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Jours tranquilles à Paris
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26 juin 2016

« Interdire la circulation des véhicules anciens revient à vouloir chasser les pauvres de Paris »

L’affaire prêterait plutôt à sourire si elle n’était symbolique d’une attitude et d’un choix politiques. La Mairie de Paris a ainsi décidé d’interdire, à partir du 1er juillet, la circulation dans la capitale des véhicules âgés de plus de vingt ans. L’argument : ils pollueraient beaucoup plus que les autres.

Appel à témoignages :   Que pensez-vous de cette mesure ? Votre véhicule est-il concerné ?

Le problème est que rien ne prouve que l’âge d’un véhicule implique un taux de pollution élevé. Le mien, une Mini ancien modèle − et réellement tout à fait « mini » −, mise en service en 1989, ne pollue pas plus qu’une Twingo ou une 208 neuve. Son dernier contrôle technique le prouve, s’il en était besoin.

La pollution automobile est en effet, la plupart du temps, liée à la puissance du moteur, à la taille et à la cylindrée plutôt qu’à l’âge, surtout si le véhicule est bien entretenu. L’argument ne tient donc pas.

« Salauds de pauvres ! »

Pourquoi alors une mairie « de gauche » cherche-t-elle à sanctionner les propriétaires de véhicules anciens ? Je crois que la cause est à la fois plus profonde et plus grave.

Deux catégories de citoyens automobilistes en sont les victimes. D’un côté, les plus pauvres, qui n’ont pas les moyens d’acheter un nouveau véhicule et qui le réparent tant bien que mal car il leur est nécessaire pour aller travailler. De l’autre, les conducteurs de voitures anciennes qui préfèrent leurs formes à celles, standardisées, des modèles actuels.

Cette décision signifie donc plusieurs choses.

La première est que l’on cherche à chasser les pauvres de Paris en les obligeant à prendre les transports en commun, dont tous ceux qui les connaissent bien savent qu’ils ne sont ni fiables ni rassurants. Qui va en effet imaginer qu’une serveuse de restaurant va rentrer chez elle, seule, en RER, en lointaine banlieue, à minuit et plus ? « Salauds de pauvres ! », comme disait Jean Gabin dans La Traversée de Paris.

La deuxième est que l’on cherche à renouveler le parc de voitures en obligeant un grand nombre de gens à acheter un nouveau modèle et donc à favoriser les grands groupes de l’industrie automobile. Mais qui peut, aujourd’hui, acheter un véhicule à 30 000 ou 40 000 euros, électrique, bien sûr ? Certainement pas les classes populaires.

La troisième est que l’on cherche à faire comprendre qu’il ne peut y avoir de plaisir à conduire une automobile.

Or, désolé de l’avouer, il peut y avoir du plaisir à conduire, et pas seulement par égoïsme ou pour rendre malade ses concitoyens.

J’aime conduire

Comme des millions de gens, en France et dans le monde, j’aime conduire, et je pense même que la voiture donne de l’indépendance et de la liberté. C’est le sentiment que j’ai ressenti le jour où j’ai obtenu mon permis et je crois toujours que posséder un véhicule permet de vivre à son rythme, sans se soucier d’horaires contraignants, et de découvrir le monde.

Je sais que l’idée n’est plus très répandue, en particulier chez une partie de nos dirigeants politiques, mais je crois aussi qu’on ne gouverne pas en se fiant aux statistiques.

Pourquoi alors devrais-je arrêter de conduire ma Mini, cette petite voiture qui fait la joie des enfants lorsqu’ils l’aperçoivent et que les groupes de touristes asiatiques mitraillent de photos ?

Contrôlons la pollution des véhicules, d’accord, mais n’instaurons pas de règles contraignantes, aux conséquences stupides et liées à des critères d’âge qui n’ont pas grand-chose à voir avec le problème.

