Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

jeudi 16 août 2018

Hommage à Ren Hang

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Journalisme d'été...

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La "solitude positive" ou comment être seul nous fait du bien

Souvent redoutée, la solitude n’est pas forcément mauvaise pour le bien-être intérieur. Utilisée à bon escient elle peut même être bienfaitrice. Deux professionnels nous expliquent comment.

Entre la famille, les amis, le travail, et les réseaux sociaux, nous sommes constamment sollicités et avons peu de temps à consacrer à nous-mêmes, peu de temps pour être seuls. Si la solitude est parfois vue d’un mauvais œil, elle est pourtant bénéfique à plusieurs échelles. Précisions.

Une solitude indispensable

Quand on est constamment avec les autres, on subit en permanence leur influence

Hervé Magnin, psychothérapeute

Vouloir passer du temps avec d’autres personnes est naturel, mais il est important de trouver un équilibre. «Quand on est constamment avec les autres, on se perd dans toutes ces relations, on subit en permanence leur influence», explique Hervé Magnin, psychothérapeute et auteur de La positive solitude (1). Selon le professionnel, notre émancipation s'en trouve même bloquée. «Prendre du temps pour être seul est une source d’épanouissement car on prend de la distance par rapport à ce qu'il se passe dans le monde, dans sa vie. Cela favorise une certaine qualité d’introspection», continue le psychothérapeute. Cela permet ainsi de mieux se connaître et de prendre conscience des «signaux faibles» de son corps. «Il s’agit de sensations corporelles, comme une tension musculaire, une fatigue, ou au contraire un apaisement, que l’on n’écoute pas car on est souvent dans l’action», informe Claire Mizzi, psychologue et co-auteure de Votre meilleur ami c’est vous (2).

Se retrouver seul favorise également la connaissance de ses émotions propres, car «en apprenant à se connaître, on finit par s’apprivoiser et cela permet par la suite d’accepter les choses comme elles viennent. On est plus ouvert aux situations et aux personnes étrangères», précise la psychologue.

Plus de tolérance et de patience qui améliorent par la même occasion la qualité des moments passés en communauté. «Lorsque l’on a l'habitude d'expérimenter des choses seul, on est plus serein et on ne cherche pas à tout prix à les vivre à travers et avec les autres», relate Hervé Magnin. Et surtout, conclut Claire Mizzi, «on se consacre plus à l’instant présent, chose que beaucoup ne font pas puisque l’on est constamment envahi par nos souvenirs et nos appréhensions.»

La mauvaise réputation de la solitude

Pour la société, si l'on est seul c’est que l’on n’est pas sociable

Hervé Magnin, psychothérapeute

Ceci dit, tout le monde n’est pas capable de passer du temps seul. Et pour cause, certains en ont fait une expérience négative dès le plus jeune âge. Il n’est pas rare de dire à un enfant qui fait des bêtises : «tu es puni, tu vas dans ta chambre». Cette phrase universelle prononcée par les parents semble anodine et pourtant, «elle fait une association directe entre la solitude et la punition. Être seul signifie donc chez l’enfant être exclu du cercle familial et social», explique Hervé Magnin. La solitude ne bénéficierait donc que de peu de place à l’âge adulte.

Sans compter le fait que nous sommes des êtres grégaires. «On fonctionne beaucoup en communauté, on a besoin les uns des autres», souligne Claire Mizzi, C'est pourquoi, «la société ne voit pas d’un bon œil la solitude. Si l'on est seul c’est parce que l’on n’est pas sociable. Et pourtant il est naturel d’être centré sur soi, sur ses besoins», complète Hervé Magnin. Alors si vous n’arrivez pas à convaincre votre entourage de passer une semaine en montagne à la fin du mois d'août, pourquoi ne partiriez-vous pas seul ?

(1) La positive solitude, de Hervé Magnin Éd. Jouvence, 4,95 €.

(2) Votre meilleur ami, c'est vous, de Claire Mizzi et du Dr Céline Tran, Éd. L'iconoclaste, 21,90 €.

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Victoria's secret

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Agressions sexuelles : la pression s’accentue sur le Saint-Siège

Par Cécile Chambraud - Le Monde

Le rapport de la justice américaine sur la Pennsylvanie mettant en cause 300 prêtres s’ajoute à une série d’affaires concernant des hiérarques catholiques pendant l’été.

Quelque trente ans après les premiers grands scandales publics, l’Eglise catholique est loin d’en avoir fini avec les affaires de pédophilie et, plus largement, d’agressions sexuelles.

L’atterrant rapport de la justice américaine sur soixante ans d’agressions et de viols commis dans les diocèses de Pennsylvanie par 300 prêtres sur au moins 1 000 enfants et adolescents, publié mardi 14 août, l’a encore montré.

Les auteurs admettent que « beaucoup de choses ont changé depuis quinze ans » dans cette institution, en particulier parce qu’elle est plus encline à saisir la justice. Mais ils constatent que des exactions continuent d’être commises et doutent manifestement que la protection accordée pendant des décennies à leurs auteurs par leur hiérarchie ait totalement disparu : « Jusqu’à ce que cela change, nous pensons qu’il est trop tôt pour refermer le livre des scandales sexuels de l’Eglise catholique. »

« Culture de l’abus »

Le pape François ne peut être en désaccord avec ce constat, lui qui a récemment évoqué la « culture de l’abus » et de la protection des agresseurs par leur hiérarchie. Depuis sa désastreuse visite au Chili, en janvier, et l’accusation de « calomnie » lancée aux victimes d’un prêtre prédateur, cette question domine totalement son pontificat et la pression grandit pour que des décisions soient prises.

Une bonne partie de son emploi du temps est consacrée à trouver comment sauver du naufrage l’Eglise chilienne, dont tous les évêques lui ont remis leur démission en mai. Il a reçu des victimes de prêtres abuseurs et accepté la démission de cinq prélats. Mais plusieurs hiérarques encore en fonction sont accusés d’avoir couvert les agissements des dizaines de clercs soupçonnés ou convaincus d’agressions.

Les critiques visent en particulier le cardinal Francisco Javier Errazuriz, membre du C9, le conseil de neuf cardinaux dont s’est entouré François, et le cardinal Ricardo Ezzati, archevêque de Santiago. Ce dernier est convoqué le 21 août par le procureur qui enquête sur plusieurs affaires d’agressions sexuelles. Le 4 août, le cardinal a annoncé qu’il renonçait à présider, le 18 septembre, le traditionnel Te Deum pour la patrie, événement auquel participe largement le personnel politique.

S’en tenir à une « vie de prière et de pénitence »

Selon la presse chilienne, le président de la République, Sebastian Pinera, aurait menacé de ne pas s’y rendre en cas de présence du cardinal Ezzati. Pendant ce temps, la justice du pays continue d’enquêter. Mardi, elle a ainsi perquisitionné le siège de la conférence épiscopale. Le 1er août, le procureur national a officiellement demandé à l’Etat du Vatican d’avoir accès aux dossiers canoniques de neuf clercs soupçonnés d’agressions sexuelles.

Le Chili n’est pas le seul cas dont le pape a eu à traiter cet été. Le 30 juillet, François a obtenu la démission d’un archevêque australien, Philip Edward Wilson, condamné le 3 juillet à un an de prison pour avoir couvert des actes de pédophilie, et qui jusqu’à présent avait refusé de démissionner. Les autorités politiques australiennes avaient aussi exercé une pression sur le Saint-Siège pour que des décisions soient prises. « Le temps est venu pour le pape de le limoger », avait déclaré le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, le 19 juillet.

Un autre prélat australien, et non des moindres, attend son procès pour des accusations d’agressions sexuelles. Il s’agit du cardinal George Pell, membre lui aussi du C9 du pape et responsable des affaires économiques du Vatican.

Le 28 juillet, le pape François a accepté la démission du collège des cardinaux de Theodore McCarrick, 88 ans, ancien archevêque de Washington, accusé d’abus sur mineurs et sur de jeunes majeurs. Fait sans précédent, avant même que le procès ait lieu, il lui a demandé de s’en tenir à une « vie de prière et de pénitence ».

« Grave faute morale »

La mise en cause de cette éminente figure de l’Eglise américaine n’a pas fini de soulever des questions gênantes dans la mesure où il semble que sa conduite sexuelle n’était pas précisément un secret pour tout le monde. Le président de la conférence épiscopale américaine, le cardinal Daniel DiNardo, a lui-même reconnu que le fait que des plaintes contre Theodore McCarrick aient été tenues secrètes « pendant des décennies » était une « grave faute morale ».

Aux Etats-Unis, les regards se sont déjà tournés vers le plus haut responsable américain au sein de la curie romaine, le cardinal Kevin Farrell, chef du dicastère (ministère) pour la famille et les laïcs. Ordonné par Theodore McCarrick, il a été son vicaire général à Washington jusqu’en 2006. Interrogé par l’agence Associated Press sur ce qu’il savait de la conduite de son mentor, il a affirmé qu’il n’avait jamais eu ne serait-ce qu’un soupçon et n’avait jamais eu connaissance d’aucune plainte.

Le 20 juillet, enfin, sans explications, le pape a accepté la démission d’un évêque auxiliaire de Tegucigalpa (capitale du Honduras), Juan José Pineda, 57 ans. Le prélat était l’adjoint du cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, lui aussi membre du C9 de François. En 2017, le Vatican avait conduit une enquête sur Juan José Pinera à la suite, semble-t-il, d’accusations concernant sa vie sexuelle.

Les 25 et 26 août, François se rendra en Irlande pour une visite à l’occasion des Rencontres mondiales sur la famille. Dans ce pays où tant de violences sexuelles contre des mineurs ont eu lieu, notamment dans le cadre d’institutions dirigées par l’Eglise, la parole du chef de file des catholiques sur ces questions sera attendue

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MOI Magazine

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Laurent Strouk - galériste

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Turquie : Erdogan dépassé par la crise diplomatique et commerciale avec les Etats-Unis

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante - Le Monde

Le président turc et ses partisans s’enfoncent dans un déni de réalité, alors que l’économie menace de s’effondrer. Et ne rechignent pas à expliquer les difficultés par « un complot ».

Quarante jours après son sacre d’« hyperprésident » aux pouvoirs élargis, le numéro un turc Recep Tayyip Erdogan se retrouve face une crise diplomatique d’ampleur avec les Etats-Unis qui, visiblement, le dépasse et risque d’entraîner le pays vers la récession. Le défi est risqué pour un dirigeant dont la popularité s’est établie sur la promesse de prospérité économique.

En seize ans passés à la tête du pays, d’abord comme premier ministre puis comme président, l’homme est parvenu à prendre le contrôle de toutes les institutions – l’armée, la justice, la police, l’éducation, le Parlement, les médias. Mais, lorsqu’il a voulu diriger l’économie, les choses se sont compliquées.

L’économie turque est fragile car dépendante des financements extérieurs. Effrayés par la perte d’indépendance de la Banque centrale, peu rassurés par la nomination du gendre présidentiel, Berat Albayrak, à la tête du ministère de l’économie et des finances, les investisseurs ont fui.

La crise avec les Etats-Unis a fait le reste. La chute de la livre turque, constante depuis le début de l’année, s’est accélérée peu après le refus d’Ankara de libérer et de renvoyer chez lui le pasteur évangéliste américain Andrew Brunson, détenu depuis vingt-deux mois à Izmir pour « espionnage » et collusion avec des « organisations terroristes », ce qu’il nie.

