Réflexion
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— tonton phil (@tonton_phil) 6 janvier 2017
L'inquiétude de la Tunisie face au terrorisme
Trois proches de l'auteur de l'attentat de Berlin, le Tunisien Anis Amri, ont été arrêtés dans le centre du pays
Une semaine après l'attentat contre un marché de Noël à Berlin qui a fait 12 morts et 48 blessés, la Tunisie poursuit ses investigations autour d'Anis Amri, l'auteur de l'attaque, citoyen tunisien de 24 ans, originaire de la région de Kairouan (Centre-Est). -Samedi 24 décembre, le ministère de l'intérieur a annoncé que trois de ses proches avaient été arrêtés, dont son neveu. Tous seraient membres d'une " cellule terroriste (...) liée " à Anis Amri, tué vendredi en cavale à Milan, en Italie.
L'attaque de Berlin a remis la Tunisie dans la lumière et rappelé sa situation de grande fragilité face au terrorisme. Ce n'est pas la première fois qu'un Tunisien est au centre d'un attentat en Europe. Le 14 juillet, l'attentat de Nice (86 morts) avait été perpétré par un jeune Tunisien, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, âgé de 31 ans et originaire de M'saken (dans l'est du pays). En Tunisie même, les attentats les plus meurtriers de ces dernières années ont été commis par des jeunes du pays. Dans la station balnéaire de Port El-Kantaoui, près de Sousse, Seifeddine Rezgui, 23 ans, originaire du Kef (Nord), avait tué 38 touristes sur la plage d'un hôtel le 26 juin 2015. Quelques mois plus tôt, le 18 mars 2015, la tuerie du musée du Bardo à Tunis (22 morts) avait été perpétrée par un commando de deux assaillants âgés de 20 et 27 ans, passés par la Libye.
Au total, selon l'ONU, 5 500 Tunisiens ont rejoint les rangs de groupes djihadistes en Irak, en Syrie et en Libye, 6 000 selon le Soufan Group, un institut américain spécialisé dans le renseignement. Un chiffre qui révèle la difficulté des autorités à contrôler les déplacements mais aussi à comprendre l'ampleur de ces départs depuis un pays salué dans le monde pour sa transition démocratique, fragile mais spectaculaire comparée aux autres Etats ayant connu des soulèvements depuis 2011.
Il aura fallu du temps pour que les autorités tunisiennes, longtemps recluses dans une forme de déni, reconnaissent la gravité du phénomène. La première génération de djihadistes ayant suivi la révolution de 2011 est partie combattre dans les monts Chaambi et Semmama, à l'ouest de la Tunisie, près de la frontière algérienne. Intégrés dans la brigade Okba Ibn Nafaa, liée à Al-Qaida au Maghreb islamique, évalués à une centaine d'hommes, ces djihadistes ont visé les forces de sécurité tunisiennes, dans les régions montagneuses. C'est en 2015, avec les attentats contre le musée du Bardo et à Port El-Kantaoui, que la présence croissante de l'organisation Etat islamique a éclaté au grand jour, ciblant non plus les Tunisiens mais les étrangers, et dans les villes.
Flottement sécuritaire
Le pays a cumulé les handicaps : une frontière de 450 km avec la -Libye, une armée restreinte et inexpérimentée qui se retrouve en première ligne après la chute de l'Etat policier de Ben Ali, mais aussi une révolution qui, pour une partie de la population, n'a pas tenu ses promesses. Outre la période de grave flottement sécuritaire observée en 2012 et 2013 sous le gouvernement d'Ennahda (islamiste), le pays a vécu une démocratisation qui ne s'est pas accompagnée d'une amélioration des conditions de vie. L'étude du profil des jeunes radicalisés montre la complexité du phénomène : chômeurs, mais aussi étudiants et travailleurs, de toutes les régions, dont la radicalisation a souvent été soudaine, pas toujours saisie par les proches.
