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Jours tranquilles à Paris
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g7
25 août 2019

A Bayonne, les anti-G7 organisent une « marche des portraits » de Macron

Les militants alternatifs et écologistes ont défilé avec des portraits du président décrochés depuis des mois dans des mairies.

macron portraits

Manifestation anti-Macron dimanche 25 août à Bayonne. Emilio Morenatti / AP

Une nouvelle manifestation, la troisième en deux jours, a rassemblé dimanche 25 août dans la matinée à Bayonne quelques centaines de manifestants anti-G7, cette fois « pour le climat et la justice sociale », brandissant certains des 128 portraits du président Macron décrochés depuis des mois dans des mairies.

Sous le slogan « Climat et justice sociale : Macron décroche, décrochons-le ! », cette « marche des portraits », était organisée par les mouvements alternatifs et écologistes ANV COP 21, Alternatiba et Bizi, ces deux derniers d’origine basque. Elle se voulait « 100 % non violente et à visage découvert », selon les organisateurs.

Dans les rues étroites du centre de Bayonne, des militants ont déambulé en brandissant des portraits du chef de l’Etat, tête en bas, scandant « on est plus chauds que le climat » ou « et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité ». « On le porte à l’envers pour signifier le manque de sens de sa politique », a expliqué Mathieu, militant de Bizi. Beaucoup portaient aussi des paquets semblant emballer un portrait présidentiel, sur lequel était écrit en français, anglais, espagnol ou basque « Climat, justice sociale, où est Macron ? ».

Les manifestants se sont ensuite dispersés dans le calme après deux heures d’action « dans la zone la plus sécurisée de l’Etat français », selon eux. Les forces de l’ordre sont toutefois restées très discrètes tout au long de la manifestation.

Le 128e portrait décroché vendredi à Irissary

La journée de samedi, ouverture du G7, avait été marquée par deux manifestations d’opposants au sommet : la plus grande, qui a réuni 15 000 personnes selon les organisateurs (9 000 selon la police), a défilé de Hendaye à Irun, sur la frontière espagnole, dans le calme et sans incident. En fin de journée à Bayonne, une manifestation, non autorisée celle-là, a donné lieu à de brefs heurts entre police et manifestants, avec tirs de canon à eau et gaz lacrymogène, mais sans débordements majeurs, sans blessés ni dégâts aux commerces.

Vendredi matin encore, à la veille du G7, un portrait du chef de l’Etat a été décroché dans la mairie d’un petit village du Pays basque, Irissary, une petite mairie des Pyrénées-Atlantiques. Un « pied de nez » à l’impressionnant dispositif de sécurité déployé sur la région pour le G7, avec 13 200 policiers, selon Alternatiba, Bizi et ANV COP21.

Ce portrait, selon ces associations, était le 128e décroché par des militants dans diverses mairies de France depuis février, dans la lignée des « actions de désobéissance civile non violente » revendiquées par ces associations. Ces actions ont donné lieu à 93 gardes à vue de militants et 57 convocations de militant, selon la même source.

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24 août 2019

Amazonie en feu. Une crise diplomatique

Face à une forêt amazonienne ravagée par les flammes, les grands dirigeants européens ont tapé du poing sur la table, vendredi, Emmanuel Macron accusant son homologue brésilien Jair Bolsonaro d’avoir « menti » sur ses engagements en faveur de l’environnement.

L’ampleur des feux qui ravagent la plus vaste forêt tropicale de la planète préoccupe le monde entier. Selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil, il y a eu près de 2 500 nouveaux départs de feu en l’espace de 48 heures dans l’ensemble du Brésil. La déforestation, qui avance rapidement, en est la principale cause.

Une série de manifestations a été lancée à travers le monde en faveur du poumon « en feu » de la planète. Des rassemblements ont eu lieu à Londres, Barcelone, Genève, Amsterdam… Vendredi soir, des manifestations devaient avoir lieu à São Paulo et Rio.

Devant « l’inaction de Jair Bolsonaro face au changement climatique, y compris sur les incendies », la France dira « non » au traité de libre-échange controversé entre l’UE et le Mercosur, a prévenu la présidence française, à la veille du sommet du G7, qui se tient, de samedi à lundi, à Biarritz. 

macron bresil

« Bolsonaro a menti »

« Compte tenu de l’attitude du Brésil ces dernières semaines, le président de la République ne peut que constater que le président Bolsonaro lui a menti lors du sommet (du G20, ndlr) d’Osaka », a déclaré, vendredi, l’Élysée, estimant que « le président Bolsonaro a décidé de ne pas respecter ses engagements climatiques ni de s’engager en matière de biodiversité ».

Auparavant, le chef de l’État brésilien avait accusé son homologue français de « mentalité colonialiste » pour avoir appelé à discuter des feux au Brésil lors du sommet de Biarritz, en son absence.

Dans l’urgence, les conseillers diplomatiques des chefs d’État « se mobilisent pour avoir des initiatives concrètes pour l’Amazonie, qui pourraient se matérialiser au G7 », selon la présidence française.

L’Irlande a elle aussi menacé de voter contre l’accord avec le Mercosur. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s’est dit « extrêmement soucieux » et la chancelière allemande, Angela Merkel, a réclamé que cette « situation d’urgence aiguë » figure en bonne place au menu des discussions du G7.

« Pas la réponse appropriée »

Un porte-parole du gouvernement allemand a cependant fait savoir que la décision du président français Emmanuel Macron de s’opposer à l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur n’était pas « la réponse appropriée » aux incendies dans la forêt amazonienne au Brésil. « L’échec de la conclusion de l’accord Mercosur ne contribuerait pas à réduire le défrichement de la forêt tropicale au Brésil. »

L’armée contre les incendies ?

Le président brésilien Jair Bolsonaro, sous forte pression internationale, « penchait », vendredi, pour l’envoi de l’armée en Amazonie afin de lutter contre les incendies. Plus tôt dans la semaine, ce climato-sceptique assumé avait déclaré avoir des « soupçons » sur une responsabilité des ONG dans les feux en Amazonie. Il avait également accusé les gouverneurs des États amazoniens « de ne pas avoir levé le petit doigt » contre les incendies et même de « connivence ».

