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Jours tranquilles à Paris
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24 septembre 2020

Nécrologie - La chanteuse Juliette Gréco est morte

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Par Véronique Mortaigne - Le Monde

Chanteuse et actrice, Juliette Gréco est morte le 23 septembre, à Ramatuelle (Var), à 93 ans. Elle fut la muse du Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre et l’interprète inoubliable de Brel, Gainsbourg, Vian, Roda-Gil, Miossec ou Biolay…

Qu’avons-nous donc tant aimé chez Gréco pour que sa disparition nous atteigne autant ? Sa voix, son élégance, sa force et ses mains, sûrement, qui volaient, virevoltaient ! Juliette enfant s’était-elle peut-être ainsi rêvée, longue et forte dans un fourreau noir, les mains aériennes, habillant J’arrive (Jacques Brel/Gérard Jouannest) d’une aura de peines lumineuses et de déclarations d’injustice – la mort, suprême incompréhension. S’était-elle vue badinant sur un texte hallucinatoire d’Etienne Roda-Gil mis en musique par le Brésilien Caetano Veloso, Mickey travaille, ou sur Jolie môme, de Léo Ferré ? Avait-elle imaginé incarner à ce point, dans le monde entier, une France résistante et cultivée ?

Nous aimions Gréco avec tous ses « défauts », ses trous de mémoire, son trac et son art : « Cette femme est faillible, et faillible par courage, alors qu’il serait si simple de figer pour toujours son interprétation de Paris Canaille et de repasser chaque soir sur ses marques », a écrit le critique Bertrand Dicale dans une biographie très justement intitulée Juliette Gréco, Les Vies d’une chanteuse (éd. Jean-Claude Lattès, 2001).

Les intenses appétits et la curiosité insondable de cette interprète identifiée à la liberté française lui ont à jamais laissé sa place de muse de Saint-Germain-des-Prés, mythe de la modernité, de la liberté de l’après-guerre toujours planétairement vivace. « Gréco rose noire des préaux. De l’école des enfants pas sages », selon le poète Raymond Queneau.

« La Gréco », est morte le 23 septembre, à Ramatuelle (Var). Elle était âgée de 93 ans. Juliette Gréco disait, en 2008 : « Pour résister à l’approche de la fin, il faut aimer ce qu’on fait, à la folie, aimer son métier comme je l’aime moi, c’est-à-dire de façon démesurée, hors normes, en allant chanter aussi dans des petites salles de banlieue en matinée et savourer qu’un jeune homme ait dit à la fin du tour de chant : “Elle est bonne, hein, Gréco !” »

Rapports chaotiques avec sa mère

Les vies de Juliette Gréco avaient commencé le 7 février 1927 à Montpellier (Hérault). Enfant solitaire et taciturne, elle vit des rapports chaotiques avec sa mère. Le père, Corse et commissaire de police, est parti. Leur première fille s’appelle Charlotte, comme la grand-mère maternelle, la seconde, Juliette, comme sa mère. « Quelle imagination ! », commente Juliette (la fille) à propos de Juliette (la mère). Femme de gauche, anticonformiste viscérale, elle est l’« amie de cœur » du critique d’art Elie Faure, puis la compagne d’Antoinette Soulas, elle-même mère de deux enfants.

Un temps installées rue de Seine à Paris avec leur mère, les deux enfants sont ensuite confiées à leur grand-père. « J’ai un vieux fond révolutionnaire solide, constant, confiait la chanteuse. Mon grand-père Jules était compagnon, donc sans doute franc-maçon. Il portait des bottines, et j’adorais les lui délacer le soir. Il mettait sa main sur ma tête, comme cela [elle fait le geste], légèrement. C’était un homme de bien, architecte à Bordeaux. Il pensait encore qu’un ouvrier était une personne d’importance, ce que l’on apprend dans la magnifique école du compagnonnage… J’ai toujours entendu des propos républicains dans mon enfance. Mais, à l’âge de 3 ans, j’ai assisté à une scène terrible, ahurissante : ma grand-mère a mis à la porte une domestique, et avant qu’elle quitte son service, déjà avec sa robe de voyage, sa valise, elle lui a fait laver les marches du perron, et j’ai été complètement révoltée. »

Revenues dans la capitale à la mort de Jules, les deux filles sont placées dans une pension catholique rigoureuse. Juliette voudrait devenir danseuse. Elle est petit rat à l’Opéra de Paris quand éclate la seconde guerre mondiale. La famille Gréco se réfugie en Dordogne, où la mère entre en résistance. Elle est arrêtée en 1943, ses deux filles s’enfuient avant d’être reprises par la police française à Paris. La mère et Charlotte sont déportées. Juliette est emmenée à la prison de Fresnes où elle passe trois semaines avant d’être relâchée, sauvée par son jeune âge (16 ans).

« Ma mère et ma sœur étaient en route vers Ravensbrück. Je suis sortie de prison et je me suis retrouvée à Saint-Germain-des-Prés, sur la petite place, à côté de la pension de famille où j’étais installée – il y avait l’actrice Hélène Duc, Pierre Riche, un comédien masqué, une dame spécialiste de la lèpre, un monsieur toujours en costume et cravate qui habitait dans un réduit sous l’escalier. Alors je me suis mise à chanter Over the Rainbow, parce que la musique américaine était alors interdite », confiait-elle au Monde lors de la parution de son album de reprises, enregistré à New York après la mort de l’un de ses principaux arrangeurs, François Rauber en 2003.

La jeune Juliette veut devenir actrice. Béatrix Dussane, puis Solange Sicard, lui enseigne les rudiments de l’art dramatique. Elle joue pour la première fois au Théâtre français, un rôle de figuration dans Le Soulier de satin, de Paul Claudel. Sans le sou, elle commence son exploration de la vie de bohème du quartier Rive gauche de Saint-Germain-des-Prés, flirte un moment avec les jeunesses communistes. En mai 1945, Juliette retrouve sa mère et sa sœur rescapées de Ravensbrück, puis du camp de Holleischen, près de la frontière tchécoslovaque. « Sans paraître la voir, sa mère lui demande : “Où est Antoinette ?” », se souvient Juliette Gréco dans Jujube (Stock), son autobiographie écrite à la troisième personne en 1982 : « Elle ne veut que la personne qu’elle aime. Elle ne pense qu’à elle. Pas un mot pour la petite idiote. Jujube [son surnom] commence à mourir. » La mère de Juliette Gréco s’engage illico dans la marine, part pour l’Indochine, laissant ses filles derrière elle.

Refaire son éducation

Gréco entreprend de refaire son éducation dans les bistrots de Saint-Germain. C’est au bar du Montana qu’elle croise pour la première fois Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, à la Rhumerie martiniquaise qu’elle discute avec Albert Camus, et au bar du Pont-Royal, avec Maurice Merleau-Ponty. Elle partage une chambre d’hôtel avec Charlotte, vivant des mandats expédiés par sa mère, qui cesseront de lui parvenir quand sa sœur se marie.

Elle collabore avec Jean Tardieu, qui présente une émission de radio consacrée à la poésie, tard dans la nuit. Elle s’essaie aux petits boulots, on lui refuse les travaux de ménage, elle s’installe dans un hôtel de la rue de Seine, La Louisiane, et rencontre le metteur en scène Michel de Ré, qui lui offre un rôle dans la pièce de Roger Vitrac, Victor ou les enfants au pouvoir (âgée de 19 ans, elle tient le rôle d’une mère de 30 ans).

