Le Kanak Emmanuel Kasarhérou prend la tête du Quai Branly
Article de Roxana Azimi
L’ancien directeur du Centre culturel Tjibaou de Nouméa succède à Stéphane Martin, qui présidait le musée depuis 1998
Le processus de succession de Stéphane Martin avait été ouvert en janvier, puis retardé par le confinement. D’après nos informations, le Calédonien Emmanuel Kasarhérou devrait être nommé mercredi 27 mai, en conseil des ministres, à la présidence du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac où il occupait depuis 2014 les fonctions de responsable de la coordination scientifique des collections.
C’est une première : aucun Kanak n’avait jusqu’alors pris la responsabilité d’un grand musée métropolitain. Un symbole fort donc, comme les aime Emmanuel Macron qui, en 2018, fut le premier président de la République à se rendre à Ouvéa, trente ans après l’assaut meurtrier contre les indépendantistes qui retenaient des gendarmes en otage. Pour panser ce traumatisme, il avait alors planté un cocotier, symbole de vie dans la culture kanak et signe de réconciliation. Cet esprit de concorde, Emmanuel Kasarhérou l’incarne aussi en tant que figure centrale de l’histoire culturelle calédonienne contemporaine. « Il est diplomate tout en ayant de la poigne et de la maîtrise, vante le marchand parisien d’art océanien Anthony Meyer. Il aime trouver des solutions et travailler en équipe. »
Né en 1960 à Nouméa d’un père kanak et d’une mère métropolitaine, la linguiste spécialiste de la langue houailou Jacqueline de La Fontinelle, le jeune métis se serait bien vu en Indiana Jones du Pacifique. Passionné de préhistoire, formé par le grand archéologue océaniste José Garanger (1926-2006), il a participé à de nombreux chantiers de fouilles.
Légitimité des collections
En pleine guerre civile, en 1985, à l’âge de 25 ans, il prend la direction du Musée de Nouvelle-Calédonie, à Nouméa. Neuf ans plus tard, Emmanuel Kasarhérou est happé par un projet aussi ambitieux que politique : la mise en place du Centre culturel Tjibaou, du nom du fondateur du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), assassiné en 1989. Inauguré en 1998 dans un bâtiment signé par l’architecte Renzo Piano, cet immense centre culturel océanien fut l’un des derniers grands gestes politiques de François Mitterrand, accompagnant l’accord de Nouméa, dix ans après ceux de Matignon. Emmanuel Kasarhérou en prendra la direction en 2006, avant de devenir, cinq ans plus tard, chargé de mission pour l’outre-mer en France.
En 2013, il fait ses premiers pas au Quai Branly en cosignant Kanak, l’art est une parole, avec Roger Boulay, une exposition à la fois pointue et grand public qui fera date. Irréprochable sur le plan esthétique, avec plus de 300 pièces, l’événement coïncide avec les quinze ans de l’accord de Nouméa, marquant la fin de la tutelle française imposée en 1853. Emmanuel Kasarhérou rappelait, à cette occasion, au Monde que les Kanaks avaient été placés dans des réserves dès 1868, « un fait unique dans l’histoire coloniale française, qui a créé une relation particulière avec le territoire ». Pour autant, l’historien n’est pas « engagé politiquement, du moins publiquement », souligne son ami Roger Boulay. Et l’ancien collaborateur de l’Agence du développement de la culture kanak de préciser : « En Nouvelle-Calédonie, Emmanuel avait la confiance de tout le monde, il consultait toujours les anciens, les représentants des grandes chefferies ou ceux qui ont joué un rôle dans le renouveau de la culture kanak. »
Le questionnement d’Emmanuel Kasarhérou sur l’histoire et la légitimité des collections sera précieux, alors que s’ouvre le grand chantier de la circulation des œuvres entre le Nord et le Sud, à la suite au rapport Sarr-Savoye (2018) sur la restitution des œuvres volées en Afrique. « Emmanuel pense qu’il est important de partager le patrimoine de l’humanité sans s’enfermer dans les mots. Il ne raconte pas de fables qui simplifieraient les choses », confie un proche, suggérant qu’il serait en phase avec la politique de Stéphane Martin, nommé conseiller culturel au Japon. Dans l’immédiat, le nouveau président devra procéder au déconfinement progressif du musée, fin juin-début juillet, selon nos informations, et trouver un successeur à Yves Le Fur, l’actuel directeur des collections, qui attteint bientôt l’âge de la retraite.
Jean-Marie Bigard, un "poivrot aviné" selon l'entourage d'Emmanuel Macron
Le récent échange téléphonique entre le célèbre humoriste et le président de la République a été mal vécu par certains proches de l'Élysée.
Jean-Marie Bigard commencerait-il à agacer l'entourage d'Emmanuel Macron ? Dans une vidéo postée le 11 mai dernier sur ses réseaux sociaux, le très populaire humoriste appelait le président de la République et son gouvernement à rouvrir au plus vite les bars et restaurants pour pouvoir "discuter le bout de gras" et retrouver "un peu de joie, un peu de bonne humeur", déplorant au passage d’être dans un pays dirigé par "des guignols".
Des déclarations percutantes accumulant rapidement plusieurs millions de vues et qui ont même été entendues jusqu'au sommet de l'État, puisque Bigard a affirmé ce week-end sur Sud Radio que le président himself lui a passé un coup de fil afin de le rassurer sur les échéances à venir :
"Il m’appelle pour me dire: 'vous avez raison'. Je trouve ça génial".
"Nous allons faire un putain d’échéancier, m’a-t-il dit. Comme je l’avais demandé, donc c’était assez mignon".
