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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

mardi 16 janvier 2018

Dian Kruger - Fashion Week Hommes

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lundi 15 janvier 2018

Margaret Atwood : « #MeToo, symptôme d’un système judiciaire cassé »

La romancière canadienne avait signé une chronique samedi mettant en garde contre la chasse aux sorcières. Attaquée sur Twitter, elle s’est défendue dimanche.

La romancière canadienne Margaret Atwood, malmenée pour son manque d’empathie avec les femmes victimes de harcèlement sexuel, a passé le dimanche 14 janvier à expliquer les raisons d’une chronique où elle argumentait que le mouvement #MeToo est le reflet d’une justice qui ne fonctionne pas. « Le mouvement #MeToo est le symptôme d’un système judiciaire cassé », a-t-elle écrit dans une tribune titrée « Suis-je une mauvaise féministe » et publiée dans le quotidien canadien Globe and Mail samedi. « Trop souvent, les femmes et les autres victimes d’abus sexuels, faute d’obtenir une audience juste des institutions, y compris les entreprises, utilisent un nouvel outil : Internet », poursuit-elle.

Les réactions ont alors déferlé, plus souvent à charge que pour soutenir la romancière dont l’adaptation de son ouvrage le plus connu, La Servante écarlate (titre original : The Handmaid’s Tale) a été couronnée aux derniers Emmy Awards en septembre.

Dans cette fiction, elle décrit un futur apocalyptique d’une société dominée par une secte qui transforme les femmes fertiles en esclaves sexuelles.

« Etoiles tombées du ciel »

En référence aux actrices qui ont dénoncé les agressions du producteur déchu Harvey Weinstein, la romancière de 78 ans parle d’« étoiles tombées du ciel », sonnant comme un sérieux rappel à l’ordre. « Mais après ? », s’interroge Mme Atwood. Les institutions, les entreprises et les lieux de travail doivent faire le ménage ou « on peut s’attendre à ce qu’encore plus d’étoiles tombent et aussi pas mal d’astéroïdes ».

Et Margaret Atwood de se référer à l’histoire pour dénoncer les risques d’une justice expéditive et populaire. La conception « coupable car accusé » renvoie « à la révolution française, les purges du stalinisme dans l’ex-URSS, la révolution culturelle en Chine, la dictature des généraux en Argentine ou les premiers jours de la révolution iranienne ». « La condamnation sans procès, c’est le début de la réponse à un manque de justice, que le système soit corrompu comme dans la période pré-révolutionnaire en France, ou qu’il n’y en ait simplement pas comme au Far West, alors les populations prennent elles-mêmes les choses en mains », a-t-elle écrit.

Très active sur son compte Twitter, elle a répondu à ses détracteurs dimanche. Certaines femmes l’accusaient d’avoir signé une pétition en soutien à un professeur d’université poursuivi pour harcèlement. « Partager un tweet n’est pas l’approuver. Nous devons être conscients des avis qui ne sont pas les nôtres », a-t-elle posté sur le site de micro-blogging, comme également ce rappel : « Si tout le monde adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme, il y aurait égalité des sexes ».

Posté par jourstranquilles à 20:23 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]

Catherine Deneuve : «Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé»

cath

Une semaine après avoir signé la tribune qui prône la «liberté d’importuner» pour préserver la «liberté sexuelle», l’actrice assume, tout en prenant ses distances avec certaines signataires. Et s’excuse auprès des victimes d’agression qui auraient pu être choquées.

Catherine Deneuve : «Rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon»

Catherine Deneuve nous a transmis ce texte sous forme de lettre, à la suite d’un entretien par téléphone, vendredi. Nous l’avions sollicitée car nous voulions entendre sa voix, savoir si elle était en accord avec l’intégralité de la tribune signée, et savoir comment elle réagissait à la prise de paroles des unes et des autres ; bref, qu’elle clarifie sa position.

«J’ai effectivement signé la pétition titrée dans le journal le Monde, "Nous défendons une liberté…", pétition qui a engendré de nombreuses réactions, nécessitant des précisions.

«Oui, j’aime la liberté. Je n’aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner. Une époque où de simples dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique. Un acteur peut être effacé numériquement d’un film, le directeur d’une grande institution new-yorkaise peut être amené à démissionner pour des mains aux fesses mises il y a trente ans sans autre forme de procès. Je n’excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour. Et peu le sont.

Non, je n’aime pas ces effets de meute, trop communs aujourd’hui. D’où mes réserves, dès le mois d’octobre sur ce hashtag "Balance ton porc".

«Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d’hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes. Mais en quoi ce hashtag n’est-il pas une invitation à la délation ? Qui peut m’assurer qu’il n’y aura pas de manipulation ou de coup bas ? Qu’il n’y aura pas de suicides d’innocents ? Nous devons vivre ensemble, sans "porcs", ni "salopes", et j’ai, je le confesse, trouvé ce texte "Nous défendons une liberté…" vigoureux, à défaut de le trouver parfaitement juste.

«Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé.

«Je suis actrice depuis mes 17 ans. Je pourrais évidemment dire qu’il m’est arrivé d’être témoin de situations plus qu’indélicates, ou que je sais par d’autres comédiennes que des cinéastes ont abusé lâchement de leur pouvoir. Simplement, ce n’est pas à moi de parler à la place de mes consœurs. Ce qui crée des situations traumatisantes et intenables, c’est toujours le pouvoir, la position hiérarchique, ou une forme d’emprise. Le piège se referme lorsqu’il devient impossible de dire non sans risquer son emploi, ou de subir humiliations et sarcasmes dégradants. Je crois donc que la solution viendra de l’éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s’il y a harcèlement, des poursuites soient immédiatement engagées. Je crois en la justice.

«J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés.

«On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste "Je me suis fait avorter" écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses.

Sincèrement à vous.