Il y a cette très jolie photo, un peu floue, prise au Vieux-Colombier, à Saint-Germain-des-Prés. Nous sommes en 1948. Le Duke (Ellington) fait son entrée dans la cave voûtée ; Boris Vian est dans l’encoignure de la porte ; l’égérie du cabaret le Tabou, Anne-Marie Cazalis, l’amie, « la sœur jumelle, blonde et rieuse », rencontrée au Bal nègre de la rue Blomet, épaule nue, ose un geste de salut. Entre les deux, une jeunesse au sourire fin pose la main sur le bras du prince du jazz. C’est Gréco, costume croisé, cravate à carreaux, cheveux plaqués en arrière, avec son « pantalon chéri », dessiné par Christian Bérard, un tissu écossais avec le bas bordé de fourrure. « A l’époque, je ne connaissais pas le vison, Bébé m’a dit : “Tu apprendras vite.” »

Mais c’est une autre photographie qui la rend célèbre, publiée le 3 mai 1947 en une de l’hebdomadaire Samedi-Soir : on voit la nouvelle égérie du Tabou discutant avec Roger Vadim à l’entrée du cabaret. L’article explique comment vivent les « troglodytes » de Saint-Germain et développe le concept d’existentialisme : « Le mot est lâché, et comme un animal sauvage commence sa course folle à la recherche de sa véritable identité », écrit-elle dans Jujube. Puis, c’est au tour de l’hebdomadaire Dimanche-Soir de livrer aux lecteurs une photo, où Gréco apparaît allongée aux côtés d’Annabel Buffet. Petit parfum de scandale, magnétisme personnel, amitiés solides : l’idée de la rébellion et de la liberté des mœurs selon Gréco est lancée.

Après les années travail-famille-patrie, après les horreurs de la guerre, la jeune génération veut désobéir. « Je me demandais ce qu’était un existentialiste, raconte le compositeur brésilien Caetano Veloso. Un ami m’a dit : un philosophe parisien qui fait tout, mais absolument tout ce qu’il veut. J’étais fasciné. »

« J’AI CONNU JEAN-PAUL SARTRE ET SIMONE DE BEAUVOIR, J’ÉTAIS JEUNE ET CONNE, MAIS TERRIBLEMENT ATTENTIVE ET COMBLÉE. ILS ME VOYAIENT COMME UN ENFANT INTÉRESSANT, UNE JEUNE FILLE BIZARRE, FORT PEU SOCIABLE »

« J’ai passé ma vie à poser des questions. Ma mère n’y répondait pas. Comme elle vivait dans la différence, elle n’assumait rien, surtout pas ses enfants, surtout pas moi. J’ai commencé à vivre le jour où, dans un café du pont Royal, un homme, un client comme moi, qui sans doute me trouvait jolie, intéressante, désirable peut-être, m’a répondu. La porte du paradis s’est entrouverte tout à coup… J’avais trouvé une sorte de père, en tout cas un être humain à réponse. [L’homme était le philosophe Maurice Merleau-Ponty. La question était : “Qu’est-ce que l’existentialisme ?”] Ma sœur m’avait parlé de Sartre, et j’étais intriguée. “L’homme doit faire et faisant ce faire n’être que ce qu’il se fait”. Ça, ça m’intéressait, puisque j’en étais là : il fallait que je me fasse… Puis j’ai connu Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, j’étais jeune et conne, mais terriblement attentive et comblée. Ils me voyaient comme un enfant intéressant, une jeune fille bizarre, fort peu sociable. »

Personnages mythiques

Dans la vie de Juliette Gréco croisent tant de personnages mythiques qu’il est impossible d’en faire le tri : Maurice Merleau-Ponty, Jean-Paul Sartre, Françoise Sagan ; Jean-Pierre Wimille, pilote de course, premier amour fou de Juliette, mort sur le circuit de Palermo en Argentine en 1949 ; Miles Davis, rencontré à Paris – il a 23 ans, elle en a 22, ils s’aimeront longtemps ; Philippe Lemaire, le bel acteur, mari de Juliette pour un temps et père de son unique fille, Laurence-Marie, née en mars 1954 ; Darryl Zanuck, le producteur de cinéma qui voulait la séduire ; Irmeli Jung, photographe d’origine finnoise, la fidèle, l’admiratrice passionnée ; Michel Piccoli, le deuxième mari ; le compositeur et pianiste Gérard Jouannest, qui, dès la fin de la carrière de Jacques Brel, dont il était l’accompagnateur, et le compositeur, travaille avec elle, puis l’épouse.

Mais Gréco ne se contentera jamais de n’être qu’une personnalité. En 1949, un de ses amis, Marc Doelnitz, décide de rouvrir le célèbre cabaret Le Bœuf sur le toit, créé en 1921 et repaire de Jean Cocteau. Anne-Marie Cazalis et Marc Doelnitz parviennent à la convaincre d’y chanter. Mais elle ne sait pas quoi. Sartre lui soumet plusieurs poèmes, parmi lesquels elle choisit Si tu t’imagines, de Raymond Queneau, et L’Eternel féminin, de Jules Laforgue. Sartre lui offre La Rue des Blancs-Manteaux, écrit pour Huis clos, mais jamais utilisé. Il lui présente son ami le compositeur Joseph Kosma.

Cinq jours plus tard, Juliette Gréco fait ses débuts officiels devant un public de choix (Sartre, Beauvoir, Cocteau, Camus, Marlon Brando). Elle ajoute ensuite à son jeune répertoire La Fourmi, de Robert Desnos, et Les Feuilles mortes, de Prévert (musiques de Kosma). Après un été passé à peaufiner son image sur la Côte d’Azur, elle est invitée à chanter à la Rose rouge, cabaret célèbre tenu par Nico Papatakis et où se produisent les Frères Jacques ou Marcel Marceau.

Son succès l’amène au Brésil pour trois mois, invitée par l’Office culturel français. Gréco se bâtit une stature d’artiste culte. En 1951, elle enregistre son premier album, où figure Je suis comme je suis, une de ses chansons fétiches (Prévert/Kosma). En 1954, elle reçoit le Grand prix de la Sacem pour Je hais les dimanches, une chanson de Charles Aznavour. A cette époque, l’existentialisme est en train de perdre son aura sulfureuse. En 1952, elle a débuté à New York dans la revue April in Paris donnée au Waldorf Astoria. Puis commence une longue tournée en France, en vedette américaine de Robert Lamoureux. En 1954, elle est à l’Olympia.

Vrai rôle au cinéma

Tandis qu’elle chante, Juliette Gréco fait aussi du cinéma. On la voit en 1949 dans Orphée, de Jean Cocteau, dans Au royaume des cieux, de Julien Duvivier, dans Sans laisser d’adresse, de Jean-Paul Le Chanois. Mais elle obtient son premier vrai rôle dans un film de Jean-Pierre Melville, Quand tu liras cette lettre, en 1954, aux côtés de l’acteur Philippe Lemaire, qu’elle épouse quelque temps plus tard avant d’en divorcer en 1956. Elle tourne Elena et les hommes, de Jean Renoir, avec Ingrid Bergman et Jean Marais (1955), puis La Châtelaine du Liban, de Richard Pottier (1956), et L’Homme et l’enfant, de Raoul André (1956), fait du théâtre (Anastasia, de Marcelle Maurette, 1955), chante à la Villa d’Este.

Repartie à New York pour une nouvelle saison d’April in Paris, elle y triomphe en interprétant Prévert et Kosma, mais aussi Françoise Sagan (Le Jour, Sans vous aimer), Francis Blanche, Charles Trenet. Alors que Guy Béart lui compose des chansons, elle tourne aux côtés d’Ava Gardner Le Soleil se lève aussi, d’Henry King (1957), produit par Darryl Zanuck, pilier du cinéma hollywoodien, qui veut en faire une star en lui offrant des rôles dans des films de qualité très inégales, dont Les Racines du ciel, de John Huston, en 1958, et Drame dans un miroir, de Richard Fleischer, avec Orson Welles (1960). L’aspect commercial des ambitions de celui qui est devenu son compagnon ne saurait satisfaire Juliette Gréco. La rupture est inévitable. Si on la revoit ensuite fréquemment au cinéma, notamment dans La Nuit des généraux, d’Anatole Litvak (1966), ou Lily aime-moi, de Maurice Dugowson (1975), c’est son rôle de schizophrène mystérieuse dans Belphégor, l’un des feuilletons les plus célèbres de la télévision, diffusé à partir de 1965, qui fera d’elle une vedette populaire.