Aimer conduire et préférer une voiture ancienne à une voiture moderne n’est ni « de gauche » ni « de droite ». C’est un choix qui a à voir avec la liberté et qui, contrairement à certaines idées en cours, n’empiète pas sur la liberté des autres.

Gentrification

Et puis, surtout, arrêtons cette politique de gentrification de Paris qui consiste, depuis plus d’une dizaine d’années, à uniformiser la population de la capitale, en en chassant les couches sociales les plus défavorisées et les immigrés, et en la transformant en une ville pour étudiants, oisifs et touristes.

La hausse du prix des appartements et des loyers a fait son travail d’exclusion. Mais les décisions prises par la Mairie pour restreindre systématiquement l’accès des véhicules depuis les banlieues populaires du nord et de l’est de Paris ont fait le reste.

Chers élus de Paris, ne tombez pas dans le panneau qui consiste à accroître les inégalités sociales sous prétexte de lutte contre la pollution !

Il y a aujourd’hui d’autres problèmes autrement plus importants à régler, y compris si l’on veut faire baisser le taux de particules fines. Revenez sur cette décision stupide et injuste qui, si elle est appliquée, ne nous fera plus rire.

François Margolin

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Décès de Bill Cunningham, légende de la photographie de mode

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Le photographe du New York Times en séance photo pour Lacoste. Le photographe du New York Times en séance photo pour Lacoste. | REUTERS/Carlo Allegri

Le célèbre photographe de mode du New York Times Bill Cunningham est décédé samedi, a annoncé le journal où il travaillait depuis près de 40 ans. Il avait 87 ans.

Bill Cunningham, véritable légende de la photographie de mode dans la rue, qu'il a inventée, avait été récemment hospitalisé après avoir subi une attaque, a précisé le quotidien qui a salué en lui un « anthropologue culturel atypique ». L'oeil aux aguets, un peu voûté, une chemise bleu de balayeur parisien d'époque toujours sur le dos, un appareil photo - jusqu'à peu argentique - autour du cou, il avait une passion: photographier l'allure.

Cet homme discret, né dans le Massachusetts des années 1920, savait voir avant tous « ce qui devait être la tendance dans six mois », estimait Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue USA, dans un film documentaire sur le photographe, « Bill Cunningham New York » (2010).

Homme à la connaissance encyclopédique, il avait l'art de dénicher les tendances maîtresses, voire avant-gardistes, dans la rue, sur les podiums ou les soirées mondaines. « Il faut laisser la rue vous dire quelle est l'histoire », confiait en 2014 celui qui affirmait volontiers « ne pas être un bon photographe ». « Il ne faut pas avoir d'idée préconçue, il faut sortir et laisser la rue vous parler », disait-il encore, lui qui a commencé sa carrière en créant des chapeaux pour les New-Yorkaises de la bonne société.

Un homme « humble et gentil »

En 1963, il travaillait Chez Ninon, un atelier de couture sur mesure, lorsque Jackie Kennedy, une cliente régulière, lui a fait parvenir un tailleur Dior rouge avant les funérailles de son mari, le président assassiné.

Ses premiers clichés volés d'inconnues, mais aussi de célébrités, telle l'actrice Greta Garbo en 1978, lui ont permis de décrocher une tribune régulière dans le New York Times, « On The Street » (« Dans la rue »), où chaque semaine sont mises en avant les dernières tendances. Les hommes en jupe, le léopard, les chemisiers le jour comme le soir, une nouvelle palette de couleurs ou d'imprimés.

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Bill Cunningham en 2014, lors de la Fashion Week de New York. Bill Cunningham en 2014, lors de la Fashion Week de New York. | Reuters

« Sa compagnie était recherchée par les riches et puissants du monde de la mode, pourtant il est resté l'un des hommes les plus gentils, les plus doux et les plus humbles que j'aie jamais connu », a déclaré le directeur de la publication du New York Times, Arthur Sulzberger Jr, ajoutant « Nous avons perdu une légende ».

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Libération

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