Les autorités tunisiennes estiment avoir progressé dans la lutte contre le terrorisme. Depuis la fin de l'année 2015 et l'attaque contre un bus de la garde présidentielle (12 morts), le pays n'a pas connu d'attentat d'ampleur en milieu urbain. Il a néanmoins vécu une sérieuse alerte avec l'attaque spectaculaire de la ville de Ben Gardane, à la frontière libyenne, où, le 7 mars, plusieurs dizaines de djihadistes, dont certains venus de Libye, avaient mené l'assaut avant d'être repoussés par les forces de l'ordre (70 morts dont 50 assaillants). La saisie en novembre, au même endroit, d'importantes caches d'armes - dont un stock de missiles sol-air SAM-7 - a souligné les progrès des forces de sécurité, mais aussi la persistance de la menace.
Désormais, à l'inquiétude des départs massifs s'ajoute celle de voir ces djihadistes revenir en Tunisie. Selon le ministre de l'intérieur, Hédi Majdoub, quelque 800 d'entre eux sont déjà rentrés, mais " les autorités détiennent toutes les informations sur ces individus ", a-t-il assuré vendredi devant le Parlement. Des déclarations qui ne calment pas les craintes exprimées jusque dans les rangs des forces de l'ordre. " Le retour en Tunisie des terroristes en provenance des foyers de tension est alarmant et peut conduire à la somalisation du pays ", a affirmé ce week-end, dans un communiqué, le Syndicat national des forces de sécurité intérieure. Ces djihadistes " ont reçu des formations militaires et appris à manipuler toutes sortes d'armes de guerre sophistiquées ", souligne l'organisation, qui appelle le gouvernement à prendre des " mesures exceptionnelles ".
" Pas assez de prisons "
La question du retour a pris des proportions polémiques après des déclarations faites par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, en décembre. Le chef de l'Etat avait indiqué que personne ne pouvait empêcher un Tunisien de rentrer, ajoutant : " Nous n'allons pas les mettre tous en prison, parce que si nous le faisons, nous n'aurons pas assez de prisons, mais nous prenons les dispositions nécessaires pour qu'ils soient neutralisés. " Ces propos avaient été interprétés par une partie de l'opinion tunisienne comme une porte ouverte à l'impunité des terroristes. Des rumeurs autour d'une " loi du repentir " ont circulé, jusqu'à une mise au point mi-décembre de la présidence : le pays ne graciera pas les djihadistes de retour d'Irak, de Syrie ou de Libye, auxquels il appliquera la loi antiterroriste.
Au-delà de ce sujet, les débats sont à nouveau vifs ces derniers jours en Tunisie, une partie de la presse étant prompte à interpréter la mise en lumière du phénomène djihadiste - proportionnellement à sa population de 11 millions d'habitants, la Tunisie est le plus important pourvoyeur de djihadistes - comme une attaque contre une courageuse transition.
Dans une tribune publiée le 25 décembre sur le site Kapitalis, l'écrivaine Rabâa Ben Achour-Abdelkéfi souligne surtout la solitude du petit pays face à de tels défis : " Pauvre et endettée, minée par un régime mafieux et dictatorial durant des décennies, délaissée par les investisseurs, agitée par les ambitions personnelles de la classe politique, par la contestation sociale, par le régionalisme, le corporatisme et le manque de civisme, obligée d'acheter des armes au prix fort afin de protéger ses frontières et celles de l'Europe (...), la Tunisie ne peut faire face au fléau qui menace la démocratie à laquelle elle aspire. " Article de Charlotte Bozonnet
Renoncer au pouvoir : un acte fondateur
L'acte d'abdiquer révèle celui qui quitte la scène. La distance entre le pouvoir et la personne qui l'exerce se trouve abolie le temps d'un instant
Renoncer au pouvoir, au pouvoir que l'on tient ou celui auquel on peut être candidat, fascine ; c'est abdiquer, non pas démissionner, car démissionner ce serait quitter une mission confiée par autrui, or, dans ce renoncement ultime, autrui est soit un dieu qui a confié ce pouvoir à un roi ou à un pape, soit le peuple souverain, incarnation de l'absolu.
