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Jours tranquilles à Paris
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bielorussie
18 août 2020

Contestation - Marée humaine à Minsk pour réclamer le départ de Loukachenko

bielorussie47

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé pacifiquement dimanche dans le centre de Minsk pour réclamer le départ d’Alexandre Loukachenko. Mais le président biélorusse, qui se targue du soutien du Kremlin, refuse de plier devant ses opposants.

“Alexandre Loukachenko n’est pas disposé à abandonner le pouvoir”, constate El País. Le “dernier dictateur européen”, qui dirige la Biélorussie d’une main de fer depuis 1994, a assuré dimanche devant quelques milliers de sympathisants, réunis dans le centre de Minsk, qu’il ne céderait pas : “S’ils détruisent Loukachenko, ce sera le début de la fin”, a-t-il averti.

“Mais les faits sont têtus”, ajoute le quotidien espagnol : pendant que le président prétendait avoir gagné les élections du 9 août à la loyale, “une marée humaine envahissait les rues de la capitale et d’autres villes du pays pour exiger sa démission”.

“Pour la première fois, les Biélorusses pouvaient défiler librement dans le centre-ville, vêtus de drapeaux de l’opposition et scandant des slogans antigouvernementaux”, observe l’envoyé spécial du New York Times. “Après s’être rassemblés près de l’obélisque, ils se sont dirigés vers la place centrale, bloquant la circulation sur l’avenue principale de la capitale”.

“Il y a une semaine, un groupe de gens protestant sur un trottoir auraient été violemment dispersés par les forces antiémeutes. Ce dimanche, il n’y avait pas l’ombre d’un policier”, remarque le quotidien américain.

La plus grande manifestation de l’histoire de la Biélorussie, selon les observateurs, a ressemblé entre 100 000 et 200 000 personnes à Minsk, selon les observateurs.

“Les manifestants brandissaient les drapeaux rouge et blanc de l’opposition et scandaient ‘Justice !’, ‘Dehors !’, ‘Démission !’ ou ‘Liberté pour les prisonniers politiques !’”, raconte RFE-RL.

Les rassemblements ont largement gagné la province. L’envoyée spéciale du Daily Telegraph était à 250 km de Minsk, à Hrodna, l’une de ces grosses villes industrielles traditionnellement acquises à Loukachenko. Même là-bas, la colère gronde.

Roman Vydra, un ouvrier d’une quarantaine d’années a pris comme une “insulte” la victoire supposée du président avec 80 % des voix. “Personne ne pensait que le trucage des élections serait aussi éhonté”, dit-il. “Je ne connais pas une seule personne qui ait voté pour le président”.

Soutien prudent du Kremlin

Devant ses sympathisants, Loukachenko a agité le spectre d’une conspiration internationale contre la Biélorussie, et s’est targué du soutien de Vladimir Poutine.

L’agence officielle Belta précise que les deux hommes ont discuté samedi et dimanche et que le Kremlin “a confirmé son accord, si la situation venait à s’aggraver en raison de menaces extérieures, à une réponse commune”, conformément à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire qui rassemble la Russie et plusieurs anciennes républiques soviétiques.

“Mais Poutine n’a pas été jusqu’à apporter son soutien ou une quelconque approbation” au président biélorusse, qu’il considère peu fiable et en trop mauvaise posture, analyse The Guardian. “Il est probable que Moscou attende de voir si Loukachenko peut survivre aux prochaines semaines – ou jours –, alors que la contestation et les grèves le poussent à la démission”.

The Moscow Times partage cette analyse et estime, dans une colonne d’opinion, que la crise biélorusse offre l’opportunité d’une médiation russo-européenne : “Son objectif implicite pourrait être une transition graduelle et pacifique vers une Biélorussie sans Loukachenko”.

“Une coopération réussie entre l’Union européenne et la Russie n’est pas dans la poche – il y a beaucoup de méfiance à surmonter”, poursuit le site. “Mais un effort de coopération sur la Biélorussie pourrait être un début. Il est déjà trop tard pour Loukachenko. Mais il n’est jamais trop tôt, à Moscou et Bruxelles, pour apprendre des erreurs du passé”.

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18 août 2020

Violences policières : «Ils nous traitaient comme des animaux»

bielo police

Par Justine Salvestroni, Envoyée spéciale à Grodno - Libération

A Minsk, le 15 août. L’homme aurait été blessé par la police lors d’une manifestation contre le régime. (Photo Vasily Fedosenko. Reuters)

La police a violemment réprimé, en début de semaine, ceux qui manifestaient contre Loukachenko. Certains, roués de coups dans des fourgons puis au commissariat, sont encore hospitalisés.

«Il n’y a pas eu de tortures.» C’est le vice-ministre biélorusse de l’Intérieur qui l’affirme, alors que le gouvernement nie l’existence de la vague de violences policières qui a submergé le pays, du 9 au 13 août, après la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko. Alors que des milliers de manifestants - et passants malchanceux - sortent des prisons et des hôpitaux, les Biélorusses découvrent, horrifiés, l’étendue des dommages causés par la police et les Omon, les «chiens de Loukachenko», lâchés sur les foules à la moindre contestation.

