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Jours tranquilles à Paris
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16 mai 2020

Pandémie - Bolsonaro pousse à la démission son deuxième ministre de la Santé en un mois

FOLHA DE SÃO PAULO (SÃO PAULO)

Nelson Teich a annoncé qu’il quittait son ministère ce vendredi 15 mai. Comme son prédécesseur, Luiz Henrique Mandetta, il était en désaccord avec le président brésilien sur les réponses à apporter à la pandémie de Covid-19.

Il n’aura pas tenu un mois. Le ministre brésilien de la Santé Nelson Teich “a annoncé sa démission” ce vendredi 15 mai, rapporte Folha de S. Paulo. Il devait tenir une conférence de presse à ce sujet dans l’après-midi.

Depuis son entrée en fonction, Teich a vu son pouvoir de ministre être constamment “minimisé par le président Jair Bolsonaro”, souligne le quotidien brésilien. Le lundi 11 mai, l’oncologue avait notamment appris par la presse la décision du président brésilien d’inclure dans la liste des activités et commerces essentiels “les salons de beauté, les salles de sport et les salons de coiffure”.

Alors qu’au 15 mai plus de 14 000 morts ont été officiellement recensés au Brésil en raison de l’épidémie liée au nouveau coronavirus, Nelson Teich est “le deuxième ministre à abandonner le portefeuille de la santé en pleine pandémie de Covid-19”, rappelle Folha de S. Paulo.

Le 16 avril dernier, le ministre Luiz Henrique Mandetta avait lui aussi démissionné en raison de désaccords avec Jair Bolsonaro sur les mesures de distanciation physique ainsi que sur l’administration de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine aux patients atteints de Covid-19.

Nelson Teich quitte ses fonctions pour les mêmes raisons. Il avait pourtant été choisi par Jair Bolsonaro “dans l’espoir d’équilibrer les actions du ministère afin d’éviter les décès dus au nouveau coronavirus mais aussi de minimiser l’impact économique des mesures de confinement”, souligne le quotidien.

Un militaire prochain ministre ?

Fin avril, le ministre avait confié ses doutes sur la chloroquine, dont l’efficacité contre le Covid-19 est selon lui “aujourd’hui encore une incertitude”, mais cela n’a pas empêché le président brésilien de déclarer le jeudi 14 mai que le protocole d’administration de la chloroquine “peut et va changer” au Brésil :

J’ai été élu pour prendre les décisions et cette question de la chloroquine passe par moi. Le ministre de la santé [Nelson Teich] est d’accord, sans aucun problème, je crois en son travail. Mais cette question de la chloroquine, nous allons la résoudre.”

Après l’annonce de la démission du ministre, des concerts de casseroles “ont été entendus à São Paulo et Rio de Janeiro”, indique Folha de S. Paulo. D’après le quotidien, le gouvernement étudie la possibilité de confier le ministère de la Santé à un militaire, le général Eduardo Pazuello. Il était jusqu’à présent le bras droit de Nelson Teich, et il a vraisemblablement l’habitude de se mettre au garde-à-vous.

Source - Folha de São Paulo

SÃO PAULO http://www.folha.com.br

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13 mai 2020

Jair Bolsonaro

La popularité de Bolsonaro en nette baisse. Selon un sondage de la confédération nationale des transports en partenariat avec le MDA Institute publié mardi, 55% des Brésiliens désapprouvent la politique menée par leur dirigeant contre 47% en janvier. “A pas de géant et au milieu de la pandémie de coronavirus, le gouvernement du président Jair Bolsonaro a perdu le soutien d’une partie de la population, atteignant les pires évaluations depuis le début de son administration en janvier 2019”, explique Parana Portal. 67% des personnes interrogées approuvent par ailleurs le confinement. Ces mauvais chiffres pour le leader d’extrême-droite sortent au moment où il fait face à une crise politique potentiellement dévastatrice. Il est accusé par Sergio Moro, son ex-ministre de la justice, d’avoir cherché à empêcher la police fédérale d’enquêter sur sa famille et ses proches à Rio. Le PSOL, le parti socialisme et liberté, a demandé à la justice de rendre publique la vidéo d’une réunion ministérielle au cours de laquelle le sujet a été abordé.

9 mai 2020

BRESIL - Les « love motels » brésiliens prêts à accueillir des malades du Covid-19

Par Bruno Meyerfeld, Rio de Janeiro, correspondant

Parfaitement adaptés aux exigences d’hygiène et de distanciation, ces temples du libertinage très populaires dans le pays pourraient être réquisitionnés pour des patients placés en quarantaine.

Malgré la gestion de la crise sanitaire déplorable de la part du président brésilien, Jair Bolsonaro, magasins, bars, ­restaurants et autres commerces « non essentiels » sont fermés dans la plupart des grandes villes du pays. Mais, envers et contre la pandémie, il est des lieux particulièrement symbolique qui n’ont jamais baissé le rideau. Églises ? Stades de foot ? Centres de beauté ? Rien de tout cela. Il s’agit… des « love motels ». Ces lieux de rendez-vous intimes entre adultes consentants, une véritable institution ici, pourraient, dans certains États, être réquisitionnés pour isoler les malades mis en quarantaine.