Catherine Deneuve

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Posté par jourstranquilles à 19:53 - Société et toute sa complexité - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 14 janvier 2018

La voiture, un sujet épidermique pour les Français

Par Jean-Michel Normand - Le Monde

Pour certains, l’automobile est considérée comme le dernier bastion des libertés individuelles. Limitation de vitesse, radars, renforcement des sanctions… Ils trouvent que l’Etat dépasse les bornes.

Le macronisme a brouillé le clivage droite-gauche, mais il n’a rien pu faire pour désamorcer la controverse née de l’annonce du passage à 80 kilomètres par heure (km/h) de la vitesse maximale sur les routes à double sens. Ces dix petits kilomètres par heure « perdus » qui alimentent tant de discussions lors des réunions familiales, depuis que le premier ministre, Edouard Philippe, a présenté, le 9 janvier, une série de mesures sur la sécurité routière, ravivent une querelle fort ancienne et très française. D’un côté, les pouvoirs publics, tenants d’une sécurité routière essentiellement punitive. De l’autre, les associations d’automobilistes qui dénoncent un « discours de culpabilisation moralisatrice » et la mise à mal d’une liberté individuelle – le droit de rouler trop vite, ricanent les mauvaises langues.

Les deux camps s’affrontent à grand renfort de pétitions et se jettent au visage les sempiternelles études-scientifiques-qui-révèlent-que… « C’est épidermique, chez nos adhérents ! », constate Daniel Quéro, le président de 40 Millions d’automobilistes, l’une des organisations les plus en pointe contre la remise en question du principe des 90 km/h. Le terme est parfaitement choisi. En France, pour tout ce qui touche à la voiture en général et à la sécurité routière en particulier, on a les nerfs à fleur de peau.

Un attachement paradoxal aux sacro-saints 90 km/h

Selon un sondage Harris-Interactive publié le 9 janvier et réalisé pour RMC et Atlantico, 59 % des personnes interrogées se montrent critiques à l’égard du passage à 80 km/h. On notera que les femmes, dont toutes les études soulignent le comportement plus apaisé au volant, y sont à peine moins hostiles que les hommes (57 % contre 62 %). Cet attachement manifeste aux sacro-saints 90 km/h, même s’il peut apparaître paradoxal – depuis une quinzaine d’années, la vitesse moyenne s’est stabilisée à la baisse sur la plupart des routes : en 2015, elle atteignait 82 km/h sur les routes secondaires, contre près de 95 km/h en 2000 –, laisse entrevoir des clivages territoriaux, assurent les experts. « On ne peut nier qu’il existe une forte différence d’appréciation à l’égard de la vitesse selon que l’on réside en milieu urbain ou en milieu rural », souligne Fabrice Hamelin, qui en veut pour preuve « le profil des parlementaires qui se mobilisent pour soutenir les associations d’automobilistes ». Indispensable hors des zones urbaines, l’automobile serait vécue par nombre de ceux qui y résident comme une citadelle assiégée, un instrument essentiel dans leur vie quotidienne mais dont l’usage serait de plus en plus corseté par la fiscalité et les radars.

« On a ringardisé et délégitimé l’automobilisme au profit des transports collectifs des centres-villes, jugés plus pertinents. Nous avons perdu de vue que la voiture était indispensable pour maintenir le lien social et même le lien républicain avec la France périphérique », estime Mathieu Flonneau, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Le thème inspire le Front national, qui va lancer sa pétition contre le décret gouvernemental, et Les Républicains, qui dénoncent « des solutions marketing ».

Dès que la sécurité routière fait irruption dans le débat public, on verse dans le psychodrame. « Nous sommes les seuls à imputer à l’Etat les statistiques de la sécurité routière, bonnes ou mauvaises », observe Fabrice Hamelin, professeur de science politique à l’université Paris-Est-Créteil et spécialiste de la sécurité dans les transports. « Nos voisins, ajoute-t-il, considèrent que, dans ce domaine, les responsabilités sont partagées et qu’il s’agit d’abord d’une affaire de société, de comportements à améliorer. » Hors de nos frontières, les mesures restrictives voire répressives portant sur la vitesse n’ont certes pas fait l’unanimité mais elles n’ont pas provoqué de pataquès… pas plus que le relèvement des vitesses sur autoroute intervenu ces dernières années. Par exemple, au Royaume-Uni, où le nombre de décès, en recul de 50 % par an, ne dépasse par 1 700 chaque année – deux fois moins qu’en France – et où la limite a été portée il y a plusieurs années à 80 miles par heure (128 km/h) sur autoroute, une limite comparable à ce qui se pratique dans l’Hexagone.

La sécurité routière, politique depuis les années 1970

En France, où les politiques de sécurité routière n’ont vraiment débuté que dans les années 1970, le terrain est plus propice aux coups de menton qu’aux décisions effectives. Le dernier ajustement de la vitesse réglementaire remonte à 1990, avec l’instauration du 50 km/h en ville. Depuis l’installation de radars de vitesse à grande échelle impulsée par Jacques Chirac en 2002, qui avait marqué une volonté politique inédite (et permis de faire baisser le nombre de morts sur les routes de 7 200 en 2002 à 4 700 en 2006), peu de mesures ont été engagées, malgré la lente dégradation des statistiques.

Alors que le pays vient de connaître trois années successives d’augmentation du nombre de décès provoqués par des accidents de la route (3 477 en 2016), il n’est pas envisageable d’amorcer un débat serein autour des dispositifs à mettre en œuvre pour corriger une dérive qui continue de placer la France parmi les élèves moyens, voire mauvais, de la sécurité en Europe, notamment sur les routes secondaires, qui totalisent la moitié de la mortalité routière. Les enjeux sécuritaires sont en permanence altérés par le procès instruit contre le « radar-tirelire ». L’argument flirte avec le populisme, mais il peut s’appuyer sur la longue et douloureuse histoire de la fiscalité automobile française, tellement prégnante qu’elle a longtemps inspiré jusqu’au nom des voitures, identifiées par leurs chevaux fiscaux (CV) : Renault avait sa 4 CV, Citroën sa 2 CV. De quoi faire, aussi, de l’automobile un point de fixation du « ras-le-bol fiscal », autre spécialité française d’origine contrôlée.