«Ils remplissaient les prisons et les commissariats, tabassaient les gens, puis les relâchaient pour faire de la place pour de nouvelles victimes, raconte Denis, 24 ans, manager d’une boutique de Grodno, dans l’ouest. Je me suis fait arrêter le 11 août vers 21 heures, je manifestais pour des élections libres. Trois Omon ont commencé à me tabasser dans la rue, par terre, ils voulaient le code de mon téléphone. J’ai refusé, alors ils m’ont frappé encore plus, avec leur matraque, à coups de poing et de pied.» Bilan d’une vingtaine d’heures au poste : six passages à tabac, une confession écrite, un jugement au commissariat, des jambes couvertes de bleus et d’égratignures et, dans le dos, la marque d’une semelle imprimée sur la peau.

Tabasser

Pour Alexey, informaticien de 33 ans, l’élément déclencheur a été la photo d’une petite fille blessée à Grodno pendant l’arrestation de son père, en voiture, le 11 août. «La connexion internet venait d’être rétablie, et j’ai vu cette photo ! J’ai une petite fille, je passe par les mêmes rues. Ça m’a bouleversé, j’ai eu envie de faire quelque chose pour arrêter toute cette haine, toute cette violence.» Alexey imprime donc la photo de la gamine et écrit dessous : «Si vous voulez du sang, prenez le mien, pas celui de nos enfants.»

Cela ne prend que cinq minutes, le temps qu’Alexey se fasse arrêter devant la mairie : «Des types armés et masqués m’ont poussé dans un minibus. L’un a commencé à me frapper avec une matraque, il me posait toujours la même question absurde : "Combien tu as été payé pour faire ça ?" J’ai fini par dire 1 000 dollars, ça l’a un peu calmé. L’autre me donnait des coups de pied, mais avec le manque de place, il ne pouvait pas taper trop fort, alors il s’est acharné sur mon genou et mes reins. Ça a duré une dizaine de minutes, ils ont voulu écrire sur ma tête avec un marqueur noir, mais je suis chauve et je transpirais beaucoup, le feutre ne tenait pas, ça les a énervés.»

Arrivé au commissariat de Grodno, Alexey raconte avoir été obligé de signer des documents. Il a vu arriver son collègue Vladimir. «Je les entendais lui taper dessus, c’était horrible, il n’arrêtait pas de hurler.» Ayant appris l’arrestation d’Alexey, Vladimir, aussi père de famille et ému par la petite fille, est parti manifester place Lénine. Il a été arrêté à son tour : «Je me suis fait tabasser, surtout les jambes et les fesses. Dans le bus, des types sans uniforme m’ont dit de me mettre à genoux, ils ont dessiné sur mon visage avec un feutre noir, je ne sais pas pourquoi, mais ça les faisait beaucoup rigoler. Une fois arrivé au commissariat, ils m’ont encore tabassé. Je ne faisais rien pour me défendre. Ensuite, ils m’ont emmené dans leur gymnase, couché face contre terre. Ils ont posé la feuille avec la photo de la petite fille sur mon dos, et m’ont dit que si la feuille tombait, ils me frapperaient. Nous étions une vingtaine, ils faisaient tout pour nous humilier, ils nous traitaient comme des animaux.»

Les mains attachées dans le dos, Alexey finit par s’effondrer par terre, après quelques heures, puis est emmené à l’hôpital. «Les médecins s’occupent vraiment bien de nous, dit-il. Ils prennent les blessés au commissariat même si leur état n’est pas trop grave, juste pour les sortir de là.»

Code couleur

Le calvaire de Vladimir a duré plus longtemps : «Après que j’ai signé ces documents, un policier m’a mis des coups de genou dans l’estomac, je ne pouvais plus respirer. J’ai compris qu’il attendait que je dise que j’avais compris les documents. Ensuite ils m’ont redescendu au gymnase. M’ont couvert de "vert brillant" [un antiseptique coloré, ndlr] et forcé à rester sur le sol, dans une position inconfortable. Enfin ils ont appelé une ambulance. Je n’en pouvais plus.» Plusieurs médias ont rapporté, sans que cela n’ait été confirmé par les autorités, l’utilisation par la police d’un code couleur. Un manifestant marqué au feutre noir : allez-y carrément. Barbouillé de «vert brillant» : allez-y doucement.

Vladimir et Alexey sont encore hospitalisés à Grodno. «Vladimir n’a pas encore été jugé, parce qu’il est toujours à l’hôpital, explique son avocat, Alexandre Birilov. La plupart des procès se tiennent dans les jours qui suivent les manifestations, sur le lieu de détention, entre dix et quinze minutes par personne, à huis clos et sans avocat. Impossible de savoir s’il aura un procès équitable plus tard. En ce moment, personne ne suit les procédures normales. Heureusement, même en Biélorussie, les séances de torture et les procès expéditifs ne sont pas la norme.» D’après Birilov, les documents que beaucoup de manifestants ont dû signer sont des «rapports d’infraction administrative, qui ne peuvent pas être considérés comme des preuves». Denis se souvient du texte : «Si la police m’arrête à nouveau, c’est trois ans ferme.» Ce qui ne l’a pas empêché de manifester ce week-end pour exercer son «devoir de citoyen».

