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Jours tranquilles à Paris
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26 avril 2020

Paris, un déconfinement à hauts risques

Denis Cosnard

La maire de la capitale, Anne Hidalgo, souhaite tester massivement, mais fait face à la pénurie de matériel

Retour à l’Hôtel de ville pour les élus de Paris. Ou du moins pour une quarantaine d’entre eux, afin de respecter les distances de sécurité entre chacun. Mardi 28 avril, ils retrouveront l’hémicycle pour un conseil municipal exceptionnel, consacré à l’épidémie de Covid-19. Après un hommage aux victimes, les élus, dont le mandat a été prolongé, débattront de la crise sanitaire. L’occasion, pour la maire Anne Hidalgo, de présenter la façon dont elle prépare la sortie du confinement… Et pour ses opposants de faire entendre leur voix.

Rachida Dati, la candidate Les Républicains (LR) à la Mairie, critique déjà vivement la gestion de la crise par l’édile socialiste. D’autres sont plus nuancés. « Je n’ai rien à redire à ses décisions et ses annonces, mais nous serons très vigilants sur leur concrétisation », commente ainsi Pierre-Yves Bournazel, un macroniste de droite. Un point d’accord entre élus de tout bord : sortir du confinement, dès le 11 mai, une capitale comme Paris s’annonce une opération à hauts risques.

Le défi du 11 mai La date fixée par Emmanuel Macron est-elle tenable ? Aujourd’hui, Paris et sa région sont encore en pleine vague épidémique. En Ile-de-France, 12 340 patients demeurent hospitalisés pour cause de Covid-19, dont plus de 2 000 en réanimation. La décrue, entamée il y a une dizaine de jours, reste lente.

Dans ces conditions, autoriser les 12 millions de Franciliens à sortir de chez eux dans moins de vingt jours suscite des interrogations. « Comment croire un seul instant que Paris pourrait être prêt pour le déconfinement au 11 mai ?, demande Danielle Simonnet, la candidate de La France insoumise (LFI) à la Mairie. La pandémie risque de repartir de plus belle. » Le maire (LR) du 15e arrondissement, Philippe Goujon, ne cache pas davantage son inquiétude : « Vu la vigueur de l’épidémie, l’extrême densité de la ville et l’ampleur des problèmes à résoudre, c’est à Paris que le déconfinement sera le plus compliqué. On peut y arriver avec beaucoup d’organisation et de volontarisme, mais c’est risqué. »

Consciente de l’envie d’une partie des Parisiens d’en finir avec l’enfermement, Anne Hidalgo n’a pas demandé de report de la date lors de sa réunion avec Emmanuel Macron, jeudi 23 avril. Elle a cependant insisté sur la nécessité de disposer d’assez de tests et de masques. Selon l’Elysée, la levée des restrictions « pourra être adaptée aux réalités de chaque territoire ». A Paris, « ce sera forcément progressif », dit-on à la Mairie.

La pénurie de tests et de masques C’est le premier problème. En matière de tests, « la pénurie commence à être moins forte », assure Anne Souyris, adjointe chargée de la santé. Le dépistage massif que souhaitait Anne Hidalgo pour éviter que des personnes contagieuses ne circulent bute néanmoins sur les difficultés d’approvisionnement. Pour l’heure, le dépistage reste donc réservé aux soignants, aux personnes présentant des symptômes, aux résidents des maisons de retraite et des foyers de migrants. La montée en puissance de ce dispositif semble incertaine. La cartographie de l’épidémie à laquelle travaillent la municipalité et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris devrait permettre de tester en priorité certains quartiers.

