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— Paris Tourisme (@VisitParisIdf) 20 juin 2016
Virginia Raggi, du Mouvement 5 étoiles, élue maire de Rome, dimanche 19 juin 2016.
En deux mille sept cents ans d’histoire, elle a été gouvernée par des empereurs, des papes, des maires de droite, de gauche et même d’extrême droite, un commissaire du gouvernement… En résumé, elle a tout essayé. Dimanche 19 juin, Rome s’est offerte au Mouvement 5 étoiles (M5S) et à une femme, en élisant Virginia Raggi, 37 ans, avec 67 % des suffrages. Connue des seuls militants de son parti lors de sa désignation en février, elle a éliminé au premier tour, le 5 juin, une candidate très populaire venue de la droite postfasciste et un entrepreneur local, avant de se défaire, au second, du représentant du Parti démocrate (PD, centre gauche), Roberto Giachetti, soutenu par le président du conseil, Matteo Renzi.
Son nom était inscrit dans son slogan. « CorRAGGIo » (« courage » en italien), pouvait-on lire sur les autobus de la capitale. Du courage, il lui en faudra pour gérer une ville de trois millions d’habitants plombée par une dette cumulée de 13,5 milliards d’euros. Il lui en faudra encore pour redonner un peu de grandeur à une cité dont 40 % de la voirie est à refaire, où les bus et les métros circulent mal, où les ordures sont ramassées au petit bonheur. Il lui en faudra aussi pour mettre au pas la caste des 60 000 fonctionnaires municipaux. Il lui en faudra, enfin, pour redonner de la dignité à une ville humiliée par le scandale de « Mafia capitale », une affaire découverte en 2014 où se mêlent élus de droite comme de gauche, fonctionnaires et mafieux.
Soutien des électeurs de droite
Toutes les explications de sa victoire sont désormais autant de défis à relever. Comment ? Virginia Raggi a été peu claire sur la façon dont elle s’y prendrait pour récurer les écuries de la Ville éternelle, se limitant à égrener ses mots d’ordre : « Honnêteté, priorité aux transports en commun et au ramassage des ordures. » Elle s’est contentée le plus souvent d’accuser de tous les maux de la localité le PD ou le commissaire nommé par le gouvernement depuis la démission, en 2015, de l’ancien maire, Ignazio Marino. Ces critiques ciblées lui ont valu – sans qu’elle l’ait demandé – le soutien d’électeurs de droite au second tour.
Tout juste s’est-elle prononcée en faveur d’une renégociation de la dette auprès des banques, d’une imposition des immeubles à vocation commerciales appartenant au Vatican – l’autre pouvoir de la Ville éternelle –, pour une gestion plus rigoureuse des deniers publics et contre les Jeux olympiques de 2024, pour lesquels la capitale italienne s’est portée candidate. « Rome n’est pas une mission impossible, a-t-elle confié la semaine dernière à l’hebdomadaire Oggi. Il y a de larges marges d’amélioration. Dans une ville où tout va mal, les choses ne peuvent qu’aller mieux si on change. »
Elle est restée tout aussi vague à propos de l’équipe dont elle voulait s’entourer. Elle n’a livré que le nom du futur assesseur aux sports, l’ancien pilier de l’équipe nationale de rugby, Andrea Lo Cicero. Une nomination qui a déjà créé la polémique, puisque le joueur s’est rendu coupable de propos homophobes et soutient la campagne pour l’organisation des JO à Rome. Elle n’a guère fait de promesses non plus, se refusant « à chercher les voix à tout prix ».
« Une nouvelle ère s’ouvre »
La victoire de Virginia Raggi est avant tout celle de la nouveauté. On avait fini par croire que les Romains, volontiers ironiques et d’une infinie patience face à la dégradation de leur ville, se moquaient de son sort. Même si la participation est faible – 50 % de votants contre 53 % sur l’ensemble des 126 villes convoquées pour un second tour, sur les 1 300 du premier tour –, l’élection historique, mais attendue, de la candidate du Mouvement 5 étoiles témoigne d’une espérance.
Se décrivant comme « têtue », « équilibrée » et « confiante en [elle-même] », elle a bénéficié de la prime à l’inexpérience devenue synonyme d’honnêteté. D’autres Romains, plus cyniques, ont ouvertement joué la carte de ce qu’ils croient être le pire. Témoin, cette buraliste du centre-ville qui avouait : « Je vote Raggi, mais elle ne fera pas le poids. Dans deux ans, elle démissionne et il y aura de nouvelles élections avec, cette fois, des candidats valables. »
« JE VOTE RAGGI, MAIS ELLE NE FERA PAS LE POIDS. DANS DEUX ANS ELLE DÉMISSIONNE ET IL Y AURA DE NOUVELLES ÉLECTIONS AVEC, CETTE FOIS, DES CANDIDATS VALABLES »
Avocate, vivant dans un quartier périphérique, mère d’un petit Matteo âgé de 7 ans, Mme Raggi explique être entrée au Mouvement 5 étoiles dès sa fondation, en 2009.
« A la naissance de mon fils, raconte-t-elle, je n’ai pas travaillé pendant trois mois, et c’est à ce moment que j’ai réalisé dans quelles conditions était mon quartier. J’ai compris que je ne voulais pas que Matteo grandisse dans cet univers. »
Elle se lance alors dans la politique. Pour faire campagne, elle s’est d’abord présentée devant l’Association de la presse étrangère – « pour dire au monde que Rome allait changer » tout simplement –, puis a fait un grand usage des médias, séduits par un visage aussi nouveau que télégénique, et un discours qui, bien que vague, était doté d’une indéniable fraîcheur. « Nous allons ouvrir les armoires », se réjouissait, dimanche, un de ses supporters, comme si les coffres-forts du Capitole ruisselaient des milliards d’euros manquants.
Mais Virginia Raggi n’est pas que lumière, sourire et modestie. La campagne assez rude de ses adversaires et d’une partie de la presse a mis en lumière les ombres qu’elle avait omis de mentionner dans son curriculum vitae. Si elle dit avoir voté à gauche avant d’adhérer au M5S de Beppe Grillo, elle a fait ses classes d’avocate dans un cabinet appartenant à l’un des défenseurs de l’ancien président du conseil Silvio Berlusconi.
De la même manière, elle a négligé de préciser qu’elle avait eu des responsabilités dans une société liée à la régie des transports municipaux de Rome dont plusieurs dirigeants ont été limogés ou mis en examen. Enfin, elle n’a pas jugé bon d’inscrire sur son parcours qu’elle avait travaillé comme avocate afin de défendre les intérêts de la commune de Civitavecchia sans déclarer la totalité de ses honoraires. Autant de polémiques qui ont glissé sur ses longs cheveux noirs, sans briser son élan. « Une nouvelle ère s’ouvre, a-t-elle déclaré lundi avant l’aube. Maintenant, au travail. » Article de Philippe Ridet - Le Monde.











