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Jours tranquilles à Paris
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30 juin 2020

Le président turc Erdogan à la reconquête de Sainte-Sophie

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante

Transformer l’ex-basilique byzantine d’Istanbul en mosquée s’inscrit dans la révolution culturelle qu’impose à la société turque le dirigeant islamo-conservateur.

LETTRE D’ISTANBUL

L’ex-basilique Sainte-Sophie d’Istanbul va-t-elle être transformée en mosquée ? La vieille tocade du président turc, Recep Tayyip Erdogan, est sur le point de devenir réalité. Il est vrai qu’ajouter une mosquée supplémentaire aux 84 684 déjà existantes en Turquie ne saurait attendre.

Taraudé par ce projet, le numéro un turc a demandé au Conseil d’Etat, la juridiction administrative suprême, de se prononcer sur l’opportunité d’annuler le décret ministériel du 24 novembre 1934 qui a permis la transformation de ce joyau de l’art byzantin en musée.

La décision sera annoncée le 2 juillet. Elle devrait aller dans le sens voulu par le chef d’Etat. « Si Dieu le veut, nous dirons la prière à Sainte-Sophie », a-t-il fait savoir, le 16 juin, lors d’une réunion de son parti de la Justice et du développement (AKP).

« Une grosse erreur »

Construite au VIe siècle à l’entrée du détroit du Bosphore, la basilique où furent couronnés les empereurs byzantins a été convertie en mosquée au XVe siècle, après la prise de Constantinople par le sultan Mehmet II. Sa transformation en musée, à l’époque de Mustafa Kemal Atatürk, est, selon une affirmation du président turc en 2019, « une grosse erreur » qu’il convient de réparer.

L’idée de rendre Sainte-Sophie au culte islamique n’est pas nouvelle. En 2017, M. Erdogan l’avait évoquée en réponse à la reconnaissance par le président américain, Donald Trump, de Jérusalem en tant que capitale de l’Etat hébreu. En 2019, alors que l’AKP apparaissait en mauvaise posture pour les municipales, il avait de nouveau caressé cette idée, espérant sans doute redorer son blason auprès de la frange la plus conservatrice de son électorat.

Les islamistes rigoristes militent depuis longtemps pour que la basilique et aussi l’église de Saint-Sauveur-in-Chora (« Kariye », en turc), une autre merveille du patrimoine byzantin à Istanbul, redeviennent des mosquées. Le statut de musée dont elles jouissent actuellement est selon eux un véritable affront aux décrets du calife qui interdisait de les utiliser autrement que pour le culte.

Manque à gagner touristique

Lentement, l’idée fait son chemin. Depuis 2016, un appel à la prière est d’ailleurs lancé deux fois par jour depuis les quatre minarets qui flanquent Sainte-Sophie dont la silhouette massive domine la péninsule historique d’Istanbul.

Convertir le site en mosquée pourrait avoir des conséquences sur son classement au Patrimoine mondial par l’Unesco. Il pourrait aussi affecter les recettes du ministère du tourisme qui engrange des sommes non négligeables grâce aux visites, la « grande église » étant le monument le plus prisé d’Istanbul, avec près de 4 millions de billets vendus chaque année.

Pour éviter ce manque à gagner, le monument pourrait servir à la prière le vendredi et conserver son statut de musée le reste de la semaine. Preuve que le changement voulu relève davantage de l’affichage populiste que de la prise en compte d’un « souhait ardent » de la population, comme l’assure l’AKP, enquête d’opinion à l’appui.

Selon un récent sondage commandé par le parti présidentiel, « 90 % de l’électorat AKP-MHP », soit la coalition islamo-nationaliste qui gouverne la Turquie, est favorable à la transformation de Sainte-Sophie. L’opposition parlementaire est pour. D’après ce même sondage, les partisans du Bon parti (nationaliste) y sont favorables à 70 % tandis que 40 % des kémalistes du Parti républicain du peuple (CHP) l’approuvent.

Ceux qui ne sont pas d’accord sont invités à se taire. Pour avoir rappelé que l’ex-basilique faisait partie du « patrimoine commun à toute l’humanité », Ibrahim Kaboglu, député du CHP, s’est attiré les foudres du porte-parole de l’AKP, Ömer Çelik, excédé par ce qu’il a décrit comme « un manque de respect envers les valeurs et la culture turques ».

« Briser les chaînes de Sainte-Sophie en l’ouvrant à la prière est notre souhait commun. Cela répond à la volonté du sultan conquérant Mehmet II », a expliqué Abdulhamit Gül, le ministre de la justice.

Réinterprétation de l’histoire

Féru d’histoire, le président Erdogan n’a aucun mal à s’identifier aux sultans ottomans, surtout au « Conquérant » dont il est prêt à enfourcher le cheval pour renforcer sa popularité déclinante dans les sondages. « Briser les chaînes », « se débarrasser de la laisse » que l’Occident a passée au cou des Turcs lors de la fondation de la République, en 1923, sont les références cultes des islamo-conservateurs.