Les soucis existent aussi en matière de masques. Dans l’absolu, il faudrait que tout le monde en porte dès à présent. « Mais il est difficile d’obliger les gens à porter des équipements qui font l’objet d’une pénurie », reconnaît Emmanuel Grégoire, le premier adjoint d’Anne Hidalgo. Faute de masques médicaux, la Ville de Paris a commandé 2,5 millions d’articles « grand public », en tissu et lavables, qu’elle entend distribuer gratuitement, sans doute dans les pharmacies. Les 500 000 premiers sont censés arriver ces prochains jours. Mais le reste sera-t-il au rendez-vous du déconfinement ? Et cela suffira-t-il si le port d’un masque devient obligatoire, au moins dans les transports ?

L’isolement en hôtel débute à peine Pour stopper les contaminations familiales, la municipalité parisienne propose désormais aux personnes contagieuses qui ne peuvent s’isoler chez elles d’être hébergées à l’hôtel pendant deux ou trois semaines. Toutefois, ce projet pilote débute à peine, avec seulement 114 patients pris en charge à ce jour dans des hôtels d’Accor. Si l’expérience est concluante, « tous les [établissements] volontaires auront vocation à participer au dispositif », assure Emmanuel Grégoire.

Une rentrée scolaire très floue Emmanuel Macron a décidé de faire coïncider déconfinement et réouverture des écoles. Mais le 11 mai, lesquelles accueilleront quels élèves ? Comment seront-elles adaptées aux nouvelles normes sanitaires ? Les cantines fonctionneront-elles ? « Nous travaillons d’arrache-pied sur ces sujets, et nous nous préparons à sonder les parents », assure la municipalité. Mais celle-ci est tributaire de décisions nationales qui n’ont pas encore été prises. Et la Ville va devoir composer avec l’absence d’une partie de ses agents. En réalité, « Paris n’est absolument pas préparé » à un retour à l’école, a déclaré Rachida Dati mercredi sur LCI.

Même flou concernant les crèches. « Les nouvelles règles vont diviser par trois le nombre d’enfants que nous pourrons y accueillir », indique Emmanuel Grégoire. Sur quels critères seront-ils choisis ? Pas de réponse à ce stade.

Le « verrou » des transports Pour les transports en commun, la réduction de l’offre va être encore plus drastique. Au maximum, 1 million de personnes pourront les utiliser en Ile-de-France, soit cinq fois moins qu’avant l’épidémie, selon Valérie Pécresse, la présidente de la région. La création de pistes cyclables temporaires risque de ne pas suffire.

Assurer l’hygiène en ville C’est un des sujets sur lesquels la municipalité a le plus avancé. Des distributeurs de gel hydroalcoolique ont commencé à être installés à l’entrée des bâtiments municipaux. La société JCDecaux devrait également en ajouter sur une partie du mobilier urbain, comme les arrêts de bus. La RATP fera sans doute de même dans le métro.

La question de l’aide aux entreprises Dernier sujet sensible, l’aide aux entreprises victimes du confinement. La droite s’étonne qu’Anne Hidalgo soit restée assez silencieuse sur la question. « Je demande à la maire un geste fort, une exonération totale de toutes les taxes municipales sur l’année pour les commerçants et entrepreneurs touchés, plaide Geoffroy Boulard, maire (LR) du 17e arrondissement. Il en va de la survie de notre économie. » Pierre-Yves Bournazel réclame aussi une exonération pour le secteur culturel.

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24 avril 2020

A Paris, le déconfinement s’annonce à hauts risques

Par Denis Cosnard

Alors que l’Ile-de-France est encore en pleine vague épidémique, la levée des restrictions envisagée dès le 11 mai soulève une série d’interrogations.

Retour à l’Hôtel de ville pour les élus de Paris. Ou du moins pour une quarantaine d’entre eux, afin de respecter les distances de sécurité entre chacun. Mardi 28 avril, ils retrouveront l’hémicycle pour un conseil municipal exceptionnel, consacré à l’épidémie de Covid-19.

Après un hommage aux victimes, les élus, dont le mandat a été prolongé, débattront de la crise sanitaire. L’occasion, pour la maire Anne Hidalgo, de présenter la façon dont elle prépare la sortie du confinement… Et pour ses opposants de faire entendre leur voix, à quelques semaines ou mois de l’élection municipale.

