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jeudi 10 août 2017

Le Japon entre inquiétude et vigilance sur la question nord-coréenne

Par Philippe Mesmer, Tokyo, correspondance - Le Monde

Les avancées du programme nucléaire nord-coréen et l’escalade verbale entre Washington et Pyongyang obligent Tokyo à se placer « en alerte élevée ».

Le 9 août fut cette année particulier au Japon. Alors que Nagasaki (Sud-ouest) commémorait le bombardement atomique américain de 1945 et que le maire de la ville, Tomohisa Taue, appelait le premier ministre Shinzo Abe à signer le traité d’interdiction des armes nucléaires conclu le 7 juillet aux Nations unies (ONU) par 122 pays au terme de négociations auxquelles Tokyo a refusé de participer, le ministre de la défense Itsunori Onodera évoquait de son côté la Corée du Nord.

Le niveau de menace représenté par le régime de Kim Jong-un « nous oblige à rester vigilant », a-t-il déclaré, ajoutant que les avancées du programme nucléaire nord-coréen et l’escalade verbale entre Washington et Pyongyang obligeaient le Japon à se placer « en alerte élevée ».

Le 8 août, réagissant aux menaces formulées par la Corée du Nord après l’adoption de nouvelles sanctions par l’ONU après son tir de missile du 28 juillet, le président américain Donald Trump a exhorté Pyongyang à cesser de menacer son pays au risque de se heurter « à un feu et à une fureur que le monde n’a jamais vus jusqu’à présent ».

En réponse, l’agence nord-coréenne KCNA a évoqué la possibilité de tirs de quatre missiles balistiques Hwasong-12 vers les bases américaines de Guam, dans le Pacifique.

Manœuvres conjointes avec les Etats-Unis

Le 8 août également, le ministère japonais de la défense a rendu public son livre blanc pour 2017. Ses auteurs estiment que Pyongyang pourrait avoir suffisamment miniaturisé ses armes nucléaires pour pouvoir en équiper les ogives de ses missiles balistiques intercontinentaux. « Le risque de voir la Corée du Nord déployer des missiles nucléaires pouvant atteindre le Japon va croître avec le temps », précise le document.

Cette évaluation rejoint celle formulée fin juillet par la Defense Intelligence Agency, le renseignement militaire américain, qui voit dans cette miniaturisation une menace directe pour les Etats-Unis.

C’est dans ce contexte que le porte-parole du gouvernement nippon, Yoshihide Suga, a de son côté rappelé le 9 août que Tokyo appuyait la position de Donald Trump, selon laquelle toutes les options, y compris militaires, étaient « sur la table ».

L’Archipel veut renforcer les coopérations sécuritaires avec les Etats-Unis, a-t-il ajouté. Des chasseurs F-2 des forces nippones d’autodéfense ont participé, le même jour, à des manœuvres conjointes avec des bombardiers américains B-1B à proximité de la péninsule coréenne.

Menace grandissante

Une posture qui illustre les craintes du Japon, d’autant plus élevées que plusieurs missiles tirés depuis le début de l’année par Pyongyang sont tombés dans sa zone économique exclusive. Celui lancé le 28 juillet s’est ainsi abîmé à 150 kilomètres à l’ouest de l’île d’Okushiri (département de Hokkaido, Nord).

La menace grandissante a amené le gouvernement à mettre en ligne sur le site Internet de la sécurité civile des recommandations à suivre en cas d’attaque de missiles. Des exercices d’évacuation ont été menés dans différentes villes. Les pêcheurs de la côte de la mer du Japon s’inquiètent car les lancements de missiles sont aussi menés sans avertissement. En avril, un tir avait incité la compagnie Tokyo Metro à suspendre la circulation de ses trains pendant une dizaine de minutes.

En mars, un groupe de parlementaires nippons menés par M. Onodera avait appelé le gouvernement à doter le Japon de moyens – bombardiers, missiles de croisière – permettant de mener des frappes en territoire « ennemi ».

Une telle décision représenterait une rupture dans la doctrine militaire japonaise ; Tokyo a toujours évité de s’équiper de tels moyens. Dans l’immédiat, le gouvernement envisagerait plutôt de renforcer ses capacités antimissiles en s’équipant de nouveaux systèmes américains Aegis.

Posté par jourstranquilles à 10:04 - Monde - Commentaires [0] - Permalien [#]

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