24 août 2019

Emmanuel Macron s'adressera aux Français samedi à 13 heures, avant l'ouverture du G7

Le chef de l'Etat "souhaite expliquer les enjeux du G7 et les objectifs recherchés pour la vie concrète des Français", selon l'Elysée.

Avant de s'entretenir avec ses homologues des grandes puissances mondiales à l'occasion du G7 organisé à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), Emmanuel Macron s'adressera aux Français samedi à 13 heures, annonce l'Elysée vendredi 23 août. "Juste avant l'ouverture du sommet, le président souhaite expliquer ses enjeux et les objectifs recherchés pour la vie concrète des Français", a précisé la présidence.

Guerre commerciale, polémique sur les feux de forêts en Amazonie, taxe sur les Gafa, Brexit... Cette allocution pourrait être l'occasion pour le chef de l'Etat de balayer les nombreux sujets qui seront évoqués lors de ce sommet. Durant trois jours, les leaders du monde seront confinés dans un palace, loin de la société civile dont ils se veulent à l'écoute. Plus de 13 000 policiers et gendarmes seront mobilisés dans toute la région, où un grand rassemblement d'opposants au sommet fait craindre des violences samedi d'Hendaye à Irun.

23 août 2019

« Retrouver la sève des G7 », le défi d’Emmanuel Macron

g7 photo

Par Marc Semo

Le sommet, qui doit se dérouler à Biarritz du 24 au 26 août, s’annonce délicat sur fond de menaces de récession économique, tensions internationales croissantes et dissensions internes.

Signe des temps, un communiqué commun aussi générique que généreux pour énumérer les grands défis du monde ne devrait pas conclure les trois jours du G7 de Biarritz du 24 au 26 août. Laborieusement négocié entre sherpas, un tel texte marquait comme la traditionnelle photo de famille ces réunions entre les dirigeants des principales puissances économiques démocratiques (Etats-Unis, France, Royaume-uni, Allemagne, Japon, Italie, Canada).

Mais rarement un tel sommet se sera annoncé comme aussi difficile sur fond de menaces de récession économique, de tensions internationales croissantes mais surtout de dissensions internes toujours plus vives entre membres. Club informel, cette instance, inventée en 1975 par le président français, Valéry Giscard d’Estaing, pour faire face au premier choc pétrolier et à la crise du dollar, se veut avant tout un lieu de concertation. Celle-ci risque de tourner court alors même que les chefs d’Etat ou de gouvernements présents sont tous fragilisés ou focalisés sur leurs enjeux politiques intérieurs.

« Retrouver la sève des G7 »

« Il faut retrouver la sève des G7, celle des échanges et du dialogue où l’on se dit les choses », a expliqué le président français, Emmanuel Macron, ironisant sur « ces communiqués que personne ne lit qui sont le résultat d’interminables chicayas bureaucratiques entre Etats profonds des pays membres ». Et de rappeler avec humour que lui-même, en tant que sherpa, participa à de telles interminables discussions.

Parlant le 21 août devant l’Association de la presse présidentielle, à trois jours du début du sommet et avant l’ouverture la semaine prochaine de la conférence annuelle des ambassadeurs et des ambassadrices, le chef de l’Etat qui, selon la Constitution, détermine les grandes options de la politique étrangère française a voulu en rappeler les enjeux. « Nous vivons une période historique de l’ordre international qui est le nôtre marquée par une crise très profonde des démocraties, à la fois de représentativité et d’efficacité », a-t-il insisté, soulignant leurs difficultés « à répondre aux peurs contemporaines, la peur climatique, la peur technologique, la peur des migrations ».

Risque d’une diplomatie de la posture

« La lutte contre les inégalités », le thème central choisi pour ce premier G7 organisé par la France depuis huit ans, est essentiel mais il risque d’être un peu occulté par les dossiers les plus chauds, tels l’escalade dans le golfe Persique entre Washington et Téhéran, la guerre commerciale des Etats-unis avec la Chine ou l’urgence climatique. Grand perturbateur du précédent G7 à la Malbaie, au Québec, Donald Trump avait retiré sa signature du communiqué final traitant son hôte, le premier ministre canadien Justin Trudeau, de « malhonnête ».

Désormais en campagne pour sa réélection en 2020, il ne peut surenchérir dans son cavalier seul après s’être déjà retiré de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord sur le nucléaire iranien. Empêtré dans le Brexit, le nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, est tenté de se rapprocher du locataire de la Maison Blanche. La chancelière allemande, Angela Merkel, est en fin de règne et Justin Trudeau est encore plus affaibli politiquement. Le président du conseil italien, Giuseppe Conte, est démissionnaire.

« Un tel contexte ne peut que favoriser chez les participants une diplomatie de la posture et donc paralyser toute concertation », relève Bertrand Badie, professeur émérite à Science Po Paris, qui de longue date pourfend la « diplomatie de connivence » dont le G7 est l’archétype. Cette instance est en outre toujours plus en décalage avec les réalités de la globalisation. Ses membres ne pèsent plus que 40 % du PIB du monde et 12 % de sa population. « Avant même que Donald Trump n’entre en scène, il était déjà évident que le G7 devait évoluer pour retrouver toute son attractivité », explique Pierre Vimont, ancien haut diplomate français et ex-numéro deux de la diplomatie de l’Union européenne, aujourd’hui chercheur au Carnegie Europe.

Le président français est conscient du défi. « L’ordre international reposait sur l’hégémonie occidentale depuis le XVIIIe siècle, alors la France, puis au XIXe, la Grande-Bretagne, et au XXe, les Etats-Unis. Mais cette hégémonie est aujourd’hui remise en cause », a expliqué Emmanuel Macron, insistant sur la nécessité « de défendre, en le renouvelant, un multilatéralisme contemporain en ne cédant à l’ensauvagement du monde ».