16 août 2020

En Biélorussie, nouvelle démonstration de force face à un Loukachenko fébrile

Par Intérim, Moscou, correspondant - Le Monde

Après une semaine de manifestations et de répression, autorités et oppositions tentent de prendre du recul pour affiner leurs stratégies.

Depuis une semaine, la Biélorussie vit sur un fil. Face-à-face, deux forces qui s’affrontent avec des armes bien différentes et inégales. Samedi 15 août, l’opposition mobilisée contre la réélection frauduleuse du président Alexandre Loukachenko a offert une nouvelle démonstration de force. La mobilisation est apparue comme l’une des plus importantes depuis le début des protestations.

Dans toutes les grandes villes du pays jusque dans certains villages, les habitants ont massivement répondu à l’appel de l’opposante Svetlana Tsikhanovskaïa. L’ancienne candidate à la présidence s’est exprimée vendredi pour appeler à un week-end de manifestations pacifiques à travers tout le pays. « Allons et défendons ensemble notre choix », a-t-elle lancé, depuis la Lituanie où elle s’est réfugiée.

Répression et torture

Toute la journée, des milliers de manifestants – les femmes en première ligne – sont apparus sur les réseaux sociaux, déambulant dans les rues du pays avec des fleurs, ballons et drapeaux. Plusieurs vidéos ont également montré des manifestants retirant le drapeau actuel de la Biélorussie de bâtiments officiels pour le remplacer par le drapeau blanc et rouge des opposants, l’autre drapeau biélorusse symbole de l’indépendance du pays. Des rassemblements inédits dans la Biélorussie autoritaire d’Alexandre Loukachenko, d’autant plus après une semaine rythmée par des images de violences et d’arrestations – plus de 7 000.

Les nombreux récits de prisonniers libérés et des tortures qui leur ont été infligées auraient pu refroidir les ardeurs de l’opposition. Mais jusqu’ici, la stratégie de la violente répression semble au contraire avoir eu l’effet inverse.

La diffusion samedi soir par l’agence de presse Associated Press d’une photo montrant Alexander Taraikovsky, 34 ans, décédé lundi 10 août lors d’un rassemblement, pourrait jouer un rôle dans la mobilisation des Biélorusses. L’image remet en question l’affirmation des autorités qui l’avaient accusé de s’être tué en manipulant un engin explosif. Elle semble montrer un simple manifestant tué par la police.

Samedi midi, plusieurs milliers de personnes s’étaient rendues à ses funérailles dans le centre de Minsk. Depuis plusieurs heures, les forces de l’ordre brillent par leur absence. Répit provisoire ou tournant dans le conflit ? A Minsk, on craint pour autant toujours une deuxième vague de répression.

La carte de l’ingérence étrangère

De son côté, le président Loukachenko, peu visible dans les médias depuis le week-end dernier, a passé la journée dans son palais présidentiel. Depuis son bureau, le dictateur a refusé les propositions des pays baltes et de la Pologne d’une médiation politique. Puis, assis à la table de son Conseil de Sécurité, il s’est une nouvelle fois refusé à admettre une perte de contrôle de son pays. Pour diviser le mouvement, le chef de l’Etat joue au maximum la carte de l’ingérence étrangère.

Exemple de la communication gouvernementale en cours : dans une vidéo diffusée par la télévision biélorusse jeudi, un homme accusé d’avoir organisé des manifestations apparaissait entouré d’objets laissant entendre qu’il était payé par les nationalistes ukrainiens, l’OTAN, la Pologne ou encore Israël… Un argument que le président a répété haut et fort samedi midi, dénonçant une « agression en cours » dans son pays selon le scénario des « révolutions de couleur », le nom donné par le Kremlin à plusieurs mouvements populaires selon lui soutenus depuis l’étranger qui ont abouti à des changements de pouvoir dans des pays de l’ex-URSS ces vingt dernières années.

Et d’ajouter qu’il s’agit d’une « agression qui ne représente pas une menace seulement pour la Biélorussie ». Une allusion claire à la Russie que le leader biélorusse tente, tant bien que mal, d’impliquer dans sa bataille pour la conservation du pouvoir. Il y a une semaine, Alexandre Loukachenko accusait la Russie d’ingérence dans son élection. Il souhaite désormais en faire une alliée.