Rachida Dati, la candidate Les Républicains (LR) à la mairie, critique déjà vivement la gestion de la crise par l’édile socialiste. D’autres sont plus nuancés. « Je n’ai rien à redire à ses décisions et ses annonces, mais nous serons très vigilants sur leur concrétisation », commente ainsi Pierre-Yves Bournazel, un macroniste de droite. Un point d’accord entre élus de tous bords : sortir du confinement, dès le 11 mai, une capitale comme Paris s’annonce une opération à hauts risques.

Le défi du 11 mai

La date fixée par Emmanuel Macron est-elle tenable ? Aujourd’hui, Paris et sa région sont encore en pleine vague épidémique. En Ile-de-France, 12 340 patients demeurent hospitalisés pour cause de Covid-19, dont plus de 2 000 en réanimation. La décrue, entamée il y a une dizaine de jours, reste lente.

Dans ces conditions, autoriser les 12 millions de Franciliens à sortir de chez eux dans moins de vingt jours suscite des interrogations.

« Comment croire un seul instant que Paris pourrait être prêt pour le déconfinement au 11 mai ?, demande Danielle Simonnet, la candidate de La France insoumise (LFI) à la mairie. La pandémie risque de repartir de plus belle. » Le maire (LR) du 15e arrondissement, Philippe Goujon, ne cache pas davantage son inquiétude : « Vu la vigueur de l’épidémie, l’extrême densité de la ville et l’ampleur des problèmes à résoudre, c’est à Paris que le déconfinement sera le plus compliqué. On peut y arriver avec beaucoup d’organisation et de volontarisme, mais c’est risqué. »

Consciente de la forte envie d’une partie des Parisiens d’en finir avec l’enfermement, Anne Hidalgo n’a pas demandé de report de la date lors de sa réunion avec Emmanuel Macron, jeudi 23 avril. Elle a cependant insisté sur la nécessité de disposer d’assez de tests et de masques. Selon l’Elysée, la levée des restrictions « pourra être adaptée aux réalités de chaque territoire ». A Paris, « ce sera forcément progressif », dit-on à la mairie.

La pénurie de tests et de masques

C’est le premier problème. En matière de tests, « la pénurie commence à être moins forte », assure Anne Souyris, l’adjointe à la santé. Le dépistage massif que souhaitait Anne Hidalgo pour éviter que des personnes contagieuses ne circulent bute néanmoins sur les difficultés d’approvisionnement.

Pour l’heure, le dépistage reste donc réservé aux soignants, aux personnes présentant des symptômes, aux résidents des maisons de retraite et des foyers de migrants. La montée en puissance de ce dispositif semble incertaine. La cartographie de l’épidémie à laquelle travaillent la municipalité et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) devrait permettre de tester en priorité certains quartiers.

Souci aussi en matière de masques. Dans l’absolu, il faudrait que tout le monde en porte dès à présent. « Mais il est difficile d’obliger les gens à porter des équipements qui font l’objet d’une pénurie », reconnaît Emmanuel Grégoire, le premier adjoint d’Anne Hidalgo.

Faute de masques médicaux, la Ville de Paris a commandé 2,5 millions d’articles « grand public », en tissu et lavables, qu’elle entend distribuer gratuitement, sans doute dans les pharmacies. Les 500 000 premiers sont censés arriver ces prochains jours. Mais le reste sera-t-il au rendez-vous du déconfinement ? Et cela suffira-t-il si le port d’un masque devient obligatoire, au moins dans les transports ?

L’isolement en hôtel débute à peine

Pour stopper les contaminations familiales, la municipalité parisienne propose désormais aux personnes contagieuses qui ne peuvent s’isoler chez elles d’être hébergées à l’hôtel pendant deux ou trois semaines.