Un an après une tentative de suicide, en septembre 1965, elle épouse l’acteur Michel Piccoli. Elle renouvelle son répertoire de chansons. Guy Béart (Il n’y a plus d’après), Gainsbourg (Accordéon, La Javanaise), Pierre Mc Orlan (Le Pont du Nord, Tendres promesses). En 1961, elle chante à Bobino, l’année suivante à l’Olympia, et triomphe en 1966 avec Brassens au TNP.

En 1968, alors que la France veut faire sa révolution, elle continue la sienne en chantant Déshabillez-moi (Nyel/Verlor). Elle bâtit alors son répertoire sur des chansons qui deviendront des classiques, signés d’auteurs-compositeurs comme Léo Ferré (Jolie Môme) ou Jacques Brel (J’arrive), et de poètes, Aragon, Desnos, Allais, Seghers, Eluard : théâtrale et somptueusement sobre, jouant des mains et du rideau rouge, silhouette pâle, frondeuse et têtue, affirmant la liberté du féminin. Juliette Gréco se trouvait moche et s’est fait rectifier le nez, trois opérations symptomatiques, selon Bertrand Dicale « du goût ou de l’absence de goût qu’elle éprouve pour son apparence physique ».

Après avoir passé plus de trente ans chez Philips, Juliette Gréco rejoint le label Barclay en 1972, alors que, cinq ans après un concert mémorable donné à Berlin avec l’Orchestre philharmonique où 60 000 fans se pressent, et d’innombrables tournées mondiales, sa carrière semble s’étouffer en France.

Après un passage chez RCA Victor, puis chez Meys en 1982, elle intègre le label Phonogram (aujourd’hui Universal Music). Revenue à la scène à l’Espace Cardin en 1983, ces années 1980, branchées, sont des années noires pour Gréco en France, tandis qu’à l’étranger on l’érige en monument de la culture française. Juliette Gréco prend du champ. En 1988, elle achète une maison à Ramatuelle, se marie avec Gérard Jouannest. Trois ans plus tard, elle revient à l’Olympia.

Itinéraire d’icône

En 1993, elle confie la réalisation de son nouvel album au parolier Etienne Roda-Gil. Gérard Jouannest, les Brésiliens Caetano Veloso et Joao Bosco, Julien Clerc, lui offrent des musiques soyeuses et perverses. Complice de la jeune génération (on l’a vue photographiée aux côtés du rappeur M.C. Solaar en couverture d’Actuel), comme en 2008 avec le slameur Abd Al Malik, Juliette Gréco reprend son itinéraire d’icône. En grande comédienne, elle triomphe en 1999 à l’Odéon, un théâtre où elle avait toujours rêvé d’entrer par la petite porte, celle du côté, celle des artistes.

« EN GRANDE COMÉDIENNE, ELLE TRIOMPHE EN 1999 À L’ODÉON, UN THÉÂTRE OÙ ELLE AVAIT TOUJOURS RÊVÉ D’ENTRER PAR LA PETITE PORTE, CELLE DU CÔTÉ, CELLE DES ARTISTES »

En 1998, Jean-Claude Carrière lui habille Un jour d’été et quelques nuits, qui contient Une Nuit, un train, en référence au fascisme « toujours aux aguets », une chanson devenue pilier de son récital, avec Le Temps des Cerises et J’arrive. En 2003, elle est servie par la jeune génération – Miossec, Benjamin Biolay – et des antimodèles (Gérard Manset) pour un album d’une très grande qualité, Aimez-vous les uns les autres… ou bien disparaissez.

Elle est en grande forme artistique, mais sa santé est faible : elle est cardiaque, est opérée d’un cancer, s’évanouit sur un quai de gare, manque de mourir dans une chambre de l’Hôtel Lutetia à Paris, et donne des récitals d’une fabuleuse énergie dans des salles de prestige (Théâtre du Châtelet, Théâtre des Champs-Elysées), comme en rase campagne. Infatigable.

Après un album enregistré à New York (Le Temps d’une chanson), elle publie, en 2009, Je me souviens de tout, entourée d’une poignée de jeunes talents (Orly Chap, Olivia Ruiz, Adrienne Pauly, Miossec et Abd Al Malik) pour l’écriture, et de Gérard Jouannest au piano et Jean-Louis Matinier, à l’accordéon ; une formule en trio qu’elle a inaugurée dans une série de concerts menés d’une voix intacte, du Théâtre du Châtelet à celui des Champs-Elysées.

En 2012, paraît Ça se traverse et C’est beau, hymne aux ponts de Paris, ceux des poètes et des jeunes gens pressés, les ponts des amoureux et des suicidés, une collection de chansons écrites par des auteurs de prestige, de Marie Nimier à Philippe Sollers, qu’elle chante aussi en duo avec Melody Gardot, Marc Lavoine ou Féfé.

Hommage à son ami Jacques Brel

En 2013, Juliette Gréco consacre un album à son ami Jacques Brel (1929-1978), douze titres drôlement arrangés par le pianiste Bruno Fontaine avec Gérard Jouannest. De Brel, elle disait alors avec son effronterie habituelle : « Le salaud ! C’est épouvantable ce qu’il dit. D’une logique, d’une lucidité, d’un dépouillement, d’une mise à nu, d’une cruauté ! J’ai compris pourquoi je l’aimais tant : à cause de cette vision sans fioriture aucune. Curieusement, Amsterdam est l’une des chansons les plus tendres – “Ils ouvrent leurs braguettes”, tant pis, youpi ! ; “Ça sent la morue jusque dans le cœur des frites”, ça va ; mais dans Ces gens-là, Le Tango funèbre, tout est abominable ! »

En 2015, elle initie, en lâcheuse sublime, une tournée intitulée « Merci », dont elle disait qu’elle serait la dernière sans qu’on la croie vraiment. Au Printemps de Bourges, où elle avait lancé « Merci », la chaleur intense régnant sur la scène l’avait mise K.-O. avant qu’elle ne puisse chanter J’arrive, une chanson de Brel qu’elle avait créée en scène en 1971, interpellation effrontée de la mort. En coulisses, après coup, elle était fumasse. Ce qui ne l’empêcha en rien de poursuivre sa route.

Le 7 février 2016, elle fêtait triomphalement son 89e anniversaire au Théâtre de la Ville à Paris, après un concert d’exception donné au Musée du Louvre devant la Victoire de Samothrace. Le 24 mars, elle est victime d’un AVC dans un hôtel à Lyon. Privée de la parole, atteinte par le décès de sa fille Laurence, et celui en mai 2018 de son époux Gérard Jouannest, Juliette Gréco lutta pour récupérer l’intense appétit de vie qui l’a animée dès l’enfance.

Qui était Gréco ? Une sorte d’animal, écrivait François Mauriac dans son Bloc-notes : « Gréco, ce beau poisson maigre et noir, n’a pas besoin de sauce pour passer. Gréco fournit elle-même les câpres ! Noire et blanche, c’est la reine de la nuit. Son personnage est composé avec une science qui ne doit rien au hasard. Qu’elle est belle ! Et peut-être était-elle laide au départ. C’est une statue d’ivoire et de jais. Même les pommettes, on dirait qu’elle les a elle-même modelées. Beaucoup de chanteuses sont interchangeables. Gréco est le chef-d’œuvre unique de Gréco. Elle ne sera jamais prise pour une autre et aucune ne pourra jamais l’imiter. »

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Juliette Gréco en quelques dates

7 février 1927 Naissance à Montpellier

1946 « Victor ou les enfants au pouvoir » (pièce de Roger Vitrac)

1951 « Je suis comme je suis » (premier album)

1954 « Quand tu liras cette lettre » (film de Jean-Pierre Melville)

1965 « Belphégor » (feuilleton télévisé)

1966 « La Nuit des généraux » (film d’Anatole Litvak)

1982 « Jujube » (autobiographie, éditions Stock)

2013 « Gréco chante Brel »

23 septembre 2020 Mort à Ramatuelle (Var)

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23 septembre 2020

Juliette Gréco (93 ans) est décédée aujourd'hui....