La question du retour de la Russie

Le président français veut faire évoluer le G7, qu’il critiquait à l’issue du sommet de Québec comme « un théâtre d’ombres et de divisions ». Il s’agit d’en alléger le fonctionnement et surtout de l’ouvrir toujours plus largement aux dirigeants de pays non-membres – mais aussi aux représentants de la société civile comme les ONG et les entreprises – afin de favoriser l’émergence de « coalitions de pays acteurs désireux de proposer des solutions concrètes ». Le premier ministre indien, Narendra Modi, le président chilien, Sebastian Pinera, et des dirigeants africains dont le Rwandais, Paul Kagame, mais aussi ceux des pays du G5 Sahel.

L’une des questions centrales du sommet sera celle d’un retour de la Russie, qui avait été exclue de cette instance en 2014, après l’annexion par la force de la Crimée et la déstabilisation de l’est de l’Ukraine. Le président français en a discuté, lors d’un entretien de plus d’une heure au téléphone dans la nuit du 20 au 21 août, avec son homologue américain Donald Trump, qui présidera le G7 l’année prochaine et se dit favorable à la réintégration de Moscou sans évoquer de préalables particuliers. « Il est pertinent qu’à terme la Russie revienne », a reconnu Emmanuel Macron, tout en rappelant que l’on ne peut oublier les raisons pour lesquelles elle en a été exclue et donc la nécessité de gestes significatifs du Kremlin sur l’Ukraine. « Dire “la Russie sans conditions doit demain revenir à la table”, c’est en quelque sorte acter la faiblesse du G7 », a-t-il explicité.

C’était l’une des raisons de la rencontre au fort de Brégançon cinq jours avant le G7 avec Vladimir Poutine. Le président aurait montré sa disponibilité à discuter sérieusement avec Kiev pour la mise en œuvre des accords de Minsk de février 2015 qui avaient mis fin aux combats les plus intenses mais restés jusqu’ici lettre morte. Une réunion d’un sommet à quatre de format Normandie – France, Allemagne, Russie, Ukraine – pourrait se tenir dans quelques semaines à Paris.

Les débats avec Trump s’annoncent houleux

« Il est essentiel d’arrimer la Russie à l’Europe car elle est européenne par son histoire, comme par sa géographie, et plus nous dirons qu’elle est européenne, plus elle le sera », a expliqué Emmanuel Macron qui, par cette ouverture à Moscou sans pour autant cacher les divergences, veut affirmer la France comme une « puissance d’équilibre ». « Même si nous avons des amis et des alliés, nous devons parler à tout le monde. Les ennemis de nos alliés ne sont pas nécessairement les nôtres », a-t-il insisté, reprenant des accents gaulliens et marquant sa différence vis-à-vis de Donald Trump. Les débats avec le locataire de la Maison Blanche s’annoncent pour le moins houleux. Ils vont commencer dès vendredi soir au dîner quand seront discutés les grands dossiers politiques. A commencer par la crise du Golfe.

« On doit avoir une discussion au sommet sur comment on gère le dossier iranien, on a des vrais désaccords au sein du G7 : trois puissances européennes et le Japon qui ont une position assez claire, un rapport avec l’Iran totalement assumé, et les Américains (…) qui ont décidé de changer totalement de ligne et ont dénoncé l’accord de 2015 sur le nucléaire », a expliqué le président français qui tente de se poser en médiateur entre Téhéran et Washington.

Le chef de l’Etat a précisé qu’il aurait, « avant le G7, une réunion avec les Iraniens pour essayer de proposer des choses » et il devrait rencontrer le 23 août, selon l’agence officielle iranienne Irna, le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. L’Elysée espère arriver à obtenir un allégement des sanctions rétablies par Washignton en échange d’un retour de Téhéran au respect de ses engagements. Mais Donald Trump reste intransigeant rappelant dans un tweet la semaine dernière visant clairement Emmanuel Macron que « personne ne parle pour les Etats-Unis à part les Etats-Unis eux-mêmes ».

L’hôte de la Maison Blanche se montre tout aussi inflexible à propos de la taxe française sur les géants américains du numérique pourfendant dans un tweet « la stupidité de Macron ». Le président français compte bien néanmoins défendre à Biarritz son projet dénonçant un système « fou » où « les acteurs mondiaux du numérique ne contribuent pas fiscalement au financement du bien commun, ce qui n’est pas soutenable ».

23 août 2019

A Biarritz, avant le G7 : « On a le sentiment de vivre au cœur de l’été avec une fréquentation d’automne »

G7

Par Michel Garicoïx, Bayonne, correspondant, Raphaëlle Bacqué, Biarritz, Pyrénées-Atlantiques, envoyée spéciale

La ville a été divisée en trois zones, selon les niveaux de sécurité. Les commerçants oscillent entre l’irritation devant la perte de chiffre d’affaires et l’espoir d’une promotion de leur ville dans le monde.

Un peu avant minuit, jeudi 22 août, des dizaines de policiers ont tiré des barrières métalliques à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Un drôle de ballet sonore pendant que, dans la pénombre, les riverains retiraient leurs voitures et que les derniers touristes quittaient le bord de mer. En moins d’une heure, la grande plage, le casino et l’hôtel du Palais voulu par Napoléon III pour Eugénie, le long de l’océan, ont été séparés du reste du monde. Et la ville s’est réveillée ainsi divisée, à la veille du G7 qui doit accueillir ce week-end sur la côte basque les dirigeants des pays les plus riches.

« Désormais, il existe deux Biarritz et même trois », explique patiemment un hôtelier à des Anglais qui ne savent plus très bien s’il est excitant d’être au cœur d’un événement mondial ou rageant de voir ses vacances compliquées par les mesures exceptionnelles de sécurité. Trois Biarritz sur quelques kilomètres carrés.

Une sorte de Fort Knox

D’abord, la ville habituelle, délestée toutefois d’une bonne part de ses vacanciers et dont une partie des voies d’accès sont désormais bloquées par des camions de CRS. Ensuite, ce bout de cité en « deuxième ligne », comme disent les agents immobiliers, où seuls peuvent entrer les résidents et les clients des hôtels. Dans cette zone au centre de Biarritz où le moindre passant doit être muni d’un badge, « on a le sentiment de vivre au cœur de l’été mais avec une fréquentation d’automne », murmure un commerçant. Les terrasses sont à moitié pleines. Les restaurants, où d’habitude on se bouscule, sont tranquilles comme lors d’une semaine de Toussaint. Les rues ne connaissent plus la plaie des embouteillages, d’ailleurs les voitures ont quasi disparu. C’est délicieux pour celui qui flâne sans devoir ni travailler ni se déplacer.

