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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 23 mai 2017

Des nudistes dans le bois de Vincennes ?

La mairie de Paris songe à réaliser une zone dédiée au naturisme non loin du château. Le maire voisin et les promeneurs sont sceptiques.

Par  Corinne Nèves

Y aura-t-il des « culs-nus » au bois de Vincennes (XII e) ? La Ville de Paris a en tout cas le projet d’installer une zone réservée aux naturistes. Elle pourrait se situer entre le Château et le stade de Vincennes et répondrait à une demande de l’association des Naturistes de Paris.

D’emblée, le projet ne semble pas séduire Laurent Lafon, maire (UDI) de Vincennes (94) et conseiller régional : « Quelle que soit la position que nous pouvons avoir sur le naturisme, ce projet suscite de ma part les plus grandes réserves. Je suis très attaché en effet à ce que le bois reste un espace naturel ouvert à tous et ne fasse pas l’objet de privatisation de certains lieux pour répondre aux demandes d’intérêts privés. » Catherine Baratti-Elbaz, maire (PS) du XII e, précise que « pour l’heure, rien n’est acté de manière définitive quant à l’emplacement de la zone naturiste, sa date d’ouverture ou sa charte de fonctionnement ». Selon elle, il ne s’agit pas « d’une nouvelle concession ni de privatiser un espace du bois, mais de délimiter un espace au sein duquel le naturisme sera autorisé, ce qui n’est pas le cas dans le cadre du règlement actuel du bois de Vincennes ».

une zone fermée ?

Hier, de nombreux flâneurs profitaient du bois. L’idée d’une zone naturiste à 700 m du château agite les langues. « Moi, ça me gêne un peu, avoue Céline, jeune maman. Dans ce bois, il y a beaucoup de gens qui se promènent avec des petits. Cela pourrait être problématique. Je serais plus partante pour une zone fermée… » De son côté, Sue, jeune grand-mère voisine du lieu, nuance : « Même si chacun est libre de vivre comme il le souhaite, je crains que cette zone naturiste n’attire tous les voyeurs du coin. » Quant à Danielle, elle « trouve l’idée ridicule d’autant plus que le climat d’Ile-de-France n’est pas vraiment propice à vivre nu ! »

Pour le moment, « la concertation est ouverte », rappelle la mairie de Paris qui souligne que, puisque le bois est un territoire parisien, « c’est nous qui l’entretenons et c’est à nous que revient la décision de faire ou pas cet espace ». Pour peaufiner le projet, la Fédération française de naturisme devrait le préciser auprès des mairies riveraines.

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lundi 22 mai 2017

Bureau sous surveillance

Par Nicolas Santolaria

Sous couvert de faciliter la vie des salariés, les open space et les dernières innovations technologiques créent un climat à la « Big Brother ».

Plus l’entreprise est cool, plus elle tend à devenir imperceptiblement orwellienne. Alors qu’il nous a été vendu comme le lieu idéal de circulation des énergies, l’open space s’est avéré, en réalité, un formidable instrument de contrôle social.

Inspiré par l’architecture carcérale du philosophe du XIXe siècle Jeremy Bentham permettant au gardien de voir tout le monde sans être vu, le bureau panoptique produit ce même climat intériorisé de scrutation permanente. Se lever pour aller faire pipi vous donne alors le sentiment de contrevenir à la loi du groupe, masse immobile et censément affairée dont le silence pesant laisse supposer qu’elle n’en pense pas moins.

« Orwellisme cool »

Tout cela pourrait même vous pousser à organiser une conférence de presse pour vous disculper et faire savoir que, si vous vous êtes levé dix fois aujourd’hui, ce n’est pas parce que vous avez un problème de prostate ou que vous êtes super-feignant, mais juste parce qu’il est très inconfortable de rester huit heures assis sans bouger.

LE SALARIÉ NOMADE N’EST PLUS ASSIGNÉ À UN POSTE OÙ IL PEUT ÊTRE OBSERVÉ, MAIS EST DÉSORMAIS GÉOLOCALISABLE À TOUT MOMENT GRÂCE AU SMARTPHONE

Efficace, l’ergonomie sociale afférente à l’open space recèle néanmoins un problème de taille : la mécanique du contrôle y est encore trop palpable. Les récentes tentatives visant à contourner cet écueil sont venues renforcer l’axiome du nouvel orwellisme cool.

Sans place fixe, libre de se poser où il veut comme une abeille butinant à sa guise, le salarié nomade n’est plus assigné à un poste où il peut être observé, mais est désormais géolocalisable à tout moment, grâce au smartphone qui lui a été gracieusement offert par son employeur. Le bureau panoptique est désormais au fond de la poche, rétine omnisciente que l’on emporte partout avec soi.

Distributeur commandé par scan de rétine

S’il existe bien entendu un cadre légal qui diffère selon les pays, cette orwellisation des espaces de travail, sous couvert de libération, est incontestablement une tendance d’avenir, au confluent de la technologisation des modes de vie et de l’idéologie de la transparence.

Aux Etats-Unis, obtenir une barre chocolatée dans un distributeur s’effectue désormais, dans certaines boîtes, au moyen d’un système biométrique (c’est grâce au scan de votre rétine ou de votre empreinte digitale que vous accéderez à votre Twix) et aboutira peut-être à une production de données permettant d’affiner votre profil de toxicomane du sucre – lequel pourrait conduire, à terme, à faire flamber vos cotisations de mutuelle.

Récemment, c’est à nos amis belges que l’on doit une avancée notable sur le front de cette « big brotherisation » de la vie salariale. Spécialisée dans le marketing digital, l’entreprise New Fusion a implanté des puces RFID (de radio-identification) de la taille d’un grain de riz sous la peau de la main de huit de ses salariés. Ce nanomouchard permet, entre autres, de transmettre sa carte de visite électronique au smartphone d’un interlocuteur. L’orwellisme cool ne s’arrêtera sans doute pas en si bon chemin.

Peut-être que demain, grâce à ce grain de riz, vous pourrez acheter vos frites sans contact à la cantine. Seul hic ? Tout le monde saura que, cette année, vous en avez repris 1 984 fois.