Une vaste réinterprétation de l’histoire est à l’œuvre. Selon le nouveau roman national, les partenaires occidentaux de la Turquie, aidés par ces ennemis internes que sont les Kurdes séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les « fethullahci », les partisans de l’imam Fethullah Gülen, n’aspirent qu’à sa perte.

Une fois la décision actée par le Conseil d’Etat, une grande prière collective sera organisée à Sainte-Sophie le 15 juillet, le jour des commémorations de l’échec de la tentative de coup d’Etat de 2016 dont la paternité est attribuée au prédicateur Gülen par Ankara.

Célébré chaque année, le putsch raté sert de marqueur à la révolution culturelle que M. Erdogan veut imposer à sa population. Le 15 juillet 2019, l’accent avait été mis sur l’acquisition des missiles antiaériens russes S-400, devenus le symbole d’une Turquie désireuse de prendre ses distances avec l’Occident.

Cette année, la religion sera brandie comme un trophée. « Sainte-Sophie est une propriété de la République de Turquie, elle a été conquise ! », a cru bon de rappeler Mevlüt Çavuşoğlu, le chef de la diplomatie turque, en réponse aux protestations de la Grèce. Ressassé à l’envi ces jours-ci, le thème de la « conquête » est décidément d’actualité, s’appliquant aussi bien aux monuments d’Istanbul qu’aux visées expansionnistes turques en Méditerranée.

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31 mai 2020

Erdogan ressasse son rêve de changer Sainte-Sophie en mosquée

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Pour la première fois depuis quatre-vingt-sept ans, un imam a récité vendredi une sourate dans la basilique, un gage aux plus conservateurs

ISTANBUL - correspondante

Istanbul a célébré avec ferveur, vendredi 29 mai, le 567e anniversaire de la conquête de Constantinople par le sultan Mehmet II, dit « le Conquérant ». Les festivités ont débuté le matin avec la sortie d’une flottille de bateaux voguant sur le Bosphore, dont les eaux, fréquentées par des dauphins, sont devenues bleu turquoise après plus de deux mois de navigation restreinte. En soirée, un événement inhabituel s’est produit sur la péninsule historique de l’ancienne capitale ottomane. Pour la première fois depuis quatre-vingt-sept ans, un imam a récité une sourate du Coran à l’intérieur de la basilique Sainte-Sophie.

Limitée à deux personnes, l’imam et le ministre du tourisme, Mehmet Nuri Ersoy, la prière a été suivie avec émotion par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui assistait à l’événement en visioconférence, un écran plat ayant été installé au cœur de l’édifice. Un peu plus tard, un spectacle de son et lumière a été projeté sur les murs extérieurs de la basilique. Les cérémonies ont été retransmises par toutes les chaînes de télévision.

Une façon pour M. Erdogan de donner des gages à la frange la plus conservatrice de son électorat, laquelle réclame depuis longtemps la conversion du bâtiment en mosquée. Une façon aussi de polariser davantage la société et d’énerver le voisin grec, avec qui les relations sont tendues.

Réciter des sourates à Sainte-Sophie n’est pas vu d’un très bon œil par l’élite laïque du pays, qui déplore une atteinte à l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque. C’est lui qui, en 1935, avait œuvré à la transformer en musée. La Grèce non plus n’a pas apprécié. Vendredi, le porte-parole du gouvernement grec, Stelios Petsas, a cru bon de rappeler que « Sainte-Sophie est un monument mondial du Patrimoine culturel » qui ne doit pas être instrumentalisé.

A chaque crise politique, le président Erdogan ressasse l’idée de transformer la basilique du VIe siècle en mosquée, ce qu’elle a été de 1453, date de la conquête, jusqu’en 1935. En 2017, il avait évoqué cette éventualité en réponse à la reconnaissance par le président américain, Donald Trump, de Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu. En 2019, alors que son Parti de la justice et du développement (AKP) apparaissait en mauvaise posture pour les municipales, cette vieille antienne avait resurgi.

« Conquérir les mosquées »

Sa réalisation semble d’autant plus improbable que la « Grande Eglise », classée au Patrimoine mondial par l’Unesco et deuxième musée le plus visité de Turquie avec près de 4 millions d’entrées annuelles, est une source de revenus considérable pour le ministère du tourisme, dont les rentrées risquent d’être réduites à la portion congrue cette année à cause de la pandémie. Une fois devenue mosquée, l’entrée serait forcément libre. Il conviendrait aussi d’occulter ses mosaïques byzantines, l’islam ne tolérant pas la représentation figurative.

Alors que l’économie turque est menacée de récession à cause de l’épidémie, les autorités cherchent à bercer la population avec le rêve de la conquête ottomane. « Nous allons conquérir les mosquées ! », a prévenu jeudi Ali Erbas, le chef de la direction des affaires religieuses, tandis qu’il annonçait la décision du gouvernement de rouvrir les mosquées aux prières collectives après une interruption de soixante-quatorze jours.