Samedi, le Biélorusse a finalement décroché son téléphone pour « discuter de la situation avec le président russe ». L’appel réalisé, le service de presse du biélorusse s’est empressé de l’annoncer. Mais c’est bien côté russe qu’il aura fallu chercher pour obtenir un écho de la discussion. Si le président Loukachenko souhaitait pousser Vladimir Poutine à collaborer avec lui, c’est une nouvelle fois raté. « Les deux parties ont exprimé leur conviction que tous les problèmes posés seront bientôt résolus » écrit le Kremlin. Et d’ajouter :

« L’essentiel est que ces problèmes ne soient pas exploités par des forces destructrices qui s’efforceraient de nuire à la coopération entre les deux pays dans le cadre de l’État de l’Union. »

Loin de vouloir afficher un soutien sans failles, Vladimir Poutine en profite une nouvelle fois pour rappeler que si le président Loukachenko venait à garder le pouvoir, la pression russe pour rapprocher les deux pays n’en serait que plus forte. Ce qui n’a pas empêché le Biélorusse d’affirmer haut et fort que la Russie s’était engagée à agir dans le cas où le Conseil de Sécurité biélorusse lui en faisait la demande. Une intervention redoutée par les manifestants qui serait un tournant majeur dans la crise. Samedi, à Minsk, une manifestante arborait une pancarte « nous réglerons la situation sans la Russie ».

« Casse-tête pour le Kremlin »

De fait, le vocabulaire et le ton utilisés par le Kremlin semblent montrer que Moscou a besoin d’y voir plus clair avant d’entreprendre quoi que ce soit. Cité par Bloomberg, l’ancien conseiller du président russe Gleb Pavlosky estime que « Vladimir Poutine ne veut pas apporter une aide militaire à Loukachenko parce que cela nourrirait un sentiment anti-russe chez les Biélorusses, cela serait risqué ».

De fait, l’opposition biélorusse ne mène pas une bataille géopolitique, et la Russie se satisfait de sa position d’observatrice extérieure. En somme, pour l’ancien conseiller, le Kremlin se pose les même questions que tous les autres acteurs étrangers : « Loukachenko ne contrôle plus la Biélorussie, il ne contrôle que les forces de sécurité, mais resteront-elles loyales ? Ce n’est pas clair et c’est un casse-tête pour le Kremlin. » Pas de quoi calmer le président biélorusse qui décrit « une situation qui continue de basculer » mais promet « de ne donner le pays à personne ». Un avertissement lancé aux manifestants.

Le ton assuré d’Alexandre Loukachenko dénote désormais avec sa fébrilité et ses appels à l’aide répétés auprès de Moscou. Les défections notables ont continué samedi. Une vidéo montrait notamment le directeur de la grande usine de fabrication de véhicules militaires MKZT expliquer à ses employés en grève qu’il avait voté pour Alexandre Loukachenko mais estimait que celui-ci n’avait pas remporté la présidentielle. Depuis plusieurs jours, de grandes usines du pays sont à l’arrêt. Ce sont ces ouvriers, cœur de l’électorat du président, qui lui ont jusqu’ici permis de se maintenir au pouvoir. Ce week-end, les grèves se sont poursuivies.

Dans le même temps, le chef de l’Eglise orthodoxe biélorusse, le métropolite Paul a publié des excuses pour avoir reconnu la victoire du candidat Loukachenko. Dans l’après-midi, l’opposante Tsikhanovskaïa annonçait avoir commencé à travailler sur la formation de son conseil de coordination. L’annonce doit encore être suivie de faits mais l’opposante s’évertue désormais à donner plus de corps à l’hypothèse d’une chute du pouvoir.

16 août 2020

"Vendredi matin, j’ai eu honte et j’ai fait défection » : entretien avec un ancien haut responsable du régime Loukachenko"

Par Benoît Vitkine, Moscou, correspondant - Le Monde

Le diplomate Pavel Latouchko, ancien ministre de la culture, qui a rejoint les rangs de la contestation en raison de la répression qui a suivi le scrutin présidentiel en Biélorussie, estime que la majorité de l’élite du pays « ne soutient plus le pouvoir ».

Pavel Latouchko est l’un des plus hauts responsables du régime Loukachenko à avoir publiquement rejoint le camp de la contestation, après les fraudes au scrutin présidentiel du 9 août et la contestation qui s’en est suivie. Diplomate de formation, M. Latouchko fut ministre de la culture sous Alexandre Loukachenko, entre 2009 et 2012, et ambassadeur en France, en Pologne, en Espagne… Il est aujourd’hui directeur du théâtre national Ianka Koupala, à Minsk. Il explique au Monde les raisons qui l’ont poussé à faire défection et l’état d’esprit dans lequel se trouve l’élite biélorusse.

Comment avez-vous pris la décision de faire défection ?

Vendredi matin, en regardant encore et encore les vidéos de violences qui circulaient sur Telegram, j’ai eu honte d’être biélorusse. Que des Biélorusses puissent être si cruels et violents avec leurs concitoyens. Pendant la seconde guerre mondiale, nous avons perdu un tiers de notre population, mais, hormis cet épisode, notre histoire n’est pas une histoire de violences. Dans le même temps, j’ai aussi ressenti une grande fierté devant cette mobilisation, devant le courage de mes concitoyens. J’ai décidé que je ne pouvais pas rester à l’écart et silencieux face aux coups, aux détentions arbitraires, aux actes d’humiliation. Aujourd’hui à Minsk, chaque personne que je rencontre connaît quelqu’un qui a souffert de cette répression. J’ai donc annoncé publiquement rejoindre l’opposition.