Devant cet acte, les explications foisonnent : fatigue, lassitude, difficultés inextricables, pressions des proches, séductions d'une vie privée, mais la multiplicité et les contradictions de ces explications ne font que dire leur insuffisance. Rien en 1969, n'obligeait, selon la Constitution, de Gaulle à abdiquer, et rien, n'interdit à François Hollande de renoncer à se présenter de nouveau aux suffrages. C'est que les justifications ou l'absence d'empêchements ne font pas un acte. Car -renoncer, c'est poser un acte fondateur : c'est-à-dire un acte qui fait ce qu'il dit et, par là, dévoile sa vérité et ses fondements ; il -expose le pouvoir dans la nudité de son absolu et ouvre un temps nouveau.
Faut-il alors penser que le renoncement révélerait, secrètement au travail, la négativité au coeur du pouvoir ? On parle, ici ou là, un peu à la légère, de " suicide politique ", mais une expression doit être prise aux mots, même si s'ouvre alors une sorte d'impensé de nos sociétés occidentales : au-delà de leur évidente déchristianisation, transparaît peut-être l'héritage d'une religion dont le fondateur a choisi la mort, donc un échec complet, comme preuve de sa mission divine.
Dignité et grandeur
Mais alors ressurgissent pour nous les récurrents débats lancés avec le poète anglais John Donne (1572-1631) au XVIIe siècle sur le suicide du Christ ; refoulés et laïcisés, ces débats ne laissent-ils pas deviner qu'au coeur de tout pouvoir, et par excellence au coeur de tout pouvoir qui tend à l'absolu, royauté, papauté ou pouvoir présidentiel, serait secrètement au travail une négativité, l'abdication révélant son ultime vérité. Ainsi la fascination pour les figures abdiquantes ne serait pas un attrait pour d'anachroniques et peu justifiables exceptions, mais la reconnaissance de la nature d'un acte humain dégagé de ce qui le limite dans la vie " normale ". Mais cette révélation n'a pas pour conséquence d'abaisser la personne privée de celui qui, possédant le pouvoir, y renonce.
Par une sorte d'effet en retour, la personne privée, ce corps qui survit, plus ou moins caché ou deviné, à la grandeur de la fonction, se trouve grandie par l'acte qu'elle pose : loin d'apparaître comme celui sur qui flotterait un vêtement trop large, l'homme est transformé par son acte. Qui a vu et écouté les déclarations de souverains abdicants, un roi des Belges, un roi d'Espagne, un pape Benoît XVI, un François Hollande, n'a pu qu'être frappé par la dignité, par la grandeur que donnait à leur personne d'être, pour les quelques minutes de leur allocution, les porte-parole du " pouvoir ", et cela dans l'instant même où ils s'en défaisaient ou renonçaient à leur droit à le briguer.
Peut-être devrons-nous, devant ce que les médias nous présentent sous la forme d'un spectacle, nous interroger sur la théâtralité de ces abdications que nous évoquions. Mais c'est sans doute le théâtre qui nous montre le mieux ce que pourrait être la distance entre la fonction et celui qui l'exerce, distance abolie seulement au moment où, en une brutalité contenue, s'écrase cette -distance. Il conviendrait ici d'évoquer Shakespeare, le Shakespeare de Richard II et du Roi Lear, pour découvrir ce que les hommes de l'âge classique appelaient les secrets du pouvoir, il faudrait aussi évoquer le drame baroque allemand analysé dans les années 1920 par Walter Benjamin, pour comprendre ce qu'on a pu appeler la mélancolie du pouvoir.
Ce n'est pas un hasard si c'est dans les années tragiques de l'entre-deux-guerres qu'a été menée cette réflexion et si c'est un historien et un théoricien aussi réceptif à tous les courants du temps que Walter Benjamin qui peut nous servir de guide. Loin d'être anecdotiques, les actes de renoncement qui se sont multipliés en notre temps ne révèlent pas des difficultés nouvelles pour exercer le pouvoir, mais constituent le miroir grossissant de la nature -cachée du pouvoir. Article de Jacques Le Brun