Prévue pour le 12 juin, la réouverture a finalement été avancée au 29 mai. Les milliers de fidèles qui ont convergé vers les mosquées vendredi ont été invités à prier à l’extérieur. Le port du masque était obligatoire, et les tapis de prière disposés à plus de 1 mètre les uns des autres. Des employés municipaux ont distribué du gel et les haut-parleurs des minarets ont répété la nécessité de se tenir à bonne distance les uns des autres.

Le gouvernement estime que l’épidémie a été maîtrisée. Vendredi, les autorités sanitaires ont déclaré plus de 160 000 cas confirmés de Covid-19 et un total de 4 489 décès. Jeudi, le président Erdogan a annoncé la levée, prévue lundi 1er juin, des restrictions imposées jusqu’ici à la circulation entre les villes ainsi que la réouverture des restaurants, cafés, centres sportifs, plages et musées.

6 mars 2020

Syrie - Erdogan et Poutine annoncent un cessez-le-feu à Idlib

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COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Le cessez-le-feu dans le nord-ouest de la Syrie est fragile, préviennent plusieurs médias européens. Mais il a le mérite de calmer les tensions entre les deux puissances après la mort d’une trentaine de soldats turcs dans une attaque menée par les forces de Bachar El-Assad, soutenues par Moscou.

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont annoncé jeudi 5 mars à Moscou un cessez-le-feu provisoire à Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le résultat d’”une longue conversation. Ou plutôt une négociation ardue. Qui a duré cinq heures et quarante minutes, dont trois heures de tête-à-tête avec les seuls interprètes”, décrit le Soir.

Cet échange a lieu dans la foulée d’une attaque du régime syrien, soutenu par le Kremlin, le 27 février, qui a coûté la vie à plus de trente soldats turcs. “Bien sûr, le président turc sait très bien qu’une implication russe dans l’incident de jeudi  dernier ne peut être exclue. Les négociations sur la situation à Idlib n’ont donc pas été faciles”, explique la Süddeutsche Zeitung.

Il faut dire que “l’incident a fait naître la crainte d’un conflit militaire direct entre la Turquie et la Russie” d’où l’importance de cette rencontre entre les deux leaders afin d’“éviter une escalade majeure”, note la BBC.

Le président russe espère que “l’accord servira de base à la fin des combats dans la zone d’Idlib et mettra un terme aux souffrances de la population civile”. Une déclaration faite lors d’une conférence de presse commune. “Nous ne permettrons pas aux forces du régime de nuire à nos relations avec la Russie”,  a commenté son homologue turc, faisant référence à Bachar El-Assad.

Comme le rapporte Hürriyet, le cessez-le-feu a démarré vendredi à minuit. Un corridor de sécurité de douze kilomètres de large sera mis en place le long de l’autoroute M4 qui traverse la région d’est en ouest. Une autoroute où patrouilleront les forces russes et turques à partir du 15 mars.

Un cessez-le-feu jusqu’à quand?

“Au-delà de ce cessez-le-feu, les positions détaillées par la suite par leurs ministres restaient particulièrement vagues”, prévient Le Temps pour qui “ces très longues discussions se concluent par une sorte de capitulation turque”. D’après le Guardian, l’accord permet en effet aux forces syriennes de conserver les territoires acquis grâce à leur offensive des trois derniers mois sur Idlib, l’un des derniers bastions des rebelles, soutenus par Ankara.

Par ailleurs, remarque CNN, l’existence d’un mécanisme à même d’imposer le cessez-le-feu n’est pas très claire. Et comme le rappelle la BBC, un autre accord sur l’arrêt provisoire des combats dans la zone en 2018 a été régulièrement violé depuis.

“Ce que Poutine et Erdogan ont convenu au Kremlin, c’est un cessez-le-feu qui s’appuie sur un cessez-le-feu existant - auquel personne ne se conforme”, estime Die Welt. Ce qui fait dire à plusieurs médias, dont El Pais, que “ce cessez-le-feu semble fragile”.

“Un nouvel accord ne signifie pas une solution. C’est un gel temporaire du conflit”, analyse pour la radio NPR Galip Dalay, un expert de la Turquie. Mais précise le Washington Post, pour Ankara, l’un des objectifs principaux de ce cessez-le-feu, c’est d’éviter l’arrivée massive de nouveaux réfugiés syriens dans un pays qui en accueille déjà plus de trois millions. Côté russe, souligne Axios, Poutine doit trouver un moyen de continuer à soutenir Assad tout en gardant la Turquie comme alliée pour fragiliser l’Otan.

En tout cas, “cet accord s’est conclu en l’absence des Syriens à Moscou”, insiste Le Temps. “A Damas, Assad doit certainement déjà chercher comment saboter ce qui apparaît comme une solution qui ne tient nullement compte de son aspiration à “libérer chaque mètre carré du sol syrien de la domination des terroristes”, pour reprendre son langage”, peut-on lire dans Le Soir. “Mais son allié russe, en laissant l’armée turque décimer ses divisions dans le sud d’Idlib après l’épisode du 27 février, a bien montré au potentat syrien qui, en réalité, décidait en Syrie”, poursuit le quotidien belge.