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mercredi 17 mai 2017

La Tchétchénie accusée de génocide envers les homosexuels

Trois associations lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) françaises ont déposé plainte, mardi 16 mai, contre le président de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov devant la Cour pénale internationale (CPI) pour « génocide ». Des persécutions d’homosexuels sont commises dans ce territoire, a annoncé leur avocat à l’Agence France-Presse (AFP).

M. Kadyrov est « le logisticien » du « génocide », « l’organisateur de camps de tortures avec une volonté d’extermination des homosexuels », a déclaré Me Etienne Deshoulières, qui représente les associations Stop homophobie, Mousse et Comité Idaho France.

« On a quotidiennement de nouvelles informations alarmantes sur la Tchétchénie », a déploré Alexandre Marcel, le président du comité Idaho France, pour qui la plainte devant la CPI était « le seul moyen de poursuivre » au niveau international « des comportements nazis ».

Accusations de tortures

Le journal russe Novaïa Gazeta avait révélé, le 1er avril, une vague de persécutions ciblant les homosexuels en Tchétchénie. « Selon nos estimations, plus d’une centaine de personnes sont emprisonnées, affirmait au Monde Igor Kochetkov, le dirigeant du réseau LGBT Russie, le 16 avril. Nous sommes face à une violence massive, avec recours à des tortures très cruelles, qui a pour cible un groupe de personnes. »

Toujours selon Novaïa Gazeta, au moins deux personnes ont été assassinées par leurs proches et une troisième est morte des suites d’actes de torture.

Des homosexuels tchétchènes ayant fui le pays vers Moscou ont dit à l’AFP avoir été battus et détenus « dans une prison non officielle », et vivre aujourd’hui la peur au ventre d’être identifiés et traqués par leur famille.

« Ces actes ne sont pas le fait de groupes isolés, mais ils sont l’œuvre des autorités tchétchènes, sous la direction de leur président, Ramzan Kadyrov », peut-on lire dans la plainte consultée par l’AFP.

Manifestations de soutien

Plusieurs manifestations ont eu lieu dans différentes villes du monde pour dénoncer les actes du gouvernement tchétchène contre les homosexuels, comme à Paris, sur la place de la République. Début mai, dix-huit militants LGBT ont été arrêtés à Saint-Pétersbourg, en Russie, alors qu’ils manifestaient contre les persécutions d’homosexuels en Tchétchénie, selon un site d’information local.

Convoqué par le président russe, Vladimir Poutine, M. Kadyrov a démenti toute exaction envers les homosexuels dans son pays, qualifiant les articles de « provocateurs ». Son porte-parole assure, lui, que les homosexuels « n’existent pas » dans la république.

La Russie a notifié, en novembre 2016, son retrait de la CPI, qui, d’après le statut de Rome, sera effectif un an plus tard, soit en novembre 2017. La Cour ne se saisit d’affaires que si les auteurs des infractions ne peuvent pas être poursuivis par les autorités nationales, soit que l’Etat concerné n’en a pas la volonté, soit qu’il n’en a pas la capacité.

Dans le cas russe, une enquête a été ouverte par le parquet général, mais les enquêteurs disent n’avoir reçu « aucune plainte officielle » de victime.

La déléguée des droits humains auprès du Kremlin, Tatiana Moskalkova, chargée de l’enquête sur les violences dénoncées en Tchétchénie, s’est en outre « déjà ouvertement prononcée contre “le développement des relations homosexuelles” » et « a qualifié de “rumeur” les exactions commises », note la plainte.

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Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie

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Double actualité pour Act Up, avec le film de Robin Campillo, joué à Cannes, qui revient sur les débuts du mouvement, et la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie de ce 17 mai. Petite histoire de l'activisme d'Act Up, racontée par ses militants en quatre temps.

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 Vue générale sur le préservatif rose géant placé par Act Up sur l'obélisque de la Concorde, à Paris, 1er décembre 1993• Crédits : Gérard Julien - AFP

L'obélisque de la Concorde transformé en préservatif géant en 1993, une parodie de mariage lesbien à Notre-Dame de Paris en 2005, du faux sang déversé à flots sur la façade de la Fondation Lejeune en 2013... Retour en quatre temps sur trente ans d'activisme du mouvement Act Up, alors qu'au festival de Cannes est projeté le film 120 battements par minute, de Robin Campillo consacré à ce mouvement, et que ce 17 mai est dédié à la lutte contre l'homophobie et la transphobie. Découvrez des témoignages de militants historiques ou anonymes puisés dans les archives, mis en regard avec des interviews de membres actuels d'Act Up.

Act Up naît à l'époque où "les flics portaient des gants en plastique" et où les médicaments contre le sida étaient très chers

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Des militants de l'association Act Up-Paris "font la morts" après avoir "ensanglanté" la façade du siège social du groupe pharmaceutique Pfizer France, le 26 avril 2005 à Montrouge• Crédits : Jean Ayissi - AFP

C'est en 1981 qu'apparaissaient les premiers cas identifiés de sida aux Etats-Unis. Arrivée plus tardivement en France, la maladie y fait 30 000 victimes de 1983 à 1995, d'après l'Institut de veille sanitaire. Des chiffres très certainement sous-évalués, faute d'outils adaptés : la déclaration anonyme et obligatoire de l'infection par le VIH aux autorités sanitaires ne date que de 1998.

En 1987, alors que le sida, encore très méconnu, fait des ravages dans la communauté gay, le mouvement Act Up naît outre-Atlantique. Son ambition : utiliser les médias comme relais, toucher les gens du fin fond de l'Amérique pour les sensibiliser à la maladie et au prix exorbitant des traitements. Un mouvement qui, comme Aides, est issue de la communauté homosexuelle, mais qui est plus activiste, et plus marqué dans sa communication.

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Didier Lestrade, journaliste et écrivain, créateur du magazine Têtu, est l'une des figures historiques du mouvement Act Up Paris, qu'il a co-fondé en 1989. Dans des Nuits magnétiques de France Culture consacrées à l'Amérique, en juin 1996, il se souvenait de sa découverte d'Act Up aux Etats-Unis, et de l'une des premières actions du mouvement : envahir Wall Street et en fermer les accès pour protester contre le coût astronomique de l'AZT, alors seul traitement disponible contre le sida.