Au nombre de 5 000, répartis sur tout le territoire, ils emploient environ 150 000 personnes, pour 100 millions de nuitées par an, et produisent un chiffre d’affaires annuel estimé à 4 milliards de reais (660 millions d’euros environ). Noirs et Blancs, jeunes et vieux, riches ou pauvres, hétéro ou queer, à deux ou davantage… toute la société brésilienne a l’habitude d’y réserver une chambre.

Tente berbère ou ring de boxe

Le concept débarque au Brésil dans les années 1960, sous la dictature militaire. Le pays est en pleine urbanisation et la jeunesse rêve de liberté, de transgression des mœurs et du corps, à l’opposé de la morale patriarcale et catho-conservatrice des généraux à lunettes fumées. Quoi de mieux, alors, qu’un motel, à l’image de ceux qui existent aux États-Unis pour les voyageurs, lorsqu’on veut se retrouver discrètement, de jour comme de nuit, loin des regards de la famille et de la société ?

« C’EST UN ESPACE UTOPIQUE CONCRET, ENTRE PUDEUR ET HÉDONISME, OÙ TOUT EST PERMIS CAR TOUT EST CACHÉ. » JÉRÔME SOUTY, ANTHROPOLOGUE

Aujourd’hui, le nom des établissements navigue entre le très explicite et le parfumé. Au choix : Nude, Fantasme, Playboy, mais aussi L’Amour, Bon goût, Fleur de lys ou encore le très culinaire Carbonara Motel. À l’intérieur, il y en a pour tous les goûts, depuis la chambre « classique » (draps rouges, lit rond, miroirs, Jacuzzi…) jusqu’aux suites les plus extravagantes et les plus kitsch. Pour quelques dizaines ou centaines d’euros, le client peut s’offrir une ambiance Taj Mahal, tente berbère, yacht de luxe, cockpit d’avion, temple grec, ring de boxe, Las Vegas ou donjon « sadomaso » médiéval en carton-pâte, le tout sur ­plusieurs centaines de mètres carrés, avec chaîne hi-fi, ­barbecue, piscine privative et, parfois, toit ouvrant inclus…

S’adapter ou mettre la clé sous la porte

Dans ces temples de la consommation, les clients peuvent passer commande de tout et n’importe quoi : fouet, combinaison de latex, godemiché, champagne, fruits de mer… « C’est un espace utopique concret, entre pudeur et hédonisme, où tout est permis car tout est caché. On y trouve à la fois des personnes qui veulent avoir une sexualité minoritaire, extrême ou tarifée, mais aussi des couples bien installés qui souhaitent seulement pimenter leur quotidien, s’offrir un peu d’imaginaire et de luxe », résume l’anthropologue français Jérôme Souty, auteur d’un ouvrage sur le sujet (Motel Brasil. Une anthropologie des love hotels, Riveneuve, 2015).

Confrontés à la crise due au coronavirus, ces établissements ont, dans un premier temps, connu une augmentation significative de leur fréquentation : au moins 20 % de plus que la normale, pour ceux de Rio, durant les trois premières semaines de mars, selon l’hebdomadaire Veja. Juste avant que les municipalités ne mettent en place des mesures de restriction, il s’agissait de transgresser une dernière fois les règles, comme avant la fin du monde. « La situation a fait que les gens ont réévalué l’importance d’être en vie et d’avoir du plaisir », analysait l’anthropologue Bernardo Conde dans ce magazine.

Mais l’acmé n’a pas duré. Début avril, les « love hotels » ont commencé à être désertés. « La fréquentation chez nous a chuté de 60 % », confie par téléphone « Espedito », 56 ans, sympathique gérant du New Star Motel, à Rio (qui, avec 48 chambres au bord de l’autoroute, propose « bon goût et raffinement à petit prix »). Comme dans d’autres établissements, il a fallu s’adapter pour éviter de mettre la clé sous la porte. « On travaille masqués, on propose du gel hydroalcoolique aux clients, on lave tout sans arrêt à l’eau de javel », poursuit « Espedito », qui a dû mettre un quart de ses trente-six employés en chômage partiel.

Temple du sans-contact

Tous les « love motels » n’ont cependant pas renoncé à attirer le client libertin et certains voient même dans le coronavirus une opportunité. « Si c’est pour être confiné, autant que ce soit en bonne compagnie », proclame ainsi le Love Time Hotel de Rio sur son site. Comme d’autres, il met en avant les deux atouts majeurs du motel en ces temps de pandémie : la distanciation et l’hygiène.