Et puis, à mesure qu’on approche de l’Atlantique, se dessine la « zone 1 », cette langue bouclée par des policiers et des militaires et hachurée de rouge sur les plans de la ville distribués depuis dix jours par la mairie. Là, se croisent devant le casino et le Palace où logeront les chefs d’Etat – Donald Trump excepté –, les délégations des pays du G7 et celles venues d’Inde, d’Australie ou d’Afrique, dont les dirigeants n’entreront en piste que dimanche, conviés en deuxième partie de sommet par le club des pays riches qu’accueille la France.

C’est évidemment le lieu le plus spectaculaire du moment. Une sorte de Fort Knox léché par les vagues scintillantes de l’océan. Dès jeudi après-midi, alors que le front de mer était encore ouvert au public, on y a vu arriver des files de monospaces noires. En sont descendus des centaines de diplomates et technocrates en costumes/cravates sombres, troupeau saugrenu croisant celui des surfeurs – peau bronzée et musculature impeccable – qui remontaient de la grande plage de Biarritz en tenant sous le bras leur planche.

Les boutiques font grise mine

Maintenant que les surfeurs ont été priés d’aller surfer ailleurs, il n’y aura plus jusqu’à lundi, devant le magnifique océan, que ces hommes en noir, et aussi quelque 2 000 journalistes venus du monde entier, dont beaucoup traînent d’énormes appareils photo avec zoom ou de grosses caméras. Les bateaux n’ont plus le droit de mouiller au large de la zone jusqu’à mardi. Sur les toits des immeubles, des soldats équipés de mitraillettes veillent, comme les hélicoptères et les drones qui passent dans le ciel.

Evidemment, la transformation en bunker de cette charmante cité balnéaire de 25 000 habitants, dont un sur deux est retraité, ne va pas sans tiraillement. Les boutiques de luxe sur l’avenue de l’Impératrice, séparées de la route où passeront les chefs d’Etat par une palissade noire, ont été engagées par la mairie à rester ouvertes mais font grise mine.

En voyant ces milliers de policiers, venus souvent de toute la France, déployés dans la ville, la plupart des habitants et des commerçants ont certes cessé d’avoir peur des manifestants et des éventuels casseurs dont chacun parle depuis des mois. Mais rue Gambetta, une partie des commerçants, constatant la fuite des touristes, ont choisi de tirer le rideau pendant quatre jours. « D’habitude, je fais soixante couverts, là j’en ai fait à peine quinze », constatait dès jeudi soir le patron du Bistrot de Biarritz, Jérôme Mathelié-Quintet. Portée par son enthousiasme, la mairie avait projeté un moment de distribuer aux commerces un autocollant « J’aime mon G7 ». Des âmes lucides ont glissé « point trop n’en faut » et l’hôtel de ville a fini par renoncer à l’opération.

« Une aubaine pour la marque Biarritz-Pays basque »

« Bien sûr, nous avons des parkings fermés, des contrôles, moins de bus. Mais ce sommet est une aubaine pour cette destination internationale, pour la marque Biarritz-Pays basque, et donc pour tout notre territoire, juge cependant Serge Istèque, président de l’Office de commerce et de l’artisanat. Aux Espagnols, Allemands ou Anglais habitués, peuvent s’ajouter des Américains ou des Canadiens jusqu’alors peu présents. Notre renommée va ainsi les toucher, maintenant et à l’avenir. »

Le tourisme représente 15 000 emplois directs dans la cité, et même si la fin du mois d’août est « gâchée » par le G7, la publicité qui en résultera, espère la mairie, est un atout : « J’ai mes opinions sur Trump ou le respect des droits de l’homme, mais ne nous privons pas de cette résonance et de ces journalistes qui vont être nos ambassadeurs », rappelle ce commerçant du quartier des Halles.

Et puis, le G7 a ses avantages. C’est en prévision de l’évènement que les travaux de rénovation de l’aéroport comme ceux de l’hôtel du Palais ont été accélérés. Le 22 août, alors que la ville se hérissait peu à peu de barrières, la ministre des transports et de la transition écologique, Elisabeth Borne, est venue essayer le Tram’Bus de l’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz.

En face de la mairie et en plein soleil, elle a pu profiter d’un « essai » de ce véhicule articulé à traction totalement électrique. Fabriqué par le constructeur basque Irizar, il équipera dès le 2 septembre une première ligne nord-sud de Tarnos à Biarritz, ce qui devrait alléger la circulation dans une région où la voiture est reine (à Biarritz, les transports en commun ne réalisent que 4 % des déplacements).

Une toute jeune entreprise, Pragma Industries, a elle aussi profité du G7 pour fournir les quelque deux cents vélos électriques avec piles à hydrogène qu’Engie a loué pour les journalistes accrédités pour le sommet.

Le maire de Biarritz, Michel Veunac (MoDem), 73 ans, ancien psychosociologue spécialisé dans la communication, qui se vante d’être un ami du chef de l’Etat et de François Bayrou, entend bien, en tout cas, faire du G7 un tremplin. Depuis un an qu’il travaille avec services de renseignement, policiers, diplomates et le préfet des Pyrénées-Atlantiques pour préparer l’évènement, il ne veut pas que les mécontentements et, pire encore, les manifestants gâchent ce G7 imaginé à Biarritz lors d’un dîner à l’Elysée en février 2018.

Prudent, il a reporté sa décision de se représenter ou pas à la mairie à la fin septembre, « après le sommet ». Menacé par l’éventuelle candidature du ministre de l’agriculture d’Emmanuel Macron, Didier Guillaume, il s’imagine déjà porté si le G7 est bien le succès qu’il espère. Il ne pourra cependant vraiment souffler qu’après dimanche, où des manifestations sont attendues à Bayonne et autour de sa ville.