Le cofondateur d'Act Up Paris se souvient aussi combien le fait de descendre dans la rue de façon impromptue, était quelque chose de nouveau et signifiant pour la communauté gay. Car en 1987, "les séropositifs ne se montrent pas à la télé, ne témoignent pas à visage découvert". Le fait de battre le pavé est une action hautement symbolique, qui demande du courage : "Il faut se rappeler que la Gay Pride à New York est quelque chose de très organisé, il y a des barrières de chaque côté de la rue, les gens qui sont sur les trottoirs ne sont pas mélangés avec ceux qui sont dans la rue, tout ça c’est très organisé, à l’américaine. Act Up a complètement déstabilisé tout ça. Si on faisait une réunion et s’il fallait intervenir tout de suite sur quelque chose, il y avait 250 personnes qui descendaient dans la rue et qui bloquaient le quartier."

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On descend dans la rue, et on n’a pas peur de provoquer une désobéissance civile, et on va risquer même de se faire embarquer par les flics. Les flics vont porter des gants en plastique parce qu’ils ont peur… à l’époque, le message sur le sida était tellement complexe que les flics avaient peur d’attraper le sida juste en trimbalant les manifestants d’un point A à B. Didier Lestrade

Mikaël Zenouda est l'actuel président d'Act Up-Paris. Il explique que malgré l'amélioration de la qualité de vie des malades et de leur espérance de vie, le sida est toujours au centre des préoccupations du mouvement : “L'épidémie n’est pas finie. Il y a toujours, en tout cas en France, 6000 contaminations par an. Et même en France, on en meurt encore : il y a entre 1200 et 1500 morts par an." Il s'agit donc de préserver les acquis : assurer une bonne prise en charge des séropositifs au sein de l’appareil sanitaire, du dépistage au traitement.

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Femmes, hétéros, séronégatifs... un mouvement ouvert à tous

Le 8 décembre 1999, Emmanuelle Cosse, alors jeune thésarde en droit de 25 ans, passait sur les ondes de France Culture dans l'émission Première édition. Pourquoi ? Militante chez Act Up Paris depuis 7 ou 8 ans, elle en avait été élue présidente quelques mois auparavant, et ce malgré son identité hétérosexuelle, séronégative, et féminine. Pourtant, “Act up est un groupe identitaire quand même, qui est un groupe de malades, qui se définit comme un groupe homosexuel de malades du sida. [...] On ne peut pas faire comme si chez nous ça n’avait pas traversé le groupe, et si on n’en avait pas discuté”, relatait-elle. Mais foin des discussions : Act Up est simplement un groupe qui accepte que son président n'ait pas l'identité de ses membres.

La proportion de femmes a toujours augmenté chez Act Up, notait Emmanuelle Cosse dans cette émission : "On a vu ça sur le nombre des adhésions. Il y a à peu près un bon tiers de femmes pour deux tiers d’hommes." Parmi ces femmes, la moitié étaient hétérosexuelles. A l'époque de cette émission, 50% des membres étaient séropositifs, détaillait Emmanuelle Cosse, alors qu'à la naissance du mouvement, les militants ne comptaient que très peu de séronégatifs. Aujourd'hui, les militants d'Act Up-Paris sont moins nombreux, souligne Mikaël Zenouda, qui estime que la proportion séropositifs/séronégatifs est toujours de l'ordre de 50/50.

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Il y a beaucoup moins de séropositifs qui s’engagent. Sans doute depuis la fin des années 1990, grâce aux trithérapies qui sont arrivées à partir de 1996. Les conditions de vie des malades se sont beaucoup améliorées, l’espérance de vie a beaucoup augmenté, ce qui fait qu’il y avait moins d’urgence à se battre pour sa vie. Mikaël Zenouda

Hugues Fisher, militant à Act Up-Paris depuis sa création, nous apprend que le mouvement, qui a connu un redressement judiciaire en 2014, ne compte aujourd'hui plus que "quelques dizaines" d'activistes, contre 250 à 300 dans les années 1990. L'un des coupables de cette désertion selon lui ? Internet, source d'information suffisante pour les malades, et les curieux : "Quand j'ai rejoint le mouvement, je travaillais, et pendant longtemps, ce qui m'intéressait, c'était de repartir avec de l'information."

Concernant les femmes, le déséquilibre historique persiste, explique Mikaël Zenouda, qui précise que le mouvement est en train de monter une commission spécifique sur les problématiques des femmes confrontés aux IST et au cancer. Act Up s'affaire aussi concernant l'égalité des droits en matière de procréation pour les couples lesbiens et les femmes célibataires : “On n'a toujours pas acquis la PMA et ça a été remis aux calendes grecques en attendant l’avis du conseil consultatif national d’éthique. Ça fait au moins deux ans qu’il doit le rendre, son avis." Avant de préciser que les militants espèrent aussi, par leur action, améliorer le changement d’état civil pour les personnes transexuelles.

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Les grandes campagnes d’"outing"

A partir de 1991, 1992, l'activisme des membres d'Act Up se traduit également par l'outing... pratique très vite controversée. Le principe ? Dévoiler l’homosexualité, voire le statut sérologique d'une personnalité publique, dans certaines conditions. "Par exemple, des personnes qui sont notoirement homophobes, ou qui par leur action politique, seraient séropositifs eux-mêmes mais ne feraient pas ce qu’ils devraient faire en terme d’action politique pour faire avancer les choses, pour que la lutte contre le sida soit facilitée", expliquait Didier Lestrade dans les Nuits Magnétiques (première archive).

Dans ce cas-là, des groupes vraiment très minoritaires à New York ont décidé qu’il valait le coup, que c’était intéressant de dévoiler la sexualité des gens puisque la sexualité c’est la même chose que l’identité en tant que séropositif, c’est quelque chose qu’on ne devrait pas cacher, c’est quelque chose dont on ne devrait pas avoir honte, et donc à partir du moment où on cache sa sexualité ou sa sérologie, on contribue d’une manière logique et politique à répercuter un écart ou une discrimination envers les séropositifs ou les personnes homosexuelles. Didier Lestrade

C'était l'époque, précisait-il, où Act Up était au sommet de sa gloire et commençait à péricliter un peu aux Etats-Unis, après avoir gagné les grandes villes.

