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Jours tranquilles à Paris
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catalogne
3 octobre 2017

Référendum en Catalogne

L’Espagne et la Catalogne plongent dans l’inconnu

Par Sandrine Morel, Madrid, correspondance

Carles Puigdemont, le président catalan, veut enclencher le processus d’indépendance de la région après la victoire du oui au référendum.

Et maintenant ? Le scénario des événements de dimanche 1er octobre était écrit d’avance. Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, avait prévenu qu’il ne laisserait pas s’organiser, au mépris de la loi et de l’autorité de l’Etat, le référendum sur l’indépendance de la Catalogne, interdit par la Cour constitutionnelle espagnole. Le président catalan, Carles Puigdemont, l’a maintenu envers et contre tout, au nom de la « légitimité populaire » et de l’« engagement » pris envers ceux qui ont porté au pouvoir la coalition indépendantiste en Catalogne, en septembre 2015.

L’escalade verbale entre les deux hommes, incapables d’engager un quelconque dialogue, annonçait ainsi depuis des mois un choc inévitable. Ce dernier a finalement eu lieu le 1er octobre lorsque la police nationale a chargé sur des Catalans qui voulaient ­voter. Ses conséquences sont à présent ­imprévisibles.

Le président de la Catalogne a laissé peu de place au doute quant à son intention de proclamer l’indépendance de la région espagnole dans le courant de la semaine. « En ce jour d’espoir et de souffrances, les citoyens catalans ont gagné le droit d’avoir un Etat indépendant sous la forme d’une république », a-t-il déclaré lors une allocution télévisée, avant même la publication des résultats, insistant sur les « atteintes aux droits et libertés » qui se sont produites dans la journée.

A maintes reprises, dans son discours, il a mentionné l’Europe, demandant une médiation internationale. Mais il a aussi laissé entendre qu’il n’attendra pas celle-ci pour agir et qu’il « transmettra dans les prochains jours les résultats du scrutin au Parlement catalan, afin qu’il puisse agir conformément à la loi référendaire ».

« Processus long et laborieux »

D’après cette loi polémique, sorte de mini-Constitution liquidant à la fois la Loi fondamentale espagnole et le statut d’autonomie catalan, approuvée sans débat le 7 septembre au Parlement régional par une majorité simple et suspendue par le Tribunal constitutionnel, la sécession doit être proclamée dans les 48 heures suivant la publication des résultats, si le oui l’emporte.

Sauf surprise majeure, la coalition indépendantiste Junts pel si (« Ensemble pour le oui ») et la Candidature d’unité populaire (CUP, extrême gauche) devraient proclamer l’indépendance de la Catalogne mercredi 4 octobre. Selon leur programme s’ensuivrait ensuite un « processus constituant » de négociation entre les différents partis et avec l’Etat.

Après plusieurs mois, le projet de Constitution qui en émanerait serait soumis à une nouvelle assemblée, dite constituante, formée après de nouvelles élections. Selon un dirigeant de Ciudadanos, le principal parti d’opposition, « le gouvernement catalan pourrait en quelque sorte essayer d’appliquer dès mercredi l’équivalent de l’article 50 pour le Brexit : l’ouverture d’un processus de négociation long et laborieux qui lui permettrait en fait de gagner du temps pour chercher des soutiens dans la communauté internationale et essayer de renforcer encore le bloc indépendantiste, en marge de la CUP, qui est un allié gênant pour son image… »

Quelle sera la réponse de Madrid ? Il semble improbable que Mariano Rajoy laisse passer une déclaration d’indépendance sans réagir. En cas de sédition, la loi lui permet de suspendre l’autonomie de la Catalogne et de prendre le contrôle de la police régionale, les Mossos d’Esquadra.

La déclaration d’indépendance pourrait aussi conduire les juges à procéder à l’arrestation de Carles Puigdemont et des membres du gouvernement, déjà mis en examen pour détournement de fonds publics pour l’organisation du référendum. « Si cela se produit, l’Etat de droit aura vaincu mais le système politique de l’Espagne, celui des régions autonomes, aura perdu, affirme le journaliste Xavier Vidal-Folch, auteur de plusieurs ouvrages sur la question catalane. Et il faudra de nombreuses années pour le recoudre et réparer les fractures de la société. »

Fuite en avant et manque de vision

Les principaux syndicats ont appelé à une grève générale en Catalogne, mardi 3 octobre, pour protester contre les violences policières.

Et les puissantes associations indépendantistes ont envoyé un avertissement à M. Puigdemont. « Nous attendons tout de votre engagement : Président, ne nous faites pas défaut », a déclaré dimanche soir devant une foule enthousiaste, place de la Catalogne, à Barcelone, Jordi Sanchez, le président de l’Assemblée nationale catalane (ANC), à l’origine des manifestations monstres qui ont lieu chaque année pour la Diada (la fête nationale catalane).

La fuite en avant des indépendantistes et le manque de vision du chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, cadenassé derrière une lecture uniquement juridique de la crise la plus grave qu’ait connue son pays en quarante ans de démocratie, font craindre le pire. Persuadé que la reprise économique ramènerait les Catalans « à la raison », et que les divisions internes au sein du bloc indépendantiste feraient exploser leur fragile unité, M. Rajoy a attendu que le temps règle les choses.