En règle générale, l’arrivée sur les lieux se fait, en effet, en voiture, après avoir passé un guichet où l’employé de l’hôtel est dissimulé par une vitre opaque. Depuis le garage, un escalier privatif mène directement à la chambre. Celle-ci, insonorisée et le plus souvent dépourvue de fenêtre, dispose d’une antichambre ou d’un système de trappe, permettant de se faire livrer sans aucun contact.

« C’est aussi un lieu d’hygiène absolu », remarque Jérôme Souty. Entre chaque « passage », les chambres sont en effet lavées à grandes eaux et à grand renfort de produits chimiques. C’est donc tout sauf un hasard si le gouverneur de l’État de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, a signé au mois de mars une loi lui permettant le cas échéant de réquisitionner les nombreux « love motels » de la région pour des malades du Covid-19 en quarantaine. Un isolement sur des lits ronds aux draps rouges, encerclés de miroirs…

4 mai 2020

Coronavirus et Brésil...

Covid-19 : le Brésil franchit la barre des 7 000 morts. Le Brésil a franchi dimanche la barre des 7 000 morts et 100 000 cas confirmés de Covid-19, rapporte O Globo. Le pays, qui compte 210 millions d’habitants, se situe au neuvième rang mondial en termes de personnes infectées, avec 101 147 cas, selon le dernier bilan officiel du ministère de la Santé. Mais il a dépassé l’Allemagne en nombre de décès, avec 7 025 morts au total. Dimanche soir, une projection sur la célèbre statue du Christ rédempteur du Corcovado devait donner l’impression que le visage de Jésus était recouvert d’un masque de protection, pour encourager la population à se protéger.

2 mai 2020

BRESIL - 5 000 morts du Covid-19 au Brésil : « Et alors ? », répond Bolsonaro

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Le « Et alors ? », lâché, mardi, par le président Jair Bolsonaro à un journaliste qui l’interrogeait sur le fait que plus de 5 000 Brésiliens étaient morts du Covid-19, a provoqué des cascades de réactions de gouverneurs, responsables politiques, professionnels de santé ou éditorialistes, outrés par l’absence d’empathie présidentielle. « Je suis désolé. Vous voulez que je fasse quoi ? Je suis Messias (Messie, son deuxième prénom, NDLR) mais je ne fais pas de miracle », avait répondu le président.

« Mettez-vous au travail », a lancé à Jaïr Bolsonaro Wilson Witzel, le gouverneur de l’État de Rio de Janeiro, au bord de l’implosion sanitaire. « Sortez de votre bulle de Brasilia », a, de son côté, déclaré Joao Doria, gouverneur de l’État de São Paulo. Avec officiellement 85 380 cas de contamination, mais 15 ou 20 fois plus d’après des scientifiques, et 5 901 morts, le Brésil voit se profiler un scénario à l’américaine ou à l’italienne.

Não é “E daí”?, não, presidente. Seja responsável. A sua “gripezinha” chegou e, em vez de continuar atacando os governadores, faça o seu trabalho. Sua atuação na maior crise de saúde do mundo é desastrosa. Pare de fazer política e trabalhe.— Wilson Witzel (@wilsonwitzel) April 29, 2020

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24 avril 2020

Coronavirus : au Brésil, « nous sommes à la limite de la barbarie »

Par Bruno Meyerfeld, Rio de Janeiro, correspondant

L’épidémie de Covid-19, qualifiée de « petite grippe » par le président Bolsonaro, s’intensifie désormais, frappant un pays où le système de santé n’est pas en capacité de répondre à un tel défi sanitaire.

Au Brésil, partout ou presque, on creuse. Des trous, des fosses, par milliers. A la pelle et à la pioche quand on dispose d’un peu de temps. A la tractopelle et à l’engin de chantier, quand on en manque. Pas pour planter du café ou trouver du pétrole, comme avant. Au Brésil, aujourd’hui, on creuse des trous pour enterrer des corps.

Le coronavirus est arrivé « et c’est chaque jour de pire en pire », constate Paulo Henrique, jeune croque-mort métis de 26 ans au cimetière de Vila Formosa à Sao Paulo. Ce mardi 21 avril, un petit embouteillage de corbillards s’est formé entre les tombes. « C’est le septième que je transporte aujourd’hui, le double de d’habitude. C’est épuisant », poursuit-il, patientant au volant de son véhicule funéraire. La cérémonie ne dure pas plus de cinq minutes, le temps de dire au revoir et d’une pelletée de terre. « Tout le monde est terrifié », constate Paulo Henrique.