Washington a sorti son bâton

Le président américain Donald Trump et son vice-président Mike Pence – ce dernier appartient à la même congrégation religieuse que le pasteur Brunson – ont fait de ce dossier judiciaire leur cheval de bataille. Les tweets trumpiens appelant à la libération du pasteur « bon père et bon chrétien » ne produisant aucun effet, Washington a sorti son bâton.

Des sanctions, d’une portée symbolique, ont été prononcées contre deux ministres turcs suivies de l’annonce du doublement des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turcs à destination des Etats-Unis. En quelques jours, la devise turque a perdu 20 %.

Depuis, les deux alliés de l’OTAN se rendent coup pour coup. Mercredi 15 août, Ankara a riposté avec l’imposition de fortes taxes douanières sur une série de produits américains. Et dans la foulée, un tribunal a rejeté une nouvelle fois la demande de remise en liberté du pasteur Brunson.

Après s’en être remis à Dieu, aux bas de laine de sa population, puis à l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, venu réconforter son allié mercredi à Ankara avec la promesse d’investir encore 15 milliards de dollars (13,2 milliards d’euros) dans l’économie turque, le Reïs ne donne aucun gage d’apaisement.

Les jours sont comptés

De Rize à Ankara, il a tonné ces jours-ci contre la « guerre économique », fomenté en sous main par des ennemis extérieurs, ruinant les efforts de son gendre, qui répète que « toutes les mesures nécessaires ont été prises ».

La presse progouvernementale délire. « Plus qu’une guerre économique, c’est une lutte politique, géopolitique, (…) nous assistons à une désintégration qui va secouer toute la région », écrit Ibrahim Karagül, l’éditorialiste vedette du quotidien Yeni Safak, le 13 août.

Jusqu’où M. Erdogan est-il prêt à aller dans son duel avec l’administration américaine ? Ses options sont limitées. S’engager dans une guerre commerciale contre les Etats-Unis alors que l’économie turque est largement dépendante du billet vert a tout l’air d’un suicide. Emprunter sur les marchés mondiaux, en dollars surtout, est en effet vital pour la Turquie qui va devoir lever 230 milliards de dollars dans les douze mois à venir pour combler son déficit des comptes courants (7 % en 2018) et refinancer sa dette.

Faute d’un compromis avec Washington, d’autres sanctions vont suivre, au risque de voir la monnaie s’effondrer et les investisseurs se détourner davantage. Les jours sont comptés. Washington a posé un ultimatum pour la libération du pasteur et celle de quinze autres personnes injustement détenues – des citoyens américains, des binationaux ainsi que trois employés turcs des missions diplomatiques américaines en Turquie.

Le Reïs, lui, ne voit aucune crise

« L’administration va rester très ferme sur le dossier. Le président est déterminé à 100 % à ramener le pasteur Brunson à la maison et si nous ne voyons rien venir d’ici à quelques jours ou à une semaine d’autres mesures seront prises », a expliqué, mardi, un responsable à la Maison Blanche à l’agence Reuters sous couvert d’anonymat.

Les prochaines sanctions pourraient viser directement le palais. « Il ne serait pas surprenant que le Trésor américain prennent des mesures envers des personnes clés proches d’Erdogan dans le cadre de la liste Magnitski globale », explique Aykan Erdemir, chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties à Washington et ancien député du Parlement turc, interrogé par mail.

Adoptée par le Congrès des Etats-Unis contre la Russie en 2012, devenue « globale » en 2016, la liste Magnitski, du nom du juriste russe Sergueï Magnitski, mort de sévices en détention après avoir dénoncé la corruption des autorités, ouvre la porte à des sanctions envers des entreprises ou des personnes physiques ayant bafoué les droits de l’homme.

Face à la tourmente qui s’annonce, le numéro un turc, lui, ne voit aucune crise. « Nous rencontrons régulièrement les industriels, les syndicats, personne ne dit que l’économie va mal ! », a-t-il déclaré le 11 août, face à ses partisans réunis à Rize.

Mobiliser le sentiment nationaliste

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute et auteur d’une biographie du président turc (The New Sultan, I. B. Tauris, 2017), « Erdogan tire son soutien de la prospérité économique qu’il a contribué à apporter. L’effondrement de la monnaie est particulièrement troublant à ses yeux. Il fait la forte tête, il en appelle à sa base, laquelle est convaincue que la Turquie est attaquée par l’Occident, avec l’idée que les Etats-Unis sont derrière le coup d’Etat raté de [juillet] 2016. Erdogan s’efforce de rejeter la faute sur Washington, mobilisant le sentiment nationaliste pour renforcer son soutien. »

Autour de lui, c’est à qui niera le plus fort la réalité. Sur leurs comptes Facebook et Twitter, ses adeptes ont posté des vidéos où on les voit enflammer des billets de 1 dollar ou se moucher dedans. « Le dollar perd de sa valeur face à la livre », titrait mardi le quotidien progouvernemental Sabah, alors que la devise turque venait de gagner 5 %. Conclusion : « La monnaie américaine a perdu de sa fiabilité. » Sabah est le journal préféré de M. Erdogan. Il ne lit que ça. Ne maîtrisant aucune langue étrangère, il n’a pas accès à la presse internationale, se fiant aux rapports de ses nombreux conseillers, peu enclins à le contredire.

Selon le chercheur Aykan Erdemir, le président « vit dans une autre dimension depuis pas mal de temps déjà ». Sa propension à nier la réalité est « un mécanisme de défense psychologique ». « Il refuse de reconnaître qu’il a détruit l’économie nationale à cause de sa mauvaise gouvernance au service d’un capitalisme de connivence. Il trouve plus commode de dire que la crise a été orchestrée par une “cabale secrète”, qu’il décrit comme “le lobby des taux d’intérêts”. Cette chimère est conforme à la vue complotiste du monde à laquelle il a adhéré pendant sa jeunesse au sein du mouvement islamiste. »

Théorie du complot

Militant de l’islam politique dès l’âge de 21 ans, Recep Tayyip Erdogan a été marqué par deux maîtres à penser, Necmettin Erbakan, le père de la droite islamiste turque, et Necip Fazil Kisakürek, un idéologue islamoconservateur. Comme lui, des générations de conservateurs pieux et de nationalistes ont été nourries de leurs écrits anti-occidentaux et antisémites, fondés sur une approche conspirationniste de l’histoire.

Ainsi, dans ses Mémoires, Necmettin Erbakan affirme que les « sionistes » étaient à la manœuvre en 1923 au moment de la signature du traité de Lausanne. Ce sont eux, assure-t-il, qui ont contraint les Turcs à renoncer à leur identité religieuse en contrepartie de la reconnaissance des frontières du pays.

Certes, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamoconservateur, au pouvoir), fondé par M. Erdogan et quelques compagnons en 2001, a pris ses distances avec le courant politique représenté par Necmettin Erbakan. Mais ils adhèrent à la théorie du complot.

« Ces idées farfelues, loin d’être marginales, sont devenues monnaie courante », écrit Svante Cornell, directeur de l’Institut de l’Asie centrale et du Caucase à l’American Foreign Policy Council à Washington, dans une étude consacrée aux racines idéologiques de l’islam turc.

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Port d'Etel

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Pourquoi les corps masculins sont-ils invisibles ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

L’été, les corps nus des hommes sont partout, mais personne ne les voit. A contrario, celui des femmes est toujours objet de commentaires même sous douze couches de vêtements, remarque Maïa Mazaurette, qui invite les hommes à réfléchir à leur propre érotisation.

Le corps des femmes avait bien mérité sa trêve estivale, mais manifestement, le sexisme ne prend pas de vacances, et profite du hashtag #jesuiscute pour se poser en terrasse. Rappel des faits : la modèle érotique Manny Koshka ironisait la semaine dernière sur la « police des mœurs Twitter » – désignant ces usagers s’improvisant père la morale devant le moindre selfie féminin vaguement dénudé, et dont les recommandations vont du paternalisme (« tu regretteras plus tard ») à la pruderie (« tu en montres trop ») en passant par la protection des mineurs (« des enfants pourraient voir tes seins »). Les propos de Manny Koshka ont été relayés par d’autres femmes, qui ont rappelé preuve à l’appui que leur corps leur appartenait et qu’elles ont le droit de le montrer. La police des mœurs en question n’a pas tardé à réagir : « rhabille-toi », « t’es une pute », et autres noms d’oiseaux…

Mais pendant que Twitter s’écharpe, les hommes exhibent leur torse sur la plage, au sport, dans la rue, au supermarché, lors des festivals, et même sur les réseaux sociaux. Ils montrent leurs fesses en public, pour provoquer ou rigoler. Ils dessinent des pénis sur les murs des bars. Grâce aux hormones/au surpoids/à la gonflette, certains de ces hommes ont des seins. Tous possèdent des tétons. Ces rhabilleurs de femmes ne sont pas les derniers à envoyer des photos de leur sexe à des inconnues (un quart des hommes millenials ont déjà envoyé une dick pic, et plus de la moitié des femmes de cette génération en ont reçu, selon l’institut Yougov en 2017).

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Corps masculins exhibés mais invisibles

Il y a donc un deux poids, deux mesures : nous sommes cernés de corps masculins exhibés et pourtant invisibles, tandis que celui des femmes est toujours visible, toujours objet de commentaires, même sous douze couches de vêtements. Cette dissonance cognitive gangrène les règles d’usage des réseaux sociaux (comme Instagram, qui considère le téton féminin comme le seul problématique), nos perceptions culturelles (des femmes forcément égéries, des hommes forcément artistes) et nos interactions les plus banales (on se coltine des hommes qui ne voient pas leur propre corps dans l’espace public, ni celui des autres mâles). Et quand des trans brouillent les règles du jeu, évidemment, on saute au plafond.

A quoi est dû cet aveuglement sélectif ? La première raison tient de l’homophobie intériorisée. Nos codes contemporains considèrent la séduction comme appartenant aux femmes, par droit naturel. L’art de plaire constitue leur production esthétique exclusive – leur peinture, leur cinéma, leur niche culturelle. Du coup, tout homme s’arrogeant ces compétences « féminines » prend le risque d’être assimilé à une femme, ce qui ferait de lui mathématiquement un homosexuel (si ce raccourci vous semble étrange, bienvenue au club).

Ce jugement s’applique avec la même sévérité aux hommes qui cherchent à séduire des femmes avec leur corps. On se moque des « beaux gosses » adeptes de codes ultravirils (gros muscles, gros tatouages), car comme chacun sait, le vrai mâle se contente de séduire par son glorieux intellect. On appelle « frivolité » les savoirs traditionnellement féminins, pour bien délimiter le champ des connaissances légitimes. La parade amoureuse est un truc de gonzesse.

Ne pas se soumettre au désir féminin

Ce constant rappel à l’ordre porte ses fruits : les hommes font implicitement le choix de se soumettre aux codes du masculin plutôt qu’au désir féminin, quitte à perdre des opportunités sentimentales et sexuelles. Faute de moyens physiques de se mettre en valeur, certains finissent par justifier le harcèlement (il n’y aurait pas d’autre moyen d’attirer l’attention des femmes). Et faute de combattants et de transmission, les compétences esthétiques masculines restent limitées : les rues sont grises, les tenues ternes. On n’essaie même pas.