Si Assad ne décide de rien, l’Union européenne non plus, considère Die Welt. “Il est clair que chaque rencontre entre les deux autocrates réduit les Européens à un rôle de spectateur” sur la question syrienne.

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5 mars 2020

Crise - Turquie : l’AKP d’Erdogan s’offre un avenir sur le dos des migrants

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GAZETE DUVAR (ISTANBUL)

En décidant de rediriger le flux de réfugiés syriens vers l’Europe, Erdogan et l’AKP ne mènent pas seulement une politique de circonstance visant à faire oublier l’échec de sa politique syrienne, dénonce ce journal d’opposition. Il s’agit également d’enraciner la haine des migrants en Turquie pour faire de ce thème l’instrument d’un éventuel renouveau politique.

Le principal parti d’opposition turc, le CHP, de mèche avec les islamistes de Fethullah Gülen… Il y a dix ans de cela, tout le monde se serait esclaffé bruyamment en entendant des accusations aussi farfelues. Et pourtant, l’AKP [parti du président Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir] est parvenu à convaincre son électorat que c’était vrai. De même, qui aurait pu penser que les réfugiés syriens, accueillis à bras ouverts il y a cinq ans, seraient un jour chassés par ce même AKP ? Pire, que le parti au pouvoir recueillerait les suffrages de la population pour cela ? C’est pourtant bien ce qui se passe aujourd’hui.

La politique de l’AKP sur la question des réfugiés syriens n’est pas une simple réaction épidermique aux évènements en cours à Idlib. C’est la première étape d’un projet mûri de longue date pour assurer sa pérennité. Ces milliers de pauvres gens envoyés à la frontière grecque, les attaques qui ont eu lieu contre eux, notamment à Maraş, les pressions subies par ceux qui tentent de leur venir en aide, tout cela participe d’une tentative de l’AKP de renaître de ses cendres. Cette vague de xénophobie et de haine anti-migrants risque d’enfler et enfler encore jusqu’à submerger la scène politique turque dans son ensemble.

Fascisme

Pour l’opposition, l’AKP et son allié ultranationaliste du MHP sont le principal obstacle sur la voie de la démocratie. Il suffirait d’une alternance pour que tout revienne à la normale. Mais en réalité, le gouvernement s’emploie à garantir sa survie en dépit des défaites à venir, et même de s’assurer de pouvoir renaître de ses cendres. Les graines qu’il sème risquent de germer dans l’ensemble de la population, condamnant le pays à un fascisme autrement plus violent.

C’est la raison pour laquelle venir en aide aux réfugiés, lutter contre le racisme anti-migrants, empêcher celui-ci de devenir la norme ou d’accéder à une forme quelconque de légitimité n’est pas seulement un devoir d’humanité mais un acte politique concret qui pèsera de manière déterminante sur le devenir du pays.

L’avenir de la Turquie passe soit par le racisme soit par l’humanisme. Le pouvoir voit son salut dans le premier.”

Si cette vague n’est pas endiguée, peu importe que l’AKP et le MHP demeurent ou non aux affaires, le populisme raciste aura définitivement pris racine dans le pays. Le cours banal des événements suffit à prouver qu’à quelques exceptions près, la société turque se montre faible face aux puissants ou ceux qui se prétendent tels. Au contraire, elle est prompte à se retourner contre le faible et l’innocent. La haine des migrants sera une thématique clé des campagnes à venir et il est impératif que tous ceux qui aspirent à vivre en démocratie se préparent à lutter. Ce n’est pas le jour venu mais dès à présent que nous devons combattre.

Flatter l’opinion

Le fait que ni le parti pro-kurde HDP ni le principal parti d’opposition du CHP n’aient pris fait et cause pour les milliers de migrants déportés à la frontière grecque, le fait qu’aucun de leurs députés n’ait pris l’initiative de se rendre sur place tend à montrer que l’opposition est d’ores et déjà touchée par cette vague et n’a guère l’intention de fourbir ses armes.

Il faut bien reconnaître, pour sa défense, que l’AKP a brillamment su jouer de la carte des réfugiés pour tirer les marrons d’un feu dont il était lui-même la cause. Hier encore, la Turquie de l’AKP ouvrait grand ses portes aux millions de réfugiés de la guerre civile syrienne en se proclamant championne de l’humanisme. Aujourd’hui, en envoyant des dizaines de milliers de pauvres gens à la frontière grecque, l’AKP flatte l’opinion hostile aux migrants et se protège contre les conséquences du fiasco d’Idlib et de son propre affaiblissement interne. Mieux encore, au procès en humanité, c’est l’Europe et non Ankara qui est appelée à la barre.