L'icône de la chanson française Juliette Gréco est morte à l'âge de 93 ans

Ancien petit rat de l'Opéra, Juliette Gréco tire sa révérence. La dame en noir, égérie de Saint-Germain-des-Prés après la guerre, avait inspiré les plus grands auteurs, Sartre, Queneau, Vian ou encore Gainsbourg. Elle triompha aussi au cinéma et à la télévision. Retour sur la longue carrière d'une jolie môme.

Juliette Gréco, célèbre aussi pour son interprétation de Belphégor à la télévision, est morte à l'âge de 93 ans, mercredi 23 septembre "entourée des siens dans sa tant aimée maison de Ramatuelle. Sa vie fut hors du commun", a indiqué la famille dans un texte transmis à l'AFP.

Sa tournée d’adieux entamée en 2015 s’appelait tout simplement Merci ! A 88 ans, malgré sa fatigue, Juliette Gréco avait décidé de revenir sur tous les lieux marquants de sa longue carrière démarrée en 1949. Elle voulait remercier une dernière fois ses admirateurs de lui avoir donné tant d’amour. Son mari, Gérard Jouannest l’accompagnait au piano. Elle devra renoncer à cette tournée en mars 2016, à Lyon, après un accident vasculaire cérébral. Immense interprète, la dame en noir aura chanté jusqu'à la limite de ses forces. Avec ses yeux de chat surlignés d'eye liner, sa silhouette longiligne, ses robes et ses pulls noirs moulants, Juliette Gréco avait une allure folle. Cette jolie môme, à la fois légère et grave, était aussi une femme infiniment libre.

En prison à 16 ans

Née le 7 février 1927 à Montpellier, Juliette est la fille d'un policier d'origine corse, Gérard Gréco, et d'une bordelaise, Juliette Lafeychine. Après la séparation de ses parents, elle et sa soeur aînée Charlotte seront élevées à Talence par leurs grands parents maternels. "Toutoute", son surnom, est une fillette réservée. Après la mort du grand-père en 1936, sa mère récupère ses deux filles et s'installe à Paris.

Juliette entre à l'Ecole de danse de l'Opéra, sous les toits du Palais Garnier. Quand la guerre éclate en 1939, la famille trouve refuge dans le Périgord. Engagée dans la Résistance, sa mère est arrêtée en septembre 1943 à Périgueux. Elle est déportée avec sa soeur Charlotte au camp de Ravensbrück. Juliette, qui n'a que 16 ans, échappe à la déportation mais elle est incarcérée à la prison de Fresnes.

Une femme libérée

Quand elle est libérée, elle contacte la seule personne qu'elle connaisse alors à Paris : la comédienne Hélène Duc. Cette amie de sa mère fut aussi son professeur de français à Bergerac. Elle accepte de l'héberger. Auprès de cette femme engagée qui sauva des juifs pendant la guerre, Juliette Gréco découvre l'art dramatique. Elle échoue au concours d'entrée au Conservatoire mais décroche quelques rôles de figurante à la Comédie Française. En 1945, sa mère et sa soeur reviennent de déportation. Les trois femmes repartent en Dordogne. Puis, quand leur mère s'engage dans la marine, les deux soeurs reviennent s'installer à Paris. Un Paris libéré, bouillonnant.

A Saint-Germain-des-Prés, Juliette croise de nombreux intellectuels. Les contacts sont faciles. "Je n'avais qu'à aller au bistrot, j'allais boire un café au Montana et là, je rencontrais des gens comme Raymond Queneau, comme Sartre, comme Camus, comme  Merleau-Ponty, racontait-t-elle. Et si je voulais parler peinture, il y avait des gens comme Picasso". Elle fréquente aussi des cabarets comme Le tabou et des clubs de jazz. Juliette vit de petits boulots. Intelligente et vive, elle devient l'hégérie de Saint-Germain-des-Prés.

Je Suis Comme Je Suis

En 1949, elle se produit sur la minuscule scène du cabaret Le Boeuf sur le toit avec des chansons écrites par ses amis Boris Vian, Jean-Paul Sartre ou encore Jacques Prévert. Sartre écrit le texte de Rue des Blancs-Manteaux sur une musique de Joseph Kosma. Au dos de son premier 33 tours, il écrivait "Gréco a des millions dans la gorge : des millions de poèmes qui ne sont pas encore écrits, dont on écrira quelques-uns". Le romancier et poète Raymond Queneau lui offre Si tu t'imagines, l'un de ses premiers succès. Sa voix chaude et sensuelle envoûte le public.

Juliette Gréco, célèbre aussi pour son interprétation de Belphégor à la télévision, est morte à l'âge de 93 ans, mercredi 23 septembre "entourée des siens dans sa tant aimée maison de Ramatuelle. Sa vie fut hors du commun", a indiqué la famille dans un texte transmis à l'AFP.

Sa tournée d’adieux entamée en 2015 s’appelait tout simplement Merci ! A 88 ans, malgré sa fatigue, Juliette Gréco avait décidé de revenir sur tous les lieux marquants de sa longue carrière démarrée en 1949. Elle voulait remercier une dernière fois ses admirateurs de lui avoir donné tant d’amour. Son mari, Gérard Jouannest l’accompagnait au piano. Elle devra renoncer à cette tournée en mars 2016, à Lyon, après un accident vasculaire cérébral. Immense interprète, la dame en noir aura chanté jusqu'à la limite de ses forces. Avec ses yeux de chat surlignés d'eye liner, sa silhouette longiligne, ses robes et ses pulls noirs moulants, Juliette Gréco avait une allure folle. Cette jolie môme, à la fois légère et grave, était aussi une femme infiniment libre.

En prison à 16 ans

Née le 7 février 1927 à Montpellier, Juliette est la fille d'un policier d'origine corse, Gérard Gréco, et d'une bordelaise, Juliette Lafeychine. Après la séparation de ses parents, elle et sa soeur aînée Charlotte seront élevées à Talence par leurs grands parents maternels. "Toutoute", son surnom, est une fillette réservée. Après la mort du grand-père en 1936, sa mère récupère ses deux filles et s'installe à Paris.

Juliette entre à l'Ecole de danse de l'Opéra, sous les toits du Palais Garnier. Quand la guerre éclate en 1939, la famille trouve refuge dans le Périgord. Engagée dans la Résistance, sa mère est arrêtée en septembre 1943 à Périgueux. Elle est déportée avec sa soeur Charlotte au camp de Ravensbrück. Juliette, qui n'a que 16 ans, échappe à la déportation mais elle est incarcérée à la prison de Fresnes.

Une femme libérée

Quand elle est libérée, elle contacte la seule personne qu'elle connaisse alors à Paris : la comédienne Hélène Duc. Cette amie de sa mère fut aussi son professeur de français à Bergerac. Elle accepte de l'héberger. Auprès de cette femme engagée qui sauva des juifs pendant la guerre, Juliette Gréco découvre l'art dramatique. Elle échoue au concours d'entrée au Conservatoire mais décroche quelques rôles de figurante à la Comédie Française. En 1945, sa mère et sa soeur reviennent de déportation. Les trois femmes repartent en Dordogne. Puis, quand leur mère s'engage dans la marine, les deux soeurs reviennent s'installer à Paris. Un Paris libéré, bouillonnant.

A Saint-Germain-des-Prés, Juliette croise de nombreux intellectuels. Les contacts sont faciles. "Je n'avais qu'à aller au bistrot, j'allais boire un café au Montana et là, je rencontrais des gens comme Raymond Queneau, comme Sartre, comme Camus, comme  Merleau-Ponty, racontait-t-elle. Et si je voulais parler peinture, il y avait des gens comme Picasso". Elle fréquente aussi des cabarets comme Le tabou et des clubs de jazz. Juliette vit de petits boulots. Intelligente et vive, elle devient l'hégérie de Saint-Germain-des-Prés.