Il faut aussi regarder ce qui s’est passé ces derniers mois. Ce n’est pas seulement l’ampleur de la contestation qui est sans précédent, mais celle des fraudes et des manipulations, même selon les standards biélorusses. Dans quelles proportions les résultats ont été inversés [en faveur de M. Loukachenko], je ne le sais pas, et ce n’est pas certain qu’on le sache un jour : beaucoup de documents des commissions électorales et de bulletins ont été détruits.

Vous ne découvrez pas non plus la nature de ce régime…

Mon frère, décédé, m’a toujours reproché de servir ce régime. Personnellement, j’ai toujours pensé que je pouvais travailler à changer les choses. Quand j’étais ministre de la culture, j’étais le seul ministre à m’exprimer en langue biélorusse [peu usité, le biélorusse est souvent un signe de distinction politique, prisé notamment par les opposants historiques], et j’ai reçu pour cela des critiques.

Mais c’est surtout en tant que diplomate que j’ai exercé. Le ministère des affaires étrangères a toujours été à la marge du régime, parfois même en opposition avec le pouvoir politique. En 2010, nous avons subi une première défaite, un premier retour en arrière [l’élection présidentielle avait déjà donné lieu à des contestations et à des violences]. Ensuite, notre mission a largement consisté à obtenir une levée des sanctions européennes [ce qui sera fait début 2016]. De là vient notre frustration : aujourd’hui c’est une nouvelle défaite, un nouveau retour en arrière. Toute confiance envers ce pouvoir est perdue.

Les diplomates, surtout à l’étranger, sont parmi les rares officiels à faire publiquement défection. Comment expliquez-vous que peu de hauts responsables aient sauté ce pas, alors que la population semble avoir massivement basculé ?

Je suis absolument certain que la majorité de l’élite ne soutient plus le pouvoir. Ils comprennent que, quelle que soit l’issue, le pays va s’enfoncer. Même si Loukachenko parvient à se maintenir, le pays va simplement se vider de sa jeunesse. La mauvaise situation économique et l’absence complète de liberté politique sont intenables. Vendredi, j’ai croisé deux membres de l’appareil présidentiel. Ils se promenaient, tout simplement. Ils n’y croient plus, trop d’erreurs ont été commises.

En réalité, cela fait même des années que les hauts responsables sont démotivés et tenus essentiellement par la peur. La moindre contestation est punie et, avec notre système judiciaire, vous êtes totalement démuni face à l’arbitraire…

A mon poste, par exemple, les instructions de mon ministère et des services de sécurité étaient les suivantes : nous devions étouffer dans l’œuf toutes les tentatives de grève, toutes les critiques publiques du régime à l’occasion des élections. Et ces instructions précisaient bien que nous serions tenus responsables des échecs, licenciés, punis.

Mais ça ne tiendra pas : les fonctionnaires aussi en ont marre de ce ton, de ces menaces permanentes. De ce que je vois, le niveau moyen de l’administration s’est réveillé ; ceux au-dessus suivront. Certains, aussi, ont simplement peur de perdre leurs revenus, ou qu’eux ou leurs familles ne soient pas en sécurité en cas de transition.

Qu’en est-il au sein de l’armée, des services de sécurité ?

L’armée obéit à son commandant en chef [le président Loukachenko] mais je suis persuadé qu’elle ne fera rien contre le peuple. Dans les services de sécurité, beaucoup pensent qu’un changement de régime leur serait personnellement nuisible. Ce n’est pas étonnant, dans tous les pays ils sont les derniers à changer, à se rallier…

Quel peut être l’état d’esprit d’Alexandre Loukachenko ?

C’est un pur dirigeant autoritaire, et il n’est pour l’instant pas prêt à dialoguer. Mais de par mon expérience, de mes conversations avec lui, je sais qu’il est capable d’écouter. La situation devient de plus en plus claire, même pour lui : l’immense majorité du pays veut des changements. Certains de ses conseillers essaient de lui dire la gravité de la situation, mais seulement une partie de l’information lui parvient.

Que préconisez-vous, s’il s’accroche ?

La solution ne peut passer que par le dialogue. Avec comme corollaire la démission de ceux qui, au ministère de l’intérieur, ont mené la répression, et l’ouverture d’enquêtes. Ensuite, il faut continuer d’utiliser tous les mécanismes légaux de contestation des résultats, recompter les bulletins, si c’est possible…

Si cela échoue, la pression continuera de monter pour l’organisation de nouvelles élections. Je ne veux pas lancer d’appel, qui serait en plus illégal. Mais la grève est par exemple un instrument majeur. Vendredi, Minsk était complètement à l’arrêt. Une fuite pure et simple de Loukachenko, un renversement de son régime sont pour moi un scénario moins probable.

Quel est votre rôle dans ce dialogue ? Quelles ont été les conséquences de votre défection ?