Michel Garicoïx (Bayonne, correspondant) et Raphaëlle Bacqué (Biarritz, envoyée spéciale)

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10 juin 2018

Isolé, Trump est parvenu à imposer son agenda au cours d’un G7 explosif

g7

Par Marc Semo, La Malbaie, Québec, envoyé spécial - Le Monde

Les sept dirigeants réunis au Québec ont réussi à se mettre d’accord sur une déclaration commune sur le commerce… désavouée quelques heures plus tard par le président américain.

Les apparences étaient sauves. Malgré les tensions initiales et des différends de fond à peine masqués par les sourires et les traditionnelles accolades, les dirigeants des pays du G7 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Canada, Japon) réunis les vendredi 8 et samedi juin 9 à La Malbaie, au Québec, avaient réussi à se mettre d’accord sur une déclaration finale commune. Un texte de compromis de huit pages et vingt-huit points laborieusement négociés jusqu’au dernier moment. Il s’agit « de déclarations et il faut attendre des actes », avait rappelé, prudent, Emmanuel Macron. « Mais même si ce texte n’est pas juridiquement contraignant, la signature du président américain l’engage. »

Las, quelques heures à peine après la publication du communiqué, alors qu’il était en route pour Singapour, où il doit rencontrer mardi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, le président américain Donald Trump a retiré bruyamment son soutien au texte, via son canal de communication préféré, Twitter : « En raison des fausses déclarations de Justin [Trudeau, premier ministre canadien] à sa conférence de presse, et du fait que le Canada impose des taxes massives sur nos agriculteurs, travailleurs et entreprises américains, j’ai demandé à nos représentants américains de retirer le soutien au communiqué, tandis que nous envisageons des tarifs douaniers sur les automobiles qui inondent le marché américain ! »

Dans un second tweet, il a même insulté le Canadien, jugé « très malhonnête et faible ». La cause de son ire ? M. Trudeau a estimé samedi à l’issue du sommet que les droits américains étaient, « pour les Canadiens qui se sont battus aux côtés des soldats américains », « plutôt insultants » – les Etats-Unis ayant invoqué un enjeu de sécurité nationale pour justifier la hausse des droits de douanes. « Nous sommes polis, raisonnables, mais nous ne nous laisserons pas bousculer », a ajouté le premier ministre canadien.

Davantage un « G6 + 1 »

Ce dernier rebondissement conclut un sommet qui a davantage relevé du « G6 + 1 » que du G7, comme cela avait déjà été le cas à Taormine (Italie) lors du précédent G7 ou à Hambourg (Allemagne), en 2017, à la fin du G20.

« L’accord entre tous les membres du G7 sur la question commerciale, en particulier les Etats-Unis, a permis de stopper une certaine escalade mais il faut désormais que ces derniers agissent conformément à ce texte », voulait croire Emmanuel Macron. Angela Merkel soulignait en écho que cette position commune sur le commerce ne résolvait « pas les problèmes dans le détail ».

« Nous soulignons le rôle crucial d’un système commercial international fondé sur des règles et continuons à combattre le protectionnisme », peut-on lire dans le communiqué final. La mention de nécessaires « règles » collectives était une exigence des Européens, qui n’ont eu de cesse de dénoncer les menaces de guerre commerciale de Donald Trump.

Le texte relève aussi le rôle clef de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), symbole de tout ce qu’abhorre Donald Trump. Mais elle évoque aussi sa nécessaire réforme qu’Emmanuel Macron appelait déjà de ses vœux lors de son discours devant l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) le 30 mai. Ce document de compromis répond à certaines exigences du président américain reprenant le mot de « réciproque » pour le libre-échange, qui se doit d’être également « libre, équitable et mutuellement avantageux ».

« 10 sur 10 »

Malgré ses rodomontades et ses effets de manche en arrivant au sommet, Donald Trump avait donc finalement lâché du lest. « Il avait face à lui un front uni des Européens rejoints par le Canada et le Japon, je ne sais pas ce qu’il se serait passé si nous avions été divisés », a expliqué le président français soulignant que « son homologue américain ne voulait pas être isolé ».

Donald Trump a néanmoins dicté de fait son agenda aux travaux. Il a toutes les raisons d’être satisfait. « Ce sommet a été succès », s’est félicité le président américain avant de quitter La Malbaie où les travaux devaient se poursuivre avec une séance consacrée au changement climatique et à l’état de santé des océans. Il a même loué publiquement lors de sa conférence de presse la qualité de ses relations avec ses partenaires donnant « 10 sur 10 » comme note à Emmanuel Macron et Angela Merkel. Mais grand maître dans l’art de souffler le chaud et le froid par ses foucades, le président américain n’en a pas moins repris ses attaques et réclamé de ses pairs une modification des règles du jeu régissant le commerce international.

« On profite des Etats-Unis depuis des dizaines et des dizaines d’années, cela ne peut pas continuer ainsi », a dit le président américain, clamant à nouveau que son pays est fatigué d’être la « “piggy bank” [la tirelire] que tout le monde pille ». Il a même pris de court ses partenaires avec une proposition radicale : faire du G7 une zone de libre-échange total, sans tarifs douaniers, sans barrières d’aucune sorte, et sans subventions à l’exportation.

Mais il s’agit avant tout de rééquilibrer les échanges mondiaux qui sont, a-t-il dit, à l’origine d’une véritable fuite des emplois et des entreprises hors des Etats-Unis. Sa décision, le 31 mai, d’imposer des droits de douane sur les importations américaines d’acier et d’aluminium en provenance du Canada, de l’Union européenne et du Mexique, avait déchaîné la colère de ses partenaires mettant la question du protectionnisme américain au cœur des travaux du G7.

Des discussions d’une âpreté rare

Les déclarations positives des divers leaders cachaient mal les fractures entre Donald Trump et ses partenaires qui ont réussi à faire bloc tout au long des deux jours du sommet. Les discussions ont été d’une intensité, voire d’une âpreté, rare en une telle enceinte même si, face aux caméras, tous ont préféré jouer la cordialité. Dès le premier dîner de travail vendredi soir, le président américain s’était lancé dans une longue diatribe énumérant tous les différents griefs qu’il nourrissait à l’égard des autres pays du G7, principalement l’Union européenne et le Canada, depuis des semaines.