En temps normal, le pouvoir a tendance à camoufler les vilaines choses derrière de jolis mots. La guerre devient la paix, la mort devient la vie, une perte devient un profit, un danger une opportunité etc. Mais par gros temps, c’est l’inverse. L’invité d’hier devient le pestiféré d’aujourd’hui, le désir de paix devient la haine, le refus de la mort une trahison nationale. Si ce genre de manœuvres offre un sursis au pouvoir, il ne peut fonctionner éternellement. Mais une fois que ce type de politique devient la norme, c’est l’ensemble des gouvernements et des politiques à venir qui en subissent le contrecoup. Pour affaibli qu’il soit, le parti au pouvoir tente d’enraciner son discours de telle sorte qu’il puisse, le jour venu, renaître de ses cendres.

En bref, l’AKP sème les graines de son renouveau. Lutter fermement contre toute forme de racisme et de haine anti-migrants, c’est empêcher ces graines de germer.”

Car si la faillite économique, politique et sociétale de l’AKP se transmet à la société tout entière via le triomphe du racisme et de l’ignominie, sur le long terme, c’est le pouvoir qui sera gagnant et l’opposition qui sera perdante. L’homme éclairé est celui qui tire des conséquences de ce que lui enseigne l’expérience. Ceux qui hier ont fermé les yeux sur les violences dont étaient victimes les Kurdes sont responsables des défaites d’aujourd’hui. Ceux qui aujourd’hui s’accommodent du racisme et des violences anti-réfugiés seront, de même, responsables et comptables des défaites de demain.

Irfan Aktan

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9 janvier 2020

Tribune « Erdogan et la politique de l’histoire en Libye »

Par Olivier Bouquet, Historien

Le président turc justifie l’envoi de ses troupes au nom du passé dans un pays qui fut ottoman jusqu’en 1912. Il instrumentalise l’histoire pour justifier son expansionnisme et, surtout, pour se maintenir au pouvoir, analyse, dans une tribune au « Monde », l’historien ottomaniste Olivier Bouquet.

Le président Erdogan déploie des forces en Libye. Comme en Syrie ? Pas exactement. La Turquie a voulu s’impliquer dans la crise syrienne autant qu’elle a été victime de sa géographie. Erdogan fait le choix de l’expansionnisme en Libye et en Méditerranée pour garder le pouvoir. La politique de l’histoire est au cœur de sa stratégie internationale. Pour justifier une présence militaire en Libye, il convoque le passé ottoman.

En réponse à la question posée par l’opposition : « Qu’avons-nous à faire en Libye ? », il développe une lecture présentialiste du passé : les Ottomans sont de retour ; ils étaient attendus. C’est un empire à reconstituer, au moins dans les espaces conquis par les sultans. Plusieurs arguments sont développés.

Le premier argument est anticolonial. D’une part, la Turquie se lance en Libye pour lutter contre un « nouveau Sèvres ». Signé en 1920, ce traité avait réduit l’Empire ottoman à un Etat croupion. Ankara mobilise le complexe de Sèvres, ô combien fondateur de la Turquie moderne, pour organiser une riposte en légitime défense face à un complot des puissances coloniales roum et leurs alliés d’hier (Chypre, la Grèce) et d’aujourd’hui (Israël, l’Egypte de Al-Sissi et les Emirats arabes unis). En 1912, les provinces libyennes furent cédées à l’Italie par un traité à Lausanne. C’est aussi à Lausanne que fut signé, en 1923, le traité fixant les frontières actuelles de la Turquie. Le président turc joue sur les résonances entre les deux Lausanne.

Le second argument est néo-ottoman. La Libye fut ottomane. Pourtant, la Libye, ce n’est pas la Bosnie, l’Albanie ou la Macédoine, le cœur de l’Empire dès le XVe siècle. Les Ottomans ne contrôlèrent la Cyrénaïque et la Tripolitaine que sur ses côtes, et tardivement : seulement à partir du milieu du XVIe siècle. Peu de temps : en 1711, une dynastie semi-autonome, les Karamanli, s’imposa. En 1835, les Ottomans reprennent le contrôle de la région. Ils y implantent, difficilement, une administration territoriale, qui se heurte à l’hostilité des pouvoirs locaux et de la Sanûssiya, la plus redoutée des confréries musulmanes au Sahara. Il n’empêche, c’est une présence ancienne, non assimilatrice, respectueuse de l’islam nord-africain. Bref, les Turcs connaissent bien la Libye et respectent ses populations.

« Renaissance de la puissance turque »

Le troisième argument est celui de la « renaissance de la puissance turque ». Il légitime l’expansionnisme, en mobilisant la mémoire collective d’un déclin accéléré par la défaite en Libye. La nation s’est forgée dans le « traumatisme de la peau de chagrin ottomane », selon la formule de l’historien Stéphane Yerasimos. La guerre balkanique de 1912 marque la disparition d’une domination vieille de cinq siècles en Europe. Elle coïncide avec l’effacement de la présence ottomane en Afrique du Nord. C’est le début de la fin de l’Empire. C’est aussi le début de la nation turque en armes. Les deux histoires se lient en Libye et se prolongent dans les Balkans. Elles s’incarnent chacune en un homme et en un combattant.