Car dans cet imaginaire masculin curieusement passif, les beaux ont de la chance, les moches manquent de chance. C’est la nature. Y’a rien à faire. Les moins favorisés se moquent avec amertume des mieux lotis, comme ces « incels » (célibataires involontaires) qui appellent les beaux garçons des « Chads ». La tradition féminine, au contraire, considère la génétique comme le début de la conversation. Les femmes peuvent (doivent) toujours faire quelque chose pour s’améliorer (quitte à dépenser des fortunes pour passer sur le billard).

Cette attitude repose sur une autre construction intellectuelle : l’idée que la partie serait perdue d’avance parce que les femmes sont le beau sexe, tandis que les hommes seraient laids et/ou hilarants (quoi de plus rigolo que de montrer son pénis ?). En conséquence de quoi toute séduction physique est inutile. Le French lover est mort, s’il a jamais existé en dehors de la littérature. Le corps masculin serait d’ailleurs si peu érotique que les femmes, pas folles, se ficheraient des apparences masculines. Comme le démontre leur consommation de porno gay, de boy’s bands, ou de films avec Brad Pitt ?

Cette désincarnation des hommes ne relève pas du simple problème théorique : il s’agit d’une négation quotidienne, rabâchée, harassante, du désir féminin, considéré comme « mystérieux ». Le mystère a bon dos ! Cette indifférence à soi-même se retourne en outre contre ses instigateurs. Elle est au moins partiellement responsable des crashs de libido : en l’absence d’autoérotisation des maris, amants, petits amis, rien ne vient remplacer la passion sexuelle des débuts lorsqu’elle s’essouffle. Or on ne peut pas demander les résultats du désir sans susciter le désir, de même qu’on ne peut pas réclamer plus d’interactions charnelles sans considérer sa propre chair. Ces corps uniformes produisent des lassitudes logiques, des cercles vicieux destructeurs (pourquoi s’embêter quand son conjoint ne fait aucun effort ?).

Comble du paradoxe, on a entendu pendant les hautes heures du mouvement #metoo les hommes se plaindre… de ne pas être assez érotisés : « moi, j’adorerais qu’on me harcèle » (à ceux qui ont prononcé ou pensé cette phrase : je vous garantis que non). Du coup, les paresses masculines seraient en fait la faute des femmes (aaaah). Franchement ? Non. Même si les femmes pourraient effectivement investir plus sérieusement le champ de l’érotisation des hommes (par l’art, notamment), c’est aux hommes de faire exister leur corps dans l’espace public. C’est aux hommes de résister contre une forme de sexisme qui sabote leur confiance, leurs opportunités et leur libre individualité. Le moment est parfaitement choisi pour entamer cette révolution : il y a de la place aux côtés des défenseuses de #jesuiscute, et en plus, il fait beau.

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Calendrier Pirelli 2019 - Albert Watson

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Pasacal André Heimlicher

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Cirques. Ils ne sont plus à la fête

Les cirques dits traditionnels ont de plus en plus de mal à trouver des communes d’accueil. Pour quelles raisons ? Sont-ils condamnés à évoluer ? Quelques pistes de réflexion pour repartir sur la bonne piste… aux étoiles.

En Bretagne, comme ailleurs en France, de plus en plus de communes refusent - ou se montrent réticentes, comme Rennes - d’accueillir des cirques utilisant des animaux ou pour d’autres raisons. De ce fait, les cirques, quand ils trouvent une terre d’accueil, s’y installent plus longuement ; ce qui, parfois, comme à Saint-Alban (22) est source de conflits.

Bref, la vie n’est pas facile pour les cirques itinérants. « Depuis 30 ans que je travaille dans le cirque, j’ai toujours connu des problèmes pour trouver des emplacements », souligne Christian Caffy, porte-parole du Collectif des cirques. Non sans admettre que tout se complique : « Les communes ont de moins en moins de foncier disponible pour nous. Les places publiques sont pratiquement toutes aménagées. 

De plus en plus, les communes refusent d’accueillir des cirques utilisant des animaux ou pour diverses raisons. Animaux : un prétexte ? Autre élément soulevé par Christian Caffy : « L’assimilation des gens du cirque avec les gens du voyage et des obligations qui vont avec ». « Or, nous sommes des entreprises inscrites au registre du commerce, avec des chapiteaux agréés, des certificats de capacité à accueillir des animaux », précise Solovich Dumas, exploitant du cirque de Rome et membre du Collectif.

Animaux : c’est là que le bât blesse, particulièrement pour les cirques touchés de plein fouet par « la psychose attisée par les associations animalistes… De plus en plus d’élus soulèvent cet argument. Mais s’agit-il de réelles convictions ou d’un prétexte bien pratique pour justifier un refus ? », s’interroge Christian Caffy. Quoi qu’il en soit, le collectif reconnaît que le cirque doit s’adapter à un nouveau contexte. Coûts de déplacement prohibitifs, démontages et remontages pesants, nouvelles habitudes de consommation changent la donne et font que les cirques cherchent à rester sur place plus longtemps : « Ça coûte cher, désormais, de faire une ville par jour. Et puis, on se rend compte que la seconde semaine est plus fréquentée que la première », explique Christian Caffy. Mais encore faut-il décrocher le fameux sésame des élus, encore plus réticents à voir s’installer un cirque pour une longue durée : « C’est normal que les maires se demandent s’ils ont affaire à un cirque sérieux avant de s’engager. C’est pourquoi nous travaillons, à la demande et avec l’Association des maires de France, sur une charte, un outil qui leur permettrait de séparer le bon grain de l’ivraie et de savoir à qui ils ont affaire ».

À plus long terme, le collectif considère que l’avenir du cirque traditionnel passe, à l’instar du cirque contemporain ou du théâtre de rue, par des partenariats avec les acteurs locaux (écoles, associations…) : « Ce qui demande évidemment du temps et de travailler en amont ». Pour le collectif, l’un des fondamentaux de ces actions pédagogiques et de découverte repose sur les animaux : « Non pas dans un esprit de ménagerie ou de zoo ambulant mais de relation privilégiée, sur la base de la confiance et de l’affection, entre l’homme et l’animal, en s’appuyant sur la richesse et un savoir-faire que les gens du cirque ne soupçonnent pas », précise Christian Caffy. Ce qui fera sans doute bondir les militants de la cause animale, qui estiment que « les cirques ne peuvent satisfaire aux impératifs des animaux, qui souffrent notamment de troubles du comportement »

Le débat est ouvert (l’est-il vraiment ?). De son issue mais aussi de ceux qui sont encore nombreux à aller au cirque, dépend l’avenir du « nouveau cirque classique ».

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Extrait d'un shooting - la salopette

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mercredi 15 août 2018

La une de Libération de demain

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Mercredi 15 août : chapelle de Saint Germain, vous avez rendez-vous avec Bléjean Brothers

Loïc Bléjean (uilleann pipes) et son frère Ronan (accordéon) sont des références en musique irlandaise depuis une trentaine d’années, en France, en Irlande et aux Etats-Unis. Ils sont tous deux des musiciens incontournables de la scène bretonne, au sein de nombreux groupes, mais c’est en duo qu’ils expriment toute l’énergie et l’émotion d’une musique qu’ils ont appris en Irlande, au contact des plus grands artistes, et ils sont désormais parmi les rares Français à y être régulièrement invités pour des concerts ou des master classes. Après de nombreux concerts en 2017, ils sont de retour sur scène en 2018.

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Fête d'Arvor à Vannes

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Extrait d'un shooting - portrait

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Blacktape project

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Quatre éoliennes flottantes au large d'Erdeven en 2021

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LOVE

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François Hollande, « la mouche du coche » d’Emmanuel Macron

Par Astrid de Villaines - Le Monde

L’ex-chef de l’Etat, qui pourrait se rendre à La Rochelle le 25 août pour l’université d’été du PS, envisage d’y prononcer un discours sur l’Europe.

La tournée des librairies de François Hollande pour dédicacer son ouvrage Les leçons du pouvoir (Stock, 288 p., 22 euros) devait s’arrêter avant l’été. Puis, elle a été prolongée au mois de juillet. Il ne devait rien se passer en août, un mois de « repos » et de « vacances », comme le précisait son entourage avant la pause estivale. Mais l’ancien chef de l’Etat n’a pas pu résister…

En vacances dans les Bouches-du-Rhône avec sa compagne Julie Gayet, François Hollande a finalement décidé de se rendre dans le département voisin du Var pour une nouvelle séance de signatures, assortie d’un bain de foule. Le 5 août, l’ex-président a ainsi dédicacé son ouvrage dans une librairie de Saint-Cyr-sur-Mer, à 60 km du fort de Brégançon, où le couple Macron se repose depuis le début du mois.

Difficile de ne pas y voir un fait exprès. « Il a peut-être eu un petit rire dans le cœur », en pensant à son successeur, si près, concède Michel Sapin en souriant. « Mais il ne faut pas surinterpréter. Il n’y avait rien d’organisé ni de médité », promet l’ancien ministre des finances, qui a rejoint l’équipe de l’ex-président dans ses bureaux de la rue de Rivoli. « François Hollande pouvait choisir de parler de l’affaire Benalla mais il ne l’a pas fait. En revanche, au moment où Emmanuel Macron hésite à faire des bains de foule, lui ne résiste pas. Il y va et souligne ainsi la différence », analyse de son côté l’ancien premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

« François n’a qu’une idée en tête, c’est la revanche »

En marge de sa séance de dédicace, c’est donc un François Hollande souriant et bronzé qui a fendu la foule, serré des mains et mis en scène sa proximité avec les Français. Alors que, de son côté, son successeur n’était toujours pas sorti de la résidence d’été réservée aux présidents en exercice. Du pain bénit pour l’ancien président qui, selon l’un de ses proches amis, n’a « toujours pas digéré » la victoire de son ancien ministre de l’économie.

Dans l’entourage de l’ex-chef de l’Etat, on temporise, non sans une pointe de malice : « François Hollande a simplement répondu à l’invitation d’un libraire… mais peut-être qu’Emmanuel Macron finira pas sortir de son fort ! » Dès le lendemain, le 7 août, le jeune président de la République s’est en effet offert une première sortie. Large sourire et tenue décontractée, accompagné de son épouse Brigitte, M. Macron a salué les vacanciers, s’adonnant aux selfies et embrassant les cheveux des enfants. « Ce n’est pas Hollande qui colle Macron, c’est Macron qui colle Hollande ! », ironise M. Cambadélis.

Depuis que M. Macron lui a succédé à l’Elysée, M. Hollande ne décolère pas contre son ancien conseiller, qui l’ignore superbement. Depuis son arrivée à l’Elysée, il y a plus d’un an, le chef de l’Etat a appelé ou reçu tous ses prédécesseurs, à l’exception de M. Hollande. Il entretient même, ou feint d’entretenir, de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy, qu’il voit et consulte. Le couple Macron a même reçu l’année dernière les Sarkozy pour dîner à l’Elysée.

Mais l’ancien conseiller de François Hollande n’a jamais pris son téléphone pour inviter son ancien patron à déjeuner ou dîner. Une indifférence impardonnable aux yeux de l’ancien président. « François n’a qu’une idée en tête, c’est la revanche. Il est encore très amer envers Macron. Il trouve par ailleurs que son bilan est une catastrophe », confesse un proche.

