Paris, un déconfinement à hauts risques
Denis Cosnard
La maire de la capitale, Anne Hidalgo, souhaite tester massivement, mais fait face à la pénurie de matériel
Retour à l’Hôtel de ville pour les élus de Paris. Ou du moins pour une quarantaine d’entre eux, afin de respecter les distances de sécurité entre chacun. Mardi 28 avril, ils retrouveront l’hémicycle pour un conseil municipal exceptionnel, consacré à l’épidémie de Covid-19. Après un hommage aux victimes, les élus, dont le mandat a été prolongé, débattront de la crise sanitaire. L’occasion, pour la maire Anne Hidalgo, de présenter la façon dont elle prépare la sortie du confinement… Et pour ses opposants de faire entendre leur voix.
Rachida Dati, la candidate Les Républicains (LR) à la Mairie, critique déjà vivement la gestion de la crise par l’édile socialiste. D’autres sont plus nuancés. « Je n’ai rien à redire à ses décisions et ses annonces, mais nous serons très vigilants sur leur concrétisation », commente ainsi Pierre-Yves Bournazel, un macroniste de droite. Un point d’accord entre élus de tout bord : sortir du confinement, dès le 11 mai, une capitale comme Paris s’annonce une opération à hauts risques.
Le défi du 11 mai La date fixée par Emmanuel Macron est-elle tenable ? Aujourd’hui, Paris et sa région sont encore en pleine vague épidémique. En Ile-de-France, 12 340 patients demeurent hospitalisés pour cause de Covid-19, dont plus de 2 000 en réanimation. La décrue, entamée il y a une dizaine de jours, reste lente.
Dans ces conditions, autoriser les 12 millions de Franciliens à sortir de chez eux dans moins de vingt jours suscite des interrogations. « Comment croire un seul instant que Paris pourrait être prêt pour le déconfinement au 11 mai ?, demande Danielle Simonnet, la candidate de La France insoumise (LFI) à la Mairie. La pandémie risque de repartir de plus belle. » Le maire (LR) du 15e arrondissement, Philippe Goujon, ne cache pas davantage son inquiétude : « Vu la vigueur de l’épidémie, l’extrême densité de la ville et l’ampleur des problèmes à résoudre, c’est à Paris que le déconfinement sera le plus compliqué. On peut y arriver avec beaucoup d’organisation et de volontarisme, mais c’est risqué. »
Consciente de l’envie d’une partie des Parisiens d’en finir avec l’enfermement, Anne Hidalgo n’a pas demandé de report de la date lors de sa réunion avec Emmanuel Macron, jeudi 23 avril. Elle a cependant insisté sur la nécessité de disposer d’assez de tests et de masques. Selon l’Elysée, la levée des restrictions « pourra être adaptée aux réalités de chaque territoire ». A Paris, « ce sera forcément progressif », dit-on à la Mairie.
La pénurie de tests et de masques C’est le premier problème. En matière de tests, « la pénurie commence à être moins forte », assure Anne Souyris, adjointe chargée de la santé. Le dépistage massif que souhaitait Anne Hidalgo pour éviter que des personnes contagieuses ne circulent bute néanmoins sur les difficultés d’approvisionnement. Pour l’heure, le dépistage reste donc réservé aux soignants, aux personnes présentant des symptômes, aux résidents des maisons de retraite et des foyers de migrants. La montée en puissance de ce dispositif semble incertaine. La cartographie de l’épidémie à laquelle travaillent la municipalité et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris devrait permettre de tester en priorité certains quartiers.
Les soucis existent aussi en matière de masques. Dans l’absolu, il faudrait que tout le monde en porte dès à présent. « Mais il est difficile d’obliger les gens à porter des équipements qui font l’objet d’une pénurie », reconnaît Emmanuel Grégoire, le premier adjoint d’Anne Hidalgo. Faute de masques médicaux, la Ville de Paris a commandé 2,5 millions d’articles « grand public », en tissu et lavables, qu’elle entend distribuer gratuitement, sans doute dans les pharmacies. Les 500 000 premiers sont censés arriver ces prochains jours. Mais le reste sera-t-il au rendez-vous du déconfinement ? Et cela suffira-t-il si le port d’un masque devient obligatoire, au moins dans les transports ?
L’isolement en hôtel débute à peine Pour stopper les contaminations familiales, la municipalité parisienne propose désormais aux personnes contagieuses qui ne peuvent s’isoler chez elles d’être hébergées à l’hôtel pendant deux ou trois semaines. Toutefois, ce projet pilote débute à peine, avec seulement 114 patients pris en charge à ce jour dans des hôtels d’Accor. Si l’expérience est concluante, « tous les [établissements] volontaires auront vocation à participer au dispositif », assure Emmanuel Grégoire.
Une rentrée scolaire très floue Emmanuel Macron a décidé de faire coïncider déconfinement et réouverture des écoles. Mais le 11 mai, lesquelles accueilleront quels élèves ? Comment seront-elles adaptées aux nouvelles normes sanitaires ? Les cantines fonctionneront-elles ? « Nous travaillons d’arrache-pied sur ces sujets, et nous nous préparons à sonder les parents », assure la municipalité. Mais celle-ci est tributaire de décisions nationales qui n’ont pas encore été prises. Et la Ville va devoir composer avec l’absence d’une partie de ses agents. En réalité, « Paris n’est absolument pas préparé » à un retour à l’école, a déclaré Rachida Dati mercredi sur LCI.
Même flou concernant les crèches. « Les nouvelles règles vont diviser par trois le nombre d’enfants que nous pourrons y accueillir », indique Emmanuel Grégoire. Sur quels critères seront-ils choisis ? Pas de réponse à ce stade.
Le « verrou » des transports Pour les transports en commun, la réduction de l’offre va être encore plus drastique. Au maximum, 1 million de personnes pourront les utiliser en Ile-de-France, soit cinq fois moins qu’avant l’épidémie, selon Valérie Pécresse, la présidente de la région. La création de pistes cyclables temporaires risque de ne pas suffire.
Assurer l’hygiène en ville C’est un des sujets sur lesquels la municipalité a le plus avancé. Des distributeurs de gel hydroalcoolique ont commencé à être installés à l’entrée des bâtiments municipaux. La société JCDecaux devrait également en ajouter sur une partie du mobilier urbain, comme les arrêts de bus. La RATP fera sans doute de même dans le métro.
La question de l’aide aux entreprises Dernier sujet sensible, l’aide aux entreprises victimes du confinement. La droite s’étonne qu’Anne Hidalgo soit restée assez silencieuse sur la question. « Je demande à la maire un geste fort, une exonération totale de toutes les taxes municipales sur l’année pour les commerçants et entrepreneurs touchés, plaide Geoffroy Boulard, maire (LR) du 17e arrondissement. Il en va de la survie de notre économie. » Pierre-Yves Bournazel réclame aussi une exonération pour le secteur culturel.