Il y a celui de la nation : Mustafa Kemal, le futur Ataturk. Il s’est battu dans la ville libyenne de Tobrouk contre les Italiens, comme ensuite à Gallipoli, contre les Anglais et les Français. Pour Ankara, cette référence est précieuse : l’erdoganisme est un post-kémalisme. Il ne saurait être un anti-kémalisme. Et il y a l’Empire avec la figure d’Enver. La presse turque fait la différence avec le même Enver devenu pacha en 1914 et acteur majeur du génocide des Arméniens. L’Enver de 1911 est impérial. Il est le mari d’une fille de sultan.

Longtemps, Enver fut une figure honnie par le régime kémaliste qui en faisait le symbole d’une politique qui a conduit à la déroute de 1918 et à l’effondrement ottoman. En 1919, Mustafa Kemal lance la guerre de libération nationale et fonde la République. Aujourd’hui, Enver est une figure réhabilitée, centrale, de l’erdoganisme. Kemal et Enver étaient des rivaux du nationalisme turc. Comme figures ottomanes, ils sont associés. Où ? En Libye. Tous deux s’y retrouvent. Une photographie existe d’eux. Côte à côte, ils semblent sourire. Ils combattent ensemble pour le sultan, mais aussi pour la nation turque menacée par les puissances coloniales. Le gendre impérial et le père des Turcs.

« DANS LA RHÉTORIQUE D’ERDOGAN, LES “ETATS COLONIAUX” – LA GRÈCE, CHYPRE, ISRAËL ET LEURS ALLIÉS D’AUJOURD’HUI – VEULENT REDÉCOUPER LA MÉDITERRANÉE. IL EST IMPÉRATIF DE LEUR BARRER LA ROUTE »

Le quatrième argument est généalogique. Les Balkans font partie d’une aire culturelle turque. Pas la Libye. Il faut trouver d’autres liens historiques. L’erdoganisme développe une double généalogie. Les Turcs viennent tous de l’Empire : chaque citoyen a un ancêtre ottoman, sinon musulman, hors des frontières de l’actuelle Turquie. Les citoyens des territoires anciennement ottomans ont tous un ancêtre venu d’Anatolie, donc de Turquie. Dont acte.

Sur les réseaux sociaux, la nouvelle est partout : Faïez Sarraj, le chef du gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale, est d’origine turque. Son ancêtre direct, Mustafa, venait de Manisa, en Anatolie : en 1840, il est parti comme soldat en Libye. Preuves à l’appui. Un extrait de livre de souvenirs rédigé par le père du président libyen a été diffusé sur les réseaux : il atteste que celui-ci est « d’origine turque ». Les liens ont été maintenus : en 1954, le père de Sarraj est venu rendre visite à ses parents turcs.

Pour l’erdoganisme, tout ce qui a été ottoman, la Crète, Chypre, les îles ioniennes, est naturellement amené à le redevenir. Dans la rhétorique d’Erdogan, les « Etats coloniaux » – la Grèce, Chypre, Israël et leurs alliés d’aujourd’hui – veulent redécouper la Méditerranée. Il est impératif de leur barrer la route.

Comme le kémalisme, l’erdoganisme est un « anti-impérialisme nationaliste ». Sa boussole reste islamiste, mais son mode d’action est un pragmatisme syncrétique. Il convoque tout ce qui a fait son succès, mais à des degrés différents, en fonction du terrain choisi : à la fois anticolonial et néo-ottoman, islamiste et kémaliste, nationaliste et généalogique. Autant de fils que le président Erdogan tire séparément ou ensemble dans une projection permanente du passé sur son destin politique, avec un seul et même but : se maintenir au pouvoir.

Olivier Bouquet est professeur d’histoire ottomane à l’université Paris-Diderot, auteur notamment des Ottomans. Questions d’Orient (La documentation française, « Documentation photographique », 2018).

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3 décembre 2019

Sommet de l'Otan : "La Turquie attend du soutien de la part de ses alliés"

Alors que le sommet de l’Otan s’ouvre mardi à Londres, la tension est montée d’un cran ces derniers jours entre le président français Emmanuel Macron et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Au cœur de leur différend : la Syrie et la place de la Turquie dans l’Otan.

L’ambiance est à la discorde pour le sommet des 70 ans de l’Alliance atlantique et c’est notamment entre le président français et son homologue turc que l’ambiance est la plus électrique. Le différend porte notamment sur l'intervention lancée par Ankara dans le nord-est de la Syrie sans en informer les autres membres de l'Otan. Et Erdogan entend bien aborder ce sujet.

"La Turquie attend du soutien de la part de ses alliés, elle attend que ses préoccupations sécuritaires soient reconnues comme légitimes et que son opération en Syrie soit reconnue comme une opération antiterroriste, notamment par ses partenaires européens", explique Ludovic de Foucaud, correspondant de France 24 en Turquie.