« Triste sire »

Au sommet de l’Etat, les prises de parole médiatique de l’ex-locataire de l’Elysée, qui s’est lancé dans un véritable tour de France à l’occasion de sa tournée de promotion, ne sont pas commentées. « Ça n’intéresse pas les Français », évacuait avant l’été Emmanuel Macron auprès du Monde. « M. Hollande fait ce qu’il veut. Nous n’allons pas rebondir sur chacune de ses déclarations et je doute que cela ait un très grand impact sur les Français », ajoute-t-on au siège de La République en marche.

« Ses déclarations trahissent l’amertume et l’esprit de revanche d’un triste sire qui ne s’est toujours pas consolé de son abdication », persifle de son côté le vice-président du groupe LRM à l’Assemblée nationale, Gilles Legendre. « François Hollande serait plus utile en revenant dans le débat public avec des propositions pour résoudre les grandes questions de l’époque, ajoute le député de Paris. Commentateur aigre de l’action d’Emmanuel Macron, il lui en veut d’avoir plus fait pour le pays en un an que lui-même en cinq. »

Mais François Hollande n’a pas l’intention de désarmer. L’ex-chef de l’Etat a programmé une nouvelle séance de signature dans le sud de la France, mardi 14 août, à Cassis. Et il pourrait se rendre à La Rochelle le 25 août pour l’université d’été des élus socialistes. Il envisage même d’y prononcer un discours sur l’Europe. Une belle tribune de rentrée qui permettrait à l’ex-stratège de la rue de Solférino un coup double dont il a le secret : évincer l’actuel premier secrétaire Olivier Faure en se positionnant comme le leader de l’opposition et continuer de mettre au défi Emmanuel Macron, à neuf mois des élections européennes.

Macron joue l’indifférence

« A l’Elysée, ils sont agacés, croit savoir le conseiller régional d’Ile-de-France Julien Dray. Ils n’arrivent pas à se débarrasser de François Hollande. Il est comme le sparadrap du capitaine Haddock. » Pour ce proche de l’ex président, M.Hollande, qui a reproché à M. Macron d’être le « président des très riches », n’a « jamais été aussi bon que dans l’opposition ». « Il est la mouche du coche de son successeur. Il le pique. Emmanuel Macron a la nuque raide et n’aime pas ça. Il le pousse ainsi à la faute », prédit ce fin analyste de la vie politique.

Pour l’heure, Emmanuel Macron continue de jouer l’indifférence. Mais il n’en a pas fini avec celui qu’il a poussé vers la sortie. « François Hollande est en train de préparer l’année qui vient, relate Michel Sapin depuis son bateau de pêche au large de la Vendée. Après ces quelques mois de bonheur, d’écriture et de promotion de son livre, il lui faudra trouver les bons moments pour parler. »

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Luba Shumeyko

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SUMMER HEAT- PETROS DELLATOLAS {EXCLUSIVE EDITORIAL/NSFW}

Petros Dellatolas was born in Athens and is a professional fashion and advertising photographer. He is inspired by life itself and by the intricate details that make each person unique. For Petros, every journey is a new beginning and every exit is an entrance to somewhere else. In the last decade Petros has collaborated with top photographers in both Europe and the United States. Petros still believes the earth is flat, so it can be beautifully printed.

"This editorial was shot in Athens Riviera 25th of April 2018, the first hot day in Athens to celebrate the spring, the feeling of freedom one hour drive from the heart of Athens. All photos are not retouched."

See more of Petros' work here: WEBSITE / INSTAGRAM

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mardi 14 août 2018

Le Poète Ferrailleur - vu aujourd'hui à Lizio

Au milieu de nulle part,  le monde de Robert Coudray  s'anime, bruisse, prend de la couleur, joue avec les objets de récup' et la nature. Cela fait 25 ans que ce petit homme sensible au monde qui l'entoure le réinvente avec sa créativité.

Sculptures animées, machines inutiles, engins, jardins, films, jeux, éco-logis, tout est humour, magie et émotion. D'automates en objets insolites, en passant par des fontaines musicales ou des totems de vent, Robert élève aujourd'hui une étrange cathédrale.

Les bâtiments  et les jardins magiques de cet emberlificoteur d'engrenages tracent une voie imaginaire de belle liberté. Empruntez-la le temps d'une visite.

https://www.poeteferrailleur.com/

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Photos : J. Snap

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La Vallée des Saints

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Vive la plage...

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Joel Alvarez

Dimanche 15 juillet dernier, le designer et photographe Joel Alvarez présentait sa collection originale de maillots de bains, Black Tape Project, à l'occasion de la Miami Swim Week, un événement qui rassemble toutes les dernières tendances.

Découvrez en images cette gamme surprenante de maillots de bains en ruban adhésif.

https://www.instagram.com/blacktapeproject/

Le Black Tape Project, c'est la nouvelle tendance mode qui enflamme la toile depuis déjà quelques jours. Comme son nom l'indique et comme vous avez pu le comprendre, cette mode consiste à 'habiller' des modèles avec du scotch.

Une tendance lancée par Joel Alvarez, un designer américain qui vit à Miami et qui malgré l'engouement récent date déjà de 2008. Ce pro de la photographie qui travaille en freelance est notamment passionné par tout ce qui touche à l'érotisme et à la mode.

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Bretagne

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VOGUE

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One of the 3 new September issue covers with Christy Turlington by

One of the 3 September Legends issue covers with Naomi Campbell by @mikaeljansson

One of the 3 new September Legends issue covers with Kate Moss by @mikaeljansson

 

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Emmanuel Macron

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Chanel

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Pourquoi les tubes de l’été se ressemblent-ils tous ?

Le « New York Times » a analysé quarante ans de hits estivaux. Des chansons dansantes qui ont tendance, depuis la fin des années 1990, à adopter la même formule gagnante.

« Les tubes de l’été, c’est toujours la même chose : de la soupe. » Mélomane arrogant, neurasthénique allergique aux dancefloors ou rockeur inquiet de la disparition des guitares, la remarque revient inlassablement toutes les quatre saisons. Le New York Times s’est donc posé sérieusement la question : les hits estivaux sont-ils tous semblables ?

Pour y répondre, le quotidien américain a analysé les chansons présentes au Billboard Hot 100, qui répertorie aux Etats-Unis les cent premiers titres en termes de ventes de singles et de diffusions radio, de juin à août de chaque année, et depuis près de cinquante ans. Les journalistes se sont fondés sur des algorithmes de la plateforme de streaming Spotify, qui attribuent à chaque chanson plusieurs critères, par la suite utilisés pour recommander des titres aux auditeurs selon leurs goûts. Pour chaque tube, on peut ainsi mesurer sa puissance (le volume moyen de la chanson), son énergie (à quel point la chanson est rapide et bruyante), son potentiel dansant (fondé sur la vigueur et la régularité du tempo), son acoustique (la vraisemblance que la chanson utilise des instruments acoustiques), et enfin son pouvoir d’attraction (à quel point la chanson est joyeuse).

Conclusion : si la fin des années 1980 signait la consécration de la diversité musicale dans les charts estivaux, le second millénaire a bien vu émerger des chansons commerciales plus uniformisées.

Ainsi, l’été 1984 consacrait le Glory Days de Bruce Springsteen, 1995 voyait le groupe de R’n’B TLC rafraîchir les vacanciers avec ses Waterfalls et les rappeurs de Bone Thugs-N-Harmony ne quittaient pas leurs lunettes de soleil dans Tha Crossroads en 1996. Puis les radios se sont mises à diffuser des pop-songs toujours plus entêtantes. Backstreet Boys, Britney Spears et Bruno Mars… depuis les années 2000, les étés musicaux se suivent et se ressemblent.

Katty Perry, Lady Gaga, Kesha

Preuve par l’exemple : le site américain nous offre l’opportunité de réécouter trois tubes de l’été 2010 : California Gurls de Katty Perry, Your Love Is My Drug de Kesha ou Alejandro de Lady Gaga. Ces trois chansons répondent aux mêmes critères, leurs courbes ne mentent pas :

Le New York Times avance plusieurs éléments pour expliquer cette uniformisation, graphiques à l’appui. D’abord, depuis 1992, les chansons qui parviennent à grimper dans le top 10 entre juin et août sont moins nombreuses, ce qui « laisse moins de place à la diversité musicale ». Ceci pourrait s’expliquer notamment par le fait que le Billboard Hot 100 ait modifié, en 1991, sa façon de calculer les ventes.

Ensuite, seul un petit nombre d’auteurs-compositeurs se partagent désormais la plupart des plus grands hits estivaux. Ainsi, à 47 ans, le producteur suédois Max Martin est à l’origine de 22 titres classés n° 1 aux Etats-Unis depuis la fin des années 1990. De Britney à Taylor Swift en passant par Maroon 5, le faiseur de tubes a semble-t-il trouvé la formule chimique permettant de graver une musique dans la tête des auditeurs.

Mais ces calculs mathématiques finiront-ils par s’effondrer ? Les tubes de cet été offrent une certaine variété de rythmes, entre le hip-hop vaporeux de Post Malone, le rap latino de Cardi B et le r’n’b de Drake. 2018, année à part ou espoir pour la diversité musicale ? Réponse l’été prochain.

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Helmut Newton

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Nouvelle mode ?

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lundi 13 août 2018

Crise monétaire - la Turquie dévisse...

Turquie : Erdogan dans le piège économique

Inflation, chômage, déficits commerciaux… La chute de la livre turque, ces derniers jours, révèle les faiblesses structurelles du pays frappé par des sanctions américaines. Le président Erdogan dénonce une trahison de l’administration Trump.

La livre turque, qui a perdu plus de 50 % en un an (40 % de sa valeur depuis le seul début d’année) face à l’euro et au dollar, touche un plus bas sur fond de crise diplomatique avec les Etats-Unis et de défiance envers la politique économique du président Recep Tayyip Erdogan.

Pourquoi cet effondrement ?

Loin des discours nationalistes du chef de l’Etat sur le «miracle économique turc», la Turquie, fragile et déséquilibrée, est confrontée à nombre de défis structurels. C’est d’ailleurs, et de loin, le principal sujet de préoccupation des Turcs, loin devant les questions de justice ou de sécurité. Le pays connaît une inflation dramatique, 15,9 % en rythme annuel en juillet : cinq fois la moyenne des pays développés. Une inflation qui entame le pouvoir d’achat des ménages. Le chômage réel s’est envolé à 17 %, loin des statistiques officielles (11 %). Les entreprises croulent sous l’endettement, d’autant que poussées par le régime pour relancer la machine, elles ont beaucoup emprunté en dollars après le coup d’Etat raté de juillet 2016. Résultat : elles ont accumulé une dette en devises étrangères de plus de 200 milliards de dollars, dont un tiers arrive à échéance dans l’année. Et se retrouvent fragilisées par le pire taux de change de l’histoire du pays. A lui seul, le BTP a totalisé un nombre record de faillites l’an passé. Enfin, le pays connaît un sérieux déficit de sa balance des paiements, qui décrit les échanges économiques entre la Turquie et les autres pays : - 5,5 % du PIB en 2017. Pour financer les 50 milliards de dollars de déficit de son compte courant, le pays recourt chaque jour à 200 millions de dollars de financement extérieur. L’interventionnisme du Président, ajouté au renforcement de sa mainmise sur l’économie depuis sa réélection en juin, ne fait rien pour rassurer.