Toutefois, ce projet pilote débute à peine, avec seulement 114 patients pris en charge à ce jour dans des hôtels d’Accor. Si l’expérience est concluante, « tous les [établissements] volontaires auront vocation à participer au dispositif », assure Emmanuel Grégoire.

Une rentrée scolaire très floue

Emmanuel Macron a décidé de faire coïncider déconfinement et réouverture des écoles. Mais le 11 mai, lesquelles accueilleront quels élèves ? Comment seront-elles adaptées aux nouvelles normes sanitaires ? Les cantines fonctionneront-elles ?

« Nous travaillons d’arrache-pied sur ces sujets, et nous nous préparons à sonder les parents », assure la municipalité. Mais celle-ci est tributaire de décisions nationales qui n’ont pas encore été prises. Et ici comme ailleurs, la Ville va devoir composer avec l’absence d’une partie de ses agents. En réalité, « Paris n’est absolument pas préparé » à un retour à l’école, a déclaré Rachida Dati mercredi sur LCI.

Même flou concernant les crèches. « Les nouvelles règles vont diviser par trois le nombre d’enfants que nous pourrons y accueillir », indique Emmanuel Grégoire. Sur quels critères seront-ils choisis ? Pas de réponse à ce stade.

Le verrou des transports

Pour les transports en commun, la réduction de l’offre va être encore plus drastique. Au maximum, un million de personnes pourront les utiliser en Ile-de-France, soit cinq fois moins qu’avant l’épidémie, selon Valérie Pécresse, la présidente de la région. La création de pistes cyclables temporaires risque de ne pas suffire à faire sauter ce verrou majeur.

Assurer l’hygiène en ville

C’est un des sujets sur lesquels la municipalité a le plus avancé. Des distributeurs de gel hydroalcoolique ont commencé à être installés à l’entrée des bâtiments municipaux. La société JC Decaux devrait également en ajouter sur une partie du mobilier urbain, comme les arrêts de bus ou les sanisettes. La RATP fera sans doute de même dans le métro.

La question de l’aide aux entreprises

Dernier sujet sensible, l’aide aux entreprises victimes du confinement. La droite s’étonne qu’Anne Hidalgo soit restée assez silencieuse sur la question. « Je demande à la maire un geste fort, une exonération totale de toutes les taxes municipales sur l’année pour les commerçants et entrepreneurs touchés, plaide Geoffroy Boulard, maire (LR) du 17e arrondissement. Il en va de la survie de notre économie. » Pierre-Yves Bournazel réclame aussi une exonération pour le secteur culturel.

22 avril 2020

Matin parisien

matin parisien

Vu de mon bureau à l'appartement, avec léchafaudage, au premier plan, qui recouvre toute la façade de l'immeuble. Les travaux sont interrompus à cause du coronavirus...Au loin la Tour Eiffel.

8 avril 2020

Deux millions de masques en tissu offerts aux Parisiens par la Mairie de Paris

Ce mardi 7 avril, Anne Hidalgo était au micro de franceinfo. L’occasion pour la maire de Paris de remettre les pendules à l’heure sur la question qui brûle toutes les lèvres : doit-on porter un masque ou non ?

La réponse est oui, bien évidemment. Le port du masque est d’ailleurs si important que la maire évoque la possibilité de le rendre obligatoire pour tous les Parisiens dans la rue, à l’instar de la ville de Nice. Et puisqu’on sait comme ils sont difficiles à dénicher, elle annonce également que deux millions de masques en tissu vont être offerts aux Parisiens, « fabriqués par un réseau d'une trentaine de petites entreprises de l'économie sociale et solidaire, dans les prochains jours ».

Dans la même veine, c’est le gel hydroalcoolique qui serait aussi bientôt disponible gratuitement dans la rue via des distributeurs, « à chaque coin de rue (...) pour avoir aussi de quoi se nettoyer les mains ».