J’ai reçu des centaines de réactions positives, sur les réseaux sociaux, dans la rue… une marée de messages. Certains venaient d’anciens ministres, de fonctionnaires, et même de membres des services de sécurité. Un seul de ces messages était un avertissement quant au fait que je pourrais avoir des problèmes. Quant à mon rôle, je ne veux pas en dire plus, mais j’ai évidemment une situation qui me place dans une position particulière. Je propose la création d’une plateforme citoyenne pour promouvoir ce dialogue et, si celui-ci est impossible, former la base pour la constitution d’un gouvernement transitoire.

La Russie a-t-elle selon vous des raisons de s’inquiéter de ce mouvement ?

Notre position géopolitique particulière, entre Est et Ouest, doit être conservée et utilisée à notre avantage. Pour ça, nous avons besoin de bonnes relations avec notre voisin russe. C’est vital d’un point de vue économique et cela correspond à notre culture, à nos traditions, aux relations entre nos deux peuples. Celui qui voudra bâtir un mur entre nos pays sera le dernier homme politique biélorusse. Cela, Moscou le sait très bien. Et les Russes voient bien que personne, dans la contestation, ne parle en mal de la Russie, n’émet la moindre revendication. L’influence de Moscou est évidemment majeure, dans un sens ou dans l’autre, mais les Russes comprennent qu’ils n’ont pas intérêt à créer une masse de gens hostiles en Biélorussie, des gens qui pour l’instant ne le sont pas.

Cela n’empêche pas que nous avons aussi besoin de l’Union européenne. Dans l’avenir, nous aurons besoin de ses investissements, de sa technologie. Et, dans l’immédiat, il faut qu’elle fasse plus pression sur Loukachenko. Combien de fois a-t-il trompé les Européens, dans le passé !

15 août 2020

Analyse - En Biélorussie, trois fins possibles pour Loukachenko

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SOBESSEDNIK (MOSCOU)

Le politologue russe Dmitri Orechkine esquisse quelques scénarios possibles concernant le destin de Loukachenko : régner jusqu’à la mort, boire “un thé très amer” ou transférer le pouvoir à la Russie.

Pendant qu’en Biélorussie les manifestations se poursuivent contre la réélection d’Alexandre Loukachenko pour un nouveau mandat présidentiel, la question de la scène finale du règne du “Batka” [père] se pose. Le politologue Dmitri Orechkine émet des hypothèses à ce sujet.

La situation de Loukachenko n’est pas enviable : hors de question de démissionner, ou un triste sort l’attend. Il est donc condamné à s’accrocher au pouvoir jusqu’à la fin de ses jours. Reste à savoir s’il parviendra à le garder. Cela sera possible tant qu’il aura suffisamment de ressources pour acheter la loyauté des forces de sécurité et des fonctionnaires. Or il a de moins en moins d’argent pour cela, et ça n’ira pas en s’arrangeant parce que la Biélorussie accuse un retard de développement par rapport aux pays voisins.

Comme un Salazar ou un Franco

Je pense qu’il conservera le pouvoir jusqu’à sa mort, ce sera un Trujillo moderne (qui a dirigé la République dominicaine pendant plus de quarante ans) ou un Salazar, au Portugal, ou encore un Franco. Il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités : beaucoup de ceux qui nourrissent des aspirations démocratiques pensent que ce régime est condamné et que sa chute est imminente. Mais c’est peu probable. Lorsque tu contrôles les forces de sécurité et que tu n’as pas peur d’en faire usage, tu peux garder la main sur un territoire tant que tu continues à payer ces forces.

Quant à la destinée posthume de Loukachenko, tout dépendra des interprètes de son histoire. En Espagne, le débat n’est toujours pas tranché de savoir si Franco était bon ou mauvais.

En vérité, la pire menace pour Loukachenko, c’est le Kremlin, qui pourrait décider de l’écarter du pouvoir pour montrer aux Russes que sa zone de contrôle s’élargit. Plus Loukachenko sera faible, plus il sera à la merci de ses prédateurs. Aussi, il a des ressources suffisantes pour défendre sa place à l’intérieur du pays, mais c’est à l’extérieur que la menace est vraiment réelle. Disons que s’il ne parvenait pas à garder son fauteuil jusqu’à la fin de ses jours, cela serait lié à son voisin de l’Est.

Quant au déroulement de la chose… Si ça tourne vraiment mal avec les manifestations, la Russie fraternelle pourrait venir “l’aider” en envoyant son armée, comme c’est arrivé dans les pays Baltes. Mais c’est la dernière chose à laquelle Loukachenko se résoudrait. Ensuite, il y a toujours la possibilité qu’il saisisse la mauvaise poignée de porte. Ou qu’il boive une “tasse de thé trop amère”, on ne peut écarter ce type de développement.

Il saura probablement stabiliser la situation dans le pays, mais suivant une courbe descendante : les conditions de vie se dégraderont, les gens partiront, l’économie s’effondrera, tandis que Loukachenko sera toujours aux manettes. Regardez le Venezuela ou le Zimbabwe.

Non, le plus difficile à prévoir, c’est ce que va bien pouvoir inventer son voisin de l’Est. Car plus Loukachenko sera affaibli, plus la tentation sera grande de s’en débarrasser pour entériner enfin le projet d’État unifié*, rapprocher les deux pays frères dans une solide étreinte.

