Voir ou revoir : "La chambre de l'évêque" de Dino Risi (1977)
"La chambre de l'évêque"
Film réalisé par Dino Risi
Avec Ugo Tognazzi, Patrick Dewaere, Ornella Muti, plus
Titre original : La Stanza del vescovo
Long-métrage français , italien . Genre : Comédie dramatique
, Policier
Durée : 01h50min Année de production : 1977
Mon avis : 14/20. Cela m'a fait plaisir de revoir un film de ma jeunesse (1977) avec la superbe Ornella Mutti, le génial Ugo Tognazzi et le regretté Patrick Dewaere. Un film qui traine un peu en longueur au début pour prendre subitement une direction que l'on ne soupçonnait pas.
Photographie de la Nouvelle Russie 1990 - 2010 à la Maison Européenne de la Photographie (M.E.P.)
De la photographie russe, on connaît essentiellement les
prodigieux travaux avant-gardistes menés par Alexander Rodtchenko, El
Lissitzky, Gustav Kloutsis et la revue Lef, sous la forme de photomontages à la
gloire du bolchevisme, et de photographies relevant de la Nouvelle Vision,
plongées, contre-plongées, plans rapprochés, obliques, fragmentations, etc.
Mais aussi, hélas, les produits formatés du réalisme socialiste, lorsque
Staline prit le pouvoir et liquida toutes les avant-gardes au profit d'un art et
d'une photographie dont la seule fonction était de glorifier le régime et le
Petit Père des Peuples.
Pendant des décennies, ce fut le silence, l'oppression, la
chape de plomb, même si on peut imaginer que certains eurent le courage, au
risque de leur vie, de résister. Ce n'est qu'avec la Perestroïka, à la fin des
années quatre-vingt, qu'apparut enfin au grand jour un art non-officiel,
émanant de la culture underground. L'individu l'emporta peu à peu sur le
collectif, tandis que tout était à réinventer : nouvelles formes, nouvelles
thématiques, nouveaux modes d'expositions, dans les journaux, les galeries, les
Biennales, à l'étranger enfin. Il devenait urgent de se défaire des vieux
oripeaux idéologiques, d'affronter le vrai visage de la Russie, loin des
mirages du communisme dur, loin des discours officiels formatés, et d'en rendre
compte par l'image.
Le documentaire - parce qu'il se veut une lecture fidèle de
la réalité - fut incontestablement l'une des formes visuelles privilégiées,
ainsi que la Street Photography, qui rendait compte, dans une sorte de vivante
immédiateté, du flux énergique des villes russes. Citons Alexander Abasa,
Yevgeny Kondatov, Yuri Kozyrev, Vladimir Mishukov, Georgy Pervov, Valeri
Schchekoldin, Vladimir Siomin, Aleksander Sliusarev, Vladimir Viatkin, Mikhail
Yevstafiev, et peut-être surtout Igor Mukhin, qui se montre particulièrement
attentif à la dialectique complexe entre les vestiges d'un communisme défunt et
l'émergence agressive d'un capitalisme libéral très offensif, de même qu'aux
paysages urbains, aux gens, aux visages et aux plus jeunes... Tous s'attachent
à décrire et à analyser un pays en proie à des mutations souvent
contradictoires.
Mais si la forme documentaire est très puissante dans la
photographie russe contemporaine, elle n'exclut pas ce que l'on a pu appeler la
"photographie plasticienne", une photographie qui revendique son
appartenance à l'histoire de l'art et refuse les cloisonnements académiques.
Ainsi en va-t-il de ces artistes qui utilisent le medium photographique bien
plus qu'ils ne se disent photographes, tels que Serguei Bratkov, Olga
Chernijshova, le groupe Fenso, Vladimir Kuprianov, Vladislav Mamyshev-Monro,
Ilia Piganov, Arsen Savadov, et surtout Oleg Kulik ainsi que le groupe AES+F.
Oleg Kulik, "l'homme-chien" qui pratique des
performances, nu, aboyant, mordant les passants voyageurs, fait éclater la dichotomie
humaniste de l'homme et de la bête, pointant avec une agressivité déclarée la
sauvagerie naturelle que dissimule notre vernis culturel.
Quant au groupe AES+F, il interroge violemment les
représentations naïves de l'enfance, s'insurgeant contre l'innocence présumée
des enfants, les renvoyant à la brutalité des jeux vidéos, des guerres et des
massacres, dans des photographies et des vidéos à l'esthétique lisse et glacée
mais gangrenées par la terreur et l'effroi, les enfants aux visages si purs et aux
corps si parfaits s'apprêtant hypnotiquement à s'entretuer comme les pires
guerriers de nos guerres futures...
Ainsi le corps, banni par le stalinisme comme toujours
susceptible de verser dans la pornographie, fait-il retour dans l'image. Il le
fait aussi sous la forme plus "glamour" de la photographie de mode,
qui se déploie depuis les années quatre-vingt-dix autour de Vladimir Fridkes,
Vladimir Glynin, Mikhail Koroliov, Yevfrosina Lavrukhina, Vlad Loktev, etc.
Si l'exhaustivité ne saurait être le propos de cette exposition présentée à la MEP, il n'en demeure pas moins que se donnent ici à voir la polyphonie et l'extraordinaire vitalité de la photographie russe contemporaine.
Jusqu'au 29 août 2010 à la M.E.P.
A tribute to Helmut Newton. Mark Arbeit, George Holz et Just Loomis à la Galerie Acte 2 aux Rencontres d'Arles
Voir mon billet du jeudi 17 juin en cliquant ICI.