Le jogging interdit entre 10h et 19h

Enfin, Anne Hidalgo aborde le sujet sensible du sport pendant le confinement, puisqu’on voit de nombreux joggeurs abuser de leur autorisation de sortie, prenant le risque de propager le virus. « On est en train de travailler sur des horaires qui permettraient aux joggeurs de courir plus tôt le matin et plus tard le soir pour éviter qu'on ne croise les autres », affirme la maire de Paris, proposant d’interdire le jogging entre 10h et 19h afin de compartimenter les sorties des uns et des autres.

6 avril 2020

Canards dans les rues de Paris, coyotes à San Francisco : « On remarque des espèces que l’on ne voyait pas »

canards21

Par Perrine Mouterde

Le confinement, lié au coronavirus, et l’arrêt des activités humaines dans les villes devraient avoir un impact limité sur la biodiversité.

Des canards se dandinant près de la Comédie-Française dans le centre de Paris ; des groupes de dauphins, des fous de Bassan ou des hérons cendrés observés avec une fréquence et une densité « inédite » par les agents du Parc national des calanques ; des coyotes dans les rues de San Francisco aux Etats-Unis… Les images, souvent vraies mais parfois fausses – il n’y a pas eu de dauphins dans les canaux de Venise, en Italie, ni d’éléphants saouls dans un village de Yunnan, en Chine –, d’animaux visibles dans des lieux inattendus, d’ordinaire fréquentés par des humains, ont largement circulé depuis le début de la pandémie de Covid-19. Si ces scènes ont pu procurer un certain réconfort à voir la nature « profiter » de cette période, les effets du confinement sur la biodiversité restent à mesurer et devraient, selon toute vraisemblance, n’être que marginaux.

« Il y a des canards toute l’année à Paris, des sangliers dans les forêts juste à côté de Barcelone, décrit Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Centre d’écologie et des sciences de la conservation du Muséum national d’histoire naturelle. Les animaux sont simplement plus visibles dans des espaces libérés par l’homme, mais tout cela est assez anecdotique par rapport aux dégradations subies par la nature depuis des dizaines d’années. »

« Cette plasticité de la nature, cette capacité de certains poissons ou oiseaux à fréquenter rapidement des espaces quand ils sont délaissés, c’est un phénomène que l’on connaît, ajoute Jean-David Abel, le vice-président de France Nature Environnement. Mais la nature ne reprend pas sa place. On regarde juste mieux : on remarque des espèces qui étaient à côté de nous mais que l’on ne voyait pas. »

L’utilisation de pesticides se poursuit

Pour les spécialistes, il faudrait que le confinement se prolonge pendant des mois pour induire des changements de cycle ou de comportements de certaines espèces et avoir un impact structurel sur l’état de la faune. En ville, Benoît Fontaine estime toutefois que les insectes sont les plus à mêmes de bénéficier de cette parenthèse. « Comme les parcs et les espaces verts vont être moins entretenus, il y aura peut-être un peu plus de fleurs et donc d’insectes, dit-il. Les insectes ont un cycle de vie court donc les changements peuvent être plus rapides. Pour les oiseaux en revanche, leur reproduction en ce printemps dépend des populations qui sont déjà présentes, donc on devrait être dans la continuité. »

Une baisse de la pollution lumineuse nocturne pourrait également avoir des effets bénéfiques pour certains insectes et pour les chauves-souris. L’impact de la diminution du bruit sur la faune est, lui, difficile à mesurer. Les oiseaux, par exemple, sont souvent davantage sensibles à la présence humaine qu’au niveau sonore. L’aéroport de Montpellier, bruyant mais peu fréquenté, est ainsi connu pour héberger l’outarde canepetière, un oiseau au cou noir rayé d’une étroite bande blanche et menacé d’extinction.