Au 23 avril, l’épidémie a fait 3 313 victimes au Brésil (un bond record de 407 décès par rapport à la veille) pour 49 492 cas confirmés. Mais qui croit encore aux chiffres officiels ? Débordées, les autorités ne parviennent à tester ni les vivants ni les morts et certains décès dus au Covid-19 sont enregistrés avec vingt jours de retard. Selon des estimations, divulguées par la presse, le nombre de personnes réellement infectées serait de douze à quinze fois supérieur au chiffre annoncé par les autorités. Le nombre de morts pourrait quant à lui avoir déjà dépassé les 15 000 victimes dans le pire des scénarios. Et le pic n’est prévu que pour mai…

D’ores et déjà, toute la fédération est frappée : les grandes métropoles du sud du pays, comme Sao Paulo et Rio, où se concentrent la moitié des décès, mais aussi l’Etat nordestin du Pernambouc ou celui d’Amazonas, loin dans les terres, en pleine forêt tropicale. Dans ces régions, les hôpitaux publics sont déjà saturés ou presque, avec des taux d’occupation des services en soins intensifs dépassant souvent les 70 % ou les 80 %. On espérait le nouveau coronavirus saisonnier ? Sensible à la chaleur ? Force est de constater qu’il s’adapte très bien à la torpeur tropicale.

Fosses communes creusées à l’engin de chantier

Tout ça fait peur. Tout ça fait pleurer aussi, de rage et de désespoir. « Nous sommes à la limite de la barbarie », s’est effondré en larmes cette semaine le maire de Manaus, Arthur Virgílio Neto, désespéré, lors d’une interview. Dans la plus grande cité d’Amazonie, le nombre d’enterrement a triplé, on creuse des fosses communes à l’engin de chantier. Dans les hôpitaux surchargés, les cadavres sont alignés dans les couloirs, des patients trop âgés ont déjà été renvoyés pour mourir chez eux.

Partout, c’est la chasse au lit, la course aux ventilateurs. « Une guerre quotidienne », témoigne un chirurgien de l’hôpital général de Fortaleza, dans le Ceará nordestin, requérant l’anonymat. « On est plein, 100 % des lits en soins intensifs sont occupés et tous les respirateurs sont maintenant utilisés. On avait pourtant dédié un étage entier et cinq unités de soins exclusivement pour le Covid-19. Mais même avec ça, l’autre jour, 48 personnes attendaient un lit ! A ce rythme on ne tiendra pas quinze jours », s’inquiète-t-il.

A Fortaleza, on a de la chance : pour l’instant, il y a suffisamment de gants et de masques. C’est loin d’être le cas partout. A Sao Paulo « à l’hôpital, une bonne partie du personnel n’est pas équipée et a dû utiliser des capes de pluie et des sacs-poubelles, achetés au marché, pour se protéger ! », enrage Sergio Antiqueira président du syndicat des employés de la ville (Sindesp). A certains, on a confié un seul et unique masque de protection jetable pour un mois entier. « Ces gens sont en danger », s’indigne-t-il.

Le Brésil est à nu. « Nous ne sommes pas du tout prêts pour faire face à cette pandémie », regrette Ligia Bahia, experte du secteur de la santé à l’Université fédérale de Rio (UFRJ). Le pays dispose pourtant de dizaines de milliers de lits en soins intensifs. Mais « la moitié sont dans le privé : inaccessibles pour l’écrasante majorité de la population », soupire-t-elle. Résultat : en moyenne, selon l’Institut de statistique national (IBGE), un Brésilien doit parcourir aujourd’hui 155 kilomètres pour trouver un hôpital capable d’offrir des soins complexes, tels ceux exigés par le Covid-19. Dans le grand nord amazonien, la distance peut aller jusqu’à 400 ou 500 kilomètres.

Un virus ? Quel virus ?

La pandémie appuie là où ça fait mal. « Le coronavirus montre l’échec de notre système démocratique, s’attriste Ligia Bahia. Depuis la fin de la dictature, en trente ans, on n’a jamais vraiment investi pour créer un système de santé public effectif, qui offre des soins au plus pauvres, les Noirs, les plus exclus, qui vont être les premières victimes du. [Il] fonctionne d’abord pour les riches. Et [notre] démocratie ne garantit pas les droits sociaux. »

Un virus ? Quel virus ? Malgré le drame en cours, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, pour qui le coronavirus n’est qu’une « petite grippe », défend toujours le « retour à la normale ». Chaque fin de semaine, il s’adonne à des bains de foule, au mépris des règles sanitaires élémentaires. « J’ai le droit constitutionnel d’aller et de venir », a expliqué le chef de l’Etat, prenant les passants dans ses bras, serrant la main d’une femme âgée après s’être essuyé le nez dans son bras ou toussant carrément sur ses supporters lors d’un discours… Il y a gagné un surnom : « Capitaine Corona ».

Le nouveau ministre de la santé, Nelson Teich, ne rassure pas davantage. Ce dernier s’exprime peu et a mis fin aux conférences de presse quotidiennes, prisées par son prédécesseur Luiz Henrique Mandetta, brutalement démis de ses fonctions par Jair Bolsonaro la semaine dernière. Jugé terne et soumis au président, M. Teich ne convainc personne, pas même au sein du gouvernement. « Tout est sous contrôle… Mais de qui, on ne sait pas ! », s’est ainsi amusé en public le vice-président Hamilton Mourão, juste avant la prise de fonction du ministre.