Objectif : sauver 400 vies par an

Avec la même solennité que s’il s’agissait de la loi travail, de la réforme de l’assurance-chômage ou de l’état d’urgence, Edouard Philippe s’est dit prêt à braver « l’impopularité » consubstantielle à cette mesure. Le risque politique, à vrai dire, est-il si important ? « Beaucoup moins que le gouvernement ne l’affirme, répond Mathieu Flonneau. L’objectif de sécurité routière, avec la perspective de sauver 400 vies, est difficilement contestable et les esprits ont évolué. Les Français, dit-il, ont fini par ne plus tolérer l’insécurité routière. » Quitte à cultiver une légère schizophrénie.

A parier que la dernière mesure, sanctionnant d’un retrait de permis l’utilisation du portable au volant, suscitera quelques grognements. Il faut dire que, retranchés dans leur voiture-bulle, les Français sont du genre à extérioriser leurs sentiments. Selon une étude réalisée en 2014 par la société de gestion de flottes automobiles LeasePlan, ils sont trois quarts à reconnaître avoir l’insulte facile. Seuls les Britanniques seraient plus sanguins. Une tension que l’Association française de prévention des comportements sur la route et en ville s’est donnée pour mission d’apaiser en lançant en 2001 la Journée de la courtoisie au volant. Une initiative devenue, depuis 2008, la ­Semaine de la courtoisie au volant, organisée mi-mars. Une trêve d’un mois par an ne serait probablement pas de trop.

Quatre minutes en plus. Si l’on considère le kilométrage moyen parcouru chaque année par les Français ­ (environ 17 000 km), soit 46 km par jour, le passage de 90 km/h à 80 km/h rallonge leur trajet quotidien de quatre minutes. En prenant ­en considération le kilométrage moyen domicile-travail (25 km, selon l’Insee), le temps supplémentaire de parcours ne dépasse pas deux minutes

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Une nouvelle offre de vélos en libre-service à l’assaut des villes

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Par Feriel Alouti - Le Monde

oBike, Gobee. bike, Ofo : le vélo en « free-floating », accessible n’importe où, sans borne d’attache, bouscule les services historiques, tel Vélib’ à Paris. Non sans quelques remous et revers.

Ils sont jaunes, verts ou gris, parfois garés de manière anarchique, et disponibles en quelques clics. Importés dans l’Hexagone en 2017, les vélos en free-floating, c’est-à-dire accessibles n’importe où, sans borne d’attache, entendent révolutionner, à Paris et dans d’autres grandes villes françaises, l’utilisation de la bicyclette.

Mais l’arrivée de ces nouveaux engins, accessibles grâce à une application téléchargée sur smartphone permettant de géolocaliser les vélos disponibles à proximité de l’usager, bouscule la position de monopole des services historiques, tel que Vélib’ dans la capitale, non sans générer quelques remous et revers.

Une mue vers le low cost

Avec le déploiement de oBike, Gobee. bike et, plus récemment, Ofo, le vélo en ville entame une mue vers le low cost. Alors que la caution du nouveau Vélib’, désormais géré par l’exploitant Smovengo, va prochainement doubler, pour passer de 150 à 300 euros, ces nouveaux acteurs présentent une sérieuse concurrence avec une caution limitée à 5 euros pour oBike, 15 euros pour Gobee. bike, Ofo ayant même décidé de ne pas en demander.

En revanche, la première demi-heure restera gratuite sur Vélib’ pour les abonnés, contre cinquante centimes d’euro la première demi-heure chez oBike et Gobee. bike, les vingt premières minutes chez Ofo.

A Paris, les trois entreprises tirent actuellement profit du retard accumulé par l’entreprise Smovengo, qui doit livrer 24 000 nouveaux vélos et déployer 1 400 stations d’ici au 1er mai.

Le créneau du « premier et dernier kilomètre »

« C’est un hasard positif », assure Alban Sayag, directeur général d’oBike France et Belgique :

« Aujourd’hui, il y a des gens qui n’ont pas de service de vélos partagés disponibles car Vélib’ a pris beaucoup de retard, alors ils se reportent vers nous, même si, à la base, on n’est pas dans une concurrence frontale. »

Bien au contraire, défend M. Sayag, pour qui oBike est une « offre complémentaire » surtout utile « pour le premier et dernier kilomètre » à parcourir pour rejoindre une station de métro ou son lieu de travail, à la sortie du tramway, par exemple.

« Nos vélos sont faits pour parcourir des trajets inférieurs à 10 minutes, des trajets pour lesquels on n’a pas besoin de passer des vitesses, où le confort nécessaire n’est pas le même que pour un long trajet, mais pour lesquels on a besoin d’un maillage territorial plus fort. »

La concurrence promet d’être plus rude concernant le vélo électrique, développé par Vélib’, version Smovengo, mais, bientôt aussi, par certains de ses nouveaux concurrents.

La Ville de Paris veut « réguler » et « encadrer »

Si des usagers se réjouissent de l’arrivée en France du free-floating, d’autres redoutent de voir les trottoirs de leur ville se transformer en espace anarchique de stationnement de ces vélos, voire de dépotoirs d’engins endommagés ou vandalisés. C’est pourquoi, à Paris, la municipalité entend « réguler » et « encadrer » le déploiement de ces bicyclettes bon marché.

Depuis plusieurs semaines, la mairie travaille sur un projet de redevance de l’occupation du domaine public. « Les recettes serviraient à développer des aires de stationnement » en nombre encore insuffisant, explique Christophe Najdovski, adjoint aux transports, qui précise que son « tarif est en cours d’évaluation ».