Je Suis Comme Je Suis

En 1949, elle se produit sur la minuscule scène du cabaret Le Boeuf sur le toit avec des chansons écrites par ses amis Boris Vian, Jean-Paul Sartre ou encore Jacques Prévert. Sartre écrit le texte de Rue des Blancs-Manteaux sur une musique de Joseph Kosma. Au dos de son premier 33 tours, il écrivait "Gréco a des millions dans la gorge : des millions de poèmes qui ne sont pas encore écrits, dont on écrira quelques-uns". Le romancier et poète Raymond Queneau lui offre Si tu t'imagines, l'un de ses premiers succès. Sa voix chaude et sensuelle envoûte le public.

22 septembre 2020

Michael Lonsdale est décédé

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"Hibernatus", "Moonraker", "Des hommes et des dieux" : Michael Lonsdale ou l'exigence d'un acteur populaire

Entre théâtre et cinéma durant toute sa longue carrière, Michael Lonsdale qui vient de disparaître, a servi les auteurs les plus pointus, comme Marguerite Duras, et les plus populaires, tel Edouard Molinaro.

C'est un immense comédien qui vient de nous quitter. Michael Lonsdale est mort à l'âge de 89 ans, a appris franceinfo auprès de son agent, lundi 21 septembre. Pour tous les Français, il restera notamment le moine dans Le nom de la Rose et le Frère Luc Dochler dans Des hommes et des dieux, l'un des moines de Tibhirine assassinés. Deux rôles qui ont fait écho à sa foi qu'il a toujours revendiquée.

Michael Lonsdale n’a eu de cesse de passer du théâtre au cinéma et inversement. Il s’est distingué à l’écran par son éclectisme, dirigé par Jean-Pierre Mocky ou Marguerite Duras, ou passant du rôle d'un prêtre sado-maso chez Luis Buñuel, à celui du méchant dans un James Bond. Au théâtre, sa préférence allait aux auteurs contemporains, tel Dürrenmatt, Beckett ou Ionesco, signant lui-même quelques belles mises en scène jusqu’en 2016.

Dans la cour des grands

Né à Paris en 1931, Michael Lonsdale était d'origine franco-britannique. Il démarre comme animateur d’émissions enfantines en 1943 au Maroc. A son retour en France en 1946, il est repéré par Roger Blin qui l’initie à l’art dramatique.

A 22 ans, il se convertit au catholicisme, un tournant dans sa vie. Elève du cours Tania Balachova à Paris, il est dirigé au théâtre par Raymond Rouleau, Christian Gérard ou François Billetdoux à partir de 1955, puis par Laurent Terzieff en 1961. Parallèlement, il joue les seconds rôles au cinéma avec Michel Boisrond, Michel Deville, Gérard Oury, puis multiplie les projets avec Jean-Pierre Mocky.

La révélation Truffaut

Les rôles au cinéma comme au théâtre s’enchaînent. Il joue ainsi le prêtre dans Le Procès d’Orson Welles (1962), le résistant Jacques Debû-Bridel dans la fresque de René Clément Paris brûle-t-il (1966), et passe de La Dénonciation de Jacques Doniol Valcroze (1961) à Jaloux comme un tigre de et avec Darry Cowl (1964).

Mais c’est François Truffaut qui va véritablement l’inscrire dans la mémoire des spectateurs. Ils tournent ensemble successivement La Mariée était en noir (1967), avec Jeanne Moreau et Michel Bouquet, et Baisers volés (1968), troisième volet de la saga Antoine Doinel, avec Jean-Pierre Léaud, où il interprète l’époux de Delphine Seyrig, honni de ses employées. Il incarne à la perfection ce rôle antipathique de snob précieux et élégant.

Michael Lonsdale est désormais demandé de toutes parts, l'acteur se prêtant toujours au jeu, comme dans Hibernatus (1969) de Edouard Molinaro, où il croise Louis de Funès.

Marguerite Duras versus James Bond

Passer en revue la filmographie de Michel Lonsdale à partir des années 1970 revient à revisiter une bonne partie du cinéma français et européen. Il reste des plus fidèles à Jean-Pierre Mocky, et est appelé par Alain Resnais dans Stavisky avec Jean-Paul Belmondo (1974), par Luis Buñuel dans Le Fantôme de liberté (1974), par Costa Gavras dans Section spéciale (1975), et par Joseph Losey dans Monsieur Klein, avec Alain Delon (1976)…

De ces années deux rôles marqueront les spectateurs : celui du vice-consul de Lahore dans India Song de Marguerite Duras (1975), où il retrouve sa chère Delphine Seyrig, et le mégalomane de service Hugo Drax dans Moonraker (1979), 11e James Bond, avec Roger Moore. Michel Lonsdale confiera s’être amusé comme un fou sur le tournage, dirigé par le vétéran de la série, Lewis Gilbert.

Acteur courtisé

La suite de la filmographie de Michael Lonsdale reste fidèle à ce mélange d’avant-garde et de cinéma populaire. Il joue dans le film devenu culte Les Jeux de la comtesse Dolingen de Gratz de Catherine Binet (1981), mais aussi dans Le Bon roi Dagobert de Dino Risi (1984), avec Coluche. Un rôle emblématique l’attend dans Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud (1986), au côté de Sean Connery, puis on le retrouvera dans Les Vestiges du jour de James Ivory au côté d'Anthony Hopkins et Emma Thompson (1993). Ces prestations à l’international, dans de grandes productions, s’accompagnent de comédies françaises comme Ma vie est en enfer de Josiane Balasko, où il est l’ange Gabriel, et de films plus intimistes tel Nelly et Monsieur Arnaud (1995), où l’acteur rencontre enfin Claude Sautet au côté de Michel Serrault. Théâtre et cinéma se rencontrent dans l’adaptation de Don Juan de Molière par Jacques Weber (1998), où il est Don Luis. Les grands réalisateurs le sollicitent comme Steven Spielberg dans Munich (2005) ou Milos Forman pour Les Fantômes de Goya (2006). Dans tous ces longs métrages il se contentait de quelques apparitions, pourtant toujours très remarquées.

Des hommes et des dieux

En 1999, il joue Théon d’Alexandrie dans le magnifique Agora de Alejandro Amenábar. Le film relate la confrontation des premiers chrétiens d’Egypte avec les tenants du polythéisme.

La dernière décennie de l’acteur est marquée par l’affirmation de son catholicisme dans sa vie privée, mais aussi par le plus grand rôle de sa fin de carrière. Xavier Beauvois fait appel à lui pour incarner le Frère Luc Dochler dans Des hommes et des dieux (2010) qui retrace l’enlèvement avant l’assassinat en 1996 en Algérie des sept moines cisterciens de Tibhirine. Son interprétation lui vaudra le César du meilleur second rôle en 2011.

Il joue également un vieux prêtre dans Le Village en carton de Ermano Olmi (2011). L’ecclésiastique transforme une église désaffectée en un lieu d’accueil pour les sans-abris et les plus démunis, en lui redonnant sa fonction première et chrétienne. Un rôle en accord avec ses convictions.

21 septembre 2020

Journées du Patrimoine - site du Bégo

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15 septembre 2020

La mémoire du Débarquement vaut mieux qu’un spectacle

Un collectif de plus de cent cinquante descendants du commando Kieffer, qui a participé au débarquement allié du 6 juin 1944, demande à Hervé Morin, président de la région Normandie, d’abandonner son projet commémoratif et commercial de « D-Day Land »

Le 10 janvier, Hervé Morin, président de la région Normandie, annonçait à l’occasion de ses vœux le lancement, pour le 80e anniversaire du D-Day en 2024, d’une initiative d’envergure sur le débarquement de Normandie, « un événement qui permettrait chaque année de retenir un jour ou deux de plus les visiteurs si nombreux qui viennent sur les plages du Débarquement ».

Depuis cette annonce, les médias se font l’écho du projet de créer un « D-Day Land », un « grand parc touristique », un « parc colossal à 250 millions d’euros », un « spectacle vivant », d’une « immense cinéscénie du type Puy du Fou ». Nous apprenons que cette initiative, aux objectifs fondamentalement économiques, serait menée par une société privée dont les créateurs sont déjà à l’œuvre et en repérage sur le terrain ; nous ne pouvons que redouter l’exploitation commerciale majeure de la mémoire qui s’ensuivra nécessairement.