La seule proposition que sont prêts à accepter les indépendantistes est l’organisation d’un véritable référendum d’autodétermination légal. Le temps des négociations sur le système de financement et l’amélioration du statut d’autonomie est passé, disent-ils. « Celui qui renonce à l’indépendance meurt immédiatement politiquement », affirme un dirigeant de la Gauche indépendantiste catalane (ERC).

« Une simple mise en scène »

Or, un référendum d’autodétermination n’a jamais été envisagé par le chef du gouvernement espagnol : la Constitution ne le permet pas et le Parti populaire ne la réformera pas pour qu’elle le permette. Dimanche soir, M. Rajoy, lors d’un discours froid, a répété « qu’il n’y a pas eu de référendum en Catalogne, mais une simple mise en scène », se félicitant d’avoir appliqué « la loi, rien que la loi », comme s’il avait remporté une victoire.

C’est une erreur. Ni Madrid ni Barcelone ne sortent vainqueurs ce 1er octobre. Le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, est certes parvenu à faire descendre dans la rue des milliers de Catalans pour voter à son référendum d’autodétermination unilatéral. Mais il s’est agi d’un simulacre dépourvu des garanties démocratiques minimales, avec des urnes opaques et un programme informatique défaillant qui a permis à ceux le souhaitant de voter à plusieurs reprises. Ce scrutin illégal s’est soldé par un résultat digne d’une république bananière : 90 % de oui à l’indépendance, avec un taux de participation de 42,3 % (2,26 millions de personnes).

Quant à Mariano Rajoy, sa défaite est double. Non seulement il n’est pas parvenu à empêcher le vote, comme il s’y était engagé, mais il a perdu la bataille morale. Les images des charges policières ont fait le tour du monde et donné aux indépendantistes de nouveaux arguments.

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29 septembre 2017

Référendum de la Catalogne

  • leparisienJ-4 avant le référendum de la Catalogne, jugé illégal par le gouvernement. Des étudiants ont manifesté à Barcelone leur envie de voter pour ou contre l'indépendance de leur région. 
    Photo Le Parisien ©fred Dugit @fredug 
    #referendum #independance #catalogne #manifestation #estudiants #barcelone

    snip_20170929050411

  • La galaxie indépendantiste de Catalogne

    Par Sandrine Morel, Madrid, correspondance - Le Monde

    Trois partis que tout oppose, mise à part la lutte pour l’indépendance, et deux puissantes associations civiles, capables de mobiliser des dizaines de milliers de personnes, tiennent entre leur main l’avenir de la communauté autonome.

    Qu’y a-t-il de commun entre une formation nationaliste, europhile, incarnant une droite libérale sur le plan économique et conservatrice sur les valeurs, un parti de centre-gauche nostalgique de la République et un mouvement séparatiste, europhobe et anticapitaliste ? La réponse tient en un mot : Independència.

    C’est ce trio inattendu entre le Parti démocrate de Catalogne (PdeCAT), la Gauche républicaine catalane (ERC) et la Candidature d’Union populaire (CUP), fort de 71 des 135 députés régionaux, qui tient les rênes de la Catalogne depuis les élections régionales de septembre 2015, remportées avec 47,7 % des voix. Et c’est lui qui entend déclarer l’indépendance de la région autonome espagnole après le référendum illégal convoqué dimanche 1er octobre.

    Mais c’est un trio fragile, où les cultures politiques des uns et des autres s’entrechoquent souvent, et dont l’unique ciment est la pression des puissantes associations civiles, l’Assemblée nationale catalane (ANC) et Omnium cultural.

    Tensions

    Et il a suffi d’une déclaration du porte-parole du PdeCAT au Parlement espagnol, Carles Campuzano pour que les tensions affleurent dans le triumvirat, mardi 26 septembre.

    La déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne « est absolument écartée, a-t-il déclaré. L’indépendance de la Catalogne ne se matérialise pas en trois jours » mais requiert « un processus de négociation avec l’Etat. (…) C’est ce qui a un sens politique démocratique et institutionnel. »

    Aussitôt, ces déclarations ont été contredites par la porte-parole de la CUP, Anna Gabriel, pour qui la victoire du « oui » au référendum de dimanche, produira une « rupture automatique » car « un référendum se convoque pour être contraignant, pas pour servir de pantomime de participation. » Un avertissement en bonne et due forme à quiconque serait tenté de descendre du train en marche, qui a obligé M. Campuzano à rectifier.

    Divisés, les indépendantistes ? La question est taboue à la veille d’un scrutin jugé décisif. « Pour les jeunes dirigeants de PdeCAT, l’indépendance ne viendra pas avec ce référendum, assure cependant le directeur du prestigieux Cercle d’économie catalan, Jordi Alberich. Ils pensent déjà à la façon de récupérer la centralité sur l’échiquier catalan, et n’envisagent qu’à plus long terme la possibilité d’obtenir un jour l’indépendance, dans une Europe plus consolidée. »

    Avaler quelques couleuvres

    Car le virage séparatiste opéré par le PdeCat, refonte de Convergence démocratique de Catalogne (CDC), formation nationaliste qui a gouverné la Catalogne sous l’égide de Jordi Pujol, entre 1980 et 2003, est loin de faire consensus.