Le 14 septembre 2005, l'émission La Suite dans les idées se demandait si la délation pouvait être civique. Fabien Jobard, chercheur au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales, revenait sur ces campagnes d'outing menées par Act Up. Et notamment sur la publication d'une tribune par le mouvement en 1999, qui répondait à l'indignation suscitée par son projet de révéler l'homosexualité d'un député ayant pris part aux manifestations contre le PACS : “Ils ont pris l’indignation qu’a suscitée ce projet, pour témoin de l’opprobre qui marque le fait à l’époque, en 1999, d’être homosexuel. En disant simplement 'Interrogeons nous sur le fait que l’outing puisse même être une arme dans une société où chacun pourrait être également digne de l’espace public, qu’il soit homosexuel, ou hétérosexuel. Eh bien l'outing ne serait pas une arme, il serait dépourvu de toute sorte de frappe.’"

Aujourd'hui, l'outing est-il encore susceptible d'être utilisé comme une arme ? “La question parfois se pose, lorsqu’il y a des rumeurs qui circulent un peu. Sauf qu’il faut avoir des preuves solides derrière soi", explique Mikaël Zenouda, avant de s'attarder sur le fait que les temps ont de toute façon changé : "A l’époque, il y avait vraiment une chape de plomb sur les élus homosexuels, mais aussi sur toute la population, donc c’était encore plus intenable quand des élus homosexuels non déclarés tenaient des propos contre l’égalité des droits, contre leurs propres droits, en participant par exemple à des manifs type anti-Pacs à l’époque."

“Aujourd’hui il faut avoir des preuves solides, parce qu’il y a plein de rumeurs qui courent, comme sur Fillon et sur Macron, mais ça ne sert à rien de colporter des rumeurs. Et puis, si l’homosexualité de Fillon ou de divers cadres du FN avaient été révélée, est-ce que ça aurait changé la donne auprès de ses électeurs ?” Mikaël Zenouda

Des actions coup de poing pour appâter les médias

Seulement six mois après sa fondation, Act Up-Paris déployait une grande banderole sur les tours de Notre-Dame de Paris pour pointer du doigt l'attitude de l'Eglise catholique, opposée à l'usage du préservatif notamment. D'ailleurs, parmi les actions coup de poing du mouvement, figure la pose d'un préservatif géant rose sur l'obélisque de la Concorde, en décembre 1993.

En juin 2005, un an tout juste après le mariage homosexuel de Bègles (célébré en 2004 par Noël Mamère, et définitivement annulé en 2007) et huit ans avant le "mariage pour tous", une vingtaine de militants d'Act Up-Paris organisait une parodie de mariage entre deux femmes à Notre-Dame, s'attirant les foudres de l'Eglise parisienne. Dans l'émission Cartier Libre sur France Inter, Caroline Cartier se faisait l'écho de cette action, qu'elle avait vécue et enregistrée en temps réel :

Souvent dans les églises on a des réactions super violentes des gens (...) Tout le monde nous laisse passer, c’est très très respectueux. Génial, il y a l’orgue qui se met en route...” Un militant d'Act Up

A la sortie, le "service d’ordre" de l’église, dont le recteur (qui portera ensuite plainte pour "Atteinte à la liberté de culture"), vient leur demander des comptes. Les militants refusent toute confrontation en s’allongeant par terre : “La dérision c’est pour nous un vrai moyen d’action face à la puissance du lobby catholique.”

Les actions coup de poing du mouvement se sont raréfiés, pour plusieurs raisons, explique Mikaël Zenouda : “Aujourd’hui on est moins médiatisés, à la fois parce qu’on est assez peu au sein d’Act Up, et aussi parce que les médias s’intéressent beaucoup moins à la lutte contre le sida. Même si on fait des actions visibles, elles sont peu reprises. Quand on fait des actions, on les fait dans un but précis, pour sensibiliser des propos de politiques qui sont intolérables, en terme de prévention, ou de propos discriminants. Ça passe peut être par moins d’actions de grande ampleur."

On est aussi un peu mieux reçus par les pouvoirs publics, donc il y a moins besoin de faire des actions coup de poing, comme jeter du faux sang sur les ministères, ou autre. Après, ça ne veut pas dire que quand on est reçu, les dossiers avancent, il faut relancer de nombreuses fois.. Mikaël Zenouda

Hélène Combis-Schlumberger

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mardi 16 mai 2017

Ce que l’hygiène sexuelle dit de notre société

Par Maïa Mazaurette

L’obsession pour la détox intérieure renvoie à des aspirations très contemporaines, constate Maïa Mazaurette. Comme le rappelle la chroniqueuse de La Matinale du « Monde », le pénis et la vulve se lavent, tout simplement, comme le reste du corps.

C’était en 2015 : l’actrice Gwyneth Paltrow invitait sur son site personnel les lectrices à bénéficier d’un soin en spa bien spécial, consistant à s’asseoir sur un « mini-trône » libérant de la vapeur infrarouge (ne me demandez pas ce qu’est la vapeur infrarouge). L’intérêt ? Se nettoyer les parties génitales, depuis la vulve jusqu’à l’utérus. Sans surprise, alors que la moitié des gynécologues se tordait de rire et que l’autre moitié s’ouvrait les veines, le billet a été supprimé… pour mieux proposer de nouvelles et très ésotériques injonctions (en ce moment, le site vous recommande des œufs de jade, permettant de multiplier ses orgasmes tout en détoxifiant son sexe – lequel serait, selon l’experte interrogée, une « poubelle psychique »).

En attendant que nos vagins toxiques soient interdits à l’embarquement des aéroports, la vaporisation vaginale est toujours d’actualité. Si l’on en croit le nombre de compositions herbales spécialisées vendues en ligne, l’idée se porte financièrement bien : comptez 40 euros la chaise trouée, 10 euros la bassine et environ 20 euros le sachet de tisane (la détox matricielle est comestible : il suffit apparemment de mélanger vos épices de cuisine favorites avec de la rose et/ou de la lavande). Notons que certaines machines, plus onéreuses, proposent des traitements efficaces à la fois pour le visage et pour les parties intimes, ce dont vous déduirez ce que vous voulez.