En quoi la géopolitique pèse-t-elle ?

Une des solutions ? Resserrer les cordons de la politique monétaire en remontant les taux d’intérêt. Mais le chef de l’Etat fait pression sur la Banque centrale pour qu’elle ne le fasse pas, car il redoute que cela ne freine la croissance (7,4 % en 2017), point fort de l’économie. Il a placé son gendre au poste clé de ministre des Finances, faisant de lui un Premier ministre officieux. Il ne veut pas entendre parler d’un changement de politique monétaire. Et préfère jouer la carte du complot américain pour mieux faire vibrer la corde nationaliste. «D’un côté, vous êtes avec nous dans l’Otan et, de l’autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos. Une telle chose est-elle acceptable ?» a-t-il encore martelé lundi. La Turquie reproche le doublement des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium décidé vendredi par Donald Trump, en rétorsion à l’arrestation d’un pasteur américain accusé «d’espionnage» et «de terrorisme». Ankara dénonce aussi le soutien de la Maison Blanche à Fethullah Gülen, prédicateur turc réfugié depuis près de vingt ans sur le sol américain et architecte, selon Erdogan, du putsch manqué de juillet 2016. Les autorités ne supportent plus non plus le soutien apporté par Washington en Syrie aux YPG, les Unités de protection du peuple kurde (branche armée du Parti de l’union démocratique, lire ci contre). Cette escalade diplomatique inquiète les investisseurs étrangers, dont la Turquie s’est pourtant rendue dépendante. Ils retirent leur argent, ce qui accentue encore la chute de la livre, déjà fragilisée par les faiblesses de l’économie.

Pourquoi une contagion est-elle possible ?

Parce qu’Erdogan en rajoute dans la surenchère plutôt que jouer l’apaisement. Ainsi, pour tenter de calmer les inquiétudes, la Banque centrale de Turquie a assuré lundi qu’elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les «mesures nécessaires» pour assurer la stabilité financière. Mais la nouvelle sortie au vitriol du chef de l’Etat sur les Etats-Unis n’a rien fait pour rassurer. Pas plus que son désir de châtier les internautes qui osent sur les réseaux sociaux dénoncer la politique du gouvernement et qu’Erdogan qualifie de «terroristes économiques». De façon plus générale, les autorités de surveillance financière de la zone euro redoutent que le système bancaire de l’Eurozone subisse une nouvelle période de tourmente, vu l’exposition à la Turquie de certaines banques espagnoles, italiennes et françaises. «Les banques turques qui ont emprunté en euros pourraient avoir des difficultés à rembourser leurs emprunts», dit un analyste. La crise turque pourrait surtout révéler les faiblesses d’autres économies de grands pays en développement. Beaucoup de devises d’émergents dévissent dans le sillage de la livre turque. En une semaine, le rand sud-africain et le rouble russe ont perdu 8 % face au dollar ; le real brésilien ou le peso argentin lâchant respectivement 4 et 6 %. La montée des tensions commerciales et la hausse des taux d’intérêt américains ont renchéri le coût de leurs financements étrangers, qui soutiennent leur croissance. Les investisseurs préfèrent donc placer leur argent ailleurs. Conséquences : les monnaies chutent, le coût des importations augmente, l’inflation avec. Et le spectre d’une nouvelle crise refait surface.

Christian Losson – Libération

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Port d'Etel

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« Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »

Un collectif de personnalités, parmi lesquelles la ministre de la culture Françoise Nyssen, Jean-Luc Godard et Ken Loach, lance dans « Le Monde » un appel à la libération du cinéaste ukrainien.

Artisans de l’image et de l’imaginaire, les cinéastes nous émeuvent et nous émerveillent, capturent notre époque et nous captivent. Par leurs œuvres, ils partagent leurs regards et éveillent les nôtres. Ils font entendre leurs voix – des voix parfois dissidentes : partout dans le monde, elles constituent des contre-pouvoirs essentiels, construisent de nouvelles pensées. La diversité d’opinions, les débats, désaccords et discussions qu’alimentent les artistes sont une chance pour la démocratie, pour la liberté, pour le progrès.

Parce que l’art ne connaît pas de frontières, parce que l’art est universel, les droits de ceux qui le font vivre devraient l’être également. La liberté d’expression et la liberté de création ne sauraient s’arrêter là où commence la dissidence. Pourtant, aujourd’hui, un cinéaste se meurt parce qu’il est dissident. Menacé à cause de ses idées, comme Vassili Grossman, Soljenitsyne et bien d’autres sous le régime communiste.

Oleg Sentsov est détenu en Russie depuis plus de quatre ans. Sa condamnation à vingt ans de réclusion par un tribunal militaire russe, au terme d’un procès qui n’a manifestement pas respecté les droits de la défense, est une violation du droit international et des normes fondamentales de la justice. Son seul « tort » réel ne serait-il pas d’avoir manifesté sa liberté d’expression ? Son seul « crime » ne serait-il pas de pouvoir exprimer son engagement politique à travers son art ?

Enfermé au nord de la Sibérie dans des conditions effroyables et inhumaines, il aurait perdu près de 30 kg depuis le début de sa grève de la faim, il y a maintenant près de trois mois. Alors que son état de santé semble se dégrader dangereusement de jour en jour, il faut agir. Et il faut agir vite.

Atteinte à la liberté de pensée et de création

Ne pas agir, ce serait laisser Oleg Sentsov mourir. Ce serait renoncer à nos valeurs et à nos principes, renoncer à ce que nous défendons et à ce que nous sommes. Ce serait tolérer qu’on peut être tué pour ses idées, ses opinions, ses prises de position. Le traitement dont il est l’objet est une atteinte à la liberté de pensée et à la liberté de création.

Nous ne pouvons l’accepter. Il devient urgent et nécessaire pour la Russie de trouver une solution non seulement humanitaire mais aussi politique à cette situation. Non seulement la France – le président Emmanuel Macron a émis plusieurs propositions auxquelles le président Poutine s’est engagé à répondre –, mais l’ensemble de la communauté internationale, de l’Union européenne à l’ONU, doit se mobiliser pour Oleg Sentsov et pour obtenir des réponses.

Les artistes du monde entier savent pertinemment que le président russe a le pouvoir d’arrêter cette tragédie humaine et démocratique. Partout dans le monde ; dans le monde du cinéma, de la culture mais bien au-delà, une mobilisation internationale doit se faire entendre pour défendre ce cinéaste. Au nom de la liberté artistique et de la liberté d’expression, nous appelons à nouveau à la libération immédiate d’Oleg Sentsov.

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), La Société civile des auteurs multimédia (SCAM), La Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP), La Société des réalisateurs de films (SRF), L’Association des réalisateurs et réalisatrices francophones (ARRF, Belgique), Le Théâtre du Soleil

Premiers signataires :

Dominique Abel (Belgique), Marie Amachoukeli (France), Jean-Pierre Améris (France), Antonin Arnold (Haïti), Yvan Attal (France), Jacques Audiard (France), Christophe Barratier (France), Nicolas Bary (France), Lucas Belvaux (Belgique), Julie Bertuccelli (France), Bertrand Bonello (France), Gilles Bourdos (France), Guillaume Brac (France), Patrick Braoudé (France), Claire Burger (France), André Buytaers (Belgique), Dominique Cabrera (France), Thomas Cailley (France), Laurent Cantet (France), Christian Carion (France), Camille de Casabianca (France), Olivier Casas (France), Chad Chenouga (France), Laurent Chevallier (France), Malik Chibane (France), Jean-Paul Civeyrac (France), Clément Cogitore (France), Jean-Louis Comolli (France), Antony Cordier (France), Catherine Corsini (France), Costa-Gavras (France), David Cronenberg (Etats-Unis), Emmanuelle Cuau (France), Jean-Pierre Dardenne (Belgique), Emilie Deleuze (France), Dante Desarthe (France), Antoine Desrosières (France), Alice Diop (France), Evelyne Dress (France), Amat Escalante (Mexique), Joël Farges (France), Philippe Faucon (France), Léa Fehner (France), Dan Franck (France), Thomas Gilou (France), Delphine Gleize (France), Jean-Luc Godard (France/Suisse), Fabienne Godet (France), Miguel Gomes (Portugal), Yann Gonzalez (France), Fiona Gordon (Canada), Romain Goupil (France), Emmanuel Gras (France), Lucas Guadagnino (Italie), Robert Guédiguian (France), Joana Hadjithomas (Liban), Rachid Hami (France), Mia Hansen-Love (France), Michel Hazanavicius (France), Christoph Hochhäusler (Allemagne), Christophe Honoré (France), Agnès Jaoui (France), Thomas Jenkoe (France), Pierre Jolivet (France), Sam Karmann (France), Vergine Keaton (France), Lodge Kerrigan (Etats-Unis), Cédric Klapisch (France), Héléna Klotz (France), Jan Kounen (France), Gérard Krawczyk (France), Pierre Lacan (France), Alexandre Lança (France), Eric Lartigau (France), Sébastien Laudenbach (France), Michel Leclerc (France), Louis-Do de Lencquesaing (France), Sébastien Lifshitz (France), Ken Loach (Angleterre), Jean Marbœuf (France), Nathalie Marchak (France), Tonie Marshall (France), Patricia Mazuy (France), Agnès Merlet (France), Anne-Marie Miéville (Suisse), Radu Mihaileanu (France/Roumanie), Jonathan Millet (France), Nadir Moknèche (France/Algérie), Ariane Mnouchkine (France), Dominik Moll (France), Cristian Mungiu (Roumanie), Olivier Nakache (France), Françoise Nyssen (France), Nakache Safy Nebbou (France), Rithy Panh (Cambodge), Héloïse Pelloquet (France), Antonin Peretjatko (France), Thierry de Peretti (France), Christian Philibert (France), Nicolas Philibert (France), Martin Provost (France), Katell Quillévéré (France), Lola Quivoron (France), Brigitte Roüan (France), Jaime Rosales (Espagne), Christophe Ruggia (France), Nicolas Saada (France), Mahamat Saleh Haroun (Tchad), Jean-Paul Salomé (France), Pierre Salvadori (France), Riad Sattouf (France), Pierre Schoeller (France), Céline Sciamma (France), Abderrahmane Sissako (Mauritanie), Bertrand Tavernier (France), Joachim Trier (Norvège), Justine Triet (France), Margarethe von Trotta (Allemagne), Jaco Van Dormael (Belgique), Régis Wargnier (France), Frederick Wiseman (Etats-Unis), Rebecca Zlotowski (France)…

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Vacances

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A Belz - Morbihan

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En Australie, pas de pitié pour les kangourous

Par Pierre Sorgue - Le Monde

« Vermine », selon les fermiers, source de profits pour l’industrie de la viande et du cuir, le marsupial est massivement chassé, parfois cruellement, sans égard pour son statut d’emblème national. Un abattage légal dénoncé par les écologistes.

Enfouis dans les belles collines d’eucalyptus et de gommiers qui s’étendent au nord de Sydney, les bâtiments sont toujours là. Deux maisons basses au toit plat copient une esthétique américaine, avec cette inscription, qui a survécu elle aussi, en lettres blanches sur le bois brun : « Ranger Headquarters, Waratah Park ». En fait, ce parc national n’a jamais existé, pas plus que les rangers censés y avoir établi leur quartier général. Pourtant, les constructions, désertées depuis longtemps, viennent d’être classées au patrimoine de Nouvelle-Galles du Sud, avec les 13 hectares de forêt autour, que des bénévoles défrichent après des années de déshérence.