Nous, les enfants et descendants des soldats français du 1er bataillon de fusiliers marins commandos (BFMC) qui débarquèrent en Normandie, le 6 juin 1944, sous les ordres du commandant Philippe Kieffer, voulons vous faire part de notre consternation et de notre totale opposition à un tel projet sur les terres mêmes où nos parents se battirent lors du Débarquement et durant les longues semaines de la terrible bataille de Normandie.

Pour votre information, Léon Gautier et Hubert Faure, les deux derniers vétérans du 1er BFMC, condamnent eux aussi fermement ce projet. Comme nos parents, des centaines de milliers de soldats alliés américains, britanniques et canadiens ont combattu sur ces lieux, et des milliers d’entre eux y sont tombés au nom de la liberté ; ils ont permis de chasser hors de France et d’Europe l’envahisseur ennemi, qui n’avait pour idéal que les valeurs de haine prônées par le Parti national-socialiste allemand.

La mise en spectacle de ces événements sur, ou à proximité, des lieux de mémoire et de recueillement, ainsi que la volonté affichée d’une dimension commerciale sont pour nous profondément choquantes, tant pour des raisons historiques qu’éthiques. Elles vont à l’encontre du message transmis par nos pères et grands-pères, fait d’une grande pudeur et de sobriété dans l’évocation des combats. Leur message ne cherchait jamais à nous « faire revivre » les événements.

Non au mercantilisme

Nous sommes conscients que la transmission du savoir et de la mémoire de cette période de l’histoire pour les publics du XXIe siècle oblige sans doute à adapter les modes de médiation. Mais cela ne peut en aucun cas se faire sur un mode spectaculaire, festif et commercial, au détriment des exigences de la connaissance historique et de la mémoire. Ni le sensationnalisme ni le mercantilisme ne sauraient avoir leur place ici.

Nous vous faisons part ici de notre demande : qu’aucun projet commercial ou de spectacle ne soit implanté sur les plages du Débarquement ou sur l’ensemble des zones de combat de la bataille de Normandie, qui se déroula du 5 juin au 30 août 1944 ; que soit défini un projet scientifique et culturel, avant de préjuger des formes qu’il convient de lui donner et des modalités de médiation avec le public ; que soit constitué un comité scientifique et éthique, crédible et diversifié, incluant aussi des représentants d’associations de vétérans des forces alliées et au moins un membre des descendants des commandos français du 1er BFMC. Nous demandons solennellement à Hervé Morin, président de la région Normandie, de renoncer à son projet.

Dominique Kieffer est la fille de Philippe Kieffer, commandant du 1er BFMC

George de Montlaur est le fils de Guy de Montlaur, commando au 1er BFMC

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13 septembre 2020

Nécrologie - L’actrice britannique Diana Rigg, l’Emma Peel de « Chapeau melon et bottes de cuir », est morte

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Par Stéphanie Pierre - Le Monde

Icône des années 1960 grâce à son personnage d’Emma Peel dans la série télévisée culte, elle avait également joué dans la série « Game of Thrones ».

Icône des années 1960 grâce à son rôle d’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir, l’actrice britannique Diana Rigg s’est éteinte à l’âge de 82 ans, jeudi 10 septembre, a annoncé son agent.

Née le 20 juillet 1938 à Doncaster, au Royaume-Uni, Diana Rigg n’est âgée que de 2 mois quand sa famille part pour Jodhpur, en Inde, où son père, Louis Rigg, vient d’obtenir un poste d’ingénieur dans les chemins de fer du pays. Elle regagne sa terre natale pour intégrer un pensionnat en 1945, accompagnée de son frère Hugh.

Passionnée par la poésie et le théâtre, elle auditionne à 17 ans avec succès à la Royal Academy of Dramatic Art, prestigieuse école londonienne d’art dramatique. Elle y étudie pendant deux ans et y fait ses débuts sur scène au Festival de York durant l’été 1957. Elle concède cependant au New York Times en 1975 que « vous ne pouvez pas apprendre à jouer dans une école d’art dramatique. Vous pouvez apprendre l’histoire du théâtre, les costumes, le maquillage, mais pas jouer ».

Débuts à la Royal Shakespeare Company

Diana Rigg considère que sa carrière a véritablement commencé avec son intégration à la Royal Shakespeare Company en 1959. Elle incarne notamment Cordelia dans Le Roi Lear, de Shakespeare, mis en scène par Peter Brook en 1962. La comédienne apprécie la troupe mais finit par s’y sentir à l’étroit. Elle reconnaît qu’« il y avait un monde ailleurs. Je voulais le découvrir et voir si j’y étais douée ». Malgré l’incompréhension de Peter Hall, le directeur de la compagnie, elle quitte la célèbre formation théâtrale en 1964.

Diana Rigg succède à Honor Blackman, morte le 6 avril à l’âge de 94 ans, dans la série télévisée culte Chapeau melon et bottes de cuir en 1965. Elle devient l’intrépide et capiteuse Emma Peel, formant un duo d’agents secrets décalé aux côtés de John Steed, incarné par Patrick Macnee.

Le feuilleton remporte un succès tant public que critique dans le monde entier. A l’opposé de l’image de la femme au foyer d’ordinaire représentée à la télévision des années 1960, ce rôle fait de l’actrice un sex-symbol et une icône des sixties. Avec le recul, elle dit s’être sentie « rabaissée, parce que j’étais tellement bien plus que cette simple image de femme sexy ».

Parallèlement, elle apprend que sa rémunération est moindre que celle d’un technicien. Elle s’en plaint, « parce qu’être au même niveau économique qu’un homme est l’unique moyen de gagner son respect ». Même si elle ne reçoit aucun soutien de l’équipe, ni de son partenaire à l’écran, elle obtient gain de cause.

Elle vit également la célébrité avec difficulté. « C’était très, très intrusif à l’époque, car j’étais immédiatement reconnaissable. J’étais reconnaissante d’avoir réussi, mais il y avait un prix à payer », résume-t-elle en 2019 à Variety. Après 51 épisodes, elle quitte Chapeau melon et bottes de cuir.

« J’aime jouer les méchantes »

La comédienne fait ses débuts au cinéma en 1968. Elle participe à l’adaptation du Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare, réalisée par Peter Hall avec la Royal Shakespeare Company. Elle est ensuite Tracy, l’épouse de James Bond, George Lazenby, dans Au service secret de Sa Majesté (Peter Hunt, 1969). Sa carrière théâtrale se poursuit en 1970 dans Abelard and Heloise, de Ronald Millar. La pièce est un succès et s’exporte outre-Atlantique. En 1972, elle rejoint le National Theatre.

Après la naissance de sa fille Rachael Stirling en 1977, l’actrice se fait plus rare sur les écrans. Puis elle revient au théâtre où elle excelle dans les rôles classiques. En 1992, à Londres, elle tient le rôle-titre dans Médée, d’Euripide, dans une mise en scène de Jonathan Kent. La pièce se joue également à Broadway et en 1994 ; Diana Rigg reçoit le Tony Award de la meilleure actrice dans une pièce pour ce rôle.

Elle confesse aimer « jouer les méchantes. C’est tellement plus intéressant que les gentils personnages. Il y a des acteurs qui n’aiment pas être méchants ; ils veulent être aimés. J’aime être détestée ». Elle endosse en 2013 le rôle de la matriarche Lady Olenna Tyrell dans cinq saisons de la série télévisée Game of Thrones.

Tragédienne de premier plan, Diana Rigg est anoblie en 1994 par la reine Elizabeth II. Soixante ans de carrière lui ont permis de percer le secret d’un grand jeu. « Mesurer la distance entre vous et le rôle, et remplissez cette distance, remplissez-la par la vérité », révèle-t-elle à la BBC en 2016.