Mais le dîner étant centré sur la politique étrangère, l’atmosphère était plus conviviale avec notamment un consensus pour soutenir les efforts du président américain dans la recherche d’un accord avec la Corée du Nord ou sur la Syrie notamment pour arriver à une solution politique inclusive. A propos du nucléaire iranien, les Sept ont réussi à se mettre d’accord dans le document final sur une formule allusive évoquant le danger représenté par le programme balistique de Téhéran et la nécessité que le programme nucléaire reste pacifique et sous contrôle, sans mentionner pour autant explicitement l’accord de juillet 2015 dont le président Trump s’est retiré.

« Le G7 a permis le dialogue là où depuis des semaines il n’y avait que des actes unilatéraux et c’est sa raison d’être », s’est félicité Emmanuel Macron. La France prend maintenant la présidence du G7 qui se tiendra à Biarritz l’été 2019. Interrogé sur un éventuel retour de la Russie exclue de cette instance en 2014 après l’annexion de la Crimée et son agression dans l’est de l’Ukraine, le chef de l’Etat a affirmé qu’il aimerait que Vladimir Poutine puisse venir au prochain sommet, mais que cela implique qu’il agisse favorablement en Ukraine.

« La Russie est une grande puissance européenne. Nous devons travailler ensemble. Mais il faut être cohérent : on élargira le G7 si et seulement si les accords de Minsk sur l’Ukraine sont respectés. La balle est dans le camp de la Russie », a expliqué le président français. Sans faire mention explicitement de la Crimée. Avant l’ouverture du sommet vendredi, Donald Trump avait évoqué la réintégration de la Russie au sein du G7. L’hypothèse a été rejetée notamment par les membres européens du groupe. Quelques heures plus tôt, le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, expliquait que son pays n’était guère intéressé par un retour dans le G7, préférant le G20 qui réunit toutes les grandes puissances économiques, y compris les émergents.

g7 reunion

9 juin 2018

Derrière les sourires de façade, un sommet du G7 marqué par les divisions

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Par Marc Semo, La Malbaie, envoyé spécial, Gilles Paris, Washington, correspondant, Arnaud Leparmentier, New York, correspondant - Le Monde

Lors de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement, les Etats-Unis opposent au multilatéralisme de ses alliés la doctrine de « l’Amérique d’abord ».

Les images sont celles de tous les G7, avec les chefs d’Etat ou de gouvernement des sept principales puissances économiques et démocratiques (Etats-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada, Japon), souriant et prenant la pose pour la photo de famille en compagnie de l’hôte du sommet, le premier ministre canadien Justin Trudeau, devant le paysage somptueux du Saint-Laurent. Mais ce G7, marqué par des tensions sans précédent, du fait de la multiplication des mesures unilatérales américaines, notamment en matière commerciale, n’est pas comme les autres.

Faute de pouvoir faire l’impasse sur la réunion, Donald Trump, dernier arrivé vendredi 8 juin à la mi-journée, a décidé de réduire au maximum sa présence sur place. Il en repartira dès samedi matin, au prétexte du sommet historique prévu le 12 juin à Singapour avec le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Le président des Etats-Unis, qui n’apprécie guère cette instance, symbole d’une coopération multilatérale qu’il abhorre, n’assistera donc pas à la séance consacrée au réchauffement climatique.

La réintégration de la Russie

Le locataire de la Maison Blanche est pour la première fois face aux dirigeants des six autres pays depuis qu’il a frappé leur acier et leur aluminium de tarifs douaniers renforcés. Ses partenaires sont unanimes à dénoncer le protectionnisme américain et ne cachent pas leur irritation pour les foucades du milliardaire, qui s’est montré combatif dans une série de messages publiés jeudi et vendredi matin sur son compte Twitter, ciblant notamment le marché laitier canadien, qui priverait les agriculteurs américains d’importants débouchés. Promettant de « rectifier les accords commerciaux injustes » avec les autres membres du G7 qui pénalisent, selon lui, les Etats-Unis, et en l’absence de consensus, il a assuré :

« Nous nous en sortirons encore mieux. »

En quittant la Maison Blanche pour la base militaire d’Andrews, vendredi matin, il avait ajouté une petite provocation en plaidant pour la réintégration de la Russie de ce conclave, d’où elle a été écartée en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée, qui a entraîné des sanctions américaines et européennes. « Ils ont expulsé la Russie, ils devraient réintégrer la Russie. Parce que nous devrions avoir la Russie à la table de négociations », a-t-il lancé. Rapidement, les Européens ont enterré l’idée. « Un retour de la Russie dans le format G7 n’est pas possible tant que nous ne verrons pas de progrès substantiels en relation avec le problème ukrainien », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. Le chef du gouvernement populiste italien, Giuseppe Conte favorable à un rapprochement avec Moscou, a approuvé cette position commune.

LORS DE LA RÉUNION, LA COMMISSION A PRÉPARÉ LES CHIFFRES À UTILISER POUR QUE LES EUROPÉENS AIENT TOUS LES MÊMES DONNÉES À OPPOSER À CELLES DE DONALD TRUMP

« Ce qui m’inquiète le plus, est de voir que l’ordre mondial, basé sur des règles communes, se retrouve défié non par les suspects habituels, mais, de façon surprenante, par son principal architecte et garant : les Etats-Unis », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, lors d’un point de presse, vendredi matin aux côtés du président de la Commission, Jean-Claude Juncker. MM. Juncker et Tusk, arrivés en avance, se sont concertés la veille avec Justin Trudeau. Il fallait maintenir l’unité de tous face à Donald Trump et éviter que la réunion ne déraille d’entrée de jeu. La première séance sera donc consacrée à l’économie, l’intelligence artificielle, l’éducation, des sujets généraux, avant d’aborder le vif du sujet, le commerce, au cours de la seconde session.