"Le président appelle qui il veut, quand il veut"
Mais si sa conversation avec le président de la République s'est avérée cordiale, Jean-Marie Bigard ne fait toutefois pas l'unanimité au sein du camp Macron. Comme le révèle un article mis en ligne par Libération ce lundi 25 mai, l'échange "sympa" entre les deux hommes aurait été très mal digéré dans l'entourage du chef d'État.
"Le président appelle qui il veut, quand il veut. Le problème, c’est de le voir répondre en direct à un poivrot aviné qui nous parle de ses couilles", regrette une parlementaire LREM. Mais pour d'autres, le chef d'État s'adonne là à un périlleux exercice de rassemblement, en vue de l'échéance 2022.
"Si on veut que les gens sensibles à ces personnes ne leur tombent pas dans les bras en 2022, il faut leur parler, leur manifester de la considération, montrer qu’on les entend", explique ainsi un conseiller. Un proche de l'Élysée abonde : "Il connaît très bien les codes de la culture de droite. D’où l’intérêt, parfois même la fascination, de ses interlocuteurs."
Virage à droite en vue de 2022 ?
Une stratégie qui explique sans doute les multiples appels du pied lancés par Emmanuel Macron à des personnalités (très) marquées à droite ces dernières semaines, précise Libération. Entre ses échanges plus si privés que ça avec Philippe de Villiers au sujet de la réouverture du Puy du Fou et son appel de soutien à Éric Zemmour, récemment agressé dans la rue, le chef de l'État, dont la popularité s'est fortement érodée au cours de la crise sanitaire, entendrait donc "lutter contre le populisme"... et pourquoi pas prendre un virage plus à droite en vue de 2022.
Par Tanguy Vallée
La monarchie remise en cause
Les affaires ont miné l’attachement des Espagnols à la couronne
Si le Covid-19 n’avait pas sévi, une grande « consultation populaire » aurait dû se tenir le 9 mai en Espagne, organisée par la Plate-forme étatique monarchie ou république, un collectif de 67 organisations politiques et associations républicaines. La crise sanitaire a repoussé ce référendum citoyen à l’automne. « Après la dictature, on nous a fait croire que la démocratie allait de pair avec la monarchie. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont prêts à ouvrir le débat de la république, assure José Manuel Garcia, porte-parole de la Plate-forme, où figurent la Gauche unie (IU, néocommunistes), la branche anticapitaliste de Podemos et Rebeldia, les jeunesses de la gauche radicale. Les scandales et la corruption font pencher la balance, mais pas seulement. Chez les jeunes, le fait que le chef de l’Etat le soit par sa naissance est incompréhensible… »
Selon un sondage Electomania du 14 avril, 62,3 % des Espagnols seraient favorables à la tenue d’un référendum : la monarchie obtiendrait 47,5 % des voix, contre 47 % en faveur de la république. Un autre sondage, paru le 6 mai sur le site d’information de gauche Publico, a donné à la république la majorité absolue : 51,6 % des voix, contre 34,6 % pour la monarchie. Le Centre de recherches sociologiques, l’institut de sondage officiel espagnol, en revanche, ne demande plus l’opinion des Espagnols sur la monarchie depuis avril 2015. A cette date, la note de confiance envers l’institution royale n’affichait que 4,34 sur 10.
« La monarchie divise de plus en plus : les jeunes ne l’associent plus au rôle de Juan Carlos dans l’implantation de la démocratie et, dans les territoires où le nationalisme régional est fort, elle est perçue centraliste et à droite », résume Pablo Simon, professeur de science politique à l’université Carlos-III. En 2018, le Parlement régional catalan, à majorité indépendantiste, a voté la réprobation de Felipe VI, et plusieurs mairies séparatistes l’ont déclaré persona non grata du fait de son discours ferme visant à mettre fin à la tentative de sécession d’octobre 2017.
Boîte de Pandore
Au moment du scandale sur les enregistrements d’une ex-amie de l’ancien roi Juan Carlos, le Parlement régional de Navarre a approuvé une déclaration institutionnelle exigeant la tenue d’un référendum contraignant pour trancher entre monarchie et république. Et en mars, en plein scandale sur la fortune de ce même Juan Carlos, des élus de Podemos ont demandé sur Twitter « abdication et référendum ». Le 14 avril, jour anniversaire de la Seconde République de 1931, le vice-président du gouvernement de coalition entre Unidas Podemos et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pablo Iglesias, leader de la gauche radicale, a rendu hommage aux « compatriotes qui ont imaginé un pays, une république, où personne ne serait plus qu’un autre ».
« En Espagne, il n’y a pas de véritables monarchistes, rappelle le journaliste Jaime Peñafiel, fin connaisseur de la famille royale. Il y avait des juan-carlistes, mais je ne pense pas qu’il y ait des félipistes. La chance de la monarchie est qu’elle reste un symbole de stabilité et d’unité du royaume ; son principal problème, c’est que l’Espagne est le seul royaume gouverné par des communistes », ajoute-t-il, en référence à Unidas Podemos. Pablo Simon estime au contraire que « le fait que Podemos, qui remettait en cause le système, soit rentré dedans a fait disparaître le débat sur la réforme de la Constitution ».
Quant aux principaux partis, ils ne veulent pas ouvrir la boîte de Pandore du débat sur la monarchie. Ainsi, le PSOE, le Parti populaire (PP, droite), Ciudadanos (libéraux) ou Vox (extrême droite) ont bloqué à plusieurs reprises l’ouverture d’une enquête parlementaire sur Juan Carlos. « Dire que la princesse Leonor [14 ans] sera la prochaine reine, c’est beaucoup s’avancer, estime cependant M. Peñafiel. La monarchie est une institution médiévale arrivée jusqu’à nos jours par miracle, qui ne se maintient que si elle est exemplaire. Or, la monarchie espagnole ne l’a pas été… »