Alors d’accord : la moquerie est facile, mais cette obsession pour la détox intérieure dit quelque chose de nos aspirations très contemporaines. Nos entrailles « saines » répondent à notre estomac intelligent, bactériologiquement équilibré, sans gluten, génétiquement non modifié, et, au-delà, à nos pensées positives, notre évitement des relations toxiques, notre esprit sain dans un corps sain… sans oublier l’environnement tout court. Ainsi l’éco-féminisme cher à Antoinette Fouque rappelait-il en décembre 2015, à l’occasion de la COP21, que le premier environnement de l’humain, c’est l’utérus.

Argumentaire publicitaire

La manière dont nous lavons notre linge sale est privée, celle dont nous lavons nos parties intimes relève de la santé et de la moralité publiques – peur des maladies, de la contagion, peur aussi de n’être jamais suffisamment propres, donc socialisables. Si les racines de l’association entre sexe et crasse remontent à la nuit des temps, elles n’en gardent pas moins un impact culturel, symbolique, marketing d’une modernité sans failles. Dites-moi comment vous lavez votre sexe, je vous dirai dans quelle société vous vivez.

Commençons par le plus évident : traditionnellement, c’est sur le corps féminin que pèsent les stigmas de malpropreté, de faiblesse, de moiteur. Les femmes sont donc les premières cibles des produits spécialisés – lesquels promettent, croix de bois, croix de fer, de respecter leur fragilité intrinsèque, car nos vagins sont aussi délicats que des coquelicots ou des soufflés au cheddar. Les métaphores florales vont bon train, les insécurités rampantes aussi. Il s’agit d’être impeccable pour son homme, fraîche donc disponible, sans odeur donc sans passé – sans ex-amoureux, zone vierge à défricher.

On éradiquera ses effluves naturelles à coups de crèmes, sprays, poudres déodorantes, suppositoires vaginaux au thé vert (le matcha-cunnilingus, bientôt dans tous les Starbucks). Pour les petites infections, les adeptes de remèdes naturels ne jurent que par la douche vaginale au vinaigre de cidre de pomme – mais n’hésitent pas à sortir le bicarbonate de soude ou le vinaigre de vin blanc. Si la phrase précédente a provoqué chez vous une crispation du périnée, tout est normal.

LE PÉNIS ET LA VULVE SE LAVENT COMME LE RESTE DU CORPS, AVEC ATTENTION, CERTES, MAIS AVEC TENDRESSE AVANT TOUT – SAVONNEZ, RINCEZ, SÉCHEZ, C’EST TERMINÉ

Transition féministe oblige, les hommes prennent désormais leur part de cette injonction au propre : gels spéciaux, poudres de perlimpinpin, pilules modifiant le goût de la semence, lingettes dédiées soit au pénis (qu’il s’agit de décaper et/ou de revigorer), soit aux testicules (que l’homme contemporain préférera « fraîches et sèches »). Les emballages ne mentionnent pas ce qui se passe si vous vous trompez de lingette, ce dont nous déduirons qu’une lotion testiculaire fait tomber le pénis en poussière. Les plus consciencieux jetteront leur dévolu sur le savon spécial prépuce, zone dont on apprend par cette occasion qu’elle est constituée d’un épiderme de nature entièrement différente du reste du corps – peau de bête ou peau de chagrin, on vous laisse décider.

Enfin, pour convaincre le client attaché à son bon vieux savon de Marseille (ah, le néandertalien), l’argumentaire publicitaire cumulera humour, discours médical, imaginaire du bon mari… et promesses d’une sexualité radieuse. Ben tiens.

Luxes superflus

A société genrée, hygiène genrée : pour des parties sexuées, ça peut se comprendre. Mais les produits de niche vont bien plus loin. A société âgiste, hygiène âgiste ! Si les hommes sont plutôt épargnés par le vieillissement du pénis, les femmes sont sous pression pour garder un sexe ferme. Pas seulement après un accouchement, et pas seulement à coups de « points du mari » ou d’injections de Botox. De nombreuses crèmes promettent de rajeunir son intérieur cuir en rétrécissant le vagin via des actifs astringents (en version moins chère, votre initiateur BDSM de quartier vous suggérera la pratique du figging, qui consiste à s’insérer un morceau de gingembre). Les noms choisis en disent long : « vierge liquide », « vierge pour toujours », « adolescente éternelle ». Le syndrome de Lolita a de beaux jours devant lui.

Société sexiste, âgiste… raciste ? Evidemment. Les ravages du blanchiment pour peaux foncées se poursuivent jusqu’au moindre repli : il faudrait non seulement s’éclaircir et se rosir la vulve, mais aussi les tétons et l’anus (« Divine Derrière », « Amazing Grace », « Oh My God »). Notons la présence fréquente d’hydroquinone dans les gels, un produit, selon Wikipédia, toxique, peu biodégradable, à déposer dans une décharge spécialisée après usage – je vous laisse décider si votre vagin est une décharge spécialisée.

Et bien sûr, enfin : société de classe, obsédée par la dépense, indifférente au prix environnemental de nos luxes superflus. Société toujours malade du corps, qui fait de la sexualité une insécurité, de la nature un problème… et de nos routines matinales une boucle de consommation paradoxalement antihygiénique au possible. Un exemple simple : se raser les parties intimes pour les rendre « propres », c’est multiplier les chances d’attraper une infection, qu’on tentera de contrôler à coups de remèdes détruisant la flore vaginale – stop !

Quoi que laissent entendre les rayons de votre supermarché, le vagin est autonettoyant. Le pénis et la vulve se lavent comme le reste du corps, avec attention, certes, mais avec tendresse avant tout – savonnez, rincez, séchez, c’est terminé. Le mieux est l’ennemi du bien. Et si vraiment vous voulez une tisane, plutôt que vous asseoir dessus : buvez-la.