Autre solution défendue par la Ville, l’instauration d’une licence qui permettrait de « limiter le nombre de vélos en circulation », et d’établir « un cahier des charges », plaide M. Najdovski, qui précise que « la demande a été faite auprès du gouvernement dans le cadre de la loi sur la mobilité, qui sera discutée au printemps prochain ».

Système à points

Cette autorisation d’exploitation permettrait également d’inscrire, dit-il, « une clause sur le développement durable » pour éviter « l’arrivée massive de vélos dégradés, comme c’est le cas dans certaines villes asiatiques ». La mairie a, par ailleurs, demandé aux acteurs du marché, réunis en novembre, d’adopter une charte de bonne conduite.

Pour oBike, « premier opérateur européen », né à Singapour, la redevance est un « sujet large et compliqué », mais « pourquoi pas, si elle fait l’objet d’une loi, et si son montant n’est pas de nature à tuer un système et un service dont l’utilisateur a besoin », prévient Alban Sayag.

Laurent Kennel, directeur général en France du groupe chinois Ofo, déjà actif dans deux cents villes à travers le monde et déployé depuis décembre à Paris, se dit pour sa part « réservé », et attend d’en discuter avec la mairie « pour savoir précisément de quoi il s’agit ».

En attendant, les entreprises veulent obliger leurs utilisateurs à « se responsabiliser ». Ainsi, au moment de son inscription sur l’application oBike, chaque usager détient un crédit de 100 points qu’il peut perdre lorsque, par exemple, il ne gare pas son vélo sur les aires de stationnement. Dans ce cas, la personne peut voir le tarif du service augmenter. Ofo a également mis en place un système de points, mais « sans punition financière », relève M. Kennel.

Gobee. bike abandonne Lille, Reims et Bruxelles

Depuis leur déploiement en France et en Europe, certaines entreprises de free-floating ont essuyé quelques déboires, voire quelques échecs. Ainsi, l’arrivée massive de 1 000 vélos oBike, en octobre, à Zurich (Suisse), a suscité des réactions de rejet de la part des habitants. Résultat, un bon nombre des bicyclettes déployées ont été noyées dans la rivière Limmat.

« C’était une erreur de vouloir se déployer trop rapidement, trop massivement », concède le directeur général d’oBike, qui assure que le problème s’est « estompé » après une réduction du nombre de vélos en circulation.

Mardi 9 janvier, c’était au tour de Gobee. bike d’annoncer son départ de Lille, de Reims et de Bruxelles, trois mois après son déploiement en France. Dans un communiqué, envoyé à ses clients, la start-up explique ce choix par le nombre trop important d’engins vandalisés et volés.

« Nous avons dû affronter la triste réalité que notre vision de la mobilité n’était pas partagée par une minorité déterminée à nuire, et nous ne pouvons plus supporter ni le coût financier ni le coût moral des réparations. »

Cette annonce ne décourage pas pour autant des concurrents comme Ofo, qui a décidé de s’implanter « très progressivement ».

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samedi 13 janvier 2018

Lactalis : c’est quoi cette boîte de lait ?

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Après les atermoiements du géant de l’agroalimentaire, Bercy a tapé du poing sur la table vendredi et l’a contraint à reprendre tous les lots de lait infantile produits sur son site contaminé à la salmonelle. Retour sur la culture de cette entreprise où l’opacité est cultivée de père en fils.

 Lactalis : c’est quoi cette boîte de lait ?

Lactalis pris à son propre piège ? Le culte du silence et du secret qui prévaut depuis des décennies chez le leader mondial des produits laitiers semble s’être retourné contre lui, alimentant toutes les suspicions.

Suspicions entretenues par les atermoiements de l’entreprise elle-même lorsqu’il s’est agi de retirer de la vente les lots de lait infantile possiblement contaminés par la salmonelle, donnant l’impression de traîner les pieds. Une version soutenue par le ministère de l’Economie qui a demandé vendredi au groupe, par la voix de Bruno Le Maire (qui recevait à Bercy le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier), de retirer du marché la totalité des produits fabriqués à Craon (Mayenne), où se situe l’usine responsable de la contamination.

Mais alors que la crise s’étend en Europe (un cas de salmonellose avéré a été découvert en Espagne, alors qu’un autre restait vendredi soir à confirmer en Grèce), peut-être faut-il voir aussi, dans ce manque de réactivité, le poids d’une culture d’entreprise qui semble n’avoir d’autre boussole que la recherche du profit à tous crins. Caractéristique certes largement partagée, mais quasiment élevée au rang d’art par le laitier mayennais.

Camembert

Les débuts de l’entreprise, qui compte désormais à son tableau de chasse de nombreuses marques de renom (Lactel, Bridel, Salakis, la Laitière), sont modestes. C’est en effet dans son petit atelier de Laval qu’André Besnier fabrique en 1933 ses premiers camemberts. En 1955, après sa mort, son fils Michel reprend le flambeau et lance la marque Président. Surnommé «l’Emir blanc», Michel Besnier, homme à poigne, se montre d’une voracité insatiable, engageant son entreprise dans une croissance externe menée tambour battant. Outre le rachat de plusieurs laiteries, il se lance dans les premières implantations à l’étranger du groupe, rebaptisé Lactalis en 1999.

Quelques années après sa mort, en 2000, un ancien cadre de Lactalis évoque dans un petit ouvrage la Saga Lactalis, le mépris d’André Besnier pour les coopératives laitières (parmi ses principaux concurrents) qui n’auraient pas «suffisamment la religion du profit». Son fils Emmanuel reprend les rênes du groupe pour lui faire franchir de nouvelles étapes dans son internationalisation. En 2011, le lancement d’une OPA hostile sur l’italien Parmalat, qui le hisse au premier rang mondial des industriels du secteur laitier, l’oblige pour la première fois à publier ses comptes. Non cotée en Bourse, l’entreprise familiale (qui appartient à Emmanuel Besnier, à son frère Jean-Michel et à sa sœur Marie) tient secret le détail de ses chiffres, quitte à s’acquitter d’éventuelles amendes.