A leur tête, Jennifer Harris, présidente d’une association de résidents, s’est battue pour que soit reconnue l’importance « culturelle » et « historique » de ce « site emblématique ». Car, pour n’avoir été que décor de fiction, ces arpents de bush furent celui de la plus célèbre série télévisée produite en Australie : il y a tout juste cinquante ans, Skippy, « notre ami le kangourou », bondissait sur les écrans nationaux avant de séduire 300 millions d’enfants dans 127 pays du monde.

Marsupial star

Malgré des conditions de tournage peu charitables pour les animaux – enfermés dans des sacs de jute ou saoulés au whisky pour qu’ils se tiennent tranquilles –, cette histoire d’amitié entre un gamin et un kangourou qui déjouait les pièges, aidait à combattre les méchants et était presque doué de parole (« tchk, tchk, tchk… »), fit du marsupial une star mondiale, à ce point installée dans l’imaginaire des habitants du pays que les journaux emploient parfois son nom pour désigner l’espèce : « Il est le symbole de notre nature exceptionnelle, de nos valeurs, de notre vie », s’enthousiasme Peter Staff, l’un des volontaires.

Peut-être. Mais, cinquante ans plus tard, en mars 2018, un nouveau film, documentaire celui-là, est sorti en Australie, qui décrit une autre réalité. Celle d’un animal certes attendrissant et théoriquement protégé, comme toutes les espèces indigènes, mais que la plupart des fermiers tiennent pour nuisible, que les industriels de la viande et du cuir voient comme une ressource à 200 millions de dollars australiens (127 millions d’euros) par an, que l’on chasse nuitamment en toute légalité dans plusieurs Etats (près de trois millions de bêtes sont abattues chaque année).

« IL FIGURE SUR LES AVIONS DE NOTRE COMPAGNIE AÉRIENNE, SUR LES MAILLOTS DE NOS JOUEURS DE FOOT ET DE RUGBY, POURTANT ON LE TUE CHAQUE NUIT. »

MICHAEL MCINTYRE, RÉALISATEUR DE « KANGAROO. A LOVE-HATE STORY »

Le titre du film, Kangaroo. A Love-Hate Story, dit bien l’ambivalence des sentiments que suscite le marsupial, à la fois emblème national et ennemi à abattre : « Il est la troisième icône la plus reconnue derrière la statue de la Liberté et la tour Eiffel, figure sur les avions de notre compagnie aérienne, sur les maillots de nos joueurs de foot et de rugby. Pourtant, on le tue chaque nuit dans ce qui est le plus grand massacre d’animaux sauvages de la planète », s’agace Michael McIntyre, qui a réalisé le film avec Kate, son épouse. Attablé dans une librairie-café de Glebe, un quartier de Sydney, le couple rentre de France, où il espère trouver un distributeur.

Le film a été bien accueilli aux Etats-Unis, moins bien en Australie. Salué par les défenseurs des animaux et certains écologistes, il a été vertement critiqué par les éleveurs et les industriels, mais aussi par une cohorte d’environnementalistes ou zoologistes qui travaillent habituellement pour ces secteurs économiques ou des agences gouvernementales : « Notre film aura au moins donné un peu d’écho à un débat acharné, y compris au sein de la communauté scientifique », commente Kate McIntyre.

Mitchell Clapham n’a pas vu le film. Il a d’autres choses à faire : outre la gestion de l’exploitation agricole qu’il dirige avec sa compagne, Daryl, à Ilford, sur les contreforts des Blue Mountains – 1 400 hectares pour 1 500 moutons et 500 têtes de bétail –, il est l’un des piliers de la Fédération des fermiers de Nouvelle-Galles du Sud, l’un des Etats australiens où l’on tue le plus de kangourous avec le Queensland.

N’en déplaise aux « végans qui voudraient supprimer la viande », lui voit bien que sur ses terres les kangourous sont en « plague proportion » (« dimension épidémique »), l’expression qui revient sans cesse, avec celle de « pest » (« vermine »), pour justifier les abattages nocturnes : « Cette année, avec mon neveu, on a tué 300 bêtes, un chasseur professionnel est venu en tirer 150 de plus en un mois, et on ne voit pas la différence », dit-il.

Il reprend les arguments traditionnels : comme le dingo (chien-loup sauvage d’Australie), qui était le prédateur naturel des kangourous, a été exterminé, ils prolifèrent, d’autant que les pâturages et les réservoirs d’eau aménagés pour le bétail leur offrent des conditions favorables. Les comptages aériens officiels annoncent plus de 47 millions de kangourous : « Près du double du nombre d’habitants [24 millions] », ont aussitôt clamé les médias, sans préciser qu’on recense trois moutons pour une personne dans le pays.

« AUPARAVANT, NOUS ÉTIONS ENTRE FERMIERS. MAINTENANT, DES CITADINS ACHÈTENT DES MAISONS DE CAMPAGNE… ET ILS APPELLENT LA POLICE AU MOINDRE COUP DE FEU »

MITCHELL CLAPHAM

Chapeau du cow-boy australien sur la tête, Mitchell Clapham conduit son pick-up sur ses terres à l’herbe rase que ponctuent quelques bosquets. Chacun des immenses enclos est barré d’une clôture qui coincera les pattes de l’animal s’il prend appui en la sautant. Il pleut à verse depuis ce matin, mais il faudrait plus d’eau pour effacer une sécheresse qui dure. Comme presque tous les fermiers d’Australie, Mitchell estime que les pâturages appauvris ne peuvent supporter la concurrence des kangourous aux dépens du bétail et des moutons. Ce n’est pas qu’il n’aime pas les animaux aux grandes oreilles, ce n’est pas qu’il les aime non plus :

« Mais la manière dont nous produisons ne peut en tolérer plus. »

Ici et là, quelques carcasses noircies se dessèchent sur le sol. Pour commercialiser la viande, Mitchell devrait disposer d’une licence spéciale, « mais c’est trop de bureaucratie ». Sa femme préfère manger du lapin, lui ne jure que par un bon morceau de bœuf. Alors il coupe les cuisses des marsupiaux pour ses chiens et abandonne le reste. On trouve aussi des cartouches de chevrotine vides. Pourtant, un code de « bonne conduite » prévoit, en Nouvelle-Galles du Sud, que le kangourou soit tué d’une balle dans la tête. Difficile, en pleine nuit. « Auparavant, poursuit Mitchell Clapham, il n’y avait pas de controverse, nous étions entre fermiers qui connaissent le terrain. Mais maintenant, des citadins achètent des maisons de campagne, ils n’ont aucun passé paysan. Ils appellent la police au moindre coup de feu. »

Tirés comme des lapins

Diane et Greg Keightley entreraient sûrement dans cette catégorie honnie. Depuis douze ans qu’ils ont quitté les environs de Sydney pour acheter une maison et 200 hectares de forêts près de Lithgow, ils s’opposent au fermier voisin. Bénévoles au sein d’une organisation qui porte secours aux animaux autochtones, ils ont ouvert leur propriété aux kangourous. Ils voulaient aussi accueillir des amoureux de la nature, installer quelques bungalows pour faire de l’écotourisme. Mais le projet est mort sous les balles des chasseurs, qui tirent trop près de leur propriété.

Diane et Greg documentent ces virées nocturnes avec leur caméra. A les voir, si doux et calmes parmi les marsupiaux, on les imagine mal en reporters de guerre qui filment, planqués derrière les arbres, des gens dont certains n’ont pas hésité à viser leur maison. Leurs images en noir et blanc sont les plus dures du documentaire de Kate et Michael McIntyre : des kangourous tirés comme des lapins dans la lumière des projecteurs, qui tressautent sous les coups de feu, des têtes et des membres coupés dans l’herbe, des viscères et des os couverts de mouches.

Le couple prélève les têtes pour prouver que nombre de bêtes ne sont pas tuées d’une balle dans le cerveau, mais agonisent après avoir été touchées plusieurs fois au corps : « C’est le cas de près de 40 % des animaux que nous étudions », affirme Diane – un rapport commandé en 2002 par l’Association des industries du kangourou (KIAA) à une organisation de protection estimait que 96 % étaient abattus correctement.

Depuis le film, les safaris nocturnes continuent : « La police m’a conseillé de ne pas provoquer les tireurs », poursuit-elle. « Nous avons sollicité le service des parcs chargé de faire respecter les règles d’abattage, mais il nous ignore », ajoute Greg. Quand le soir descend sur la maison en briques, une dizaine de kangourous s’approchent. Il n’y a plus de mâle. Diane raconte les deux big boys de 1,80 m et la trentaine d’autres qui assuraient l’équilibre des groupes : « Ils ont tous été tués, c’est tout ce qu’il reste », regrette Greg. Le couple s’accroche pour que le sanctuaire ne devienne pas cimetière.

Critiques virulentes

On aurait aimé rencontrer un roo shooter, un chasseur de kangourous professionnel, passer une nuit pour parler du métier, raconter la difficulté de viser un cerveau de 70 mm à une centaine de mètres de distance, de sortir les bébés des poches des femelles tuées pour les achever en leur écrasant la tête ou en leur tranchant la gorge. Raconter les carcasses accrochées à l’arrière du pick-up jusqu’à la chiller box (« chambre froide ») après une nuit peu rentable, quand le prix moyen est de 18 dollars par bête. On a envoyé des courriels, téléphoné, frappé à des portes : en vain.

Il y avait bien cette proposition de George Wilson de nous mener en avion dans l’ouest de l’Etat pour rendre visite à un professionnel. Mais il demandait 6 000 dollars, un peu cher le billet… Car George Wilson a plusieurs casquettes : il est pilote commercial (et participe aux comptages aériens des kangourous), il est aussi « environnementaliste », et dirige sa société d’études, qui défend ardemment la consommation de viande de kangourou.

« DES PROPRIÉTÉS GRANDES COMME LA SUISSE AVEC DES CLÔTURES AUTOUR, CELA PERTURBE L’ÉCOSYSTÈME ET RÉDUIT LA BIODIVERSITÉ » ROSIE COONEY, ZOOLOGISTE

Professeur honoraire à l’université, il est l’un des plus virulents critiques du « soi-disant » documentaire, qu’il accuse de faire le jeu des « animalistes ». En s’opposant à l’abattage, estime-t-il, tous contribuent à dégrader l’environnement et la condition animale : à cause de leurs campagnes, les industries de la viande et du cuir sont en crise, les prix chutent, les chasseurs ne gagnent plus leur vie, les tireurs amateurs et maladroits prennent le relais et abandonnent les cadavres, les fermiers se barricadent.

« Des propriétés grandes comme la Suisse avec des clôtures autour, cela perturbe l’écosystème et réduit la biodiversité », explique Rosie Cooney, zoologiste et consultante en matière de faune sauvage comme ressource durable (« sustainable use of wild resources »). Les quatre espèces de kangourous chassées (le rouge, le gris de l’est, le gris de l’ouest et le wallaroo commun) ne sont pas en danger, assure-t-elle. Puisque le marsupial, qui n’est pas un ruminant, produit bien moins de méthane que le bétail, qu’il mange moins d’herbe et boit moins d’eau qu’un mouton, il serait plus judicieux pour l’environnement d’en consommer plus et d’aider les fermiers à y trouver un revenu de complément : « Mais les quotas de prélèvement ne sont même pas atteints parce que les prix ont chuté après la fermeture de certains marchés étrangers », regrette-t-elle.