Faut-il s’attendre à une tragédie ? Selon les prédictions de l’Imperial College de Londres, en cas d’inaction, l’épidémie pourrait faire plus de 1 million de victimes au Brésil.

Rues à peine moins pleines qu’à la normale

Heureusement, depuis la mi-mars, une majorité d’Etats, se substituant au gouvernement fédéral, ont mis en place des politiques de confinement, plus ou moins rigides. Mais avec quelle efficacité ? A peine un Brésilien sur deux serait aujourd’hui isolé chez lui. Dans les quartiers populaires, le contrôle des autorités est quasi inexistant et les rues à peine moins pleines qu’à la normale.

Pire : alors que la vague s’approche, sous la pression combinée de l’exécutif et des milieux économiques, dix Etats sur vingt-sept ont déjà adopté des mesures pour flexibiliser à court ou moyen terme le très fragile et très partiel confinement.

Prévoyant le pire, la ville de Sao Paulo ordonné en urgence le creusement de 13 000 nouvelles tombes, l’achat de 38 000 urnes funéraires supplémentaires et la construction d’un nouveau cimetière. Pour éviter les embouteillages, la mise en terre se fera désormais sans public et de nuit, si besoin.

Bruno Meyerfeld (Rio de Janeiro, correspondant)

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Coronavirus : près de 50 000 morts aux Etats-Unis, après l’une des pires journées. La pandémie de Covid-19, qui a tué au moins 186 500 personnes dans le monde, dont près des deux tiers en Europe, continue de perturber la vie d’une grande partie de la planète. Plus de 2 675 000 cas ont été diagnostiqués dans 193 pays et territoires. En Europe, les pays les plus durement touchés sont l’Italie (25 549 morts), l’Espagne (22 157), la France (21 856) et le Royaume-Uni (18 738). Les Etats-Unis ont pour leur part connu l’une de leurs pires journées depuis le début de l’épidémie, avec 3 176 morts enregistrés sur vingt-quatre heures. Le pays, de loin le plus touché s’apprête, donc à passer le cap 50 000 morts. le Congrès y a approuvé jeudi un nouveau plan d’aide de 483 milliards de dollars (448 milliards d’euros) pour soutenir l’économie et les hôpitaux, tout en renforçant les capacités de dépistage. Face à l’explosion du chômage et à la paralysie de l’économie américaine, le Sénat, la Chambre des représentants et la Maison Blanche ont négocié ces mesures qui comprennent notamment 320 milliards de dollars de prêts destinés aux petites et moyennes entreprises.

17 avril 2020

Coronavirus : en pleine pandémie, Jair Bolsonaro renvoie son ministre de la santé

Par Bruno Meyerfeld, Rio de Janeiro, correspondant Le Monde

Luiz Henrique Mandetta était devenu le symbole de la lutte contre le Covid-19.

« Un médecin n’abandonne pas son patient », aimait à répéter Luiz Henrique Mandetta. Pourtant, ces derniers jours, le départ du très populaire ministre brésilien de la santé était devenu inévitable : jeudi 16 avril au soir, il a officiellement été démis de ses fonctions par le président d’extrême droite, Jair Bolsonaro.

En pleine pandémie mondiale, le renvoi d’un ministre de la santé sonne comme un coup de tonnerre, mais n’a surpris personne à Brasilia : depuis des semaines, et le début de la crise sanitaire, une véritable « guerre froide » opposait en effet le chef de l’Etat, « coronasceptique » assumé, à son ex-ministre de la santé, « coronalarmiste » convaincu.

Alors que le virus progresse, et que 1 924 Brésiliens sont déjà morts, au 16 avril, des suites du Covid-19, le pays se trouve plongé dans l’incertitude. Avec ses cheveux noir de jais et son éternel gilet flanqué de la croix bleue du SUS (le système de santé publique), Luiz Henrique Mandetta était en effet devenu le visage de la lutte contre le Covid-19 au Brésil. Précis, professionnel, pondéré, il défendait jour après jour le « maximum de distanciation sociale » et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), envers et contre son président, qui compare le coronavirus à une « petite grippe », prend des bains de foule, appelle à la reprise économique et depuis le 12 avril, prétend même que l’épidémie « commence à s’en aller ».

Véritable star sur les réseaux sociaux

« Je ne travaille qu’avec la science », rétorquait M. Mandetta, qui était parvenu ces dernières semaines à mobiliser les moyens de l’Etat pour lutter contre l’épidémie : achat de 15 000 respirateurs, commande de 240 millions de masques à la Chine, distribution de 1 million de tests, constructions d’hôpitaux de campagne dans l’intérieur et l’Amazonie, crédits à la recherche… Fort de son volontarisme, ce médecin orthopédique de 55 ans, ancien député fédéral conservateur, était devenu une véritable star sur les réseaux sociaux, sa politique soutenue par les politiques de tous bords et plébiscitée par 76 % des Brésiliens, selon l’institut Datafolha.