«C’est une idée socialo-communiste»

Aujourd’hui tentaculaire, le groupe affiche un chiffre d’affaires de 17,3 milliards d’euros, compte pas moins de 246 sites de productions dans 47 pays, pour un effectif global de 18 900 «collaborateurs». Début janvier, Lactalis a encore annoncé le rachat aux Etats-Unis de Siggi’s, le «roi du yaourt islandais», et devient ainsi un des plus importants fabricants de yaourts sur le continent nord-américain.

Parmi les recettes de son succès, outre un flair indéniable, la manière dont Lactalis a pu se montrer intraitable vis-à-vis de ses producteurs de lait n’est sans doute pas anodine. «La politique de Lactalis, c’est de diviser pour mieux régner, explique à Libération un exploitant de la FNSEA. En favorisant les contrats individuels imposant ses prix et les volumes qu’elle souhaite récolter avec chaque exploitant, elle a droit de vie ou de mort sur chacun d’eux.» Histoire d’enfoncer le clou, un éleveur sarthois évoque également un épisode qui en dit long sur l’état d’esprit au sein de l’entreprise, même si les choses se seraient quelque peu améliorées ces derniers mois… «Début 2016, un des responsables des achats du groupe nous a déclaré que le partage de la valeur ajoutée était une idée socialo-communiste qui n’était pas dans l’ADN de Lactalis et que Bruxelles ferait mieux d’investir dans la filière laitière plutôt que dans l’accueil des migrants.»

Si les éleveurs sont incités au silence, il en va manifestement de même pour les employés de Lactalis. Depuis le début de la crise des lots contaminés, ni la direction ni aucun des 500 salariés de l’usine de Craon qui avait déjà été touchée par la salmonelle en 2005, lorsqu’elle s’appelait encore Celia, ne se sont exprimés publiquement. «C’est la discrétion la plus totale», affirme un ancien fournisseur de lait de l’usine qui estime que le personnel a «probablement reçu des consignes». Il n’est pas question que les rares représentants syndicaux s’expriment. Contactés par Libération, les délégués de la CFTC (principale organisation de l’entreprise à Laval) ou de la CFDT s’en sont tenus à un bref «pas de commentaire».

Avant la conférence de presse donnée jeudi par Lactalis dans ses locaux parisiens (événement rarissime pour l’entreprise), la directrice de l’information de l’association Foodwatch, Ingrid Kragl, a mis en cause sur France Inter un groupe qu’elle juge principale responsable de la crise actuelle et qui représenterait le «summum» de l’opacité dans ce type d’affaire. La conférence de presse lui a donné raison. Le directeur de la communication de Lactalis, Michel Nalet, passé maître dans l’art de ne rien dire, se contentant de réitérer des excuses plutôt que de fournir des explications.

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La publication, le 9 janvier, dans le journal Le Monde, d’une tribune signée par 100 femmes...

La publication, le 9 janvier, dans le journal Le Monde, d’une tribune signée par 100 femmes pour dénoncer un féminisme véhiculant "une haine des hommes" a fait réagir de nombreuses personnalités.

À contre-courant du mouvement #MeToo, né du scandale Weinstein, la tribune parue dans Le Monde mardi 9 janvier et signée par un collectif de 100 femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve et l’auteure Catherine Millet, n’est pas passée inaperçue. Cent dix ans jour pour jour après la naissance de Simone de Beauvoir, ce collectif de femmes a défendu, pour les hommes, "une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle" tout en fustigeant un féminisme qui, "au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité". Un texte qui a déclenché une avalanche de commentaires essentiellement critiques ou ironiques, mais non sans récolter quelques soutiens.

"Énormes âneries" pour les unes, "esprit courtois", pour les autres

"Dans cette tribune il y a des choses profondément choquantes", a réagi sur France culture Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes. "Nous avons déjà énormément de mal à faire comprendre aux jeunes filles que frotter un sexe d’homme dans le métro contre elles, c’est une agression. Je pense que c’est dangereux de tenir ce discours", a estimé la femme politique tout en rappelant : "Frotter un sexe d’homme contre une femme dans le métro, sans son opinion, c’est une agression sexuelle. Cela vaut jusqu'à 3 ans de prison et 75 000 euros d’amende."

France Culture

Sa prédécesseure, Laurence Rossignol, désormais sénatrice socialiste de l’Oise, a, elle, déploré, sur Twitter, "cette étrange angoisse de ne plus exister sans le regard et le désir des hommes qui conduit des femmes intelligentes à écrire des énormes âneries".

"La drague c’est sympa. La drague lourde, c’est pénible. Les frotteurs, c’est glauque. Le harcèlement, c’est condamnable. Le viol, c’est un crime. Rétablir quelques vérités simples, ce n’est pas émasculer les hommes !", a commenté, de son côté, Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France.

Mais toutes les femmes politiques n’ont pas pris leurs distances avec la tribune des 100 femmes. Au micro des Grandes Gueules, sur RMC, l’eurodéputée LR Nadine Morano a ainsi dit adhérer à leur démarche. "Vous pouvez très bien être importunée par quelqu'un de manière répétitive. Au final, vous pouvez aller prendre un café avec et puis hop, une histoire commence. Donc toutes les situations sont différentes, toutes les personnes sont différentes. À la clé, au final, le maître-mot, c'est le consentement", a fait valoir l'ancienne secrétaire d'État en jugeant "scandaleux" "l'appel à la délation sur les réseaux sociaux".

  Nadine Morano(@nadine__morano) 9 janvier 2018

Autre soutien apporté aux signataires : celui de l'ex-ministre du Logement Christine Boutin au nom d’"un esprit français, qui vient de l'esprit courtois".

