pour les mettre en valeur, Mesdames, soit raisonnablement, dans vos tenues vestimentaires au quotidien, soit audacieusement lors de vos dîners en amoureux, soit follement avant de passer dans l'alcôve...

Posté par jourstranquilles à 02:23 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 9 octobre 2017

Les cafés piratés par les free-lances

Par Nicolas Santolaria - Le Monde

Au café du commerce, les conversations de comptoir n’ont plus la cote, progressivement étouffées par une colonie de travailleurs planqués derrière leur MacBook.

Aller boire un café dans un bar en journée vous expose potentiellement à ce spectacle laborieux : face à vous, des rangées de MacBook éclairent de leur lumière bleutée les nuques inclinées vers les écrans, laissant parfois apparaître dans un clair-obscur de manga les courbes moelleuses d’un muffin. Mutique, chacun est concentré sur son ouvrage, d’où sortira un bout de dialogue pour une série à la mode, un slogan publicitaire pour une crème de jour, des lignes de code pour une application mobile. Le silence est parfois si pesant que vous vous demandez si vous n’avez pas été téléporté par erreur dans le tympan de Beethoven.

« OH, TU VAS LA METTRE EN VEILLEUSE, JEAN-JACQUES BOURDIN, Y EN A QUI BOSSENT, LÀ ! »

L’effet contaminant de cette routine productive a transformé en profondeur le climat des bars, au point de dévitaliser ces foyers de vie sociale jadis dévolus à une forme de joyeuse cacophonie démocratique. Est-ce bien en ce lieu que l’on pouvait, il y a peu encore, débattre en braillant du problème des tomates qui « n’ont plus de goût », des radars qui « nous piquent notre pognon » et des enfants « qui ne disent pas bonjour » ? Là où elles faisaient de vous un polémiste de comptoir reconnu, vos vociférations risquent aujourd’hui de recevoir un écho bien moins enthousiaste, du genre : « Oh, tu vas la mettre en veilleuse, Jean-Jacques Bourdin, y en a qui bossent, là ! »

Il faut vous rendre à l’évidence, le zinc où vous aviez vos habitudes n’est plus que marginalement dévolu à la convivialité depuis qu’il a été envahi par les moofers, chatoyant acronyme anglo-saxon signifiant mobile out of the office workers. Ces free-lances nomadisés dont le rêve ultime est de réussir à s’asseoir à côté d’une prise de courant n’ont que peu de chose à voir avec la tradition existentialiste du travail dans les cafés, dont Sartre fut un ardent promoteur. Là où le philosophe se nourrissait de l’ambiance du lieu pour épaissir l’argumentaire de L’Etre et le Néant, le moofer a au contraire tendance à s’en abstraire par la magie ubiquitaire de la connexion Internet. Il est donc là sans y être, tel un figurant néantisé investi a minima dans la théâtralité du lieu.

Piratage des lieux de vie

Dans son ouvrage Microcapitalisme. Vers un nouveau pacte social (PUF, 216 pages, 14 €), François-Xavier Oliveau montre que l’entreprise, en tant qu’héritière des modes de production centralisés du XIXe siècle, est aujourd’hui concurrencée par ces unités unicellulaires aux coûts fixes réduits, qui ont méthodiquement opéré un piratage des lieux de vie.

Ayant saisi l’ampleur de la menace, certains cafetiers coupent désormais le Wi-Fi ou interdisent les ordinateurs portables pour tenter de préserver une forme de chaleur humaine indispensable à la bonne tenue de la biodiversité sociale. Pour limiter les effets de cette mutation, peut-être faudra-t-il, d’ici quelques années, réintroduire artificiellement de volubiles piliers de comptoir dans ce qui était jusqu’alors leur habitat naturel. Là où elle était une évidence accueillante, la phénoménologie bruyante du café du commerce est désormais un combat à mener.

Posté par jourstranquilles à 07:23 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]