Coordonner les positions

Emmanuel Macron est sur la même ligne et il a pris l’initiative de convoquer, à 10 h 30 vendredi matin, une réunion des dirigeants Européens présents. Juste avant que Jean-Claude Juncker rencontre le premier ministre italien Giuseppe Conte, dont c’est la première sortie internationale. M. Juncker l’a amadoué, expliquant que la Commission examinerait son budget et lui a rappelé que Bruxelles et Rome mènent le même combat sur l’immigration.

Hors de question, en revanche, de ne pas faire front commun sur le sujet du commerce. Lors de la réunion, la Commission a préparé les chiffres à utiliser pour que les Européens aient tous les mêmes données à opposer à celles de Donald Trump. Teresa May est prête à jouer le jeu, sans doute encore plus humiliée que les autres qu’on lui impose des droits de douane au nom de la sécurité nationale. Tant pis pour la relation spéciale.

L’objectif est aussi de coordonner les positions, notamment en ce qui concerne le projet de communiqué final sur le quel travaillent encore les sherpas. La réunion pourrait s’achever sans texte commun ou avec un texte a minima ponctué de nombreuses exceptions ou même par une simple déclaration de la présidence canadienne. Déjà, à Taormine (Sicile), l’an dernier, le communiqué final du G7 – long d’à peine six pages – prenait acte du refus américain de s’engager sur la question du climat, mais les 39 autres points étaient signés par tous. Les divergences cette fois sont encore plus fortes. En prendre acte serait de l’aveu de la chancelière Angela Merkel « un signe d’honnêteté ».

« Le pire serait un communiqué avec des formulations qui ne correspondent pas ou qui restent en deçà de nos attentes », a relevé l’Elysée. Lors de leur réunion commune, les leaders européens ont fixé leurs lignes rouges, s’engageant à refuser toute formulation à propos du commerce international qui ne fasse par référence « à des règles collectives » ainsi qu’au rôle de l’Organisation mondiale du commerce, deux défis ouverts aux positions américaines. Il est aussi hors de question d’accepter que le communiqué ne mentionne pas explicitement l’accord de Paris sur le climat ou de formulation remettant en cause l’accord sur le nucléaire iranien. Les conclusions du G7 n’ont aucune portée normative, mais cette bataille est symbolique.

Trump peu enclin au compromis

Quand le sommet a commencé à la mi-journée, Donald Trump a voulu attaquer bille en tête sur le commerce, mais comme prévu, Justin Trudeau lui a expliqué qu’on aborderait le sujet ensuite au déjeuner de travail. M. Trudeau a introduit le sujet, tandis qu’Angela Merkel a pris la parole, particulièrement remontée. S’ensuivit la prise de parole de Donald Trump, qui s’est lancé dans un long monologue de 15-20 minutes, étalant crûment ses griefs contre ses partenaires, se plaignant des déficits, accusant ses prédécesseurs d’avoir très mal négocié.

« Un déballage sans précédent dans un tel sommet, mais il a eu le mérite de mettre les problèmes sur la table », a commenté un diplomate français. Les dirigeants se sont regardés, ont levé les yeux au ciel, avant de regarder leurs chaussures. Emmanuel Macron a ensuite pris la parole, expliquant au président américain que les décisions unilatérales prises en fin de soirée ne pouvaient pas fonctionner. Et que ses chiffres étaient faux.

Entre Donald Trump et Emmanuel Macron, les relations ne sont plus ce qu’elles étaient, mais ce n’est pas non plus la rupture. Dès son arrivée au sommet, le locataire de la Maison Blanche a voulu rencontrer le Français pour un tête-à-tête de dix minutes, puis ils se sont revus à nouveau en fin de journée, pour un véritable entretien. « Nous avons eu un début de discussion sur des sujets d’actualité comme le commerce, qui ont permis de lever, je crois, beaucoup de possibles malentendus », a affirmé le président de la République. « C’est mon ami », a clamé de son côté l’Américain, qui promet un mystérieux résultat « positif » du sommet.

La présidence canadienne du sommet croit toujours possible d’élaborer un consensus sur trois thèmes : la pollution plastique des océans, l’éducation des filles et la lutte contre les ingérences étrangères dans les processus démocratiques.

« LES ORGANISATIONS MULTILATÉRALES INTERNATIONALES NE VONT PAS DÉTERMINER LA POLITIQUE AMÉRICAINE »

LARRY KUDLOW, CONSEILLER ÉCONOMIQUE DE DONALD TRUMP

Le fossé n’en reste pas moins immense. Sur le fond, Donald Trump est de moins en moins enclin au compromis. Sa combativité s’appuie sur les excellents résultats enregistrés ces derniers mois par l’économie américaine qui, selon lui, valident sa stratégie de « l’Amérique d’abord ».

« Les choix politiques sont bons et j’ai espoir que nos partenaires du G7 vont en prendre note », a assuré son conseiller économique, Larry Kudlow, au cours d’un briefing avec la presse, mercredi 6 juin, dressant un bilan accablant du commerce mondial, qualifié de « bazar ». « L’Organisation mondiale du commerce, par exemple, est devenue complètement inefficace. Et même quand elle prend des décisions, les pays importants ne les respectent même pas », a estimé M. Kudlow, clamant que « les organisations multilatérales internationales ne vont pas déterminer la politique américaine. Je pense que le président l’a dit très clairement. »

8 juin 2018

Au sommet du G7, Trump seul contre tous

Par Marc Semo, Ottawa, envoyé spécial - Le Monde

Commerce, Iran, climat : les sujets de discorde s’accumulent entre les sept puissances occidentales du G7, qui se réunissent vendredi et samedi à La Malbaie, au Canada

Jamais un G7 ne s’est annoncé aussi tendu, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et leurs alliés, de bras de fer sur le climat et de crise transatlantique après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien. Jamais non plus Washington n’a été aussi isolé au sein cette instance regroupant, outre les Etats-Unis, le Royaume-uni, la France, l’Allemagne, le Japon, le Canada et l’Italie. « Il ne s’agit plus d’un G7 mais d’un G 6+1 » : la formule lancée l’an dernier lors du précédent sommet, à Taormine en Sicile, a depuis fait florès.