"L’expression d’un antiféminisme"

De nombreuses universitaires ont critiqué la tribune en en pointant les contradictions. La philosophe et historienne de la pensée féministe, directrice de recherche émérite au CNRS, Geneviève Fraisse, y voit ainsi "un texte minoritaire". Selon elle, d’ailleurs, si cette tribune entraîne des réactions c’est parce que son propos est dépassé. "Elles parlent de 'haine des hommes et de la sexualité'. Mais quand un homme abuse d’une femme sous une forme ou sous une autre, ce n’est pas de la haine du sexe, cela ?", fait-elle mine d’interroger dans un entretien à 20 minutes.

Michelle Perrot, historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Diderot, se dit, dans un entretien au Monde, sidérée par "l’absence de solidarité" de ces femmes "et leur inconscience des violences réelles subies". Pour elle, cette tribune traduit "un malentendu total" car "la protestation des femmes ne saurait être assimilée à une plainte qui les enfermerait dans le statut 'd’éternelles victimes'. Au contraire, cette protestation, à la fois individuelle et collective, fait d’elles des actrices qui refusent et résistent à une pression, à une domination dont elles ne veulent plus."

Juliette Rennes, enseignante à l’École des Hautes Études en sciences sociales (EHESS) estime, elle, dans un entretien au Nouveau Magazine littéraire, que les signataires devraient "s'interroger, comme le faisait par exemple Simone de Beauvoir, sur les éléments de leur trajectoire et de leur position qui les a protégées de telle ou telle dimension des relations sexistes". Pour la sociologue, la prise de position "ressemble à une réhabilitation d'un ordre social à l'ancienne où les rencontres amoureuses, érotiques et sexuelles prennent la chasse pour modèle".

Guère surprise par la tribune, Christine Bard, historienne, spécialiste de l’histoire du féminisme et de l’antiféminisme, auteure du Dictionnaire des féministes, France XVIIIe-XXIe siècles, estime qu’elle est "l’expression d’un antiféminisme" dont elle reprend la rhétorique classique : l’accusation de censure, d’atteinte à la liberté sexuelle, de haine des hommes et de la sexualité, de victimisation des femmes, sans oublier l’accusation de totalitarisme. "La logique du propos est en apparence moins réactionnaire que celle des courants antiféministes classiques, car ce qui est mis en avant, c’est la liberté. Mais cette notion est manipulée pour défendre 'la liberté d’importuner'   c’est-à-dire la liberté sexuelle des hommes  , et pour minimiser, voire légitimer, les comportements machistes et violents", analyse l’historienne dans un entretien au Monde.

Rares sont les hommes à s’être risqués à commenter la tribune. Dans l’émission de Laure Adler sur France Inter, le romancier Frédéric Beigbeder s’en est toutefois félicité. "Ce que j’ai aimé, c’est que ce soit des femmes qui prennent la parole pour dire ce que les hommes ne peuvent plus dire depuis quelques mois, à savoir que l’on n’est pas tous des porcs", a-t-il dit. "Il ne faut pas dénoncer de manière numérique, excessivement et rapidement, tout le monde. Ne nous associez pas avec ces gros salauds", a-t-il conclu.

L'essayiste Raphael Glucksmann a, de son côté, présenté comme "une escroquerie fascinante", "l'argument de la galanterie menacée ressassé en réponse aux témoignages et aux cris de révolte des victimes de harcèlement".

"Voici venu le temps des harcelettes !"

Les réactions sont aussi passées par l’humour et le second degré. "On connaissait les suffragettes qui voulaient voter, voici venu le temps des harcelettes qui veulent se faire emmerder par des relous dans les rues. Nouveau siècle, nouveau combat !", a ainsi ironisé Guillaume Meurice sur France Inter Tandis que, sur Europe 1, dans son billet d’humeur, Nadia Daam raillait : "Les Américains ont Oprah Winfrey et des débats sur Woody Allen, nous on a Elisabeth Lévy (signataire de la tribune NDLR), des défenseurs du droit inaliénable à coller des mains au cul, et des débats sur les blagues de Tex (l'animateur de France 2 écarté à la suite d'une "blague" sur les femmes battues NDLR) !"

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« Catherine Deneuve est une actrice libre et imprévisible qui goûte peu les vagues dominantes »

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Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

On l’appelle le « texte des cent femmes » mais son retentissement mondial doit tout à la signature de Catherine Deneuve. Ce n’est pas elle qui en est à l’origine, ni qui l’a écrit. Bien sûr, le contenu, publié dans Le Monde du 10 janvier, vaut bombe. Mais les réactions folles dans les médias étrangers et sur les réseaux sociaux montrent que la star planétaire incarne la polémique.

L’actrice est attendue le 15 janvier au festival Premiers plans d’Angers, et elle sera dans le tourbillon. Disons déjà que son engagement n’est pas une surprise. En octobre 2017, sur le site du Huffington Post, elle émettait de fortes réserves quant au mouvement #metoo aux Etats-Unis et #balancetonporc en France : « Est-ce que c’est intéressant d’en parler comme ça ? Est-ce que ça va régler le problème ? » Sous-entendu, non.

Catherine Deneuve, qui fut l’égérie du couturier Yves Saint Laurent, qui a posé en femme fatale, dominatrice et séductrice devant l’objectif d’Helmut Newton (ses images porno-chic seraient-elles possibles aujourd’hui ?), qui portait de la fourrure à l’époque où c’était jugé choquant, goûtait peu le féminisme post-1968, qui voyait souvent l’homme comme une cible, et qui refusait les attributs du désir véhiculés dans les arts visuels.

Elle l’a dit à notre consœur Annick Cojean (« M Le magazine du Monde » du 1er septembre 2012), qui lui demandait si elle se sentait concernée par les luttes féministes. « Pas spécialement. A cause de certaines positions extrémistes englobées autrefois dans ce mouvement trop vaste pour que j’y sois à l’aise. Des attitudes anti-hommes regrettables alors que le but est d’arriver à plus d’harmonie entre les sexes. Mais je soutiens ardemment la cause des femmes ! Je les aime bien, les femmes. En ce sens, je pourrais me dire féministe. » Elle l’est. Mais elle en choisit les termes et les combats. Elle fut par exemple signataire du « Manifeste des 343 salopes », en 1971, sur le droit à l’avortement.