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dimanche 14 mai 2017

Le Pink Bra Spring 2017 Paris

Que diriez-vous d'assister ou de participer au grand lancer de soutiens-gorge qui aura lieu au Trocadéro, face à la Tour Eiffel ce dimanche 14 mai 2017 ? Pink Bra Bazaar (l'organisation caritative dédiée à l’éducation à la santé du sein et au soutien des femmes atteintes d'un cancer du sein) vous convie à son rendez-vous annuel de lutte contre le cancer du sein à travers son happening original. Une façon rigolote de sensibiliser à la prévention du cancer du sein et de favoriser les dépistages.

Ce grand rassemblement vous fait chanter et danser sur l’air de la chanson « I love my Boobs – J’aime mes seins ». La chorégraphe et danseuse Julie Palombe, accompagnée de sa troupe, vous apprend les gestes de l'auto-palpation. Donc, s'auto-palper les seins de façon sensuelle, voilà de quoi nous émoustiller et nous plaire. C'est toujours mieux qu'à poil devant le toubib non ?

Une fois l'affaire bien en main, si je puis dire, on ne rate pas le final mondialement connu du fameux lancer de soutiens-gorge. Venez figurer sur la photo qui fait le tour du monde chaque année, avec la Tour Eiffel en toile de fond.

Et pour ceux qui veulent faire de cet événement quelque chose d’encore plus grand, parlez-en autour de vous : les non Parisiens peuvent également organiser leur propre happening ! Pour cela il suffit de se rendre sur le site de l’évènement, télécharger les infos nécessaires et s’inscrire. 

Pour prendre part à ce grand lancer de soutien-gorge, il suffit :

De noter le dimanche 14 mai 2017 à 15h00 dans son agenda

De traîner tous ses copains et copines

De choisir son plus beau soutif, le plus flashy possible ou alors celui dans lequel on ne rentre plus...

Alors curieux et militants, venez soutenir la cause et participer à ce rendez-vous festif et glamour !

Infos pratiques :

Le Pink Bra Spring 2017 Paris

Dimanche 14 mai 2017 à 15h

Esplanade du Trocadéro

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Avec...  http://www.juliapalombe.com/

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jeudi 11 mai 2017

Les actes homophobes repartent à la hausse

poutinz

 

En Russie aussi...et en Tchétchénie !

 

Par Gaëlle Dupont

L’association SOS-Homophobie, qui publie mercredi son baromètre annuel de la haine anti-LGBT, a reçu 1 575 témoignages en 2016, soit 19,5 % de plus qu’en 2015.

« En France aujourd’hui, nous ne pouvons toujours pas vivre et aimer librement tels que nous sommes », constate Joël Deumier, président de SOS-Homophobie.

L’association publie mercredi 10 mai son rapport annuel, unique baromètre de l’évolution de la haine anti-LGBT (lesbiennes, gais, bi et trans). Le constat est sombre. Elle a reçu 1 575 témoignages d’actes homophobes ou transphobes en 2016, soit 19,5 % de plus qu’en 2015.

Les agressions physiques perdurent : 121 cas ont été rapportés. Elles ont lieu le plus souvent dans l’espace public.

« Se définissant comme “lesbienne et garçon manqué”, la jeune Leila nous contacte pour raconter son quotidien dans son quartier et au collège : les insultes – “erreur de la nature”, “travelo” –, les crachats, les bousculades et les agressions répétées. Un jour, elle s’est retrouvée à terre pendant qu’un groupe de personnes la frappait du pied », rapporte l’association.

Autre exemple : « En décembre 2016, un couple sort d’une boîte gay de Metz et est violemment agressé par cinq personnes d’une vingtaine d’années. Le groupe a déclaré vouloir “casser du PD”. Une des victimes a été rouée de coups à terre. » Dans cette affaire, une femme et trois hommes ont été interpellés début janvier.

« Ce n’est pas ce que le bon Dieu veut »

L’homophobie « au quotidien » persiste également. Elle est d’abord le fait de la famille et de l’entourage proche (15 % des témoignages). Aziz, qui s’interroge sur sa sexualité, rapporte les dires de son cousin : « Si j’ai un homosexuel dans ma famille, je lui plante un couteau dans le cœur. » Romain relate, lui, que ses parents l’ont traité de « débauché » à l’annonce de son homosexualité. « Ce n’est pas ce que le bon Dieu veut », ont-ils dit, offrant de lui « payer un abonnement à Meetic pour Noël pour redevenir hétéro ».

Le quartier, le lieu de travail, l’école, les commerces sont également le théâtre d’insultes, de harcèlement, de discriminations et de vexations.

Un propriétaire a ainsi dit à Kim et Joanna qu’il ne souhaitait pas louer à des couples homosexuels : « En tant que bon père de famille, je ne veux pas avoir à expliquer ça à mes enfants. » Les deux mères de Noémie, 4 ans, ont relaté leur inquiétude pour leur fille qui rencontre des difficultés à l’école. Des camarades lui ont expliqué que « c’est interdit d’avoir deux mamans ». L’institutrice s’est dérobée et a dit ne pas vouloir « prendre parti ».

Il arrive que les forces de l’ordre refusent d’enregistrer une plainte ou minimisent le caractère homophobe d’une agression. « C’est la double peine pour la victime, constate M. Deumier. Un gros travail de formation des agents publics a été entrepris. Il doit être poursuivi. »

« Internet est un défouloir »

Fait marquant, les témoignages d’actes transphobes ont doublé en 2016 (121 contre 63). L’année a été marquée par l’adoption d’une proposition de loi démédicalisant le changement de sexe à l’état-civil des personnes transgenres. La médiatisation du sujet peut expliquer ce regain, mais peut-être aussi une plus grande propension à témoigner pour les individus visés.

L’association n’est pas étonnée de cette recrudescence générale. Pourtant, la banalisation de l’homosexualité et de l’homoparentalité a progressé depuis la loi Taubira de 2013.

Un sondage IFOP publié en septembre 2016, réalisé auprès de 2 274 personnes, montrait que les deux tiers des personnes interrogées souhaitaient le maintien de la loi sur le mariage pour tous ; 63 % estimaient qu’un couple avec ses enfants « constitue une famille à part entière ». « La majorité des François fait en effet preuve d’ouverture, observe M. Deumier. Mais un discours minoritaire homophobe et bruyant persiste. »

Le militant en veut pour preuve le nombre de signalements effectués pour des propos homophobes sur Internet : 320 cas en 2015. L’homophobie y ressurgit souvent à propos de l’actualité – le débat sur l’ouverture du don du sang aux homosexuels, l’attentat d’Orlando (Floride) en juin 2016, la polémique à propos des affiches de prévention contre le VIH...