Par ailleurs, si le silence peut indiquer aux animaux l’absence de prédateur, il marque aussi l’absence de congénères et de contacts sociaux, notamment celle de parents pouvant offrir protection et ressources. « Les rats perçoivent ainsi l’immobilité d’un groupe et l’absence de sons due aux mouvements comme l’expression d’un danger », ont précisé des chercheurs de l’Institut de systématique, évolution, biodiversité du Muséum au site The Conversation.

En dehors des villes, les activités agricoles, et avec elles l’utilisation de pesticides et d’autres substances chimiques polluant les sols et les eaux, n’ont pas été mises à l’arrêt par la crise sanitaire. Selon le rapport de 2018 de la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), qui alertait sur le risque d’extinction d’un million d’espèces, les changements d’usage des terres et les pollutions sont deux des cinq principaux facteurs de dégradation de la nature.

« Si on pouvait arrêter immédiatement l’agriculture intensive, dont les corollaires sont l’uniformisation des milieux et l’usage déraisonné des pesticides, ça aurait un impact très rapide sur les plantes, les oiseaux et les insectes, assure Benoît Fontaine. Par exemple, selon les derniers chiffres, depuis la fin des années 1980, près de 40 % des oiseaux communs spécialistes des milieux agricoles ont disparu en France. C’est une hécatombe qui est avant tout liée à ce type d’agriculture. »

Un enjeu pour la recherche scientifique

Si ce confinement ne va pas inverser la tendance concernant la perte de biodiversité, il constitue néanmoins une situation unique et inédite, et donc un enjeu pour la recherche. « Pour tous les programmes de long terme de suivi de la biodiversité, c’est particulièrement intéressant. Que vont nous dire les résultats de cette année ? », s’interroge Benoît Fontaine. Le programme collaboratif Silent Cities, qui vient d’être lancé par des chercheurs du CNRS et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) vise, lui, à mesurer l’effet de la diminution du bruit dans les villes sur la présence ou l’absence de certaines espèces, et sur leur activité. « On sait par exemple que des oiseaux ont modifié leurs chants pour s’adapter à l’environnement sonore en ville, précise Amandine Gasc, chargée de recherche à l’IRD. Vont-ils de nouveau modifier l’heure ou la fréquence à laquelle ils chantent ? »

D’autres programmes scientifiques participatifs et adaptés au confinement ont également démarré. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) et le Muséum d’histoire naturelle appellent à contribuer à un comptage des espèces d’oiseaux depuis sa fenêtre, son balcon ou son jardin. Une façon de récolter des données, de pallier le manque d’observateurs sur le terrain mais aussi de sensibiliser la population à la protection de la nature.

« On sait que ceux qui participent à ce type de programmes changent ensuite leur façon d’entretenir leurs jardins, en utilisant moins de pesticides et en laissant plus de fleurs, explique Benoît Fontaine. Peut-être va-t-il y avoir, lors de ce confinement, une prise de conscience de l’importance d’avoir un peu de nature autour de nous pour aller bien. » Jean-David Abel pense aussi que cette situation peut amener des urbains à s’interroger sur la place qu’ils laissent d’ordinaire aux animaux, dans le bruit et l’agitation. « Certains auront peut-être touché du doigt le fait que l’on peut vivre un peu autrement, en profitant davantage du silence, du calme et de cette faune qui est juste autour de nous », dit-il.

canards20

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3 avril 2020

La collecte des ordures ménagères à Paris (pendant ce temps de confinement)

ordures paris

24 mars 2020

Coronavirus ! Paris - métro ligne 6

paris20

21 mars 2020

Paris confinée, “le cœur de l’Europe a cessé de battre”

corona tour eiffel

Vu de l’étranger - COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Pour faire face à la pandémie de Covid-19, le gouvernement français a annoncé le confinement du pays. Paris, habituellement fourmillante, est aujourd’hui presque à l’arrêt. Dans la presse étrangère, les journalistes sont nombreux à décrire les rues vides de la ville, et à lui rendre hommage avec mélancolie.