En fait, Catherine Deneuve est une actrice libre et imprévisible – égoïste, diront certains –, qui goûte peu les vagues dominantes, écoute avec effarement, notamment aux Etats-Unis, les voix qui stigmatisent de la même façon le viol et la drague, une actrice qui pousse loin les rôles qui déjouent la dialectique entre la femme proie et l’homme prédateur. Le texte collectif contient tout cela. Mais il mêle aussi trois éléments qui ne marchent pas toujours ensemble – la liberté sexuelle de chacun, la censure des œuvres d’art, la réalité du sexisme et du harcèlement –, ce qui permet à certains d’assimiler les signataires à des libertines privilégiées et affranchies de la douleur des autres.

« Belle de jour », chef-d’œuvre troublant

Deneuve est souvent lynchée dans cette affaire, mais elle est aussi louée. Au centre, il n’y a pas grand monde. Sans doute la journaliste Rachel Donadio, qui, dans le magazine américain The Atlantic, se demande s’il faut voir dans cet engagement « une forme d’émancipation ou la preuve d’une culture profondément sexiste. En tant qu’Américaine installée en France, c’est une question que je me pose en permanence, écrit-elle. Et à laquelle je n’ai toujours pas de réponse ».

Ajoutons au trouble en évoquant un film central dans la carrière de Catherine Deneuve, et fascinant dans le contexte Weinstein. Il s’agit de Belle de jour, chef-d’œuvre de Luis Buñuel. Le tournage a lieu en 1966. Deneuve a 23 ans. Elle a charmé la France, en 1964, avec Les Parapluies de Cherbourg et sort du tournage des Demoiselles de Rochefort, deux films merveilleux et acidulés de Jacques Demy.

Le saut est d’une brutalité inouïe. Deneuve incarne une grande bourgeoise nommée Séverine, belle et froide, élégante en robe Saint Laurent, mariée à un chirurgien. Par plaisir, elle se prostitue sous le nom de Belle de jour (un flash-back furtif la montre enfant se faire toucher par un ouvrier). Elle se laisse humilier, déshabiller, violer, fouetter. Elle est attachée, bâillonnée, on lui lance de la boue sur le visage. Aime-t-elle cela ? On ne sait.

Le film se développe dans la France gaulliste. Les hommes portent le costume, les dames des robes de marque. Les dialogues sont policés, les gestes forgés par les conventions et par l’hypocrisie de la bourgeoisie (qu’exècre Buñuel), sauf que parfois une fille est embrassée dans le cou sans son consentement, un homme demande à une maman s’il peut déjà « chatouiller » sa fille écolière.

Censure et autocensure

Un client nommé Adolphe (Francis Blanche) met la main aux fesses d’une fille en disant que « tous les morceaux sont bons ». Il aime « le jambon et la saucisse et encore mieux une bonne paire de cuisses », il vante « une négresse » pour ses performances au lit. Deneuve se fait traiter de chienne, de petite salope ou d’ordure, elle est frappée, elle saigne, son mari la livre à ses cochers, et pendant ce temps elle lui dit pardon et lui demande « s’il te plaît, ne lâche pas les chiens ».

Le génial et pervers Buñuel, dans une mise en scène onirique, surréaliste même, sème le trouble : on ne sait si c’est la réalité qui est montrée ou les fantasmes de l’héroïne, on ne sait qui domine et qui est dominé. Car à la fin, Séverine triomphe – son mari est un légume, son amant préféré se fait tuer. Belle de jour a obtenu le Lion d’or à Venise, et fut un immense succès. Mais ce film, on doute qu’il puisse se faire aujourd’hui. Il est probable que Deneuve en doute aussi. Et peut-être est-ce pour cela aussi qu’elle a signé ce texte.

Tant d’exemples, dans les arts en général, avant et après Weinstein, montrent que la censure, un peu, et l’autocensure, surtout, gagnent du terrain. De leur côté, des groupes féministes, surtout aux Etats-Unis, passent au crible le passé d’un créateur et ses œuvres pour en cerner les moments sexistes. Belle de jour en est rempli. Ou pas. En cela, c’est un monument.

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vendredi 12 janvier 2018

Ce que pensent les médias étrangers de la tribune du « Monde » signée par Catherine Deneuve

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Depuis la publication de la tribune du « Monde », le 9 janvier 2018, signée par Catherine Deneuve, Catherine Millet, Brigitte Lahaie et 97 autres femmes, la presse étrangère est divisée. Peut-on défendre « une liberté d’importuner » à Paris quand Hollywood brandit son #MeToo ? De New York à Berlin, tous les médias ont leur avis.

Si cette tribune intéresse autant la presse étrangère, c’est qu’elle a été signée par Catherine Deneuve, incarnation de la Française hors de nos frontières. Depuis quelques mois pourtant, le mythe s’effrite, comme l’explique le journal brésilien Folha de Sao Paulo qui rappelle qu’en mars 2017 déjà, l’actrice avait pris la défense de Roman Polanski rattrapé par des accusations de viol sur mineure. Ses propos, tenus dans l’émission Quotidien – « C'est une jeune fille qui avait été amenée chez Roman par sa mère, qui ne faisait pas son âge de toute façon » – avaient été repris et fustigés au quatre coins du globe. Le quotidien italien La Repubblica a d’ailleurs relayé la réaction de Samantha Geimer, victime présumée du réalisateur qui lui a depuis pardonné, qui, elle, soutient, l’actrice des Parapluies de Cherbourg : « Je suis totalement d’accord avec Catherine Deneuve. Les femmes ont besoin d’égalité, de respect et de liberté sexuelle. Ce que nous obtenons par nous-mêmes. Et pas en demandant aux autres de nous protéger et de définir ce qu’il est permis de faire quand on est une femme. »