« Internet est un défouloir », résume le rapport. Twitter restait, en 2016, le site dont les contenus sont le plus souvent signalés, mais tous les réseaux sont touchés. Sur Facebook, « il est difficile de s’exposer en tant que personne LGBT : se faire insulter, harceler voire menacer est encore une chose commune lorsqu’on ne prend pas garde à rendre son profil privé », poursuit l’association.

Pour SOS-Homophobie, les moyens consacrés à la modération par les principales plateformes Internet sont insuffisants. « Il faut prendre conscience de l’effet dévastateur de cette homophobie sur Internet, poursuit M. Deumier. Quand vous êtes jeune, gay et sans accès à d’autres sources d’information, vous pouvez facilement vous sentir isolé. »

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"Je m'en bats les boots"

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vendredi 28 avril 2017

Métro, boulot, sextos… Un(e) Français(e) sur 6 avoue avoir échangé des sextos avec un(e) collègue de travail.

Séduction Selon une étude, un couple sur trois se rencontre au bureau. Les SMS coquins entre collègues sont plus fréquents qu’on ne le croit. Et certaines pièces vous font rêver.

Par  Christine Mateus

Vous avez beau regarder votre espace de travail, rien n’est moins affriolant que ces murs délavés, cette moquette hors d’âge et ces bureaux sans âme… En revanche, de l’autre côté de la cloison, le (ou la) collègue affairé(e) à son labeur rend l’environnement autrement plus séduisant.

Le sexe en entreprise, c’est justement l’objet d’un récent sondage* de l’institut YouGov pour le spécialiste du voyage sur mesure, Marco Vasco. Et si la rumeur sur ce thème incite à la prudence, les chiffres sont là pour affirmer le contraire. Près d’un tiers des couples se rencontreraient au travail, sans parler du flirt appuyé à la machine à café ou du simple fantasme version 35 heures.

Lieux les plus excitants : le bureau du patron, l’ascenseur et la salle de réunion

Le fantasme, parlons-en justement. Selon l’étude, près de 1 Français sur 4, âgé de 25 à 34 ans, admet avoir déjà fait un rêve érotique avec son (sa) supérieur(e) hiérarchique. Le fameux charisme du pouvoir… qui touche même ceux qui sont déjà en couple puisque c’est le cas pour 17 % des répondants.

En pleine réunion, votre confrère ou consœur ne lâche pas son portable et envoie frénétiquement des messages ? Il y a 16 % de chances pour que ce soient des sextos à un autre collaborateur(trice) et non la confirmation d’un rendez-vous avec un client. Soit 1 Français sur 6 qui confesse avoir déjà échangé ces SMS coquins à un(e) camarade de boulot. Le pourcentage monte même à 31 % chez les 25-34 ans. « Lorsque vous passez huit heures par jour avec des gens, l’occasion fait le larron. Et plus vous les fréquentez, plus vous les découvrez et finissez par trouver somme toute sympathique ce mec qui, au premier abord, vous semblait moche. Dans une époque où tout le monde triche dans les rapports de séduction, au bureau, on triche peu. Si un collègue n’a pas pris sa douche le matin, on le sait tout de suite », rigole Gilles Azzopardi, psychosociologue**. « Le bureau, c’est le lieu où vous côtoyez des gens que vous n’auriez pas rencontrés autrement. Ses collègues, on ne les choisit pas », explique l’expert en relation hommes-femmes.

« Oui, ça m’est arrivé deux fois de flasher sur une collègue. Ce n’est pas très original mais le coup du : Tu bois un verre après le boulot ?, ça marche assez bien. Les petits textos explicites aussi. Par contre, faut assumer de la voir tous les matins, après la rupture, et garder le sourire lorsque vous retrouvez vos dossiers dans une poubelle », sourit douloureusement Antoine, trentenaire parisien et publicitaire.

Le sondage va plus loin que le billet virtuel, signifiant vos transports, et pose carrément LA question : quel serait, selon vous, le lieu le plus excitant pour avoir une relation sexuelle avec un(e) collègue ? Arrive en premier, pour 1 Français sur 6 : le bureau du patron (mais pas forcément avec lui…), ex aequo (15 %) l’ascenseur et la salle de réunion (pour enfin y passer un agréable moment). A noter que les hommes sont plus tentés par la salle de réunion (20 %), tandis que les femmes choisissent davantage l’ascenseur (17 %). Et pour le mythe, la photocopieuse arrive bonne dernière de la liste. Elle ne serait pas en panne, d’ailleurs ?

* Etude réalisée en mars sur un échantillon représentatif de 1 007 personnes, âgées de 18 ans et plus. ** Auteur de « Soyez vous-même ! Tous les autres sont déjà pris », Editions First, 16,95 €.

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mercredi 26 avril 2017

Ayez un autre regard, un autre jugement sur la Police et l'Amour

L’appel à la paix du compagnon du policier assassiné sur les Champs-Elysées

Par Cécile Bouanchaud

« Restons tous dignes », a-t-il imploré dans un émouvant discours, disant « souffrir sans haine » après la mort de Xavier Jugelé dans l’attentat du 20 avril.

C’est à 11 heures, dans l’imposante cour d’honneur de la préfecture de police de Paris où sont rendus tous les hommages nationaux aux policiers tombés, que s’est déroulée, mardi 25 avril, la cérémonie en l’honneur de Xavier Jugelé, assassiné par Karim Cheurfi lors de l’attentat sur les Champs-Elysées. La mort de ce gardien de la paix, jeudi 20 avril, a porté à six le nombre de policiers tués sur le sol français sous les balles des terroristes depuis janvier 2015.

Sous le ciel monochrome de fin avril, marqué par un froid d’hiver persistant, près de 300 personnes se sont engouffrées dans la cour du 19 août 1944, nommée ainsi en référence aux gardiens de la paix qui ont combattu durant la seconde guerre mondiale pour la libération de Paris.