“Paris a tout vu. La peste noire et la Révolution. L’occupation et les barricades des étudiants. Les attaques terroristes et l’incendie d’une cathédrale”, décrit El País. Mais “ce que la ville n’avait jamais vu auparavant, c’est le confinement de toute sa population, les rues désertes, les brasseries fermées, les transports publics quasi-vides” et les passants “portant un masque, l’air grave”.

“Eh bien, ce Paris-là existe”, complète La Tribune de Genève. Et “il est devenu le cauchemar des Parisiens” depuis que le pays est entré en confinement pour lutter contre la propagation du Covid-19. Les déplacements sont interdits sauf dans certains cas et avec une attestation (se rendre au travail si on ne peut pas télétravailler, aller chez le médecin, faire ses courses, promener son chien ou encore faire de l’exercice physique, seul).

Une ambiance sépulcrale

Fini le temps où de nombreux Parisiens profitaient inconsciemment du soleil dans les parcs ou sur les bords de Seine, comme ce fut le cas dimanche 16 mars – “un spectacle qui avait révolté les médecins affairés à combattre le virus, dans des hôpitaux au bord de la saturation”, note Le Temps. La capitale est désormais “à l’arrêt”, explique la correspondante en France de Die Welt. “Cela ressemble à une guerre ou à un accident nucléaire.” C’est “si calme”, pour ce journaliste d’El Mundo, que sur les bords de Seine, “on entend l’eau se briser contre les piliers des ponts”.

“À la gare du Nord, l’ambiance est sépulcrale”, renchérit La Tribune de Genève. “Partout, les parcs et jardins sont fermés ‘jusqu’à nouvel ordre’.” Et dans le métro, “les stations sont vides, les quais déserts.”

Sur les vitrines des boulangeries, pharmacies et magasins, relate The Financial Times, des panneaux invitent les personnes à maintenir un mètre de distance entre elles. Dans les supermarchés, précise El Mundo, plusieurs étagères sont vides de produits : les pâtes, le papier toilette, l’alcool et même, le chocolat.

Preuve que les gens sont stressés !”

Des vacances sinistres

De nombreux “Parisiens, qui ont une résidence secondaire à la campagne ou de la famille ailleurs, ont décampé pour attendre la fin de la quarantaine”, rapporte le FT. Une situation qui a parfois été accueillie “avec une certaine froideur” par les habitants des lieux, constate The Guardian.

Mais, interrogée par The Daily Telegraph, une jeune femme justifie : “Avec mon mari, nous vivons dans un appartement de 60 mètres carrés et l’idée d’être enfermés avec trois enfants âgés de huit mois à six ans et demi n’était tout simplement pas possible.” Désormais installée dans la maison de sa mère, en Normandie, elle ajoute :

Si cela peut paraître idyllique, c’est un curieux mélange entre le sentiment d’être en vacances et quelque chose de plus sinistre.”

Fluctuat nec mergitur

À Paris, “ceux qui restent, occupent des appartements souvent exigus”, explique le FT. Et dans cette situation, remarque le correspondant d’El Mundo, “on comprend ce qu’il est bon de vivre. […] Entendre le camion poubelle ou récupérer son journal dans la boîte aux lettres prend désormais une saveur particulière”.

Une sensation qui est la même pour la journaliste de Die Welt. Elle déplore néanmoins, après avoir promené son chien sur “la place vide de la Concorde”, que la situation a “des airs de fin des temps”.

Mais si, “le cœur de l’Europe a cessé de battre”, elle tient quand même à rappeler que, “fidèle à sa devise, Paris tangue mais ne coule pas” (Fluctuat nec mergitur). Peut-être, conclut-elle, qu’“en réalité, la ville est encore plus belle sans la foule”.

19 mars 2020

Paris - pont de Bir-Hakeim

bir hakeim

19 mars 2020

Au petit matin - colleur d'affiches sur colonne Morris

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