Vite, Jair Bolsonaro a pris ombrage de la popularité de son ministre : il « manque d’humilité », déclarait-il récemment, menaçant à plusieurs reprises de licencier « d’un coup de stylo » ce ministre par trop indépendant. Mais jusque très récemment, Mandetta était protégé car disposant de soutiens de poids : celui des élus, des maires, des gouverneurs locaux mais aussi des ministres les plus influents du gouvernement, tel Sérgio Moro à la justice, et surtout de l’armée, qui sauva sa tête à plusieurs reprises.

Présomptueux, las, visiblement harassé, Mandetta a finalement franchi la ligne rouge dimanche 12 avril. « Le Brésilien ne sait pas s’il doit se fier au ministre de la santé ou au président », déclarait alors le ministre dans une interview à la chaîne TV Globo, appelant à une « parole unifiée » au sommet de l’Etat… s’attirant instantanément les foudres des hauts gradés, outrés par cette atteinte par trop visible à la hiérarchie.

Colère de la population

Il n’en fallait pas plus pour décider Jair Bolsonaro à passer à l’acte, et remercier le fougueux Mandetta. Aussi attendu soit-il, le départ de ce dernier a été accueilli avec colère ou consternation par une grande partie de la population, des concerts de casseroles éclatant dans plusieurs grandes villes du pays. De son côté, quelques minutes seulement après avoir été renvoyé, l’ancien ministre a donné une ultime conférence de presse à son ministère.

« N’ayez pas peur ! », a enjoint Mandetta, à « ses » fonctionnaire réunis. Emu, des sanglots dans la voix, la main serrant nerveusement une dernière tasse de café, Mandetta a longuement remercié un à un chacun de ses collaborateurs, les appelant à la « défense intransigeante de la vie, du SUS [système de santé publique] et de la science (…). La science est la lumière, c’est ce qui nous illumine, et c’est grâce à elle que nous allons nous en sortir (…) nous ne sommes qu’au début de la bataille ! », a-t-il lancé, dans une adresse au ton souvent prophétique.

« Ce fut vraiment un divorce consensuel », a de son côté sèchement commenté le chef de l’Etat, intronisant son nouveau ministre de la santé, Nelson Teich. Cet oncologue de formation, tiré à quatre épingles, est un professionnel de santé reconnu, proche des milieux privés, et surtout un bolsonariste de longue date : il a servi de « conseiller santé » lors de la campagne victorieuse de 2018 et fut un tant pressenti comme ministre de la santé.

L’homme est un fidèle, mais rassure les milieux médicaux : il a défendu par écrit récemment les méthodes de confinement les plus strictes. « Tout ici sera traité de forme absolument technique et scientifique », a assuré le nouveau ministre, peu de temps après sa nomination, rejetant tout changement « brusque ou radical », mais appelant à travailler pour que « la société retourner, de la forme la plus rapide possible, à une vie normale. »

Le travail d’équilibriste ne sera pas aisé. Avec ce renvoi brutal, Jair Bolsonaro a perdu lourdement en capital politique : Mandetta est en effet membre du parti Democratas (DEM), une formation clef, très influente, dont sont issus plusieurs ministres et les présidents des deux chambres du parlement. Surtout, la situation sanitaire est alarmante. Dans les grandes métropoles du sud-est ou dans le vaste Etat d’Amazonas, de nombreux hôpitaux sont déjà quasi-saturés, avec des taux d’occupations avoisinant 70 ou 80 % en soin intensif dans le public, et ce alors même que la « vague » du Covid-19 n’est attendue que pour la fin avril-début mai au Brésil.

6 avril 2020

Brésil - Covid-19 : Jair Bolsonaro trouve à qui parler 3 MIN

jair bresil

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Le président brésilien Jair Bolsonaro s’oppose à son ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, sur les mesures à prendre pour lutter contre le coronavirus. Mais le ministre entend bien se maintenir à son poste : “un médecin n’abandonne pas son patient”, a-t-il déclaré.

C’est un scénario qui rappelle la relation entre le président américain Donald Trump et Anthony Fauci, Le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses. Mais cette fois, c’est au Brésil que cela se passe, où le ministre de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, ose lui aussi s’opposer au président Jair Bolsonaro sur les consignes de confinement et de distanciation sociale pour lutter contre l’épidémie de Covid-19.

À tel point que la presse brésilienne se demande si le ministre risque de quitter le gouvernement Bolsonaro en pleine crise du coronavirus. Il n’en est pour l’instant pas question, assure le principal intéressé, orthopédiste de profession. “Un médecin n’abandonne pas son patient”, a-t-il ainsi déclaré lors d’une conférence de presse, vendredi 3 mars, des propos repris par Folha de São Paulo.

Un ministre qui “manque d’humilité”

Mais le fait est qu’entre les deux hommes, la mésentente s’accentue depuis l’arrivée de l’épidémie au Brésil. D’abord partisan d’un confinement pour l’ensemble de la population, hors professionnels spécifiques, le ministre a dû modérer ses propos face à la position anti-quarantaine de Jair Bolsonaro.