I agree whole entirely with Ms. Deneuve. Women need equality, respect and sexual freedom, we get that by standing up for ourselves and each other. Not by asking others to protect us and define what is "allowed" for ladies. https://t.co/7EszEpE6rC

— Samantha Geimer (@sjgeimer) 9 janvier 2018

DENEUVE VS HOLLYWOOD

Selon la presse américaine, cette tribune ne pouvait pas plus mal tomber. En effet, la veille de sa publication, le monde entier avait les yeux rivés sur Hollywood et les Golden Globes où l’on hissait haut l’étendard des mouvements Time’s up et #MeToo. Le New York Times dresse ainsi un parallèle entre le discours des célébrités présentes à cette cérémonie et celui des personnalités françaises. Asia Argento, l’une des premières victimes d’Harvey Weinstein à avoir brisé le silence, n’a d’ailleurs pas mâché ses mots en retweetant un article du Guardian : « Catherine Deneuve et d’autres femmes françaises racontent au monde comment leur misogynie intériorisée les a lobotomisées au point de non-retour », écrit-elle. 

Le Vanity Fair espagnol s’est aussi demandé comment Deneuve, l’une des signataires du Manifeste des 343 salopes, qui revendiquait la liberté des femmes à disposer de leur corps, pouvait ainsi nier ses idéaux d’antan. Car, comme le rappelle les journaux britanniques, l’actrice a été, pour eux, une certaine représentation de la liberté féminine. Dans les différents articles, elle est d’ailleurs souvent désignée comme l’interprète de Séverine, bourgeoise qui choisit sciemment de se prostituer dans Belle de Jour de Luis Bunuel.

Catherine Deneuve and other French women tell the world how their interiorized misogyny has lobotomized them to the point of no return https://t.co/AuH0aZdnCq

— Asia Argento (@AsiaArgento) 9 janvier 2018

UN CAS FRANÇAIS

Aux dires de la presse allemande, la tribune du Monde ne pouvait être publiée qu’en France. « C’est un cri de colère dénonçant un climat totalitaire en matière de sexualité qui ne pouvait probablement venir que de France, le berceau du libertinage », peut-on lire dans le quotidien Die Welt. La journaliste Martina Meister ajoute : « Dans un pays dont la culture et la littérature se caractérisent depuis des siècles par le libertinage, la galanterie et la liberté sexuelle, et qui a produit des auteurs comme le marquis de Sade ou le philosophe Michel Foucault, la police du puritanisme (…) ne pouvait pas œuvrer longtemps sans susciter de résistance. » Le site américain The Atlantic déterre des fantômes français puisque, selon lui, « en France, l’idée est que, si vous donnez des noms, vous avez plus de chances d’être accusée de collabo ou de traître ». En résumé, l’ambiance ne serait pas à la solidarité féminine.

Du côté de la Belgique, le quotidien néerlandophone De Morgen tente de nuancer l’événement. « Il faut effectivement faire attention à ce que le débat ne dérape pas, on ne peut pas tout mettre dans le même sac », intervient l’actrice Hilde Van Mieghem dans l’article. Elle est une représentante de #MeToo en Belgique, mais comprend la dissonance française. Le journal y voit également « une question générationnelle » : « une bonne part des signataires appartient à la génération qui a été en première ligne dans la révolution sexuelle des années 1960 ».

Pourtant, une poignée de médias étrangers n’a pas le même son de cloche. Quelques irréductibles transalpins soutiennent cette tribune. Le quotidien italien Il Figlio a félicité Catherine Deneuve par la voix de son fondateur, Giuliano Ferrara, fervent opposant à #MeToo : « Deneuve et les autres : la France est la nouvelle avant-garde du monde libre #JeVousL’AvaisBienDit ». Même discours dans La Nazione : « Recouvrons notre intelligence, hurle au fond Deneuve, en contestant la campagne de délation qui a suivi le scandale Weinstein. Et elle a raison. Nous savons toutes reconnaître la frontière entre un viol et une drague maladroite », peut-on lire dans un édito.

Deneuve e altre, la Francia nuova avanguardia del mondo libero #velavevodetto

— giuliano ferrara (@ferrarailgrasso) 9 janvier 2018

Depuis les débuts de l’affaire Weistein et de ses répercussions, la France suscite toutes les interrogations. Vu de l’étranger, le pays des Lumières est devenu celui de « ces choses-là, ça arrive », selon les mots de Rachel Donadio dans Le Courrier international. Avec cette tribune qui vient jeter de l’huile sur le feu, les polémiques n’ont pas fini d’enfler.

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Lætitia Casta dénonce l'agressivité de #balancetonporc

laetitia122

Lætitia Casta s'est exprimée dans les colonnes de Corse Matin jeudi soir en défaveur du hashtag, devenu mouvement, #balancetonporc. « Ce n'est pas dans l'agressivité que l'on va faire avancer les choses », a-t-elle indiqué. L'interview, titrée « Je ne suis pas une féministe, je suis une femme », fait la promotion de l'actualité de l'actrice qui joue Scène de la vie conjugale de Ingmar Bergman sur les planches de Bastia. Néanmoins, comme c'est dans l'air du temps, toute actrice interviewée pour un sujet quelconque doit désormais systématiquement participer au débat sur les agressions sexuelles. Ce que pense Lætitia Casta, c'est que les actrices de Hollywood ne sont pas les seules victimes : « On va parler des actrices hollywoodiennes comme de victimes, oui mais alors parlons de toutes les victimes. Mais aussi des héroïnes. Ces sportives qui réussissent des exploits et qui n'ont pas une grande couverture médiatique. Parlons de tout et je suis d'accord ! ».

Quant au mouvement #balancetonporc, elle est visiblement refroidie : « après ça va être quoi, balance ta salope ? ». Ainsi l'actrice admet être plus d'un côté que d'un autre. « On est responsable de nous-mêmes », répond-elle après avoir été interrogée sur la tribune du Monde sur le droit d'importuner.

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