Une viande qui fait moins recette

Cela fait des années que des ONG anglo-saxonnes s’activent contre la commercialisation du kangourou, dénonçant par exemple les footballeurs qui adorent leurs chaussures au cuir si souple et résistant. En 2002, le quotidien Daily Star affichait les portraits de Michael Owen et de Fabien Barthez sous le titre « Les stars du foot sont les meurtriers de Skippy » et, en 2006, David Beckham préféra opter pour le synthétique (les équipementiers utilisent toujours la peau).

Malgré l’intense lobbying (sonnant et trébuchant) du gouvernement australien, la Californie interdit toute importation. Les Russes, qui achetaient 70 % de la viande produite pour la consommation humaine, ont fermé leurs portes en 2014, pour des raisons sanitaires, cette fois : des tests avaient révélé la présence de bactéries, salmonelle et escherichia coli. Les professionnels ont beau garantir toute l’hygiène nécessaire, les opposants avancent que les carcasses attendent trop longtemps dans la chaleur de la nuit, puis dans les conteneurs réfrigérés, avant qu’un camion ne vienne les collecter.

LES AUSTRALIENS SONT PEU AMATEURS DE SA VIANDE QUI, LONGTEMPS, FUT CONSIDÉRÉE COMME PAS ASSEZ NOBLE : ELLE FAISAIT PARTIE DE L’ALIMENTATION DES ABORIGÈNES…

D’autant plus ennuyeux que cette viande, que l’on présente comme bio, riche en fer et pauvre en graisse et en cholestérol, ne supporte pas d’être trop cuite. Dans son restaurant, le Monster Kitchen, l’un des meilleurs de Canberra, Sean McConnell, chef aux airs de rocker, vante la queue de kangourou cuisinée en ragoût, mais préfère le wallaby de Tasmanie : « C’est un peu comme l’agneau par rapport au mouton », dit-il en tendant une succulente assiette de viande cuite à basse température, puis grillée.

Pourtant, les Australiens sont peu amateurs. Peut-être pour ne pas manger leur bien-aimé Skippy, plus sûrement parce que la viande fut longtemps considérée comme pas assez noble : elle faisait partie de l’alimentation des Aborigènes méprisés (et massacrés), chasseurs depuis des milliers d’années de cet animal totem qui peuple le Dreamtime (« temps du rêve »), celui des esprits qui créèrent le monde. « En 1864, le premier livre de recettes australien comportait 12 plats de kangourou, mais c’était une viande de remplacement, habituellement réservée aux animaux domestiques, raconte Peter Chen, chercheur à l’Université de Sydney, qui travaille sur les politiques de bien-être animal. Vers 1880, la législation coloniale considéra les kangourous comme nuisibles et offrit des primes pour les abattre. Ainsi l’animal, qui figure sur le blason national, devait être éliminé, tout comme l’émeu, qui fut décimé à la mitrailleuse par l’artillerie royale en 1932. »

Le recensement de la discorde

Dans ses bureaux de Sydney, Lee Rhiannon, sénatrice écologiste, évoque cet élément invariable « dans la psyché australienne, d’une nature à conquérir, à nettoyer, à supprimer ». En mars, elle était à Bruxelles avec l’équipe du documentaire pour tenter de convaincre les Européens de cesser d’importer du kangourou : « La chasse doit être interdite, il est temps de réaliser que nous avons trop détruit dans ce pays… Depuis quatre ans, nous demandons une commission indépendante pour évaluer le recensement des kangourous, en vain. »

C’est le nœud de la discorde. Les quotas de prélèvement (environ 15 % de la population estimée) sont déterminés chaque année en fonction de sondages aériens qui comptent les bêtes sur des sections de territoire, puis élargissent aux autres zones au gré de coefficients assez opaques. Ce mode de calcul obsède Ray Mjadwesch, un jeune biologiste et environnementaliste indépendant. Dans sa maison de Bathurst, jolie ville au pied des Blue Mountains, il s’attable devant l’ordinateur, superpose images satellites et données du ministère de l’environnement – qu’on lui refusait jusqu’à ce qu’il invoque la loi sur la liberté d’information.

LE KANGOUROU GRIS A EN MOYENNE UN BÉBÉ PAR AN, UNE FERTILITÉ TROP FAIBLE POUR CORRESPONDRE AUX TAUX DE PROGRESSION ANNONCÉS OFFICIELLEMENT

Il montre comment le comptage inclut des portions de parcs nationaux (où les kangourous sont protégés) et des forêts avant d’extrapoler vers d’autres zones couvertes par les fermes : « En Nouvelle-Galles du Sud, ils ont même changé le coefficient multiplicateur en 2016, ce n’est pas sérieux », dit-il. Puis il conduit son pick-up le long des prés jaunis en demandant de chercher les kangourous. On en compte dix-sept : « Un rapport de 2014 énonce qu’ici même il y a 52 kangourous au kilomètre carré… Une plaisanterie. »

Cela fait près de dix ans que Ray scrute les chiffres, compile travaux scientifiques et récits historiques. Il essaie de rappeler qu’une vache mange comme 30 kangourous, qu’un mouton avale ce que consomment 2,5 marsupiaux ; que le kangourou gris a en moyenne un bébé par an, une fertilité trop faible pour correspondre aux taux de progression annoncés officiellement ; qu’en cas de sécheresse, la population décline de manière drastique ; que les renards, les voitures et les camions « régulent » la population à la place des dingos ; que si les quotas d’abattage ne sont pas atteints, ce n’est pas à cause de la fermeture du marché russe – les chiffres ont chuté avant – mais tout simplement parce que les chasseurs ne trouvent plus assez de bêtes :

« Personne ne me répond, même pour contester ce que j’avance. J’espère intéresser les chercheurs étrangers face à la chasse gardée de nos prétendus experts. »

Satisfaire les compagnies d’assurance

Hugh Tyndale-Biscoe, biologiste aujourd’hui retraité, fut l’un des grands spécialistes des marsupiaux au sein du CSIRO, l’équivalent de notre CNRS. Dans sa maison de Canberra, il parle toujours avec passion de l’ingéniosité biologique propre aux femelles kangourous, de ses recherches sur l’interruption de leur lactation. Il lui arrive de prendre la plume pour pester contre certaines « sottises sentimentalistes » avancées par les défenseurs des animaux.

Pourtant, lui qui fut longtemps membre du National Advisory Committee on Kangaroos, chargé de déterminer les quotas à éliminer, le reconnaît : « Les choses étaient politiques, pour satisfaire le lobby des fermiers. » Puisqu’il dirigea un centre de recherche sur les nuisibles, estime-t-il que le kangourou en est un ? Il réfléchit un instant : « Non… Les rats, les lapins peuvent devenir trop abondants, pas les kangourous. » S’il était responsable politique, lancerait-il des campagnes d’abattage ? Nouvelle réflexion, nouvelle gorgée de thé : « Non… Avec le fusil, nous ne contrôlons pas le nombre de kangourous, nous alimentons un marché. »

Dans son quartier verdoyant, il n’est pas rare que des kangourous se hasardent sur les pelouses bordant les trottoirs : « Ici, l’herbe est bonne, l’eau abondante et les bébés survivent », dit-il. La « capitale du bush », construite à l’intérieur des terres en 1913 par des aménageurs qui ont voulu des parcs et des réserves, serait, elle aussi, victime des kangourous qui, trop nombreux, dégraderaient l’écosystème et menaceraient la survie de deux espèces de lézards.

Depuis 2009, les pouvoirs publics locaux mènent un programme d’abattage (3 253 bêtes tuées cette année) et tentent la contraception depuis deux ans (145 femelles traitées). Ce qui agace les militants d’Animal Liberation, qui passent leurs nuits à perturber les chasses surtout destinées, disent-ils, à satisfaire les fermiers et les compagnies d’assurances (90 % des accidents de la route seraient provoqués par les marsupiaux). Hugh Tindale-Biscoe estime qu’elles sont indispensables. Mais, ajoute-t-il, « l’expansion urbaine est plus coupable de la fin des lézards que les kangourous… Et, après tout, cette terre était la leur… »

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VINGT ANS APRÈS SA MORT, LE SUD CHANTE À NOUVEAU NINO FERRER

Par Jean-Manuel Escarnot Correspondant à Toulouse, Photo Ulrich Lebeuf. Myo

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Mercredi à la Taillade, la maison familiale de Nino Ferrer dans le Lot. Photo Ulrich Lebeuf.Myop  

Nino Agostino Arturo Maria Ferrari, dit Nino Ferrer, né le 15 août 1934 à Gênes, en Italie, et mort le 13 août 1998 à Saint-Cyprien, dans le Lot en France. 

De nombreux artistes se réuniront lundi à Montcuq, dans le Lot, pour rendre hommage au chanteur, vingt ans après sa mort.

C’est une belle bâtisse fortifiée datant du XVe siècle plantée sur le sommet d’une colline du Lot, surplombant le petit village de Saint-Cyprien. La lourde porte en chêne massif de la demeure s’ouvre sur une cour carrée, desservant les pièces aux larges murs de pierres blanches. La lumière du soleil couchant du mois d’août illumine la façade. Autour, le parc planté de cèdres centenaires au milieu duquel trône une grande table dressée pour une vingtaine de convives. De la grange attenante à la bastide s’échappe le son rond comme une caresse d’un orgue Hammond et celui des cuivres accompagnant la voix d’une chanteuse. Quand elle se tait, on entend le chant des cigales.

Nous sommes à la Taillade, le domaine acheté par Nino Ferrer - né Nino Agostino Ferrari le 15 août 1934 à Gênes - avec les royalties d’un de ses plus grands succès : le Sud, vendu à plus d’un million d’exemplaires en 1975, date de sa sortie en 45-tours. Un titre que Magali Pietri, ex-choriste de Nino Ferrer, a choisi d’interpréter pour le concert organisé lundi à Montcuq (Lot). Vingt ans jour pour jour après le suicide du chanteur le 13 août 1998, c’est ainsi que sa famille a voulu lui rendre hommage. Sans fleur ni couronnes mais avec de la musique et de la lumière : au pied de la tour cathare de Montcuq, une smala d’artistes parmi lesquels Eric Lareine, Matthieu Chedid et Sanseverino, y reprendront son répertoire sur la scène en plein air installée pour l’occasion.