    Longtemps, CDC a défendu un nationalisme pragmatique et modéré, capable de sceller des accords avec Madrid, moyennant des compétences élargies en Catalogne. Pourquoi l’ancien président Artur Mas vire de bord en 2012 ? « Quand nous avons mobilisé un million de personnes en faveur de l’indépendance lors de la Diada [le jour de la Catalogne], nous avons convaincu le gouvernement catalan de nous suivre, résume l’un des fondateurs de l’ANC, Miquel Strubell, ancien directeur de l’institut sociolinguistique catalan de la Généralité. Personne ne veut appartenir à une minorité, cela rend malheureux, misérable, insignifiant… »

    Carles Puigdemont, qui a succédé à Artur Mas en 2016, n’a pas eu besoin d’être convaincu. Si cet indépendantiste de la première heure, ancien maire de Gérone, a été désigné président de la Catalogne, c’est parce qu’il est un « pur et dur », le seul susceptible d’être adoubé par la CUP. Ses dix députés régionaux séparatistes (sur 135), détenteurs de la clé de la majorité absolue, avaient boycotté Artur Mas, jugé peu fiable.

    Mais pour le PdeCAt, l’alliance avec la CUP, un allié gênant qui paralyse le budget et effraie une part de son électorat, est intenable. Et celle avec ERC est contre-nature : « c’était un parti jusque-là méprisé par la droite catalane qui le percevait comme un petit parti utopiste, sans sens politique ni de la gestion économique, » résume un ancien cadre de CiU.

    Pour la Gauche indépendantiste, se présenter en coalition avec le PdeCat en 2015, au sein de la liste commune indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le oui) a aussi supposé d’avaler quelques couleuvres.

    « Pression patriotique »

    A la veille du scrutin, tous les sondages donnaient ce parti largement vainqueur. « Nous n’avons pas de casseroles, nous avons toujours été les plus catalanistes, et notre engagement en faveur de l’indépendance est une conviction, pas un calcul politique », énumère Alfred Bosch, porte-parole d’ERC à la mairie de Barcelone, pour expliquer le succès de la formation, qui a récupéré des électeurs du Parti socialiste catalan comme de l’ancienne CDC.

    Il devait donc lui revenir de prendre les rênes de la Généralité. Mais Artur Mas a posé une condition à cette alliance inédite : être le prochain président catalan. Pourquoi ERC a fini pas céder, après des semaines de résistance ? L’ANC a fait une « pression patriotique, résume M. Bosch. A ce moment-là, nous avions deux choix : le parti ou l’indépendance. Nous avons fait primer nos idéaux. »

    Crée officiellement en 2012, l’ANC a germé en 2009 dans la tête d’une poignée d’indépendantistes qui voit dans le rejet social provoqué par le recours déposé devant la Cour constitutionnelle espagnole par le Parti populaire (PP) contre le nouveau statut d’autonomie de 2006 la possibilité de « redéfinir la politique selon un axe nationalité catalane/espagnole qui dépasse le clivage traditionnel gauche/droite », résume M. Strubell.

    Pour parvenir à une telle mobilisation, elle dispose d’un atout maître : le soutien d’Omnium cultural, une association transversale créée en 1961 chargée de la promotion de la langue et culture catalane et qui compte 70 000 membres et 35 sièges en Catalogne. C’est elle qui en 2010 a rassemblé un million de personnes à Barcelone de tous bords politiques contre la décision de la Cour constitutionnelle de censurer une partie du nouveau statut d’autonomie.

    Fonds colossaux

    « Quand l’ANC est venue nous demander de l’aide, nous lui avons offert notre structure, un soutien idéologique et logistique, » résume Jordi Cuixart, son président. Grâce aux cotisations de ses 40 000 membres et au merchandising, l’ANC dispose aussi de fonds colossaux : plus de trois millions d’euros par an, destinés à faire la promotion de l’indépendance.

    « L’ANC est une institution unique en Europe, une organisation progouvernementale, populaire, qui sert de pont avec la société, capable de mobiliser et contrôler des dizaines de milliers de personnes », affirme Guillem Martinez, auteur d’un essai sur le processus indépendantiste, La grande illusion (Debate, 2016).

    Dans la nuit du mercredi 20 septembre, lorsque les manifestants indépendantistes ont cerné le siège du ministère de l’économie pour empêcher la garde civile, qui procédait à des détentions et saisies de matériel électoral, d’en sortir, il a suffi que l’ANC en donne la consigne pour que la foule se disperse immédiatement.

    Entre les chefs de file des trois partis indépendantistes et les présidents des deux associations indépendantistes, il existe une « coordination », reconnaît M. Bosch. « Les partis font de la politique et l’ANC et Omnium culturel se chargent de la mobilisation populaire. Elles sont capables de faire sortir un million de personnes dans la rue. Aucun parti n’a cette force… »

    Le 1er octobre, elles entendent encore en faire la démonstration.

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