Jerry Lewis. Un pitre au grand coeur
Icône comique et légende du cinéma hollywoodien, Jerry Lewis s'est éteint, hier, à l'âge de 91 ans.
Très apprécié du public français, l'acteur et cinéaste aura marqué les esprits par son talent burlesque et enfantin effleuré d'une douce mélancolie.
Les Américains se demandaient, parfois, pourquoi il faisant tant rire les Français. Clown des temps modernes aux mimiques élastiques, Jerry Lewis, est décédé, hier, à Las Vegas, à l'âge de 91 ans. Talentueux dans les comédies, Jerry Lewis l'était aussi dans les oeuvres plus dramatiques, comme Martin Scorsese l'a révélé dès 1983 avec « La valse des pantins ».
« On n'est pas sérieux lorsqu'on a perpétuellement neuf ans », remarque celui que ses parents, tous deux artistes de music-hall, appelaient Monsieur Néon. Artiste complet, déjà bête de scène à 15 ans dans des rôles d'imitateur, il pousse à l'extrême le burlesque américain et s'illustre en chantant, dansant, mimant et excellant dans ses one-man-show. Avec son visage poupin, cet inlassable créateur de gags, au comique essentiellement visuel, semble avoir conservé toute son enfance au fond de son regard étonné. Fausses dents, faux nez, de haute taille, il jongle avec les infirmités. Son art du dédoublement trouve son apogée dans « Docteur Jerry et Mister Love ».
« Supérieur à Chaplin »
Acteur dans plus de 60 films, Jerry Lewis est aussi producteur et metteur en scène, utilisant les handicaps dont on lui a fait grief, tour à tour « l'idiot » ou « le laid ».
Ses détracteurs lui reprochent ses grimaces à répétition, un jeu sans nuances et un comique jugé épais. Il est moins fêté dans son pays qu'en Europe, en France, en particulier, où son prénom seul, en lettres majuscules, suffit souvent sur les affiches. Pour Jean-Luc Godard, il est « bien supérieur à Chaplin et Keaton ». Sa rencontre avec le chanteur Dean Martin, en 1946, est déterminante. Ils deviennent inséparables et montent une série de numéros qui font leur succès. Après leur participation au fameux Ed Sullivan Show (1948), ils sont engagés par la Paramount et, dès leur premier film, « Ma bonne amie Irma », ils séduisent le public.
Une carrière en solo
Dix ans plus tard, lassés par leur tandem, ils décident de faire carrière en solo. Jerry devient le principal interprète de films souvent dirigés par Frank Tashlin, comme « Le kid en kimono » et « Cendrillon aux grands pieds ». Il est aussi metteur en scène comme dans « Le dingue du palace ».
Devenu professeur de cinéma à l'université de Californie du Sud, il réalise « Ya, Ya, mon général », hommage à Chaplin et nouvelle variation sur le thème favori du double.
Il apparaît davantage au petit écran, au théâtre et dans des spectacles, à Las Vegas notamment. Après dix ans d'absence au cinéma, « l'idiot burlesque » retrouve son public dans « Au boulot Jerry » avant que Martin Scorsese, en 1983, et Emir Kusturica, en 1991, lui offrent un rôle dramatique, respectivement dans « La valse des pantins » et « Arizona Dream ».
Parallèlement à ses activités artistiques et sportives (il s'entraîne au baseball avec les Los Angeles Dodgers), Jerry Lewis, père de sept enfants, s'occupait activement des handicapés physiques et mentaux. Son engagement constant dans la lutte contre la dystrophie musculaire, avec l'animation, depuis 1966, d'un téléthon pour les myopathes, lui a valu une nomination au prix Nobel de la Paix.