Déjà alors, se dessinaient les oppositions entre le nouveau locataire de la Maison Blanche et ses alter ego, dont bon nombre étaient aussi des néophytes, à commencer par Emmanuel Macron mais aussi la première ministre britannique, Theresa May, ou le président d’alors du conseil italien, Paolo Gentiloni, dont le successeur Giuseppe Conte, représentant la coalition anti-système de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles au pouvoir à Rome, sera cette année le seul nouveau visage.

Cette instance, créée en 1975 à l’initiative du président Giscard d’Estaing afin de réunir « les principales puissances économiques démocratiques », ne prétend pas être un directoire du monde. Les réunions du G7 tiennent plutôt d’un entre-soi informel où les chefs d’Etat ou de gouvernement discutent d’autant plus librement qu’il n’y a pas de décision à prendre. Mais depuis l’arrivée de Donald Trump, ce dialogue devient de plus en plus difficile.

DONALD TRUMP SEMBLE FAIRE BIEN PEU DE CAS DES AVIS D’EMMANUEL MACRON, QUI N’A CESSÉ DE LUI RÉPÉTER QUE L’ON NE FAIT PAS « DE GUERRE COMMERCIALE ENTRE ALLIÉS »

Avant de se rendre sur les lieux du sommet, qui se déroulera les 8 et 9 juin à La Malbaie, à 150 kilomètres de la ville de Québec, le président français s’est arrêté à Ottawa pour s’entretenir avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau, afin de se coordonner et faire front commun face à Washington, notamment dans la guerre commerciale ouverte avec les taxes sur l’acier et l’aluminium que l’administration américaine a finalement décidé d’appliquer à ses alliés européens, comme au Canada et au Mexique.

Les deux leaders quadragénaires sont aussi attachés l’un que l’autre au multilatéralisme qu’au libre-échange. L’un comme l’autre ont aussi tenté sans succès d’amadouer le président américain, avec qui ils ont longtemps entretenu de bonnes relations personnelles, pour le faire revenir sur sa décision. Depuis, Justin Trudeau a annulé une visite aux Etats-Unis et imposé des taxes aux importations américaines.

« Sérieuses controverses »

Le président français est le plus ferme à réagir côté européen. A en croire CNN, une conversation téléphonique le 31 mai avec son « ami » Donald Trump, qui n’aime guère être critiqué, aurait été « terrible », mais l’Elysée dément. Donald Trump semble en tout cas faire bien peu de cas des avis d’Emmanuel Macron, qui n’a cessé de lui répéter que l’on ne fait pas « de guerre commerciale entre alliés ». Le G7 sera l’occasion d’un nouveau tête-à-tête entre les deux chefs d’Etat, un mois et demi après la visite à Washington d’Emmanuel Macron.

Encore virtuelles il y a un an, les lignes de fractures entre les Etats-Unis et leurs partenaires sont devenues plus évidentes. « Donald Trump se pose en perturbateur radical et, au-delà de telle ou telle mesure protectionniste ponctuelle, il semble bien décidé à remettre en cause un système de libre-échange qu’il juge injuste », analyse Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis de l’Institut français des relations internationales (IFRI), soulignant qu’il n’y a guère de compromis à espérer avant les élections de mi-mandat en novembre.

L’acier ne représente certes qu’une part minime des exportations européennes vers les Etats-Unis, mais les Vingt-Huit craignent que des mesures similaires visent ensuite les importations d’automobiles, ce qui toucherait au premier chef l’Allemagne. Une rude tâche attend donc au G7 Emmanuel Macron, leader de fait des Européens présents, alors que Theresa May est engluée dans le Brexit, que Giuseppe Conte est aussi inexpérimenté qu’illisible et qu’Angela Merkel est affaiblie. Si la chancelière allemande reste ferme dans ses propos, affirmant s’attendre « à de sérieuses controverses » et reconnaissant « nombre de différences » entre les Etats-Unis et leurs partenaires, certains craignent, à Paris comme à Bruxelles, que Berlin soit tenté de faire cavalier seul pour trouver un arrangement avec Washington.

« Palabres inefficaces »

L’accord de juillet 2015 sur le nucléaire iranien, dont Washington s’est retiré, sera l’autre grand sujet de confrontation à La Malbaie. Paris, ainsi que Londres et Berlin, estiment qu’il est impératif de maintenir ce texte, qui met sous contrôle international le programme nucléaire de Téhéran en échange d’une levée des sanctions. En même temps, ils reconnaissent la nécessité de le compléter sur le programme balistique de la République islamique, les dispositions pour l’après-2025 ou la politique régionale agressive de l’Iran.

L’urgence est d’éviter que les Iraniens se retirent aussi de l’accord, lui donnant le coup de grâce, ce qui arrivera immanquablement s’ils n’en dégagent aucun bénéfice. Or les sanctions américaines ciblent toutes les entreprises, y compris non américaines, continuant à travailler avec l’Iran. Malgré les plaidoyers des Européens, l’administration Trump n’est guère disposée à accorder de quelconques exemptions.

« Le défi est d’essayer de préserver une forme d’unité à l’intérieur du G7 et vis-à-vis de l’extérieur, mais il ne faut pas hésiter à exprimer de manière ferme et forte les intérêts de la France et de l’Europe », avertit l’Elysée. Au-delà même des points les plus litigieux, il sera difficile d’arriver à un consensus sur les thèmes officiels prévus par la présidence canadienne – croissance inclusive, avenir du travail et du commerce, paix et sécurité, égalité femmes-hommes, changement climatique et énergie propre.

Lors du précédent G7, les Etats-Unis avaient refusé de signer le texte final, alors que Donald Trump préparait son retrait de l’accord sur le climat, annoncé quelques jours plus tard. La semaine dernière à Paris, les Etats-Unis ont refusé de signer la déclaration finale de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), rejetant le principe de négociations multilatérales dénoncées comme « des palabres interminables et inefficaces ». Le G7-finances des 1er et 2 juin n’a pas non plus permis de déboucher sur une déclaration commune.

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