Famille, proches et collègues de Xavier Jugelé, ainsi que l’entourage des deux autres policiers blessés lors de l’attaque, se sont réunis dans le huis clos de cette cour d’honneur, située sur l’île de la Cité, au cœur de Paris. Pompiers, gendarmes, polices étrangères et surtout membres de la 32e compagnie d’intervention de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) où Xavier Jugelé officiait, bordaient ce lieu symbolique.

Macron et Le Pen conviés

Dans les rangs des politiques figuraient de nombreux représentants du gouvernement et des responsables de droite (Eric Ciotti, Nathalie Kosciusko-Morizet). L’ancien président Nicolas Sarkozy, les anciens premiers ministres Manuel Valls, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Raffarin étaient au premier rang, ainsi que les présidents de l’Assemblée et du Sénat, Claude Bartolone et Gérard Larcher, ainsi que la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Le président de la République François Hollande, qui présidait la cérémonie, avait également convié les deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron (En marche !) et Marine Le Pen (Front national).

Dans des circonstances exceptionnelles, cette unité affichée de la classe politique n’est pas inhabituelle. Le 21 mars 2012, cinq candidats à la présidentielle, dont la candidate du FN, s’étaient déplacés à Montauban pour l’hommage rendu par le chef de l’Etat d’alors, Nicolas Sarkozy, aux sept personnes abattues par Mohamed Merah.

Yeux rougis et lèvres tremblantes

Pour ouvrir la cérémonie, La Marseillaise a été jouée, après que M. Hollande a passé en revue les troupes, avec à ses côtés le premier ministre, Bernard Cazeneuve, et le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl, et avant que retentisse la Marche funèbre de Chopin. Le buste droit, l’air éprouvé, des collègues de Xavier Jugelé au sein de DOPC ont porté son cercueil au centre de la cour d’honneur, où trônent les deux monuments dédiés aux policiers morts en opération.

Endeuillé par la perte de son compagnon, Etienne Cardiles a été le premier à prendre la parole au pupitre, où trônait à ses côtés la photo de Xavier Jugelé en uniforme, l’air affable, le regard doux et le sourire contenu. Le compagnon du policier, avec lequel il était pacsé, a d’abord déroulé le récit de la journée de l’attaque :

« Tu as pris ton service à 14 heures, dans cette tenue dont tu prenais tant soin. Lorsque sont parus les premiers messages informant les Parisiens qu’un événement grave était en cours sur les Champs-Elysées et qu’un policier avait perdu la vie, une petite voix m’a dit que c’était toi. »

C’est ensuite le témoignage d’un deuil impossible qu’a livré ce fonctionnaire au Quai d’Orsay, père d’un enfant. « Je suis rentré le soir sans toi, avec une douleur extrême et profonde qui s’apaisera peut-être un jour », a-t-il confié, regard droit, yeux rougis et lèvres tremblantes.

« Je souffre sans haine »

Il a décrit son compagnon comme un policier mû par « l’intérêt général, le service des autres et la protection de tous » et dont « la tolérance, le dialogue et la tempérance étaient [les] meilleures armes » mais aussi un homme passionné de cinéma, de théâtre et de musique : « Céline Dion, Zazie, Madonna… »

Comme meilleur moyen de rendre hommage à son compagnon, Etienne Cadiles a rappelé « cette formule généreuse et guérisseuse : “vous n’aurez pas ma haine” », empruntée à Antoine Leiris, dont la femme est morte lors de l’attentat du 13-Novembre au Bataclan, et qui était présent à la cérémonie.

« Cette haine, Xavier, je ne l’ai pas parce qu’elle ne te ressemble pas, parce qu’elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton cœur, ni ce qui avait fait de toi un gendarme puis un gardien de la paix. »

« Cette douleur m’a donné le sentiment d’être plus proche que jamais de tes camarades qui souffrent, comme toi silencieusement, comme moi silencieusement. Pour ce qui me concerne, je souffre sans haine », a-t-il ajouté, la voix parfois entrecoupée de sanglots, avant de conclure : « Je t’aime. Restons tous dignes » et « veillons à la paix ».

Légion d’honneur

Dans son allocution d’une trentaine de minutes, M. Hollande s’est adressé, sans les nommer, à M. Macron et Mme Le Pen. A ceux « qui auront à décider pour demain, je leur demande d’accorder les ressources budgétaires nécessaires pour recruter les personnels indispensables à la protection de nos concitoyens », a déclaré le locataire de l’Elysée.

« Ce qui est attendu, c’est de la constance, de la persévérance, de la cohérence dans l’effort, plutôt que des surenchères et des ruptures. »

Le chef de l’Etat a rendu un hommage appuyé à M. Jugelé, un « héros », « courageux », « disponible et volontaire », tué par « un fanatique haineux ».

Mais il a également tenu à saluer l’ensemble des policiers français : « Je veux dire au nom de la nation que nous soutenons tous les policiers. (…) Votre chagrin est celui de la nation. (…) Aux Francais, je veux dire : soutenez les policiers et les gendarmes. Ils ont le droit à notre soutien et à notre estime. »

Clarissa Jean-Philippe, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Jean-Baptiste Salvaing, Jessica Schneider… Le chef de l’Etat a égrainé les noms des fonctionnaires de police qui « ont perdu la vie face au terrorisme » depuis janvier 2015.

« Ils ont perdu la vie mais font désormais partie de la nôtre. Ils nous incitent à ne rien lâcher, surtout pas nos valeurs. »

A la fin de son discours, enveloppé par un silence de plomb, M. Hollande a quitté l’estrade, avant que M. Jugelé soit élevé, à titre posthume, au rang de capitaine et fait chevalier de la Légion d’honneur. La sonnerie aux morts, jouée lors de toutes les cérémonies à la mémoire des hommes tombés dans un conflit armé, a alors résonné dans la cour d’honneur, se terminant sur une minute de silence marquant la fin de la cérémonie.

Le cercueil de M. Jugelé, tué à l’aube de ses 38 ans, a été conduit dans un véhicule funéraire, suivi par les proches du défunt, et escorté par le président de la République. Dans la plus grande intimité, la famille de la victime a célébré ses obsèques dans l’après-midi, à Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), sa commune d’origine.

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