Pour le président brésilien, seules les personnes âgées et celles souffrant de maladies graves devraient rester chez elles, le reste devant reprendre le travail pour faire tourner l’économie du pays. À plusieurs reprises, Jair Bolsonaro a d’ailleurs critiqué les mesures de quarantaine prises par les gouverneurs des différents États du Brésil.

Suite à cela, Luiz Henrique Mandetta avait qualifié de “précipitées” les restrictions décidées au niveau local. Mais après avoir essuyé des critiques du corps médical et de plusieurs proches, il a appelé, en début de semaine, à un “maximum d’isolement social” et appelé la population à suivre les recommandations des autorités locales.

Cela n’a pas plu au chef de l’État. Jeudi, lors d’une interview à la radio Jovem Pan, Jair Bolsonaro a ainsi pointé le “manque d’humilité” de son ministre. Interrogé sur un éventuel limogeage de ce dernier, le président brésilien a admis des différends et déclaré que Luiz Henrique Henrique “devrait écouter un peu plus le président de la République”.

Des attaques publiques

“Je ne prétends pas le démettre de ses fonctions en pleine guerre” contre la pandémie, a-t-il ajouté.

Des propos vus comme “une astucieuse et explicite attaque publique”, qui “révèle l’étendue des tourments de […] l’âme” de Jair Bolsonaro, estime un éditorialiste de Folha de São Paulo.

Le ministre “est la solution, mais son chef voit en lui un problème” et les critiques présidentielles contre Luiz Henrique Mandetta “servent le coronavirus et personne d’autre”, ajoute l’auteur.

Issu d’une famille de politiciens et ancien député fédéral de droite, ce médecin conservateur s’était rapproché de Jair Bolsonaro lorsque ce dernier siégeait lui aussi Congrès national, rappelle El Pais Brésil.

“Auparavant respecté par le président”, le ministre de la Santé est “aujourd’hui méprisé” par le chef de l’État, qui ne le limoge pas afin de “ne pas donner une image de totale ingouvernabilité”, observe le journal.

Bolsonaro jaloux ?

En plus des “désaccords techniques”, une “certaine jalousie” du président pèse aussi contre Luiz Henrique Mandetta, ajoute El Pais Brésil, qui souligne que le ministre bénéficie de 76 % d’opinions favorables, alors que le président Jair Bolsonaro s’appuie désormais sur une base de soutiens de 30 %, selon un sondage publié le 3 mars.

“Bolsonaro est retranché” et “manque de soutien politique pour se défaire de son ministre, alors que d’autres étoiles du cabinet, comme Sergio Moro”, ministre de la Justice, “et même le commandant de l’armée” se montrent, eux, “alignés” sur Luiz Henrique Mandetta, estime la publication, qui prévoit des prochaines semaines dignes d’“une épreuve du feu” pour le ministre, notamment “pour le soutien populaire” dont il bénéficie.

Le dernier bilan, daté du 4 avril fait état de 432 morts du Covid-19 et de plus de 10 000 personnes infectées au Brésil.

Morgann Jezequel

27 mars 2020

Opinion - Jair Bolsonaro est fini

FOLHA DE SÃO PAULO (SÃO PAULO)

Le président brésilien est mort politiquement, affirme cet éditorialiste du Folha de São Paulo. Même ses alliés commencent à le lâcher, consternés par sa gestion erratique de la crise du coronavirus et son déni de la gravité de la situation.

La mort politique est, en général, une mort annoncée. Certes pas à coups de concerts de casseroles comme ceux qui, dans un élan spontané, réclament le départ de Jair Bolsonaro chaque jour à 20 heures dans nos villes.

C’est une fin moins bruyante que le son des casseroles : la mort politique survient à la seconde même qui précède le temps du désespoir.

C’est dans cette seconde suspendue entre rage et confusion que réside le signe de la ruine d’un dirigeant. La rage quand ce dirigeant constate que l’opposition grandit de tous les côtés, y compris du côté de ses anciens alliés, et la confusion qui vient comme le dernier soupir avant une fin annoncée et solitaire.

À droite comme à gauche, les gouverneurs [d’États brésiliens] attendent tels des spectateurs funèbres le crépuscule de la présidence de Bolsonaro. Ils se nourrissent du déclin de sa popularité.

Des secondes d’égarement

Certains prennent fort à propos des mesures [de confinement] qui devraient en principe être coordonnées par le gouvernement fédéral. [À São Paulo comme à Rio de Janeiro, les gouverneurs, anciens alliés du pouvoir, ont lancé des mesures fortes pour contenir l’épidémie].

Il est difficile de dire quand cette seconde a eu lieu dans le cas de Bolsonaro. Était-ce cette seconde d’égarement au cours d’une émission en direct d’Arabie Saoudite, [en octobre 2019], où il a nié tout lien [des cercles du pouvoir] avec la mort de la conseillère municipale Marielle Franco [assassinée en mars 2018 à Rio] et de son chauffeur ?