Le 9 octobre, l’armée turque a pénétré dans les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de combattants dominés par les Kurdesqui, alliée aux Américains dans la région depuis 2015, a payé un lourd tribut à la lutte contre l’organisation État islamique.

C’est là que le bât blesse : là où Erdogan défend une opération sécuritaire, les Européens considèrent au contraire que cette incursion risque d’affaiblir la lutte contre le terrorisme et contre le groupe État islamique dans la région.

Erdogan ulcéré par Macron

"C’est la France qui a été la plus bruyante contre l’unilatéralisme de l’opération turque en Syrie", rappelle Ludovic de Foucaud. D’où une exaspération exacerbée du président turc vis-à-vis d’Emmanuel Macron. La charge du Français sur l’état de l’Otan a ulcéré le Recep Tayyip Erdogan qui a jugé le président français lui-même "en état de mort cérébrale".

"La Turquie se sent légitime à critiquer la France parce que d’autres pays – notamment les États-Unis et l’Allemagne – l’ont fait après l’interview d’Emmanuel Macron à The Economist", ajoute le journaliste.

Angela Merkel avait notamment pris ses distances avec Emmanuel Macron en disant ne pas partager sa vision "radicale". De son côté, l'ambassadrice américaine auprès de l'Otan, Kay Bailey Hutchison, a affirmé être "fermement en désaccord avec l'évaluation de l'Otan par le président Macron".  Emmanuel Macron assume ses propos et n'entend pas renoncer à ses griefs.

30 novembre 2019

Critiquant fermement les propos d’Emmanuel

Critiquant fermement les propos d’Emmanuel Macron, le Président turc lui a conseillé de vérifier sa «propre mort cérébrale». Après ces attaques, l'ambassadeur turc à Paris a été convoqué au ministère français des Affaires étrangères, a annoncé une source à l'Élysée.

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Le Président turc s’est adressé ce vendredi 29 novembre à son homologue français après ses critiques de l’offensive turque, en évoquant les propos de Macron sur la mort cérébrale de l’Otan. Recep Tayyip Erdogan a déclaré que c’est le chef de la République française qui est en «état de mort cérébrale», s’il se permet de tenir de tels propos contre l’Alliance.

«Je m’adresse au Président français Emmanuel Macron et je le dirai aussi à l’Otan. Tout d’abord, vérifiez votre propre mort cérébrale. Ces déclarations ne conviennent qu'à des personnes comme vous qui sont dans un état de mort cérébrale», a lancé Erdogan dans un discours diffusé à la télévision.

En poursuivant son discours accusatoire contre le Président français, Erdogan lui a également reproché le fait de ne pas être expérimenté dans la lutte contre le terrorisme, en en faisant une raison des manifestations des Gilets jaunes qui ont frappé la France.

«Croyez-moi, Macron est très inexpérimenté. Il ne sait pas comment lutter contre le terrorisme. C’est pour cela que les Gilets jaunes ont envahi la France», a martelé le Président turc.

Avant de poursuivre:

«Vous savez comment fanfaronner mais vous ne pouvez même pas payer ce que vous devez à l’Otan. Vous avez encore un côté amateur.»

Critique contre Macron

Il ne s’agit pas de la première critique du Président français par la Turquie. Peu avant, Ankara avait traité Macron de «parrain» du terrorisme en réaction aux critiques du Président français au sujet de l'opération en Syrie.

L'ambassadeur turc convoqué

L'ambassadeur de Turquie en France a été convoqué au ministère des Affaires étrangères suite à ces attaques de Recep Tayyip Erdogan, a fait savoir l'Élysée.

«Soyons clairs, ce n'est pas une déclaration, ce sont des insultes», a réagi la présidence française au sujet de ce qu'elle a qualifié de «dernier excès» en date de M. Erdogan.

«L'ambassadeur sera convoqué au ministère pour s'en expliquer», a-t-elle souligné, citée par l’AFP.

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La mort cérébrale de l’Otan évoquée par Macron

Auparavant, Emmanuel Macron avait déclaré, dans une interview accordée à The Economist, que l’Otan aujourd’hui se trouvait en état de mort cérébrale. Une phrase qui a provoqué une pluie de critiques contre le Président français.

Donald Trump avait exprimé, après une rencontre avec son homologue turc, sa déception suite aux propos d’Emmanuel Macron sur l’Otan. Erdogan avait alors qualifié ces critiques lancées par Macron d’«inacceptables».

25 octobre 2019

Erdogan porte plainte contre "Le Point" qui le qualifiait d'"éradicateur" en une

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Le magazine affirme qu'il "ne lâchera rien".

AFP

MÉDIAS - La une du Point de cette semaine qualifie le président turc d’”éradicateur” et demande: “va-t-on le laisser massacrer les Kurdes (et menacer l’Europe)?”