*Le traité sur la création de l’Union russo-biélorusse a été signé en 1999 par les deux pays. Il vise à l’intégration d’abord économique puis politique des deux États. Mais il a pour l’instant surtout servi à soutenir l’économie biélorusse.

Propos recueillis par…Rimma Akhmirova

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14 août 2020

Biélorussie

bielorussie

16 juillet 2018

Rencontre Trump-Poutine : le choix symbolique d’Helsinki

Par Marc Semo - Le Monde

Plus de quarante ans après les accords d’Helsinki, le 1er août 1975, le président russe a opté pour la capitale finlandaise pour rencontrer son homologue américain.

A vol d’oiseau par-dessus les eaux du golfe de Finlande, moins de 300 kilomètres séparent Helsinki de Saint-Pétersbourg. Vladimir Poutine, qui est né et a mené une bonne partie de sa carrière dans l’ex-Leningrad, vient donc à Helsinki en voisin. Le choix de cette ville pour sa rencontre avec Donald Trump, lundi 16 juillet, est plein de réminiscences « fleurant bon » la guerre froide.

A l’époque, le mot « finlandisation » signifiait, dans le jargon des relations internationales, une neutralité contrainte, voire une quasi-liberté surveillée pour un pays partageant 1 300 kilomètres de frontières avec la défunte Union soviétique. La Finlande est désormais membre de l’Union européenne et elle se rapproche de l’OTAN, inquiète des visées agressives de son puissant voisin, sans pour autant avoir osé jusqu’ici franchir le pas.

Etrange choix de la part de l’homme fort du Kremlin que celui de la capitale finlandaise. En 1990, elle hébergea le dernier sommet américano-soviétique entre George Bush et Mikhaïl Gorbatchev. Un an plus tard, l’URSS s’effondrait. Ce fut un traumatisme fondateur pour l’ex-officier du KGB qui n’eut de cesse, une fois devenu président, de vouloir rendre son rang à la Russie. « Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur », aime-t-il à répéter, tout en précisant que celui qui veut la refaire comme elle était « n’a pas de cerveau ».

Moment-clé de la guerre froide

La capitale finlandaise est surtout le symbole d’un moment-clé de la guerre froide, avec la signature des accords d’Helsinki, le 1er août 1975, paraphés aussi par Gerald Ford et Leonid Brejnev, à l’issue de deux ans de Conférence sur la coopération et la sécurité en Europe, réunissant 35 pays. Tous les Européens de l’Ouest et de l’Est, à l’exception de l’Albanie – alignée à l’époque sur Pékin –, ainsi que les Etats-Unis et le Canada étaient autour de la table, et tous signèrent « l’Acte final ».

« La Conférence avait été voulue par les Soviétiques pour entériner le statu quo de la division de l’Europe et les frontières de 1945, mais ils acceptèrent sous la pression des Occidentaux un troisième panier sur les droits de l’homme estimant qu’il n’aurait pas de conséquence. Or, ce fut le début du processus qui entraîna la dislocation du bloc soviétique », relève Thorniké Gordadzé, enseignant à Sciences Po Paris. L’Acte final d’Helsinki devint en effet une base de référence pour les dissidents des pays du glacis qui, malgré les emprisonnements et la dépression, s’engagèrent dans ce combat en rappelant à Moscou ses engagements et sa signature.

Un échec pour Moscou

« Alors comme aujourd’hui, le Kremlin voulait à la fois conforter sa zone d’influence et diviser les Occidentaux », souligne M. Gordadzé. Mais ce fut un échec pour Moscou. Une bonne partie des travaux se polarisèrent sur les questions des frontières, de leur « intangibilité » comme le voulaient les Soviétiques, ou de leur « inviolabilité » comme le souhaitaient les Occidentaux. La différence sémantique est essentielle. Dans le premier cas, cela signifiait qu’elles ne pourraient jamais bouger, dans le second que c’était possible à condition que cela se fasse avec l’accord de toutes les parties. Ce fut mot retenu. Cela permit en 1990 la réunification de l’Allemagne. Jusqu’ici, le seul pays signataire qui a remis en cause ce principe est la Russie de Vladimir Poutine qui, au printemps 2014, annexa par la force la Crimée après l’arrivée au pouvoir en Ukraine d’un gouvernement réformiste pro-européen.

A l’époque, en 1975, les Occidentaux avaient su faire bloc. Aujourd’hui, Vladimir Poutine mise sur les divisions entre l’Europe et les Etats-Unis, attisées par le président américain. L’homme fort du Kremlin n’est pas superstitieux et compte bien faire de la rencontre d’Helsinki un moment de revanche.

26 mai 2018

Macron salue « un dialogue extrêmement direct et franc » avec Poutine

poutine macron

Selon l’Elysée, la visite du président français en Russie a permis d’avancer sur plusieurs dossiers, comme la Syrie et le nucléaire iranien.