Nuages

En 1977, l’auteur de Mirza, du Téléfon, des Cornichons, ou encore de Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! décide de «s’exiler» avec sa femme, Jacqueline Monestier, dite Kinou, avec qui il aura deux fils, Pierre, né le 5 septembre 1973, et Arthur, né le 14 février 1979. A la Taillade, loin de Paris et du show-business qu’il déteste, Nino mène sa barque à sa manière, exigeant, indépendant, parfois colérique. Il élève des chevaux. Dans le studio installé dans le salon de sa forteresse, il enregistre et produit cinq albums concept, explorant des pistes rhythm ’ n’blues et rock progressif, à milles lieues de l’image de «chanteur rigolo» qui lui colle à la peau. Il se remet aussi à la peinture, des tableaux surréalistes peuplés de femmes nues, de serpents et de ciels bleus parfois traversés par des nuages radioactifs de mauvais augure… Certains d’entre eux sont exposés à la mairie de Montcuq. D’autres, plus anciens, - des gouaches «redécouvertes» par Kinou «en fouillant dans les cartons rangés dans le grenier» - sont présentés à la galerie du Lion d’or, dans le centre du village. Des criques du bout du monde, des souvenirs de séjours en Nouvelle-Calédonie où, diplômé d’archéologie, le jeune «capitaine Nino», tel que l’avait dessiné Hugo Pratt dans l’une des aventures de Corto Maltese, se voyait en explorateur avant de devenir chanteur à succès. Sur l’un des murs de la galerie, une série d’autoportraits au fusain et crayon, réalisés par Nino quatre ans avant sa mort, révèle un visage figé au regard perçant. «Un regard dur sur le monde, dit Pierre, son fils aîné, décorateur de cinéma. Son visage est très animal. On le sent de façon très forte. Quand il peignait, il était calme et serein. Il pouvait s’exprimer seul, de façon plus simple et plus immédiate que dans la musique, sans luttes quant au contrôle final sur son travail.»

Retour dans la grange de la Taillade, transformée en studio de répétition. Des copains d’Arthur forment le groupe qui accompagne les artistes. Eric Lareine, natte d’Indien cheyenne et voix grave de fumeur de blondes, a choisi d’interpréter Je voudrais être noir pour rendre hommage à Nino : «Il a fait cette chanson en 1966 au moment de la lutte des Noirs pour leurs droits civiques aux Etats-Unis. Il y a de la sueur, du groove, c’est James Brown ! Il était inscrit dans son temps. C’est la même chose pour les Cornichons, c’est les vacances mais c’est aussi la bouffe, l’accumulation de biens terrestres.» Dans un registre plus jazzy, Magali Pietri reprend le Sud. «J’avais 16 ans lorsque j’ai rencontré Nino à la Taillade, lors d’une visite avec ma mère et son compagnon. Je jouais de la guitare et je chantais. Il m’a demandé de lui jouer quelque chose. J’ai repris un morceau de Crosby, Stills, Nash and Young. Il m’a proposé de devenir sa choriste. C’était magique. Mes parents m’ont donné leur accord et je suis partie en concerts avec lui, puis j’ai participé à trois de ses albums. C’était quelqu’un de généreux dans ce qu’il donnait, de ce qu’il était et dans ce qu’il nous amenait à donner. Par moments, il semblait relié à quelque chose de plus vaste, un endroit plus grand que ce monde», se souvient-elle en souriant.

Brise

Venu «en voisin», Jean-Jacques Lala, chanteur d’opéra, reprend Agata, un tango : «Nino, c’est l’icône de la région. Quand j’étais gamin, on savait qu’il habitait là. C’était un énorme musicien. C’est très technique. J’ai bossé ce morceau comme un opéra sauf que je n’ai pas la partition. J’ai travaillé à l’oreille. J’ai pris beaucoup de plaisir à m’approprier cette chanson. Ça représente la richesse de Nino. C’est ce que je retiens de lui : cette bonté, cette générosité dans son répertoire et chez les gens qui sont là. C’est aussi ce que respire ce lieu où il a vécu.» Dans le parc, une brise d’été accompagne la fin de journée. La nuit tombée, le soir autour de la table, on entend des rires.

Concert hommage au pied de la tour de Montcuq (Lot). Lundi 13 août à 20 h 30.

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Maurizio Cattelan

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Cornets

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Persécutés / persécuteurs, des hommes du XXe siècle

AUGUST SANDER - Du 8 mars au 15 novembre 2018 -

Mémorial de la Shoah 

« À travers l’expression d’un visage, nous lisons s’il éprouve du chagrin ou de la joie, car la vie y laisse immanquablement ses traces ». August Sander avait déjà su voir le potentiel artistique et émotionnel fort du portrait. Considéré comme l’un des pères fondateurs du style documentaire, Sander a traversé une époque dans laquelle l’actualité politique était tristement omniprésente. Bien intitulée, l’exposition Persécutés/ persécuteurs s’attache, comme le travail de Sander, à dépeindre le plus authentiquement des personnalités appartenant aux « 2 côtés » : nazis de l’un, juifs et autres minorités opprimées de l’autre. Comme pour essayer de percevoir les personnalités propres à chacun, dissimulées sous les étiquettes. Ces photos peuvent être considérées comme des reliques de guerre, Sander n’étant absolument pas dans le cœur du IIIe Reich, son studio avait été délibérément incendié par l’Etat, mais les négatifs, eux, étaient précieusement dissimulés dans sa maison de campagne. Ce progressiste des premières heures offre un legs incommensurable aux rescapés et descendants de ces persécutés, et ainsi à l’Humanité tout entière.

MÉMORIAL DE LA SHOAH

Du 8 mars au 15 novembre 2018

17, rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris

HORAIRES

Ouvert

Du dimanche au vendredi de 10:00 à 18:00

Nocturne

Le jeudi de 18:00 à 22:00

Fermé

Le samedi de 9:00 à 18:00

TARIFS

Billets expositions temporaires

Gratuit : Entrée libre

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Milo Moiré

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« Amy Winehouse. Blake Wood » par Blake Wood.

Pendant deux ans, il ne la quittera pas. En 2007, Amy Winehouse a déjà remporté cinq Grammy Awards pour l’album « Back to Black », paru l’année précédente et incluant son tube prémonitoire, « Rehab ». Le photographe américain Blake Wood, lui, a 22 ans et vient de débarquer à Londres. Il est ébloui par la star de deux ans son aînée.

Alors qu’Amy Winehouse est au sommet de sa carrière, le photographe la suit à Londres, Paris ou Sainte-Lucie (Caraïbes). Il immortalise des instants privés et solaires. Car selon lui, la vie d’Amy Winehouse alors, « ce n’est en rien une histoire sombre ou tragique comme les médias l’ont faussement rapporté. Elle était une âme exceptionnelle et aimante qui remporta des victoires personnelles incroyables, et c’est ce que je vois dans ces images. »

Une facette plus légère de l’icône

En 85 photos couleur et noir et blanc, le recueil « Amy Winehouse. Blake Wood » retrace la période qu’ils ont passée ensemble, des moments privés inoubliables. Les clichés, jamais montrés jusqu’à présent, saisissent une facette rare, plus légère, de cette icône tant regrettée, et constituent un hommage intime à Winehouse telle qu’elle désirait se voir elle-même.

Amy Winehouse décédera trois ans plus tard, à l’âge de 27 ans. Le rapport d’autopsie indiquera que l’interprète de « Valerie » a succombé « accidentellement » le 23 juillet 2011 à un abus d’alcool après trois semaines d’abstinence.

« Amy Winehouse. Blake Wood » avec des textes de Nancy Jo Sales, éditions Taschen. Paru le 8 août 2018. 176 pages, 30 euros.

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Le prélèvement à la source, épée de Damoclès pour le gouvernement

Par Benoît Floc'h - Le Monde

L’exécutif craint autant les cafouillages que l’effet psychologique que représentera la baisse faciale des salaires entraînée par la réforme.

Le ministre vous écrit. Ceux qui ont fait leur déclaration de revenus par papier reçoivent ces jours-ci leur avis d’impôt. Deux nouveautés, cette année : leur taux d’imposition est indiqué ; il est accompagné d’une lettre de Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics. Pour ceux qui ont déclaré en ligne, la missive arrivera à la rentrée.

« A partir de janvier 2019, écrit M. Darmanin, nous allons simplifier l’impôt en mettant en place le paiement de votre impôt à la source, c’est-à-dire au moment où vous toucherez vos revenus. (…) Cette réforme de modernisation de l’impôt et de simplification ne changera en rien le montant total de votre impôt. »

Le prélèvement à la source (PAS) est une vraie épée de Damoclès pour le gouvernement, qui craint autant les cafouillages que l’effet psychologique que représentera la baisse faciale des salaires entraînée par la réforme. En effet, ce n’est plus le contribuable qui paiera son impôt sur le revenu avec un an de décalage, c’est dorénavant l’employeur qui le prélèvera sur le salaire pour le compte de l’administration. Mais, vante le ministre, « l’impôt s’adaptera chaque mois au montant du revenu versé ».

L’administration fiscale est-elle prête ? « Oui, clairement, tant du point de vue technique que pédagogique », dit-on dans l’entourage de M. Darmanin. Deux phases de test ont été conduites, à l’été 2017 et au printemps 2018, rappelle-t-on de même source, et « 40 000 agents ont été formés ».

Par ailleurs, le gouvernement a tenté de déminer les cas problématiques. Celui, par exemple, des 250 000 employés à domicile qui payent l’impôt sur le revenu. Du fait du retard pris dans la réforme du dispositif qui les concerne, il a été décidé qu’ils paieraient leur impôt 2019 l’année suivante. En 2020, ils paieront donc l’impôt de 2019 et celui de l’année en cours. « On cherche des solutions pour améliorer leur situation », dit-on chez M. Darmanin. L’idée de les exonérer pour 2019 est sur la table, mais « rien n’est décidé », poursuit-on.

« Courage de repousser cette réforme »

« Le prélèvement à la source n’est pas totalement opérationnel pour janvier 2019 », déplore Albéric de Montgolfier, sénateur Les Républicains, spécialiste du PAS. « Il y a des sujets qui, à ce stade, ne sont pas traités », regrette-t-il : les difficultés que cela entraîne pour les PME ou les employeurs particuliers par exemple. « Il faut avoir le courage de repousser d’un an cette réforme, plutôt que de s’obstiner », estime-t-il.

« La direction des finances publiques [à Bercy] fait tout ce qu’elle peut pour que cela fonctionne, explique Hélène Guerra, pour la CGT. Mais on craint que cela se passe mal. Les employeurs, qui vont maintenant devoir collecter l’impôt, n’ont pas tous mis à jour leurs logiciels. On a plusieurs remontées qui font état d’incohérences dans la transmission des données. »

La syndicaliste craint également « le chaos dans nos services d’accueil », alors qu’il y a déjà « quatre heures d’attente » dans certaines trésoreries. Ce pourrait être le cas lorsque « les usagers vont découvrir leur situation individuelle sans comprendre ce qui leur arrive ». Elle évoque le cas de foyers qui n’auraient pas déclaré leurs revenus parce qu’ils sont non-imposables. Par défaut, ceux-ci pourraient se voir appliquer un taux d’imposition. « Dans l’intérêt des collègues et des contribuables, assure Mme Guerra, certains directeurs demandent aux collègues de “bidouiller” et de faire comme si la déclaration avait été faite. » Elle évoque également les petits retraités n’ayant pas su choisir le bon taux.

Au ministère, on considère qu’« on ne peut pas évoquer ces cas pour dire que Bercy n’est pas prêt ». A propos des problèmes dans la transmission des données, par exemple, on rappelle de même source : « on ne vous dira pas que le système est fiable à 100 %. Il y aura sans doute des erreurs, à la marge, mais cela ne sera pas de nature à gripper le système. »

Et c’est sans compter les mauvaises surprises : la réduction d’impôt du dispositif Pinel, par exemple, ne sera plus mensualisée mais versée en une fois. Les investisseurs devront donc faire une avance à l’Etat. De quoi rendre le Pinel moins attractif.

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