Suite à celle-ci, l’avocat de Recep Tayyip Erdogan, Hüseyin Aydin, a déposé une plainte auprès du bureau du procureur général d’Ankara pour “insulte au chef de l’État”. Cette plainte vise le directeur du magazine Étienne Gernelle ainsi que le rédacteur en chef de la rubrique “International”, Romain Gubert.

Erdogan porte plainte contre

LE POINT

L’hebdomadaire a assuré ce vendredi 25 octobre par la voix de son directeur qu’il “ne lâcherait rien” face au président turc.

Dans un édito publié sur le site du magazine, Étienne Gernelle juge qu’Erdogan poursuit Le Point “pour crime de lèse-majesté”. “Recep Tayyip Erdogan a décidément un problème avec la liberté”, écrit le directeur du magazine.

“Nous ne retirons pas un mot de ce que nous avons écrit”, insiste Étienne Gernelle. L’enquête du Point évoque “le nettoyage ethnique” à l’encontre des Kurdes de Syrie et affirme que le pouvoir turc a “pactisé avec d’anciens de Daech et d’Al-Qaïda qui se chargent pour lui des sales besognes”.

Étienne Gernelle rappelle que dans un précédent numéro (en mai 2018), le magazine avait qualifié Erdogan de “dictateur”. À l’époque des affiches du Point avec cette une avaient été arrachées et des kiosquiers menacés. “Notre journal avait reçu des menaces de mort directes”, rappelle-t-il encore.

“Erdogan a fait emprisonner de nombreux journalistes en Turquie et pense peut-être que ses pulsions de censure peuvent s’exercer aussi dans des pays où la presse est libre”, poursuit le journaliste.

“L’hubris du maître d’Ankara connaît visiblement peu de limites. Il sera déçu: nous ne lâcherons rien”, conclut-il.

23 octobre 2019

Poutine et Erdogan saluent un accord « décisif » et « historique » sur le Kurdistan syrien

La Russie et la Turquie ont prévu de lancer des patrouilles communes dans le nord-est de la Syrie. Ankara a annoncé l’interruption de son offensive.

Un « accord historique », pour Recep Tayyip Erdogan ; des solutions « décisives », selon Vladimir Poutine. A l’issue de négociations marathon à Sotchi, en Russie, les présidents turc et russe sont parvenus, mardi 22 octobre, à un accord prévoyant notamment de lancer des patrouilles communes dans le nord-est de la Syrie, après le désarmement des milices kurdes dans la région.

« Ces décisions sont selon moi très importantes, voire décisives, et vont permettre de résoudre une situation très tendue », a déclaré M. Poutine, au sujet de ce mécanisme destiné à éviter la reprise de l’opération militaire turque dans le nord-est de la Syrie contre des groupes armés kurdes. « Aujourd’hui, avec M. Poutine, nous avons conclu un accord historique pour la lutte contre le terrorisme, l’intégrité territoriale et l’unité politique de la Syrie, ainsi que pour le retour des réfugiés », a déclaré, pour sa part, M. Erdogan.

Ankara prêt à frapper si les YPG ne se retirent pas

La Turquie, qui réclame une « zone de sécurité » à sa frontière, qualifie de « terroristes » les combattants kurdes longtemps alliés de Washington dans la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI). Ankara a néanmoins suspendu son offensive jeudi, à la faveur d’une fragile trêve négociée entre Turcs et Américains, pour permettre aux forces kurdes des YPG (Unités de protection du peuple) de se retirer des zones frontalières.

La Turquie n’a « pas besoin » de reprendre son offensive contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie car ces dernières se sont retirées des zones frontalières, a annoncé, mardi soir, le ministère turc de la défense. « A ce stade, il n’existe pas de besoin de mener une nouvelle opération », a fait savoir le ministère, précisant que le retrait kurde avait été confirmé par les Etats-Unis.

Selon M. Erdogan, l’accord conclu avec M. Poutine, allié du régime de Damas, porte surtout sur les secteurs du nord-est de la Syrie dans lesquels les YPG sont présentes, mais où l’offensive turque n’avait pas été étendue avant sa suspension.

S’agissant des bandes frontalières situées à l’est et à l’ouest de ce secteur, les forces des YPG doivent s’en retirer « dans un délai de cent cinquante heures à partir du 23 octobre à midi [11 heures, heure française], au-delà de trente kilomètres, avec leurs armes », a affirmé M. Erdogan. « Les fortifications et positions de l’organisation seront détruites », a-t-il ajouté.

16 octobre 2019

Russie-Turquie-Syrie: Vladimir Poutine en « monsieur bons office » invite le président Erdogan à Moscou pour parler Syrie

Alors que les Etats-Unis ne savent plus sur quel pied danser en Syrie, au risque de voir leur influence réduite au Proche-Orient, Vladimir Poutine tente de renforcer le poids de la Russie dans la région.

Le Kremlin annonce que le président russe s’est entretenu au téléphone avec son homologue turc à propos de l’offensive menée par Ankara en Syrie et que Vladimir Poutine a convié Recep Tayyip Erdogan à Moscou, lequel a accepté l’invitation.

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