8 septembre 2020

Meaux : ils ont été plus de 300 à jouer aux petits soldats ce dernier week-end

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Vingt-deux associations et plus de 300 reconstituteurs étaient présentes au musée de la Grande Guerre et en ville pour les 106 ans de la Bataille de la Marne.

En attendant le 11 novembre, qui sera le jour du 10e anniversaire du musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, ce week-end a été celui des reconstitutions. Pour les 106 ans de la Bataille de la Marne, plus de 300 passionnés vêtus d'uniformes des soldats de la guerre 14-18 ont fait revivre le quotidien des soldats du conflit mondial.

Jusqu'ici, le week-end de reconstitution se tenait en avril. Mais cette 8 e édition a été reportée en raison de l'épidémie de Covid-19 et le confinement qui en a découlé. Ses conditions d'accès ont été adaptées : port du masque obligatoire, sens unique de visite, gel hydroalcoolique mis à disposition.

« Depuis sa première édition en 2013, ce rendez-vous a bien grandi au point de devenir un moment incontournable de la programmation culturelle du musée de la Grande Guerre », déclare la directrice du musée, Aurélie Perreten. «Ce week-end est désormais le plus grand rendez-vous de reconstitution historique en Ile-de-France. Il s'inscrit parfaitement dans l'ADN du musée de la Grande Guerre qui souhaite toujours aller à la rencontre de son public, avec des événements familiaux, accessibles aux petits comme aux grands. Il s'agit véritablement, grâce à toutes les associations de reconstituteurs fidèles aux rendez-vous, de rendre l'histoire vivante pour mieux comprendre d'où l'on vient ».

Découvrez l'ancêtre du courriel : le pigeon voyageur

Intitulé «En chair et en os », l'événement a été animé par vingt-deux associations reconstituants des tableaux de combats joués par plus de trois cents reconstituants (on dit aussi «reconstituteurs ») venant de plusieurs pays.

Sur le bivouac installé au pied du musée, les visiteurs ont pu s'immerger dans des décors spécialement recréés. Les visiteurs ont découvert la vie quotidienne des soldats en guerre et le fonctionnement d'un poste de soins. Les reconstituants ont fait des démonstrations de tirs d'artillerie, samedi et dimanche à 15h30. Il ne fallait pas manquer : un attelage complet du célèbre canon français de 75 mm tiré par des chevaux avec les associations Mémoires de Poilus et Fer de lance.

On a pu découvrir les moyens de communication de l'époque, comme les pigeons voyageurs. Le visiteur a pu même choisir son pigeon pour envoyer un message (tarif : 2 euros). Si le pigeon voyageur était l'ancêtre du courriel, alors le cerf-volant était celui du drone. Car les armées de l'époque l'utilisaient pour observer les troupes ennemies. 

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meaux53Reportage photographique : Noémie

 

5 septembre 2020

Nécrologie - La chanteuse et comédienne Annie Cordy est morte

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Par Sandrine Leconte - Le Monde

Chanteuse, meneuse de revue, actrice de cinéma ou de télévision… La carrière de cette artiste populaire s’est étendue sur plus de soixante-dix ans. Elle avait tourné avec René Clément ou Pierre Granier-Deferre. Elle est morte vendredi, à l’âge de 92 ans.

Annie Cordy, saltimbanque infatigable, est morte vendredi 4 septembre, à l’âge de 92 ans, près de Cannes, a annoncé sa famille à l’Agence France-Presse (AFP). « Elle a fait un malaise vers 18 heures. Les pompiers sont arrivés très vite, ont tout tenté pour la ranimer », a déclaré sa nièce, Michèle Lebon, qui vivait avec elle dans une maison sur les hauteurs de Cannes depuis des années.

Artiste à la carrière éclectique, elle a tout mené de front pendant plus de soixante-dix ans, à la fois meneuse de revue, chanteuse d’opérette et de variétés, comédienne, actrice de cinéma ou de télévision. Elle a à son actif plus de 700 chansons, dont près de 40 tubes qui ont fait les grandes heures des radios et des shows télévisés (La Bonne du curé, Ça ira mieux demain, Tata Yoyo, Cho ka ka O).

« Populaire et solaire, à la ville comme à la scène. Joyeuse et généreuse, avec son public comme ses amis. Ainsi était Annie Cordy. Avec elle disparaît la bande originale d’une vie faite de bonheurs simples, sincères, et communicatifs. Merci madame ! », a tweeté le premier ministre, Jean Castex.

Annie Cordy, de son vrai nom Léonie Cooreman, est née le 16 juin 1928 à Laeken, commune du nord de Bruxelles (Belgique). Elle passe une enfance heureuse auprès de parents d’origine modeste, père menuisier, mère tenant une épicerie. A la maison, l’atmosphère est musicale entre disques et radio allumée en permanence. Annie Cordy a 8 ans quand sa mère l’inscrit dans une école de danse réputée, celle des sœurs Ambrosini, qui lui apporte une solide formation de danseuse complétée par des cours de solfège.

Dès 1944, accompagnée par sa mère, elle s’inscrit dans des radiocrochets et se voit proposer un contrat dans une salle prestigieuse, l’Ancienne Belgique, à Bruxelles. Les engagements s’enchaînent et en 1948, elle enregistre ses premiers 78-tours, faits de reprises, et décroche, à 18 ans, un contrat de meneuse de revue au Bœuf sur le toit, cabaret réputé à Bruxelles.

Remarquée par Pierre-Louis Guérin, directeur artistique du Lido à Paris qui cherche une nouvelle meneuse de revue, elle débarque dans la capitale en 1950 et prend le pseudonyme d’Annie Cordy. Elle y rencontre son futur mari, François-Henri Bruneau, dit « Bruno », de dix-sept ans son aîné, qu’elle épouse en 1958. Il sera à ses côtés pendant plus de quarante ans en tant que manageur.

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« Quand je serai morte »

Dès 1952, elle fait une entrée remarquée dans le monde de l’opérette dans La Route fleurie, avec Bourvil. Parallèlement, elle commence avec succès une carrière de chanteuse et fait ses premiers pas au cinéma dans Si Versailles m’était conté, de Sacha Guitry (1954), ou la version filmée du Chanteur de Mexico (1956), avec Luis Mariano, qui deviendra un ami fidèle. Véritable artiste de music-hall, elle se produit à Bobino, à l’Olympia et part en tournée à l’étranger.

Actrice souvent de second rôle dans des films à grande distribution, elle dévoile une palette de jeu variée, comique comme dans Poisson d’avril, de Gilles Grangier (1954), Ces messieurs de la gâchette, de Raoul André (1969), mais aussi dramatique, comme dans Le Passager de la pluie, de René Clément (1969), où elle joue un rôle de mère alcoolique, ou Le Chat, de Pierre Granier-Deferre (1970), en prostituée, confidente de Jean Gabin.

Elle joue invariablement dans des films d’auteurs tels que La Rupture, de Claude Chabrol (1971), Rue Haute, d’André Ernotte (1976), ou dans des films populaires tels que Elle court, elle court la banlieue, de Gérard Pirès (1973). Et multiplie les succès sur scène, tant dans des récitals que dans des comédies musicales, comme Hello Dolly (1972), Nini la Chance (1976) qui restent plusieurs années à l’affiche.

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Dans les années 1970 et 1980, l’artiste est très demandée par la télévision. Elle se produit dans les émissions des Carpentier, de Danièle Gilbert ou de Michel Drucker. Et s’invite aussi dans des téléfilms ou des séries télévisées telles que Madame S.O.S (1981).

En 1989, elle surmonte l’épreuve de la mort de son mari, en multipliant ses apparitions à la télévision et au cinéma dans des séries tels que Fabien Cosma, et des films comme La Vengeance d’une blonde, de Jeannot Szwarc (1994), Disco, de Fabien Onteniente (2008), Les Herbes folles, d’Alain Resnais (2009), Les Souvenirs, de Jean-Paul Rouve (2015).