Au deuxième jour de sa visite officielle en Russie, Emmanuel Macron a invité, vendredi 25 mai, Vladimir Poutine à « ancrer la Russie dans l’Europe », affirmant sa conviction que le pays « a son histoire et son destin dans l’Europe ».

Le président français s’exprimait au côté de son homologue Vladimir Poutine, visiblement détendu, à la tribune du Forum économique de Saint-Pétersbourg, dont la France était l’invitée d’honneur, avec le Japon.

Pour M. Macron, « une fenêtre d’opportunité » s’ouvre pour qu’une « nouvelle dynamique » s’installe entre Moscou, où M. Poutine vient d’entamer un quatrième mandat, et l’Europe, bousculée par la décision du président américain, Donald Trump, de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien.

« Rétablir la confiance »

Plus réservé que son hôte, le président russe s’est félicité de l’ambiance « très ouverte » de la rencontre avec M. Macron, avec lequel il s’était entretenu pendant trois heures, jeudi, sous les ors du Palais Constantin, en périphérie de l’ancienne capitale impériale russe (Nord-Ouest).

Ces discussions ont permis d’« avancer », selon l’Elysée, sur les dossiers extrêmement complexes du nucléaire iranien et de la Syrie, sur lesquels Moscou et Paris voient un intérêt à coopérer plus étroitement.

« La France est notre partenaire ancien, traditionnel et fiable. (…) Elle a toujours aspiré à défendre sa souveraineté, ce qui est un gage de stabilité dans la relation », a souligné M. Poutine. Mais il n’a pas exprimé publiquement la volonté de renforcer les relations avec les pays de l’Union européenne, alors que s’appliquent toujours les sanctions prises lors des crises de l’Ukraine en 2014 et de la Crimée.

Pour sa part, M. Macron a loué un « dialogue extrêmement direct et franc » avec Vladimir Poutine. Mais il n’a pas caché que la tâche allait être ardue pour « rétablir la confiance » entre Moscou et l’Europe de l’Ouest, après « vingt-cinq ans d’incompréhension ».

Une cinquantaine d’accords et de contrats signés

« L’image de l’Europe s’est beaucoup dégradée en Russie » où elle « est perçue comme faible, perdant ses repères », alors que la Russie se voit comme « un point de référence conservateur », a-t-il regretté en s’entretenant jeudi soir avec Natalia Soljenitsyne, la veuve du célèbre écrivain et dissident.

Mme Soljenitsyne l’a appelé à agir pour rapprocher son pays de l’Europe. « La Russie doit faire partie de l’Europe. Sinon, cela la poussera vers la Chine », selon elle.

Malgré les tensions des dernières années, la France est restée économiquement très présente en Russie, avec quelque 500 entreprises employant près de 170 000 salariés. Parmi la cinquantaine d’accords de coopération et de contrats signés au cours de la visite, le plus important prévoit l’entrée du groupe français Total dans un nouveau projet géant de gaz naturel liquéfié dans l’Arctique russe de Novatek, pour 2,5 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros).

Le président français a, par ailleurs, annoncé avoir évoqué avec M. Poutine les cas du réalisateur ukrainien emprisonné Oleg Sentsov et du cinéaste russe Kirill Serebrennikov, assigné à résidence.

Métaphore sportive

Emmanuel Macron a également rencontré, jeudi, Alexandre Tcherkassov, un responsable de la principale organisation russe de défense des droits de l’homme, Memorial, et d’autres militants des droits de l’homme russe, selon l’Elysée. « Un important geste de soutien », s’est félicitée Tania Lokchina, de l’antenne russe de Human Rights Watch.

Le chef de l’Etat a déclaré espérer revenir prochainement en Russie, mais cette fois pour soutenir l’équipe de France si elle se qualifie pour les demi-finales du Mondial 2018 (14 juin-15 juillet). Ce qui lui a permis de filer la métaphore sportive, en espérant que les relations entre Paris et Moscou s’inspirent du judo, prisé par Vladimir Poutine, qui « repose sur le respect de l’adversaire », et son sport de prédilection, le football, qui est « un sport collectif ».

18 juin 2013

Femen en Biélorussie

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"À minuit les sextremistes FEMEN ont mené une attaque furtive dans la résidence du dictateur Biélorusse Lukashenka à Kiev. FEMEN a tenté de l'attaquer par les cris et le feu. Sur leurs torses étaient inscrit : "Vive la Biélorussie", "Dictateur dehors".

FEMEN rappelle à Lukashenko la torture violente et inhumaine dans la forêt de Gomel que le KGB a fait subir aux activistes FEMEN * FEMEN rappelle à Lukashenko les héros biélorusses battus et opprimés pour avoir appelé à lutter contre la dictature de Lukashenko. FEMEN rappelle à Lukashenko les disparitions des journalistes ayant exprimé des critiques à l'égard du régime.

FEMEN ne peut pas supporter l'amitié du président Yanukovych avec une ordure du rang de Lukashenko qui nuit au développement de l'Ukraine.

FEMEN appelle le monde à s'ériger contre la dictature.

LIBEREZ LA BIELORUSSIE!"

 

* voir le livre des Femen

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