Était-ce le bras d’honneur qu’il a adressé [en février dernier] aux journalistes ? Était-ce son désir de commémorer le coup d’État militaire [en mars 2019] ? Seraient-ce les attaques quotidiennes contre les femmes journalistes ? Ou encore les quinze autres manquements à son mandat qu’il a pu commettre ?

Peut-être la fin du bolsonarisme ne s’annoncera-t-elle qu’au moment même où elle surgira.

Le peuple n’est pas venu

Elle surgira, c’est possible, quand les idéologues et autres opportunistes qui l’ont accompagné quitteront les premiers le navire, comme les rats. Dans le navire, on n’a pas lu Machiavel [qui, dans Le Prince, écrit au XVIe siècle, montre comment devenir prince et le rester] et on s’est donc entouré de flagorneurs. On s’est employé à relire Olavo de Carvalho [un idéologue brésilien ultraconservateur, établi aux Etats-Unis, qui inspire Bolsonaro] dans l’attente que le peuple nous donne le pouvoir dans la rue.

Mais voilà, le peuple n’est pas venu [ces derniers jours]. Le peuple est resté confiné en attendant un vrai leadership, avec flot de paroles et tout. Mais il n’y en a pas.

La frustration de la population à l’égard du système politique est semblable aux sables mouvants, engloutissant toute personne qui tente de surfer dessus sans savoir comment nous en extraire tous.

Si les analystes ont eu raison de penser que c’est la rhétorique d’un glorieux passé perdu [celui de la dictature] – bien sûr imaginaire – qui a propulsé le bolsonarisme au pouvoir, la chute n’en sera que plus dure.

À l’heure où la pandémie grandit, lecteurs, vous verrez que l’austérité économique [encore prônée par Bolsonaro ces derniers jours] ne sert à rien quand on vit avec toute sa famille dans une pièce unique, quand il n’y a pas d’eau propre pour se laver les mains, quand la précarisation du travail vous prive de revenus en cette période de crise.

Les images d’une fin annoncée

La fin d’un dirigeant politique se manifeste par la solitude, comme celle qu’a connue Dilma Rousseff [en 2016] dans les derniers jours de sa présidence au palais du Planalto [à Brasília].

L’image qui restera de la présidence de Bolsonaro sera peut-être celle de la photo prise [le 21 mars], où le président, en claquettes et maillot de football, a annoncé la production en masse d’un médicament [l’hydroxychloroquine] contre le coronavirus, dont l’efficacité n’est pas prouvée, et un partenariat de l’État avec un hôpital d’élite [Albert-Einstein, à São Paulo], dont les termes n’existent pas.

L’image qui restera de la présidence de Bolsonaro, c’est le désespoir qui le rongera pendant ses derniers instants au pouvoir. Car sa fin est annoncée, qu’elle résulte d’une procédure de destitution ou de son incompétence à exercer sa fonction.

Il est l’heure de prendre les bonnes décisions

Les crises comme celle que nous vivons actuellement révèlent les incompétents, et elles sont aussi cathartiques. Elles font ressurgir avec force des idées qui traînaient depuis longtemps.

Il est l’heure, par exemple, de remettre sur la table le débat sur la taxation des grandes fortunes [protégées par Bolsonaro] et des dividendes, comme le demande à juste titre l’économiste Monica de Bolle [qui appelle à de grands investissements publics].

Il est aussi l’heure de discuter sérieusement de l’introduction de formes de revenu universel, l’heure d’innover en trouvant une organisation du travail qui apporte de la dignité aux travailleurs informels [en les aidant dans cette crise].

En politique, l’unité de temps, c’est le maintenant. Bolsonaro vit déjà dans celle d’hier.

Thiago Amparo

9 février 2020

Bolsonaro veut ouvrir l’Amazonie à l’exploitation minière et aux barrages

foret amazonienne

Le président brésilien Jair Bolsonaro a présenté le 5 février un projet de loi pour ouvrir les terres indigènes à l’exploitation minière, aux travaux agricoles et à la production d’énergie hydraulique. Le projet place l’avenir des territoires indigènes et de la forêt amazonienne entre les mains du Congrès brésilien et de son ministère de la Justice.

Le projet de loi qui viole la constitution du Brésil, signale aux industries extractives que de vastes parties de l’Amazonie seront à vendre.

La mesure permettrait aussi aux entrepreneurs autochtones de participer au nouveau développement.

Le mois dernier, quelque 600 chefs indigènes brésiliens se sont réunis dans l’État amazonien du Mato Grosso pour dénoncer ce qu’ils ont appelé le « génocide, l’ethnocide et l’écocide » du gouvernement.

- Source : E.SC avec Reuters

- Photo : La foret Amazonienne, vue de la tour d’observation du MUSA. Manaus, Brésil (2018) (Seb Mar)

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