Parisienne depuis les années 1950, elle déménage près de Cannes à la fin de sa vie avec sa nièce Michèle, dite « Mimi », sa fidèle collaboratrice. Mais elle n’envisage pas un seul instant de prendre « sa retraite » qu’elle juge être un « vilain mot ». Répétant à l’envi : « Je suis tellement occupée que, quand je serai morte, je ne m’en rendrai même pas compte. »

La première ministre belge, Sophie Wilmès, a salué en Annie Cordy, vendredi soir, une incarnation de la « belgitude », mêlant humour et modestie, à l’unisson de tout un pays rendant hommage à l’une de ses plus célèbres ambassadrices. « Annie Cordy était une artiste accomplie dont l’humour et la joie de vivre représentaient si bien cette “belgitude” que l’on aime tant », a réagi dans un tweet la dirigeante libérale francophone.

5 septembre 2020

La région Normandie et la tentation du business mémoriel

L’écrivain Gilles Perrault, L’universitaire Bertrand Legendre Et Le Médecin Christian Derosier

L’écrivain Gilles Perrault, l’universitaire Bertrand Legendre et le médecin Christian Derosier s’indignent du projet de création, par la région Normandie, d’un site touristique consacré au Débarquement, qui, selon eux, serait une « indécente machine à grand spectacle »

Faisant à la fois le constat de la force d’attraction touristique de la région qu’il préside, la Normandie, et de la difficulté qu’elle rencontre à retenir ses visiteurs, Hervé Morin a annoncé début 2020 sa volonté de créer un site supplémentaire consacré au Débarquement de juin 1944. Initialement connu sous le nom de « D-Day Land », puis renommé « L’Hommage aux héros », ce projet suscite de vives inquiétudes en France et à l’étranger.

Loin de préfigurer un nouveau musée ou un nouvel espace de recueillement, c’est une mascarade historique à visée commerciale qui se dessine. Ce projet de spectacle vivant porté par trois promoteurs privés, spécialisés en communication, dramaturgie musicale, cinéma et télévision, entend donner, en quarante-cinq minutes, une évocation du Débarquement et de la bataille de Normandie, en faisant appel à des projections audiovisuelles et à 150 comédiens et circassiens. Un budget de 250 millions d’euros est prévu pour ce business mémoriel, ainsi qu’un site d’une trentaine d’hectares, proche des plages du Débarquement. La reconstitution d’un village placé sur le circuit de la visite assurera la vente de produits locaux et de produits dérivés, prétendus souvenirs de la guerre.

Projet lourd de menaces

En cherchant à attirer 600 000 visiteurs chaque année, le projet est lourd de menaces sur les plans économique, écologique et sur celui des relations avec les Etats-Unis. Sur le plan économique, d’abord, qui constitue sans doute sa réelle raison d’être dans l’esprit d’Hervé Morin, une de ses premières conséquences sera de mettre en difficulté le réseau culturel que représente la quarantaine de musées normands, de tailles variables et qui assurent souvent un travail rigoureux et respectueux de la mémoire des victimes.

L’importance du budget annoncé fait craindre que les pires ressorts du retour sur investissement soient mobilisés pour attirer le public et l’amener à dépenser autant que possible au détriment des autres sites consacrés au Débarquement. A l’image des supermarchés ou hypermarchés qui asphyxient le commerce de proximité, ce projet mettra à mal le tissu commercial qui bénéficie actuellement des importants flux du tourisme mémoriel répartis sur l’ensemble des sites normands.

Sur le plan écologique, il convient de se demander si l’on peut accepter les dommages que ce nouveau parc ne manquera pas de causer tant par l’occupation de terres agricoles que par les flux importants de véhicules et de visiteurs. Peu après qu’ont été abandonnés le projet Europacity en Ile-de-France et celui de Center Parcs en Isère, et au moment où le modèle même des parcs de loisirs donne de sérieux signes de fragilité, la question mérite aussi d’être posée pour ce projet qui n’est censé fonctionner que six mois par an.

Enfin, sur le plan des relations entre la Normandie et les Etats-Unis, les risques ne sont pas moindres : celles-ci sont fortement marquées par le respect des morts et par la conscience de ce que la Normandie, la France, l’Europe et le monde doivent aux sacrifices des soldats américains.

Peut-on penser que les vétérans et leurs familles, dont on sait combien elles sont sensibles à la mémoire du Débarquement, puissent ne pas être choqués par ce projet ? Comment pourraient-ils percevoir cette mise en spectacle autrement que comme un simulacre de travail de mémoire, mentant sur les souffrances endurées, réduisant l’histoire à une succession de prouesses d’acteurs et de circassiens, nouveaux héros d’un jeu de guerre usurpant le véritable héroïsme des vétérans pour satisfaire des appétits économiques ?

L’histoire et la mémoire ne s’inculquent pas à coups de shows, par fournées de trois quarts d’heure, six fois par jour, six mois par an, délivrées à des centaines de spectateurs qui seront plus encouragés à consommer qu’à comprendre, méditer et se recueillir.

Le tourisme mémoriel est respectable quand il préserve un équilibre, toujours délicat et fragile, entre économie et mémoire. Il cesse de l’être et tourne au loisir et à la distraction quand il fonctionne comme une machine à grand spectacle, ou comme un supermarché vendant indifféremment de l’émotion, des nuits d’hôtel et des babioles. Il devient alors indécent, et les Américains ne s’y tromperont pas, qui verront dans ce projet une insulte à la mémoire de leurs morts et à l’éthique. Est-ce bien là le message que les Normands et les Français dans leur ensemble veulent leur adresser ?

Devons-nous nous résoudre à ce que la bataille de Normandie soit réduite à un simple spectacle qui se joue en costumes d’époque avec force effets spéciaux, jeux de mises en scène et sonorisations si efficaces pour distraire le public ? Faut-il faire du chiffre d’affaires sur le dos des morts… et oublier l’essentiel ?

Christian Derosier, médecin ;

Bertrand Legendre, professeur à l’université Sorbonne-Paris-Nord et romancier (L’Homme brut, Anne Carrière, 2018) ; Gilles Perrault, écrivain (Dictionnaire amoureux de la Résistance, Plon-Fayard, 2014)

22 août 2020

Des tags sur le centre de la mémoire du village martyr d’Oradour-sur-Glane

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Le 10 juin 1944, la division SS Das Reich a tué 642 villageois à Oradour-sur-Glane. Les Allemands avaient rassemblé les hommes dans les granges du village et les avaient fusillés.

Des tags ont été inscrits sur le centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), village martyr de la seconde guerre mondiale, a annoncé vendredi 21 août à l’Agence France-presse (AFP) son président Fabrice Escure. Il a indiqué vouloir porter plainte.

Dans un tweet, Jean Castex a assuré que « tout est mis en œuvre pour que les auteurs de ces actes infâmes en répondent devant la justice ». « J’ai appris avec colère et consternation la dégradation du centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane. Souiller ce lieu de recueillement, c’est aussi salir la mémoire de nos martyrs », ajoute-t-il.

Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin évoque de son côté des « inscriptions négationnistes » sur Twitter et parle de « crachat sur la mémoire de nos martyrs ».

« Menteur »

Sur une photo mise en ligne par le Populaire du centre, on voit le mot « martyr » rayé à la peinture, une bâche bleue couvrant des inscriptions. Selon le journal, « le mot “menteur” a été ajouté ainsi qu’une référence à un révisionniste et à des théories qui régulièrement refont surface à propos du village martyr haut-viennois ». Une enquête a été ouverte au parquet de Limoges, selon une source proche.

Le 10 juin 1944, la division SS Das Reich a tué 642 villageois à Oradour-sur-Glane. Les Allemands avaient rassemblé les hommes dans les granges du village et les avaient fusillés. Ils avaient regroupé femmes et enfants dans l’église avant d’y mettre le feu.

Le centre de la mémoire, ouvert en 1996, explique aux visiteurs des ruines du village martyr – environ 300 000 personnes chaque année – le contexte du massacre.

http://jourstranquilles.canalblog.com/tag/oradour%20sur%20glane

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